27.03.2012
Un slogan revisité
Jean-Luc Mélenchon, encore lui, à nouveau en vedette, ce mardi. Car, dans le dernier sondage Ipsos-Logica, publié ce matin, le tribun populiste progresse encore. Il est désormais crédité de 13% des voix (+1,5%). Sans doute est-ce notamment l'effet du succès de son grand rassemblement à Bastille, dimanche dernier.
Mélenchon, tiens. L'autre jour, dans notre onzième arrondissement, passant devant une ribambelle d'affiches vantant le candidat du Front de gauche, on tombe sur deux ados en arrêt devant sa bobine, et qui se grattent la tête. «Heu... Le verbe prendre, avec tu et à l'impératif, t'écris ça comment? Avec d ou ds, à la fin»?, entend-on l'un des deux demander à son copain. «Ds, je dirais. Mais pas sûr», hésite le deuxième. «Ds», leur confirme-t-on charitablement en passant, avant de poursuivre notre chemin. Vingt minutes plus tard, on repasse devant les affiches. Les deux gamins ont disparu. Le slogan emblématique du Mélenchon, «Prenez le pouvoir», a été rebaptisé au gros marqueur noir. Cela donne: «Prends DU FRIC!» Et ses affiches ont été maculées d'un énorme A en lettre capitale et entouré d'un cercle: la signature des anarchistes.
Les anars recrutent décidément bien jeunes, cette année – ces deux gamins n'avaient même pas l'âge d'être lycéens: tout juste collégiens. Et, au vu de leur maîtrise de la conjugaison, ils n'avaient pas encore tout lu de Bakounine ou de Proudhon.
Mais, qui sait, l'adage sur la valeur qui n'attend pas le nombre des années vaut-il aussi pour l'activisme.
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23.03.2012
Une ambiance pesante
Rue des Rosiers, au coeur du Marais juif. Le monde et l'animation commencent à revenir, a-t-on constaté ce matin. Ces derniers jours, en revanche, au moment et dans la foulée de la tuerie antisémite de Toulouse, il était vraiment frappant de constater combien l'ambiance était pesante jusque et y compris dans ce quartier de Paris.
Des rues beaucoup moins fréquentées qu'en temps normal. Des queues beaucoup moins longues que d'habitude devant les comptoirs à falafel. Des policiers qui patrouillent. Des riverains qui, par petits groupes, conversent à voix basse, la mine grave. Rue Pavée, à deux pas, on était passé l'autre jour devant la synagogue au moment où y prenait fin une cérémonie de mariage. Ni flonflons, ni coups de klaxon, ni ostentation: là aussi, des mines graves. A leur sortie de la synagogue, le soleil printanier resplendissait, les jeunes mariés étaient beaux comme des coeurs. Mais on voyait bien que l'heure était à la retenue dans l'expression de leur bonheur.
Triste et pesante aussi, l'ambiance jusqu'à hier aux abords des écoles de notre onzième arrondissement. Des policiers en armes pour surveiller l'arrivée et la sortie des écoliers dans le quartier Oberkampf/Saint-Maur. Quartier sensible: une mosquée, une école juive, etc. Des fourgons de police aussi dans le quartier Saint-Antoine, aux abords de l'église réformée protestante. Pas un policier, par contre, devant l'école catholique à Bastille. Rien que cette répartition géographique des forces de l'ordre placées en état d'alerte maximum rappelait le caractère odieusement stigmatisant des attentats de Toulouse.
Rue des Rosiers encore, pour terminer. C'est là qu'il y a trente ans, le 9 août 1982, avait été perpétré un attentat antisémite meurtrier. Une fusillade et une grenade lancée devant le fameux restaurant juif Goldenberg. Six morts, une vingtaine de blessés.
Le restaurant a fermé. Comme tant de lieux symboliques de la mémoire juive du Marais, il a été remplacé par une boutique de fringues – une de plus. Mais la plaque commémorative en mémoire de cet attentat antisémite figure toujours sur l'immeuble.
Trente ans plus tard et particulièrement cette semaine, cela apparaît comme étant vraiment la moindre des choses.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, police, sécurité, immigration, racisme, histoire, education
23.06.2011
Une histoire mouvementée
Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.
D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.
Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.
Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.
PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.
12:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : education, institutions, histoire, culture, personnalités, sarkozy
21.06.2011
Une violence inouïe (encore)
Cela s'est passé hier. Et cela renvoie assez bien – si l'on ose dire – à la sauvagerie contemporaine qu'on évoquait l'autre jour (ici), à propos de ces deux ados de 14 et 15 ans qui, début juin dans notre onzième arrondissement, avaient massacré à coups de marteau un passant qui venait de retirer 20 euros au distributeur. Cette fois, les faits se sont déroulés loin de Paris: devant un collège d'un village jusqu'à présent tranquille proche de Béziers, dans l'Hérault (Languedoc-Roussillon). Une écolière âgée de 13 ans a succombé après avoir été passée à tabac par le grand frère de sa copine avec laquelle elle s'était embrouillée pour une histoire de garçon – une broutille d'ado qui avait fini par s'envenimer sur Facebook. Son meurtrier présumé n'a même pas 15 ans.
Pour en revenir à la région parisienne, la préfecture de police a donné dernièrement quelques chiffres relatifs à la délinquance des mineurs. Selon ces statistiques, la part des mineurs impliqués dans les faits de délinquance recensés à Paris et dans sa banlieue a encore augmenté par rapport à l'an dernier: de 4,9%. Au cours des cinq premiers mois de 2011, près d'un crime et délit sur cinq (19%) a été commis par un mineur. Ce qui donne, sur la même période, près de 15.300 jeunes mis en cause dans des faits de délinquance.
La part prise par les filles dans cette délinquance juvénile est elle aussi en augmentation. Par exemple, la préfecture a noté l'implication de plus en plus grande de ces mineures dans des vols avec violence. C'est donc toujours ce si pénible processus vers l'égalité hommes-femmes, y compris dans la violence voire la sauvagerie, qui est en marche – on en avait parlé (ici), il y a deux mois.
11:13 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, jeunes, education, femmes, paris
17.06.2011
Une épreuve, des résultats
«Ressentir l'injustice m'apprend-il ce qui est juste?», «L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même?», ou «L'art est-il moins nécessaire que la science?» Quelques-unes des questions existentielles qui figuraient donc parmi les sujets de dissertation du bac de philo, hier. Si vous voulez élire votre sujet préféré parmi ceux-ci et d'autres qui ont été proposés ces dernières années, une radio française organise une consultation: ici.
A l'occasion de ce bac 2011, la presse française, qui parfois peut être malicieuse, s'est amusée à aller retrouver les résultats qu'avaient obtenus à l'épreuve de philo les bacheliers qui, aujourd'hui, briguent ou pourraient briguer l'Elysée. Nicolas Sarkozy, décidément peu philosophe, n'a obtenu que 9/20 à cette épreuve. Jean-Louis Borloo, son ex-ministre et futur possible rival à droite pour 2012, a fait deux fois mieux: 18/20. Quant à François Hollande et Martine Aubry, aujourd'hui au coude à coude dans les sondages pour l'investiture socialiste, à l'époque déjà, ils étaient à égalité: 13/20.
Interrogé sur ses performances d'adolescent, le ministre de l'Education, Luc Chatel, a fait sangloter dans les chaumières en révélant qu'il n'avait pu passer cette épreuve de philo en juin, cette année-là. Car, à ce moment, il était hospitalisé pour une méningite foudroyante. Il passa donc le bac de rattrapage en septembre. Avec succès, mais cela ne l'a pas empêché, l'autre soir sur un plateau de télé, de sécher misérablement sur un problème figurant au programme des élèves de CM2 – pour les lecteurs non-français de ce blog: des écoliers âgés de 9 ou 10 ans. Ce n'était pourtant qu'une banale règle de trois.
Au moins ledit ministre sait ce qu'il lui reste à faire si d'aventure en 2012 il était, comme son Président, renvoyé dans l'opposition: un bon petit recyclage.
12:07 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, culture, gouvernement, elections présidentielles, sarkozy, hollande, aubry, borloo
01.04.2011
Un message
Coup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».
A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.
Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.
Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.
30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.
Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.
(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».
11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, éducation, gouvernement, communication
12.05.2010
Une équité
«Travailler plus pour gagner plus». C’était un des slogans emblématiques sur lesquels Nicolas Sarkozy s’était fait élire à l’Elysée, en 2007. Avant que la crise mondiale vienne dynamiter cette promesse. «Payez plus si vous gagnez plus», lui a rétorqué hier le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë.
Mardi, en effet, le conseil municipal a voté un nouveau régime de facturation des repas des cantines scolaires, où déjeunent chaque midi 130.000 enfants parisiens. Auparavant, ces tarifs variaient d’un arrondissement à l’autre. Désormais, ils seront harmonisés. Surtout, ils varieront en fonction du revenu des parents et de la taille du ménage. Ce qui, selon la mairie, permettra aux parents les moins fortunés de ne payer que 13 centimes d’euro par repas et allégera la facture globale de 65% des familles. Pour la majorité, dès lors, il s’agit d’«une vraie réforme de justice sociale et d'égalité».
Les élus sarkozystes et néocentristes, cependant, ont voté contre. Parce que, selon eux, ce nouveau dispositif est «encore un coup porté aux classes moyennes, qui vont voir leur tarif monter de plus de 25%». Hier, à un JT du soir, on voyait un maire UMP d’arrondissement tempêter. On avait vraiment du mal à le suivre. Il ne mentionnait pas que la principale fédération de parents d’élèves aurait voulu (ici) que ces nouveaux tarifs soient plus progressifs encore. Il ne commentait guère l’argument de la mairie selon lequel, l'un dans l'autre, «cela fera 30 € d’augmentation par mois pour un couple qui touche 7500 €». Et ne s’étendait pas sur le fait que, dans tous les cas, même les parents parisiens les plus fortunés ne débourseraient jamais plus de 5€ par jour pour le repas de leur rejeton.
5€. Cela nous semblait un tarif maximum très raisonnable pour un repas, vu le prix du moindre sandwich ou McDo dans la capitale. Et on avait la faiblesse de croire que ces 5€ n’allaient tout de même pas mettre sur la paille les familles résidant dans le seizième arrondissement. Du coup, en écoutant cet élu, on se disait que, vraiment, il y avait des indignations moins légitimes que d'autres.
12:15 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, education
17.09.2009
Une innovation
Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.
Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).
En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.
On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?
(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1.
10:38 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, jeunes, banlieues, education
20.07.2009
Un cafouillis
Un air de vacances flotte sur Paris: «Paris Plages» débute aujourd’hui. Dans la capitale, il est des fonctionnaires qui auraient visiblement bien besoin de vacances mais qui, pour autant, ne sont pas prêts d’en prendre: ces agents qui doivent gérer les suites de deux gros cafouillis survenus ces derniers jours, qui resteront dans les annales de la fonction publique hexagonale.
Ainsi, ce cafouillis concernant l’édition 2009 du baccalauréat. Dans un centre d'examen de la région parisienne, une «erreur matérielle» de saisie des notes s'est donc produite pour les copies du bac de français. Sept lycées parisiens sont concernés, dont des établissements réputés comme le très select lycée Henri IV, une institution du Quartier Latin. A cause de cet «incident regrettable et tout à fait exceptionnel», les relevés de notes de 747 élèves ont dû être revus. Et des vérifications sont en cours pour les notes des 100.000 candidats bacheliers de la région parisienne, pour s’assurer que des erreurs n’ont pas également été commises dans d’autres centres. A Paris, les fonctionnaires de l’Education risquent d’y passer une bonne partie de l’été.
Autre cafouillis et autres agents qui aimeraient sans doute partir à la plage au lieu de se taper à longueur de journées les récriminations de la population: les fonctionnaires qui délivrent les nouveaux passeports biométriques. Ici aussi, cela a l'air d'être la pagaille. Ces dernières semaines, d’ailleurs, devant les bureaux de l’antenne de la préfecture de police située dans notre quartier, on a vu des queues impressionnantes de Parisiens passablement énervés s'étirer sur le trottoir. Le ministère de l’Intérieur assure que «le délai moyen entre le dépôt d’une demande en mairie et le retour du passeport dans la même mairie est actuellement compris entre 7 et 10 jours, et devrait être ramené à 7 jours dans les semaines qui viennent». C’est évidemment une vaste blague. Selon la plupart des témoignages, les délais d’attente pour obtenir ce nouveau passeport peuvent aller jusqu’à deux mois. Rien qu’à Paris en ce moment, plusieurs milliers de passeports sont en attente de délivrance.
Du coup, c’est la galère pour des tas de Français qui étaient un peu trop confiants envers l’administration et qui, le jour programmé de leur départ en vacances, ont dû annuler leur voyage faute d’avoir encore reçu les fameux passeports. Un parlementaire UMP a interrogé le gouvernement sur ces dysfonctionnements, et lui a demandé de faire en sorte que tous ces gens ayant dû renoncer à leurs vacances à la suite de ce cafouillis administratif soient remboursés par leur voyagiste. Car, selon lui, «les usagers ne doivent pas être les victimes» des lenteurs de l’administration. Cet élu n’a pas encore reçu de réponse de l’exécutif, mais il n’y a bien sûr aucune chance que sa proposition aboutisse.
Nul doute que, chez tous ces vacanciers empêchés et sans doute désespérés, l’image de l’administration, de l’Etat en général, et de classe politique en particulier va encore en prendre un coup.
08:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, administration, gouvernement
22.06.2009
Un achèvement
Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s’y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d’innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l’université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.
Dans cette tour comme dans une dizaine d’autres bâtiments de la fac, s’est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d’étudiants, a été parsemé d’incidents et a occasionné d’énormes dépassements budgétaires. On peut d’ailleurs rappeler qu’un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l’Education, Claude Allègre – dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n’est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d’amiante en plein Paris». Et n’au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.
Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l’environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu’est l’amiante en France – pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d’interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l’amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l’amiante dans ce pays.
11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, gouvernement, paris, justice, education
10.02.2009
Un retour
Des médecins avaient tiré la sonnette d’alarme, il y a plusieurs mois déjà. Ils n’ont été que peu écoutés. Et pourtant, ils avaient raison; on s’en aperçoit maintenant. Une vieille maladie est en train de faire son retour en France: la rougeole. L’Institut de veille sanitaire (InVS) note que la «circulation active» de ce virus dans ce pays «s’est intensifiée depuis octobre». Et à présent, cette maladie gagne Paris. Pour preuve, la semaine dernière, une vingtaine de cas ont été détectés dans deux écoles des Hauts de Seine et des Yvelines (banlieue ouest de la capitale). Fin janvier déjà, en Haute-Savoie, une collégienne de 12 ans était décédée de cette maladie.
Car en effet, au-delà des fameuses plaques rouges qu’elle occasionne, et outre le fait qu’elle est extrêmement contagieuse, la rougeole n’est pas une maladie anodine. Mal diagnostiquée et/ou soignée, elle peut dégénérer en pneumonie ou en encéphalite, a fortiori chez les nourrissons, les ados, les personnes immunodéprimées ou les femmes enceintes. Selon les chiffres officiels, 566 cas de rougeole ont été déclarés en France l’an dernier. C’est plus de dix fois plus qu’en 2006 et en 2007 (44 et 40 cas respectivement). Ces cas se répartissent dans 66 départements, ce qui veut dire en gros que les deux tiers de la France métropolitaine sont touchés par l’épidémie.
89 % des personnes frappées par la rougeole l’an dernier n’avaient pas été vaccinées. En France, en effet, la vaccination contre cette affection virale, si elle fortement recommandée et largement appliquée, n’en reste pas moins facultative. Or, note l’InVS, malgré les actions de sensibilisation menées par les Ddass (Directions départementales des affaires sanitaires et sociales), «les données épidémiologiques récentes montrent qu’en France, il existe des communautés d’enfants et d’adolescents insuffisamment vaccinés qui sont propices à la survenue de foyers épidémiques, avec un risque de transmission potentielle à des personnes à risque de rougeole grave».
10:56 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, social, education, paris
17.09.2008
Une pratique
Cette ministre, l’autre jour, a signé au nom de la France, l’appel lancé par le Conseil de l’Europe contre le recours à la pratique de la fessée dans l’éducation des enfants. L’association familiale ne décolère pas. «Sans se prononcer ni pour ni contre la fessée», elle estime que «les parents sont les meilleurs experts de l’éducation à donner à leurs enfants». La ministre est donc sommée de «s’occuper des questions qui la regardent, par exemple le pouvoir d’achat des familles, au lieu de disqualifier les parents par de telles prises de position!»
L’association en profite pour ressortir les résultats d’une enquête sur les châtiments corporels, qu’elle a réalisée l’an dernier auprès de 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants. Il en ressort que la pratique de la fessée est très courante: 95% des grands-parents, 95% des parents et 96% des enfants ont déclaré avoir déjà reçu une fessée. 84% des grands-parents et 87% des parents ont reconnu en avoir déjà donné une. Ce sondage indique également qu’une majorité de grands-parents (61%) et de parents (53%) – mais seulement une minorité d’enfants (39%) – s’opposent à l’interdiction de la fessée.
«Qu’ils soient pour ou contre les fessées, les adultes interrogés ont demandé massivement que les pouvoirs publics se mêlent de ce qui les regarde», écrit l’Union des familles, partant du principe que «chacun éduque son enfant comme bon lui semble, sans abus bien sûr». Du reste, «beaucoup font la distinction entre la fessée bien méritée, qui n’a jamais tué son monde, et les autres châtiments corporels. Les familles ajoutent que ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas forcément pour un autre». Plus de sept parents sur dix (77%) considèrent que les fessées qu’ils donnent ont une visée strictement éducative. Mais 21% des parents reconnaissent qu’il y chez eux aussi une part de défoulement dans l’octroi de cette punition. Un point de vue que partage plus d’un enfant sur quatre (28%).
28%. Ce chiffre est vraiment interpellant. On n’a pas vraiment de souvenir particulier, mais cela doit être vraiment bizarre, quand on est un enfant, d’avoir le sentiment et d’éprouver la sensation que son propre corps est en train de servir d’objet de défoulement, à ses parents qui plus est.
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16.06.2008
Une idée
Le bac commence aujourd’hui, avec l’épreuve de philo ce matin. Pour les très exactement 615.625 candidats bacheliers de cette édition 2008, les jours et les semaines à venir seront synonymes de stress.
Dans la foulée de la note de vendredi, ces deux chiffres: en France, 14,3% des enfants de 3 à 17 ans sont en surpoids et 3,5% souffrent d’obésité. Un des plus grands chefs français, le multi-étoilé Alain Ducasse, vient de lancer une idée originale. Son objectif est de mettre le bac à contribution dans la lutte contre les kilos en trop et pour la sensibilisation aux réflexes de bonne alimentation dès le plus jeune âge. Concrètement, les élèves partenaires de ce projet se verraient proposer de signer un contrat santé. Celui-ci jouerait sur deux ans. A l’issue de cette période, si ces candidats bacheliers sont parvenus à maintenir leur poids en équilibre, ils gagneraient des points supplémentaires au bac.
Le grand chef va soumettre sa petite idée aux ministères de la Santé et de l’Education. Ce dernier, en attendant, a fait distribuer ce matin une barre chocolatée au quelque demi-million de candidats bacheliers planchant sur la philo, histoire de leur fournir un peu d’énergie nécessaire mais aussi beaucoup de glucides supplémentaires.
10:55 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Education, Santé, Obésité, Gastronomie, Art de vivre
01.04.2008
Une idée
Les volontaires de «L’Arche de Zoé» sont toujours aussi illuminés et arrogants: même sortis de prison, ils n’admettent pas avoir commis la moindre erreur au Tchad. Ingrid Betancourt serait en grève de la faim et des soins. Le groupe Arcelor-Mittal n’a jamais reçu d’offre permettant d’espérer le sauvetage de l’usine de Gandrange. L'Education confirme que des milliers de suppressions d’emplois auront bien lieu dans les lycées. Une jeune femme de 23 ans est décédée à Rennes d’une méningite à méningocoques. L’opération Sidaction, ce week-end, a encore fait un moins bon résultat que l’an dernier. C’est l’actu entendue, lue et vue en ce premier jour d'avril. Cela aurait pu n'être que de (mauvais) poissons. Hélas, c’était la pure et dure réalité. Les traditions se perdent. Vivement demain.
10:40 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Langue française, Culture, Gouvernement, Education, International, Economie, Femmes
03.07.2007
Un modèle?
En boucle pendant toute la journée et sur tous les médias de France donc hier (journée de proclamation des résultats du bac), ces sempiternels sujets (tout de même journalistiquement un peu paresseux) sur des adolescents en pleine crise d’hystérie ou de désespoir au moment de découvrir leur note fatidique.
Au téléphone hier soir avec un copain un brin déprimé: pour la deuxième année consécutive, son gamin a une moyenne un fifrelin en dessous de 10/20, ce qui le contraint à l’oral de rattrapage.
Il y a une bonne trentaine d’années, un autre élève avait été décrit par son correcteur du bac comme «pas brillant, plutôt le profil du dilettante». 9/20 en philo, 8/20 en maths, à peine 11/20 en éco: ses notes n'étaient vraiment pas terribles. Il n’avait dû son salut qu’à l’oral de rattrapage, et ses médiocres résultats au bac lui avaient ensuite fermé la porte de l’ENA.
Du coup, il s’était rabattu sur la carrière d’avocat. Avec un certain succès. Ce bachelier très moyen s’appelait... Nicolas Sarkozy. Comme quoi...10:25 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Education, Jeunesse, Sarkozy



