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06.07.2011

Un deuil

cy-twombly-5.jpgOn est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.

Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.

Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.

Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.

En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.

19.01.2011

Un confrère

lukas.jpg32 ans. Il avait 32 ans: Lucas Mebrouk Dolega, le photographe franco-allemand qui vient de mourir alors qu'il était en mission en Tunisie, y couvrant les événements pour l'agence photo EPA . 32 ans. On ne connaissait nullement l'intéressé, mais cela fait quatre jours qu'on pense à lui.

Parce que, les médias ne l'ont pas dit mais c'est clair, il a dû souffrir atrocement avant de mourir. Selon les témoignages, il a pris en plein visage une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier. Quiconque s'est déjà trouvé au coeur d'une manifestation dans une atmosphère saturée de lacrymos sait combien ces gaz peuvent être pénibles. Mais là, en plus, se prendre une grenade en plein visage... Le policier qui, l'autre jour à Tunis, a visé puis tiré sur Lucas devait savoir que non seulement le jeune homme n'y survivrait probablement pas mais qu'en plus, avant de mourir de ses blessures, il subirait un véritable calvaire. Comme le disait le patron de l'agence EPA hier, «cela ne peut pas être un accident. Il faut vraiment avoir une prédisposition à la barbarie pour tirer comme ça, à 5 ou 10 mètres de distance, au lacrymogène sur des gens».

On pense aussi à ce jeune confrère, parce qu'on avait à peu près son âge pendant toutes ces années où, avant d'être basé à Paris, on a fait du grand reportage. Un peu partout dans le monde, mais le plus souvent, évidemment, dans des contextes difficiles, violents et donc en permanence possiblement dangereux: guerres civiles, révolutions, coups d'Etat, crises sociales majeures, catastrophes humanitaires, etc. On y pense, parce que, à l'époque, parmi les envoyés spéciaux d'autres médias d'autres pays aux côtés desquels on bossait, c'était surtout des gens de la trentaine, comme lui, comme nous, qu'on croisait. Des jeunes journalistes qui venaient des quatre coins du monde mais qui tous partageaient la même chose. Partageaient, comme résumait le patron de Lucas hier, cet «enthousiasme» pour le métier d'informer, de témoigner, de raconter, de faire comprendre qu'est le journalisme. De tous ces pays, on est chaque fois revenu indemne: exténué, secoué, mais indemne. Lucas, lui, y a trouvé la mort. A 32 ans.

Selon l'ONG Reporters sans frontières, en 2010 dans le monde, 57 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession.

05.01.2011

Un anniversaire

logoFIP.jpgCa c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.

 

C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.

 

FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».

 

FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.

 

Kriss.jpgFIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.

 

FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.

16.07.2010

Une phobie

Il se passe décidément tous les jours quelque chose dans les transports en commun parisiens. Ce vendredi a priori, on avait prévu d'évoquer autre chose ici, de plus fondamental. Et puis, ce matin, on est tombé sur une petite anecdote racontée par le journal «Le Parisien»: une scène de la vie quotidienne très dérisoire, mais qu'on a trouvée si épatante qu'on n'a pas résisté à la tentation de lui consacrer la note du jour de ce blog.

 

Cela s'est passé l'autre matin dans le tramway T2, direction Saint-Cloud. Comme le narre le confrère, «il est 9 heures, le tramway est bondé. Une femme se lève pour descendre puis s’arrête, le regard dans le vague. Soudain, elle faiblit. Clémence, une habituée du T2, l’attrape par un bras tandis qu’un homme se précipite pour la soutenir. La passagère reprend alors connaissance. Au bout de quelques minutes, pressé par le machiniste qui doit redémarrer, le trio descend sur le quai pour attendre les secours. «Vous êtes malade? Vous avez déjeuné ce matin?» La femme d’une vingtaine d’années bredouille quelques mots et éclate en sanglots. Et puis, la vérité apparaît, presque surréaliste». La vérité? Cette passagère du tramway s'est évanouie sous le coup de l'émotion. Sous l'emprise de la «peur panique, viscérale» qu'a subitement provoquée chez elle, au moment où elle s'apprêtait à descendre du tramway, la vue d'une autre voyageuse. Qui avait pour seul signe distinctif d'arborer, comme pas mal de Parisiennes, de très longs ongles manucurés. Manque de bol: ce matin-là, elle a croisé sur son passage notre infortunée jeune fille trop sensible, qui a... la «phobie des grands ongles». Parce qu'elle a «été traumatisée il y a quelques années par des films d’horreur où le méchant étripait ses victimes avec les ongles. Sans doute le célèbre Freddy Krueger, avec ses lames de rasoir à la place des doigts… Et ce jour-là, il a suffi d’une voyageuse aux longs ongles manucurés pour réveiller ses pires cauchemars».

 

Une telle émotion à fleur de peau, on trouve cela merveilleux. Une sensibilité à ce point exacerbée, simplement par un film d'horreur de série B, on trouve cela touchant. Une phobie si dérisoirement hollywoodienne, on trouve que cela ne s'invente pas. C'est presque trop beau pour être vrai. Un scénariste aurait imaginé cette scène de panique manucurée se déroulant dans le tramway T2, les producteurs du film l'auraient sans doute recalée, la jugeant pas assez crédible. Mais à Paris, décidément, tout a l'air toujours possible.

08.06.2010

Un concours

archipasserellesimonedebeauvoir.jpgBonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.

Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.

archiparisborel.jpgPar exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.

Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.

archiforumdesimages.jpgQuelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne –  mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.

07.06.2010

Un contraste

Le sport et l'argent. C'était le grand débat hier ici, à propos des joueurs de foot de l'équipe de France engagés dans la Coupe du Monde et qui, en Afrique du Sud en ce moment, sont hébergés dans un palace à multiples étoiles. La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, conteste le bon goût de ce choix d'hébergement. Précédemment, avait déjà fait débat le montant colossal des primes financières qui seront attribuées aux footballeurs français (pourtant déjà si bien rémunérés) pendant cette compétition. Dimanche, cela dit, aux portes de Paris, le monde du sport amateur a donné l'exemple d'un tout autre rapport à l'argent. Qui contrastait assez agréablement.

 

Cela se déroulait en bordure de Paris, à Sèvres précisément. C'était «La Course des Héros». C'était une course à pied de 6 kilomètres, à laquelle ne pouvaient participer que des sportifs qui, préalablement, avaient collecté sur le web, auprès de leurs proches et amis, un minimum de 300€ au profit de l'association caritative de leur choix. De la Croix Rouge à Amnesty International, de la Fondation Nicolas Hulot à Action contre la Faim, de SOS Villages d'Enfants à l'Association Laurette Fugain, plusieurs dizaines d'associations étaient engagés dans cet événement caritativo-sportif. Et hier, un demi-millier de coureurs ont pris le départ. Préalablement, ils étaient parvenus à collecter... près de 300.000€, auprès de quelque 7000 donateurs. Au moment de franchir la ligne d'arrivée, des organisateurs déguisés en Super-Héros (Superman, Batman, etc.) accompagnaient, dans leurs dernières foulées, ces anonymes ayant décidé, sans pour autant la ramener malgré ce statut dominical un peu mégalo de «héros», de consacrer un peu de temps et d'énergie aux autres.

 

C'était vraiment bien, cette course. C'était un peu le téléthon de toutes les causes, les paillettes de la téloche en moins, l'engagement physique en plus. Cela donnait du sport une image autrement plus sympathique que celle, égoïste, capricieuse et friquée, si souvent véhiculée par le sport de haut niveau.

26.05.2010

Un trophée

yabonbanania.jpgAprès le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.

 

Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».

 

De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.

14.05.2010

Une apparition

Une disparition. On a beaucoup parlé d'une disparition ces dernières vingt-quatre heures à Paris. De la disparition des centaines de cadenas que, depuis des mois, des couples d'amoureux du monde entier avaient pris l'habitude de venir accrocher aux rambardes du Pont des Arts. Les clés de ces cadenas jetées dans les flots de la Seine, ces amours ainsi cadenassés étaient supposés demeurer éternels. Qui donc a osé commettre ce crime de lèse-romantisme? La mairie avait fait savoir, dernièrement, qu'elle n'était pas trop d'accord avec ce cadenassage jugé peu respectueux du patrimoine. Mais elle a vigoureusement démenti avoir été à l'origine de cet enlèvement, qui n'a pas davantage été revendiqué par la préfecture de police. Le mystère reste donc entier, sur le Pont des Arts.

Parlant d'amour, on a moins été intéressé par cette disparition que par une apparition. Une apparition sur le marché français en tout cas, où, mais peut-être cela nous avait-il échappé, on n'avait jamais entendu parler de cela auparavant. Un produit qui s'adresse aux «amoureux du monde entier» et donc aux Français aussi, qui vivent sur leur réputation (justifiée?) de meilleurs amants du monde.

C'est le journal gratuit 20 Minutes qui a débusqué ce concept (ici) en marge de la «Quinzaine du commerce équitable», qui bat son plein en ce moment à Paris. Ce sont des... préservatifs équitables! Ils sont baptisés «French letter», par allusion sans doute au fameux «french kiss». «Fabriqués à partir de latex équitable issu de plantations certifiées FSC (Forestry Stewardship Council) qui garantit une gestion raisonnée des exploitations», ces préservatifs, en outre, ne contiennent «aucun ingrédient d’origine animale et sont donc adaptés aux végétariens». Mais «c’est pas une raison pour les manger», croient bon de préciser les confrères ha ha ha.

Des préservatifs équitables. On aura décidément tout vu, dans ce monde ecolo friendly dans lequel nous vivons désormais. Le slogan de la société britannique qui commercialise cette invention décoiffante? «Make love, not wage slaves». Ou, encore mieux: «Free love, fair trade & safe sex». Qui sait un bon programme pour ce mois de mai si automnal qui, à Paris aussi, donnerait plutôt envie de rester sous la couette.

12.05.2010

Une équité

«Travailler plus pour gagner plus». C’était un des slogans emblématiques sur lesquels Nicolas Sarkozy s’était fait élire à l’Elysée, en 2007. Avant que la crise mondiale vienne dynamiter cette promesse. «Payez plus si vous gagnez plus», lui a rétorqué hier le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë.

 

Mardi, en effet, le conseil municipal a voté un nouveau régime de facturation des repas des cantines scolaires, où déjeunent chaque midi 130.000 enfants parisiens. Auparavant, ces tarifs variaient d’un arrondissement à l’autre. Désormais, ils seront harmonisés. Surtout, ils varieront en fonction du revenu des parents et de la taille du ménage. Ce qui, selon la mairie, permettra aux parents les moins fortunés de ne payer que 13 centimes d’euro par repas et allégera la facture globale de 65% des familles. Pour la majorité, dès lors, il s’agit d’«une vraie réforme de justice sociale et d'égalité».

 

Les élus sarkozystes et néocentristes, cependant, ont voté contre. Parce que, selon eux, ce nouveau dispositif est «encore un coup porté aux classes moyennes, qui vont voir leur tarif monter de plus de 25%». Hier, à un JT du soir, on voyait un maire UMP d’arrondissement tempêter. On avait vraiment du mal à le suivre. Il ne mentionnait pas que la principale fédération de parents d’élèves aurait voulu (ici) que ces nouveaux tarifs soient plus progressifs encore. Il ne commentait guère l’argument de la mairie selon lequel, l'un dans l'autre, «cela fera 30 € d’augmentation par mois pour un couple qui touche 7500 €». Et ne s’étendait pas sur le fait que, dans tous les cas, même les parents parisiens les plus fortunés ne débourseraient jamais plus de 5€ par jour pour le repas de leur rejeton.

 

5€. Cela nous semblait un tarif maximum très raisonnable pour un repas, vu le prix du moindre sandwich ou McDo dans la capitale. Et on avait la faiblesse de croire que ces 5€ n’allaient tout de même pas mettre sur la paille les familles résidant dans le seizième arrondissement. Du coup, en écoutant cet élu, on se disait que, vraiment, il y avait des indignations moins légitimes que d'autres.

30.04.2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

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