05/03/2013
Une grande et belle cause
L'info est passée complètement inaperçue. Et c'est bien dommage, trouve-t-on. Depuis quelques jours, la France a une «Grande cause nationale». Ce label, en effet, vient d'être attribué par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Concrètement, il permet par exemple à des associations de diffuser gratuitement, sur les chaînes de radio-télé publiques, des campagnes de sensibilisation, appels à dons, etc. Le label «Grande Cause Nationale pour 2013» a été décerné à la lutte contre l’illettrisme.
On évalue à 2,5 millions le nombre d'adultes qui, en France aujourd'hui, sont illettrés. A savoir, des personnes qui ont été scolarisées mais qui, malgré tout, ne maîtrisent pas assez la lecture, l'écriture et le calcul pour être autonomes dans des situations de la vie courante. 2,5 millions de personnes, cela fait 7% de la population. Ce taux monte à 18% si, au-delà de cet illettrisme au sens strict, on englobe les personnes qui éprouvent de «graves ou fortes difficultés» quotidiennes dans au moins un des quatre domaines que sont la lecture, la compréhension, l'écriture et le calcul.
Quelque 9% des 18-25 ans sont considérés comme illettrés. Ce n'est pas rien, dans un pays dont le Président a, pour rappel, fixé deux priorités majeures à son quinquennat: la jeunesse et l'éducation.
«L’illettrisme est un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle», a estimé le chef du gouvernement. Qui a émis le souhait que «chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique».
Y contribuerait déjà le fait que, tout au long de l'année 2013, les médias français daignent accorder à ce sujet de fond une place plus importante que les si maigres entrefilets ou brèves qu'ils lui ont consacrés, ces derniers jours. A peine quelques secondes d'attention à 2,5 millions de personnes, dans le tumulte en permanence hystérisé de l'actualité.
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14/02/2013
Une décontraction, si bienvenue
La Saint-Valentin, ce 14 février. C'est l'occasion qu'a choisie l'humoriste Muriel Robin pour annoncer, dans un grand quotidien, qu'elle ferait son «coming out» le jour où elle se découvrirait et s'assumerait... hétérosexuelle.
On trouve cela très bien envoyé. Délicieusement provoc', même, dans le chamboulement des repères habituels/majoritaires qu'une telle déclaration amène. Finalement, qui, dans sa vie, est dans la norme et qui ne l'est pas, où une société doit-elle placer le curseur de la différence, etc. – vaste débat.
Surtout, au-delà du côté farce de ce trait d'humour, on la juge vraiment bienvenue, cette décontraction ainsi affichée. Alors que, en ce moment en France, le thème de l'orientation sexuelle est si péniblement dramatisé/hystérisé.
11:27 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, humour, société
06/12/2012
Un si grand homme
Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.
Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.
En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».
11:16 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, architecture, personnalités, paris, patrimoine, litterature
04/12/2012
Une inauguration, réjouissante
Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.
L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.
Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.
Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.
Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.
11:56 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, régions, musées, arts
22/11/2012
Une comparaison
L'UMP, en ce moment – son effarante saga électorale, pour la désignation de son président –, c'est ... «Tintin et les Picaros». La comparaison, qu'on a trouvée assez farce, a été faite hier soir sur l'antenne de TF1, devant François Fillon et en direct pendant le JT de 20 Heures: par Gilles Bouleau, son présentateur – qu'on n'imaginait pas si comique.
«Tintin et les Picaros», donc. François Fillon en général Alcazar. Jean-François Copé en général Tapioca. A moins que ce ne soit l'inverse. Et tout ce qui caractérise les guérillas entre caudillos de Républiques bananières: des allégations réciproques de tripatouillages électoraux, des accusations mutuelles de putsch, des trahisons à n'en plus finir, et des lieutenants avec le couteau entre les dents.
Pour poursuivre dans la métaphore, l'avenir du grand parti sarkozyste, vu son état désormais si avancé de déréliction, c'est vraiment «L'étoile mystérieuse». Même «Les sept boules de cristal» de la meilleure voyante de France n'y suffiraient pas, pour oser lui présager des lendemains glorieux.
10:49 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, partis, personnalités, télévision, humour, bande dessinée
04/10/2012
Un rappel si bienvenu
«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.
Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.
Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.
Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.
12:02 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musique, expositions, social, pauvreté
18/09/2012
Un menu appétissant
Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.
Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.
C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.
11:53 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, cinéma, radio, gastronomie, art de vivre, institutions, mitterrand
14/09/2012
Une disparition
Jean Garretto est décédé, a-t-on appris ce midi. Il était âgé de 80 ans. Ce nom ne dira sans doute rien aux lecteurs les plus jeunes, mais c’était vraiment une personnalité très marquante du monde français de la radio.
Avec son complice de toujours, Pierre Codou, il avait découvert un très grand nombre de jeunes talents, qui, depuis, sont devenus de grandes voix des ondes. L’émission mythique qu’il créa, «L’Oreille en coin», sur France Inter, qui n’a jamais été vraiment remplacée, fut un espace de liberté et de créativité très innovant, pour l’époque. Et l’on doit à ce duo la station FIP Radio, qu’il créa il y a quarante ans – et dont on a déjà eu l’occasion (ici) de dire tout le bien qu’on en pense.
Pendant toute la journée, cette radio musicale rendra sans doute de nombreux hommages à son co-fondateur. Une occasion de plus d’y aller laisser traîner ses oreilles.
14:09 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : radio, culture, musique, personnalités
23/07/2012
Un hommage amplement mérité
Hier, François Hollande a rendu un hommage parfaitement mérité à Jacques Chirac. C'était lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du «Vél’d’Hiv» (l'ancien vélodrome d’hiver, à Paris). Le 16 juillet 1942, elle avait conduit plus de 13000 hommes, femmes et enfants juifs vers, le plus souvent, la mort.
Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac était entré dans l'Histoire de France comme le premier Président à reconnaître officiellement la responsabilité du pays dans cette tragédie. «Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions», avait-il, très justement et solennellement, affirmé. «Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par les Français, par l’État français». A l'époque, ses propos avaient fait grand bruit. En effet, à l'instar de ses prédécesseurs, le Président Mitterrand, lui, avait toujours contesté que le gouvernement de Vichy ait représenté la France. «La République n’est pas comptable des actes de Vichy», n'avait-il cessé de soutenir. «La France n’a pas à s’excuser des crimes antisémites perpétrés par les autorités françaises officielles, précisément car le régime de Pétain n’a jamais incarné la France. La France légitime a toujours été celle de la Résistance, celle du général de Gaulle».
Dimanche, François Hollande a spectaculairement pris ses distances avec cette vision si confortable de l'Histoire. Il est donc devenu le premier chef d'Etat socialiste français à le reconnaître publiquement: «La vérité, c’est que la police française s’est chargée d’arrêter des milliers d’enfants et de familles, pris au piège le 16 juillet 1942. La vérité, elle est dure, elle est cruelle, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération. La vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France».
Depuis dimanche, à droite, toute la mouvance souverainiste et lepéniste s'indigne des propos de François Hollande. Ce matin encore, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino, s'en est offusqué, sur une radio. S'agrippant à la conviction qu'«à l'époque, la France, la vraie, elle était à Londres».
Ne leur en déplaise, on trouve que François Hollande dimanche et Jacques Chirac avant lui ont été admirables de lucidité historique et de courage politique.
11:15 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, personnalités, chirac, mitterrand, hollande
29/02/2012
Une imitation, si drôle
«Si on vient me chercher, on me trouve». François Hollande dixit, ce matin sur une radio. Le candidat socialiste à l'Elysée a répété combien Nicolas Sarkozy avait, selon lui, été «inélégant» et «discourtois» en s'en prenant à sa compagne: la journaliste de télé Valérie Trierweiler – on en parlait hier, dans ce blog.
Valérie qui? «Valérie Rottweiler» Ainsi l'intéressée a-t-elle été rebaptisée par... Ségolène Royal.
Mais, précisons tout de suite: pas par la Ségolène Royal dans la vraie vie. Par Ségolène Royal telle qu'elle est imitée par Nicolas Canteloup. L'humoriste prend un plaisir facétieux à camper une Ségolène Royal en marâtre insupportable, d'une mauvaise foi crasse, aigrie comme jamais à l'égard de François Hollande, donc ne manquant pas une occasion d'écorcher le nom de la femme qui, désormais, partage la vie de son ex.
Et cela ne rate jamais: chaque fois qu'on entend cette Ségolène Royal-là, dans la bouche de Nicolas Canteloup, on s'esclaffe. Chaque fois que, dans son imitation, revient cet impayable «Valérie Rottweiler», on pouffe. Chaque fois, ce faisant, on culpabilise (un peu). Le portrait dressé par cette imitation est vraiment odieusement caricatural. C'est très moyen de se moquer ainsi de la vie privée des gens, et a fortiori de leurs chagrins d'amour. Et on est là dans un registre clairement sexiste: ce n'est jamais François Hollande qui est imité en train de pester contre les nouvelles liaisons de son ex. Donc, c'est vraiment très incorrect.
Mais on ne peut pas s'en empêcher: on trouve ce surnom canin si bien trouvé et cette voix de Ségolène Royal – son timbre: tellement particulier – si bien imitée que, chaque fois, on est mort de rire.
Dans une autre vie, c'est promis, on expiera ces ricanements si peu charitables.
11:40 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, femmes, personnalités, hollande, sarkozy, elections présidentielles
06/07/2011
Un deuil
On est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.
Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.
Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.
Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.
En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.
11:21 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture
19/01/2011
Un confrère
32 ans. Il avait 32 ans: Lucas Mebrouk Dolega, le photographe franco-allemand qui vient de mourir alors qu'il était en mission en Tunisie, y couvrant les événements pour l'agence photo EPA . 32 ans. On ne connaissait nullement l'intéressé, mais cela fait quatre jours qu'on pense à lui.Parce que, les médias ne l'ont pas dit mais c'est clair, il a dû souffrir atrocement avant de mourir. Selon les témoignages, il a pris en plein visage une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier. Quiconque s'est déjà trouvé au coeur d'une manifestation dans une atmosphère saturée de lacrymos sait combien ces gaz peuvent être pénibles. Mais là, en plus, se prendre une grenade en plein visage... Le policier qui, l'autre jour à Tunis, a visé puis tiré sur Lucas devait savoir que non seulement le jeune homme n'y survivrait probablement pas mais qu'en plus, avant de mourir de ses blessures, il subirait un véritable calvaire. Comme le disait le patron de l'agence EPA hier, «cela ne peut pas être un accident. Il faut vraiment avoir une prédisposition à la barbarie pour tirer comme ça, à 5 ou 10 mètres de distance, au lacrymogène sur des gens».
On pense aussi à ce jeune confrère, parce qu'on avait à peu près son âge pendant toutes ces années où, avant d'être basé à Paris, on a fait du grand reportage. Un peu partout dans le monde, mais le plus souvent, évidemment, dans des contextes difficiles, violents et donc en permanence possiblement dangereux: guerres civiles, révolutions, coups d'Etat, crises sociales majeures, catastrophes humanitaires, etc. On y pense, parce que, à l'époque, parmi les envoyés spéciaux d'autres médias d'autres pays aux côtés desquels on bossait, c'était surtout des gens de la trentaine, comme lui, comme nous, qu'on croisait. Des jeunes journalistes qui venaient des quatre coins du monde mais qui tous partageaient la même chose. Partageaient, comme résumait le patron de Lucas hier, cet «enthousiasme» pour le métier d'informer, de témoigner, de raconter, de faire comprendre qu'est le journalisme. De tous ces pays, on est chaque fois revenu indemne: exténué, secoué, mais indemne. Lucas, lui, y a trouvé la mort. A 32 ans.
Selon l'ONG Reporters sans frontières, en 2010 dans le monde, 57 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession.
11:03 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, international
05/01/2011
Un anniversaire
Ca c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.
C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.
FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».
FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.
FIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.
FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.
11:24 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, musique, radio, personnalités
16/07/2010
Une phobie
Il se passe décidément tous les jours quelque chose dans les transports en commun parisiens. Ce vendredi a priori, on avait prévu d'évoquer autre chose ici, de plus fondamental. Et puis, ce matin, on est tombé sur une petite anecdote racontée par le journal «Le Parisien»: une scène de la vie quotidienne très dérisoire, mais qu'on a trouvée si épatante qu'on n'a pas résisté à la tentation de lui consacrer la note du jour de ce blog.
Cela s'est passé l'autre matin dans le tramway T2, direction Saint-Cloud. Comme le narre le confrère, «il est 9 heures, le tramway est bondé. Une femme se lève pour descendre puis s’arrête, le regard dans le vague. Soudain, elle faiblit. Clémence, une habituée du T2, l’attrape par un bras tandis qu’un homme se précipite pour la soutenir. La passagère reprend alors connaissance. Au bout de quelques minutes, pressé par le machiniste qui doit redémarrer, le trio descend sur le quai pour attendre les secours. «Vous êtes malade? Vous avez déjeuné ce matin?» La femme d’une vingtaine d’années bredouille quelques mots et éclate en sanglots. Et puis, la vérité apparaît, presque surréaliste». La vérité? Cette passagère du tramway s'est évanouie sous le coup de l'émotion. Sous l'emprise de la «peur panique, viscérale» qu'a subitement provoquée chez elle, au moment où elle s'apprêtait à descendre du tramway, la vue d'une autre voyageuse. Qui avait pour seul signe distinctif d'arborer, comme pas mal de Parisiennes, de très longs ongles manucurés. Manque de bol: ce matin-là, elle a croisé sur son passage notre infortunée jeune fille trop sensible, qui a... la «phobie des grands ongles». Parce qu'elle a «été traumatisée il y a quelques années par des films d’horreur où le méchant étripait ses victimes avec les ongles. Sans doute le célèbre Freddy Krueger, avec ses lames de rasoir à la place des doigts… Et ce jour-là, il a suffi d’une voyageuse aux longs ongles manucurés pour réveiller ses pires cauchemars».
Une telle émotion à fleur de peau, on trouve cela merveilleux. Une sensibilité à ce point exacerbée, simplement par un film d'horreur de série B, on trouve cela touchant. Une phobie si dérisoirement hollywoodienne, on trouve que cela ne s'invente pas. C'est presque trop beau pour être vrai. Un scénariste aurait imaginé cette scène de panique manucurée se déroulant dans le tramway T2, les producteurs du film l'auraient sans doute recalée, la jugeant pas assez crédible. Mais à Paris, décidément, tout a l'air toujours possible.
11:02 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, cinéma
08/06/2010
Un concours
Bonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.
Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.
Par exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.
Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.
Quelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne – mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.
10:47 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : architecture, urbanisme, paris
07/06/2010
Un contraste
Le sport et l'argent. C'était le grand débat hier ici, à propos des joueurs de foot de l'équipe de France engagés dans la Coupe du Monde et qui, en Afrique du Sud en ce moment, sont hébergés dans un palace à multiples étoiles. La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, conteste le bon goût de ce choix d'hébergement. Précédemment, avait déjà fait débat le montant colossal des primes financières qui seront attribuées aux footballeurs français (pourtant déjà si bien rémunérés) pendant cette compétition. Dimanche, cela dit, aux portes de Paris, le monde du sport amateur a donné l'exemple d'un tout autre rapport à l'argent. Qui contrastait assez agréablement.
Cela se déroulait en bordure de Paris, à Sèvres précisément. C'était «La Course des Héros». C'était une course à pied de 6 kilomètres, à laquelle ne pouvaient participer que des sportifs qui, préalablement, avaient collecté sur le web, auprès de leurs proches et amis, un minimum de 300€ au profit de l'association caritative de leur choix. De la Croix Rouge à Amnesty International, de la Fondation Nicolas Hulot à Action contre la Faim, de SOS Villages d'Enfants à l'Association Laurette Fugain, plusieurs dizaines d'associations étaient engagés dans cet événement caritativo-sportif. Et hier, un demi-millier de coureurs ont pris le départ. Préalablement, ils étaient parvenus à collecter... près de 300.000€, auprès de quelque 7000 donateurs. Au moment de franchir la ligne d'arrivée, des organisateurs déguisés en Super-Héros (Superman, Batman, etc.) accompagnaient, dans leurs dernières foulées, ces anonymes ayant décidé, sans pour autant la ramener malgré ce statut dominical un peu mégalo de «héros», de consacrer un peu de temps et d'énergie aux autres.
C'était vraiment bien, cette course. C'était un peu le téléthon de toutes les causes, les paillettes de la téloche en moins, l'engagement physique en plus. Cela donnait du sport une image autrement plus sympathique que celle, égoïste, capricieuse et friquée, si souvent véhiculée par le sport de haut niveau.
11:17 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sports, social, activisme
26/05/2010
Un trophée
Après le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.
Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».
De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.
10:40 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : immigration, racisme, humour, activisme
14/05/2010
Une apparition
Une disparition. On a beaucoup parlé d'une disparition ces dernières vingt-quatre heures à Paris. De la disparition des centaines de cadenas que, depuis des mois, des couples d'amoureux du monde entier avaient pris l'habitude de venir accrocher aux rambardes du Pont des Arts. Les clés de ces cadenas jetées dans les flots de la Seine, ces amours ainsi cadenassés étaient supposés demeurer éternels. Qui donc a osé commettre ce crime de lèse-romantisme? La mairie avait fait savoir, dernièrement, qu'elle n'était pas trop d'accord avec ce cadenassage jugé peu respectueux du patrimoine. Mais elle a vigoureusement démenti avoir été à l'origine de cet enlèvement, qui n'a pas davantage été revendiqué par la préfecture de police. Le mystère reste donc entier, sur le Pont des Arts.
Parlant d'amour, on a moins été intéressé par cette disparition que par une apparition. Une apparition sur le marché français en tout cas, où, mais peut-être cela nous avait-il échappé, on n'avait jamais entendu parler de cela auparavant. Un produit qui s'adresse aux «amoureux du monde entier» et donc aux Français aussi, qui vivent sur leur réputation (justifiée?) de meilleurs amants du monde.
C'est le journal gratuit 20 Minutes qui a débusqué ce concept (ici) en marge de la «Quinzaine du commerce équitable», qui bat son plein en ce moment à Paris. Ce sont des... préservatifs équitables! Ils sont baptisés «French letter», par allusion sans doute au fameux «french kiss». «Fabriqués à partir de latex équitable issu de plantations certifiées FSC (Forestry Stewardship Council) qui garantit une gestion raisonnée des exploitations», ces préservatifs, en outre, ne contiennent «aucun ingrédient d’origine animale et sont donc adaptés aux végétariens». Mais «c’est pas une raison pour les manger», croient bon de préciser les confrères ha ha ha.
Des préservatifs équitables. On aura décidément tout vu, dans ce monde ecolo friendly dans lequel nous vivons désormais. Le slogan de la société britannique qui commercialise cette invention décoiffante? «Make love, not wage slaves». Ou, encore mieux: «Free love, fair trade & safe sex». Qui sait un bon programme pour ce mois de mai si automnal qui, à Paris aussi, donnerait plutôt envie de rester sous la couette.
11:33 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art de vivre, environnement, santé, folklore, paris
12/05/2010
Une équité
«Travailler plus pour gagner plus». C’était un des slogans emblématiques sur lesquels Nicolas Sarkozy s’était fait élire à l’Elysée, en 2007. Avant que la crise mondiale vienne dynamiter cette promesse. «Payez plus si vous gagnez plus», lui a rétorqué hier le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë.
Mardi, en effet, le conseil municipal a voté un nouveau régime de facturation des repas des cantines scolaires, où déjeunent chaque midi 130.000 enfants parisiens. Auparavant, ces tarifs variaient d’un arrondissement à l’autre. Désormais, ils seront harmonisés. Surtout, ils varieront en fonction du revenu des parents et de la taille du ménage. Ce qui, selon la mairie, permettra aux parents les moins fortunés de ne payer que 13 centimes d’euro par repas et allégera la facture globale de 65% des familles. Pour la majorité, dès lors, il s’agit d’«une vraie réforme de justice sociale et d'égalité».
Les élus sarkozystes et néocentristes, cependant, ont voté contre. Parce que, selon eux, ce nouveau dispositif est «encore un coup porté aux classes moyennes, qui vont voir leur tarif monter de plus de 25%». Hier, à un JT du soir, on voyait un maire UMP d’arrondissement tempêter. On avait vraiment du mal à le suivre. Il ne mentionnait pas que la principale fédération de parents d’élèves aurait voulu (ici) que ces nouveaux tarifs soient plus progressifs encore. Il ne commentait guère l’argument de la mairie selon lequel, l'un dans l'autre, «cela fera 30 € d’augmentation par mois pour un couple qui touche 7500 €». Et ne s’étendait pas sur le fait que, dans tous les cas, même les parents parisiens les plus fortunés ne débourseraient jamais plus de 5€ par jour pour le repas de leur rejeton.
5€. Cela nous semblait un tarif maximum très raisonnable pour un repas, vu le prix du moindre sandwich ou McDo dans la capitale. Et on avait la faiblesse de croire que ces 5€ n’allaient tout de même pas mettre sur la paille les familles résidant dans le seizième arrondissement. Du coup, en écoutant cet élu, on se disait que, vraiment, il y avait des indignations moins légitimes que d'autres.
12:15 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, education
30/04/2010
Une cérémonie
Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.
Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime.
12:01 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : racisme, le pen, immigration, histoire, paris



