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23.12.2011

Une efficacité «pas globalement démontrée»

police,sécurité,paris,gouvernementPlus que jamais, il faudra marcher droit, dans Paris. Cette semaine, le Premier ministre François Fillon en personne a fait le point sur le développement de la vidéosurveillance dans la capitale – ce qui, au passage, confirme que le chef du gouvernement est bel et bien déjà en campagne électorale, lui qui ambitionne de se présenter à Paris aux législatives du printemps prochain. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Etat est plus décidé que jamais à mettre les bouchées doubles dans la «vidéoprotection», comme il dit.

Intérêt à marcher droit, donc, car, à terme, ce ne sont pas moins de 2500 policiers qui, dans les commissariats des vingt arrondissements parisiens, auront l'oeil rivé en permanence sur les écrans de télé retransmettant les prises de vues effectuées sur la voie publique. Dans les six mois qui viennent, très exactement 1105 caméras seront implantées dans Paris, sans compter les 10.000 caméras figurant déjà dans les réseaux de transport – auxquelles les autorités auront également accès en temps réel. En la matière, Paris restera loin de Londres, couverte elle par un réseau de 65.000 caméras. Il n'empêche, ce plan de «vidéoprotection» représente «un investissement très important», reconnaît-on à la préfecture de police de Paris: 90 millions à charge de l'Etat et 5 millions supportés par la ville de Paris.

Pour les autorités, une telle dépense se justifie, car «la vidéoprotection de voie urbaine permet de réduire le niveau de délinquance et a un effet préventif significatif». A la préfecture, on prend l'exemple de la flambée de vols de smartphones dans les transports publics: les caméras de surveillance lui auraient été d'une grande utilité pour la combattre et la faire diminuer.

Problème? La Cour des Comptes elle-même ne semble pas persuadée du bien-fondé d'un investissement aussi massif dans cette technologie. Ainsi, dans un rapport qui, à l'époque, fit un certain bruit, elle a considéré que l'importance des investissements en jeu «justifie que l’efficacité des dispositifs de vidéosurveillance de la voie publique soit évaluée». Or, «les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement cette efficacité». Et «la France se caractérise par la quasi-absence d’enquête concluante sur le sujet. Une seule étude a été menée par le ministère de l’Intérieur essentiellement à partir des statistiques de la délinquance. Cependant, ses résultats contradictoires autant que sa méthode ne permettent pas d’en tirer des enseignements fiables».

police,sécurité,paris,gouvernementMais, aux yeux du gouvernement, peu importe et pas de doute: il faut mettre les bouchées doubles en la matière.

Marchons droit, donc. Et sourions, puisqu'on va être filmé, re-filmé et sur-filmé sous tous les angles et de tous côtés, prochainement. Sourions...ou pas, c'est selon.

19.12.2011

Un coup de filet très particulier

police,sécurité,etrangers,parisParis, ville cosmopolite où cohabitent des gens venus des quatre coins du globe, etc, etc: on connaît cela. Ce côté mosaïque contribue indéniablement au charme de la capitale française. Mais il a aussi, parfois, des aspects moins réjouissants. Ainsi, l'importation de formes de criminalité et de délinquance qui sont assez nouvelles pour les forces de l'ordre, et qui les obligent à opérer sur des terrains moins connus d'elles.

On l'a bien vu l'autre jour, dans le onzième arrondissement. Notre onzième qui abrite une grande diaspora chinoise – on l'a déjà raconté, dans ce blog (relire ici ou ). C'est au sein de cette communauté qu'a eu lieu, la semaine dernière, un coup de filet assez spectaculaire (*), résultat d'«une enquête de plusieurs mois».

Précisément, un «cercle de jeux clandestin chinois» a été démantelé. «Sous couvert d’une association de commerçants», il organisait des parties de mahjong et de shuang – le «poker chinois», précise la préfecture de police. «Les parties réunissaient une douzaine de joueurs chaque soir; les dettes de certains des participants pouvaient atteindre 200.000€». Les 13 joueurs interpellés avaient sur eux «plus de 30.000 €». «Des recherches sont en cours sur des sociétés de prêt-à-porter susceptibles de blanchir une partie des gains» réalisés à l'occasion de ces soirées. Le coup de filet policier a permis la saisie de «six tables de jeu, 8600€, une cinquantaine de grammes d’herbe de cannabis, quelques grammes de cocaïne» ainsi qu'«un véhicule de luxe d’une valeur de 62.000€, payé en espèces».

Vu sous l'angle parisien-parigot-tête de veau-bobo, replacé dans le contexte du quartier, autrement dit, tout cela paraît furieusement exotique.

 

(*)Une opération que l'on répercute ici juste pour raconter la vie du quartier, et non, évidemment, pour stigmatiser une communauté – cela va sans dire, mais, si besoin, le voilà précisé.

28.11.2011

Un indicateur, si révélateur

Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.

L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.

Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.

Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.

21.11.2011

Un campement

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisSamedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.

«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.

Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.

On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisAutour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.

Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.

Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».

31.10.2011

Une manifestation

On est tombé sur eux complètement par hasard. Samedi soir, dans le quartier de l’Opéra. On les a entendus avant de les voir, en fait: quand, couvrant les bruits du trafic et des rues bondées, ont résonné… des cantiques, puis des «Notre Père».

 

C’était une manifestation de catholiques traditionnalistes. Cela valait le coup d’œil. En tête du cortège, un prêtre en soutane brandissait un gigantesque crucifix en bois. Derrière la banderole de tête  («La France est chrétienne et doit le rester»), quelques centaines de personnes – beaucoup de vieux, mais aussi beaucoup de très jeunes – scandaient des slogans tels «France, Jeunesse, Chrétienté!» ou «Christianophobie, ça suffit!». Et une forêt de bannières du Sacré cœur.

 

Depuis dix jours, au Théâtre de la Ville, place du Châtelet, ces catholiques traditionnalistes, chaque soir, perturbent les représentations d’un spectacle qu’ils jugent blasphématoire. Dans leur cortège, samedi, probablement figuraient aussi ces quelques jeunes qui, fin juin, avaient fait de la provoc’ à la Gay Pride: retranchés, sous forte protection policière, derrière les grilles de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l'église des intégristes de Mgr Lefebvre, ils avaient hurlé, pendant toute l'après-midi, «Nous sommes tous des enfants d’hétéros!». Sans doute dans ce cortège trouvait-on aussi les organisateurs des fameux apéros géants saucisson-pinard qui défrayèrent la chronique, l’été dernier. Voire, qui sait, ces militants «identitaires» qui, ces derniers hivers, avaient mis sur pied une soupe populaire au lard – donc interdite de facto aux SDF de confession musulmane.

 

Leur manifestation de samedi a eu pas mal de retentissement médiatique. En revanche, c’est dans une indifférence assez générale que ces mêmes catholiques ultras, depuis quelques semaines, manifestent devant l’hôpital Tenon, dans le vingtième arrondissement de Paris. Pour protester contre la réouverture annoncée du centre IVG de cet hôpital, ils viennent, chaque dimanche matin, brandir des crucifix et des pancartes avec des slogans du style : «Maman, papa... ne me tuez pas!». Puis, ni une ni deux, s'agenouillent à même le trottoir et récitent des «Notre Père»

 

A part cela, depuis quelques mois, les prières de rue sont interdites en France.

04.10.2011

Une malheureuse coïncidence?

métro,paris,sécurité,médiasOn a l'air (pas) malin, ce matin. Hier à peu près à la même heure, dans ce blog, on soutenait que les attaques de «pousseurs» étaient extrêmement rares, dans le métro de Paris. Il n'a pas fallu 24 heures pour que l'AFP vienne, ce matin, avec une dépêche relatant... un accident du même ordre.

 

Elle dit ceci. «Drame évité dans le métro parisien. Un «pousseur» a failli faire une nouvelle victime dimanche soir dans le métro parisien, à la station 'Strasbourg-Saint-Denis', relate «Le Parisien». Le déséquilibré, âgé de 30 ans, a empoigné fermement et jeté sur les rails un jeune homme de 25 ans en train de discuter avec un ami alors qu'une rame entrait dans la station. La victime est heureusement tombée dans la «fosse anti-suicide», qui n'est pas électrisée comme le reste des rails. Le conducteur de la rame a lui eu le temps de freiner pour éviter l'impact. Il s'est jeté à la poursuite du pousseur avec deux autres témoins, le déséquilibré ayant pris la fuite dans le tunnel pour rejoindre la prochaine station. Le «pousseur» a été rattrapé et livré à la police. Il a été interné à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. La victime est, quant à elle, très choquée».

 

Deux méfaits censés extrêmement rares qui surviennent à quelques jours d'intervalle, donc. De deux choses l'une.

 

Soit les dérangés lisent les médias et sont inspirés par les faits divers de ce type, lorsqu'ils y sont relatés. Auquel cas, peut-être ferait-on mieux de moins médiatiser ce genre de drames, pour éviter de donner des idées à certains. Soit ce fait de deux «pousseurs» sévissant tour à tour et en un temps très rapproché n'est en fait rien d'autre qu'un malencontreux hasard. Qu'une malheureuse mais fortuite coïncidence. Et cela n'enlève rien au fait que, dans le métro de Paris, les actes de ce genre sont extrêmement rares.

 

métro,paris,sécurité,médiasChacun jugera. Nous, en tout cas, davantage d'ailleurs en tant qu'usager lambda du métro qu'en tant que journaliste, on choisit la seconde hypothèse. Et on est bien résolu à ne pas commencer à surveiller du coin de l'oeil les gens derrière nous sur le quai. Ca casserait l'ambiance.

PS: Sinon, si vous voulez en savoir plus sur «la bouleversante histoire» du «héros du métro»: cet homme tué jeudi après avoir été jeté sur les voies à la station 'Crimée', c'est ici.

23.09.2011

Un prix moyen (?)

Le début de l'automne ce vendredi, à Paris comme ailleurs. A 11h04 précisément, paraît-il. Mais une météo si estivale aujourd'hui et toujours autant de touristes dans les rues qu'on ne trouve pas incongru de revenir sur ce qui fut le chiffre de la semaine, concernant le tourisme dans la Ville lumière. 204€. Soit le prix moyen d'une nuit d'hôtel, en chambre double, à Paris. C'est ce qui ressort d'une étude publiée ces derniers jours. Selon elle, en la matière, «la capitale française devient, avec Genève (298€) et Londres (200€), l’une des plus chères d’Europe. En comparaison, le tarif moyen hôtelier parisien coûtait à la même période de l’an dernier 26% de moins, soit 162€».

 

On a (un peu) sursauté en prenant connaissance de ce chiffre. Car – avis aux jeunes routards qui fréquenteraient ce blog, ou aux voyageurs de tous les âges qui ne pourraient claquer un demi-millier d'euros pour un week-end ici – , dans le Paris qu'on fréquente quotidiennement (en gros: République, Bastille, Haut Marais, etc.), il va de soi qu'on trouve quantité d'hôtels affichant des tarifs nettement moins élevés.

 

Ainsi, à Paris comme dans nombre de capitales, les hôtels de grandes chaînes (Ibis, Campanile, etc.) baissent leurs prix quand arrive le week-end: quand les quitte donc leur clientèle professionnelle de la semaine. Et Paris regorge bien sûr de petits hôtels de quartier: sans façon mais le plus souvent très corrects.

 

On se le disait encore pas plus tard qu'hier, en flânant en bordure de Ménilmontant, dans notre onzième arrondissement. Et puis l'autre jour aussi, cette fois dans le quartier Aligre. On y a vu plusieurs petits établissements qui avaient l'air charmants. Certes ni très luxueux, ni aux pieds de la tour Eiffel, mais, familiaux, simples, tranquilles, populaires. Souvent adossés à de très typiques petits bistrots ou restos du coin, ils donnaient vraiment l'impression d'être joliment en symbiose avec leur quartier. Avaient l'air de couler des jours paisibles, en harmonie avec ce Paris (un peu) hors des sentiers battus, que négligent si souvent les visiteurs étrangers pressés et/ou peu imaginatifs.

 

Et puis sinon, et souvent cela ne se sait pas assez à l'étranger, il y a bien sûr toujours les tarifs imbattables des auberges de jeunesse et foyers (ici), ainsi que du camping de Paris (). Camping qui, et oui, ouvre toute l'année. Au grand air et au vert par plus de 20 degrés au thermormètre, comme aujourd'hui, cela doit même ne pas être désagréable.

28.06.2011

Une scène d'été

fontaine.jpgC'était hier en début d'après-midi, sur le terre-plein central du boulevard Richard Lenoir, aux pieds du bureau, dans notre onzième arrondissement parisien. Au thermomètre, l'on frisait déjà la quarantaine de degrés à l'ombre. N'en pouvant plus, une demi-douzaine de gamines du quartier, 15 ans d'âge à première vue, venaient de prendre d'assaut quelques jets d'eau verticaux et s'y rafraîchissaient à grands cris. Leurs hurlements de joie, hystériques au point d'être cocasses, donnaient au quartier une atmosphère juvénile et estivale adorable. Aurait-on fermé les yeux qu'on se serait cru à la plage en plein mois d'août, et non plus au coeur d'un arrondissement si densément peuplé et rendu encore plus pollué que d'habitude par cette météo soudainement caniculaire.

Aurait-on fermé les yeux, ... mais ils avaient les yeux bien ouverts, en revanche, les mâles du quartier: jeunes et vieux qui, à ce moment, trônaient sur les bancs publics aux alentours de ladite scène aquatique. Ils ne perdaient pas une miette du spectacle de ces ondines aux silhouettes rendues bien apparentes par les jets d'eau collant leurs vêtements à leur peau.

Autant on a trouvé charmante l'insouciance de ces ébats aquatiques, autant on a été gêné par l'insistance de ces regards masculins..

Cela nous a refait penser à ce grand classique des étés et des campings français que sont les concours «Miss t-shirt mouillé», etc. Qui, puisqu'on parlait hier du sexisme dans ce pays, nous ont toujours paru le sommet du machisme beauf le plus primaire  –  si tant est qu'un machisme beauf puisse ne pas être primaire.

Mais ce n'est que notre humble avis.

21.04.2011

Un «service de prestige»

Une escapade à Roissy et Orly, aujourd'hui – bien de saison, avec cette météo digne d'un mois d'août. D'autant qu'un nouveau service, dont la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé le lancement en février, est en train, ces jours-ci, de vraiment y démarrer. Mais ne vous réjouissez pas trop vite: il n'est pas précisément destiné à l'usager lambda de ces deux aéroports.

Car il s'agit d'un «service de prestige», dixit ADP. D'un «service sur mesure». D'une «nouvelle panoplie de services d'accueil hautement personnalisée, mise à disposition d'une clientèle d'affaires ou VIP». C'est «La Conciergerie». Elle vous accueille comme une star à votre arrivée à l'aéroport: à votre descente d'avion ou de voiture. Porte vos bagages. S'assure que vous bénéficiez d'«un accès prioritaire aux postes d’inspection filtrage». Met à votre disposition un «personal shopper» pour vos achats en zone détaxée. Court acheter à la pharmacie le médicament que vous avez oublié à la maison. Se charge des livraisons de fleurs et de cadeaux que vous n'avez pas eu le temps de faire avant votre décollage. S'occupe de votre animal domestique, etc.

Les tarifs de ce service 5 étoiles sont si surfaits qu'ils en deviennent drôles. Une cravate de rechange? 60€. Un détachage express de votre chemisier en soie? 12 € . Un fax urgent à envoyer avant de décoller? 1€ (la page). L'accès à une borne internet quand toutes celles qui sont mises à disposition du public sont occupées? 8€ (par tranche de 10 minutes). Un trousseau de clés à garder précieusement pendant votre périple? 45€ (la journée). Un bouquet de fleurs à livrer à Paris? 120€ (+ le «prix de la composition florale», bien sûr). Une révision express de votre voiture pendant votre voyage? (forfait de 250€: hors pièces et main-d'oeuvre, cela va de soi).

Bienvenue dans la vraie vie parisienne. Pour certains, du moins.

07.04.2011

Une campagne (suspecte)

gardemeubles.jpgLa misogynie, revendiquée ou subliminale, dans la pub en France: un des sujets décidément inépuisables de ce blog (relire ici, ou , voire, si vous avez particulièrement le temps aujourd'hui, ici ou ). On vient encore d'en avoir une illustration dans le métro de Paris. Il s'agit, cette fois, d'une campagne de pub pour une société de garde-meubles.

Le visuel? Monsieur, aux côtés d'une armoire imposante: une antiquité, style grand siècle, dont son propriétaire semble très fier. Le slogan? «Vous l'adorez. Votre femme la déteste. Nous la stockons». C'est donc Madame qui n'a aucun goût en matière de déco, et qui, un peu tyrannique au foyer, oblige Monsieur à louer une aire de stockage. C'est Monsieur qui aurait très bien pu être illustré par cette pub comme n'aimant pas les antiquités. Mais non, c'est Madame. Sans doute un hasard, s'est-on dit en passant notre chemin après avoir froncé les sourcils devant cette affiche. Jusqu'à ce que, quelques stations de métro plus loin, on tombe sur un autre visuel de cette campagne.

Cette fois, c'est Madame qui était représentée: posant, un peu niaisement, aux côtés d'un vélo d'appartement. Le slogan le précisait: ce vélo, elle l'avait acheté mais s'en était fatigué très vite, du coup Monsieur devait à nouveau se taper le garde-meubles. C'est Monsieur qui aurait très bien être illustré par cette pub comme ayant très rapidement eu la flemme de ses altères, de sa ceinture à impulsions électriques censée dessiner les abdos, ou de sa machine à gonfler les biceps. Mais non, c'est Madame. Qui, dans ce visuel, incarne donc la légereté, l'inconstance, le manque de détermination, la futilité variant au gré du vent. Pour la deuxième fois, du coup, un slogan de cette campagne pouvait être lu/vu de manière péjorative pour les femmes.

Mais sans doute, les ans passant, est-on devenu très Parisien moyen: donc qui n'aime rien, limite teigneux. Mais, qui sait, les «créatifs» ayant conçu cette com' si brillante n'ont-ils nullement pensé à mal. Mais, peut-être, découvrira-t-on ces prochains jours, dans le métro, des visuels de cette campagne pouvant, eux, être interprétés au désavantage de l'homme.

On les cherche toujours, cela dit.

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