24/04/2013
Un nouveau surnom
Cinq. Ils sont donc cinq, les députés qui, hier après-midi, ont appuyé sur le mauvais bouton, au moment du vote du projet de loi sur le «mariage gay». Pour la postérité, il s'agit de Marcel Bonnot, Luc Chatel, Alain Chrétien, Marianne Dubois et Henri Guaino. Ils auraient voulu voter non; ils ont voté oui. Les erreurs de scrutin parlementaire ne sont pas rares, en France comme dans d'autres pays. C'est dû au fait que, si le moment du vote est annoncé longuement à l'avance (par une sonnerie retentissant dans toute l'Assemblée nationale, actionnée par le président de séance), l'opération de vote proprement dite, elle, est très rapide. Comme le règlement de l'hémicycle permet que l'on vote, outre pour soi, au nom d'un collègue absent, pendant les quelques secondes, pas plus, que dure le scrutin, certains – et pas seulement des députés de droite, bien sûr – s'emmêlent les pinceaux: appuient sur le mauvais bouton.
Le plus cocasse est que, parmi ces étourdis, ait figuré Henri Guaino: l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. En effet, il est est un des plus virulents contempteurs du «mariage pour tous». Parce que ce serait trop long, on s'abstiendra d'énumérer ici ses innombrables diatribes contre une réforme qui, si on l'a bien compris, va à peu près précipiter la civilisation entière vers le cataclysme terminal.
Hier, le net et les réseaux sociaux ont, évidemment, beaucoup ri de la mésaventure électorale électronique survenue à Henri Guaino. A qui, moins d'une heure après le vote fatidique, ils ont trouvé un nouveau surnom: Henri Gayyes. Gai-no, Gay-yes.
Sans doute l'intéressé ne l'a-t-il pas volé.
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19/04/2013
Un ersatz, en somme
Quelques mots tout de même, vu qu'on n'a pas encore eu l'occasion d'en parler, sur ces «Hommen» que l'on voit beaucoup en ce moment, dans les cortèges anti-«mariage gay» (ici ou là, par exemple). Et qui seront probablement à nouveau dans les rues de Paris dimanche après-midi: jour d'une nouvelle «Manif pour tous».
Ces activistes s'inspirent donc des «Femen»: ces militantes féministes, elles pro-«mariage gay», venues d'Ukraine à l'origine, et qui ont acquis une audience et une notoriété mondiales en protestant seins nus. Copiant leur scénographie, les «Hommen» manifestent torses nus. Si l'on peut se permettre, on trouve qu'au-delà du fond de leur combat, la forme que ces «Hommen» lui ont donnée n'est vraiment qu'une pâle copie.
D'abord, ces militants-là, à l'inverse de leurs modèles féminins, manifestent le plus souvent avec le visage recouvert d'un masque. C'est parfaitement leur droit, mais cela brouille complètement à la fois le message et l'image. Une «Femen» assume son corps, le met en avant voire en danger, car l'utilise comme instrument de lutte/de médiatisation. L'«Hommen», lui, en masquant son visage, dissimule la partie de la physionomie qui permet le plus aisément d'identifier, et donc de personnaliser, un corps. Comme s'il avait honte de ce corps et/ou de l'utilisation qu'il en fait. Où est la cohérence?
Ensuite, des sociologues l'écriraient sans doute mieux que nous, mais cela paraît l'évidence que la représentation sociale et symbolique du buste féminin reste complètement différente de celle du torse masculin. Et ce, en dépit de décennies d'étés de bains de mer et de plages seins nus, en France comme ailleurs. Un homme protestant torse nu, même en ville, cela n'enfreint rien, trouve-t-on. Cela ne choque pas. Cela n'a rien de transgressif, dans ce que cela renvoie en termes de représentation du corps et de discours sur le corps.
Ce n'est donc qu'un ersatz, en somme.
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18/04/2013
Un activisme, assez primaire
François Hollande à l'aéroport de Roissy ce matin, pour inspecter le dispositif de vigilance anti-terroriste. Une «visite programmée depuis longtemps», a assuré le chef de l'Etat. Mais un déplacement que n'avait pas annoncé l'hôte de Elysée. Par peur de s'y faire huer?
Les membres de l'exécutif, ces derniers temps, communiquent moins en amont qu'avant, sur leurs déplacements. Selon certains, c'est par peur d'être la cible des actions d'un collectif anti-«mariage gay» formé début avril et explicitement dédié au chahut de visites ministérielles. «Huons nos ministres», c'est son nom. «Ils veulent nos voix: ils auront nos huées!», c'est son slogan. Sur la page d'accueil de son site web, une photo qui en dit long sur ce qui, pour ces activistes, doit représenter la quintessence de l'action politique: l'enfarinage de François Hollande, par une déséquilibrée. C'était à Paris le 1er février 2012, alors que celui qui n'était que candidat à la présidentielle assistait à une manifestation, porte de Versailles.
Les huées et les jets d'oeufs. Comme l'insulte (relire ici, par exemple), c'est tout de même le degré zéro de l'expression politique. On peut remarquer que, nulle part sur leur site, ces activistes n'annoncent clairement la couleur: ne précisent qui ils sont, d'où ils viennent, et quelles sont leurs accointances politiques. Remarquer aussi que, à ce stade en tout cas, leur popularité sur la toile est limitée: seulement 744 «j'aime», et 2342 «personnes (qui) en parlent».
Ce qui est assez peu: dans un pays de plus de 60 millions d'habitants décrit par les anti-«mariage gay» comme étant entré en rébellion contre cette réforme sociétale.
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16/04/2013
Une suspicion, particulière et générale
Hier soir, bien sûr, les réseaux sociaux et le net ont fait leurs choux gras de la mise à nu (patrimoniale) des ministres. Dont les avoirs sont désormais consultables (ici), et jusque dans le moindre détail, par le Français moyen. Parmi les étrangetés ayant excité ces curieux, la situation bancaire de Manuel Valls. En effet, en date du 11 avril 2013, le ministre de l'Intérieur déclarait disposer en tout et pour tout de ... 108,71€ sur son compte bancaire personnel, à la BNP Paribas. Du coup, comme son compte épargne n'est crédité que de 16,96€, tout ce petit monde s'est demandé comment il allait faire pour terminer son mois sans tomber en découvert bancaire.
Un cran plus loin, sur une télé hier soir, une hiérarque UMP, mi-goguenarde mi-fielleuse, a jugé cela très suspect. Si on l'a bien comprise, elle a sous-entendu que soit le ministre n'avait pas déclaré tous ses avoirs bancaires, soit carrément il vivait au crochet de son entourage – qui aurait moins de problèmes de fins de mois que lui. Cette dernière supputation, sans doute cette UMPiste l'a-t-elle forgée à la lecture du descriptif du patrimoine immobilier du ministre. Y figure l'appartement (44 m²) qu'il occupe avec sa conjointe dans notre quartier de Paris-Bastille. Appartement acheté par le couple en 2010, qui est sous le régime de la société civile immobilière, mais SCI dont le ministre ne détient... qu'une seule et unique des 100 parts.
On n'en a pas fini, sans doute, avec les suspicions et insinuations de cet acabit. Concernant ce ministre, mais probablement aussi d'autres. Pas fini non plus avec le soupçon général pesant dans l'opinion à propos des politiques. Que 55% des Français jugent «pour la plupart corrompus», selon un récent sondage.
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10/04/2013
Un si joli mot
Après le bon mot d'hier, un joli mot aujourd'hui. Car, oui, les actualités les plus pénibles donnent parfois lieu aux mots les plus jolis. C'est ce qu'on s'est dit en entendant, l'autre jour, l'avocat du ministre déchu Jérôme Cahuzac. Qui commentait les allégations de médias, ce week-end, selon lesquelles son client aurait tenté d'exfiltrer 15 millions d'euros en Suisse et, en plus, aurait produit un faux pour les 600.000 euros dont il a avoué la fraude.
Pour la défense de l'ex-ministre, bien sûr, tout cela n'est qu'inventions, inepties, sornettes, balivernes, sottises. Carabistouilles, en somme: pour reprendre un de ces vieux mots en désuétude pour la survie desquels Bernard Pivot se mobilisa, il y a quelques années.
Mais l'avocat Jean Veil, lui, pour qualifier ces dires, parla de «calembredaines». Un mot que l'on trouve ravissant. Qui ne date pas d'hier: 1798, selon notre «Robert». Et désigne des propos vains et extravagants.
Vivement de nouvelles révélations concernant Jérôme Cahuzac. Que son avocat puisse les dénigrer en utilisant un terme encore plus ancien (1534), et nous plaisant tout aussi bien: qu'il puisse dénoncer des «coquecigrues».
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18/03/2013
Un appel, qui a été entendu
Un peu de culture, pour bien commencer la semaine. Il y a un petit temps (relire ici), on avait évoqué dans ce blog un appel à dons que Le Louvre avait lancé aux particuliers. Pour réunir 800.000€, aux fins d'acquérir deux statuettes en ivoire – une oeuvre (visible là) «d'une beauté exceptionnelle» – datant du Moyen-Age. Les résultats de cet appel à dons viennent d'être communiqués.
Et une fois de plus, le mécénat privé a été au rendez-vous. Les deux statuettes, en effet, ont pu être acquises. Ce qui permet au musée d'enfin compléter l’ensemble sculpté auquel elles appartenaient, et qu'il exposait, incomplet, depuis 1896. Cette «Descente de Croix» reconstituée 700 ans après avoir été sculptée est présentée comme un «joyau du XIIIème siècle». «Oeuvre majeure de l'art médiéval», c'est «le seul groupe sculpté complet de cette période parvenu jusqu’à nous dans un tel état de conservation». Il a donc été élevé au rang de «Trésor National» – l'enjeu de la campagne relevait aussi «de la sauvegarde du patrimoine national».
Très exactement 3571 donateurs privés ont pris part à cette collecte de fonds. En ces temps de crise, que des particuliers en si grand nombre contribuent financièrement à cette cause culturelle n'est, en soi, pas inintéressant. Cela dit, le mécénat de tous ces amateurs d'art n'a pas permis à lui seul de récolter les 800.000€. La société des Amis du Louvre a donc été mise à contribution, et une grande compagnie d'assurance (très active dans le domaine de l'assurance des oeuvres d'art...) a signé un gros chèque. L'obole de ces deux grands mécènes a représenté 65% du coût de l'acquisition.
Qui, si cela vous intéresse, sera présentée au grand public à partir du 18 avril – dans la section de l'aile Richelieu du musée qui est consacrée aux objets d'art.
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01/03/2013
Un «lieu de romance»
Un peu de légèreté, pour bien terminer la semaine. Et cette info relative aux moeurs amoureuses des Parisiens. Figurez-vous que les habitants de la capitale et de sa région ont plus fréquemment des liaisons amoureuses avec des collègues de bureau que la moyenne générale des Français. A l'échelle du pays, 12% des Français ont déjà vécu une idylle née dans le cadre professionnel, mais ils sont 16% dans ce cas en région parisienne.
C'est une étude sur les Français au bureau, sortie récemment, qui nous l'apprend. Et donne des tas d'infos sur des sujets aussi essentiels que les caractéristiques du pire voisin de bureau, le style d'illu préférée pour le fond d'écran d'ordinateur, ou le nombre de Français apportant au bureau un mug provenant de la maison.
12% des Français donc ont déjà vécu une histoire d'amour au bureau, et 13% ont déjà été témoins d'une liaison entre deux collègues. «Le bureau peut devenir lieu de romance», en déduit l'étude. Mais, au fond, qu'est-ce qui fait craquer les Français, en termes d'apparence extérieure? On en sait un peu plus sur cette question elle aussi capitale, depuis qu'une autre étude est parue, l'autre jour: à l'époque de la St-Valentin.
Ainsi, à l'en croire, ce que le Français moyen trouve séduisant chez une femme, c'est «un regard charbonneux (39%), sans autre maquillage (28%). Des sous-vêtements sexy, en dentelle ou en satin (67%). Là où vous préférez de loin les jeans (à 80%), les hommes l’apprécient aussi à 48%, mais vous aiment autant en robe ou en jupe (48%), et aiment découvrir vos jambes (42%), sans toutefois être totalement portés sur la mini-jupe (seulement 12%). Mettez plutôt des boots ou des bottines. Un look à la Kate Moss en robe bustier, voire en cat-woman en combi-pantalon, là où vous pensez que la jouer Marilyn marche à tous les coups. A garder en tête : presque un homme sur deux confirme que le style vestimentaire de sa conjointe a eu une influence au début de leur relation, contre seulement une femme sur trois».
Ne reste plus qu'à tester par sondage le taux de séduction, au bureau, du «look cat-woman en combi-pantalon», et on aura fait le tour de la question.
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21/02/2013
Un «métier exceptionnel»
Des soldats français ont beau mourir au combat, en ce moment – on l'évoquait hier –, les forces armées de ce pays n'en poursuivent pas moins leurs campagnes de recrutement. Avec sans doute l'espoir que ces actualités dramatiques n'entameront pas le volontarisme des candidats au service de la patrie.
Après, dernièrement, l'armée de terre (relire ici), c'est à présent la marine qui met les gros moyens, pour tenter d'attribuer 2984 postes disponibles. Cela va du plongeur démineur au mécanicien naval, en passant par le matelot fusilier marin, le guetteur de la flotte, le météorologiste océanographe, ou le... professeur d'anglais.
Gros moyens financiers: cette campagne a été confiée à Euro RSCG carrément, une des plus grosses (et coûteuses) agences de pub de la place. Gros moyens iconographiques: les visuels montrant des marins en pleine action, rien qu'à les voir on sent l'air du grand large, le mazout et la testostérone. Gros moyens argumentaires: les salaires proposés n'étant pas toujours mirobolants – 734€ nets par mois, soit moins que le SMIC, pour un volontaire matelot (mais l'hébergement et la nourriture sont gratuits) –, monts et merveilles sont promis aux candidats. Du coup, après «la vie hors du commun» promise par l'armée de terre, voilà la marine qui vante «un métier exceptionnel, permettant de découvrir d'autres rivages».
Avec la proportion de jeunes Français qui sont au chômage (un sur quatre, en gros), il devrait bien s'en trouver quelques dizaines ou centaines prêts à se lancer dans cette aventure. Bon vent, donc, aux gars/filles de la Marine en devenir.
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15/02/2013
Une candidature désormais officielle
A Paris, aux prochaines élections municipales (en 2014), deux femmes pourraient donc se disputer la mairie. Puisque, c'est officiel depuis hier soir, Nathalie Kosciusko-Morizet se voit bien mener la droite à ce scrutin. L'ex-ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy ambitionne de battre celle que le maire actuel, Bertrand Delanoë (qui ne briguera pas un troisième mandat) a adoubée pour sa succession: sa première adjointe, la socialiste Anne Hidalgo. Un duel entre ces deux femmes, donc, à moins qu'une troisième vienne perturber cette prévision: l'ex-ministre Rachida Dati est également candidate à l'investiture de l'UMP.
Cette échéance électorale est encore lointaine, la droite n'est absolument pas sûre de l'emporter dans la capitale, mais la perspective d'un duel Kosciusko-Hidalgo excite déjà visiblement beaucoup les médias français. «Un choc de femmes», «un duel de dames», etc.: depuis hier soir, on a droit à un florilège d'expressions guerrières. Et, bien sûr, certains commentateurs ou chroniqueurs en sont rapidement venus à parler d'un «crêpage de chignons».
Se serait-il agi, dans le cas d'espèce, d'un affrontement entre deux personnalités mâles se disputant le même siège de maire, on aurait parlé de «combat des chefs» ou de «choc des titans». Mais, là, non: c'est donc un «crêpage de chignons».
Le sexisme et la misogynie ont l'air d'avoir encore de beaux jours devant eux: dans ce pays, comme dans sa langue.
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08/02/2013
Un poète très courtisé
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et ces vers qu'on a beaucoup entendus, à Paris cette semaine: «Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les Nègres/ Qu’attendons-nous/ pour jouer aux fous/ pisser un coup/ tout à l’envi/ contre la vie/ stupide et bête/ qui nous est faite?» Signé Léon-Gontran Damas. Un poète guyanais qu'adore la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle aussi d'origine guyanaise. Poète qui – mais oui, tout arrive – a eu droit de cité... à l'Assemblée nationale.
La droite UMP, en effet, a tenté de récupérer ce chantre de la négritude. A voulu l'annexer à son combat contre le «mariage gay» et contre, plus globalement, la volonté des minorités de «chercher à imiter les majorités», dans une «volonté d’identification jusqu’à l’artificiel, jusqu’au factice». «Ce poète a très souvent exprimé l’idée que les différences entre les personnes ne devaient pas être niées, mais assumées, acceptées et promues», a ainsi plaidé le député et ex-ministre UMP Hervé Mariton. «Bref, il considérait que la différenciation était préférable à l’identification». Et d'interpeller Christiane Taubira: «Vous qui citez un poète prônant que, face à des situations différentes, l’on refuse une assimilation ne correspondant pas à la réalité des choses, pourquoi cautionnez-vous cette construction extravagante» du «mariage gay»?
Le sang de la bouillante garde des Sceaux n'a fait qu'un tour. «Je n’avais jamais assisté à tel détournement de son œuvre!», a-t-elle fulminé. «Effectivement, Damas est le poète de la différence et du respect. Mais, chez lui, jamais la différence n’est un prétexte justifiant l’inégalité des droits! Ne pas accorder l’égalité des droits, ne pas reconnaître la liberté, cela revient à dire aux Français: "Qu’attendez-vous pour jouer aux fous contre la vie stupide et bête qui vous est faite"!»
Soucieux de ne pas allonger encore un peu plus des débats qui, déjà, n'en finissent pas, le président de l'Assemblée a alors clos cette petite discussion littéraire, remerciant l'UMP d'avoir «permis la rencontre de la justice et de la poésie». Et les députés ont repris leurs travaux parlementaires, autrement plus austères.
11:28 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, littérature, culture, personnalités, taubira
01/02/2013
Une «vie hors du commun»
«Bonjour, je suis le caporal Dupont. En quoi puis-je vous aider?» Ce vendredi, cela fait trois semaines jour pour jour que la France est entrée en guerre: au Mali – où, a-t-il été annoncé ce matin, François Hollande se rendra samedi. Alors que cette opération est en cours, l'armée française mène une vaste campagne de recrutement. Via notamment les services d'une petite figurine baptisée caporal Dupont, qui, sur le site web dédié, répond très cordialement à toutes nos questions.
L'armée, qui espère recruter 10.000 personnes, cible surtout les jeunes «à la recherche d'une vie professionnelle pleine de sens et hors du commun». Sa campagne «valorise l’épanouissement personnel – pour moi – tout en mettant en avant la double dimension du sens et de l’utilité de l’engagement comme soldat: pour mes camarades, pour ma famille, pour mes amis, pour mes concitoyens, pour la collectivité, pour la France – pour les autres».
Cela change de la dernière campagne, qui avait fait pas mal de bruit (relire notamment ici). «On ne peut pas parler aux jeunes comme avant», selon le général Benoît Royal, responsable du recrutement à l'armée de terre. «Le slogan "Devenez vous-même", utilisé lors de la précédente campagne, est devenu "Pour moi, pour les autres: s'engager". La quête de sens ajoutée à la promesse d'épanouissement personnel. Car les jeunes d'aujourd'hui veulent être utiles, et le métier de militaire par essence est un métier de service».
Des jeunes qui – un certain prince britannique en premier – sont très imprégnés par la culture et les codes des jeux vidéo, guerriers notamment. Une motivation supplémentaire pour postuler? «Ce sont les jeux vidéo qui s'inspirent de nous, pas l'inverse», a répondu le général Royal au «Figaro» qui, l'autre jour, lui a posé la question. Pour le militaire, pas de doute: «La guerre n'est pas un jeu».
Tiens, à propos, on n'a plus aucune nouvelle de la procédure disciplinaire qu'avait annoncée l'armée, récemment. Contre ce soldat français servant au Mali, qui n'avait rien trouvé de mieux que de s'y faire photographier affublé d'un masque sorti du jeu vidéo, très belliqueux, «Call of duty».
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23/01/2013
Une suggestion lexicale
"Hashtag". Mot très disgracieux, a-t-on toujours trouvé – mais, les goûts et les couleurs... Terme qui, si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, s'utilise, s'agissant de la plateforme de microblogging Twitter, pour regrouper tous les messages parlant d'un même sujet. Dans son édition de ce matin, le très sérieux Journal officiel recommande (ici) de préférer, à ce "hashtag", un terme français.
A savoir, non pas "mot-clé", comme il serait immédiatement venu à l'idée, mais le plus subtil "mot-dièse". En référence au signe # ou dièse, qu'un hashtag d'office comporte.
"Dièse". Mot si musical, et qui nous a toujours semblé délicieusement hexagonal. Quitte à le prendre en grippe, quand un automate l'ânonne en boucle dans des formules pré-enregistrées du type «Pour revenir à tout moment au menu de départ, appuyez sur la touche dièse», etc.
"Mot-dièse". On aime plutôt bien. Mais les férus de médias électroniques ne risquent-ils pas de trouver ce terme trop peu techno, voir un rien suranné?
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16/01/2013
Un soutien, pas forcément durable
75%. Carrément. Selon un nouveau sondage sur l'intervention française au Mali, paru ce matin, elle est soutenue désormais par 75% de l'opinion, carrément. BVA fait bien, toutefois, de le souligner: «Attention, ce très large soutien pourrait fortement baisser en cas d’enlisement du conflit, comme avait fortement baissé, avec le temps, l’approbation pour la guerre en Afghanistan (de 55% en octobre 2001, à seulement 24% en août 2011) et l’approbation à la guerre en Libye (de 66% en mars 2011, à seulement 49% en août 2011)».
En clair? Pas sûr que, dans l'opinion, cette approbation se maintiendrait – à un tel niveau, en tout cas – si commençaient à tourner en boucle, à longueur de journées dans les médias (comme hier), les images de cercueils de soldats tués au combat, voire d'otages exécutés par leurs ravisseurs.
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11/01/2013
Une innovation «culinaire»
On s'en voudrait d'achever la semaine sans mentionner la nouvelle. Sans doute essentielle, dans ce pays qui, en cette époque de goûts et de couleurs mondialisés, se pique de pratiquer une exception culturelle qui s'étend y compris jusqu'à sa gastronomie.
C'est une innovation que vient d'annoncer le géant mondial de la restauration rapide Mc Do (plus de 1200 établissements en France, tout de même). Au moment précis où son concurrent Quick fait une campagne de pub pour relancer son sandwich au foie gras – mais oui, si vous l'aviez oublié, cela existe (relire ici). McDo, donc, lance en France sa version de ce qui est une institution nationale de la pause-déjeuner: le jambon-beurre (*). Ce sera même le seul produit de toute sa gamme qui ne sera pas servi automatiquement avec des frites. Précédemment, déjà, la multinationale avait lancé un Mc-Baguette en France. Pays qui aura bientôt aussi droit à Mc-Camembert.
On est sans doute prié de considérer ces innovations comme un grand progrès pour l'humanité.
(*) Une fois n'est pas coutume, on s'abstient aujourd'hui de faire des liens, dans cette note. Ce sera notre contribution de l'année au souci collectif pour une alimentation saine et équilibrée.
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09/01/2013
Une certaine confusion
L’argent ne fait pas le bonheur. C'est ce qu'assure l'adage, et c'est que que vient de confirmer le très sérieux Institut français de la statistique. Qui a enquêté (ici) sur la question auprès de 10 000 Français, en leur demandant d'évaluer leur degré et critères de satisfaction par rapport à leur existence quotidienne.
Résultat? Une note moyenne de 6,8 sur 10, pour l'ensemble de la population. Et davantage d'insatisfaits chez les personnes socio-économiquement aisées (23,4%) que chez les moins favorisées (22,5%). L'Insee en déduit que «d'autres aspects de la qualité de vie, comme la faiblesse des liens sociaux ou le stress dans la vie courante, jouent autant voire davantage que les contraintes financières», dans le degré de satisfaction que l'on a envers sa propre existence.
L'argent ne fait pas le bonheur, mais, selon un sondage Ifop publié ce matin, dans «L'Humanité», «à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité» en France. C'est ce que pensent 64% des Français. «La lutte des classes n’est pas un mythe», se réjouit le quotidien communiste: «malgré les apparences et le discours dominant, ce jugement a pris de l’ampleur depuis les années 1960: en 1964, seuls 40% des Français interrogés jugeaient qu’elle était une réalité, et 44% en 1967».
En somme, si l'on s'autorise à rapprocher ces deux études publiées au même moment, ce pays a le sentiment d'être le théâtre d'une lutte, mais pour un objectif collectif d'ascension sociale vers un niveau socio-économique où, à titre particulier, on n'est pas forcément plus heureux. Une bataille pour quelque chose de pas d'office folichon, pour le dire autrement – cherchez l'erreur.
Décidément, rien n'est jamais simple.
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08/01/2013
Une inexorable évolution
Il se joue en ce moment: le sort du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Il se joue au comité d'entreprise extraordinaire du groupe Virgin, qui se déroule ces deux jours-ci à Paris. Et il faudrait vraiment un miracle pour que la procédure de dépôt de bilan entamée par Virgin épargne la grande surface de produits culturels qui, depuis son ouverture en 1988, au numéro 52-60 de la célèbre artère, était devenue un des symboles des Champs.
Si tout se passe comme il est attendu, les 27000 m2 de surfaces du Megastore devraient être occupées prochainement soit par un show-room de Volkswagen, soit par l'enseigne londonienne Harrod's. L'affaire sera sans doute très profitable pour le propriétaire du bâtiment: le fonds d'investissement qatari QIA, qui a racheté l'édifice (pour la bagatelle d'environ 500 millions d'euros) à la mutuelle française d'assurances Groupama – qui, après la crise de la dette grecque, avait un besoin urgent de liquidités. Très profitable, car le nouveau locataire se verra probablement imposer un loyer beaucoup plus élevé que son prédécesseur; on parle de 6 millions d'euros par an.
Outre qu'une disparition du Megastore serait fatale à ses 185 employés actuels, elle constituerait un nouveau mauvais coup porté à la place de la culture dans la «Ville lumière». Après, déjà, la fermeture du centre Virgin du Louvre, la reconversion de la FNAC Bastille en Club Med Gym, et la disparition ou les menaces pesant sur les cinémas «UGC Triomphe», «Le Balzac» ou «Le Lincoln».
En revanche, sur les Champs, l'univers de la fripe mondialisée (Gap, Levi's, Abercrombie, Adidas, etc.) continue de se porter à merveille, merci pour lui. Tout comme à Saint-Germain des Prés il est parvenu à phagocyter une bonne part des surfaces culturelles, ce qu'il est en train de réussir aussi dans le Marais – dans une indifférence quasi-générale.
Sans doute a-t-on la capitale que l'on mérite.
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07/01/2013
Une si belle victoire
Impossible de commencer la semaine sans mentionner cette bonne nouvelle, d'une importance capitale, survenue en France ce week-end. L'Hexagone, cinquième puissance économique de la planète, vient de conquérir un titre de champion du monde.
Cela s'est passé à Nantes. La compétition a opposé des sportifs venus de 33 pays, d'horizon aussi divers que la République démocratique du Congo ou la Bulgarie. La Belgique, aussi, cela dit: pays qui, paraît-il, avait été sacré champion, l'an dernier.
Cette année donc, c'est à la France qu'est revenu le titre. Celui de pays champion du monde de... baby-foot: de football de table, autrement dit – oui, il existe une coupe du monde pour cette activité.
Sans doute est-ce déjà cela.
11:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, sports, international, belgique, art de vivre
19/12/2012
Un feu vert
Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.
Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.
Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.
Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».
En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.
On est bien curieux de voir cela.
11:33 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrimoine, urbanisme, paris, economie, luxe
18/12/2012
Un ultime souvenir
Comme une longue relation amoureuse qui prendrait fin après avoir beaucoup agacé, mais qui, aussitôt achevée, susciterait néanmoins une certaine nostalgie. C'est un peu ce qu'il est attendu cet après-midi, à Paris: sur le parvis de la Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.
En effet, une vente aux enchères va disperser les derniers souvenirs de celui qui, chaque jour et pendant plusieurs décennies, fut le compagnon de route quotidien de millions de Parisiens. On veut parler du «Petit gris». Ces trains en acier inoxydable qui, depuis la fin des années 60, ont marqué le paysage ferroviaire de la banlieue parisienne, et dont on a déjà eu l'occasion de parler, dans ce blog (relire ici).
La SNCF organise ce mardi, une vente aux enchères de «mobilier vintage» issu de ces «Petits gris» désormais déclassés. Des banquettes de skaï orangées, des porte-bagages en grillage, les mémorables portes-hublot qui séparaient les rames, des lavabos, des poignées de porte ou des marchepieds: qui sait les Parisiens vont-ils s'arracher les derniers souvenirs d'un modèle de train qui, à la fin de sa carrière, a totalisé pas moins de 2 milliards de passagers transportés. Dont tant de Parisiens et de banlieusards pestant contre son inconfort et sa vétusté.
Ces antiques et pataudes machines, bonnes filles finalement, rendront un ultime service avant de disparaître: la SNCF versera l'intégralité du produit de la vente aux Restos du Coeur.
11:45 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, paris, banlieues
16/11/2012
Un désir de départ
Paris. Où, ces jours-ci, il fait péniblement froid et gris. Quitter Paris? Année après année, la capitale française a plutôt tendance à gagner (un peu) des habitants. Mais l'idée d'un départ chemine dans l'esprit de nombre de résidents en région parisienne. C'est ce qui ressort d'un sondage récemment publié sur la question.
A l'en croire, plus d'un habitant sur deux (54%) en région parisienne envisage de la quitter. On les retrouve surtout dans la tranche d'âge 25/49 ans. 68% des candidats au départ sont motivés par la volonté de trouver un cadre de vie plus agréable. L'agressivité ambiante est citée comme facteur de motivation dans 30% des cas. Les plus jeunes parmi tous ces volontaires pour quitter Paris invoquent beaucoup plus que les autres, bien sûr, les prix astronomiques du logement.
Les destinations rêvées par les Parisiens? Le Sud et l’Ouest. 25% des habitants de la capitale qui rêvent de s'installer en province choisiraient la Provence, 21% la Bretagne, 19% le Languedoc-Roussillon, et 18% l'Aquitaine.
Le soleil et la mer: décidément un indémodable classique. A fortiori, sans doute, en plein hiver.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, art de vivre, jeunes, social, logement



