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20/11/2012

Une vie de fous

Chaudes soirées décidément, cette semaine, pour les hommes politiques français. Dont les smartphones, hier soir encore, ont chauffé jusque tard dans la nuit. Ce qui illustre bien, si besoin en était, la vie de fous que mènent ces gens: le rythme de travail infernal qui est le leur.

Ainsi, à l'UMP sarkozyste, après la nuit blanche de dimanche à lundi, on a encore joué les prolongations vespérales, hier. Jean-François Copé n'a été proclamé président que vers 22h30. Et son rival malheureux, François Fillon, a patienté une heure encore avant de réagir. Ce qui n'a pas empêché les lieutenants des deux rivaux, voire les intéressés eux-mêmes, d'être, dès potron minet ce matin, dans les studios de radio et sur les plateaux de télé.

Réactivité et agitation identiques dans le camp du gouvernement, hier soir. A 23h10, une dépêche de l'AFP, labellisée URGENT, annonce que l'agence internationale de notation Moody's, à son tour, dégrade la note souveraine triple AAA de la France. A 23h26 précisément, tombe dans notre boîte électronique la réaction officielle de l'Etat français, par la voix du ministre Moscovici. Puis, quelques secondes plus tard, un court communiqué du même: «Suite à la décision de l’agence de notation Moody’s, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, vous convie à un point presse». Point presse qui s'est tenu dès 8h ce matin, à Bercy.

Une vie de fous.

19/11/2012

Une inquiétante inaptitude

Politique, Partis, Personnalités, Fillon, CopéLes sarkozystes pas vraiment plus fortiches que les socialistes. Hier soir donc, si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, l'UMP a vécu une nuit d'anthologie. Le scrutin interne que ce parti a tenu dimanche n'a pas réussi à départager de manière incontestable François Fillon et Jean-François Copé, qui prétendaient tous deux à succéder à Nicolas Sarkozy. Ce matin, chacun revendique la victoire. Et dénonce les fraudes ayant, dans plusieurs fédérations, émaillé le scrutin.

En 2008, pareil pataquès avait été vécu par le Parti socialiste. Un identique résultat très serré et d'analogues suspicions d'irrégularités avaient rendu impossible la proclamation, le soir même, de la victoire de Martine Aubry sur Ségolène Royal. Il avait fallu attendre deux jours avant qu'elle soit officialisée, à la grande fureur des ségolénistes.

Elle est assez inquiétante, cette inaptitude dont ont successivement fait preuve les deux plus grands partis politiques de France à tenir des scrutins internes à la validité incontestable.

Au passage, le fiasco électoral d'hier et son avatar socialiste de 2008 auraient-ils eu lieu non en France mais en Belgique, on imagine déjà les railleries méprisantes qu'on aurait entendues, ici: «une histoire belge», etc.

16/11/2012

Un désir de départ

Paris. Où, ces jours-ci, il fait péniblement froid et gris. Quitter Paris? Année après année, la capitale française a plutôt tendance à gagner (un peu) des habitants. Mais l'idée d'un départ chemine dans l'esprit de nombre de résidents en région parisienne. C'est ce qui ressort d'un sondage récemment publié sur la question.

A l'en croire, plus d'un habitant sur deux (54%) en région parisienne envisage de la quitter. On les retrouve surtout dans la tranche d'âge 25/49 ans. 68% des candidats au départ sont motivés par la volonté de trouver un cadre de vie plus agréable. L'agressivité ambiante est citée comme facteur de motivation dans 30% des cas. Les plus jeunes parmi tous ces volontaires pour quitter Paris invoquent beaucoup plus que les autres, bien sûr, les prix astronomiques du logement.

Les destinations rêvées par les Parisiens? Le Sud et l’Ouest. 25% des habitants de la capitale qui rêvent de s'installer en province choisiraient la Provence, 21% la Bretagne, 19% le Languedoc-Roussillon, et 18% l'Aquitaine.

Le soleil et la mer: décidément un indémodable classique. A fortiori, sans doute, en plein hiver.

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.

14/11/2012

Un hiver comme un autre

Sinon, en dehors des grands raouts médiatico-politiques sous les ors des palais de la République – 400 journalistes accrédités à la conférence de presse de François Hollande, hier – , dans la rue, l'hécatombe hivernale continue, dans une indifférence journalistique assez générale.

L'autre matin, dans notre onzième arrondissement, boulevard Richard Lenoir, un SDF a succombé. Victime d'un malaise, et n'ayant pu être réanimé par les pompiers. Agé de 62 ans, il vivait dans la rue depuis deux ans. Après avoir été expulsé de son logement pour impayés de loyers, eux-mêmes dus à des factures d'hôpital liées à de gros soucis de santé. Il avait quatre enfants. Et était prénommé Karamo.

Sa mort, quand les médias en ont parlé, n'a fait que quelques secondes à la TV et à la radio, quatre ou cinq lignes dans les journaux.

13/11/2012

Un prix (pour rien?)

Hollande, Sarkozy, Personnalités, Médias, Art de vivreCe mardi en France, c'est donc la «Journée de la gentillesse» – mais oui, cela existe: les autres jours, on a le droit d'être méchant. Le hasard a voulu que ce mardi soit aussi le jour où François Hollande organise la première des conférences de presse semestrielles que, lors de sa campagne présidentielle, il avait promis de tenir, s'il était élu. Pas sûr que cette coïncidence de dates incitera les journalistes du tout-Paris à être aimables avec lui. A n'être pas trop teigneux envers un Président qui, en plus, vient de se voir décerner le premier... «Prix de la Gentillesse en politique» – mais oui, cela existe.

Nicolas Sarkozy, lui, n'a pas bénéficié de la moindre des voix décernées par les vénérables membres qui composaient le jury de cette distinction (des vedettes du journalisme parisien). Que l'on sache, le prédécesseur de François Hollande à l'Elysée n'a pas prévu, pour autant, d'organiser une conférence de presse ce mardi, pour protester contre ce deuxième échec cuisant essuyé face à son rival de mai 2012. Et pour cause: Nicolas Sarkozy est aujourd'hui à l'étranger, à Moscou plus précisément, pour y faire un discours probablement très grassement rémunéré.

Sans doute a-t-il parfaitement raison. En matière de gros sous comme de haute politique, la gentillesse, cela n'a jamais rapporté grand-chose. Pour ce qui est de la vie quotidienne, on vous laisse juges.

12/11/2012

Un débat enfiévré

Cela risque de chauffer à l'Hôtel de ville de Paris, ce lundi. En effet, les élus y débattent du plan de lutte anti-pollution automobile proposé par le maire, Bertrand Delanoë, et il est très controversé. Au passage, le sujet de la pollution atmosphérique dans la capitale demeure plus que jamais d'actualité. Vendredi encore, un épisode de pollution aux particules fines a été constaté, ayant déclenché la procédure d'information et d'alerte. Cela avait déjà été le cas à trois reprises pendant la dernière semaine d'octobre, pour le même polluant.

Le plan Delanoë n'y va pas de main morte. Il envisage d'interdire la circulation en ville des véhicules les plus anciens (plus de 10 ans d'âge pour les deux roues, à partir de 17 ans pour les autres véhicules), de réduire la vitesse de circulation sur le périphérique, de multiplier les zones 30, ou d'instaurer un péage sur les autoroutes encerclant la capitale. Les pro-voitures et l'opposition de droite sont, bien sûr, vent debout contre ce plan. Qui, selon eux, confirmerait plus que jamais la transformation de Paris en "boboland": repaire d'urbains aisés et non motorisés – par opposition aux banlieusards n'ayant d'autre choix que de prendre chaque jour le volant.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que se remette à mousser ce débat si enfiévré sur la place de la voiture dans la capitale – un sujet qui a déjà pas mal agité les esprits ici, dernièrement (relire ici ou ).

Cela dit, le plan Delanoë n'est doublement pas exempt de pures postures de com'. D'une part, nombre de mesures qu'il propose ne sont même pas de la compétence de la ville (mais de l'Etat). D'autre part, si d'aventure il est un jour mis en application, en tout ou en partie, le maire lui-même ne sera plus là pour essuyer les plâtres: ce sera après 2014, donc après les prochaines élections municipales, dès lors sans Bertrand Delanoë – puisqu'il a déjà annoncé qu'il ne briguerait pas un troisième mandat.

09/11/2012

Un jugement

Paris, Sécurité, Justice, Police, Sports, FootballQuatre mois de prison ferme, et l'incarcération immédiate. C'est la peine qu'a infligée le tribunal correctionnel de Paris à trois supporteurs de foot croates qu'il a jugés en comparution immédiate, pour avoir été mêlés au grabuge causé dans le quartier Bastille – dont on parlait en début de semaine. Les condamnés ont aussi écopé de cinq ans d'interdiction de séjour à Paris et en région parisienne. Ils étaient jugés pour participation à un groupement armé, formé en vue de commettre des violences et des dégradations.

Tout au long de leur comparution, les trois Croates ont nié appartenir à un groupe de supporteurs: ont prétendu être venus à Paris pour faire du tourisme. Cela n'a pas marché. Le tribunal a jugé qu'ils se trouvaient dans la capitale «pour en découdre, et uniquement pour cela». A joué en leur défaveur le fait d'avoir été arrêtés, sur les lieux de l'affrontement, en possession d'armes «par destination»: une béquille (sans raison médicale valable) ou une matraque télescopique, par exemple. Du côté des supporteurs du PSG, six ont été jugés. Trois ont été condamnés à de simples amendes (de 800 à 1.000€), les trois autres ont été relaxés.

On imagine d'emblée – parce que la France est un Etat de droit – que la disproportion entre ces sanctions, selon qu'elles frappent des hooligans croates ou français, est basée sur des éléments objectifs du dossier: ne doit rien, bien sûr, à la nationalité des intéressés.

Et on ne peut s'empêcher de trouver assez saisissant l'écart entre le nombre de condamnés (six, donc) et la masse de personnes ayant été interpellées par les policiers, dans ce dossier: une bonne centaine. La plupart de ces trublions présumés, après avoir été placés en garde à vue, en ont été quittes pour un simple et très symbolique rappel à la loi.

Au passage, cela illustre bien un grand classique policier. Quand cela commence vraiment à chauffer, on ne fait pas dans le détail: on embarque à peu près tout le monde, sans trop regarder – quitte à ce que la justice ensuite fasse le tri: sépare le bon grain de l'ivraie, comme on dit.

08/11/2012

Un rappel à l'ordre (linguistique)

Veiller au bon usage de la langue française: on ignorait que cela faisait partie des missions du CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Mais oui, visiblement. Pour preuve, ce rappel à l'ordre énervé que l'organe régulateur de la radio-télé vient d'adresser aux chaînes, relatif à «deux incorrections fréquentes sur les antennes».

La première concerne un «accord sylleptique» incorrect: celui du mot "personne". «La faute d’accord qui consiste à considérer ce substantif comme un nom masculin se généralise à la télévision». Exemples relevés par le CSA: «Ces personnes aimeraient que le regard sur eux change», «5 000 personnes sont morts», ou «Plus de cent personnes étaient présents». Citant La Bruyère («Les personnes d’esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments»), les lettrés du gendarme de la télé admettent qu'une telle incorrection ne date pas d'hier. Mais la condamnent: «Cet accord ne se fait pas en français contemporain».

Deuxième remarque: «"Près de" ou "prêt": il faut choisir». Le CSA a constaté que, dans les médias français, quand la locution "près de" indique la proximité dans le temps et devient synonyme de "sur le point de", «elle est souvent confondue avec la locution adjectivale "prêt à", qui signifie "disposé à, ayant l’intention de, apprêté pour"». «Non seulement les mots, mais aussi les deux constructions, sont confondus et donnent naissance à une locution hybride, "prêt de", dont il est parfois impossible de saisir le sens». Exemples? «La situation n’est pas prête de changer» (au lieu de «La situation n’est pas près de changer»), ou «La pluie n’est pas prête de s’arrêter» (pour «La pluie n’est pas près de s’arrêter»).

A en croire le CSA, ces deux fautes se retrouvent «plus souvent dans les médias audiovisuels, mais également dans la presse» écrite.  

On en prend bonne note – on promet d'essayer, du moins. 

07/11/2012

Un gros déploiement policier

Police, Sécurité, Football, Sports, ParisGros déploiement policier dans notre quartier du onzième arrondissement, depuis 24 heures. Depuis qu'un spectaculaire coup de filet a été opéré hier à la mi-journée: dans un petit hôtel de la rue Saint-Sébastien – un de ces hôtels 2 étoiles sans façon, à 60€ la nuit, comme on en trouve tant à Paris. En effet, le hasard a voulu que ce soit cet établissement qu'avaient choisi, pour séjourner, les supporteurs de foot croates dont on parlait hier, qui ont commis du grabuge lundi soir dans le quartier Bastille.

Du coup, quelque 80 de ces hooligans ont été cueillis hier midi par les policiers, à leur sortie de l'hôtel. Le coup de filet a été mené conjointement par la préfecture de police de Paris et la division de la police nationale plus spécifiquement chargée de la lutte contre le hooliganisme. Il ne s'est pas passé sans mal. Des hooligans, en effet, ont réussi à prendre la poudre d'escampette dans le quartier, ce qui a donné lieu à deux bonnes heures de jeu du chat et de la souris avec les pandores, dans une ambiance sonore de «pin-pon» qui donnait l'impression d'être dans une sérié télé policière.

Les Croates ont été placés en garde à vue, pour avoir enfreint l'arrêté pris dimanche soir par le ministre de l'Intérieur, qui leur interdisait de circuler dans Paris jusqu'à mardi minuit. Ils ont rejoint leurs collègues supporteurs qui, depuis lundi soir, après les bagarres dans le quartier Bastille, sont poursuivis pour violences volontaires aggravées et participation à un attroupement armé.

Le maire de Paris a condamné les «scènes inacceptables» dont le quartier Bastille a été le théâtre lundi soir. Et a réclamé que soit mené un «travail d'investigation sans concession», pour «sanctionner fermement tous les auteurs et complices des ces débordements». Ce matin encore, de nombreux policiers sont déployés dans le quartier Saint-Sébastien.

06/11/2012

Une bataille rangée

Début de semaine nocturne agité, décidément, dans notre onzième arrondissement. Après l'assaut donné dimanche soir par la police au squat de mal-logés de la rue de Charonne, de violents incidents se sont déroulés hier soir dans les environs immédiats de la place de la Bastille. Cette fois, ce n'était pas le jeu du chat et de la souris entre activistes et forces de l'ordre. Mais un autre jeu: la course-poursuite entre bandes rivales de hooligans.

Protagonistes de cette bataille rangée: les supporteurs des deux équipes de foot qui s'affrontent ce soir au Parc des Princes, pour un match jugé à haut risque (sécuritaire): le Paris St-Germain et le Dinamo Zagreb. Hier soir en ville, des heurts ont opposé les partisans des deux camps. Heurts que la police a décrits comme ayant été très violents. Passages à tabac, jets de pétards et de fumigènes, vitrines cassées et poubelles incendiées: aux alentours de minuit, le quartier Bastille a vraiment eu chaud. Certains passants, cernés par les belligérants déchaînés, n'ont eu d'autre choix que de prendre leurs jambes à leur cou et de trouver refuge, complètement affolés, dans des cafés qui, heureusement, n'avaient pas encore fermé.

Ces échauffourées ont fait, outre les dégâts matériels, deux blessés dont un grave. Et elles ont donné lieu à 24 interpellations – de supporteurs croates, essentiellement.

Cela promet pour l'ambiance en ville, ce soir: en marge et à l'issue du match.

05/11/2012

Un jeu, de saison

Paris, Logement, Pauvreté, Social, PoliceDimanche soir agité, dans notre onzième arrondissement. C'est que, comme chaque hiver à Paris, se déroule à nouveau le jeu favori de la saison: celui du chat et de la souris.

Jeu qui oppose les militants contre le mal-logement aux forces de l'ordre: les premiers occupant des immeubles vides, les seconds les en délogeant. En ainsi de suite, jusqu'à l'année suivante. En attendant, sur le fond, rien ou pas grand-chose ne change: en dépit de l'alternance politique qu'a vécue au printemps le pays, il y a l'air d'avoir toujours autant, voire davantage, de miséreux dans Paris – dans le métro, par exemple, c'est assez effarant.

Hier, la partie s'est déroulée dans le quartier Charonne, qui jouxte Bastille. Une cinquantaine de mal-logés – dont 10 enfants –, réclamant un logement social, avaient investi et occupaient un immeuble vétuste et vide, voué à la démolition. Rejoints ensuite par des militants et sympathisants, les squatteurs ont grossi en nombre et en visibilité. Jusqu'à hier soir. Plusieurs escouades de CRS ont été envoyées sur place. Vers 23 heures, les policiers ont forcé l'entrée du squat. Ses occupants, réfugiés au deuxième étage, ont entamé un face-à face, tendu, avec les forces de l'ordre, scandant des «Non, non, non aux expulsions!» Vers minuit, l'immeuble a été entièrement évacué, et ses occupants embarqués manu militari au commissariat. Fin de la partie. Jusqu'à la prochaine fois.

02/11/2012

Une grève évitée de justesse

Le Parisien moyen n'en a sans doute jamais rien su: ce conflit social n'a été que très peu médiatisé. Il n'empêche, il s'en est fallu de peu qu'il ne puisse pas, hier, se rendre au cimetière – comme le veut la tradition, le 1er novembre. Un préavis de grève, en effet, avait été déposé par un syndicat des personnels. Et il n'a été levé qu'in extremis.

Le syndicat à l'origine de ce mouvement proteste (ici) contre le régime de travail en vigueur à Paris depuis 2008, concernant le jour de la Toussaint. Il «impose une obligation de service à tous les personnels de la surveillance affectés dans les cimetières parisiens». Auparavant, en revanche, la mairie fonctionnait sur le principe du volontariat: ce jour férié-là, ne travaillaient que les agents qui le voulaient bien. Le système actuel, selon ses opposants, «a pour répercussion de mettre les agents de confession chrétienne dans l’impossibilité de participer, ne serait-ce qu’une fois tous les deux ans, aux offices religieux de la fête de tous les Saints».

«On est assez en colère, c’est de la discrimination. On nous manque de respect», a fulminé le dirigeant du syndicat, après une infructueuse réunion de conciliation tenue à la mairie. Réunion à la suite de laquelle, néanmoins, le mot d'ordre de grève a été levé, la veille du jour J. Levé «par respect pour les familles», et par souci de «ne pas troubler la paix de nos cimetières, en ce jour de recueillement». Hier donc, en attendant d'éventuelles suites juridiques à ce dossier – un recours devant les juridictions du travail n'est pas exclu –, les Parisiens ont pu se recueillir dans les cimetières. Aux grilles d'entrée desquels les candidats grévistes ont renoncé à s'enchaîner, comme ils l'avaient imaginé.

Un tel mode de protestation, dans un tel contexte et dans de tels lieux, cela aurait assurément été assez spectaculaire, voire aurait pu tourner à l'incident.

31/10/2012

Un cache-misère

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeAprès les fins de mois difficiles qu'on évoquait hier, passons d'un extrême à l'autre, et évoquons aujourd'hui l'hôtellerie parisienne de grand luxe. Pour revenir sur ce conflit social qui agite le «Ritz» depuis un petit temps, dont on avait parlé le mois dernier (ici). Il porte sur les modalités d'indemnisation des travailleurs, pendant la fermeture (pour rénovation) du palace de la place Vendôme. Hier, la justice a tranché, et le syndicat CGT a été débouté.

Tant qu'on y est, signalons cet autre différend dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler, concernant lui aussi un hôtel parisien de luxe. Il s'agit cette fois du «Concorde Opéra»: un 4 étoiles situé non loin de la gare Saint-Lazare. Là, le climat est tel qu’il a donné lieu à une manifestation, tendue, des employés.

 

En cause, un incident ayant troublé la quiétude des lieux, cet été. Le jour de juillet où une jeune Ethiopienne de 24 ans, employée de maison d’une famille émiratie qui séjournait dans une suite de l'hôtel, a réussi à fausser compagnie à ses employeurs. Puis à les dénoncer à la police, comme des esclavagistes modernes (confiscation de son passeport, mauvais traitements, etc.). Ce fut notamment possible grâce à quatre membres du personnel de l'établissement, qui organisèrent cette opération de sauvetage. Mal leur en a pris. Selon la CGT (ici), ils ont ensuite été «sanctionnés» par leur direction, pour s'être mêlés d'un peu trop près de la vie privée de clients aussi fortunés. D'où la manifestation des membres du personnel devant l'hôtel, aux cris de «Non à l’esclavage, Non à la répression syndicale!»

 

La direction du «Concorde Opéra» a démenti tout «acharnement» envers les syndicalistes. Et a justifié le blâme qu'elle leur a infligé par le fait qu'ils n'avaient pas respecté la procédure interne: n'avaient pas averti leur direction avant d'appeler la police. Le litige pourrait se régler devant les juridictions du travail.

 

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeEn attendant, une des principales associations de lutte contre l'esclavage moderne a salué () l'action des employés du «Concorde Opéra». Et, de manière plus générale, a rappelé que l'information donnée par le personnel des palaces lui est «indispensable» pour pouvoir remplir sa mission d'aide aux victimes. Car «ce n'est pas la première fois que nous sommes avertis ainsi de situations d'esclavage domestique dans de grands hôtels» de la capitale française.

 

Comme quoi, à Paris aussi, parfois, le luxe et le raffinement peuvent servir de cache-misère, indigne, aux réalités les plus glauques.

30/10/2012

Une «expérience unique», jusqu'au «désastre»?

Piquante coïncidence. L'armée française, en ce moment, se débat, comme l'an dernier, avec un énorme problème de logiciel informatique. Il entraîne des retards et des erreurs dans le paiement des soldes, qui plongent d'innombrables militaires et leurs familles dans de grandes difficultés financières. Ce matin encore, sur une radio, on entendait le ministre de la Défense pester contre ce bug «invraisemblable» et «stupéfiant». De son propre aveu, «le désastre est grand». C'est néanmoins ce moment qu'a choisi l'armée pour, ce mardi, lancer... une grande campagne nationale de recrutement.

Sans doute les hauts gradés se disent-ils que, de toute manière, les 15-24 ans, «cœur de cible de cette campagne», ne suivent pas trop les infos dans les médias, et ne sont donc pas au courant de cette pénible actualité – qui ne doit pas vraiment donner envie de s'engager.

Ce recrutement 2012 est moins tapageur que celui de 2010, qui avait fait grand bruit (relire notamment ici). Il promet toutefois de faire vivre «une expérience interactive et unique» aux jeunes. En participant à un jeu vidéo baptisé «À l'épreuve de l'air», ils pourront «passer à l'action»: prendre part «à une série de missions aériennes virtuelles directement inspirées de la réalité des militaires de l'Armée de l'air».

Jeudi, sera lancée aussi une websérie, dont les ses six épisodes seront diffusés pendant tout le mois de novembre sur la chaîne MSN Divertissement. Et l'armée, qui, mais oui, est branchée, précise qu'il s'agira d'un «dispositif relayé par un plan média sur MSN®, Windows Live® et Xbox LIVE®».

Les protagonistes de cette télé-réalité kaki? Deux internautes, recrutés par casting. «Amandine et Paul ont été sélectionnés pour vivre les métiers des aviateurs en immersion totale sur une base aérienne de l’armée de l’air. Les deux candidats incarnent tour à tour un contrôleur aérien, un pompier de l’air, un mécanicien armurier ou encore un commando de l’air dans leur vie quotidienne».

On ne sait si les concepteurs de cette campagne ont poussé le souci du réalisme jusqu'à faire vivre aux participants «l'expérience unique»... des fin de mois difficiles, dues au «désastre» de l'informatique militaire: les comptes bancaires en découvert, les crédits qu'on ne peut plus rembourser, les coups de fil énervés du banquier, les coûteux agios que, bien entendu, il ne manque pas de prélever, etc.

Encore bravo.

29/10/2012

Une invasion «agressive» et «irrespectueuse»

Paris, Transports, Métro, Publicité, ActivismeDans le métro de Paris, depuis plusieurs années déjà, sévissent «Les Déboulonneurs». Ces militants anti-pub mènent des opérations coup de poing, lors desquelles ils barbouillent les panneaux publicitaires. Ils ont déjà été plusieurs fois condamnés en justice, mais cela n'a pas empêché un nouveau collectif anti-pub, plus soft, de voir le jour dernièrement, dans la capitale.

Baptisé «Les Reposeurs», il milite tout autant contre l'invasion de la voie publique par la réclame. Mais il privilégie, lui, un mode d'expression moins susceptible de lui valoir des procès. Il colle «gentiment» des petits messages sur les panneaux publicitaires, avec de l'adhésif ou des autocollants repositionnables. Des messages avec des slogans comme «Publicité=pollution visuelle et mentale», «La pub fait dé-penser», ou «Faites l'amour, pas les magasins».

En ce moment à Paris, dans le réseau de la RATP, on voit un peu partout les petits papiers colorés des «Reposeurs». Les usagers du métro ne se pressent pas pour enlever ces slogans activistes des panneaux sur lesquels ils sont apposés. Pas étonnant, au vu du dernier sondage en date concernant la pub et les Français.

L'institut CSA, qui l'a réalisé, en tire comme principal enseignement la «légère amélioration de l’image de la publicité», dans l'opinion. Témoignerait notamment de cette «légère décrispation», la diminution de cinq points, en un an, du nombre de gens se disant publiphobes (32%). Une telle lecture de ce sondage est vraiment très lénifiante. Ce qui y est frappant, surtout, c'est la confirmation de l'ampleur du désamour des Français pour la pub. Ainsi, deux sondés sur trois la trouvent «banale» (66%), «envahissante» (76%), et «irrespectueuse des consommateurs» (64%). Et un Français sur deux la juge «agressive» (54%), voire «dangereuse» (50%).

Les militants anti-pub, «Déboulonneurs», «Reposeurs» ou autres, jouent donc sur du velours.

26/10/2012

Un progrès encore à faire

Les chauffeurs de taxi, à Paris. Comme les garçons de café, ils traînent depuis des lustres une réputation assez peu flatteuse, en termes d'amabilité notamment. A en croire un classement international publié cette semaine, ils ont, en effet, encore pas mal de des progrès à faire.

Les critères pour édifier ce palmarès étaient la propreté du véhicule, la gentillesse du chauffeur, sa connaissance de la ville, sa sociabilité, la qualité et la sécurité de sa conduite, la disponibilité du taxi, ainsi que ses tarifs. Au total, les chauffeurs de taxi parisiens ne sont arrivés qu'en 17ème position. En chute de sept places en deux ans. Et très loin derrière leurs homologues londoniens, qui ont remporté la palme pour la cinquième année consécutive. Les taxis de New York, de Tokyo, de Shanghaï ou de Bangkok seraient donc meilleurs que ceux de Paris.

On aurait été bien en peine de donner un avis pertinent, si on avait été invité à participer à cette enquête. Les taxis de Paris, en effet – hormis peut-être, de temps à autres, pour des trajets jusqu'à Roissy –, cela fait des années qu'on ne les prend plus. Après, pendant des années, les avoir cherchés mais le plus souvent en vain, quand on en avait besoin.

25/10/2012

Une inscription

Paris, SocialCette inscription, de taille énorme, vue sur un mur de notre quartier du onzième arrondissement: peinturlurée par un quidam manifestement désorienté, ne sachant que faire. «Too proud to beg, too dub to steal». Ou, en français, «Trop fier pour mendier, trop maladroit pour voler».

On ne sait si, prochainement, sur un autre mur de notre arrondissement, on trouvera une suite à ce message.

Vu les derniers chiffres mensuels du chômage en France, tombés hier et une nouvelle fois catastrophiques, on ne serait pas trop étonné de croiser, un de ces jours, en lettres capitales désespérées, un «Trop âgé», «Trop jeune», ou «Trop peu formé» «pour travailler».

24/10/2012

Une autorisation, bucolique

Puisqu'on évoquait l'Assemblée nationale dans ce blog hier, cette autorisation qu'a donnée son nouveau président, le socialiste Claude Bartolone. Un feu vert certes infiniment anecdotique, mais néanmoins joliment bucolique. L'accord que, sur le toit du Parlement, l'on installe... des ruches.

La demande avait été faite par un député UMP, dont le suppléant est lui-même apiculteur. Pour ce parlementaire, ce faisant, «la représentation nationale, montrant comme il se doit l’exemple, participerait concrètement à la protection d’une espèce en difficulté et pourtant essentielle à la conservation de la biodiversité»: les abeilles. Ce sera donc chose faite.

L'histoire ne dit pas si ce miel provenant d'un Parlement désormais majoritairement à gauche sera, ou non, accessible à toutes les bourses. S'il sera, par exemple, plus abordable qu'un autre nectar issu lui aussi de toits parisiens fameux: le miel de l'Opéra Garnier.

Qui, à 15€ les 125 grammes, doit être le miel le plus cher et le plus chic du monde. A ce prix-là, il peut bien être bon.

23/10/2012

Un avantage maintenu

Presse, Médias, Journalisme, Parlement, EconomieLe volet recettes du projet de budget 2013 en cours d'adoption, aujourd'hui, par les députés. Avec 20 milliards d'impôts et de charges imposés aux particuliers et aux entreprises. Dans le cadre de cet effort général d'austérité, le gouvernement a sabré dans nombre de «niches fiscales» – ainsi que l'on appelle, en France, les exonérations fiscales, abattements, etc. Mais la «niche» bénéficiant aux journalistes, elle, cette année encore (relire ici), a été épargnée. Ils pourront donc continuer à déduire 7650€ de leurs revenus, au titre de l'«allocation pour frais d'emploi».

Au Parlement, une vingtaine de députés sarkozystes ont tenté de faire supprimer cette «niche», ou, au minimum, de réduire de 10% son montant. En vain. Le budget «soumet les Français à une hausse d'impôt sans précédent. Tous les Français doivent contribuer à cet effort», a-t-on justifié, sur les bancs de l'UMP. En pure perte. La gauche a refusé de toucher à cette «niche» médiatique. Argumentant que son montant n'avait pas été revalorisé depuis treize ans, et qu'il s'agissait «moins d'une aide à une catégorie professionnelle qu'à un secteur professionnel, la presse écrite: en situation très délicate, et indispensable à la démocratie», dixit le ministre du Budget. «Beaucoup de secteurs en difficulté pourraient vous dire: "Pourquoi pas nous?"», lui a répondu un député centriste.

Sur le fond de cet avantage accordé aux journalistes, on a déjà écrit (ici) ce qu'on en pensait, on ne va donc pas se répéter.

Sur l'opportunité de son maintien, on notera juste que cela a de nouveau permis à la droite d'ironiser sur les cadeaux faits par un pouvoir de gauche à une corporation journalistique présentée par l'UMP comme étant globalement de gauche – les journalistes de droite apprécieront. Au risque d'alimenter une fois de plus l'éternel soupçon, pénible, de connivence entre pouvoir et médias.

«Dans chaque niche fiscale, se cache un chien», a-t-on coutume de dire en France. A propos de ces «niches» qui, année après année, sont invariablement maintenues, le pouvoir redoutant les aboiements de leurs bénéficiaires censés féroces. «Je ne compare pas les journalistes aux chiens, mais je remarque qu'ils peuvent être, par leur plume, extrêmement mordants...», a raillé une députée UMP...