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13/04/2016

Un nouvel arrivant, bienvenu

Paris, Terrorisme, SocialLa (bonne) nouvelle de la semaine n'a échappé à aucun des riverains de notre quartier Saint-Sabin: la partie du onzième arrondissement qui fut si endeuillée et traumatisée par les attentats de l'an dernier. Les anciens locaux de "Charlie Hebdo" ont enfin trouvé de nouveaux locataires.

Au 10, rue Nicolas Appert, précisément. Dans le petit hôtel d'entreprises qui hébergeait la rédaction de l'hebdo satirique. Des locaux qui étaient toujours vides, depuis ce 7 janvier 2015 de sinistre mémoire où les frères Kouachi y semèrent la mort. En effet (relire ), la Ville de Paris, propriétaire des lieux, n'était jamais parvenue à trouver de nouveaux locataires. Malgré d'importants travaux de remise à neuf, on ne se bousculait visiblement pas pour occuper ces 280 m² désormais et à jamais si dramatiquement connotés.

Jusqu'à l'annonce, l'autre jour, de la signature d'un bail en bonne et due forme. Par le groupe SOS: une grosse entreprise d'économie sociale, qui va notamment éditer son magazine à cet endroit. «Il y avait une certaine fierté de redonner vie à ces lieux», a témoigné, dans les médias (par exemple ), un de ses dirigeants. «Il ne faut pas céder à la peur, donner le sentiment que les auteurs de la tuerie ont gagné».

Pour le quartier, en tout cas, c'est une excellente nouvelle. Car ces arrivants vont contribuer à lui redonner un peu de vie, de passage et d'animation. En plus, que rêver de mieux, si l'on veut rester fidèle à l'«esprit du 11 janvier», qu'un organisme dont le travail quotidien consiste précisément à réduire les fractures sociales, à construire des ponts, à recréer des solidarités.

Bienvenue à vous, donc, chers nouveaux voisins!

01/04/2016

Un humour potache

Pour bien achever la semaine, et parce que les occasions de sourire ne sont pas si fréquentes en ce moment, en France, évoquer cette petite initiative facétieuse prise par la RATP. Qui, en l'honneur de ce premier jour d'avril, rebaptise () treize de ses stations de métro et de RER.

Ainsi, ce vendredi, la station "Pyrénées" est appelée "Alpes", «dans un souci d’équilibre dans la promotion des chaînes de montagne françaises». Plus tard, elle deviendra "Jura". Quant à la station "Télégraphe", sur la même ligne 11, «dans un souci de modernisation», il faut désormais l'appeler "#Tweet". Etc, etc.

Dans ce style d'humour potache, on aime particulièrement la gare du RER A "Joinville-le-Pont" qui devient "Joinville-le-Pont Pon! Pon!". La station de métro "Saint-Jacques" à laquelle est ajouté le terme "Coquille". "Parmentier" qui est renommée "Pomme de Terre", parce que c'est plus clair: «personne ne se souvient d’Antoine Parmentier, connu pour son action de promotion en faveur de la consommation de la pomme de terre». Et "Opéra" qui se transforme en "Apéro", «pour une ville plus festive».

L'histoire ne dit pas si, en ce jour supposé comique, les usagers de la RATP auront l'occasion d'un peu plus sourire qu'à l'habitude, parce que les métros et les RER seront particulièrement ponctuels.

19/06/2015

Un talent qui manquera

Littérature, Culture, Personnalités, Paris, Histoire«La foule ondule et fait ressac. Soudain, elle s'égrappe, bouscule, emporte le policier, submergé par la vague. Il recule et tangue dans la débandade, le corps serré contre des édredons de poitrines, des poings prêts à cogner ou des rebonds de ventre. Il s'emboîte et se rebiffe. Mais peine perdue. Ce n'est plus lui qui gouverne. C'est le courant. C'est la mer.

Il perd la direction qui le mène. Il hume des odeurs d'aisselles, des transpirations intimes, des haleines d'oignon et de vin. Il rouspète mais il n'est rien.

La vague est plus forte. La mer est plus forte.

Il est tiré à diable et le peuple l'emporte».

Ne pas achever la semaine sans saluer la mémoire de Jean Vautrin, décédé mardi. Car, à notre sens, il fait partie des écrivains qui ont le mieux décrit Paris. Et, avec sa monumentale fresque (plus de 600 pages) «Le cri du peuple», il a inscrit en lettres d'or dans le patrimoine littéraire français le si passionnant moment historique que fut La Commune de Paris: ce soulèvement populaire qui, au printemps 1871, fit trembler la «Ville lumière», puis fut réprimé dans le sang.

Plus de dix ans déjà qu'on a lu ce livre – adapté ensuite en BD par Tardi – et on en garde encore un souvenir vivace. Incroyable roman: foisonnant, truculent, prenant. On y repense chaque fois que le hasard de nos pérégrinations dans Paris nous conduit à Butte aux Cailles ou dans d'autres quartiers ayant vécu si intensément La Commune, quartiers que Vautrin narra si bien.

Littérature, Culture, Personnalités, Paris, HistoireQuelques lignes de lui encore, donc, pour le plaisir.

«Fosses communes. Horribles fosses du square de la Tour-Saint-Jacques, du Père-Lachaise, noirs suaires, entassements de cercueils. Salle des fusillés, tombereaux de cadavres, champs de massacrés! Au pied des murs, le long des ruisseaux, devant les hôpitaux, les frères assassinés reposent.

Les minutes béquillent. La morale fane. Les corps sont blasés. En tous points de la capitale monte une horreur visible».

17/06/2015

Un printemps différent

Arts, Transports, MétroC'est le printemps de l'art urbain, décidément, à Paris. Après les fresques sur la façade du ministère de la Culture puis sur le périphérique (relire ici ou ), c'est au tour des sociétés de transport de s'y mettre.

Ainsi, en l'honneur d'un des grands festivals de l'été rock parisien (), la RATP a une nouvelle fois métamorphosé la station de métro Duroc (lignes 10 et 13), dans le très chic septième arrondissement. En ce moment, les grands panneaux publicitaires en 4 par 3 qui ornent ses murs n'affichent plus de la réclame traditionnelle. Mais... des affiches «Rock’Art», imaginées spécialement pour l'occasion par des créateurs, qui y illustrent les vedettes de ce festival. Au passage, comme chaque été à cette époque, la station a changé de nom: elle a été temporairement rebaptisée «Durock».

Une quinzaine de stations plus loin, et là à une plus grande échelle, débute demain matin l'opération «Art Residence». Cela se passe à Paris-Nord, la plus grande gare d'Europe. Jusqu'au 8 juillet, elle sera le lieu de résidence de seize artistes de street art. Qu'ils viennent de France ou de l'étranger (Berlin, Londres, New York ou Barcelone), qu'ils soient créateurs vedettes confirmées ou en devenir, ils et elles ont reçu carte blanche. Pour redécorer des quais de la gare et des couloirs du métro avec des peintures, des fresques, des pochoirs et des collages.

Arts, Transports, MétroL'idée est venue d'un collectif d'usagers de Paris-Nord, né en 2013 et baptisé « Quai 36 ». Du nom d'une des voies de la gare d'où partent et arrivent les trains en direction ou en provenance du Nord, la région d'origine des initiateurs de ce projet. Ce groupe d’amis et de passionnés d'art urbain voulait revaloriser l’espace public, offrir aux centaines de milliers d'usagers quotidiens de la gare une «expérience à la fois esthétique, culturelle et profondément humaine». La SNCF, séduite par le projet, l'a validé et a même accepté de le financer.

Cela ne manque pas de piquant ni même d'un certain panache, voire d'élégance. Venant d'une société de transport qui, à longueur d'années, peste contre les tags, grafs et autres graffitis. Consacre un budget très important à leur nettoyage. Et, quand elle réussit à attraper leurs auteurs, les traîne systématiquement en justice – obtenant parfois qu'ils soient condamnés à lui verser des dommages et intérêts d'un montant considérable.

12/11/2014

Un geste fort, un site impressionnant

Histoire, Architecture, PatrimoineOn ne manquera pas, à l'occasion, d'aller jeter un oeil, in situ, au monument qu'a inauguré François Hollande hier, dans le cadre des cérémonies du 11 novembre. «L'Anneau de la mémoire». Il est signé par l'architecte Philippe Prost. Et est situé aux confins du Pas de Calais, à Ablain-Saint Nazaire: entre Arras, Liévin et Béthune.

Architecturalement, le geste est spectaculaire. Un immense anneau de 345 mètres de périmètre, constitué de plaques de métal hautes de trois mètres. Il s'étend sur une parcelle de deux hectares, et se déploie par moments entre ciel et terre, littéralement: suspendu dans les airs, se jouant des déclivités du terrain. Sur les flancs de cet anneau, ont été gravés les noms des quelque 579.000 soldats qui, pendant la Première guerre mondiale, sont tombés dans les régions de l'Artois et de la Flandre française.

Politiquement, le monument a pris le parti de ne pas faire de tri entre les nationalités de ces morts. «L'Anneau de la mémoire», dès lors, rend hommage également à des soldats allemands. Cette démarche réconciliatrice, trans-frontières, si elle a été couramment utilisée à l'étranger, dans nombre de monuments aux morts, est assez nouvelle s'agissant de la France.

Cet édifice, en tout cas, conférera encore plus d'intérêt et de valeur au site, plus vaste encore, qui l'accueille: la Nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette. Depuis près de cent ans, 45.000 militaires y reposent.

Histoire, Architecture, PatrimoineOn en a éprouvé la sensation chaque fois qu'on s'y est rendu: c'est un lieu vraiment impressionnant.

Par la thématique douloureuse qu'il incarne, bien sûr. Mais aussi par le silence, inouï, qui y règne.

Et par son immensité, au coeur de plaines surgies de nulle part, à longueur d'années battues par les vents. Et qui exsudent une infinie désolation, parfaitement à l'image de ce que fut cette fracture sanglante de l'Histoire.

10/10/2014

Un lauréat si parisien

«J'avais marché jusqu'à la fenêtre et je regardais, en contrebas, les rails du funiculaire de Montmartre, les jardins du Sacré-Coeur et plus loin, tout Paris, avec ses lumières, ses toits, ses ombres. Dans ce dédale de rues et de boulevards, nous nous étions rencontrés un jour, Denise et moi. Itinéraires qui se croisent, parmi ceux que suivent des milliers et des milliers de gens à travers Paris, comme mille et mille petites boules d'un gigantesque billard électrique, qui se cognent parfois l'une à l'autre. Et de cela, il ne restait rien, pas même la traînée lumineuse que fait le passage d'une luciole».

Patrick Modiano dixit, dans «Rue des boutiques obscures» (Prix Goncourt 1978). Jamais sans doute un Prix Nobel de littérature n'avait récompensé un écrivain plus parisien. La capitale française, en effet, est omniprésente, dans ses livres. Le Paris de l'Occupation, bien sûr, mais aussi le Paris contemporain et quotidien. Son premier roman déjà, écrit à l'âge de 22 ans, s'intitulait «La Place de l'Etoile».

Au passage, sa désignation a dû faire grimacer le déclinologue Eric Zemmour. En effet, dans son dernier essai – qui se se vend comme des petits pains – , ce triste polémiste, plus passéiste que jamais, soutient peu ou prou que, depuis Balzac ou à peu près, la littérature française n'a plus rien produit d'intéressant ni de reconnu internationalement. Le voilà spectaculairement démenti.

 

PS: Pour ne tout de même pas terminer la semaine sur un personnage aussi rance, quelques lignes encore de Modiano.

«Nous traversâmes l'esplanade du Musée d'art moderne et nous nous assîmes sur les marches. Je voyais passer les voitures, plus bas, le long de l'avenue de New York, seul indice qu'il y eût encore de la vie. Tout était désert et figé autour de nous. Même la tour Eiffel que j'aperçois là-bas, de l'autre côté de la Seine, ressemblait à une masse de ferrailles calcinées».

08/01/2014

Une agitation, assez artificielle

J – 2. Plus que deux jours avant l'entrée en vigueur d'une mesure qui était dans les cartons depuis au moins dix ans, à Paris. Vendredi, en effet, entre en application la réduction de 80 à 70km/h de la vitesse maximale autorisée sur le périphérique: le boulevard le plus fréquenté de France (1,3 million de véhicules par jour), et aussi un des plus denses d'Europe. C'est en 1993 que la vitesse maximale y avait été fixée à 80 km/h. Ces jours-ci, l'on s'active donc pour changer les 150 panneaux de limitation de vitesse équipant la rocade parisienne.

La réforme suscite quantité de débats et d'agitation, dans les milieux politiques parisiens. On a un peu de mal à prendre vraiment au sérieux tous ces échanges.

D'abord, nombre d'arguments ne sont que des postures. Ainsi, quand la candidate de la droite à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, promet qu'elle remettra le périph' à 80km, si elle remporte les élections municipales de mars. Une telle décision ne dépend même pas de la mairie: ce boulevard ayant le statut de voie d'intérêt national, il est de la compétence de l'Etat. Ainsi, aussi, quand la candidate du PS, Anne Hidalgo, se lance dans de grands trémolos écolos, comme quoi cette réduction de vitesse réduira fondamentalement la pollution atmosphérique et acoustique subie par les riverains du périph'. C'est faux. Toutes les études montrent que cela ne jouera qu'à la marge.

En outre, et surtout, ce débat est vraiment très virtuel. Car, comme on l'a déjà écrit dans ce blog (relire ici), la vitesse moyenne de circulation sur le périph' n'atteint pas, en journée, ... 39 km/h. Dès lors, que l'on puisse y rouler jusqu'à 80km/h ou au contraire seulement jusqu'à 70, ce n'est qu'un aimable et très théorique sujet de réflexion. Pour automobiliste coincé dans les embouteillages, et en mal d'occupations.

30/08/2013

Une nouvelle promenade

Un peu de détente, pour bien terminer la semaine. Et/ou pour, qui sait, donner une idée d'activité de week-end.

C'est un lieu de Paris assez fascinant, mais que peu d'habitants – et donc, a fortiori, de touristes étrangers – connaissent. Ou, s'ils le situent, pour en avoir déjà entendu parler, ils n'y vont guère. C'est ce que l'on appelle «La Petite Ceinture». Une ancienne voie de chemin de fer d'une trentaine de kilomètres de long, qui, depuis le Second Empire, parcourt une bonne partie de la capitale, mais qui n'est plus exploitée depuis quarante ans. Outre qu'elle ménage de jolis points de vue sur la ville, c'est un havre de calme, un poumon de verdure, et même un lieu de contre-culture (art urbain, performances artistiques, événements festifs, etc.) précieux.

La mairie a eu la bonne idée d'ouvrir au grand public ce lieu qui, jusqu'à présent, était grillagé une bonne partie de l'année, excepté lors des Journées du patrimoine. Fin août, a été inaugurée une première tranche de ce parcours ferroviaire désormais réaménagé. Seuls 900 mètres sont concernés, mais un demi-kilomètre d'aménagement supplémentaire est en chantier, et d'autres pourraient suivre dans les années à venir.

Un volet particulièrement appréciable de ce projet d'aménagement est le parti pris de ne pas exagérément artificialiser les lieux: de laisser tout de même à la nature ses droits (entretien le moins intrusif possible de la végétation, absence de luminaires troublant le rythme biologique de la faune locale, etc.)

Bien.

05/03/2013

Une grande et belle cause

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, MédiasL'info est passée complètement inaperçue. Et c'est bien dommage, trouve-t-on. Depuis quelques jours, la France a une «Grande cause nationale». Ce label, en effet, vient d'être attribué par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Concrètement, il permet par exemple à des associations de diffuser gratuitement, sur les chaînes de radio-télé publiques, des campagnes de sensibilisation, appels à dons, etc. Le label «Grande Cause Nationale pour 2013» a été décerné à la lutte contre l’illettrisme.

On évalue à 2,5 millions le nombre d'adultes qui, en France aujourd'hui, sont illettrés. A savoir, des personnes qui ont été scolarisées mais qui, malgré tout, ne maîtrisent pas assez la lecture, l'écriture et le calcul pour être autonomes dans des situations de la vie courante. 2,5 millions de personnes, cela fait 7% de la population. Ce taux monte à 18% si, au-delà de cet illettrisme au sens strict, on englobe les personnes qui éprouvent de «graves ou fortes difficultés» quotidiennes dans au moins un des quatre domaines que sont la lecture, la compréhension, l'écriture et le calcul.

Quelque 9% des 18-25 ans sont considérés comme illettrés. Ce n'est pas rien, dans un pays dont le Président a, pour rappel, fixé deux priorités majeures à son quinquennat: la jeunesse et l'éducation.

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, Médias«L’illettrisme est un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle», a estimé le chef du gouvernement. Qui a émis le souhait que «chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique».

Y contribuerait déjà le fait que, tout au long de l'année 2013, les médias français daignent accorder à ce sujet de fond une place plus importante que les si maigres entrefilets ou brèves qu'ils lui ont consacrés, ces derniers jours. A peine quelques secondes d'attention à 2,5 millions de personnes, dans le tumulte en permanence hystérisé de l'actualité.

14/02/2013

Une décontraction, si bienvenue

La Saint-Valentin, ce 14 février. C'est l'occasion qu'a choisie l'humoriste Muriel Robin pour annoncer, dans un grand quotidien, qu'elle ferait son «coming out» le jour où elle se découvrirait et s'assumerait... hétérosexuelle.

On trouve cela très bien envoyé. Délicieusement provoc', même, dans le chamboulement des repères habituels/majoritaires qu'une telle déclaration amène. Finalement, qui, dans sa vie, est dans la norme et qui ne l'est pas, où une société doit-elle placer le curseur de la différence, etc. – vaste débat.

Surtout, au-delà du côté farce de ce trait d'humour, on la juge vraiment bienvenue, cette décontraction ainsi affichée. Alors que, en ce moment en France, le thème de l'orientation sexuelle est si péniblement dramatisé/hystérisé.

06/12/2012

Un si grand homme

Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.

Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.

En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».

04/12/2012

Une inauguration, réjouissante

Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.

L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.

Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.

Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.

Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.

22/11/2012

Une comparaison

L'UMP, en ce moment – son effarante saga électorale, pour la désignation de son président –, c'est ... «Tintin et les Picaros». La comparaison, qu'on a trouvée assez farce, a été faite hier soir sur l'antenne de TF1, devant François Fillon et en direct pendant le JT de 20 Heures: par Gilles Bouleau, son présentateur – qu'on n'imaginait pas si comique.

«Tintin et les Picaros», donc. François Fillon en général Alcazar. Jean-François Copé en général Tapioca. A moins que ce ne soit l'inverse. Et tout ce qui caractérise les guérillas entre caudillos de Républiques bananières: des allégations réciproques de tripatouillages électoraux, des accusations mutuelles de putsch, des trahisons à n'en plus finir, et des lieutenants avec le couteau entre les dents.

Pour poursuivre dans la métaphore, l'avenir du grand parti sarkozyste, vu son état désormais si avancé de déréliction, c'est vraiment «L'étoile mystérieuse». Même «Les sept boules de cristal» de la meilleure voyante de France n'y suffiraient pas, pour oser lui présager des lendemains glorieux.

04/10/2012

Un rappel si bienvenu

«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.

Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.

Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.

Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

14/09/2012

Une disparition

Radio, Culture, Musique, PersonnalitésJean Garretto est décédé, a-t-on appris ce midi. Il était âgé de 80 ans. Ce nom ne dira sans doute rien aux lecteurs les plus jeunes, mais c’était vraiment une personnalité très marquante du monde français de la radio.

 

Avec son complice de toujours, Pierre Codou, il avait découvert un très grand nombre de jeunes talents, qui, depuis, sont devenus de grandes voix des ondes. L’émission mythique qu’il créa, «L’Oreille en coin», sur France Inter, qui n’a jamais été vraiment remplacée, fut un espace de liberté et de créativité très innovant, pour l’époque. Et l’on doit à ce duo la station FIP Radio, qu’il créa il y a quarante ans – et dont on a déjà eu l’occasion (ici) de dire tout le bien qu’on en pense.

 

Pendant toute la journée, cette radio musicale rendra sans doute de nombreux hommages à son co-fondateur. Une occasion de plus d’y aller laisser traîner ses oreilles.

23/07/2012

Un hommage amplement mérité

Hier, François Hollande a rendu un hommage parfaitement mérité à Jacques Chirac. C'était lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du «Vél’d’Hiv» (l'ancien vélodrome d’hiver, à Paris). Le 16 juillet 1942, elle avait conduit plus de 13000 hommes, femmes et enfants juifs vers, le plus souvent, la mort.

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac était entré dans l'Histoire de France comme le premier Président à reconnaître officiellement la responsabilité du pays dans cette tragédie. «Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions», avait-il, très justement et solennellement, affirmé. «Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par les Français, par l’État français». A l'époque, ses propos avaient fait grand bruit. En effet, à l'instar de ses prédécesseurs, le Président Mitterrand, lui, avait toujours contesté que le gouvernement de Vichy ait représenté la France. «La République n’est pas comptable des actes de ­Vichy», n'avait-il cessé de soutenir. «La France n’a pas à s’excuser des crimes antisémites perpétrés par les autorités françaises officielles, précisément car le régime de Pétain n’a jamais incarné la France. La France légitime a toujours été celle de la Résistance, celle du général de Gaulle».

Dimanche, François Hollande a spectaculairement pris ses distances avec cette vision si confortable de l'Histoire. Il est donc devenu le premier chef d'Etat socialiste français à le reconnaître publiquement: «La vérité, c’est que la police française s’est chargée d’arrêter des milliers d’enfants et de familles, pris au piège le 16 juillet 1942. La vérité, elle est dure, elle est cruelle, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération. La vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France».

Depuis dimanche, à droite, toute la mouvance souverainiste et lepéniste s'indigne des propos de François Hollande. Ce matin encore, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino, s'en est offusqué, sur une radio. S'agrippant à la conviction qu'«à l'époque, la France, la vraie, elle était à Londres».

Ne leur en déplaise, on trouve que François Hollande dimanche et Jacques Chirac avant lui ont été admirables de lucidité historique et de courage politique.

29/02/2012

Une imitation, si drôle

Humour, Femmes, Personnalités, Hollande, Sarkozy, Elections présidentielles«Si on vient me chercher, on me trouve». François Hollande dixit, ce matin sur une radio. Le candidat socialiste à l'Elysée a répété combien Nicolas Sarkozy avait, selon lui, été «inélégant» et «discourtois» en s'en prenant à sa compagne: la journaliste de télé Valérie Trierweiler – on en parlait hier, dans ce blog.

Valérie qui? «Valérie Rottweiler» Ainsi l'intéressée a-t-elle été rebaptisée par... Ségolène Royal.

Mais, précisons tout de suite: pas par la Ségolène Royal dans la vraie vie. Par Ségolène Royal telle qu'elle est imitée par Nicolas Canteloup. L'humoriste prend un plaisir facétieux à camper une Ségolène Royal en marâtre insupportable, d'une mauvaise foi crasse, aigrie comme jamais à l'égard de François Hollande, donc ne manquant pas une occasion d'écorcher le nom de la femme qui, désormais, partage la vie de son ex.

Et cela ne rate jamais: chaque fois qu'on entend cette Ségolène Royal-là, dans la bouche de Nicolas Canteloup, on s'esclaffe. Chaque fois que, dans son imitation, revient cet impayable «Valérie Rottweiler», on pouffe. Chaque fois, ce faisant, on culpabilise (un peu). Le portrait dressé par cette imitation est vraiment odieusement caricatural. C'est très moyen de se moquer ainsi de la vie privée des gens, et a fortiori de leurs chagrins d'amour. Et on est là dans un registre clairement sexiste: ce n'est jamais François Hollande qui est imité en train de pester contre les nouvelles liaisons de son ex. Donc, c'est vraiment très incorrect.

humour,femmes,personnalités,hollande,sarkozy,elections présidentiellesMais on ne peut pas s'en empêcher: on trouve ce surnom canin si bien trouvé et cette voix de Ségolène Royal – son timbre: tellement particulier – si bien imitée que, chaque fois, on est mort de rire.

Dans une autre vie, c'est promis, on expiera ces ricanements si peu charitables.

06/07/2011

Un deuil

cy-twombly-5.jpgOn est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.

Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.

Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.

Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.

En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.

11:21 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts, culture

19/01/2011

Un confrère

lukas.jpg32 ans. Il avait 32 ans: Lucas Mebrouk Dolega, le photographe franco-allemand qui vient de mourir alors qu'il était en mission en Tunisie, y couvrant les événements pour l'agence photo EPA . 32 ans. On ne connaissait nullement l'intéressé, mais cela fait quatre jours qu'on pense à lui.

Parce que, les médias ne l'ont pas dit mais c'est clair, il a dû souffrir atrocement avant de mourir. Selon les témoignages, il a pris en plein visage une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier. Quiconque s'est déjà trouvé au coeur d'une manifestation dans une atmosphère saturée de lacrymos sait combien ces gaz peuvent être pénibles. Mais là, en plus, se prendre une grenade en plein visage... Le policier qui, l'autre jour à Tunis, a visé puis tiré sur Lucas devait savoir que non seulement le jeune homme n'y survivrait probablement pas mais qu'en plus, avant de mourir de ses blessures, il subirait un véritable calvaire. Comme le disait le patron de l'agence EPA hier, «cela ne peut pas être un accident. Il faut vraiment avoir une prédisposition à la barbarie pour tirer comme ça, à 5 ou 10 mètres de distance, au lacrymogène sur des gens».

On pense aussi à ce jeune confrère, parce qu'on avait à peu près son âge pendant toutes ces années où, avant d'être basé à Paris, on a fait du grand reportage. Un peu partout dans le monde, mais le plus souvent, évidemment, dans des contextes difficiles, violents et donc en permanence possiblement dangereux: guerres civiles, révolutions, coups d'Etat, crises sociales majeures, catastrophes humanitaires, etc. On y pense, parce que, à l'époque, parmi les envoyés spéciaux d'autres médias d'autres pays aux côtés desquels on bossait, c'était surtout des gens de la trentaine, comme lui, comme nous, qu'on croisait. Des jeunes journalistes qui venaient des quatre coins du monde mais qui tous partageaient la même chose. Partageaient, comme résumait le patron de Lucas hier, cet «enthousiasme» pour le métier d'informer, de témoigner, de raconter, de faire comprendre qu'est le journalisme. De tous ces pays, on est chaque fois revenu indemne: exténué, secoué, mais indemne. Lucas, lui, y a trouvé la mort. A 32 ans.

Selon l'ONG Reporters sans frontières, en 2010 dans le monde, 57 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession.