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23/05/2008

Une alerte

On a vraiment cru qu’on avait la berlue. C’était hier. Soudain, dans tout Paris ainsi que dans trois départements de la petite couronne parisienne, les sirènes du Réseau national d’alerte ont retenti. Ces sirènes, qui datent de la guerre 40-45, sont supposées alerter la population en cas de catastrophe majeure: nuage toxique, accident nucléaire, etc. Du  coup, évidemment,  la brigade des sapeurs-pompiers de Paris a reçu d’innombrables coups de téléphone de gens angoissés. Des citoyens d’autant plus inquiets qu’on était un jeudi. Or, ce n’est pas le jeudi mais le mercredi, à midi pile, qu’une fois par mois, sur tout le territoire national, ces sirènes sont testées par un signal d’essai. Donc, dans l’esprit des gens appelant les pompiers, ces sirènes ne pouvaient retentir que pour signaler une catastrophe et non un essai.

 

Finalement, il ne s’agissait que d’une fausse alerte. Ni à Paris ni ailleurs hier, aucun nuage toxique n’a jamais pointé à l’horizon et aucune catastrophe industrielle majeure n’a été déplorée. L'origine de cette fausse alerte n'a pas été déterminée ni communiquée.

 

Voilà qui va de nouveau faire jaser sur l’état des 4500 sirènes d'alerte constituant ce Réseau, dont près de la moitié n’ont pas été remplacées depuis les années 40. Au début des années 2000, un vaste programme de rénovation de ces sirènes avait été élaboré, mais il était longtemps resté dans les cartons faute de budget. A l’époque, plusieurs problèmes avaient été diagnostiqués: anodins en temps normal, mais potentiellement embarrassants en cas de catastrophe.

 

Ainsi, le système de télécommande des sirènes obligeait les préfets à déclencher celles-ci sur l’ensemble du territoire du département - et donc à affoler quantité de gens - même et y compris quand le danger était circonscrit à un seul village ou quartier d’une ville. Autre problème: les sirènes installées dans les usines cataloguées Seveso (établissements à risque élevé, essentiellement dans le secteur de la chimie ou de la pétrochimie) n’étaient pas reliées au réseau général. C’est ce qui explique pourquoi, lors de catastrophe meurtrière de l’usine AZF à Toulouse en 2001, aucune sirène n’a retenti immédiatement après l’explosion, la sirène de l’usine AZF ayant été soufflée par la déflagration.

 

Depuis, le plan de rénovation des sirènes est censé avoir été mis en œuvre. L’incident de jeudi, toutefois, de même que le manque de transparence sur son origine et ses causes, ne rassureront pas les plus paranoïaques sur l’état de la défense civile en région parisienne.

21/09/2006

Un drame oublié

C’était un 21 septembre. On s’en souvient bien.
C’était un vendredi, vers 10 heures du matin. Soudain, les dépêches balisées «URGENT» ont commencé à tomber. Les radios et les télés ont modifié leurs programmes. Les coups de téléphone affolés de la rédaction de Bruxelles n’ont plus cessé. Avec, toujours, cette même et angoissante question: un attentat ?
C’était le 21 septembre 2001, dix jours après l’effondrement des tours du World Trade Center.
Ce n’était pas un attentat. C’était «juste» une catastrophe industrielle majeure, la plus grave que la France ait jamais connue: l’explosion de l’usine AZF à Toulouse. Trente morts, 3.000 blessés, 800 personnes hospitalisées, 28.000 logements endommagés, 15.000 dossiers de réclamations corporelles ouverts, des milliers d’emplois perdus.
11 septembre oblige, cette catastrophe n’a jamais vraiment eu le retentissement médiatique qu’elle aurait amplement mérité.
On a peu dit que l’explosion avait provoqué une secousse équivalente à un séisme de 3,4 degrés sur l’échelle de Richter. On s’est modérément inquiété des conséquences du nuage toxique qui a survolé une grande partie de l’agglomération. On n’a que peu donné la parole aux 5.600 personnes qui, dans les semaines suivant le drame, ont consulté pour des symptômes apparentés à un stress aigu. On a relevé à peine que, dans la zone proche de la catastrophe, un élève sur cinq, un habitant sur dix et 15% des travailleurs ont été blessés.
A l’époque, on s’en souvient, comme il ne s’agissait pas d’un attentat, on n’avait même pas reçu ordre de partir en reportage sur les lieux du drame. On n’avait qu’à peine protesté: le week-end, il est vrai, s’annonçait si radieux à Paris.
Cinq ans plus tard, pas le moindre responsable de cette catastrophe n’a encore été jugé. Ses causes sont toujours controversées. Et nombre de sinistrés attendent encore un emploi ou un logement décent.
Les télés aujourd’hui, sans doute, en parleront un peu.
Un peu.
B.DL.