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12.09.2011

Un progrès à faire

tourisme,transports,art de vivreRetour à Paris, donc. Au risque de passer pour irrémédiablement teigneux, la première impression qu'on a eue de la France, il y a quelques jours en y posant à nouveau le pied, n'était franchement pas terrible. On s'est dit que ce pays avait décidément encore des progrès à faire en ce qui concerne l'accueil des visiteurs étrangers.

 

On débarquait à Roissy aux alentours de 4h15 du matin. Si vous n'avez jamais fait l'expérience, on vous l'assure: Charles de Gaulle à cette heure, c'est loin d'être techno-bling comme Orly désormais – si d'aventure le dernier gadget qui y a été inauguré cet été vous a échappé, c'est ici. Couloirs déserts, lugubres à force d'être si peu éclairés, escalators chaotiques, poubelles qui débordent, toilettes à la propreté perfectible, absence de tout personnel pour renseigner les nouveaux arrivants, fonctionnement laborieux des billetteries automatiques de la gare RER, et ces RER passablement crasseux: cela donnait assez envie de redécoller illico vers d'autres contrées.

 

Cela dit, 84% des usagers de CDG, paraît-il, sont satisfaits de cet aéroport. C'est ce qu'a affirmé un sondage, cet été. Les clients apprécieraient notamment le système de contrôle des bagages à mains: «organisation de la file d’attente, durée de l’attente, accueil du personnel, prévenance, sentiment de sécurité». Dans le même registre, mercredi en Conseil des ministres, le gouvernement Fillon s'est félicité du fonctionnement, à Roissy, du passage au contrôle transfrontière: «La proportion des passagers attendant moins de 15 minutes à ce contrôle est passée de 58% en septembre 2010 à 94% en mai 2011».

 

Peut-être. Ce qu'on n'a pas encore bien compris, en revanche, c'est l'intérêt du système d'enregistrement appliqué depuis un petit temps, à Roissy comme ailleurs, par des compagnies aériennes comme Air France.

 

tourisme,transports,art de vivreAvant, les passagers ne faisaient qu'une fois la queue: pour accéder au comptoir qui, dans le même temps, à la fois prenait en charge leur bagage et délivrait la carte d'embarquement. A présent, on la fait deux fois, la queue. D'abord pour accéder à une borne électronique délivrant la carte d'embarquement. Ensuite pour déposer le bagage au comptoir ad hoc. Où donc est le progrès?

 

Air France aurait-elle eu des remarques de passagers mécontents? En tout cas, elle la ramène moins qu'avant, à propos de ce système d'enregistrement. Jusqu'à il y a peu, elle utilisait l'appellation «Dépose bagages minute». Ce qui est curieux, quand, vu la foule, on doit poireauter des dizaines de minutes pour effectivement déposer son bagage. A présent, a-t-on vu cet été, on ne parle plus à Roissy que de «Dépose bagages». Cela ne règle pas le problème, mais c'est déjà plus réaliste.

02.08.2011

Un joli coup de com'

C'est LA grosse nouvelle de cet été 2011 en France, à en juger à l'incroyable écho qu'elle a eu ces quinze derniers jours dans les médias, ici. On veut parler du passage de 11 à 17 euros du montant de l'amende pour stationnement impayé ou irrégulier. Cette majoration est entrée en vigueur lundi; cela faisait un quart de siècle que la contredanse n'avait pas augmenté. Cette mauvaise nouvelle pour des millions d'automobilistes a donné une idée assez farce de campagne de com' aux... producteurs de prunes!

Car, il fallait y penser: dans le langage courant, en français de France en tout cas – en français de Belgique, on ne se souvient plus trop, mais on ne croit pas –, les amendes de stationnement sont rebaptisées des «prunes». Du coup, les producteurs de ces fruits ont sauté sur l'occasion pour faire la pub de leurs produits. Comment? Jusqu'au 30 septembre, ils proposent tout simplement... le remboursement des PV de stationnement! Il suffit d'aller sur la page dédiée de leur site web, qui proclame d'ailleurs fièrement: «Chaque jour, la Prune de nos terroirs rembourse 3 PV». Là, l'automobiliste verbalisé répond à un petit quizz sur ces fruits. S'il obtient cinq bonnes réponses et est tiré au sort, les producteurs français de Reine-Claude, de Quetsche ou de mirabelles lui envoient un virement correspondant au montant de son amende.

Bravo aux pubards qui ont conçu cette campagne de com': rien qu'au vu du retentissement médiatique qu'elle a eu ces derniers jours, elle est un succès. Qui sait la popularité probable d'une telle initiative auprès des automobilistes se répercutera-t-elle même, cet été, sur les chiffres de vente de cette filière agricole – l'Hexagone produit chaque année, singulièrement dans le Sud-Ouest, 75 000 tonnes de prunes, ce qui n'est tout de même pas rien.

20.06.2011

Un avis de recherche (bidon)

VESPAperdue.jpgOn l'aimait bien, Romain. Il avait une bonne bouille de jeune Parisien rigolard, voire facétieux. On avait fait sa connaissance il y a quelques jours, en apercevant les affichettes qu'il avait placardées un peu partout dans les rues du quartier Bastille. Elle le montrait juché sur son scooter; avec, en légende, cet avis de recherche: «J'ai perdu mon irremplaçable Vespa PX et ça me rend bien triste. Aidez-moi à la retrouver. Forte récompense: je suis prêt à vous offrir une Vespa neuve. Merci. Romain».

 

La première fois qu'on avait vu cet appel, on s'était dit que, le pauvre Romain, il ne la reverrait jamais, sa Vespa. Clair qu'elle n'était pas perdue mais qu'elle lui avait été volée. Et puis, jour après jour, on avait observé cet avis de recherche placardé également dans des tas d'autres quartiers de Paris. Son scoot perdu, décidément, il l'aime bien, notre pauvre Romain, s'était-on dit. Même réflexion ce week-end, quand, devant une aire de stationnement pour scooters de notre boulevard Richard Lenoir, on aperçut l'avis de recherche de Romain sous la forme carrément d'un grand pochoir peinturluré directement sur le macadam du trottoir.

 

Amusé par les tribulations de ce jeune Parisien rendu inconsolable par la perte de son scoot, on a fini par aller faire un tour sur la page web à laquelle ses avis de recherche renvoyaient: une page intitulée "ouestmavespapx.fr". C'est là qu'on a pigé qu'en fait, Romain... n'avait jamais existé.

 

Ce n'est qu'une créature, un concept, publicitaire.

Ledit lien, en effet, aboutit à la page Facebook de la filiale française de Piaggio, la marque de scooters bien connue. Y est faite la promo d'une nouvelle Vespa qui vient d'être mise sur le marché, en l'honneur du 65ème anniversaire du lancement de la première Vespa. Romain n'est qu'une accroche imaginée par des pubards pour susciter un peu de buzz urbain autour du retour d'«une légende vivante»: le retour d'«un style inimitable, fonctionnel, une solidité légendaire grâce à sa carrosserie en acier, la fiabilité d'un moteur simple et indestructible et sa célèbre roue de secours dissimulée sous l'aile gauche. Une pièce unique. Des lignes simples et minimalistes». En cliquant sur «J'aime» (ce matin, plus de 600 personnes l'avaient déjà fait), les internautes s'inscrivent à une «chasse au trésor» qui leur permettra peut-être de gagner la récompense que promettait Romain, sur ses affichettes: un scooter de ce nouveau modèle.

VESPAtrottoir.jpgOn a (très peu) hésité, mais, finalement, on n'a pas cliqué.

Subitement, on trouvait ce coup de pub certes pas mal pensé et plutôt réussi (car visible et accrocheur), mais aussi, comment dire, un peu minable. Un peu comme la fin d'une belle petite histoire urbaine. Un peu comme la récupération, par les camelots de la pub, d'un petit bout de la vie (rêvée?) de notre quartier.

12.05.2011

Une appli, ou l'autre

appli.jpgOn parlait avant-hier de l'appli iphone assez farce lancée par le Parti socialiste pour le trentième anniversaire de l'accession de François Mitterrand à l'Elysée, le 10 mai 1981. A Paris, depuis un petit temps déjà, deux autres applications pour smartphone, n'ayant elles rien de politique, suscitent un gros débat.

La première a été baptisée du doux nom de «Stop-pervenches». Ainsi que l'on surnomme en France les contractuel(le)s qui verbalisent les automobilistes mal stationnés. Cette appli permet de consulter et de signaler en temps réel la localisation de ces agents. Histoire de donner toutes les chances aux possesseurs de smartphones d'éviter d'être verbalisés. Pour maximiser ses chances d'éviter un PV, on peut même enregistrer le lieu où sa voiture est stationnée et recevoir sur son téléphone une alerte dès qu'une «pervenche» est dans le voisinage. Les syndicats de la préfecture de police ont dénoncé ce dispositif, et demandé au préfet de police d'intervenir. Selon la CFDT-Préfecture, «cela risque de se retourner doublement contre les agents. D'une part, cela va diminuer leur rendement de PV, et ils vont donc s'exposer à des sanctions disciplinaires de la part de leur hiérarchie. D'autre part, c'est vraiment donner un bâton pour se faire battre: cela ne peut qu'accroître l'agressivité des automobilistes verbalisés envers nos agents. Qui, déjà, dans leur travail quotidien, sont de plus en plus fréquemment confrontés à des atteintes à leur intégrité physique».

La deuxième appli controversée concerne les transports publics parisiens. Cette fois, il s'agissait d'une application Android permettant aux usagers de la RATP de diffuser, sur un site (baptisé «Incidents-RATP») ou via Twitter, les problèmes qu'ils rencontraient sur les lignes de métro, bus et RER. Le particulier à l'origine de cette initiative a été sommé par la RATP d'y mettre fin. La société de transports a avancé que des informations erronées pouvaient être diffusées par ce média. Et a invoqué la violation de ses droits de propriété intellectuelle qu'entraînerait l'utilisation du sigle RATP par quelqu'un d'extérieur à la société, n'ayant donc pas droit à ce faire. Mais rien que le buzz autour de cette réaction de la société de transports a eu pour effet de faire exploser le nombre d'utilisateurs de ce site. Qui, en une seule journée, est passé de 1800 à 4000 visites. Et, depuis, des applis mobile autrement dénommées ont pris le relais. Enfin, comme pour les «pervenches», certaines permettent de localiser la présence, dans le réseau, des équipes de contrôleurs chargés de verbaliser les usagers en défaut de titre de transport...

21.04.2011

Un «service de prestige»

Une escapade à Roissy et Orly, aujourd'hui – bien de saison, avec cette météo digne d'un mois d'août. D'autant qu'un nouveau service, dont la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé le lancement en février, est en train, ces jours-ci, de vraiment y démarrer. Mais ne vous réjouissez pas trop vite: il n'est pas précisément destiné à l'usager lambda de ces deux aéroports.

Car il s'agit d'un «service de prestige», dixit ADP. D'un «service sur mesure». D'une «nouvelle panoplie de services d'accueil hautement personnalisée, mise à disposition d'une clientèle d'affaires ou VIP». C'est «La Conciergerie». Elle vous accueille comme une star à votre arrivée à l'aéroport: à votre descente d'avion ou de voiture. Porte vos bagages. S'assure que vous bénéficiez d'«un accès prioritaire aux postes d’inspection filtrage». Met à votre disposition un «personal shopper» pour vos achats en zone détaxée. Court acheter à la pharmacie le médicament que vous avez oublié à la maison. Se charge des livraisons de fleurs et de cadeaux que vous n'avez pas eu le temps de faire avant votre décollage. S'occupe de votre animal domestique, etc.

Les tarifs de ce service 5 étoiles sont si surfaits qu'ils en deviennent drôles. Une cravate de rechange? 60€. Un détachage express de votre chemisier en soie? 12 € . Un fax urgent à envoyer avant de décoller? 1€ (la page). L'accès à une borne internet quand toutes celles qui sont mises à disposition du public sont occupées? 8€ (par tranche de 10 minutes). Un trousseau de clés à garder précieusement pendant votre périple? 45€ (la journée). Un bouquet de fleurs à livrer à Paris? 120€ (+ le «prix de la composition florale», bien sûr). Une révision express de votre voiture pendant votre voyage? (forfait de 250€: hors pièces et main-d'oeuvre, cela va de soi).

Bienvenue dans la vraie vie parisienne. Pour certains, du moins.

19.04.2011

Un gros gaspillage

4,5 millions d'euros. C'est donc le montant qui, à Paris, a été jeté par les fenêtres. C'est la somme qui a été déboursée en vain par la RATP, par l'organisme qui gère les transports publics en région parisienne, et par les autorités régionales. 4,5 millions d'euros, c'est ce qu'avait coûté le tapis roulant ultra-rapide qui, en 2002, avait été installé à la station Montparnasse, et dont les opérations de remplacement ont débuté hier.

A l'époque, ce «trottoir roulant rapide» (TRR) avait été présenté comme un bijou technologique. Déployé dans l'interminable (180 mètres) tunnel reliant les lignes 4 et 12 du métro aux lignes 6 et 13 ainsi qu'à la gare SNCF, il atteignait la vitesse de 3 mètres par secondes. Soit 11km/h. Soit trois fois plus que la vitesse moyenne d'un tapis roulant ordinaire. Soit, pour un usager quotidien, un gain de temps potentiel de 15 minutes par semaine et de 10 heures chaque année. On croyait rêver. Et on a déchanté, raison pour laquelle ce joujou est en train d'être enlevé.

Car «le tapis roulant le plus rapide du monde» s'est avéré bien trop casse-gueule pour l'usager de base: pour le Parisien moyen, qui n'est pas forcément toujours sportif, jeune, agile ou portant des chaussures plates. C'est bien simple: au nombre de vol planés de ses utilisateurs qu'il engendra, ce tunnel de Montparnasse en vint à ressembler au plateau de tournage d'une émission style «Vidéo Gags». Les personnes âgées, les usagers ayant des bagages, ou simplement les Parisiennes aimant les chaussures à talon détestèrent rapidement ce TRR révolutionnaire. Qui, en plus, accumula les avaries techniques. Résultat des courses: pendant toutes ces années où il était censé fonctionner, le fameux trottoir roulant du futur fut plus souvent qu'à son tour... fermé et/ou boudé et/ou hors d'usage.

Officialisation donc, cette semaine, de ce retentissant fiasco technologique. Et, au passage, de ce gros gaspillage.

Encore bravo.

24.03.2011

Un fiasco

On évoquait le métro de Paris hier, au passage de la note du jour. Mais ici cette semaine, en matière de transports publics, c'est le train de banlieue qui fait l'actualité. Et plus spécialement, la ligne H de la SNCF, qui dessert la grande banlieue Nord de la capitale française. C'est sur cette ligne que, depuis décembre 2009, des rames flambant neuves remplacent progressivement les fameux «petits gris»: ces trains en tôles ondulées d'acier inoxydable, qui datent des années 60 – on a déjà parlé de cela dans ce blog: ici. Les banlieusards concernés attendaient énormément de ce nouveau matériel. Ce train «Francilien» (là) n'était-il pas décrit comme «extra large, boa et ultramoderne, conçu spécialement pour la problématique du réseau SNCF très chargé en Ile de France»? «Francilien, votre quotidien prend des couleurs!», disait même le slogan de sa campagne de com'. Tu parles. L'affaire est en train de tourner au fiasco, a-t-il été confirmé en début de semaine.

Lundi, en effet, le constructeur de ces nouvelles rames, le groupe canadien Bombardier, a carrément annoncé la suspension temporaire de leur livraison à la SNCF. Car les exemplaires qui ont graduellement été mis en circulation sur la ligne H fonctionnent de manière... catastrophique. Ils accumulent tant et tant d'avaries que les voyageurs subissent des retards encore plus importants qu'à l'époque des «petits gris», pourtant si vieux et poussifs...

Lundi, les PDG de Bombardier France et de la SNCF ont étés convoqués à la présidence de la Région. Après avoir reçu un savon, ils ont dû s'engager à s'activer pour trouver au plus vite l'origine de ces dysfonctionnements (électroniques, semble-t-il). Afin que puisse reprendre le plus vite possible la livraison de ce nouveau matériel roulant. Dans l'immédiat, des «petits gris» qui avaient été retirés de la circulation vont devoir être remis en service. Du coup, les médias ici font leurs choux gras de ce fiasco. «Le beau projet de "TGV des banlieues" se transforme en cauchemar», entendait-on ainsi, l'autre matin, sur une radio.

Encore bravo.

16.03.2011

Une amélioration

mauriac.jpgRepérée par un collègue journaliste hier, cette phrase de François Mauriac affichée en ce moment à la devanture d'une boutique de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement: «Il ne sert de rien à l'homme de gagner la lune s'il vient à perdre la terre». Ce pourrait être un slogan écologiste contre le nucléaire? Ce n'est que de la réclame publicitaire – pour une gamme de produits cosmétiques, semble-t-il...

Sinon, hier matin à la même heure, on n'était visiblement pas le seul à trouver un peu léger le dispositif déployé par Air France pour venir en aide aux Français expatriés au Japon et désireux de quitter au plus vite ce pays. Pour preuve, sur injonction d'un ministre s'étant rendu à son siège hier midi, la compagnie aérienne a boosté ce dispositif. Elle a réaffecté à la ligne Paris-Tokyo-Séoul deux Boeing 777, plus grands, qu'elle utilise d'habitude pour le service des DOM-TOM. Résultat: la capacité totale des deux vols quotidiens d'Air France vers le Japon est désormais de 944 sièges, contre 871 hier matin. En outre, au même moment, et sans doute pour soulager un peu la compagnie, 280 Français ont été autorisés à profiter gratuitement du vol retour vers la France de l'avion de la Sécurité civile qui, lundi, avait convoyé au Japon ses équipes de sauveteurs. A l'heure où ces lignes sont écrites, ces rapatriés doivent être en train d'arriver à Roissy.

D'heure en d'heure donc, le dispositif s'améliore, et c'est heureux. En attendant, très prosaïquement, ce sont les ministères des Finances et du Budget qui, en ce moment, doivent suivre avec la plus grande angoisse l'évolution de la situation nucléaire au Japon.

En effet, si celle-ci tourne au cataclysme, elle imposera au gouvernement Fillon de lancer immédiatement une consigne générale de rapatriement de tous les Français installés au Japon. Or, dans ce cas, dès ce mot d'ordre officiellement lancé, tous les frais entraînés par cette opération basculent automatiquement à la charge des autorités. L'Etat devrait donc notamment prendre à sa charge tous les coûts engagés par Air France, ce qui n'est pas le cas en ce moment. Dans un pays surendetté et déficitaire comme jamais, c'est évidemment quelque chose que les grands argentiers de Bercy veulent éviter à tout prix...

15.03.2011

Un «geste» perfectible

«Business is business», écrivait-on hier, à propos des affaires qui continuent en France, malgré la catastrophe nucléaire au Japon. Un peu plus tard, semblant démentir ce constat, Air France annonçait (ici) un «geste commercial» sur ses vols retour du Japon vers la France; des «tarifs spéciaux» à l'attention de tous les Français établis au Japon et qui, affolés, souhaiteraient quitter au plus vite ce pays vu les événements. Dès lundi soir, des tarifs préférentiels leur seraient proposés, moins prohibitifs que les quelque 2000€ auxquels la compagnie aérienne facture habituellement une réservation de dernière minute sur ce type de vol.

Avant de se féliciter béatement de cette initiative, on a tout de même voulu un peu vérifier cela. Ce matin, on est donc allé faire un tour sur le site de réservation d'Air France. En se mettant dans la peau d'un expatrié français moyen qui, ce mardi, désirerait quitter Tokyo au plus vite à destination d'Orly ou de Roissy. Cette petite simulation a permis deux constatations.

D'abord, ledit Français paniqué n'aura d'autre choix que de se calmer, de prendre son mal en patience, et de croiser les doigts pour que les nuages radioactifs n'arrivent pas dans la capitale japonaise avant qu'il ait obtenu une place sur un vol Air France. Ce matin, en effet, la première place disponible à destination de Paris n'était que dans le vol de... samedi soir.

Ensuite, «geste» d'Air France ou pas, ce candidat au voyage aura intérêt à avoir un compte bancaire bien garni. S'il se contente d'un vol aller simple sur Paris, il lui en coûtera au minimum 709€. Ce n'est tout de même pas rien, a fortiori si l'intéressé a un conjoint et des enfants à exfiltrer également du pays du Soleil levant. Prendre un aller-retour, alors? Rentrer brièvement au pays, puis revenir au Japon dans quelques jours, le temps que les choses s'y soient un peu apaisées? Mais là aussi, ce n'est pas donné: les tarifs des billets aller-retour, a-t-on constaté ce matin, vont jusqu'à... 1939€.

A première vue, donc, ces «mesures commerciales exceptionnelles», comme les qualifie Air France, paraissent assez perfectibles.

11.03.2011

Une quasi-absence

Pour bien terminer cette semaine lors de laquelle a été fêtée la Journée de la Femme, cette remarque, hier, d'un collègue journaliste lui aussi grand utilisateur du métro de Paris. Le réseau de la RATP ne compte en tout et pour tout que... 2 stations portant un nom de femme. Rien que 2, sur les 300 stations de ce réseau. Ce sont «Louise Michel» et «Marie Curie» («Pierre et Marie Curie», en fait).

 

Sa réflexion nous disait vaguement quelque chose. Et pour cause: en février 2007, dans ce blog (ici), on avait évoqué le sujet. Depuis, donc, rien n'a changé. Ni ne changera. En effet, parmi les nouvelles stations que la RATP prévoit d'inaugurer ces prochaines années (là), pas une ne portera le nom d'une femme.

 

Alors, bien sûr, la vie quotidienne des Parisiennes ne se trouverait aucunement améliorée si le métro de leur ville comptait davantage de stations portant un nom féminin. Mais, rien que sur le plan symbolique, cette quasi-absence n'est tout de même totalement anodine. Tentative d'explication: une station de métro, à Paris comme ailleurs, tire souvent son appellation du nom de la rue ou de la place où elle conduit. Peut-être cette mâle hégémonie à la RATP reflète-t-elle donc une autre domination masculine: la toponymie de la capitale honore considérablement plus d'hommes que de femmes.

 

Les usagères du métro parisien qu'irriterait ce flagrant déséquilibre méditeront sur les noms de ces quatre stations de métro, incontestablement féminins mais hors-catégorie tant ils sont connotés: «Notre-Dame de Lorette», «Notre-Dame des Champs», «Abbesses» et «Filles du Calvaire»...

08.02.2011

Un passe-droit, ou pas

PériphPARIS.jpgEncore bravo. Quelques jours à peine après la publication d'un nouveau sondage confirmant la défiance grandissante des Français envers l'élite politique, un membre de l'entourage du chef de l'Etat est accusé d'avoir revendiqué et bénéficié d'un passe-droit.

 

Selon le quotidien régional (ici) qui a révélé l'affaire hier, à la fin janvier, un conseiller de Nicolas Sarkozy, fils d'un ancien ministre, a été flashé à 119 km/h alors qu'il était au volant d'une voiture du parc automobile de l'Elysée et qu'il circulait sur une route où la vitesse est limitée à 70 km/h. «Après avoir décliné son identité, il n'a pas hésité à faire valoir ses relations, auprès des gendarmes qui venaient d'effectuer le contrôle». Et leur a «bien fait comprendre qu'il serait préférable de classer l'incident». Il est donc «remonté le plus tranquillement du monde dans sa voiture et a continué sa route», échappant à une contravention de 135 euros et à la perte probable de 4 points de son permis de conduire.

 

Généralement, le quidam qui se retrouve dans pareille situation mais qui, lui, ne travaille pas à l'Elysée, ne bénéficie pas d'une telle mansuétude. On vient encore de le voir doublement à Paris.

 

Dimanche vers minuit, sur le pont de Bercy (12ème arrondissement), un jeune motard (28 ans) a été contrôlé à ... 169km/h (169!), au lieu des 50km/h réglementaires. Rattrapé par les agents de la brigade motocycliste, il a fait l’objet d’une procédure pour grand excès de vitesse et s'est vu immédiatement confisquer son permis de conduire comme sa moto. Vendredi dernier déjà, à la sortie du souterrain en direction de la porte des Ternes (17ème), où la vitesse est théoriquement limitée à 50 km/h, un automobiliste avait été surpris à 139km/h. Pas davantage de passe-droit pour lui: retrait immédiat du permis.

 

POLICIERParis.jpgChaque année, quelque 20.000 excès de vitesse sont verbalisés en région parisienne, dont environ 3000 sont supérieurs à 30km/h. Il est prévu d'augmenter le nombre de radars fixes tant sur le périph' (où l'on devrait en compter 16) que dans Paris intra-muros (10). En région parisienne comme dans l'ensemble du pays, les excès de vitesse sont, et de loin, la première cause de retrait de points du permis de conduire. Les autorités justifient cette sévérité par le fait que «les excès de vitesse, même petits, sont à l’origine d’un grand nombre d’accidents de la route et occasionnent des blessures plus graves pour les victimes. Pour preuve, 1% de baisse des vitesses moyennes équivaut à 4% de baisse des accidents mortels».

 

Peut-être faudrait-il envoyer cet argumentaire à l'Elysée.

25.01.2011

Une faille

roissy2.jpgL'attentat meurtrier perpétré hier à l'aéroport de Moscou est-il possible à Roissy, à Orly ou, au-delà, dans n'importe quel aéroport de l'Hexagone? Après les images terribles aux JT d'hier soir, des Français, ce mardi, s'interrogent peut-être sur la sécurité aéroportuaire dans leur propre pays. Il faut dire que début janvier, la télé a jeté un fameux pavé dans la mare.

Vous avez peut-être vu cela: c'était dans le numéro du magazine «Envoyé spécial» intitulé «Police privée: sécurité au rabais». Dans plusieurs aéroports du pays dont Roissy, deux journalistes parvenaient à embarquer dans des avions avec, glissé dans leur bagage, un pistolet 9 mm démonté en sept pièces. Leurs sacs passaient aux rayons X, voire étaient inspectés, mais jamais leur arme n'était découverte. Ils avaient même pu la remonter sans le moindre problème dans un des avions utilisés pour ce test, filmé en caméra cachée.

Le syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire avait dénoncé la «recherche du sensationnel» à tout prix, par les médias obsédés par l'audimat. Mais des commentaires pas trop rassurants avaient-été entendus lors de la (mini-)polémique ayant suivi la diffusion de l'émission. Ainsi, cette déléguée syndicale de la société qui assure la sécurité de l'aéroport de Marignane – à Marseille donc et pas à Paris, mais pas sûr que la situation diffère à Roissy ou Orly.

Interrogée, sur une radio, à propos de cette faille retentissante de sécurité, elle avait eu ces mots. «Les agents de sécurité travaillant dans les aéroports ne cessent de demander davantage de moyens et d'effectifs. Davantage de formation, aussi. Pour apprendre à détecter une arme, les agents ne reçoivent qu'une formation de 14 heures. C'est court mais c'est une bonne base, car c'est surtout l'expérience de terrain qui compte. Le problème, c'est que, dans toutes ces sociétés de sécurité privées opérant dans les aéroports, il y a beaucoup de turn over. Les agents les plus expérimentés, sous contrat de travail à durée indéterminée, sont souvent remplacés par des nouveaux: engagés eux à durée déterminée, moins chers donc pour leur entreprise, mais n'ayant aucune expérience». A l'entendre, cette grande rotation du personnel dans le secteur de la sécurité privée – où les emplois sont souvent mal payés et pénibles (horaires de travail, etc.) – peut avoir un impact sur la sécurité.

roissy.jpgD'ailleurs, faites l'expérience la prochaine fois que, à Roissy ou à Orly, pour accéder à la zone de départ des avions et des achats détaxés, vous passez les portiques de sécurité. Observez l'âge moyen des vigiles qui vous contrôlent. Vous pourrez constater, ainsi qu'on l'a déjà fait tant de fois, que, dans la majorité des cas, ces agents sont très jeunes.

Alors, il va de soi que cela ne doit pas amener à mettre d'office en doute leur compétence – la valeur n'attendant pas le nombre d'années, etc, etc. Il n'empêche, en termes de sécurité, sans doute cela ne ferait-il pas de mal si davantage de personnel plus âgé et donc expérimenté encadrait ces jeunes qui apprennent leur métier.

14.01.2011

Une condamnation

Depuis le début de l'année, on a beaucoup parlé, dans ce blog, de la vague de vols de téléphones portables dans les transports publics parisiens. La recrudescence des vols à l'arraché de ce type occupe aussi beaucoup la justice, en ce moment. On vient encore d'en avoir un exemple.

En effet, le tribunal correctionnel de Bobigny (banlieue de Paris) vient de juger un délit de ce type. Les faits s'étaient produits le 4 janvier sur la ligne du RER C. Une femme y était en train d'innocemment manipuler son smartphone, sous le regard attentif d'un jeune homme de 23 ans qui voyageait dans la même rame qu'elle. Selon un modus operandi désormais bien connu, lorsque le train fut sur le point de s'arrêter en gare de Saint-Ouen, le jeune homme se jeta sur sa victime, la bouscula, lui arracha violemment son appareil des mains, puis se précipita hors du train. Manque de pot: des agents en civil de la police des transports étaient en mission précisément ce jour-là, à cette heure-là, dans cette rame-là. Et l'avaient à l'oeil. Le malandrin fut donc interpellé illico. En flagrant délit, avec le fruit de son larcin en main.

Le jeune homme dort désormais à la prison de Villepinte. Le tribunal, devant lequel il vient de comparaître pour vol avec violences, l'a condamné à 8 mois de prison ferme. Le fait que sa victime n'ait pas été blessée lors de son vol lui a évité une peine plus lourde. Huit mois tout de même, car le Code pénal retient comme circonstance aggravante le fait de commettre un vol «dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l'accès» à ce moyen de transport.

Huit mois derrière les barreaux. A 23 ans. Et toute une vie probablement handicapée par un casier judiciaire. Tout cela, juste pour avoir voulu un téléphone à la mode mais qui, à la vitesse où se démodent ces appareils, ne l'aurait sans doute plus été dans six mois. Il y a des choses que, décidément, dans ce monde hystériquement modeux et consumériste, on ne comprend pas.

PS: Remarquez qu'une fois de plus, dans ce cas de figure comme dans les autres agressions de ce type qu'on a évoquées dans ce blog dernièrement, c'est une femme qui a été visée. Evidemment. Il faut autrement plus de cran – si tant est que le courage puisse être invoqué dans ce genre d'actes – pour s'attaquer à des balaises d'1,90m.

07.01.2011

Une «haute tension»

pfiounouvelessaimeuf.jpgCette semaine, c'était l'occasion ou jamais, pour les autorités, de faire le point sur l'insécurité dans le métro de Paris. Occasion doublement ratée. Dans ses voeux, le préfet de police en est resté aux généralités: «Délinquance contenue, préservation de l'ordre public» dans la ville, etc. Quant à la dernière livraison de la lettre d'info de la préfecture, au lieu d'évoquer la hausse des vols à la tire dans le métro, elle a insisté sur la baisse des vols à main armée dans la région. On choisit les axes de com' que l'on peut/veut...

Pourtant, depuis une semaine, l'usager moyen du métro parisien qui serait un peu flippé a eu trois fois l'occasion de s'inquiéter, rien qu'en suivant ce que les médias ont dit à ce sujet.

Un: vendredi dernier, un flash matinal sur la radio RTL. «Une dame de 83 ans dans un état grave après une agression dans le métro». Victime d'un vol à l'arraché à la station 'Mairie de Clichy', elle a été bousculée par son agresseur, est tombée sur la tête, et a dû être plongée dans le coma artificiel. «Cette information intervient à quelques jours de la mort d'une jeune femme de 27 ans, bousculée par un pickpocket à la station 'Etienne Marcel'».

Deux: le journal gratuit 20 Minutes (très lu par les usagers du métro) s'y met à son tour, quelques jours plus tard. «La délinquance sur les réseaux ferrés est en hausse. C'est le phénomène marquant dans les transports en commun parisiens en 2010: le nombre de vols avec violences a bondi». Et «une source policière» d'y confirmer ce que l'on racontait dans ce blog début novembre (relire ici): «C'est l'iPhone 4 qui rend les agresseurs marteaux. Ils appellent ça «aller à la cueillette des pommes», en référence au logo d'Apple. Ils les volent en un clin d'œil et les revendent facilement dans la rue, entre 150 et 200 €».

pfiounouvelessaimec.jpgTrois: mardi soir, le bouquet, à la télé cette fois. Sur TF1. «Appels d'urgence», le magazine ultra-sécuritaire présenté par Carole Rousseau, est titré de la sorte: «Insécurité: le métro sous haute tension».

Mais, à part ça, à en croire les communicants officiels, la politique gouvernementale de lutte contre la délinquance et la criminalité est un grand succès.

PS: On évoquait son sort lundi: ce DJ amateur qui, le soir de la Saint-Sylvestre en banlieue de Paris, s'était fait lyncher par des fêtards à qui il avait refusé l'accès à la fête qu'il animait. Cela a été confirmé hier: il est décédé des suites de ses blessures. Il avait 33 ans et était père de deux enfants. On se permet de ne lui consacrer que quelques lignes en italique puisque, d'après le ministre de l'Intérieur (qui, à cette heure, ne s'est toujours pas corrigé), aucun «incident majeur» ne s'est produit dans la nuit du 31 décembre dans le pays. 

06.01.2011

Un air de famille

Les Français se plaignent beaucoup de la SNCF, cet hiver. Et particulièrement ces jours-ci – si vous avez raté cela, lire par exemple ici. Les pataquès de ces dernières semaines risquent d'ailleurs d'amener pas mal de gens à signer une pétition lancée il y a peu, par des usagers qui «n’acceptent pas d’être traités comme des vaches à lait: juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service».

Mais, finalement, pendant les épisodes hivernaux comme on dit, la SNCF fonctionne-t-elle beaucoup plus mal que la SNCB? On n'en est pas sûr. Dernièrement, en tout cas, à l'occasion de notre rapide passage annuel en Belgique pour la Noël, on ne s'est pas senti trop dépaysé.

Ainsi, dans le plat pays, on a eu droit à des guichets totalement fermés pour cause de jour férié; les usagers étant priés de se débrouiller pour les horaires, les tarifs, les correspondances, etc. On a eu droit à des trains bruxellois de banlieue passablement cafouilleux – mais on les a trouvés moins sales que nos RER parisiens. Droit à des quais verglacés car ils n'avaient pas été salés (vol plané, relativement gracieux, en descendant d'un omnibus sur le quai d'une gare du Brabant wallon). Droit à des gares qui, à l'exception de salles d'attente ridiculement exiguës et donc archi-bondées, n'étaient pas du tout chauffées: glaciales, du coup. Droit à des toilettes publiques, dans ces gares, qui, en pleine journée, étaient inexplicablement fermées.

En ce qui concerne le Thalys, le trajet Paris-Bruxelles, on l'a fait... debout. Comme dans le métro de Paris aux heures de pointe. Même pas un strapontin, ni même assez de place pour s'asseoir par terre. Cet après-midi-là, en effet, les occupants des trois Thalys précédents, annulés à cause de la neige, avaient été regroupés dans notre train. Du coup, les réservations ne valant plus, la foule était debout et à touche-touche (*). Quant au trajet de retour Bruxelles-Paris, ce furent retards au départ, en cours de route et à l'arrivée, arrêts inexpliqués en rase campagne, et pas le moindre mot d'excuses bien sûr. Tout cela, finalement, faisait assez SNCF.

Sans doute faut-il voir les choses positivement. Au moins, cet air de famille hivernal assez pagailleux que semblent partager SNCF et SNCB a de quoi rassurer, par son côté routinier, ceux que cela stresse de voyager.

(*) Au passage, remplir à ras bords un TGV est-il bien bien raisonnable (ou simplement réglementaire) en termes de sécurité? Si notre Thalys effroyablement bondé avait déraillé, ou si une bombe y avait explosé, combien de voyageurs auraient-ils été empêchés physiquement, rien que par la cohue, de gagner les issues de secours? Combien de morts en plus aurait-on déploré par rapport à un train qui aurait été normalement rempli? Et, le cas échéant, qu'aurait-dit la société Thalys? Cet après-midi-là, personne à bord de notre TGV n'avait l'air de se poser ces questions.

22.12.2010

Une panacée?

Les nouvelles technologies à la rescousse des forces de l'ordre, suite. On évoquait le sujet mardi dernier dans ce blog. A propos de ces détrousseurs d'un smartphone qui avaient pu être interpellés après avoir été géolocalisés grâce à une application dont disposait l'appareil qu'ils venaient de dérober. Une autre fonctionnalité du téléphone portable est en cours d'expérimentation dans le RER D – la grosse ligne ferroviaire de banlieue, qui transporte un demi-million de voyageurs chaque jour.

 

Un numéro d'appel (le 3117) est spécialement dédié à l'usager de ce RER qui, à l'aide de son mobile, voudrait alerter les forces de l'ordre d'un problème de sécurité auquel il est confronté et/ou dont il est témoin dans ce train. Non surtaxé – l'inverse, cela dit, serait un comble... – ce numéro d'urgence est censé être d'un accès plus aisé et rapide que le standard téléphonique traditionnel de la police. Aucun appel en numéro masqué n'est évidemment possible, techniquement, pour éviter que ce 3117 soit appelé par de mauvais plaisantins. Le dispositif, d'après les premières évaluations, marche si bien qu'à terme, et possiblement dès février, il pourrait être étendu à tout le réseau de transports de la région parisienne.

 

La technique, donc, à la rescousse des hommes. Comme c'est déjà le cas avec la vidéosurveillance: avec la «vidéoprotection», comme persiste à vouloir la dénommer le gouvernement – au passage, remarquez l'habile glissement de sens entraîné par ce néologisme. Face à cette évolution, deux attitudes sont possibles. On peut considérer que c'est la panacée. C'est ce que faisait «Le Figaro» hier encore, qui s'extasiait de la généralisation de la vidéosurveillance dans Paris. On peut aussi être sceptique. Juger que la technologie ne remplacera jamais l'humain. Douter qu'un numéro téléphonique d'urgence ou des caméras de surveillance en abondance suffisent à pallier les conséquences, sur le terrain, de la réduction des effectifs policiers – dans le RER comme ailleurs.

 

On peut aussi se souvenir de certains cocoricos sécuritaires d'hier, qui paraissent aujourd'hui un peu déplacés.

 

Ainsi, la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé, il y a quelques mois, le lancement d'un système révolutionnaire, qui réduirait grandement les formalités de sécurité et d'embarquement des passagers et constituerait donc, pour des dizaines de millions de voyageurs, une avancée indéniable en termes de confort: la biométrie (ici). Trois mois plus tard, Roissy jouit effectivement de cette technologie à la Matrix. Mais cela fait aussi trois nuits de suite que des milliers de voyageurs dorment dans cette aérogare dont le fonctionnement est grandement perturbé par la neige. Sans doute ces usagers doivent-ils se dire qu'en termes de confort et de sécurité d'acheminement, il y a mieux.

09.12.2010

Une (énorme) pagaille

La météo n'étant tout de même pas le sujet le plus passionnant qui soit, on essaie de ne pas trop en parler dans ce blog. Mais là, ce jeudi, on peut difficilement passer à côté. Car c'est carrément une région entière de 10 millions d'habitants qui a été considérablement perturbée par les 10 centimètres de neige tombés hier après-midi et qui est encore assez largement à l'arrêt ce matin, à cause du verglas – cela patine y compris pas mal sur les trottoirs de Paris. Et car ce sont des dizaines de milliers d'habitants de la région parisienne qui viennent de passer une nuit pénible: coincés dans leurs véhicules, empêchés de rentrer du boulot, obligés de dormir dans les gymnases ou les aéroports (130 vols annulés), réquisitionnés pour porter secours à autrui, ou faisant la queue aux urgences d'hôpitaux dont les services de traumatologie ont bien sûr été très sollicités.

 

Deux, trois petites choses à noter.

 

D'abord, le net changement de ton du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Hier en fin d'après-midi, sur toutes les radios de France, il démentait, sûr de lui, toute grosse pagaille en région parisienne. Démenti qu'on trouvait comique – ou consternant, c'est selon – au vu du chaos qui, dès midi, régnait rien que dans les rues de Paris, ce qui augurait du pire pour l'heure de sortie des bureaux en banlieue. Mais ce matin, sur toutes les ondes, le même ministre la ramenait moins. Il convenait que la «situation totalement exceptionnelle» vécue par Paris et sa région, «jamais vue depuis plus d'une génération», avait bel et bien entraîné de «graves difficultés».

 

vélosouslaneige.jpgEnsuite, mais ce n'est qu'une confirmation, l'extraordinaire parisianisme du microcosme médiatique hexagonal. Au vu du menu des grands JT du soir sur les chaînes nationales, en gros une cinquantaine de millions de Français (tous ceux n'habitant pas la région parisienne) ont dû soupirer: pas du tout concernés par cette actualité météo tout d'un coup si envahissante car touchant la capitale mais qui, depuis des semaines, est le lot de la plupart des régions du pays.

 

Enfin, le contraste toujours saisissant existant au sein même de la région-capitale. Entre, d'une part, ces gens qui, comme nous, ont l'immense privilège quotidien de vivre et de travailler dans l'hyper-centre de Paris, et qui donc hier n'ont pas eu à subir de tracas particuliers. Et, d'autre part, ces millions d'autres qui, parfois par choix mais souvent aussi par obligation – le coût de la vie dans la capitale, le prix de l'immobilier, le manque de crèches, etc. –, habitent de l'autre côté du périph'. Et le paient évidemment au prix fort les  jours comme hier. Une pensée amicale pour tous ces gens-là donc, ce matin.

08.12.2010

Un (lent) renouvellement

Grande nouvelle, cette semaine, pour les 850.000 Parisiens et banlieusards qui utilisent chaque jour le RER B. Ils ne s'y gèleront plus (en hiver) ou n'y étoufferont plus (en été). En effet, de nouvelles rames climatisées viennent d'être mises en circulation sur cette ligne. Après tant d'années, on croit rêver. Les rames métalliques d'origine, dépourvues du moindre système de climatisation digne de ce nom, n'avaient plus été renouvelées depuis... un quart de siècle: elles datent du début des années 80. En cet hiver glacial, cela dit, les frileux devront encore prendre leur mal en patience: le programme de remplacement des 119 rames de cette ligne par le nouveau matériel climatisé ne sera achevé... qu'en 2014.

Dans le métro de Paris aussi, cela fait des lustres que l'absence de climatisation est vraiment pénible à vivre pour les usagers – quiconque a déjà voyagé, par exemple, sur la vieille ligne 4 en plein mois d'août ne nous démentira pas. Ici aussi, les choses changent (lentement). Ainsi, les nouvelles rames mises en circulation il y a quelques mois sur la ligne 12 – et qui à terme circuleront aussi sur la 5 et la 9 – sont équipées d'un système de ventilation réfrigérée innovant, qui permet de diffuser un air rafraîchi et renouvelé.

Pour ce qui concerne les nouvelles rames du RER B, elles ont été pensées pour accélérer la vitesse de circulation des trains. Ainsi, les strapontins ont été supprimés sur les paliers: ils gênaient souvent les entrées et sorties des voyageurs. Et un système lumineux permet au conducteur de localiser précisément l'endroit du train où le frein de secours a été actionné, d'où, une détection plus rapide du problème de sécurité à résoudre avant le redémarrage du train. Et ces trains eux-mêmes rouleront plus vite: jusqu'à 140km/h en vitesse de pointe.

Cette rapidité promise, ce n'est pas un luxe. Le récent rapport de la Cour des Comptes sur les transports publics parisiens (ici), aussi volumineux que sévère, l'a encore rappelé: «l’irrégularité du RER B (périmètre RATP) s’élève à 21,8 % en 2009, avec des écarts qui varient selon les tronçons, de 12,6 % à 37,1%». Sur certaines branches de cette ligne, «le plus mauvais résultat mensuel correspond à 63 % des trains retardés ou supprimés»! Sans discussion donc, ce RER B est «l’une des lignes les moins régulières du réseau» parisien.

Mais au moins, graduellement d'ici à 2014, sera-t-elle de moins en moins inconfortable. Sans doute est-ce déjà cela.

23.11.2010

Une découverte stupéfiante

thalysgaredunord.jpgLe Thalys, ce train international si bien connu des Belges, ne transporte visiblement pas que des touristes et des hommes d'affaires. A l'occasion, il véhicule aussi des trafiquants et autres contrebandiers. C'est la raison pour laquelle, dans ces trains, on peut apercevoir de temps en temps des agents en civil déambulant anonymement et l'air de rien dans les rames, qui soudain sortent des brassards de leurs poches, les passent à leurs biceps, puis, à la stupéfaction générale des voyageurs, fondent sur un passager et/ou sur son bagage suspect en déclinant leur qualité de douanier. Ces douaniers patrouillant dans les Thalys y ont fait, dernièrement – ainsi que l'a annoncé hier la direction des douanes françaises – une découverte stupéfiante, au propre comme au figuré.

En janvier 2007 déjà, à la gare de Paris Nord, les agents de la «Brigade de Surveillance Intérieure Transmanche de Paris» avaient découvert 14,4 kilos de cocaïne dans les bagages de huit passagers d'un Thalys à destination d'Amsterdam. Les stupéfiants étaient dissimulés dans «des paniers garnis contenant des friandises et des boîtes de conserves qui paraissaient reconditionnées». Rebelote il y a dix jours, et pour une prise plus importante encore. A la gare de Paris Nord de nouveau, dans un Thalys toujours mais cette fois à destination de Rotterdam, les douaniers de cette même brigade ont découvert pas moins de... 22,6 kilos de cocaïne, dans les sacs de voyage de deux femmes.

Des valises pleines à craquer de coke, donc. Il faut oser. Nous, on aurait cru que les trafiquants de cet acabit prenaient plutôt la peine de ne convoyer, dans ce genre de trains, que de petites quantités de stupéfiants chaque fois bien dissimulées dans des bagages très volumineux. On avait manifestement tout faux: c'est par valises entières que, dans le Thalys en tout cas, ce genre de marchandises est convoyé.

douanier.jpg22,6 kilos de cocaïne saisis en une seule prise, cela peut paraître énorme, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux montagnes de produits stupéfiants interceptés chaque année par les douaniers français. Ainsi, en 2009 (dernières données disponibles), toutes saisies confondues, ils ont mis la main sur plus de 5 tonnes de cocaïne: record historique, et chiffre en progression de 15% par rapport à l'année précédente. Pour ceux qu'intéresse l'ampleur du paradis artificiel annuel saisi puis détruit, envolé en fumée somme toute, par les douaniers français, quelques chiffres encore. Outre ces 5 tonnes de coke, ont été saisis en 2009: 37 tonnes de cannabis, 2500 kilos de khat, 432 kilos d'héroïne, 350 kilos d'amphétamine, 29000 doses d'ecstasy et 4000 doses de LSD.

22.11.2010

Un rapport très sévère

Cela a tout l'air d'être une convocation davantage qu'une invitation. Peu après avoir pris ses fonctions, la nouvelle ministre des Transports recoit, ce lundi, les PDG de la RATP et de la SNCF, respectivement à 10 heures et à 11 heures ce matin. La semaine dernière, ces deux sociétés ont été sévèrement épinglées par un rapport de la Cour des Comptes consacré à l'état des transports publics en région parisienne. Ce document n'a sans doute rien appris de neuf à tous les utilisateurs quotidiens de ces transports, notamment aux 10 millions d'usagers journaliers du réseau de la RATP. Il n'en a pas moins fait grand bruit. Qui sait donc ce rapport accablant, contrairement à tant d'autres déjà précédemment (ici, par exemple), aura, lui, des répercussions concrètes.

Pour la Cour, le réseau de transports parisien est devenu complètement «inadapté», «l’offre de trains, métros ou tramways (ayant) progressé plus lentement que le trafic, qui a lui connu une dynamique nouvelle». Est particulièrement dénoncée la «qualité de service dégradée». C'est singulièrement le cas de la ligne de métro 13, dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog et qui, reconnaît la Cour, est «confrontée à un phénomène clair de saturation». Le cas aussi du RER, réseau où, «globalement, ces dernières années sont marquées par une augmentation nette de l’irrégularité, amorcée depuis 2004 ».

L'autre jour, en tant qu'usager de base, l'on s'interrogeait (relire ici) sur l'état de délabrement apparent des infrastructures, dans le métro de Paris notamment. La Cour confirme: elle range explicitement le «vieillissement des infrastructures» parmi les causes de la dégradation du service aux usagers. Par exemple, «les incidents causés par les infrastructures ou le matériel roulant représentent plus du tiers des causes d’irrégularité» sur le réseau parisien de la SNCF. Conclusion? Plutôt que de vouloir construire de nouvelles lignes, développer de nouvelles installations et rêver à de nouveaux projets aussi majeurs qu'impayables, «une priorité dans l’affectation des ressources disponibles doit être donnée à la modernisation des lignes existantes».

Nicolas Sarkozy est-il du même avis? A l'issue de son fameux remaniement ministériel du week-end dernier, son nouveau gouvernement ne compte plus d'éminence explicitement et spécifiquement chargée du «Grand Paris»: ce plan fastueux (et fumeux?) de développement urbanistique de la région parisienne, qui se caractérisait notamment par ses projets mirifiques en termes de nouvelles infrastructures et liaisons de transport.