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18/04/2016

Un écolier sur deux

Histoire de commencer la semaine en fanfare, une nouvelle entendue dernièrement sur une radio locale () et qu'on continue à trouver décidément effarante, malgré les jours passant. Cela concerne les enfants de Seine-Saint-Denis, le grand département populaire du Nord de Paris. Et, singulièrement, leurs aptitudes sportives.

Dans ce département, une piscine olympique sera construite, si Paris obtient l'organisation les JO de 2024. En attendant, pour le moment, un écolier sur deux... ne sait pas nager.

C'est beaucoup dû au manque criant d'équipements: on ne compte que 35 piscines dans le "9-3". Pour une population de plus d'un million et demi d'habitants. Ajoutons que la pénurie chronique d'enseignants qui affecte ce département, et fait se mobiliser les parents d'élèves (voir ), ne contribue probablement pas à l'éducation sportive des enfants.

Heureusement que François Hollande avait demandé à être jugé sur le critère de la jeunesse, à l'issue de son quinquennat. Sur la question de savoir si les jeunes seront en meilleure situation à la fin de son mandat par rapport à ce qu'était leur sort en 2012. Jugerait-on l'hôte de l'Elysée sur l'état, non de la jeunesse en général, mais de l'enfance en particulier, et singulièrement à l'aune du sort qui est réservé aux gosses des quartiers urbains les plus déshérités, que cette évaluation ferait mal.

Encore bravo.

 

PS: En revanche, s'il est besoin de le souligner, aucune carence en piscines à Paris même. Et a fortiori dans les quartiers bobos de la capitale, comme notre onzième arrondissement. Là, au contraire, l'évolution a été spectaculaire, ces dernières années. L'amplitude des heures d'ouverture des piscines est désormais telle qu'on peut sans problème s'y rendre dès très tôt le matin, et jusque tard après la nuit tombée.

Sans doute a-t-on les priorités que l'on se donne.

18/03/2016

Un niveau qui ne s'améliore pas

 Langue française, Personnalités, FemmesNe pas partir en week-end sans le signaler: la semaine qui s'achève a été celle de la langue française. Dimanche, elle culminera avec la Journée internationale de la Francophonie. En l'honneur des 274 millions de personnes qui, dans le monde, parlent la langue de Voltaire. Le français, qui, comme le quai d'Orsay n'a pas manqué de le rappeler, est «la cinquième langue la plus parlée sur la planète, mais la seule, avec l'anglais, à l'être sur les cinq continents».

Peut-être, mais en France en tout cas, le niveau décline, visiblement. Pour preuve, les mots qui, à Paris cette semaine, ont marqué le débat politico-médiatique: «chiottes», «couilles» et «salope».

Interrogée par une radio sur les rumeurs de démission de Manuel Valls, la ministre Najat Vallaud-Belkacem, pourtant en charge de l'Education, a carrément qualifié ces ragots de «bruits de chiottes». Quant à l'ex-ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, sur un plateau de télé, elle s'est laborieusement expliquée sur le langage fleuri que des échos lui attribuent. Elle qui serait «en mode greffage de couilles», et qui «laisserait aux mecs le concours de taille du zizis». Tandis que, sur un autre plateau, le député sarkozyste Claude Goasguen n'a pu s'empêcher de pouffer de rire, en se remémorant que la maire de Paris, Anne Hidalgo, cette semaine, s'est fait traiter de «salope».

Vu un tel florilège, alors qu'on était précisément dans la Semaine de la langue française, on n'ose imaginer les mots auxquels on aura droit, la semaine prochaine.

Encore bravo à tou(te)s.

10/03/2016

Une vulgarité ordinaire

Les ministres femmes, victimes de la vulgarité machiste des parlementaires, suite (et certainement pas fin). Interpellée à l'Assemblée nationale, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a fait l'objet d'une répartie bien grasse, lancée par un député de l'opposition. Elle parlait du délai de «quinze minutes» (quinze jours, en fait: petit lapsus de sa part) que le gouvernement s'est donné, avant de présenter en Conseil des ministres cette réforme si controversée. «Quinze minutes, douche comprise!», lui a lancé un député, hilare. Si l'on en croit le compte rendu de la séance, le mufle ne s'est même pas fait rappeler à l'ordre pour le caractère sexiste de sa tirade. «Il est inutile de crier!», lui a juste lancé le président de séance.

Précédemment, déjà, la même ministre avait eu droit aux plaisanteries douteuses d'un autre député de l'opposition, orfèvre en la matière. Il avait rebaptisé sa loi El Khomri, « loi El Connerie». Puis, anticipant sur les retouches que le gouvernement va probablement apporter au texte, avait lancé: la loi «va être castrée, et je parle en urologue!». Même "Le Figaro", c'est dire, a jugé ses propos vulgaires.

Sans remonter jusqu'à Edith Cresson, au cours de cette législature-ci, dans le même hémicycle, Cécile Duflot et Najat Vallaud-Belkacem, déjà, avaient subi pareil traitement. La première, alors qu'elle répondait à l'interpellation d'un parlementaire, avait eu droit à des quolibets moqueurs, visant la robe qu'elle portait ce jour-là. Et la seconde avait fait l'objet d'un tweet graveleux, qu'un député avait envoyé en pleine séance: «NVB suce son stylo très érotiquement».

Les mâles de cette espèce font décidément honte au genre masculin. Et à l'image de la classe politique, accessoirement.

08/03/2016

Une beauferie ordinaire

Comme tous les 8 mars, la Journée internationale pour les droits des femmes, ce mardi. A Marseille, c'est l'occasion qu'a choisie un festival «d'art et d'humour au féminin» pour organiser un spectacle de... Jean-Marie Bigard. L'humoriste bien connu pour ses sketches toujours si infiniment délicats envers les femmes – notamment pour son hélas célèbre «lâcher de salopes».

Cette invitation sidère une grande partie de la mouvance féministe . Selon ces opposantes (, notamment), «mettre en lumière un humoriste qui a fait des blagues sexistes sa marque de fabrique et qui insulte constamment les femmes dans ses sketches nous semble consternant. Le sexisme ne nous fait pas rire et contribue à banaliser les violences machistes». L'organisatrice du festival, elle, se justifie. «Dans son (dernier) spectacle, "Nous les femmes", il se met justement dans la peau d’une femme pour les défendre et leur rendre hommage pour leur courage et leur volonté… Quoi de mieux pour honorer cette journée de la femme?»

Chacun(e) jugera.

Sinon, toujours dans le registre de la beauferie ordinaire, "Les Chiennes de garde" ont remis, dernièrement, leur prix annuel récompensant le macho de l'année. C'est un sénateur de la droite sarkozyste qui a été primé. L'an dernier, dissertant sur la pénurie de médecins qui frappe de nombreuses régions rurales françaises, il l'avait expliquée notamment par la féminisation de la profession médicale, «puisque 75% des nouveaux diplômés sont des femmes. Or, nonobstant l’égalité, elles sont quand même là pour faire des enfants».

Cela dit, la misogynie n'a jamais empêché d'aller loin et haut, dans ce pays – dans d'autres pays non plus, du reste.

Pour preuve, ce même mardi est aussi le jour de la prestation de serment de Laurent Fabius, en tant que nouveau président du Conseil constitutionnel, la juridiction suprême française. Le même Fabius qui, en 2006, lorsque Ségolène Royal avait annoncé sa candidature à la présidentielle de 2007, avait eu cette répartie si fine, en allusion au couple que l'intéressée formait alors avec François Hollande: «Ségolène Royale candidate? Mais qui va garder les enfants?».

Encore bravo à tous.

12/02/2016

Une masculinité, plus que jamais (suite)

Femmes, Gouvernement, PersonnalitésGrosse agitation dans la mouvance féministe, depuis hier soir (voir , notamment). Elle a réagi dès les minutes qui ont suivi l'annonce de la composition du nouveau gouvernement Valls. Le secrétariat d’Etat aux Droits des femmes y est désormais intégré au ministère de la Famille et de l’Enfance, et non plus aux Affaires sociales. Selon les protestataires, cela traduit «le mépris» du duo Hollande-Valls pour les femmes.

Y compris les milieux féministes proches du Parti socialiste sont vent debout. «Mettre sous un même ministère la famille, l’enfance et les droits des femmes, n’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles: celui d’épouse et de mère?», a interrogé, ainsi, la présidente (PS) du Haut Conseil à l’Egalité. Et, sur les réseaux sociaux, évidemment, les femmes s'énervent. Imaginant, par exemple, sous un prochain gouvernement socialiste, un ministère «de la Famille, de lEnfance, des Droits des femmes, du Tricot, du Ménage et de la Cuisine».

Sinon, au sein de ce gouvernement, la parité hommes/femmes a été rétablie. Elle qui n'était plus de mise depuis le départ de Christiane Taubira.

Mais, pour donner une idée de la répartition des rôles, les Affaires étrangères, la Défense, la Justice, l'Intérieur, l'Economie ou les Finances sont aux mains d'hommes. En revanche, c'est à des femmes qu'ont été confiés les secrétariats d'Etat en charge, au hasard, de l'Artisanat et de l'Economie sociale, de la Biodiversité, ou de l'«Egalité réelle» (?).

Encore bravo.

10/02/2016

Une «hauteur» de vues, vraiment ?

Institutions, Langue française, Gouvernement, Parlement«Etre à la hauteur». C'est ce que Manuel Valls ne cesse de réclamer à la classe politique, depuis les attentats du 13 novembre. Il le fit encore en boucle tout au long du débat parlementaire qui, ce mercredi, se conclut (provisoirement) par le vote des députés (en première lecture, seulement) sur le projet de révision constitutionnelle (déchéance de la nationalité pour les condamnés pour terrorisme, etc.) . Mais, dans le camp même du Premier ministre, on n'est pas toujours «à la hauteur». Deux exemples, issus des échanges que les députés ont eus cette semaine, à propos de ce cette réforme.

D'abord, les quolibets, dignes d'une cour d'école, que deux députés socialistes ont lancés à un de leur collègue sarkozyste. Qui venait de nuancer de la sorte «l'état de guerre» sans cesse invoqué par Manuel Valls, pour justifier ce texte: «La guerre étrangère désigne les conflits entre États-nations, auxquels nous ne sommes pas confrontés actuellement, grâce à Dieu». Sacrilège: invoquer le divin (fût-ce en une tournure de phrase très commune en langue française) dans le temple républicain de la laïcité qu'est l'Assemblée. Cela lui a valu des «Calotin!» et autres «À bas la calotte!».

Ensuite, la réplique qui a été faite à un autre député de droite, qui, lui, faisait l'analogie entre ce texte de loi et «un mauvais film, dont le titre est "Il faut sauver le soldat Hollande"». Puis prévenait le chef du gouvernement: «Ne comptez pas sur moi ni sur un nombre important de parlementaires de droite et de gauche pour être les figurants de ce film». Le chef de file des députés PS, piqué au vif, lui a lancé: «Il y a les soldats et les planqués, Monsieur!», «Planqué!».

Réduire ses contradicteurs à des tire-au-flanc. A des déserteurs, en somme. A des traîtres à la patrie, donc – alors même que l'on parle de déchéance de la nationalité. Outre que ce n'est pas «à la hauteur», le recours à de tels arguments d'autorité a un nom, et il est particulièrement malvenu, dans le contexte. Puisque ce n'est rien d'autre que du terrorisme intellectuel.

Encore bravo.

18/12/2015

Un désintérêt manifeste

A partir de ce vendredi (mais dès hier, en Corse), les présidents de Régions élus ou réélus dimanche commencent à prêter serment. A propos des élections régionales, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une remontrance – parfaitement justifiée, selon nous – aux radios-télés. Pour la manière dont elles ont couvert un des volets de la campagne.

A savoir, la situation en outre-mer. Le CSA «déplore très vivement que les médias audiovisuels de métropole n’aient pas accordé plus d’attention aux enjeux et aux résultats électoraux» dans ces circonscriptions lointaines. D'autant que ces résultats n'ont pas été inintéressants: pas mal de changements. Dès dimanche soir (voir ), d'ailleurs, il semble que, dans les DOM-TOM, les réseaux sociaux se soient énervés de cette indifférence métropolitaine.

Indifférence dont ont aussi fait preuve, cela dit, des politiques. Et au plus haut niveau.

Ainsi, Manuel Valls a fait savoir qu'il avait téléphoné dès la fin du week-end dernier à toutes ces éminences régionales. Du moins, à celles élues ou réélues dans l'Hexagone. En revanche, le nouvel homme fort de la Corse (autonomiste il est vrai, une famille politique peu appréciée à Paris) a dû attendre jusqu'à ce matin pour recevoir le coup de fil de félicitations de Matignon. Et ses homologues d'outre-mer n'avaient pas davantage eu droit à cet honneur, pendant la semaine.

Après cela, on s'étonnera que plus de deux millions d'habitants d'outre-mer (et 300.000 Corses) aient parfois l'impression d'être considérés comme des Français de seconde zone.

05/11/2015

Une portion vraiment congrue

Sports, Paris, HandicapésPuisque ce blog évoquait hier le nouveau Palais omnisports de Paris-Bercy, il a donc été entièrement remis à neuf, et dans le même temps agrandi. La capacité de sa salle a carrément été portée à 20.300 places, lorsqu'elle est configurée pour des concerts. Ce qui, mine de rien, en fait désormais une des plus vastes salles d'Europe, pour les événements de ce type. Dans la configuration destinée à des compétitions sportives, comme les tournois de tennis, Paris-Bercy peut dorénavant accueillir 15.000 spectateurs, contre 14.500 auparavant.

Le Palais a aussi profité de ces travaux de rénovation pour quadrupler ses capacités d'accueil de personnes à mobilité réduite. Bien.

Oui, mais non. On y compte désormais... «une soixantaine» d'emplacements destinés aux handicapés, contre quinze auparavant.

Seulement 60 moins valides, donc. Pour 15.000 à 20.000 spectateurs "normaux". On vous laisse calculer le pourcentage que cela donne, en termes d'acceptation et d'intégration de la différence.

Et on croit rêver, alors que Paris se pique de vouloir organiser les Jeux olympiques – et paralympiques – de 2024.

02/11/2015

Une impunité qui n'en finit pas

Cela s'est passé ce week-end en plein Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Pendant quelques heures, la rue du Cherche-Midi a disparu. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) l'a symboliquement rebaptisée, en placardant des étiquettes autocollantes sur le plaques de cette rue. A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, qui est célébrée ce lundi..

L'ONG a rebaptisé douze rues de la capitale française où sont établies des ambassades de pays dans lesquels des journalistes ont été assassinés ou torturés, ou ont disparu. La rue du Cherche-Midi a été choisie car l'ambassade du Mali y est située. C'est dans le Nord de ce pays que, le 2 novembre 2013, il y a donc deux ans jour pour jour, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés. Ils étaient les envoyés spéciaux de la radio RFI. Dès lors, RSF a rebaptisé la rue du Cherche-Midi "Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon". Ce lundi, le comité de soutien aux familles des deux journalistes va dénoncer les lenteurs de l'enquête et les carences de la coopération judiciaire franco-malienne.

«Plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», rappelle RSF. Ces dix dernières années, 800 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Et rien qu'en cette année 2015, depuis le 1er janvier, 86 journalistes ou apparentés ont perdu la vie – la "Ville lumière" elle-même a vécu, si tragiquement, ce sinistre fléau: la tuerie, début janvier, à "Charlie Hebdo".

12/10/2015

Un procédé un peu cavalier

Ce n'est pas tous les jours que notre boîte mails perso reçoit un message d'un PDG d'une société de plus de 50.000 salariés, mais c'est ce qu'il lui est arrivé ce week-end. Un message du grand patron d'Air France.

Frédéric Gagey, c'est son nom, y fait savoir que les fameux incidents ayant émaillé le comité d'entreprise de lundi dernier – lors duquel deux cadres de la compagnie ont été molestés –, «ce n’est pas Air France». «Soyez en convaincus, ces violences ont été le fait d'individus isolés et ne reflètent ni la réalité ni l’ambition de votre compagnie». Et de vanter les «mesures courageuses» envisagées pour «assurer son avenir dans le peloton de tête des compagnies aériennes à vocation mondiale». Nulle part, il n'est fait mention des 2900 emplois menacés: à l'origine de la colère syndicale qui a dérapé de la sorte, il y a une semaine.

Pour diffuser cette communication de crise, Frédéric Gagey a donc utilisé le fichier clients d'Air France. Soit plusieurs millions d'adresses électroniques, habituellement réservées à l'envoi d'offres commerciales de la compagnie ou au suivi de dossiers de voyages de particuliers ou de sociétés. Un procédé un peu curieux, voire cavalier: en tant que client lambda d'Air France, on n'a pas le souvenir de lui avoir donné notre accord pour recevoir également ce genre de communications-là.

Mais on ne doute bien sûr pas que, par souci d'équité, Frédéric Gagey va à présent autoriser les syndicats des pilotes de ligne, du personnel navigant, et des agents au sol d'Air France à utiliser, à leur tour, ce fichier. Histoire de bien veiller à ce que, sur ce conflit social, la clientèle bénéficie d'une information absolument complète, et non du tout unilatérale.

 

PS. Dans le cadre de cette communication de crise, la compagnie a réalisé une vidéo de promo. Un petit film parfaitement aimable, délicieusement souriant, mais qui se prend pas mal de commentaires acerbes, voire carrément teigneux. Du genre: «Ca coûte combien de faire une vidéo aussi vide que ça?», «C'est une honte, de la pure propagande d'une autre époque», «Putain même sur les photos officielles de Corée du Nord, les sourires sont moins grincants», ou même... «Aucun DRH n'a été maltraité durant ce tournage».

29/06/2015

Un tarif qui devient prohibitif

arts,culture,musées,gouvernement,economieUn peu de culture, pour bien débuter la semaine. Mais, en l'occurrence, une mauvaise nouvelle. En provenance du Louvre – qui, décidément, n'en rate pas une (relire ici, ou ). A partir de mercredi, le prix du billet d'entrée y passera à 15€. Contre 12€ aujourd'hui.

L'institution argumente que, de la sorte, les expositions temporaires deviendront, bien plus qu'aujourd'hui, la «porte d'entrée vers le musée». Car ce billet à 15€ donnera accès aussi bien aux collections permanentes qu'aux expositions. Et elle fait valoir que c'est même une diminution de tarifs: aujourd'hui, le billet jumelé (donnant accès aux expos et aux collections) est à 16€. Il n'empêche, dans les faits, la majorité des quelque 9 millions de visiteurs annuels du Louvre choisissant de visiter soit ses collections, soit une expo, la plupart du temps, ils paieront davantage qu'auparavant.

Derrière ces arguments spécieux, se cache en fait une nécessité beaucoup plus prosaïque. Vu les baisses des dotations que lui verse l'Etat, Le Louvre doit, comme les autres musées, accroître sa part d'autofinancement. Et il estime que cela passe notamment par une hausse de ses tarifs.

Ces trois euros de plus n'incommoderont sans doute pas exagérément les touristes étrangers, qui constituent 70% de sa clientèle. En revanche, pour une famille nombreuse venue de province passer quelques jours de vacances dans la capitale, 15€ par personne, cela commence à faire cher – a fortiori que les audioguides, bien sûr, ne sont pas compris dans le tarif.

A part cela, en 2012, le candidat François Hollande avait notamment promis, s'il était élu à l'Elysée, de «soutenir l'accès à la culture et à la création artistique».

Encore bravo.

26/06/2015

Une communication très orientée

Une fois n'est pas coutume, un sujet très léger, pour bien achever la semaine. Un petit retour sur cette controverse assez ridicule qu'a provoquée Ségolène Royal, l'autre jour, à propos du Nutella – si par extraordinaire cela vous avait échappé, un résumé de cela par exemple .

De tout ce débat, les Français ont sans doute retenu qu'ils n'avaient pas à culpabiliser: pouvaient continuer à engouffrer leur pâte à tartiner préférée, au petit-déjeuner ou au goûter. A fortiori – cela leur a été dit et répété – qu'elle a un petit côté «made in France». Mais oui, le Nutella, en Normandie, ce sont des centaines d'emplois.

Oui, mais non.

Autant on peut argumenter pour ou contre le côté écologiquement correct de ce produit, ou pas, autant il est difficile de lui trouver le moindre bénéfice en termes de santé. Vu que le Nutella, c'est avant tout, et pas qu'un peu, ... du sucre et du gras.

A ce sujet, une union de consommateurs a mis en ligne une petite vidéo qui déconstruit bien la communication de Ferrero. Elle relève que les campagnes publicitaires de cette marque relatives au Nutella mettent en avant les composants de ce produit qui sont valorisants (les noisettes, le lait et le cacao). En revanche, elles ne précisent bien sûr pas que les deux tiers de la recette de la pâte à tartiner proviennent de deux ingrédients qui, eux, d'un point de vue nutritionnel, n'ont rien d'affriolant: le sucre et l'huile – qui ne contribuent pas peu à l'obésité infantile.

C'est vieux comme le monde, cette technique publicitaire. Mais cela continue à marcher, visiblement.

Longue vie, donc, au Nutella.

11/06/2015

Une contrition tardive

Gouvernement, Valls, Sports, Economie, InstitutionsTirer sur l'ambulance n'étant jamais très charitable, on ne va pas en faire des tonnes sur Manuel Valls.

Qui, ce matin, a donc fini par faire son mea culpa, à propos de son extravagant aller-retour en Falcon gouvernemental, samedi soir – avec deux de ses enfants –, pour aller voir un match de foot à Berlin. Le Premier ministre mettra la main à la poche. Il remboursera une part des frais que cette escapade footballistique a occasionnés au contribuable.

Juste, donc, signaler deux choses.

D'abord, noter qu'il a fallu cinq jours (cinq!) au chef du gouvernement, pour qu'il réalise et admette sa grosse faute de goût. C'est très long, comme délai de réflexion et de contrition. Et encore heureux qu'un sondage assez catastrophique pour lui a été diffusé hier soir, sinon, les Français auraient sans doute été quitte pour quelques jours d'attente supplémentaires.

Ensuite, remettre tout de même les choses à leur place. Cet aller-retour footeux a coûté quelque 20.000 euros à la République. Dans un pays dont le déficit public se monte, selon le dernier décompte disponible (), à... 59,8 milliards d'euros. On est donc là dans le registre du symbole.

Mais parfois, en politique comme ailleurs, ça compte, les symboles.

27/05/2015

Une éternité encore à attendre

Vingt ans que cela n'était plus arrivé. Ce mercredi, les cendres de deux femmes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, entrent au Panthéon. Elles figurent parmi les quatre héros de la Résistance qu'a choisi d'honorer François Hollande. La dernière fois qu'une femme avait été panthéonisée, c'était le 20 avril 1995. François Mitterrand avait alors fait entrer Marie Curie – et son époux, Pierre Curie – au Panthéon.

Ce soir et d'un seul coup, le nombre de femmes reposant dans ce temple républicain des «grands hommes» aura carrément doublé. Puisque, jusqu'à aujourd'hui, elles n'étaient que deux à y figurer: Marie Curie, donc, et Sophie Berthelot – et encore, cette dernière y repose en qualité d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Au total, parmi ces honorables sépultures, on compte à peu près 17 fois plus d'hommes que de femmes.

A l'époque où François Hollande avait fait connaître son choix (relire par exemple ici ou ), les féministes avaient dit leur satisfaction. Il n'empêche, au rythme d'une panthéonisation par Président, on vous laisse calculer le nombre de quinquennats qu'il faudra encore, avant que la parité hommes-femmes règne également dans cette institution.

28/04/2015

Une idée fixe, toujours aussi discutée

Musées, Culture, Arts, Economie, GouvernementAvec le printemps et les beaux jours, c'est aussi, à Paris, le retour d'une idée fixe qui, décidément, d'une année à l'autre, ne passe visiblement pas.

A savoir, la décision prise l'an dernier par Le Louvre (relire ici, par exemple) de mettre entre parenthèses, pendant la haute saison touristique, le système en vigueur depuis 1998, qui veut que l'accès aux collections permanentes de tous les musées soit gratuit chaque premier dimanche du mois. En vertu de cette réforme, ce dimanche 3 mai – puisqu'on est désormais en haute saison –, les visiteurs du plus grand musée du monde devront payer. Il faudra attendre début octobre pour retrouver la gratuité dominicale d'accès à ces collections, une fois par mois.

Pour l'association Louvre pour tous, c'est un «symbole fort et quelque part désespérant». Car, «si les conditions de visite sont ce jour-là parfois pénibles pour les visiteurs et pour les personnels, le premier dimanche du mois gratuit au Louvre est une rare réussite de cette démocratisation culturelle tant recherchée et tant vantée par les politiques de tous bords». Dès lors, une pétition () a été lancée, pour réclamer la levée de cette restriction saisonnière de la gratuité d'accès. Elle a déjà recueilli quelques milliers de signatures.

En revanche, on attend toujours de connaître l'avis sur la chose de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Qui, à moins que cela nous ait échappé, ne s'est pas encore prononcée sur cette réforme si discutable. Sans doute a-t-elle d'autres chats à fouetter, qu'elle juge plus prioritaires.

27/04/2015

Une pingrerie assez misérable

Euro Disney moins généreux que la mairie de Paris. C'est ce qu'on peut déduire de l'annonce faite par la ville, l'autre jour, relative aux militaires qui sont mobilisés dans la capitale et sa région en vertu du plan de vigilance antiterroriste "Vigipirate".

Pendant leur temps libre, ces militaires auront accès gratuitement aux établissements culturels et de loisirs municipaux. Ils seront quelque 4.000 à se voir donc proposer «des laissez-passer pour visiter les expositions temporaires dans les musées de la Ville de Paris, des places pour les matchs du Stade Français, et des invitations pour la Foire de Paris, la Tour Eiffel ou encore le Parc zoologique de Paris».

En revanche, un tel «geste de reconnaissance envers nos soldats» (dixit la maire de Paris, Anne Hidalgo), EuroDisney n'a pas souhaité le faire. Le mois dernier, une centaine de militaires mobilisés dans le cadre de "Vigipirate" avaient sollicité un tarif réduit pour visiter Disneyland Paris, lors d'un jour de permission. La direction du parc d'attractions les a envoyés sur les roses. Non parce que l'attraction touristique la plus fréquentée d'Europe (14 millions de visiteurs annuels) revendiquerait une avarice digne du célèbre Oncle Picsou, mais parce qu'elle n'a «pas d'accords particuliers» avec la Défense, qui permettraient à ses hommes de bénéficier d'un tel geste commercial.

L'armée étant une Grande muette, l'histoire ne dit pas si ce refus cinglant a été apprécié à sa juste valeur par les soldats qui, depuis janvier, renforcent la sécurisation même du site de Marne-la-Vallée. Histoire de ne tout de même pas trop se faire mal voir par la troupe, le parc a assorti son refus de ses «remerciements» pour «l'investissement» des militaires déployés en région parisienne, «dans le cadre de (leur) mission difficile».

Sans doute est-ce déjà cela.

23/03/2015

Une rare illisibilité

Une déclaration vraiment curieuse de Ségolène Royal, ce week-end. A propos de sa décision de mettre en place, ce lundi, la circulation automobile alternée à Paris et dans 22 communes limitrophes, pour cause de pollution atmosphérique. Ce n'est même pas sur le fond du débat que la ministre de l'Ecologie a tenu des propos surréalistes – libre à elle de traîner les pieds dans la mise en place d'une telle restriction –, mais dans la manière dont elle a communiqué sur sa décision.

«Je veux remercier toutes celles et ceux qui vont faire l'effort de ne pas prendre leur véhicule», a-t-elle dit. Visiblement très embarrassée qu'un tel effort soit demandé aux automobilistes conduisant des véhicules immatriculés pair – interdits de circulation aujourd'hui, en région parisienne.

Voilà un mode étrange de gouvernance.

Car, de deux choses l'une. Le gouvernement aurait très bien pu simplement recommander aux Français qui sont disposés à le faire de ne pas circuler ce jour-là. Dans ce cas, il aurait été parfaitement fondé à «remercier» par avance celles et ceux qui optent pour un comportement allant dans le sens de son souhait. Mais, ici, il ne s'agit pas de cela. Qu'on soit pour ou contre la circulation alternée, c'est une décision qui est prise par les autorités, qui est supposée s'imposer aux publics concernés, et dont le non-respect est d'ailleurs passible d'amendes. Théoriquement, donc, il n'est pas question ici de faire l'effort ou le choix de respecter ou non cette décision, puisque c'est une règle qui est édictée. Mais non. On a une ministre qui en vient presque à implorer qu'on respecte la décision qu'elle-même prend. Une ministre qui, ce faisant, assimile implicitement le respect de la règle à de la simple bonne volonté. A de la mansuétude, en somme.

C'est un peu comme si un ministre de l'Intérieur remerciait les automobilistes de faire «l'effort» de respecter les limitations de vitesse. Comme si, le samedi soir, le grand patron de la Police nationale, gêné, apparaissait à la télé pour «remercier» ceux qui s'apprêtent à sortir en boîte de nuit de faire «l'effort» de ne pas reprendre le volant ivres morts, au petit matin.

Ségolène Royal a une telle hantise d'être assimilée à «l'écologie punitive» – notion qu'elle abhorre –, qu'elle en vient à avoir une communication politique qui ôte toute lisibilité à ses propres décisions, et qui probablement va atténuer leur impact.

Encore bravo.

17/03/2015

Une disparition, si symbolique

La nouvelle avait été éventée à la fin février, et elle vient d'être confirmée: Saint-Germain des Prés va définitivement perdre ce qui a toujours été la librairie le plus célèbre de ce quartier.

La Hune avait été fondée en 1949, par des intellectuels issus de la Résistance. Longtemps située Boulevard Saint-Germain, entre les fameux cafés de "Flore" et des "Deux Magots", elle incarna, pendant des décennies, l'esprit originel de la rive gauche. Ce Paris de la culture et des lettres, renommé dans le monde entier. Ce Saint-Germain mythique, avant que, dès les années 2000, il soit grignoté puis quasi intégralement phagocyté par le business de la fripe mondialisée (les H&M, Zara, etc.).

Rachetée par Flammarion en 1976, La Hune avait quitté son siège historique en 2012, pour s'établir quelques artères plus loin: au coin de la rue de l'Abbaye. Ce qui permit à Madrigall (le groupe né du rachat de Flammarion par Gallimard) de louer à prix d'or (à Vuitton) sa surface du Boulevard. Mais la clientèle de la librairie n'a jamais vraiment suivi. L'évolution des habitudes de consommation culturelle (succès des librairies en ligne, etc.) a achevé de faire plonger le chiffre d'affaires. La direction a alors tenté de redresser les comptes, en réduisant les effectifs. Cela n'a pas suffi. Dès cet été, donc, La Hune devrait fermer ses portes. Et céder la place, possiblement, à une galerie qui vend de la photo bon marché.

Les habitants du quartier et les amateurs de littérature sont, évidemment, consternés. Comme tous ceux qui se faisaient encore une idée (passéiste?) d'un certain Paris. La maire et son équipe ont été saisies par l'opposition de gauche, houspillées pour que la Ville (propriétaire des locaux de la rue de l'Abbaye) se bouge, sur ce dossier. S'arrange pour, au minimum, «garantir la présence pérenne d'une librairie à l'emplacement de La Hune».

C'est encore loin d'être acquis. Mais sans doute serait-ce déjà cela.

26/02/2015

Un goût douteux

Femmes, InstitutionsC'est le magazine féminin "Causette" qui a repéré la faute de goût, sur la boutique en ligne de l'Assemblée nationale – mais oui, cela existe: on y vend notamment des besaces ou des trousses de toilette affublées d'une cocarde tricolore, des boutons de manchette à emblèmes, des badges ou des briquets clamant fièrement «Pour», «Contre», «Oui» ou «Non», des porte-clés en plexi à l'effigie de Marianne, etc.

Dans cette boutique, donc, dernièrement, est apparu un nouvel article. Un tablier de cuisine. Vendu 24€. Illustré par la photo d'une femme l'arborant. Et baptisé «tablier Olympe de Gouges». En référence à la grande révolutionnaire française (1748-1793), rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, et qui mourut sur l'échafaud.

Voilà donc une Assemblée législative encore majoritairement composée d'hommes, qui, via sa boutique, de manière subliminale, renvoyait les femmes aux fourneaux. Tout en se référant à celle qui fut une icône du féminisme avant l'heure. Et ce, alors qu'approche la Journée internationale des droits de la femme, le 8 mars.

L'affaire a évidemment fait grincer des dents, sur les réseaux sociaux notamment. Du coup, peu après le buzz lancé par "Causette", le fameux tablier de cuisine a été retiré de la boutique. Désormais, quand on fait un copier-coller de l'adresse qui conduisait à cet article, s'affiche le message «Erreur. Désolé, mais le produit que vous avez demandé n'a pas été trouvé».

Un autre message d'«erreur», s'excusant pour cette initiative commerciale si discutable, n'aurait sans doute pas été de trop.

Encore bravo.

26/12/2014

Un manque de mise en perspective

L'actualité de Noël assez curieusement relatée par les médias français, ces dernières vingt-quatre heures. Avec un manque évident de mise en perspective.

Ainsi, ce tohu-bohu suscité par l'initiative de la mairie (UMP) d'Angoulême (Charente). Elle a grillagé une dizaine de bancs publics, afin qu'ils ne soient plus squattés par les SDF – non, par «les dealers», assure la mairie, qui dit n'avoir rien contre les sans-logis. Cela fait bien dix ans qu'à Paris, dans une indifférence médiatique assez générale, les dispositifs anti-SDF de cet acabit se multiplient, un peu partout. Devant les magasins ou les résidences privées, ou même dans l'espace public. Pour preuve, depuis des années, la RATP profite des travaux de rénovation des stations de métro pour y supprimer systématiquement les vieilles banquettes, où s'avachissaient les SDF. Elles sont remplacées par des sièges individuels ou par des bancs munis d'accoudoirs, où donc l'on ne peut s'allonger. Jamais cela n'a fait la Une d'un JT. Mais c'est vrai que ce n'est pas Noël tous les jours.

Ainsi, aussi, tous ces reportages vus, lus et entendus depuis deux jours, consacrés aux bénévoles d'associations caritatives ayant passé la nuit de Noël auprès des plus pauvres – aux côtés des SDF, singulièrement. Très bien. Juste, journalistiquement, ces sujets auraient pu signaler au passage que, la nuit de Noël y compris, le dispositif d'hébergement d'urgence des SDF est plus que jamais totalement inopérant. Selon des chiffres récemment publiés (voir ), cet hiver par rapport à l'hiver 2013, a carrément doublé le nombre de personnes qui, à l'échelle du pays, ont téléphoné au 115, mais à qui aucune solution d'hébergement n'a pu être proposée, faute de places disponibles. Pour ce qui concerne Paris spécifiquement, les demandes non pourvues ont progressé de 43%, en un an. C'est désormais plus d'un appel à l'aide sur deux (52%) auquel il n'est pas répondu.

A longueur d'années, donc, et malgré ces attentions si médiatisées d'une soirée, ce n'est vraiment pas Noël, pour tous ces gens. Il n'aurait pas été inutile de le rappeler.

 

NB: Ceci étant dit, ce blog va faire une petite pause, pour recharger ses batteries. Il reprendra son cours normal en janvier. Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et tous, et merci d'être passé par «Paris Libre» en 2014.