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14/05/2013

Une appréciation ahurissante

Tant pis pour les amateurs de foot – les vrais: pas les hooligans. Ce matin, le ministre de l'Intérieur a ordonné l'annulation de la cérémonie qui devait avoir lieu ce soir, place de l'Hôtel de ville. Au cours de laquelle devait être présenté au public le trophée de champion de France remporté dimanche par le club de foot de la capitale, le PSG. En cause, les très gros débordements et incidents ayant eu lieu hier soir sur la place du Trocadéro et ses alentours, à l'occasion de réjouissances consacrées, déjà, à ce titre de champion.

Des abribus en miettes. Des vitrines de magasins en mille morceaux. Du mobilier urbain saccagé. Des poubelles et des voitures incendiées. Des touristes étrangers rançonnés dans leur car pris d'assaut par les voyous. Un fast-food dont le stock de burgers a été pillé. Et on en passe. Tel est le bilan d'une soirée qui était censée festive.

«Il y a eu quelques imbéciles qui ont failli troubler la fête, mais celle-ci n'est pas gâchée. Tout s'est bien passé. Les débordements ont été contenus». C'est la déclaration, proprement ahurissante, qu'a faite le maire de Paris, Bertrand Delanoë, hier soir.

Tous ces dégâts, une trentaine de personnes blessées, et une quarantaine de casseurs interpellés, mais, à part cela donc, «les débordements ont été contenus». On n'ose imaginer l'état du quartier du Trocadéro ce matin, si le maire avait jugé que tel n'avait pas été le cas.

03/04/2013

Un sourire, consternant

Personnalités, Médias, Justice Ce sourire de Jérôme Cahuzac aux caméras, hier après-midi. Alors que l'ex-ministre du Budget venait d'être mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, sortait du bureau de son avocat, et allait faire ses spectaculaires aveux au pays entier: oui, il détient bien un compte bancaire non-déclaré à l'étranger.

Sourire télégénique absolument sidérant, venant d'un homme se disant lui-même «dévasté par le remords». Sans doute y a-t-il deux façons de décrypter ce sourire complètement incongru.

La première n'est pas encore trop accablante pour l'intéressé. Ce n'était qu'un rictus mécanique. Une espèce de réflexe de Pavlov, en somme, comme l'ont toutes ces personnalités qui sont habituées à vivre dans un monde où l'image domine, et donc sont conditionnées par l'habitude de sans cesse veiller au paraître. Dans ce cas de figure, Jérôme Cahuzac ne pensait pas à mal, en souriant hier devant les caméras. Il n'a pas réfléchi plus loin que le bout de son nez ce faisant, et doit maintenant s'en mordre les doigts.

La deuxième lecture est autrement plus affligeante, pour l'ex-ministre. Et c'est évidemment celle qui a primé hier pendant toute la soirée, dans les médias français. C'était le sourire de l'insolence, un sourire plein de morgue. Le «sourire d'une arrogance de fanfaron», comme on l'a entendu sur une télé. Le sourire d'un homme qui, en fait et malgré ses mots, n'était «pas vraiment accablé». Un sourire qui, donc, «donne une image dévastatrice» de l'individu voire, dans l'esprit d'une certaine opinion toujours prompte aux raccourcis, de la classe politique en général.

On vous laisse juges.

25/02/2013

Un vieux cliché sexiste

Personnalités, Publicité, FemmesLes personnalités politiques recyclées comme argument de vente et détournées dans des campagnes de pub – suite. Cette fois, c'est sur Valérie Trierweiler que cela tombe. D'après les échos/ragots, la compagne de François Hollande a un tempérament passablement emporté, voire carrément volcanique. Du coup, depuis quelques jours, une épicerie fine en ligne «propose une sélection de Thés "Zen" pour la Première Dame». Qui n'a pas réagi: qui laisse faire, donc. Sans doute se dit-elle que demander réparation pour l'atteinte à son droit à l'image fera plus de tort que de bien: aura surtout pour effet de donner de la notoriété à cette initiative commerciale.

Parlant d'épicerie fine, on laisse chacun juger de la finesse, ou non, de cette récupération publicitaire. On remarque juste qu'une fois de plus, le fait de manquer de calme et de sérénité est associé à une figure féminine, bien conformément au vieux cliché sexiste selon lequel l'hystérie est, par nature, réservée aux femmes. La classe politique française, pourtant, ne manque pas de mâles assez régulièrement voire chroniquement énervés/agités. Autant de personnalités dont l'image, dès lors, aurait parfaitement pu être utilisée dans le cadre d'une telle campagne de publicité.

Pour l'égalité des sexes, à quand une campagne invitant Jean-Luc Mélenchon, pour ne prendre que ce seul exemple, à «Keep calm & drink tea»?

17/01/2013

Un «rappel», maladroit

Léger mouvement de recul en prenant connaissance, hier en fin d'après-midi, d'un communiqué conjoint des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères. Ce «Rappel sécurité» prie les journalistes envoyés spéciaux au Mali d'y faire preuve de «la plus extrême vigilance».

On peut trouver que c'est une charmante attention («Vous savez à quel point les autorités françaises sont attachées à votre sécurité», et blabla). Ou juger cela infantilisant, voire insultant. Mais pour qui les autorités prennent-elles donc les journalistes et correspondants de guerre? On peut en témoigner, pour en avoir jadis fait partie: ils sont les premiers à être conscients des risques qu'ils courent, et les soupèsent à longueur de journées. Cela s'appelle le professionnalisme.

Leur adresser pareil rappel à l'ordre, c'est donner l'impression qu'il y a lieu de douter de leur sens des responsabilités. C'est entretenir le cliché qu'un reporter de guerre est d'office une tête brûlée.

Un passage de ce communiqué est particulièrement maladroit. Il attire l'attention des journalistes sur le fait que «le non respect des règles élémentaires de prudence mettrait en péril, non seulement votre sécurité, mais également la sécurité de ceux qui se porteraient à votre aide». Cela rappelle vraiment un fâcheux précédent, en 2010.

Quand le chef d'état-major des armées de l'époque s'était énervé des millions déjà dépensés pour les recherches des journalistes Ghesquière et Taponier, détenus par les Talibans, en Afghanistan. Quand le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, s'était permis de leur faire la leçon, avant même qu'ils aient été libérés («Le scoop ne devrait pas être recherché à tout prix»). Et quand Nicolas Sarkozy lui-même les avait accusés d'avoir commis une «imprudence coupable», dans leur reportage.

Dès leur libération, les deux confrères avaient, légitimement, dénoncé un tel procès d'intention. Les trois autorités, à l'époque, n'avaient pas réagi: penaudes.

03/01/2013

Un mauvais esprit

C'est sans doute ce que l'on appelle l'esprit de Noël: la compassion, la bienveillance, l'attention aux autres, la charité, etc.

Paris, Social, Pauvreté, Art de vivre Place Saint-Ambroise, dans notre onzième arrondissement, les distributeurs d'une banque sont, de tous côtés, garnis de mises en garde, à l'attention des utilisateurs qui y retirent de l'argent. Elles les prient de veiller aux Roms: susceptibles – si l'on comprend bien – de les dépouiller fissa des billets qu'ils viendraient de retirer à ces automates.

Aux pieds de cette banque, en effet, de temps à autres, s'installe une petite famille de Roms. Papa et maman, la trentaine. Et leurs deux enfants en bas âge: avec leurs petits jouets, à même le trottoir. Ils restent là quelques heures, puis s'en vont sans crier gare, vers d'autres horizons. Et reviennent, quelques jours plus tard. Cela fait plusieurs semaines qu'en tant qu'habitant du quartier, on les croise là. Jamais on n'a eu le moindre problème avec eux. Jamais on n'a entendu le moindre riverain du coin s'en plaindre. Jamais ne sont parvenues à nos oreilles de terrifiantes histoires d'utilisateurs de ces distributeurs qui auraient été sauvagement détroussés, par eux ou par leurs compatriotes.

Mais voilà, ils sont Roms. Ce qui, en soi, suffit déjà et dit tout: aux yeux de Parisiens tel que notre maculeur anonyme d'automates. C'est sans doute ce qui s'appelle un stigmate.

21/12/2012

Un fiasco de fin d'année

Sécurité, Santé, Gouvernement, Art de vivreC'est une confirmation qui tombe plutôt mal, en cette période de fêtes de fin d'année propice à toutes les libations: pas sûr qu'on puisse vraiment se fier aux éthylotests. Ces gadgets qui, au passage et mine de rien, ont donc été à l'origine d'un fameux fiasco politique en France, durant cette année désormais finissante.

Pour preuve encore, cette annonce faite hier par les services chargés de la consommation et de la répression des fraudes. Ils ont ordonné le retrait du marché de plus 400.000 éthylotests chimiques ou électroniques. Jugés non-conformes et dangereux, vu leur incapacité à détecter une alcoolémie positive, ou leur sous-évaluation de cette alcoolémie.

Cela ne fait que confirmer ce qu'a montré cette semaine, dans son dernier numéro, le magazine «Auto Plus». Il a testé 17 modèles différents d'éthylotests, disponibles sur le marché. Les résultats ont été assez catastrophiques en ce qui concerne la fiabilité de leurs mesures.

Ce n'est jamais que l'énième pataquès, dans ce dossier des éthylos.

Cet été, déjà (relire ici), avaient été évoqués les problèmes sanitaires et écologiques qu'ils peuvent poser. C'était l'époque où tous les Français couraient les magasins pour en trouver, mais le plus souvent en vain – les fabricants, complètement débordés, n'arrivant pas à faire face à la demande. La pagaille fut telle qu'en fin de comptes, le gouvernement n'eut d'autre choix que d'annoncer le report (de juillet 2012 à mars 2013) de la date de début de verbalisation des automobilistes ne possédant pas d'éthylos dans leur voiture.

Encore bravo. Et bonne chance donc aux automobilistes français qui, sortant de réveillon, auraient le civisme, avant de reprendre le volant, de vouloir vérifier qu'ils sont bel et bien en état de conduire...

 

A ceux-là néanmoins, ainsi qu'à tous les autres, nos souhaits d'excellentes fêtes de fin d'année. Cette note bien de saison, en effet, est la dernière de ce blog, pour l'année 2012. On fait une petite pause, jusqu'à début janvier. Au plaisir de vous retrouver l'an prochain, dans «Paris Libre».

14/12/2012

Un système assez injuste

Chacun jugera si c'est, ou non, paradoxal: au moment où Le Louvre inaugure sa si fameuse et coûteuse extension à Lens – qu'on évoquait l'autre jour – , il lance un appel à dons, à destination du grand public. Pour qu'il l'aide à enrichir ses collections. Il avait déjà fait un tel appel il y a quelques années, avec succès. Cette fois, l'objectif est de récolter 800.000€. Pour acquérir deux statuettes d'ivoire «d'une beauté exceptionnelle», datant du Moyen-Age. A ce stade de la campagne, 60% de la somme recherchée a été récolté.

Le musée remerciera ses mécènes en fonction de la largesse de leur obole. 200€: le droit à une visite privée des collections. 300€: le libre accès pendant un an à l'ensemble du musée. 500€: une invitation à la grande cérémonie de présentation de l'oeuvre acquise. Et ainsi de suite. «Des dispositifs de reconnaissance spécifiques sont proposés pour les dons exceptionnels», a annoncé Le Louvre. Mais sans donner davantage de détails sur la nature de ces gratifications – le peuple n'a sans doute pas à le savoir.

Les mécènes les plus généreux fastueusement mis en avant; les moins fortunés poliment remerciés, mais priés tout de même de rester dans la piétaille des petits donateurs. On trouve peu sympathique – et, pour tout dire, assez injuste – un tel système de renvoi d'ascenseur: basé sur le montant du chèque.

Car, c'est l'évidence: 200€, cela n'a pas la même valeur selon qu'un tel don est fait par un modeste amateur d'art, ou par un nanti assujetti à l'impôt sur la fortune. Nous, on serait président du Louvre qu'on remercierait nos mécènes en fonction non du montant de leur don, mais de la proportion que celui-ci représente par rapport à leurs revenus. Mais bon, on en convient bien volontiers, on ne présidera jamais Le Louvre.

12/12/2012

Un pur affichage de com'

Décidément, il faut avoir le moral, en ce moment en France. Ou, si on n'a pas trop le moral, prendre des distances avec l'actu: s'éloigner un peu des médias. C'est ce qu'on s'est dit en tombant successivement sur deux petites phrases déprimantes, entendues sur des radios.

La première: ce matin, dans la bouche du président du Secours populaire. «En France, l'enfance va mal, l'enfance vit mal. Il y a 2 millions d'enfants qui ne mangent pas à leur faim, dans ce pays». La seconde petite phrase: hier soir, dans la bouche de Marie-Arlette Carlotti, la ministre déléguée chargée de la lutte contre l'exclusion, à propos du chômage et de la précarité frappant les jeunes: «La jeunesse de ce pays va mal».

C'est pourquoi s'adresse notamment aux jeunes précarisés le plan gouvernemental de lutte contre l'exclusion, qui a été dévoilé hier. Un plan qui, même s'il est jugé insuffisant par nombre d'associations, coûtera tout de même entre 2 et 2,5 milliards d'euros à l'Etat. Une somme que l'on va trouver où, en ces temps d'extrême disette budgétaire? Un confrère posa la question, hier soir à la même ministre. Qui, sans visiblement trop réfléchir à ce qu'elle disait, improvisa du tac au tac, toute en candeur et en spontanéité: «On va voir».

«On va voir». Voilà donc confirmés, par un propre membre du gouvernement, les soupçons de l'opposition: à ce jour, ce dispositif anti-pauvreté n'est pas le moins du monde financé. Donc, pour dire les choses encore plus clairement: à ce stade, il ne s'agit que belles paroles. De la poudre aux yeux. De la com', en somme.

Encore bravo.

07/12/2012

Un côté préhistorique

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueSur la forme, il n'y est pas allé de main morte, Elio di Rupo. Cette semaine, le Premier ministre belge a évoqué en ces termes le débat en France sur le projet du «mariage pour tous»: «En France, pays de la liberté ou des libertés, pays de la Révolution et des Lumières, les débats témoignent d’un conservatisme et d’une ignorance absolument inimaginable».

On est donc loin de la langue de bois diplomatique: de cet usage qui veut que, quand un officiel s'exprime publiquement sur un pays ami, il y mette les formes. Au passage, que n'aurait-on dit en Belgique si c'était un Premier ministre français qui, en de tels termes, avait sous-entendu l'arriération du pays voisin, sur telle ou telle réforme en train d'y être débattue? On les entend déjà d'ici, les dénonciations d'une France arrogante, méprisante, donneuse de leçons, etc. Passons.

Sur le fond, c'est vrai que, vu de Belgique, ce débat français est complètement rétrograde, voire préhistorique. Cela fait tant d'années que pareille réforme y est entrée en vigueur. Et, bien sûr, sans que cela ait ouvert la porte... à la polygamie, à la zoophilie, à l'inceste voire au terrorisme politique. Pour reprendre des arguments que brandissent, sans rire, les plus excités des politiques ou religieux français opposés au «mariage pour tous». Si tant est, cela dit, que l'on puisse parler d'arguments, tant ils sont ineptes: cela se saurait si, en Belgique ou ailleurs, une telle réforme avait contribué à «ébranler les fondements majeurs de la société», comme s'en épouvantent des Français anti-«mariage gay». A cet égard, et a fortiori vu de Belgique, ce débat français a un côté si nombriliste qu'il en devient, c'est vrai, très fatiguant.

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueNous, toutefois, on est autrement plus préoccupé par le côté si fréquemment haineux de ce débat en France, ce pays qui se pique de «Liberté, Egalité, Fraternité». Car, tout de même, brandir l'épouvantail de la polygamie, de la zoophilie ou de l'inceste, ce n'est pas rien. Ces derniers mois en France, et encore pendant tous ces mois que prendra l'adoption de cette réforme, combien donc de jeunes gens, en recherche ou en souffrance sur leur orientation sexuelle, ont-ils dû être blessés, meurtris, voire durablement perturbés? De voir ainsi leur identité peu ou prou assimilée à de telles pratiques?

Pour tout dire, et au risque de passer pour vraiment tartouille, on pense souvent à eux, en ce moment.

19/11/2012

Une inquiétante inaptitude

Politique, Partis, Personnalités, Fillon, CopéLes sarkozystes pas vraiment plus fortiches que les socialistes. Hier soir donc, si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, l'UMP a vécu une nuit d'anthologie. Le scrutin interne que ce parti a tenu dimanche n'a pas réussi à départager de manière incontestable François Fillon et Jean-François Copé, qui prétendaient tous deux à succéder à Nicolas Sarkozy. Ce matin, chacun revendique la victoire. Et dénonce les fraudes ayant, dans plusieurs fédérations, émaillé le scrutin.

En 2008, pareil pataquès avait été vécu par le Parti socialiste. Un identique résultat très serré et d'analogues suspicions d'irrégularités avaient rendu impossible la proclamation, le soir même, de la victoire de Martine Aubry sur Ségolène Royal. Il avait fallu attendre deux jours avant qu'elle soit officialisée, à la grande fureur des ségolénistes.

Elle est assez inquiétante, cette inaptitude dont ont successivement fait preuve les deux plus grands partis politiques de France à tenir des scrutins internes à la validité incontestable.

Au passage, le fiasco électoral d'hier et son avatar socialiste de 2008 auraient-ils eu lieu non en France mais en Belgique, on imagine déjà les railleries méprisantes qu'on aurait entendues, ici: «une histoire belge», etc.

13/09/2012

Un engagement jamais tenu

Puisqu'on évoquait les berges de la Seine hier, intéressons-nous au fleuve proprement dit, aujourd'hui. Pour signaler, au cas où cela vous aurait échappé, qu'un vieil engagement le concernant n'a jamais été tenu.

Il avait été pris à l'époque par Jacques Chirac. Lorsqu'il était maire de Paris (1977-1995), il avait promis aux Parisiens qu'à la fin de son mandat, ils pourraient à nouveau se baigner dans la Seine, comme ils le firent jadis. On en est encore loin. L'a rappelé un différend, début septembre.

A l'invitation d'une association sportive, plus de 3000 personnes s'étaient inscrites pour ce qui s'annonçait un événement: la traversée de la capitale à la nage. Elle aurait dû se dérouler dimanche dernier; les concurrents les plus sportifs auraient nagé dix kilomètres, jusqu'au jardin André-Citroën. Mais la préfecture de police a catégoriquement interdit la manifestation. Les pandores ont notamment invoqué la qualité sanitaire insuffisante des eaux du fleuve – dans lequel, pourtant, début juillet, ont nagé les 4500 participants au triathlon de Paris...

Les organisateurs de la course ne l'ont pas entendu de cette oreille. Contestant cette décision, ils ont brandi les résultats d'analyses bactériologiques effectuées à leur demande par un laboratoire agréé, portant sur des échantillons d'eaux du fleuve qu'ils avaient prélevés début août. Analyses montrant, selon eux, la parfaite conformité de ces eaux avec les directives européennes relatives aux eaux de baignade en milieu naturel.

Rien n'y a fait: les autorités ont campé sur leur refus. Et la manifestation, qui se voulait «la plus importante épreuve de natation en eau libre de France», a dû être purement et simplement annulée, au débotté.

Jacques Chirac n'a pas réagi.

05/09/2012

Un dispositif à nouveau défaillant

A propos des familles contraintes de survivre dans la misère à Paris – ce dont on parlait hier –, il semble que les structures d'accueil n'aient de nouveau pas été à la hauteur du problème, ici ces dernières semaines. Pour preuve, ce cri d'alarme qu'ont lancé (ici) les intervenants sociaux, dernièrement: «L'hébergement et l’accueil des sans-abris s'est révélé une nouvelle fois défaillant cet été, plus encore qu’en hiver».

Concrètement, le numéro de téléphone 115, mis à la disposition des SDF, a très souvent sonné dans le vide. «Pris entre une demande qui ne cesse de croître et des moyens en berne (la plupart des places hivernales sont désormais fermées)», les écoutants du 115 n'ont répondu positivement «qu’une fois sur trois aux demandes d’hébergement». Selon le Secours catholique, parmi les demandeurs d'hébergement, ce sont les familles qui, en été, sont les plus nombreuses à solliciter le 115. Mais «les réponses pour les familles continuent de faire défaut», vu l'absence d'hébergements d'urgence disponibles. D'habitude, dans ces cas, l'on se rabat sur les hôtels de transit. Mais, cet été, «la baisse drastique des places d’hôtel depuis l’année dernière a conduit de nombreuses familles dans la rue».

En banlieue parisienne aussi, ces dysfonctionnements ont eu des conséquences humaines pénibles. Selon cette même association, «dans l’Essonne, une famille de quatre enfants s’est vu proposer par le 115 un hébergement pour le père dans le sud du département, et un autre dans le nord pour la mère et les enfants». Tandis que, dans le Val-de-Marne «dernièrement, une famille composée d’une femme enceinte, de son mari et de leurs deux enfants a été contrainte de passer plusieurs nuits dans leur voiture».

En la matière, donc, le changement, visiblement, ce n'est pas maintenant.

20/07/2012

Une occasion manquée

international,défense,justice,communication,langue françaiseComme un malaise, cette semaine, aux Affaires étrangères françaises. Il fait suite à la condamnation à mort, en Afghanistan, du soldat afghan qui, en janvier, tua cinq militaires français alors qu'ils étaient en train de faire un footing. La peine capitale, donc. Or, comme chacun sait, la France y est, par principe, farouchement opposée.

Que pense le quai d'Orsay de cette condamnation à mort? Interrogé lors d'un de ses briefings de presse quotidiens, cette semaine, le porte-parole des Affaires étrangères a biaisé. En résumé – le verbatim est ici – : «Nous prenons note du verdict. S'agissant de la position de la France sur la peine de mort, vous connaissez notre position, en tous lieux et en toutes circonstances».

 

Dans cette affaire, donc, Paris n'a qu'implicitement condamné le recours à la peine de mort. C'est très exceptionnel. Habituellement, en effet, lorsque des condamnations de ce type surgissent dans l’actualité et que le quai d'Orsay est invité à les commenter, il s'astreint systématiquement à un double rappel, explicite. Un: l'«engagement constant» de la France en faveur de «l'abolition de la peine de mort, quels que soient les lieux et les circonstances». Deux: l'appel de Paris «à un moratoire universel, comme première étape vers l'abolition définitive de la peine de mort».

 

Une communication différente a donc été choisie, dans ce cas précis. Parce que les victimes du condamné à mort sont Françaises. Et parce que, comme l’a dit le porte-parole du quai d’Orsay, «nous pensons aujourd'hui non seulement à nos soldats, mais également à leurs familles, toujours dans le deuil».

 

La compassion est parfaitement louable: en général, et dans ce cas particulier plus que jamais. On trouve très dommage, toutefois, que l’occasion n’ait pas été saisie, en haut lieu, de montrer qu’il est possible d’être sensible au sort des victimes et, dans le même temps, indigné par la mise à mort de leur assassin. Depuis quand la compassion exonère-t-elle du courage? En vertu de quoi contraindrait-elle d’office à l’incohérence?

 

D’autant que la langue française est riche, et que l’on sait infinies les subtilités caractérisant par nature le langage diplomatique. Sans trop d'efforts, dès lors, la France aurait parfaitement pu, dans son commentaire officiel de cette actualité, faire preuve d’une cohérence politique qui ne soit pas humainement insultante.

19/07/2012

Un machisme ordinaire

Cécile Duflot s'est donc pris des sifflets et des quolibets, en pleine séance à l'Assemblée nationale. Ces comportements machistes ont, une nouvelle fois (relire ici), été le fait de députés sarkozystes. Qui se sont lâchés à la vue de la robe – parfaitement décente, au demeurant – que portait la ministre écologiste du Logement.

Le compte-rendu officiel des débats (ici) fait pudiquement l'impasse sur ces dérapages. Tout au plus relate-t-il des «rires et exclamations sur les bancs du groupe UMP». Mais le confrère de l'AFP accrédité à l'Assemblée, lui, a été plus transparent (). Dès hier après-midi, l'affaire a enflammé les réseaux sociaux. Ce matin, sur une radio (), Cécile Duflot a, très dignement, trouve-t-on, tourné la page de ce si pénible incident.

Le rappeler n'est ni les minimiser, et encore moins les excuser: ces dérapages sexistes sont un grand classique de la vie parlementaire française. Pour ne prendre que ce seul exemple, la socialiste Edith Cresson en témoigna, plusieurs fois. Lorsqu'elle était Premier ministre (dans le milieu des années 80) et apparaissait en jupe dans l'hémicycle, elle se prenait régulièrement des quolibets et des sifflets. Surtout lors des reprise de séances: en début d'après-midi, vers 14h30 ou 15h, quand les députés revenaient avinés de leur pause-déjeuner.

L'homme, décidément, parfois – souvent? – , est désespérant.

18/07/2012

Une gestion pas très sérieuse

Transports, Sécurité, Santé, Environnement, GouvernementA propos des bagnoles et des produits cancérigènes, dont on parlait hier dans ce blog, une querelle prend de l'ampleur, ces jours-ci. Elle concerne les éthylotests, dont la possession est désormais obligatoire dans les véhicules. Visiblement, le précédent gouvernement a géré cette affaire d'une manière pas très sérieuse.

Dernièrement, l'ONG environnementaliste «Robin des Bois» a accusé (ici) ces éthylotests chimiques de contenir du dichromate de potassium, substance qu'elle qualifie de cancérigène pour l'homme et de très toxique pour les organismes aquatiques. Chacun de ces éthylothests à usage unique contiendrait «environ un gramme de chrome 6, substance classée cancérogène, mutagène et reprotoxique». Dès lors, jeter à la poubelle ces objets après usage «serait une pratique dangereuse pour l’environnement et la santé publique».

Hier, interpellé sur la question, le ministère de l'Ecologie n'a que partiellement démenti ces assertions. Côté pile, «compte tenu de la très faible quantité» de ladite substance dans un éthylotest, «une ingestion accidentelle n'exposerait qu'à une irritation buccale ou des muqueuses». Mais, côté face, le traitement des éthylotests usagés est, en effet, «une question sérieuse». Les autorités vont donc plancher là dessus. Du coup, les fabricants d'éthylotests sont furieux. Selon eux, les quantités de ces substances toxiques sont tellement infinitésimales qu'évoquer des risques pour la santé ou l'environnement est «une arnaque ahurissante» – selon les termes d'un fabricant furibard, qu'on entendait sur une radio, ce matin.

Cette querelle a de quoi effarer. On imagine l'état total de confusion dans lequel doit se trouver l'automobiliste français moyen, en ce moment: face à ces allégations parfaitement contradictoires.

Le moindre du bon sens aurait évidemment commandé que les autorités prennent toutes les assurances (scientifiques, sanitaires et environnementales) avant de rendre ces éthylotests obligatoires. Mais, manifestement, c'était trop demander, au pays du principe de précaution.

Encore bravo.

17/07/2012

Une inertie, inquiétante

Après une première quinzaine de juillet météorologiquement pourrie, comme souvent, le retour à Paris prochainement, paraît-il – on est un peu sceptique, mais bon, acceptons-en l'augure... –, de températures de saison. Et donc le retour aussi, probablement, des épisodes de pollution, qui empoisonnent si régulièrement l'air de la capitale. A cet égard, on est assez estomaqué de la totale inertie des autorités, depuis un mois.

Puisque cela fait un mois maintenant qu'a été rendue publique, en France comme ailleurs, une étude scientifique confirmant le caractère cancérigène des gaz d’échappement des moteurs diesel. Or, la France est le pays le plus diéselisé d'Europe: plus de trois quart des véhicules immatriculés y carburent au gasoil. Et ils circulent notamment en ville, cela va de soi. Au printemps à Paris, pour rappel (relire ici ou), on eut droit tous les trois jours à un pic de pollution aux particules fines. Comme cela avait déjà été le cas à cette saison auparavant (voir ici). A cette heure, cependant, on attend toujours la moindre (ré)action – ou ne serait-ce qu'une communication – du gouvernement, sur la question.

D'autres qu'énerve visiblement cette inertie, ce sont les militants de la fédération d'associations France Nature Environnement. L'autre jour, dans Paris notamment, ils ont apposé sur les murs des pochoirs (propres), sommant les autorités de se bouger. Sans, de nouveau, la moindre réaction, jusqu'à présent.

A part cela, le principe de précaution est une notion cardinale de la politique de santé, en France.

Encore bravo.

18/06/2012

Une portion si congrue

Femmes, Institutions, Elections législativesC'est un léger mieux, mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Les législatives qui se sont achevées hier soir ont porté 155 femmes à l'Assemblée nationale. Contre 107 qui y siégeaient dans la législature précédente. Jamais la France n'avait compté autant de députées.

Mais ce pays des droits de l'homme, comme on dit – puisque le terme droits humains peine à s'imposer dans le langage courant – reste encore très loin, si loin, de la parité: 155 femmes pour 422 hommes. L'Assemblée nationale sortante était à 81% masculine, écrivait-on l'autre jour (relire ici). Celle qui rependra ses travaux bientôt le sera à peine moins: 73%.

Sans surprise – vu qu'elle s'en était elle-même excusée par avance – , c'est l'UMP sarkozyste qui coiffe le bonnet d'âne: parmi ses 194 députés, on compte... 167 hommes. A l'autre extrémité, figurent Les Verts. Qui font même mieux que la parité: 9 femmes pour 17 députés. Entre les deux, le PS: 106 de ses 280 élus sont des élues.

Les deux plus grands partis de France, qui trustent à eux seuls neuf dizièmes des sièges de l'Assemblée, n'ont donc même pas été fichus d'y élire autant de femmes que d'hommes.

Encore bravo.

04/06/2012

Un «sexisme ordinaire»

En région parisienne, les inégalités hommes-femmes n'ont pas vraiment évolué, ces dernières années. C'est ce que pensent 61% des habitants de cette région, à en croire un sondage Viavoice paru ce week-end, sur les discriminations dans la capitale française et sa banlieue. Pas même un Parisien sur trois (27%) considère que les inégalités hommes-femmes ont régressé. Le constat critique de la situation est fait beaucoup plus fréquemment par les femmes (68%) que par les hommes (55%). Plus on est jeune, plus on estime que les choses évoluent plutôt bien en la matière.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesOn l'a déjà écrit dans ce blog: en ce qui concerne particulièrement l'égalité hommes-femmes dans la représentation politique, la France est à la traîne, et certains partis spécifiquement. A cet égard, «Le Monde» de samedi contenait un fameux coup de gueule, poussé par une élue parisienne: la députée UMP sortante et ex-ministre Françoise de Panafieu.

Car, dans la capitale, le parti sarkozyste n'a investi que des hommes, pour ses candidats aux législatives de ces deux prochains dimanches. Françoise de Panafieu trouve cela intolérable. «On n'a jamais vu ça! Aucune femme de droite ne sera élue à Paris en 2012! Depuis trente ans que je fais de la politique, je n'ai jamais connu Paris sans une femme députée (de droite). Ma mère, qui a été députée, non plus. L'UMP, ce grand parti du pays des droits de l'homme et du citoyen, s'assoit sur la loi qui exige la parité. Nous ne respectons pas la loi que nous avons nous-même élaborée et votée, et on s'étonne que les citoyens ne nous respectent pas!»

Selon un recensement effectué jeudi dernier par le collectif «Osez le féminisme», depuis le redécoupage électoral de 1988, plus de 70% des 577 circonscriptions françaises n'ont jamais élu de femme. A côté de ces 413 circonscriptions ayant, ces 25 dernières années, toujours envoyé un homme à l'Assemblée, seules 8 ont désigné cinq fois consécutivement une femme pour les représenter.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesL'Assemblée nationale sortante était à 81,5% masculine, ce qui place la France au 18ème rang européen. Les estimations pour la nouvelle Assemblée donnent environ 30% de femmes élues. On progresse, donc. Mais on reste encore très loin de l'égalité.

Et, en attendant, pour «Osez le féminisme», le monde politique français continue à se distinguer par son «sexisme ordinaire».

Encore bravo.

30/05/2012

Un fameux toupet

A dix jours du premier tour des législatives, on s'étonne un peu de ne pas encore avoir reçu, comme lors de précédentes campagnes électorales, de coups de fil intempestifs à la maison, émanant de politiques faisant leur promo par téléphone. Via des automates, qui invitent à taper sur la touche X ou Y pour entendre le message prétendument personnel laissé par tel ou tel candidat à tel ou tel mandat. A l'époque, on n'avait pas trop bien pris cette intrusion politique dans notre brave petite vie quotidienne. Et on avait raccroché, illico.

Pas encore subi de démarchage électoral par téléphone, mais, visiblement, affluent les plaintes d'électeurs relatives à des mails indésirables de ce type.

C'est qu'a annoncé la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL), hier. Elle a adressé une «recommandation» aux candidats députés et à leurs partis, pour que soient mieux respectés les droits des personnes en matière de communication électronique. Cet organe dit avoir enregistré «de fortes réactions» d'électeurs ayant reçu des messages politiques non sollicités. Ainsi, tout particulièrement, «les Français de l'étranger, dont les adresses électroniques figurent sur les listes électorales consulaires librement consultables par les partis politiques, ont adressé de nombreux témoignages» irrités à la CNIL.

Qui a donc sommé les partis de rappeler deux règles à leurs candidats. La nécessité d'un consentement préalable de la part des destinataires des messages de sollicitation à caractère politique. Et le droit de toute personne à «s'opposer, sans frais, à la collecte ou à l'utilisation de son identité et de ses coordonnées», électroniques y compris.

Cela paraît le bon sens même, mais ce n'est manifestement pas toujours mis en pratique par les candidats. En témoignent les exemples assez effarants cités (ici) par la la CNIL. Et qui montrent bien le toupet, fameux, dont sont capables certains politiciens, pour parvenir à leurs fins.

27/04/2012

Un «humour» vraiment pénible

Elections présidentielles, Personnalités, Femmes, HumourCe qui est parfaitement admissible et même franchement comique dans la bouche d'un humoriste-imitateur (relire ici) ne l'est pas du tout dans celle d'un politique. On l’a bien vu hier.

 

Le député sarkozyste Lionnel Luca (figure de proue de l'aile la plus à droite de l'UMP) s'en est pris, lors d'un meeting, au présidentiable socialiste en ces termes: «Hollande, qui a retrouvé une femme: Valérie "Rottweiler". Et c'est pas sympa pour le chien, ça!» Cette tirade en suivait d’autres, du même acabit sexiste et machiste, visant d'anciennes ministres sarkozystes et la candidate écologiste à la présidentielle. «Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le Président ». Eva Joly, «le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes. Eva Joly, ouverte, généreuse... J'ai une pensée émue pour ceux qui sont passés entre ses mains».

 

Nicolas Sarkozy en personne, hier soir à la télé, s’est dit «désolé» de ce dénigrement de la compagne de son adversaire. Auparavant, plusieurs caciques de l’UMP, assez gênés, avaient déploré des propos qui «ne sont pas du niveau d'une campagne électorale». Et la propre porte-parole du candidat UMP, Nathalie Koscisuko-Morizet, avait sèchement rappelé que «misogynie et insultes ne peuvent tenir lieu d'argumentaire politique».

 

Le plaisantin n’a pas du tout apprécié d’être ainsi désavoué dans et par sa propre famille politique. «Cinq minutes de plaisanteries, sur 1h20 de conférence!», a-t-il fulminé. «Si on ne peut plus faire de l'humour, même si on le trouve discutable, la France est vraiment mal barrée!», s'est-il indigné.

 

C'est surtout «La France forte» qui, avec d'aussi pénibles individus, nous semble vraiment mal barrée. En termes de dignité.