22.07.2011
Une initiative (suspecte?)
A Paris cet été, aussi curieux que cela puisse paraître à première vue, supermarché rime avec... solidarité. On a vu cela en faisant nos courses, hier: les magasins «Franprix»de la capitale ont rejoint le réseau «Voisins solidaires», né dans le sillage de la «Fête des Voisins». Ils ont lancé une opération baptisée «Portage d'eau». Concrètement, jusqu'au 30 août, les commerces de cette enseigne proposent aux plus de 75 ans la livraison gratuite de bouteilles d’eau à domicile. Il suffit, pour ces séniors, de s'inscrire au magasin de leur choix puis d'y acheter leur eau minérale préférée. Ensuite, chaque mardi, deux packs de 6 bouteilles d'eau d'1,5 litre leur sont gracieusement livrés à la maison.
On peut faire deux lectures de cette initiative.
La première est bienveillante, voire lénifiante. A l'échelle locale, cela ne peut que contribuer à tisser du lien social, comme on dit. Qui sait, cela pourra-t-il même éviter que, cet été, trop de personnes âgées esseulées sombrent dans un isolement périlleux pour leur santé. Pour rappel, 15.000 décès prématurés ont été déplorés en France pendant la canicule de l'été 2003, dont nombre de séniors isolés victimes de coups de chaleur et de déshydratation.
On laissera à chacun, selon son humeur du jour, le choix de telle ou telle lecture.
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08.07.2011
Une dangereuse simultanéité
Fin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.
D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).
Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.
Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.
Voilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées.
Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.
11:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, pauvreté, economie, institutions, personnalités
27.06.2011
«Un racisme»
Cette phrase prononcée ce matin par une des rares femmes de pouvoir en France, Laurence Parisot, la n°1 du Medef, principale organisation patronale: «Le sexisme est un racisme, comme il existe un racisme contre les Noirs, les juifs ou les musulmans». Et de presser les femmes à enfin élever la voix contre ce beaufisme machiste encore si dominant en France – comme dans d'autres pays certainement aussi, mais pas moins en France qu'ailleurs – : «L’arme numéro un en France contre la parole des femmes, c’est toujours le discrédit. C’est à cause de cela que beaucoup (de femmes confrontées au sexisme) se taisent. Je leur dis: «N’ayez pas peur».
Pas moins en France qu'ailleurs, le sexisme? Dans cette même interview (ici) aussi percutante que pleine de bon sens, Laurence Parisot tente une piste d'explication: «Convaincus de la force des principes issus des droits de l’homme, les Français ont négligé l’égalité réelle entre les hommes et les femmes». On peut d'ailleurs remarquer combien est sexiste rien que l'expression «droits de l'homme» figurant dans cette phrase; ce n'est pas pour rien si, ces dernières années, les activistes lui préfèrent celle de «droits humains».
Cette anecdote aussi, racontée par Laurence Parisot: «Mon tout premier entretien, à ma grande surprise, ne s’est pas déroulé dans un bureau. Celui qui m’embauchait ce jour-là m’a dit: «Nous allons dîner ensemble». J’avoue, sur le coup, ne pas avoir compris. Le dîner a été assez difficile à gérer…» Et cette constatation qu'elle a tirée de son activité: «En tant que présidente du Medef, je suis amenée à travailler avec des ministres. Les relations de travail avec les ministres femmes sont presque toujours plus faciles et plus constructives qu’avec les ministres hommes. Les hommes instaurent plus volontiers des relations de domination».
Sans doute que, pour ne tout de même pas verser dans la caricature, le «Les hommes» de cette dernière phrase aurait-il pu/dû être remplacé par «Nombre d'hommes», ou quelque chose du genre. Mais on trouve largement excusable cette généralisation un peu abusive, puisqu'elle renvoie à un comportement qui, à l'évidence, est encore très largement répandu chez les hommes. Voire, qui est majoritaire chez eux? On laissera chacun(e) juger.
11:24 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : femmes, personnalités, social, economie, langue française
27.04.2011
«Une question de moyens»
Une fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.
La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».
Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : international, etrangers, immigration, social, pauvreté, gouvernement, paris
18.04.2011
Une (pénible) égalité
Les «Tokyo Girls». Les «Black Boukantes». Les «Bana Danger». Les «Momi Fiuu». Ce ne sont pas les derniers groupes de musique à la mode chez les jeunes à Paris. Ce sont les noms... de bandes de filles. Les noms de bandes de jeunes délinquantes qui, dans la capitale française ou sa banlieue, donnent du fil à retordre aux forces de l'ordre.
Selon la préfecture de police de Paris, qui a fait le point sur la question l'autre jour, les premières bandes composées exclusivement de filles sont apparues ici à l'été 2009. Aujourd'hui, on en dénombre huit différentes. La plus petite ne compte qu'une dizaine de membres, mais la plus grosse regroupe jusqu'à 70 filles. Leurs membres ont en général entre 13 à 20 ans. Depuis le début 2010, 180 jeunes filles ont été interpellées en région parisienne pour des faits délictueux présumés commis dans le cadre de ces bandes. Deux tiers de ces interpellations ont donné lieu à placements en garde à vue. A l'issue de celles-ci, 60 jeunes filles ont été déférées en justice.
Entre elles, a observé la police, les membres de ces gangs féminins uitilisent des pseudonymes. Ces noms d'emprunt «répondent à des critères allant des marques de luxe (BB Dior, Bbei Prada…), aux bonbons et sucreries (Tictak Walen ; Caramel…), en passant par des comportements sociaux (l’Insolente, Kpriss, l’Explosive..), des attitudes érotiques ou comportements sexuels (Tigresse, Cochonne…) et une appartenance ethnique (Blakisha, Tissmé, Misafrow…)».
Ce qui distingue une bande de filles d'une bande de garçons? «Contrairement à leurs homologues masculins, les filles ne cherchent pas à s’approprier un territoire déterminé, mais plutôt à occuper l’espace autour d’elles par l’exubérance et le chahut, causant tapages et nuisances. La délinquance n’est pas la motivation première des rassemblements, mais elle fait partie intégrante de leur mode de fonctionnement: violences volontaires, racket, brimades, harcèlement, vols à l’étalage en sont les manifestations». Les bandes de filles «gravitent généralement autour des bandes masculines (...), constituant des sous-groupes: les crews». Ces sous-groupes «servent de passerelle pour accéder à la bande, à charge pour les filles de faire leurs preuves notamment en commettant des vols avec violences. Contrairement aux garçons, elles s’affrontent rarement entre elles, privilégiant les attaques concentrées sur une ou deux cibles. Des dérives ont été constatées depuis fin 2010, elles sont désormais impliquées dans des agressions sexuelles et des viols».
Zoner, faire du grabuge, harceler, brimer, racketter, voler, agresser, cogner, violer. Ce n'est donc plus l'apanage des garçons à Paris – comme sans doute ailleurs aussi. C'est donc, si l'on comprend bien, la dernière évolution en date enregistrée dans le processus d'égalité hommes-femmes. .
On aurait préféré que cette violence reste l'apanage des hommes.
11:04 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, jeunes, social, sécurité, police, paris, banlieues
13.04.2011
Une horreur
On évoquait hier les tensions ravivées en ce moment au sein de la diaspora ivoirienne de Paris. En termes de gravité, elles ne sont rien par rapport à la violence effarante qui, ici, depuis maintenant plusieurs semaines, secoue une autre population d'origine étrangère: les communautés tamouls et srilankaises vivant dans la capitale française et sa banlieue.
Des faits divers atroces s'y sont déroulés, dignes de films d'horreur les plus gore. Des agressions d'une violence extrême: à la hache, au sabre, à la batte de baseball, etc. – on vous passe les détails. Pour la police, il s'agit de rixes entre bandes rivales pour le contrôle de territoires, sur fond de trafic et de racket. Mais, entendait-on ce matin, au saut du lit, sur une radio locale (reportage podcastable ici), il y a autre chose aussi derrière tout cela. Ces drames ont également une dimension pathétiquement dérisoire, désespérément banale: celle du désoeuvrement de bandes de gamins n'ayant d'autre perspective de vie que de se faire un remake à la parisienne, improbable et extrême, de «West Side Story». Des gamins: c'est bien le mot. Car, ce qui frappe notamment, c'est l'âge des victimes et des auteurs de ces violences intra-communautaires: une vingtaine d'années, pas plus.
Au fond, l'autre jour, lorsque l'on esquissait (ici) le bilan de la situation générale à Paris dix ans après l'accession de la gauche au pouvoir, on évoquait le gros point noir, si visible au quotidien, de la pauvreté. On aurait très bien pu en mentionner un autre, tout aussi ostensible dans tant de quartiers de cette «Ville lumière» décidément parfois si mal nommée. Le sentiment qu'une partie de la jeunesse y est en train de basculer (*). Ce que, à l'Hôtel de Ville ou partout ailleurs en haut lieu, tout le monde sans doute voit, sent et sait. Mais alors, pourquoi les choses donnent-elles tant l'impression de ne pas fondamentalement s'améliorer, année après année?
(*) Pour ne prendre que ce seul exemple, si frappant au quotidien: voir l'âge, de plus en plus jeune, des gens qui quêtent dans le métro ou le RER parisiens: tentant de glaner, passant de rame en rame, quelques piècettes auprès des usagers. Là encore, bien souvent, ce sont des gamins.
12:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, immigration, jeunes, sécurité, social
08.04.2011
«Une contrainte» ou «une routine»
Aujourd'hui, pour bien terminer la semaine, une note qui vous permettra de vous situer par rapport au Français moyen en ce qui concerne son rapport au travail. Du moins si vous avez un emploi – selon les derniers chiffres du chômage, la France compte 4 millions de demandeurs d'emploi (4,3 millions, outre-mer compris).
Seuls… 31% des Français se disent heureux au boulot. C'est le chiffre saisissant que l'on trouve dans le dernier baromètre annuel sur le bien-être au travail en France. Ce taux de satisfaction descend à 29% dans le secteur privé. Les ouvriers se déclarent deux fois moins souvent heureux au travail (22%) que les cadres supérieurs (46%). Dans leur majorité, certes relative (36%, +5 par rapport à l'an dernier), les Français voient avant tout leur boulot comme «une contrainte» ou «une routine». Seuls 32% (-3%) le considèrent comme «un plaisir» ou «une fierté». Pour tous les autres, ce n'est qu'«une sécurité».
Conclusion de l'étude? En France, «satisfaction professionnelle et motivation atteignent des scores historiquement bas. En cause, un déficit toujours aussi massif en terme de rétribution (la question du pouvoir d’achat et du niveau de salaire restent très sensibles); mais aussi la question de l’utilisation des compétences, des conditions de l’accomplissement au travail». Autre «signal d’alerte»: «Pour la première fois, l’une des caractéristiques traditionnelles de la relation des salariés français à leur travail (une dimension affective, quasi hédoniste) semble atteinte, en particulier dans le secteur public».
Plus que jamais, donc, bon week-end à vous, a fortiori si votre travail est «une contrainte» ou «une routine». Et, puisque c’est ce soir que débutent les vacances scolaires pour la zone de Paris, bons congés si vous avez la chance d’en prendre.
13:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, art de vivre
06.04.2011
Un souvenir douloureux
Cela bouge décidément tous les jours, sur les Champs-Elysées. Le bruit circulait depuis des semaines à Paris, et il a été confirmé officiellement (ici) il y a quelques jours. Le groupe britannique Marks & Spencer s'apprête donc à faire son grand retour en France. Et c'est «la plus belle avenue du monde» qu'il a choisie comme lieu d'implantation. Précisément, c'est au numéro 100 de la fameuse artère que l'enseigne de prêt-à-porter va s'établir, d'ici à la fin de l'année. Son «flagship store» – comme disent les courtiers immobiliers: so chic – se déploiera sur 3 niveaux et près de 1500 m2.
Cette info n'aurait qu'un intérêt assez limité, si elle ne ravivait pas en France un souvenir très douloureux.
Cela remonte à 2001, mais on s'en souvient comme si c'était hier. La nouvelle, à l'époque, avait été annoncée à 7h du matin aux employés concernés, et elle avait suscité un choc terrible. M&S connaissait alors de grosses difficultés financières. Ce jour-là, il avait donc annoncé la fermeture immédiate de toutes ses boutiques en France. Elles étaient au nombre de 17, la plus fameuse étant située à Paris, Boulevard Haussmann si on se souvient bien. Du jour au lendemain, 1700 travailleurs du groupe s'étaient retrouvés sur le carreau en France – plus de 4000 en Europe.
Ces derniers jours, dans sa campagne de com' tapageuse à propos de son arrivée sur les Champs, M&S s'est bien gardé, évidemment, de revenir sur ce pénible événement. Raison pour laquelle on s'est permis de le faire ici, ce mercredi. Le «droit à l'oubli», comme disent les juristes, existe, certes. Mais, à notre humble avis, il ne doit tout de même pas faire oublier totalement l'Histoire, l'Histoire sociale notamment.
11:16 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, social
28.03.2011
Un satisfecit
Ne reparlons pas des élections cantonales: le taux d'abstention astronomique enregistré à nouveau hier a encore confirmé que les Français eux-mêmes n'en avaient pas grand-chose à faire. Parlons d'une élection qui, en revanche, à l'époque, avait passionné le pays, elle. Et d'un scrutin dont on vient de fêter l'anniversaire. C'était le 18 mars 2001. A la suite des élections municipales, Paris basculait à gauche pour la première fois de son histoire. Le socialiste Bertrand Delanoë s'installait dans le fauteuil de maire, mettant un terme à 25 ans de chiraquie.
Dix ans plus tard, l'intéressé a fêté très discrètement cet anniversaire. Pas de cérémonie ni de flonflons: à peine un édito dans la gazette municipale. Le maire y «mesure tout ce qui reste à faire» dans la capitale, reconnaît que «trop de Parisiens doutent et souffrent» encore aujourd'hui, convient que «plus que jamais», il est nécessaire «que Paris retrouve une certaine humanité».
Début mars, un sondage Ifop a indiqué que les Parisiens lui donnaient globalement satisfectit pour ses dix ans d'action. Sa gestion est saluée par 67% des sondés – et y compris par 42% des électeurs de droite. Avec, toutefois, quatre points noirs, jugés majoritairement insatisfaisants: le logement, la circulation, la sécurité et la propreté.
En tant que Parisien moyen, on est plutôt d'accord avec ce constat. Hormis peut-être en ce qui concerne l'insécurité, qu'on ne ressent pas vraiment au quotidien – mais on vit dans un quartier central relativement aisé, et donc assez tranquille. Et hormis en ce qui concerne les embarras de circulation; on n'a pas trop d'avis sur la question vu qu'on est mauvais juge: non-motorisé, comme la majorité des Parisiens. On est plutôt d'accord avec cette évaluation sondagière, à ceci près qu'une grande absente manque, à nos yeux, dans cette liste de choses à améliorer.
C'est, au quotidien, ce qui a le plus ostensiblement empiré ces dix dernières années à Paris. Mais sans doute est-ce aussi le cas dans d'autres grandes métropoles du monde et, assurément, il serait injuste de l'imputer au seul Bertrand Delanoë: l'Etat central est le premier concerné. Cet échec si ostensible, cette horreur si présente en permanence à la vue de n'importe quel Parisien un minimum attentif à ce qui se passe autour de lui, c'est, évidemment, la pauvreté.
11:06 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, elections, delanoë, social
23.03.2011
Une quasi-absence (encore)
Parlons un peu des femmes, aujourd'hui. Puisque, ce mercredi, il y a cinq ans jour pour jour, le Parlement français approuvait définitivement une grande «loi sur l'égalité salariale entre les hommes et les femmes». Cinq ans plus tard, comme nul ne l'ignore, cette égalité n'est toujours pas de mise, loi du 23 mars 2006 ou pas. Ce qui n'a pas empêché les députés de la majorité, hier, de voter une résolution sur l'égalité entre les deux genres.
Ce texte réitère une série d'engagements très généraux: de la lutte contre l'inégalité des rémunérations, à l'encouragement de la présence des femmes à des postes de responsabilités, en passant par la réaffirmation «du caractère inadmissible des violences faites aux femmes». Cette résolution n'a pas force de loi; ce n'est qu'un voeu formulé par le Parlement. L'opposition a refusé de voter cela. A ses yeux, ce texte n'est qu'un cache-sexe dissimulant mal l'«échec» de la politique de la droite en matière d'égalité hommes-femmes. En outre, comme l'a fait remarquer une députée du Parti de gauche, le simple fait «que les législateurs votent une résolution pour appliquer la loi risque de ne pas redonner confiance à nos concitoyens» envers la politique...
La dernière fois qu'on avait parlé des femmes dans ce blog (ici), c'était pour noter, de manière plus anecdotique, la quasi-absence, à Paris, de stations de métro portant un nom de femme. On s'était alors demandé si cette mâle hégémonie à la RATP ne reflétait pas une autre domination masculine: celle de la toponymie de la capitale, qui honorerait davantage d'hommes que de femmes. Depuis, on a eu confirmation de cette intuition. En feuilletant par hasard, l'autre jour dans le métro, un quotidien gratuit qu'on avait trouvé sur un strapontin, abandonné par un voyageur.
«Nom de rues: la parité est à côté de la plaque», était titré ce papier (consultable ici: en page 6). Qui donnait des chiffres précis. En 2011, sur les 6.365 rues que compte la capitale, seules 166 portent le nom d'une femme, soit 9%. Mais c'est trois fois mieux qu'il y a quinze ans. Et «la mairie se mobilise pour combler ce retard». On laissera les lectrices de "Paris Libre" juger si c'est une bonne nouvelle ou si c'est complètement accessoire.
11:48 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, paris, social, economie
09.03.2011
Un procès, ou un autre
A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.
C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.
Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, justice, social, pauvreté, étrangers, paris
02.03.2011
Un chiffre qui tombe à point nommé
Moins d'un Français sur quatre (22%) utilisant internet n'a pas connu de problèmes avec ce média au cours des douze derniers mois. On a trouvé ce chiffre dans une étude que l'Insee publie ce mercredi. Etude qui indique que plus des trois quarts des internautes français se sont, dans l'année écoulée, pris la tête avec ce média: soucis de spams, de virus, ou atteinte à leur vie privée. 22% d'utilisateurs d'internet ayant eu des problèmes avec lui, donc. Ce chiffre tombe au lendemain du énième gros bug ayant frappé des dizaines de milliers de détenteurs d'une adresse électronique gmail.
Parmi tous ces infortunés privés de leur correspondance, combien de Parisiens? On ne le sait. Si d'aventure il y en a, sûr que ne les aura pas consolés l'annonce, il y a quelques jours, des grands projets immobiliers de Google dans la Ville lumière. L'entreprise avait déjà quelques bureaux dans le quartier Opéra. D'ici à la fin de l'année, c'est carrément un immense et très bel ensemble immobilier du 19ème siècle qu'elle investira, dans le quartier de la gare Saint-Lazare. «Il s’agit d’un signal fort pour l’attractivité et le dynamisme économique de Paris, capitale de l'innovation», a applaudi la mairie. En juillet dernier déjà, les «geeks» parisiens avaient été aux anges, avec l'ouverture de l'«Apple Store Opéra» dans le quartier du même nom. Un magasin en permanence très fréquenté, situé il est vrai juste à côté du blockbuster du shopping parisien qu'est devenue la boutique Uniqlo.
Tout cela, alors que les Français sont chaque année de plus en plus branchés électronique et informatique. «En dix ans, la proportion de ménages disposant d’un accès internet à la maison est passée de 12% à 64%», note l'Insee. Si l’ordinateur reste à ce jour le support le plus utilisé pour accéder à internet, il n'en a plus l'apanage. «L’internet mobile, par exemple, fait une percée notable: 24% des internautes ont déjà surfé en 2010 sur internet via leur téléphone portable, contre seulement 9% en 2008».
«La fracture numérique tend donc à se réduire», se félicite l'étude. Qui rappelle toutefois que «des différences selon le diplôme et la catégorie sociale demeurent», en ce qui concerne aussi l'accès aux technologies de communication les plus modernes. Ainsi, le chômeur est moins souvent relié à la toile (74%) que la personne ayant un emploi (83%). Et c'est aussi le cas de l'ouvrier (73%) par rapport au cadre (96%).
Internet ou pas, donc, on ne vit toujours pas au pays des Bisounours. Mais nul, sans doute, ne s'y attendait.
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23.02.2011
Un sur dix
Dominique Strauss-Kahn en personne, à la télé dimanche soir, avait fait écho à ce chiffre impressionnant. Ce chiffre qui, l'autre jour, avait fait la «Une» de l'hebdo «Marianne». En France, cinquième puissance économique mondiale comme chacun sait, «plus de 6 millions de travailleurs, un quart des salariés, gagnent moins de 750 euros par mois».
Au fond, les travailleurs de Paris et, au-delà, de la région parisienne, sont-ils mieux lotis que ceux du reste du pays? C'est la question qu'ont pu se poser les Parisiens en regardant discourir le patron du FMI, puisque la région capitale est censée être la plus riche de l'Hexagone. On a retrouvé quelques chiffres de l'Insee, assez récents, qui répondent bien à cette question.
On compte près d'un demi million de chômeurs (481 000) en région parisienne. Et 5,2 millions de gens ayant un emploi. Parmi ces derniers, «un sur dix occupe un emploi précaire»: un contrat de travail à durée déterminée ou un emploi intérimaire pour les quatre cinquièmes d'entre eux. Ce taux parisien de 10% d'actifs n'occupant qu'un emploi précaire, c'est, finalement, à peine mieux que la situation en province (12%). En revanche, rien ne change, entre la capitale et le reste du pays, dans la structuration de ces emplois précaires: à Paris comme en régions, ces emplois «sont occupés à 55% par des femmes et pour moitié par les moins de 30 ans».
De quoi confirmer à nouveau, si besoin en était, que Paris n'est décidément pas toujours la «Ville lumière», comme on dit. Pas pour tout le monde, en tout cas.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, paris, femmes, jeunes, strauss-kahn
18.02.2011
Un cirque
Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (là ou là).
Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.
L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.
A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.
PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.
12:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, logement, activisme, police, médias, justice, paris, strauss-kahn, sarkozy
02.02.2011
Un moral (assez moyen)
Il y a une bonne âme en ce moment, dans notre quartier du onzième arrondissement. Quelqu'un qui, aux alentours de la rue Saint-Sébastien, un peu partout sur les murs, colle des affichettes assurant le passant que «Tout va bien». Ou, variante, que «Tout va bien se passer». Sans doute cette bonne âme pense-t-elle que le Parisien moyen est exagérément pessimiste, anxieux et/ou déprimé, qu'il a besoin d'être un peu rassuré, qu'un petit message amical de la sorte ne lui fera pas de mal. Charmante attention.
«Tout va bien se passer», en cette nouvelle année? Les Français n'en semblent pas massivement convaincus. Selon une enquête de l'institut Ifop réalisée les premiers jours de janvier – dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler dans ce blog, donc c'est le moment ou jamais –, une courte majorité de sondés (52%) se déclarent optimistes pour eux et leurs enfants. Mais, parmi eux, seuls 8% se disent très optimistes. Et 48% des Français, ce qui n'est tout de même pas rien, s'avouent pessimistes.
Sans surprise, les plus confiants en l'avenir sont les moins de 35 ans (69% d’optimisme), les 18-24 ans surtout (76%). Alors que les moins optimistes se retrouvent parmi les plus de 65 ans (40%), les retraités (40%) et les ouvriers (46%). Les habitants de la région parisienne sont proportionnellement un peu plus optimistes (57%) que la moyenne nationale des Français. Autre enseignement de cette étude, les hommes sont un rien plus confiants en l'avenir (55%) que les femmes (49%).
52% de Français optimistes cet hiver, au total, c'est mieux (+8) que cet été. Mais, note l'Ifop, «en dépit de cette amélioration de l’optimisme, la confiance accordée par les Français au gouvernement marque un fort reflux, et ce dans tous les domaines étudiés». Qu'il s'agisse de la lutte contre le chômage ou contre l'insécurité, de la protection de l'environnement, de l'intégration des personnes issues de l'immigration, de l'augmentation du pouvoir d'achat ou de la baisse des impôts, «il n’existe plus aujourd’hui de sujet pour lequel les personnes interrogées font montre d’une confiance majoritaire» envers la majorité de Nicolas Sarkozy.
Majorité qui n'a donc plus que quinze mois, d'ici aux élections présidentielles du printemps 2012, pour se refaire une santé.
10:44 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, gouvernement, paris
26.01.2011
Un métier
On a croisé au moins un Parisien qui avait le sourire, ce matin: notre kiosquier du boulevard Voltaire. Qui, comme sans doute ses 340 collègues kiosquiers parisiens, était déjà au courant du coup de pouce financier que vient de promettre le gouvernement à ce secteur en difficulté. «Une aide exceptionnelle» d’au moins 10 millions d’euros va être octroyée aux kiosquiers et diffuseurs de presse. Il y a peu, la mairie de Paris, invoquant l'état proche de «la faillite» dans lequel se trouvent nombre de kiosquiers de la capitale, avait débloqué une aide d'urgence de 200.000 euros à leur attention.
Si les kiosquiers de Paris vont si mal en ce moment, c'est notamment parce que, à l'automne, un mouvement social interminable a paralysé la société de distribution de presse qui, chaque matin, livre les diffuseurs. La non-livraison des journaux, mais aussi de magazines, a fait s'écrouler le chiffre d'affaires des kiosquiers: travailleurs indépendants rémunérés à la commission (22%) sur le produit de leurs ventes. Ils ont d'autant plus mal vécu de faire les frais de ce conflit social qu'ils ne roulent déjà pas sur l'or. Selon le syndicat des diffuseurs de presse, le revenu mensuel moyen des kiosquiers parisiens est de 1000€ par mois.
1000€ par mois. Pour se lever chaque matin aux aurores et terminer sa journée de travail généralement assez tard le soir. Pour être confiné, pendant toutes ces heures de boulot, dans un espace vital de quelques mètres carrés à peine, le plus souvent debout. Pour, l'hiver – et cet hiver particulièrement –, devoir s'y geler à en tomber malade, ces kiosques n'étant généralement pas chauffés. Pour, l'été, devoir y transpirer à grosses gouttes: pas de ventilation ni de climatisation. Pour, chaque fois qu'on doit aller aux toilettes, n'avoir d'autre choix que le bistrot du coin ou la bouteille en plastique. Pour, chaque jour, devoir transporter des kilos et des kilos de piles de journaux et de revues, et tenir la si fastidieuse comptabilité des invendus. Pour devoir, à longueur de journées, se taper les touristes vous demandant des renseignements sur un quartier dans lequel vous travaillez mais n'habitez pas, et que vous connaissez donc peu. Kiosquier: quel métier...
«Vivement la retraite!», nous lance invariablement le kiosquier de notre onzième arrondissement, quand le thermomètre de la météo parisienne dégringole sous zéro. En tout cas, s'il y a bien une profession qui devrait bénéficier du régime de retraite (un peu) avantageux dû à la pénibilité du métier, c'est bien celle de kiosquier.
12:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, médias, social, economie
25.01.2011
Une faille
L'attentat meurtrier perpétré hier à l'aéroport de Moscou est-il possible à Roissy, à Orly ou, au-delà, dans n'importe quel aéroport de l'Hexagone? Après les images terribles aux JT d'hier soir, des Français, ce mardi, s'interrogent peut-être sur la sécurité aéroportuaire dans leur propre pays. Il faut dire que début janvier, la télé a jeté un fameux pavé dans la mare.
Vous avez peut-être vu cela: c'était dans le numéro du magazine «Envoyé spécial» intitulé «Police privée: sécurité au rabais». Dans plusieurs aéroports du pays dont Roissy, deux journalistes parvenaient à embarquer dans des avions avec, glissé dans leur bagage, un pistolet 9 mm démonté en sept pièces. Leurs sacs passaient aux rayons X, voire étaient inspectés, mais jamais leur arme n'était découverte. Ils avaient même pu la remonter sans le moindre problème dans un des avions utilisés pour ce test, filmé en caméra cachée.
Le syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire avait dénoncé la «recherche du sensationnel» à tout prix, par les médias obsédés par l'audimat. Mais des commentaires pas trop rassurants avaient-été entendus lors de la (mini-)polémique ayant suivi la diffusion de l'émission. Ainsi, cette déléguée syndicale de la société qui assure la sécurité de l'aéroport de Marignane – à Marseille donc et pas à Paris, mais pas sûr que la situation diffère à Roissy ou Orly.
Interrogée, sur une radio, à propos de cette faille retentissante de sécurité, elle avait eu ces mots. «Les agents de sécurité travaillant dans les aéroports ne cessent de demander davantage de moyens et d'effectifs. Davantage de formation, aussi. Pour apprendre à détecter une arme, les agents ne reçoivent qu'une formation de 14 heures. C'est court mais c'est une bonne base, car c'est surtout l'expérience de terrain qui compte. Le problème, c'est que, dans toutes ces sociétés de sécurité privées opérant dans les aéroports, il y a beaucoup de turn over. Les agents les plus expérimentés, sous contrat de travail à durée indéterminée, sont souvent remplacés par des nouveaux: engagés eux à durée déterminée, moins chers donc pour leur entreprise, mais n'ayant aucune expérience». A l'entendre, cette grande rotation du personnel dans le secteur de la sécurité privée – où les emplois sont souvent mal payés et pénibles (horaires de travail, etc.) – peut avoir un impact sur la sécurité.
D'ailleurs, faites l'expérience la prochaine fois que, à Roissy ou à Orly, pour accéder à la zone de départ des avions et des achats détaxés, vous passez les portiques de sécurité. Observez l'âge moyen des vigiles qui vous contrôlent. Vous pourrez constater, ainsi qu'on l'a déjà fait tant de fois, que, dans la majorité des cas, ces agents sont très jeunes.
Alors, il va de soi que cela ne doit pas amener à mettre d'office en doute leur compétence – la valeur n'attendant pas le nombre d'années, etc, etc. Il n'empêche, en termes de sécurité, sans doute cela ne ferait-il pas de mal si davantage de personnel plus âgé et donc expérimenté encadrait ces jeunes qui apprennent leur métier.
12:09 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, social, télévision
17.12.2010
Une décoration
Chronique de la vie quotidienne de quartier à Paris en cette période de fêtes de fin d'année, suite. On racontait l'autre jour (ici) qu'un petit campement de SDF s'était établi, il y a peu, aux pieds de l'immeuble du bureau: boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement. On décrivait comment, avec canapés, table de nuit et réchaud pour cuisiner, ces nouveaux voisins donnaient l'impression d'avoir voulu recréer là un semblant d'habitation – vaille que vaille, malgré tout l'inconfort de leur situation. Ce matin, en allant bosser, on a constaté que, Noël oblige, le campement avait été décoré par ses habitants.
Les SDF ont gonflé des ballons multicolores et les ont accrochés sur la haute grille qui sépare la voie publique des espaces privés de la copropriété. Non sans avoir, au feutre noir, dessiné sur ces ballons des étoiles, des sourires en forme de smileys, etc. Devant leur campement, par terre, ils ont déposé un de ces petits paniers garnis comme on en voit en ce moment dans les rayons des supermarchés. Un de ces paniers en carton imitant vaguement le bois et proposant, bien rangé sur de la paille ou un carré de nappe style vichy, un assortiment supposé à prix avantageux de minis-portions d'aliments de réveillon: foie gras, confiture d'oignons, etc. Leur panier à eux est vide. Reconverti en récipient pour la quête, il attend les (hypothétiques) oboles des passants. Enfin, sur la petite table de nuit à côté des canapés, trône désormais un sapin de Noël miniature, en plastique.
Un mini-bidonville aux couleurs de Noël, en somme. C'est joli. C'est atroce.
11:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, pauvreté, logement
16.12.2010
Une campagne
Ces affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.
On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.
Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.
Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.
11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, communication, activisme, paris, métro
13.12.2010
Une dénonciation
Cela se passera demain à 18h30 sur la terrasse Lautréamont, dans la rue et le quartier Rambuteau, au coeur de Paris. Un lieu où il n'est pas rare, l'hiver, de voir se regrouper des SDF par dizaines pour y (tenter de) passer la nuit. «Les morts de la Rue» y rendra un dernier hommage aux miséreux qui sont décédés dans la rue en 2010. Selon les derniers calculs de cette association, on en compte déjà 340 depuis début janvier. En 2009, 406 SDF avaient trouvé la mort en France. Cette année, on ne devrait pas être loin de ce chiffre. Demain, le collectif dénoncera une fois de plus «le manque de volonté politique, qui contraint actuellement des personnes à vivre et mourir dans ces conditions indignes».
Dénoncer sans cesse le fait que «vivre à la rue mène à une mort prématurée» et que «les causes (de ces décès) sont souvent violentes»: c'est un des messages de l'association. Ces derniers jours encore, en France, on a eu une double et dramatique illustration de la pertinence de cette dénonciation.
Ainsi, mercredi dernier à Lille, les pompiers ont découvert le corps sans vie, carbonisé, d'un SDF d'une trentaine d'années. Il y a trois mois, il avait planté sa tente à l'entrée d'une usine désaffectée: le long d'un mur, dans un recoin sombre. Sans doute était-il en train d'y préparer la cuisine avec un réchaud de fortune, insécure, qui a embrasé son abri. Les riverains n'ont que machinalement donné l'alerte au moment de l'embrasement, car ils croyaient à un simple feu de détritus. La nuit suivante, à Nice cette fois, c'est un SDF roumain de 26 ans qui a été très grièvement brûlé et qui, aux dernières nouvelles, était toujours entre la vie et la mort. Il aurait été aspergé d'un liquide inflammable alors qu'il dormait dans la rue. Selon les premiers éléments de l'enquête, à l'origine du drame pourrait être un différend entre SDF, qui se seraient disputés «pour une place dans la queue d'une soupe populaire».
Mais, sinon, tout va bien: à Paris comme dans le reste du pays, la féerie de Noël bat son plein et c'est en permanence la cohue joyeuse et insouciante dans les grands magasins.
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, activisme



