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09.02.2012

Une pagaille d'anthologie (suite)

Economie, Gouvernement, Gastronomie, Art de vivreC'est certainement très anecdotique par rapport à la marche du monde et de la France, par ailleurs. Mais parlons tout de même de ce dernier rebondissement en date survenu dans la grande pagaille qui régit les taux de TVA en France, depuis leur modification en janvier. Parlons-en, parce qu'on trouve que cette anecdote illustre assez joliment la pesanteur, dans ce pays, d'une certaine technocratie.

On avait donc vu cela le mois dernier (relire ici): des taux de TVA différents s'appliquent désormais à un sandwich et à un panini, à un cornet de glace artisanale et à un cône glacé industriel, à un sandwich garni avec ou sans mayonnaise, ou à une quiche consommée chez le boulanger ou achetée à emporter. Encore plus fort: bientôt, existeront deux taux de TVA différents pour le chocolat, selon le type de chocolat.

On a entendu cela hier, sur une radio (là): «C'est une situation saugrenue: un taux de TVA différent pour le chocolat au lait et le chocolat noir. En effet, la hausse de la TVA ne concerne pas les produits alimentaires de base, qui eux, bénéficient d'un taux réduit de 5.5%. Sauf le chocolat au lait! Le prix de la tablette de chocolat au lait devrait donc augmenter en octobre. Le projet de loi de finances rectificative doit être présenté mercredi en conseil des ministres. Il prévoit notamment une hausse du taux de TVA de 19,6% à 21,2%».

Le chocolat au lait étant notoirement plus gras et plus sucré que le chocolat noir, donc le premier faisant davantage grossir que le second, au moins les nutritionnistes de France se réjouiront-ils de cette nouvelle trouvaille de l'administration. Sans doute est-ce déjà cela.

31.01.2012

Un toupet

Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.

Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.

Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.

D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?

30.01.2012

Un gros retard français

Télévision, Sarkozy, Handicapés, BelgiqueDès samedi, l'Elysée l'a annoncé, par un communiqué pas peu fier. Dimanche, l'entretien télé de Nicolas Sarkozy serait «disponible dans la soirée en rediffusion, traduit en langue des signes», sur son site internet. Et de préciser: «Cette initiative répond aux demandes d’associations de personnes sourdes et malentendantes».

En lisant ce communiqué, on s'est dit que, les sourds et malentendants étant des électeurs comme les autres, sans doute nombre d'entre-eux devaient vouloir suivre en direct l'intervention du chef de l'Etat, plutôt que d'attendre sa traduction en langues de signes, dans la soirée. Tous ceux-là n'ont eu d'autre choix que de se rabattre sur le télétexte.

En Belgique, en revanche, d'après le souvenir assez précis qu'on en a gardé, les allocutions du Roi, comme d'ailleurs tous les programmes d'information, sont diffusés avec, apparaissant en temps réel en bas de l'écran, un traducteur-interprète qui les restitue simultanément en langue des signes. Cela doit bien faire une vingtaine d'années que cela existe.

Samedi, dès lors, l'Elysée n'avait pas vraiment de quoi se vanter, dans son communiqué. La France, en effet, affiche un gros retard en la matière.

Mais sans doute n'est-il jamais trop tard pour bien faire.


PS: Cela dit, on trouve qu'hier soir, le grand parti sarkozyste a été un peu mou du genou. L'UMP, en effet, n'a diffusé que 16 communiqués de presse différents, saluant la prestation télé du chef de l'Etat. Seize, à comparer avec les 24 communiqués que le même parti avait consacrés jeudi à François Hollande. Besoin de vitamines?

27.01.2012

Une logorrhée

24. On n'invente rien: on les a comptés et même recomptés ce matin, pour en être bien certain. Hier, l'UMP a diffusé... 24 communiqués de presse successifs. Chacun signé par un dirigeant différent, mais tous consacrés à une seule et même actu: le projet présidentiel du socialiste François Hollande. Un premier communiqué à 10h56, le deuxième à 11h01, ensuite un autre à 11h34, à 11h59, 12h28, 13h12, 13h15, etc. Jusqu'à 23h33 précisément: heure du dernier communiqué de l'UMP sur le sujet.

A force, cette logorrhée devenait (un peu) comique. Car, le fond de cette communication ne variant bien sûr pas – en gros: l'intéressé, son programme et son partis sont nuls –, cela donnait l'impression qu'au service de presse de l'UMP, on passait sa journée à éplucher, heure après heure et page par page, le dictionnaire des synonymes. Pour trouver des variantes lexicales à cette nullité socialiste alléguée: François Hollande est irresponsable, inconséquent, pas crédible, déraisonnable, dangereux, contradictoire, bancal, etc.

On n'a toujours pas compris l'avantage d'une telle stratégie de com'. A moins bien sûr de considérer que la presse est sourde et l'électorat débile (ou inversement), quel est l'intérêt de répéter 24 fois le même message en une seule et même journée? Cela a surtout donné de l'UMP l'image d'une armée mexicaine de cadres et dirigeants, chacun à l'ego si boursouflé qu'il voulait absolument dire lui aussi son petit mot sur le sujet, pour tenter d'exister médiatiquement. Espoir le plus souvent déçu. La plupart des journalistes, en effet, pour répercuter le point de vue sarkozyste, ont juste relayé la parole de Jean-François Copé, le n°1 du parti, et/ou de ses ministres les plus importants: François Baroin (Finances) ou Valérie Pécresse (Budget).

Donc au total, pour ce parti hier, tant de temps perdu, tant d'énergie gâchée, tant de mots, de papier et d'électricité en pure perte dépensés.

Mais que ne ferait-on pas en campagne électorale, à moins de cent jours de l'échéance?

26.01.2012

Une terre de (centre-)gauche

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismePlus que jamais terre de gauche, notre 11ème arrondissement. Enfin, de gauche: de centre-gauche on va dire, s'agissant du PS. Parti dont le candidat à l'Elysée, François Hollande, présente ce jeudi ses 60 propositions, et il a choisi le 11ème pour ce faire. Et même un lieu emblématique de cet arrondissement si populaire jadis: la Maison des Métallos.

Laissé à l'abandon pendant les décennies où la droite chiraquienne régna sur Paris, ce temple des luttes d'ouvrières d'antan a été rénové, plutôt bien, par la mairie et la Région (toutes deux désormais socialistes, pour rappel), et est devenu un centre socio-culturel. L'automne dernier, déjà, c'est dans le 11ème que le favori à la présidentielle avait tenu le dernier meeting de sa campagne pour les primaires en vue de l'investiture socialiste. C'était à la salle de spectacles du Bataclan, boulevard Voltaire.

Mais, dans les rues de ce onzième, comme un pied de nez adressé au parti dominant de l'opposition, les petits partis de gauche ont, ces dernières semaines, collé, recollé et surcollé des tas d'affiches électorales. Cette intrusion picturale gauchiste est même assez impressionnante.

Les Parisiens du coin ont donc pu faire connaissance avec Nathalie Arthaud: qui a pris la succession d'Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière, mais qui tarde à se faire un nom. Depuis dimanche, cela dit, les affiches de LO ont été détrônées par celles du Front de gauche. Un parti qui, au vu du nombre de ses affiches placardées sur les murs de notre quartier, y a envoyé une grosse escouade de colleurs.

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismeOn n'a pas compris, d'ailleurs, le slogan d'une de ses affiches: «C'est le moment de prendre parti pour LA RÉPUBLIQUE». Et quoi? Désormais, la formation du tribun populiste Jean-Luc Mélenchon constituerait le seul et unique parti républicain? Au printemps, les électeurs qui voteront pour un autre candidat et/ou voteront à droite ne serviront ni n'honoreront la République?

Cet accaparement, cette préemption somme toute, c'est, bien sûr, totalement abusif. Et péniblement prétentieux.

24.01.2012

Une propagande impressionnante

Partis, Elections présidentiellesLes boîtes aux lettres vont déborder en France, ces prochaines semaines. En effet, à désormais moins de trois mois du premier tour des présidentielles (le 22 avril), les deux partis dominants viennent d'annoncer coup sur coup qu'ils allaient écrire au Français moyen.

Les chiffres ont de quoi donner le tournis. Le PS va imprimer 15 millions d'exemplaires (15 millions!) du projet que son candidat à l'Elysée, François Hollande, a ébauché en meeting au Bourget dimanche, et qu'il détaillera ce jeudi à Paris. L'UMP ne sera pas en reste. Le grand parti sarkozyste a confirmé hier qu'il allait tirer à 6 millions d'exemplaires un argumentaire pour «rétablir la vérité» sur le bilan du Président sortant, bilan qui, selon la droite, est en permanence injustement voire ignoblement critiqué.

Toute cette pub électorale – cette propagande, en somme – qui va bientôt débarquer dans les boîtes aux lettres, constituera-t-elle autant de lectures passionnantes? On jugera sur pièces. En tout cas, ces deux mailings gigantesques auront au moins un avantage: ils donneront du travail à pas mal de gens (postiers, imprimeurs, etc.). En termes de chômage, la situation en France en ce moment n'ayant jamais été aussi mauvaise depuis douze ans, sans doute est-ce déjà cela.

19.01.2012

Un soupçon de connivence

Plein de choses intéressantes, comme chaque fois, dans le «Baromètre de la confiance dans les médias» réalisé chaque année par la TNS-Sofres, et publié ce matin (ici) dans le journal «La Croix».

Internet est toujours bon dernier (et la radio toujours en tête) dans le degré de confiance accordé par le public aux différents types de médias, mais la crédibilité et la fiabilité informatives de la toile, jadis proches de zéro, commencent à progresser. Le goût des Français pour l'info croît. Tant mieux: les journalistes ne feront pas des heures supplémentaires pour rien, dans les six mois de campagne présidentielle qui viennent. Les médias se voient reprocher de parler exagérément des candidats à l'Elysée dominants, et pas assez des petits candidats. Et le grand public trouve que les journalistes en ont beaucoup trop fait sur les des deux grands feuilletons qui ont alimenté l'actu, l'an dernier: les aventures juridico-sexuelles de DSK, et les ennuis politico-fiscaux de la milliardaire Liliane Bettencourt. En revanche, les Français auraient aimé que les médias leur parlent davantage du sommet de Durban sur le climat, ou de la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'Unesco. On n'est pas loin d'être d'accord avec eux.

Enfin, près de six Français sur dix continuent de douter de l'indépendance des journalistes: de leur indépendance à la fois à l'égard des décideurs politiques et envers les «pressions de l'argent». Cette défiance est une vieille constante de ces baromètres, et elle ne s'arrange pas fondamentalement, d'une année à l'autre.

Ce soupçon de connivence avec les puissants, pris à l'échelle individuelle, est sans doute injuste (insultant?) pour le petit journaliste moyen: celui qui, sans la ramener, loin donc des vedettes de l'info, essaie juste de faire chaque jour le plus correctement possible un travail qui, en soi, n'est pas facile et qui, d'année en année, se déroule dans des conditions de plus en plus difficiles. Mais, à l'échelle de la corporation, cette confiance très relative de l'opinion est plutôt saine, trouve-t-on. Car elle force la profession journalistique à sans cesse s'interroger, et à être vigilante sur ses pratiques et sur son éthique.

17.01.2012

Un bilan assez éclairant

18. C'est, depuis la mi-avril, le nombre de femmes qui, à Paris et dans sa proche banlieue, ont été verbalisées par les policiers pour infraction à la fameuse loi qui, depuis le printemps, interdit le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) sur la voie publique. «Au total, il a été procédé à 28 contrôles» dans cette région, lit-on dans le dernier point qu'a fait la préfecture de police sur la question: «douze contrôles à Paris, dont six verbalisations, cinq dans les Hauts-de-Seine et autant de verbalisations, onze contrôles en Seine-Saint-Denis dont sept verbalisations, aucun contrôle ni verbalisation dans le Val-de-Marne».

18 femmes verbalisées, donc. En 10 mois d'application de la loi.

Cela relativise assez bien, trouve-t-on, les cris d'orfraie qu'avaient poussés certains ministres et parlementaires sarkozystes l'an dernier, selon lesquels le port du niqab était en train de prendre des proportions affolantes en France, et y menaçait l'ordre public.

Dommage, cela dit, que la préfecture n'informe pas davantage sur les circonstances ayant donné lieu, à Paris, à ces six verbalisations. Cela permettrait de vérifier si, parmi ces femmes verbalisées, ont figuré, ou pas, ces très riches et respectables touristes intégralement voilées venues des Emirats ou autres, qui sont les hôtes de marque réguliers des palaces multi-étoilés de la capitale ainsi que des maroquineries, joailleries et boutiques de haute couture de l'avenue Montaigne ou de la place Vendôme.

Juste pour savoir si le rétablissement de l'autorité républicaine dans les «zones de non-droit» – ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat ont jadis désigné les banlieues difficiles – a concerné également, et équitablement, les quartiers les plus chics du pays.

11.01.2012

Un «faible engouement»

Le début des soldes, ce mercredi. Ce matin à la radio, on entendait un «micro-trottoir» qui donnait la parole à des Parisiens ayant fait le pied de grue dès 6h30 devant les grands magasins du quartier Hausmann. Encore dans un demi-sommeil guère dynamique, on hésitait entre l'admiration envers l'énergie matinale de tous ces lève-tôt, ou l'agacement devant cette tradition consumériste qui, jusqu'au 14 février, va transformer les boutiques de Paris en champs de bataille hystérisés.

Un peu moins hystérisés que d'habitude, cela dit, peut-être.

Selon une étude de l'Observatoire des soldes – oui, ça existe –, ces soldes-ci suscitent un «faible engouement» dans le grand public. L'intérêt pour cette tradition commerciale ne serait plus en augmentation, mais en «stagnation» par rapport à cet été, voire en «décrochage» par rapport aux soldes de janvier. Pourtant, les soldes d'hiver sont «traditionnellement plus prisés que ceux de l'été». Certes, 61% des Français ont bien l’intention de sacrifier à ce rituel, «mais c’est moins que l’année dernière à la même saison (-6 points)». Et «cette baisse se constate chez toutes les catégories de Français quel que soit le sexe, l’âge et le niveau de revenu, avec une chute spectaculaire chez les jeunes (-14 points)». Dès lors, comme cela avait déjà été le cas pour les soldes «très décevants» de l'hiver 2011, «2012 pourrait suivre la même tendance».

Même si chaque Français qui fera les soldes ces prochaines semaines y consacrera un budget moyen de 221€, ce qui n'est tout de même pas rien.

09.01.2012

Un éloignement

Pas mal d'agitation, ce week-end et en ce début de semaine, à propos du dernier sondage Ifop en date (ici), relatif aux intentions de vote pour l'élection présidentielle. Et pour cause: à la fin de cette semaine, on ne sera plus qu'à 100 jours de l'échéance du premier tour. Du coup, les écarts qui se resserrent, les avances qui fondent comme neige au soleil, les hémorragies stoppées ou les remontées confirmées – pour reprendre le lexique des sondeurs –, tout cela passionne le monde politico-médiatique.

A tout prendre, on trouve bien plus intéressant un autre sondage (là), sur les présidentielles toujours, qui a été publié lui dans les derniers jours de décembre – mais a fait bien moins de bruit.

Aux yeux du Français moyen, a confirmé cette enquête, la campagne électorale élyséenne telle qu'elle se déroule en ce moment apporte des réponses assez éloignées, voire très éloignées, de ses préoccupations premières, qui sont le maintien de l'emploi, la lutte contre la hausse des prix des produits de première nécessité, et le maintien de l'accès à des soins de santé de qualité. Plus de sept Français sur dix (72%) sont de cet avis.

Cela promet, le jour du vote.

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