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02/04/2007

Une tradition qui se perd

medium_poissons.jpgSerait-ce une tradition qui se perd? Ou n’était-on pas trop bien réveillé? A moins qu’on ne soit pas assez futé? Ou que les journalistes, décrédibilisés, n’osent plus trop s’y risquer? Toujours est-il qu’on n’a pas remarqué de poissons d’avril dans les médias français hier, et pourtant ce n’est pas faute d’avoir lu la presse du dimanche, écouté la radio ou regardé les journaux télévisés.
Il a donc fallu se rabattre sur internet, où là les poissons pullulaient: de Bernard Tapie qui rachète l’OM avec des investisseurs chinois au report des élections présidentielles à cause de problèmes dus au vote électronique, en passant par le styliste Christian Lacroix qui relooke les grottes de Lascaux ou le chanteur allumé Francis Lalanne engagé comme entraîneur des Bleus.
En fin de journée, on a cru enfin déceler les fameux poissons dans les annonces de la victoire du PSG contre Lens ou des 15.000 personnes présentes au Zénith pour applaudir la candidate communiste à l’Elysée Marie-George Buffet. Mais non, cela c’était vrai.
On a donc laissé tombé la pêche. En se disant que, finalement, la seule nouvelle de la journée dont il importait vraiment qu’elle ne soit pas fausse venait du bulletin météo: 18 degrés à Paris aujourd’hui – quel beau lundi.
B.DL.

13/02/2007

Un voisin

medium_ilan.jpgC’était il y a un an. Le 13 février 2006, le corps nu et agonisant d’un jeune homme était retrouvé le long d’une voie ferrée en banlieue parisienne. Il succombera peu après.
Il n’avait pas trente ans.
Il s’appelait Ilan Halimi. Il avait été enlevé puis, pendant trois semaines, torturé dans une cave d’une cité par un groupe de caïds auto-baptisé «Le gang des barbares». Ces agresseurs l’avaient kidnappé car ils pensaient qu’Ilan, juif, était d’office fortuné et que donc sa famille allait facilement et largement payer pour le voir libéré.
Ilan était du quartier. Il bossait dans un petit magasin de téléphonie mobile du boulevard Beaumarchais, en bordure du Marais. Comme on passe là au moins deux fois par jour, on a forcément dû le croiser. On était donc voisins. Longtemps, ses anciens collègues ont affiché sa photo à la vitrine de la boutique, et quelques mots disant leur chagrin. Plus, parfois, l’une ou l’autre bougie.
On est passé devant le magasin d’Ilan ce matin. Il n’y avait plus rien. Rideau baissé. La petite boutique, manifestement, a déménagé.
Plus rien ne vient rappeler le calvaire que ce gamin endura et qui pourtant, il y a un an à peine, bouleversa la France entière. Le tumulte de l'actualité sans cesse changeante, parfois, est décidément cruel.
B.DL.

10:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Paris, Actualités

26/01/2007

Un accoutrement

Doudoune, pull grosse maille col roulé type cheminée, bonnet, gants, écharpe kilométrique: on s’est habillé comme pour aller au ski, ce matin. Pour peu, si on en avait eu, on aurait ressorti le damart, le caleçon long et les moonboots (non, peut-être pas les moonboots).
La cause de cet accoutrement? Un "papier d’ambiance" commandé sur les funérailles de l’abbé Pierre.
Pour ce genre de cérémonies, le terme «récit» sera peut-être jugé plus correct par les lecteurs.
En outre, comme on ne s'y est pas accrédité et vu aussi le nombre de hautes personnalités attendues et donc l’ampleur prévisible du dispositif de sécurité, à Notre-Dame, on n'a pas grand chance de pouvoir rentrer. D’autant qu’on n’a pas encore eu le temps d’aller faire la queue à l’Elysée et au quai d’Orsay pour renouveler les documents de presse 2006 et qu’on ne pourra donc qu’imparfaitement montrer patte blanche aux innombrables pandores.
On est dès lors parti pour deux heures de cérémonies suivies sur grand écran depuis le parvis de la cathédrale, avec la compacité de la foule comme seul rempart contre le froid glacial. Cela va être merveilleux.
B.DL.

08/01/2007

Une addiction

Retour d’une semaine loin de tout. Une semaine sans journaux ni magazines, sans radio ni télé, sans fax ni dépêches d’agences de presse, sans téléphone ni ordinateur portable, sans web ni mail, sans blog ni newsletter, sans blackberry ni Palm, sans organiseur ni clé USB, sans port infrarouge ni accès Wifi: une semaine vécue dès lors totalement en dehors de l’actualité.
Or celle-ci, pour tout journaliste normalement constitué, est bien sûr extrêmement et sournoisement addictive. Du coup, comme à chaque fois, les 48 premières heures de cette coupure auto-infligée par rapport aux tumultes du monde furent pénibles: marquées par de véritables symptômes de manque, avec même quelques angoisses en prime. Puis, on a fini par parfaitement s’y habituer, et on n’y a plus du tout pensé.
D'où cette question: plus on vit au rythme quotidien de l’actualité, plus en a-t-on viscéralement besoin? Et inversement: plus on se préserve du bruit ambiant, plus ce silence finit-il par s’imposer comme une évidence?
Dès le retour à Paris, en tout cas, comme instinctivement, on s’est fait plusieurs heures de France Info en boucle. Non sans une certaine excitation: ces six prochains mois en France, l’actualité va vraiment être passionnante.
Au plaisir de continuer à partager ces moments, jour après jour, avec les lecteurs de «Paris Libre».
B.DL.

26/12/2006

Une sensation

medium_superman.jpgLa trêve des confiseurs donc, selon l’expression consacrée. La période de l’année où notamment l’actualité ronronne, se fait laborieuse, s’avachit un peu pauvre fille comme une dinde sur son plat de Noël face à des convives repus par les biscuits apéritifs.
Il y a des journalistes que ce ralentissement de l’actualité visiblement désespère. En a témoigné ce matin la voix d’outre-tombe du confrère de Rosny-sous-Bois annonçant dans le radio-réveil, un peu tôt il est vrai, l’absence du moindre embouteillage à Paris, en Ile-de-France comme dans toute la France.
Il y a en a d’autres qui se réjouissent déjà à l’idée de trouver enfin le temps de faire tout ce que l’actualité habituellement repousse à plus tard: répondre aux courriers des lecteurs, lire plus que survoler les journaux, jeter un œil sur les dizaines d’essais reçus en service de presse, ranger sa documentation, enfin réfléchir à des sujets dictés par autre chose que l’urgence, etc.
Et puis, cela donne une si curieuse impression de travailler quand tout le monde a l’air d’être en congé. Ce matin en allant au boulot, en remarquant combien les rues de Paris étaient si inhabituellement calmes et vides, on retrouvait ce sentiment qu’on éprouve quand on va courir au Bois dix kilomètres malgré le froid, quand on revient d’une après-midi de shopping sans avoir craqué, ou quand on parvient à s’arrêter après une pâtisserie chez Ladurée: cette frissonnante sensation d’être un peu… un héros.
B.DL.

07/09/2006

Un air d'été

medium_chaleur.jpgD'accord, le sujet n'est pas trop passionnant (*). Mais l'effet était saisissant. Hier à Paris, sans crier gare, on s'est retrouvé brutalement projeté deux mois en arrière.
Les terrasses des bistrots à écran plasma bondées jusque tard dans la soirée. Le silence dans les rues mais les exclamations par toutes les fenêtres ouvertes. Les "Oh!", les "Ah!", les "Ouais!", les "Nooooooon!", les "Bien joué!", les "Zidane, il va marquer!" (non, quand même). Tout un pays rivé devant le téléviseur (12 millions de téléspectateurs pour TF1). Les concerts de klaxon pour aller se coucher. Et avant cela, pendant toute la journée, le bonheur de la canicule de juillet retrouvé: 31 degrés au compteur et le retour des ventilateurs, les bermudas et les petites robes d'été, un sentiment d'infinie légèreté.
On n'est pas du genre nostalgique. Pas la nostalgie dégoulinante du Voulzy des "Derniers baisers", en tout cas ("Le soleil soudain est plus pâle/Et nous n'irons plus danser/Quand vient la fin de l'été/Sur la plage").
Il n'empêche, dix jours à peine après la rentrée, on retournerait déjà bien en juillet. Et on se le referait bien, cet été.
B.DL.

(*)Et ce n'est pas le sujet du jour, c'est clair. Mais bon, que penser de cette fusion Suez-Gaz de France?
-De ces dizaines d'heures annoncées de joutes parlementaires enfiévrées, alors que tout le monde sait très bien que l'issue des débats est pliée?
-De ce gouvernement qui présente le texte comme vital pour le pays, mais dit si peu que sans l'accord de l'Europe et des actionnaires (encore à venir), il sera réduit à néant?
-De ces syndicats qui jurent que seul le maintien de GDF dans le public empêchera une flambée des tarifs, alors que ce même statut public n'a pu empêcher une hausse de 30 % des tarifs ces deux dernières années?
-De cette droite chiraco-sarkozienne qui va batailler pour le projet, alors qu'elle avait promis en 2004 de ne jamais le mener et que nombre de ses hiérarques, en privé, confient leur scepticisme?
-De cette gauche socialiste qui va monter aux barricades, alors qu'il y a quelques années à peine, aux affaires, les Strauss-Kahn et Fabius conduisaient une politique qui, philosophiquement, menait tout droit à cette issue?
Et l'on s'étonnera que l'opinion n'y comprenne rien, ou si peu.

27/08/2006

Une rentrée pas comme les autres

medium_cartable.jpgC’est un grand classique. Un rituel immuable. Chaque dernier dimanche de vacances depuis plus de quinze ans maintenant, on est dans un état un peu second.
Comment dire? D’un côté, on est évidemment enchanté d’être de retour à Paris: il n’a fallu que quelques minutes en redécouvrant la capitale hier pour se demander comment on avait pu la quitter aussi longtemps. On sait aussi qu’il ne suffira que de quelques jours pour se remettre dans le bain, pour reprendre le rythme, pour trouver encore et toujours ce boulot à la fois amusant et passionnant.
Mais, d’un autre côté, on a senti aussi monter une espèce d’appréhension sournoise, un léger pincement au coeur à la pensée de ces centaines de mails qu’on ne trouvera jamais le temps de lire, de cette pile d’un mètre de journaux et de courrier qu’on ne pourra que très rapidement parcourir, de ces innombrables coups de téléphone, dépêches d’agences et flashs de France Info qui, dans quelques heures, vont à nouveau rythmer nos journées. Et, comme chaque année, on s’est souvenu qu’on allait un peu galérer pour simplement retrouver la clé du bureau (qu’on avait délibérément éloigné de notre vue dès la fin juillet), se souvenir du digicode de la rédaction parisienne de «La Libre», ou se remémorer tous ces si fastidieux identifiants et mots de code indispensables au bon fonctionnement de tout ordinateur.
Mais cette année, on ne sait trop pourquoi, on ne se voyait pas revivre à nouveau ce pénible cinéma: supporter une fois de plus une dernière journée de vacances marquée par ce satané «syndrome du dimanche soir» puissance 10.000. L’université d’été du PS, ce week-end, en fournissait une excellente opportunité: on a donc décidé de ne pas attendre lundi matin pour retourner travailler - on a anticipé la rentrée à ce dimanche.
Du coup, ce matin au saut du lit, on était plutôt content: il n’y aurait pas de lundi de rentrée. Et donc pas de dernier dimanche d’été dans un état un peu second.
B.DL.

04/07/2006

Un détail

medium_pizzeria.jpgUn concert de louanges (syndicales notamment, c'est tout dire venant des cheminots) accompagne donc la nomination de Louis Gallois à la tête d'EADS. A l'Aérospatiale puis à la SNCF, cet homme s'est bâti une réputation de gestionnaire efficace, de conciliateur social hors pair, de bon communicateur et de fin politique, à l'aise aussi bien avec les gouvernements de gauche que de droite -- rappelons que ce chevènementiste à l'origine a été nommé par Alain Juppé.
Louis Gallois a aussi un autre atout, qui n'a peut-être pas été assez souligné ces derniers jours. C'est un homme d'affaires qui a toujours su rester en contact avec le monde réel.
Ainsi, depuis quinze ans, il figure dans le fin fond du classement des grands patrons les mieux payés de l'Hexagone. Il a toujours fui comme la peste toute marque ostensible de richesse. Malgré son irrésistible ascension dans les hautes sphères du business hexagonal, il continue à habiter le même pavillon de banlieue. Et, comme un de ses proches nous l'avait autrefois confié, le week-end, il fréquente toujours aussi régulièrement, en famille, la pizzeria de son quartier.
Un ténor du CAC 40 qui déjeune à la pizzeria du coin avec le petit peuple, sans le faire exagérément savoir qui plus est. Ce n'est pas qu'un détail. Cela devrait peut-être être rendu obligatoire à partir d'un certain niveau de rémunération et/ou de responsabilité.
B.DL.

19/05/2006

Un slogan

Les médias français découvrent que Nicolas Sarkozy peut être détesté. Ces vingt-quatre dernières heures, ils ont passé et repassé en boucle les images et les sons du ministre de l'Intérieur copieusement chahuté au Mali, où il assure en ce moment le service après-vente/après-vote de sa fameuse loi sur l'"immigration choisie". Et ces médias, avec un effarement un peu benoît, d'insister sur le slogan qui fut le plus scandé hier à Bamako: "Sarkozy, raciste!".
On s'en est souvenu ce matin: en fait, on l'avait déjà entendu auparavant, ce slogan. C'était à la fin de l'été dernier à Paris, à l'issue de la série noire d'incendies d'hôtels miteux qui coûta la vie à une cinquantaine d'étrangers. A l'époque, l'étoile Sarkozy brillait au firmament des sondages. C'était avant le karcher, la racaille et les banlieues, avant l'irrésistible ascension de Ségolène Royal, avant le tumulte du CPE, avant la descente aux enfers de la droite et l'atmosphère de fin de règne de l'"affaire Clearstream". Nicolas Sarkozy avait commenté de manière laconique le bilan catastrophique de ces incendies, le mettant sur le compte d'une politique migratoire trop laxiste.
C'était un samedi après-midi. On se trouvait à la Goutte d'Or, un quartier parisien dit difficile, où aboutit et s'entasse tout le flot des précarisés, mal logés et étrangers de la capitale. Soudain, au détour d'une rue, avait surgi une manifestation contre le mal-logement et la précarité. Et un slogan, d'une rare violence, avait fusé: "Sarkozy, raciste! Sarkozy, assassin!".
Dans un premier temps, la foule grouillante et bigarrée des riverains s'était saisie, comme médusée d'entendre un tel slogan, qui plus est lancé par de jeunes militants majoritairement blancs. Très vite, cependant, elle avait rejoint le cortège, l'avait salué de salves nourries d'applaudissements et avait repris rageusement l'invective. On avait alors vu des centaines de femmes, d'hommes, de vieux, d'enfants la scander d'une seule voix. Dans les petites ruelles encaissées, bondées et léprosées, on n'avait plus entendu que cela. Le tumulte était assourdissant. Même les habitants restés chez eux avaient accouru à leurs fenêtres pour participer au lynchage et crier leur haine envers le ministre de l'Intérieur.
On s'était dit alors qu'il y avait vraiment un décalage entre une opinion publique globale présentée comme ayant succombé à la "Sarkomania" et le sentiment dominant dans certains quartiers. On avait convenu que ledit présidentiable n'avait guère à s'en soucier, l'écrasante majorité des habitants de la Goutte d'Or n'étant pas autorisés à voter. Et on avait remarqué qu'à l'époque, de ce slogan, les médias français n'avaient nullement parlé.
Les temps changent, donc. Un peu.
B.DL.

10:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Actualités

18/05/2006

Une belle mise en scène

"Le corbeau nous dit tout". C'est la "Une " du "Le Parisien" ce matin. Le quotidien a décroché un entretien "capital" avec Jean-Louis Gergorin, dans lequel l'ex-dirigeant d'EADS avoue ce que tout le monde savait déjà: qu'il a été le "corbeau" de l'"affaire Clearstream" . Enfin, un des "corbeaux", celui qui a balancé à la justice les faux listings de comptes bancaires oui, mais des listings qui ne contenaient nulle trace de Nicolas Sarkozy -- on n'est jamais trop prudent dans l'aveu.
Le journal vend très bien l'info. En manchette, il publie une photo (genre photo volée de pararazzi) de son journaliste et de l'industriel en train de converser sur un banc du Jardin du Luxembourg. En intérieur, après le surtitre en gras "EXCLUSIF", il décrit Jean-Louis Gergorin comme "un homme traqué", qui "craint pour sa sécurité". Explique que ce proche de Dominique de Villepin "est suivi en permanence par une équipe discrète d'au moins quatre personnes. Equipés d'oreillette et de micros dans les manches, ces enquêteurs en civil, munis de casques de moto pour les filatures dans Paris, ne le lâchent pas d'une semelle".
Le "corbeau", comme tous les autres protagonistes du feuilleton, ne se sent pas moins une victime: "Cette affaire me hante, me ronge. Depuis dix-huit mois, je cherche moi-même à comprendre si j'ai été manipulé". Et le journal d'en rajouter: "Menaces de mort, opérations de déstabilisation, poison du KGB, pénétrations informatiques secrètes, l'univers de Jean-Louis Gergorin ressemble à un véritable polar".
C'est si cinématographie comme journalisme que cela cadre très bien avec l'autre actualité majeure (et concurrente, donc) de la semaine: l'ouverture du Festival de Cannes. Et qu'on pourrait vraiment en faire un film, de cette si romanesque "affaire Clearstream". Des projets en ce sens existent d'ailleurs déjà, a-t-on entendu l'autre jour à la radio. Mais le film, plus que la justice, dira-t-il la vérité?
B.DL.

15/05/2006

Une inflation

On connaissait déjà la "sarkomania", les "sarkozystes", les "sarkophiles", les "sarko-compatibles" et les "sarkophobes". Il faut désormais compter avec les "sarkophages". Comme anthropophages: les hommes politiques qui donc se nourrissent quotidiennement de chair sarkozienne, si l'on a bien compris Brice Hortefeux, le créateur dimanche de ce énième néologisme forgé sur le patronyme de l'omniprésent patron de l'UMP.
Au train où vont les choses, on nous infligera sans doute bientôt les "sarkologues" (les experts en dialectique sarkozyste), les "sarkogéniques" (comme télégéniques: ceux qui passent bien en Sarkozie), voire les "sarkogynes" (comme androgynes: ceux qui, selon le moment, sont sarkophiles ou sarkophobes).
En attendant, la personnalisation aussi poussée du débat politique hexagonal donne des discours du type de celui tenu à la radio ce matin par Jean-Louis Debré. En substance: "Vous savez bien que je ne suis pas spécialement sarkophile, mais je ne suis pas non plus sarkophobe, et la création du terme sarkophage par Brice Hortefeux a été à peu près le seul moment un peu drôle de son intervention dimanche".
Le président de l'Assemblée nationale semblait tellement étourdi par la vacuité programmatique d'un tel propos qu'il s'est séparé de son interlocuteur --qu'il avait qualifié précédemment de "Mon pauvre Monsieur" -- par un "Merci, bonsoir!". C'était un peu funky: il n'était tout de même que 8h30 du matin, à peine.
B.DL.

10:31 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Actualités

12/05/2006

«Une petite révélation»

«Le Monde», l’autre jour, l’avait donné Premier ministrable. A l’en croire, il allait revenir à Paris, reprendre les choses en mains et sauver cette décidément si désastreuse fin de quinquennat de son cher Jacques Chirac, qu’il a déjà tant servi, avec un dévouement filial qui frisa l’abnégation. Et qui, par juges interposés, lui coûta sa fin de carrière. Mais voilà: l’intéressé, vendredi, a courtoisement et joliment décliné la proposition.
On parle d’Alain Juppé, évidemment. Dans «Le Monde 2» de ce week-end, l’ancien Premier ministre (1995-1997) paraît ne pas être enchanté par la perspective de replonger jusqu’au cou dans le marigot impitoyable d’une basse politique hystérisée par la proximité des échéances électorales.
Depuis son «retrait» canadien aujourd’hui, l’homme hier si «droit dans ses bottes», si raide jusqu'à sembler inhumain, si acharné au travail, si technocratement parisien, fait savoir qu’il a redécouvert les vertus d'une vie normale: «Aller conduire les filles le matin à l'école, les entendre chanter en chemin, être là quand elles rentrent le soir et même les aider à faire leur devoir… C'est une petite révélation et c'est un bonheur».
Pour le coup, c’est même une grande révélation. Ou une belle opération de communication.
B.DL.

11/05/2006

Un tee-shirt

Mardi soir en meeting à Nîmes, Nicolas Sarkozy a vraiment lancé sa campagne pour les élections présidentielles, ont analysé maints commentateurs, qui ont accueilli souvent de manière dithyrambique son discours. "Un discours présidentiel, un discours manifeste, un discours de très haut niveau, un discours, honnêtement, comme on aimerait bien en entendre de temps en temps, dans tous les partis politiques, dans une période comme celle-là", s'est ainsi enflammé, l'autre jour à la radio, malgré l'heure matinale, l'omniprésent Alain Duhamel.
Sur la toile, en tout cas, on n'a pas attendu mardi soir pour se lancer dans la campagne présidentielle. Les anti-sarkozystes, singulièrement, se mobilisent sur le web. Témoin, le site du Réseau "Réformistes et Solidaires", qui vend des tee-shirts "ANTI SARKO". De small à extra-large , il y en a pour toutes les tailles et ils coûtent 8€50. Les hommes ont droit à l'assez moche coupe "plutôt large" et les femmes au "coton moulant" a priori plus sympa -- on en connaît quelques-un(e)s qui hurleraient au sexisme.
Le forum consacré à cette initiative donne lieu à des débats musclés entre "parasites gauchos" et "mecs de droite machiavéliques". Cela ne vole pas toujours bien haut. Quand par exemple, en guise de critique politique, le patron de l'UMP est traité de "vermine", se voit reprocher son physique de "nain aux grandes oreilles" ou rappeler ses origines hongroises. Les sarkozystes, évidemment, s'arrangent pour inonder et parasiter ledit forum. Un facétieux internaute rebaptisé "Tonton Nicolas", notamment, y réclame "un tee-shirt mais avec écrit "AVEC SARKO" et en dessous U-M-P.org en XL si possible".
En 2007, la guerre des tee-shirts dans les métros? Les "Anti Sarko" contre les "Ségolène, je t'aime", les "Jospin, reviens!" et les "Besancenot, trop beau"? Cela ferait au moins quelques belles images pour les télés.
B.DL.

10:30 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Actualités

10/05/2006

Un symbole

Les membres du collectif "Devoir de mémoire" ont lancé à leur façon la commémoration, ce mercredi en France, de l'abolition de l'esclavage. Dans la nuit de mardi à mercredi, ils ont mené une action symbolique à l'Assemblée nationale.
Leur cible? La statue de Colbert qui trône devant l'édifice symbolisant la démocratie. Le rappeur Joey Starr, le leader trotskiste Olivier Besancenot et quelques autres militants ont recouvert symboliquement cette statue d'un grand drap noir pour rappeler que ledit Colbert, si célébré dans l'Hexagone, avait été aussi un esclavagiste patenté puisqu'il est le père du Code noir.
Les membres du collectif ont été rapidement maîtrisés par les gardes républicains, puis conduits au commissariat pour un contrôle d'identité. Mercredi matin, ils n'en ont pas moins dénoncé "le fait que ce Monsieur, auteur d'un Code monstrueux, trône devant la Maison du peuple".
Ce n'est pas la première fois que des activistes s'en prennent à un monument symbolique. Il y a plusieurs années déjà, une remuante association de lutte contre le sida habituée des actions aux scénographies spectaculaires s'était attaquée rien moins qu'à l'immense statue représentant la République, érigée sur la place du même nom à Paris.
En plein jour, à la stupéfaction des badauds, les militants, équipés de matériel d'alpinisme, étaient montés à l'assaut du colossal monument, flanqué à ses pieds des statues allégoriques de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité. Parvenus au sommet de la statue, il l'avait affublée d'une grande banderole rose rappelant l'écharpe tricolore arborée par les maires. Sur la banderole, un seul mot en lettres capitales: SEROPOSITIVE.
B.DL.

10:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Actualités

07/05/2006

Un tract

8 mai donc, ce lundi. Encore un long week-end. Mais dans ce pays à nouveau en congé, certains vont descendre dans la rue pour crier.
Le cortège qui défilera à Paris a été baptisé «Marche des indigènes de la République». Sa revendication? «Egalité, justice, dignité pour nos anciens, nos parents, nos enfants». Ces dernières semaines, on a vu partout l’autocollant annonçant cette manifestation, sur la plupart des cabines téléphoniques de la capitale, notamment.
Et il en dit long. C’est la reproduction d’une carte d’identité. Non, prénom? «Indigène de la République». Date de naissance? «Le 17 mai 1802, rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte». Signe particulier du titulaire de la carte? «Noir-e, arabe, musulman-e, discriminé-e, stigmatisé-e, média-bolisé-e». Signature? Une empreinte digitale. Photo? L’ombre d’un visage, barrée de lettres rouges en capitales: «RACAILLE».
Cette marche ouvrira la semaine lors de laquelle, mercredi, pour la première fois, se déroulera en France la Journée nationale de commémoration de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette journée se tiendra le 10 mai en référence au vote, le 10 mai 2001, de la loi reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité. C’est une journée «à vivre avec solennité et allégresse», disait dimanche la députée et ex-candidate à la présidentielle Christiane Taubira, à l’origine de la loi de 2001.
Au vu de la tonalité du tract de la «Marche des indigènes», ce sentiment d’allégresse n’est pas partagé par tout le monde.
B.DL.

17:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Actualités

05/05/2006

Un lâchage

Le silence n'a duré qu'une fraction de seconde. Mais dans l'hystérie habituelle de la tranche d'info matinale et vu le contexte ambiant, il semblait interminable. C'était Michel Roussin qui parlait à la radio ce matin. Michel Roussin, "Le gendarme de Chirac" comme il a été surnommé, et ainsi qu'il a titré son dernier bouquin. Gendarme de Chirac, parce que l'homme est effectivement ancien gendarme, ancien officier d'élite des renseignements, ancien ministre et surtout ancien directeur de cabinet et donc fidèle bras droit du locataire de l'Elysée lorsqu'il était à l'Hôtel de ville et à Matignon.
Pendant toute sa carrière, Michel Roussin a beaucoup protégé Jacques Chirac, jusqu'à se faire silencieusement lourdement condamner dans l'affaire des marchés publics de la Région Ile-de-France. Mais Chirac lui même a-t-il protégé son fidèle serviteur? Lui a-t-il "rendu la pareille"? C'était la question de ce matin. Un silence, donc. Puis cette phrase: "On ne peut pas dire cela". Et ces précisions, désabusées à souhait: "C'est peut-être une constante de la vie politique, qu'il faut prendre en compte quand on s'engage en politique. L'homme politique a sa voie: il continue. Vous, vous vous arrêtez et restez au bord du chemin". Nouvelle question: "Que vous reste-t-il de Jacques Chirac?". Réponse: "Le respect pour le Président et pour les institutions. Pour le reste, les relations se délitent. C'est vrai pour tous les hommes".
Dans la foulée, Michel Roussin en a profité pour balancer sur Dominique de Villepin. "Peut-être qu'on sort des règles habituelles de fonctionnement du service", a estimé cet ex-ponte de la DGSE en commentant les enquêtes sur "Clearstream" commandées par celui qui dirigeait alors le quai d'Orsay. Surtout, l'ex-gendarme a raconté une anecdote qui ne va que renforcer l'image de Villepin homme de cabinet noir. A la veille de sa mise en examen dans le scandale des HLM de Paris, Roussin se souvient d'avoir reçu un coup de téléphone de Dominique de Villepin. Ce dernier, alors secrétaire général de l'Elysée, l'invite à rencontrer dans les plus brefs délais un de ses amis, avocat. Le soir même, Roussin et l'avocat se retrouvent dans un restaurant de la place Saint-Sulpice. L'avocat lui tient ce discours: "On a des infos. Ca va être très chaud pour toi. Ce serait peut-être pas mal que tu prennes un peu de recul". Et de lui citer un certain nombre de pays exotiques où il pourrait confortablement prendre la fuite.
Après les bagarres, complots, manipulations et autres déstabilisations entre sarkozystes et chiraquiens, voilà donc les règlements de comptes entre ultra-chiraquiens. On n'a pas fini d'en voir.
B.DL.

04/05/2006

Une cachette

On le lit dans le procès-verbal d'audition du général Rondot publié par "Le Monde" daté de ce jeudi. C'est évidemment une info à prendre avec des pincettes, puisqu'elle est issue d'un document non-authentifié, qui a fait l'objet d'une fuite (forcément intéressée, comme toute fuite) et qui relève de la violation du secret de l'instruction. Mais, vraie ou fausse, l'anecdote est trop cocasse.
Les juges enquêtant sur l"affaire Clearstream", qui fait trembler Dominique de Villepin, ont donc saisi une série de documents au domicile de l'as du renseignement français, qui réside en banlieue parisienne, à Meudon. Ils ont notamment trouvé ces documents possiblement compromettants dans un placard fermé par une porte blindée. Les magistrats ont dû faire appel à un serrurier pour faire ouvrir cette porte. Selon les déclarations d'audition qui lui sont prêtées, le haut gradé, bon prince, ne leur reproche même pas cette "mesure", qu'il dit comprendre "parfaitement, faute d'avoir pu répondre à votre appel à temps pour vous indiquer où se trouvait la clé de ladite porte".
Mais précisément, où donc était la clé de ce fameux placard blindé? Elle était "cachée dans le fer à repasser qui se trouvait sur une étagère en bois dans ma chambre", aurait répondu le général.
La clé donnant accès à des secrets d'Etat potentiels cachée dans un vulgaire et anonyme fer à repasser! Même 007, sans doute, n'y aurait pas pensé.
B.DL.

19/04/2006

Un triple échec

Cet après-midi, la ministre déléguée à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, présente le bilan de l'hiver en matière d'aide aux plus démunis. On n'en retiendra qu'un chiffre, en forme de gifle. Cet hiver encore, une douzaine de SDF sont morts dans le pays, soit autant que l'an dernier. Le dernière de ces victimes est un homme d'origine asiatique retrouvé mort dimanche matin à deux pas d'ici, en plein coeur de Paris: sous le pont de Sully, dans le IVème arrondissement. Il a péri carbonisé dans l'incendie qui a ravagé son abri de fortune, causé manifestement par le fonctionnement défectueux d'un réchaud à alcool.
La ministre reviendra sans doute aussi sur l'initiative controversée prise par Médecins du monde au début de l'hiver, qui consistait à distribuer des tentes de camping aux SDF. Par cette opération, qu'elle espérait de courte durée, l'association voulait visibiliser la misère humaine sur la voie publique, et forcer citoyens et décideurs à réagir. Là aussi: c'est l'échec. Trois mois plus tard, les petites tentes igloo sont toujours là, elle se sont fondues dans l'environnement urbain, et plus personne ne les remarque.
Dans la foulée, on a commémoré ce week-end l'incendie il y a un an de l'"Hôtel Paris Opéra": le premier d'une série noire d'incendies d'hôtels de transit miteux qui, l'été dernier, coûta la vie à une cinquantaine de miséreux, dont de nombreux enfants en bas âge. A l'époque, réagissant à ces drames qui avaient épouvanté l'opinion, Dominique de Villepin avait promis de réaliser 5.000 logements d'urgence et d'insertion d'ici à la fin du premier trimestre 2006. On l'a lu récemment: au 31 mars dernier, pas un seul de ces 5.000 logements -- pas un seul -- n'était encore sorti de terre.
B.DL.

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11/04/2006

Une bonne idée?

Peut-être est-il là depuis longtemps. Peut-être en trouve-t-on dans d'autres villes du monde. Mais, on l'avoue, on ne l'a découvert qu'aujourd'hui, et on a été un peu interloqué.
C'était à la station de métro Bastille ce matin: dans le petit hall situé aux pieds des escaliers conduisant aux quais de la ligne 1 et à cette vue si sympa sur le port de plaisance. Une fringale intempestive nous avait sournoisement conduit vers les distributeurs automatiques de friandises (trop grasses), de boissons (trop sucrées) et -- ravissement -- de fruits frais et de produits laitiers. A deux pas, à côté du Photomaton, trônait un distributeur de couleur jaune: un distributeur... de livres. "Le livre à toute heure", annonçait-il fièrement. Et à prix sacrifiés, qui plus est: 2 euros le bouquin.
A première vue, on s'est dit que, finalement, pourquoi pas, si cela permettait aux usagers des transports en commun de lire autre chose que tous ces magazines idiots qui encombrent les kiosques. On a tout de même un peu fait la grimace en voyant les livres proposés. Pas terrible: du Sudoku, des plans de Paris, des dictionnaires sommaires, des essais bas de gamme ("Les 25 mots clés de la psychologie et de la psychanalyse", "Médecine d'antan et pharmacies d'aujourd'hui", "501 trucs et astuces de ma grand-mère", etc.), et, tout de même, "Pêcheur d'Islande" de Loti et "Les infortunes de la vertu" de Sade.
On s'est demandé alors ce qu'en penserait notre cher libraire de quartier, dont les conseils sont si avisés mais qui, depuis des années, n'en peut plus face à la concurrence des grandes surfaces vendant des livres. Avait-il vraiment besoin de cela?
B.DL.

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10/04/2006

Une certaine hypocrisie

On croyait dormir encore ce matin, ou faire un mauvais rêve éveillé, à l’écoute du duo radiophonique un peu surréaliste qui officiait vers 8h30 sur Europe 1. Au moment même donc où, à l’Elysée, Jacques Chirac et Dominique de Villepin étaient en train de peaufiner les derniers arbitrages et artifices de communication d’une journée qui consacrera l’abandon de facto du fameux Contrat première embauche (CPE).
D’un côté, Georges Tron: député villepinien pur sucre. De l’autre, son collègue Dominique Paillé, porte-flingue attitré de Nicolas Sarkozy. Le premier soutenait mordicus que, non, le «remplacement» du CPE ne constituait ni une reculade, ni un affront pour Matignon, et encore moins une capitulation en rase campagne pour le si Napoléonien Villepin. Le second, tout triomphalisme rentré, assurait que l’UMP dans son ensemble, et sans le moindre état d’âme, assumait «collectivement» cette sortie de crise et portait sa part de responsabilité dans le fait de n’avoir pas rapidement «corrigé l’erreur de méthode» commise depuis deux mois dans la gestion de ce dossier. Et le lieutenant du grand patron de l’UMP d’en conclure que, finalement, ce n’était jamais «un échec» d’ «écouter la population, même un peu tardivement».
Après tant d’amabilités, Georges Tron déduisait que Dominique de Villepin conservait toutes ses chances pour 2007. Dominique Paillé espérait tout de même que l’aventure du CPE conduirait le chef du gouvernement à «infléchir son comportement».
Qu’en termes choisis tout cela était donc dit. Le sommet était atteint une heure et quelque plus tard, lorsque l'Elysée faisait officiellement savoir que c'était «sur proposition du Premier ministre» que le CPE serait remplacé.
C'était parti pour une journée qui, hum, décidément, allait être très très langue de bois.
B.DL.

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