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09.07.2010

Un lauréat

projetturenne.jpgLe mois dernier, on avait évoqué (ici) le concours lancé par la mairie, visant à faire récompenser par les Parisiens «le meilleur de l’architecture contemporaine». Le concours a donné lieu à près de 30.000 votes sur le web. Ce premier «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» vient d'être décerné. Et il montre qu'à, l'occasion, les gens font preuve d'une certaine audace dans leurs choix architecturaux. En effet, l'immeuble récompensé est loin d'être anodin et consensuel.

 

Il est situé dans le coeur historique du Marais et accueille des logements sociaux. La partie la plus spectaculaire du projet a consisté à greffer une espèce de carcasse de métal cuivré, «comme un voilage aux reflets changeants», sur un vaste mur pignon auparavant complètement nu, sale, inutilisé et décrépit – comme on en voit tant à Paris. L'ajout de cette cuirasse métallique, «hommage à l'architecture du fer à Paris», a donné du volume à l'édifice, ce qui a permis d'agrandir les logements et de les relier par un réseau de balcons et de coursives. «La peau métallique, au-delà de l'homogénéisation de la façade, joue aussi le rôle de brise-soleil, de ventilation naturelle (diminution de 5°C dans les logements) et préserve l'intimité». Cette architecture contemporaine ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Pour preuve, certains défenseurs du patrimoine, déroutés par cette si inhabituelle cuirasse métallique, ont rebaptisé l'immeuble «Le cuirassé Potemkine».

On peut, en effet, être séduit ou pas par la forme architecturale de ce projet lauréat. Nous en tout cas, s'agissant de sa finalité, à savoir implanter des logements sociaux y compris dans un quartier devenu aussi aisé que le Marais, on applaudit des deux mains. Si Paris s'était souciée depuis plus longtemps de la mixité sociale sur son territoire, le fossé ne serait pas, comme aujourd'hui, si béant entre arrondissements richissimes et quartiers défavorisés.

09.06.2010

Un embellissement (impossible?)

Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.

Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».

A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.

08.06.2010

Un concours

archipasserellesimonedebeauvoir.jpgBonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.

Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.

archiparisborel.jpgPar exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.

Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.

archiforumdesimages.jpgQuelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne –  mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.

19.05.2010

Un bien mauvais départ

Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.

 

L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ,  ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.

 

Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

06.04.2010

Un choix

La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou ). Cette agence  est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.

 

Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.

 

Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.

 

De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.

04.02.2010

Une accélération

jardinlalanne.jpgCe sera le projet urbanistique de la décennie, à Paris: le réaménagement du Forum des Halles – si vous avez raté des épisodes et voulez voir le projet, c’est ici. Le chantier, pharaonique (760 millions d’euros, dont 500 à charge de la Ville), ne sera achevé qu'en 2016. Mais, dorénavant, on décompte les jours avant son démarrage, prévu dès ce mois de mars. Ces dernières semaines, les choses se sont même accélérées.

 

Fin janvier, s’est achevée l’enquête publique relative à la nouvelle gare prévue en sous-sol, destinée à remplacer la gare actuelle des Halles – une des plus grandes d’Europe: 800.000 usagers chaque jour. Peu auparavant, la commission d'experts en charge des cinq enquêtes publiques concernées à lui seul par ce projet colossal avait remis un avis globalement favorable à la Préfecture de Paris. Ce jeudi soir, enfin, les autorités tenteront de faire sauter l’un des derniers verrous: l’opposition de riverains (ici, par exemple) au réaménagement du Jardin Lalanne. Depuis près de trente ans, cet espace vert très fréquenté jouxte le Forum. Nombre de gens du quartier y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Ces derniers mois, ils ont multiplié les manifestations et interpellations d’élus à son sujet. La réunion de ce soir pourrait donc bien être houleuse.

 

lesfuturesHalles.jpgA supposer que le maire Bertrand Delanoë, ses urbanistes et les architectes du projet emportent l’adhésion des riverains, leur restera encore à calmer d’autres riverains mécontents, ou en tout cas assez inquiets: les exploitants des 380 commerces que compte l’actuel Forum. Commerçants qui, eux aussi, l’échéance du début du chantier s’accélérant, commencent un peu à s’agiter.

 

Et pour cause. A l’origine, il était prévu de procéder graduellement au lifting du centre commercial, de manière à ne pas devoir y fermer la moindre boutique pendant le chantier. Mais les architectes ont fini par découvrir que la structure du Forum devrait être consolidée pour pouvoir accueillir «la Canopée»: le nom donné à l’immense et donc très lourd toit de verre qui, culminant à 14,5 mètres de hauteur, recouvrira la galerie et la gare RER rénovées.

 

Au minimum, onze des piliers colossaux soutenant le Forum devront être renforcés. Comme ces piliers passent tous dans des magasins – et y compris en plein milieu de la FNAC des Halles, la plus grande de France –, autorités, architectes et techniciens s’avancent moins, désormais, sur la faisabilité de maintenir ouverts tous les commerces du Forum pendant la totalité des travaux.

 

lesfuturesHalles2.jpgLes commerçants n’en demandaient pas tant, eux qui craignaient déjà la désertification de la galerie pendant cet interminable chantier, vu les embarras de circulation qu’il ne manquera pas de causer – dans un quartier dont les abords, déjà, ne sont pas rarement embouteillés. A Paris, en tout cas, c’est sûr, on n’a pas fini de parler de cet énorme chantier.

16.09.2009

Une coïncidence?

hotelambert.jpgL’Hôtel Lambert, c’est le feuilleton urbanistique de l’année à Paris; on en a déjà parlé dans ce blog (ici). C’est la querelle qui, dans la capitale, n’en finit plus d’alimenter la chronique et de nourrir les polémiques. Il est vrai qu’elle concerne un des plus beaux hôtels de maître du centre-ville. Un somptueux édifice du dix-septième siècle, qui plus est admirablement situé en bord de la Seine, à la proue de l’île Saint-Louis. Hier après-midi, la saga a de nouveau rebondi. En effet, statuant en référé, le tribunal administratif de Paris, qui avait été saisi par des défenseurs du patrimoine, a suspendu la décision du ministère de la Culture autorisant le nouveau propriétaire des lieux, le frère de l’émir du Qatar, à y effectuer des travaux d’aménagement somptuaires. Travaux qui, selon les défenseurs du patrimoine, effaceraient des pans entiers d'histoire.

 

Voilà un jugement qui a dû/pu/ faire grimacer les diplomates, au quai d’Orsay. Depuis le début de l’affaire, en effet, le ministère des Affaires étrangères est soupçonné par les opposants au projet d’avoir, en sous-main, fait pression sur le ministère de la Culture. Pour que celui-ci passe outre aux réticences de la ville de Paris et autorise les travaux. Histoire de ne pas froisser l’éminent émir, de ne pas risquer donc le moindre incident diplomatique, dès lors de conserver d’excellentes relations avec ce pays très petit mais si grand producteur d’or noir.

 

Coïncidence? Il y a quelques jours, jeudi dernier précisément, le Président Sarkozy recevait en audience au palais de l’Elysée le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du… Qatar, un proche de l’émir puisqu'il fait partie de la famille régnante. De source officielle, l’entretien a porté «sur les principaux dossiers de la relation bilatérale et sur les questions régionales».

 

On ne sait si, en aparté, les deux hommes ont également évoqué le fameux édifice de l’île Saint-Louis. Ce qui est probable, en tout cas, c’est que le climat de cet entretien au sommet aurait été un tantinet moins cordial si, par pure coïncidence à nouveau, il s’était déroulé ne serait-ce qu’une semaine plus tard.

07.09.2009

Un anniversaire

Mine de rien, en catimini presque, Paris vient de commémorer un jalon de son Histoire urbanistique. Il y a quelques jours, en effet, on a fêté le trentième anniversaire de l’achèvement de l’énorme chantier des Halles. C’était le 4 septembre 1979 que le maire de l’époque, Jacques Chirac, avait inauguré l’énorme édifice. Et, du même coup, scellé la fin d’un gigantesque chantier – baptisé «le trou des Halles» par les Parisiens – qui, pendant des années, avait défiguré le cœur historique de la capitale.

 

Un chantier suivant l’autre, trente ans plus tard, un nouveau projet a été conçu pour le Forum et ses alentours. Si par extraordinaire vous ne l’aviez pas encore vu, c’est ici. Ce lifting sera assurément la réalisation urbanistique majeure de ces prochaines années à Paris. Il devrait se dérouler vers 2013 et coûter la bagatelle de 760 millions d'euros.

 

Il est frappant de constater combien les autorités parlent désormais assez peu de cette future réalisation. Comme si elles étaient gênées aux entournures et craignaient de raviver la polémique, habituelle dans ce quartier, concernant ce lieu si décrié. Il faut dire que, de tous les projets qui avaient été présentés, celui choisi était le plus consensuel, donc à maints égards le moins emballant architecturalement.

 

Il faut dire aussi que, dans le quartier, la controverse ne s’est pas encore totalement apaisée. Régulièrement, les riverains remontent au créneau (ici, par exemple). Que ce soit pour déplorer la refonte de la placette actuelle entre le Forum et l’église Saint-Eustache, avec ses gradins sans cesse si animés. Pour regretter la disparition du jardin d’aventure tout proche, aujourd’hui très apprécié des enfants du quartier. Ou, concernant les commerçants cette fois, pour redouter l’impact de ces travaux pharaoniques sur le chiffre d’affaires de leurs magasins.

 

A Paris dès lors, d’ici à 2013, on n’a pas fini d’entendre parler de ce quartier. A fortiori bien sûr si la grande crise économique actuelle perdure, ce qui pourrait remettre en jeu la viabilité financière du projet des Halles…

15.07.2009

Un monstre?

operabastille.jpgVingt ans, déjà! Vingt ans qu’il est là et qu’il domine, de sa silhouette si imposante,  notre bonne vieille place de la Bastille. Cette semaine, l’Opéra du même nom fête son vingtième anniversaire, lui qui a été inauguré par François Mitterrand le 14 juillet 1989 précisément. Aucune festivité particulière n’est prévue à Paris pour commémorer cet événement architectural et urbanistique. Et pour cause. Plus que jamais, en ce moment, il est de bon ton de dénigrer ce monument. «Vingt ans après, Bastille n’a pas trouvé sa place», sermonnait l’autre jour le journal «Le Parisien»: «Ce devait être le symbole du rayonnement culturel français… Vingt ans après son inauguration, l’Opéra Bastille continue de susciter agacement et répulsion». Il n’y a pas si longtemps, «Le Figaro», sur base des résultats d’un sondage (de quelle valeur?) réalisé auprès de ses lecteurs, avait rangé l’Opéra Bastille parmi les édifices les plus détestés des habitants de la capitale, à l’égal de la si affreuse Tour Montparnasse. «Pour être honnête, ce n’est pas le projet que j’aurais choisi», a cru bon d’ajouter hier le Belge Gérard Mortier, le directeur (en partance) de l’institution. Même dans les salons dorés du ministère de la Culture, paraît-il, on juge que cet opéra «ne s’est jamais intégré au quartier. Au départ, ce devait être un lieu de vie. Vingt ans plus tard, ce n’est qu’un lieu de passage».

 

Exagérément massif. C’est le reproche principalement formulé à l’encontre du paquebot construit par Carlo Ott, l’architecte canadien originaire d’Uruguay qui, à l’époque, remporta le concours international d’architecture. Il en impose cet édifice, c’est vrai. En même temps, cette critique nous a toujours fait doucement rigoler. Car, bon, vu les dimensions immenses de cette place de la Bastille, imagine-t-on combien aurait été déplacé, voire ridicule, un bâtiment à taille humaine construit sur un de ses flancs? Il a mal vieilli, cet immeuble: autre reproche habituel. De fait. La saga si coûteuse de ses gigantesques plaques de pierre branlantes (relire ici) l’a abondamment illustré. Et on ne peut nier que les recoins de l’Opéra sentent en permanence les pissotières. Mais si la propreté autour de  Notre-Dame était aussi lacunaire, l’imputerait-on à la cathédrale? Du reste, l’Opéra Bastille est loin d’être le seul grand chantier de cette époque à avoir mal résisté au temps. Beaubourg aussi a dû être restauré. Et, quand on prend le temps de les regarder de près, l’Institut du Monde arabe ou la Cité de la Musique montrent un état de délabrement qui n’a rien à envier à celui du monstre de Bastille - puisque tout le monde a l’air de convenir que ce bâtiment est monstrueux.

 

Il est mal fréquenté: c’est le troisième grief souvent fait à cet édifice. Est principalement visée, la faune qui, à longueur de journées et de soirées depuis 20 ans, a pris l’habitude de squatter ses grandes marches et son parvis. Hier encore, en passant devant l’édifice, on s’est dit, une fois de plus, que cet attroupement permanent, décidément, ne nous gênait pas. Il y avait là des jeunes torses nus qui faisaient du skate, des touristes qui se prenaient en photo, des clochards qui faisaient la manche, des étudiants en goguette qui picolaient, des militaires revenus du défilé du 14 juillet qui se détendaient en prenant le soleil, deux jongleurs qui répétaient, un groupe de punkettes affalées qui bâillaient et fumaient. Comme à chaque fois, il y avait là un monde fou et une réelle ambiance. C’était varié, mélangé, détendu, bruyant. Il y avait là un peu de tout, et c’était un peu n’importe quoi. Bref, c’était bien à l’image de Paris, s’est-on redit.

 

operabastilledetail.jpgNous, en tout cas, on l’a toujours plutôt bien aimé, notre Opéra Bastille. On le considère un peu comme un vieil habitant du quartier qu’on a toujours côtoyé et qu’à force, on finit par apprécier. On le voit comme un repaire où il se passe toujours quelque chose d’inattendu. Comme un repère aussi, à la silhouette si familière, indiquant qu’après tant de pérégrinations dans la capitale, on est enfin arrivé dans notre quartier.

 

Et puis, les soirs où il y a spectacle, quand on le regarde depuis la place de la Bastille, ce monstre si massif devient touchant, car grâce à ses immenses baies vitrées si bien éclairées, il ose subitement prendre des airs de coquetterie et de légereté. En outre, de l’intérieur, lorsque, à l’entracte, on sort de la salle de spectacle pour déambuler dans les allées du bâtiment, grâce au panorama qu’il offre depuis ses sommets, on embrasse subitement toute la place, le quartier, la ville entière presque. Une vue imprenable sur la cité, d’une beauté telle que cela ne rate jamais: à chaque fois, on est subjugué. 

18.06.2009

Un épilogue

C’est l’épilogue d’une controverse d’une vivacité que le patrimoine parisien n’avait plus connue depuis des années. C’est aussi le sort d’un des plus beaux lieux de Paris qui vient d’être scellé, presque en catimini: l’Hôtel Lambert (si vous ne situez pas, des photos ici). Cet édifice du bord de Seine, à la silhouette si familière aux Parisiens, qui occupe toute la proue Est de l’île Saint-Louis. Un joyau de l’architecture du dix-septième siècle, que l’on doit à l’architecte Louis Le Vau et au décorateur Charles Le Brun, le duo qui s’illustra au château de Versailles. On n’avait pas encore eu l’occasion de traiter le dossier ici, donc il est plus que temps de lui consacrer quelques lignes aujourd’hui.

 

Tout commença en 2007, lorsque l’Hôtel Lambert fut vendu (pour un prix astronomique) par son propriétaire, le baron Guy de Rothschild, au frère de l’émir du Qatar. Avant de s’y installer, la famille princière avait prévu d’y mener des travaux pharaoniques: un parking souterrain dont la sortie donnerait sur le quai d’Anjou, une vingtaine de salles de bains, plusieurs ascenseurs intérieurs, etc. L’édifice (où vécut notamment Voltaire) étant entièrement classé, les amoureux du patrimoine avaient blêmi. Une pétition contre le projet avait été lancée, qui recueillit plusieurs milliers de signatures dont celles d’académiciens (Françoise Chandernagor, Jean Clair, Dominique Fernandez, Marc Fumaroli, etc.), de grands noms de l’architecture (Bruno et Henri Gaudin, Yves Lion, Bruno Fortier etc.), ou d’historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie). Le propre adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, avait signé le texte. L’Hôtel de Ville s’apprêtant à rejeter le projet, le ministère de la Culture (sur injonction du quai d’Orsay?) s’était auto-saisi du dossier. Nouveau tollé. A l’époque, même le très docile «Figaro» n’avait pas semblé ravi. «On n'ose croire que les liens personnels entre Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar ou que les intérêts diplomatiques entre les deux pays puissent être suffisants pour passer outre les réserves unanimes» des opposants au saccage de ce fleuron du patrimoine parisien, écrivait à l’époque un de ses éditorialistes.

 

Finalement, mardi, la ministre de la Culture a donné son accord au projet. Entre-temps, celui-ci a, au fil de mois d’âpres débats, été revu à la baisse. Au total, selon le ministère, les travaux que réalisera l’émir dans l’Hôtel Lambert permettront d’«assurer la sauvegarde et redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan». Mais la mairie de Paris a assez séchement pris acte de cet aval. Car à l’instar des défenseurs du patrimoine (ici, par exemple), elle considère que le projet final est encore très imparfait.

 

Et la controverse sur la politique culturelle, et patrimoniale singulièrement, de l’équipe Sarkozy n’est probablement pas close. Témoin, cette tribune vengeresse publiée l’autre jour encore dans «Le Monde», titrée «Alerte à la non-assistance à chefs-d'oeuvre en danger» et signée notamment par un professeur à la prestigieuse université de la Sorbonne, Alexandre Gady. «Dans l'affaire de l'hôtel Lambert, dossier particulièrement sensible, ses positions (de la ministre de la Culture) ont été très en deçà de ce qu'on pouvait attendre face à un tel enjeu, et il a fallu une large polémique pour que le projet médiocre de l'architecte en chef soit un peu amélioré. Une question se pose: y a-t-il encore une volonté de défendre le patrimoine, bien commun de tous les Français? Un Président de la République indifférent à la Culture, prêt à sacrifier toutes les règles d'urbanisme qui protègent nos villes et nos paysages de l'avidité des promoteurs, et un ministre sans poids politique, qui ne s'oppose à rien: le bilan est accablant. L'Etat dispose pourtant de tous les moyens légaux pour protéger le patrimoine. Il en est le premier destructeur, quand il devrait en être le premier garant».

09.04.2009

Un bras de fer

samaritaine.jpgJour J ce jeudi, peut-être, pour un fleuron du patrimoine parisien. Le fameux paquebot Art déco de «La Samaritaine»: l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, vide depuis qu’en juin 2005, pour des raisons de sécurité, il a définitivement baissé ses rideaux métalliques. Les propriétaires du site rencontrent aujourd’hui, une fois encore, les élus parisiens afin de tenter de les convaincre du bien-fondé de leur projet de réaffectation.

 

Il y a six mois déjà (relire ici), l’on pouvait espérer un déclocage de ce dossier qui a déjà tant traîné. Mais il s’était de nouveau enlisé. L’avenir de ce site prestigieux, en effet, divise même ses propriétaires. L’actionnaire majoritaire de «La Sama» (le groupe de luxe LVMH) s’est opposé à son actionnaire minoritaire (la fondation Cognac-Jay, propriétaire historique du magasin). Ce dernier préférait un projet 100% grand magasin plutôt que le projet mixte (hôtel de luxe, centre d’affaires, commerces, bureaux, logements sociaux) concocté par LVMH. A ce bras de fer, a succédé un deuxième, opposant cette fois les propriétaires du site à la Ville de Paris. C’est ce deuxième affrontement qui, ce jeudi, pourrait être scellé par une trêve.

 

Le groupe de grand luxe, en effet, va vraisemblablement accepter les conditions posées par la mairie, et donc donner un accent plus social à son projet de réaffectation. Il y aurait toujours un hôtel haut de gamme, qui serait situé dans la partie historique du bâtiment: celle située à front de Seine, qui jouit en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Il y aurait toujours des commerces ainsi que des bureaux. Mais le nombre de logements sociaux prévus sur le site, côté rue de Rivoli, pourrait tripler et atteindre 10% de la superficie totale du futur édifice. Et un équipement public (une crèche d’une cinquantaine de berceaux, un gymnase et/ou une école) pourrait être ajouté au programme.

 

Si plus aucune anicroche ne retarde ce méga-projet urbanistique (450 millions d’euros de budget), les premières inaugrations pourraient avoir lieu dès 2012-2013. Ce serait tout bénéfice pour le patrimoine – il est toujours triste de voir laissé vide un édifice si remarquable. En outre, en ces temps de crise, cela ne pourrait être que bénéfique pour l’emploi, qui en ce moment souffre à Paris aussi. Pour mémoire, en 2005, la fermeture du grand magasin avait occasionné le reclassement de 725 salariés.

24.03.2009

Un label

squaredutemple.jpgAujourd’hui, faisons dans le local. Dans le micro-local, même. Au risque – on prévient tout de suite – de faire bâiller d’ennui tous les lecteurs de ce blog qui n’habitent pas dans le Marais. Mais nous, en tout cas, très égoïstement, on a été ravi en apprenant cela: une raison de plus nous est donnée, depuis quelques jours, de fréquenter un de nos espaces verts favoris à Paris.

 

Posons le décor, d’abord. Nous sommes dans le troisième arrondissement. Au square du Temple. Un endroit que, depuis qu’on habite Paris, on adore. C’est bien simple : dès qu’il fait beau, il fait partie des endroits où on se précipite. Pour bouquiner, converser,  rêvasser, flâner, mater, s’affaler sur les pelouses, s’amuser des facéties des canards qui barbotent dans la mare, etc. Bref, pour profiter de la vie.

 

C’est pourtant un espace vert qui, a priori, ne paie pas de mine. On est loin des beaux et grands jardins de l’ouest parisien: c’est même un tout petit square, enserré dans un tissu urbain très dense. Mais on l’a toujours trouvé ravissant. Et extrêmement varié et vivant: on y croise des tas de gens différents, qui habitent le quartier. Des ribambelles d’enfants asiatiques venues du Marais chinois, des familles du Marais juif, des jeunes gens du Marais gay, des bobos branchouilles du Haut Marais, ou des petits vieux du Marais populaire avant que ce quartier devienne si friqué. C’est en plus, un haut lieu de l’Histoire de France. A cet endroit, au douzième siècle, régnait le fameux Ordre des Templiers. Et, à la Révolution de 1789, dans l’enclos du Temple que ce square a remplacé, ont été emprisonnés Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin Louis XVII. Enfin, dans le quartier environnant ce square, on trouve des tas de choses formidables: le Marché des Enfants rouges, où il est si agréable de bruncher le dimanche, des magasins d’alimentation fabuleux, des fleuristes magnifiques (même un magasin de cactus unique), une librairie vraiment bien, des bistrots sympas, des placettes adorables, etc. Bref, chaque fois qu’on va au square du Temple, on se dit que, pour rien au monde décidément, on habiterait dans un autre quartier de Paris.

 

fleursdutemple.jpgVoilà pour le décor. La nouvelle, c’est que ce square vient de recevoir le «label espace vert écologique». Les jardiniers y travaillent sans pesticide. Ils ne pratiquent pas le désherbage chimique, ce qui permet au trèfle ou aux pâquerettes d’envahir bucoliquement les pelouses. Grâce à une attention constante portée à la diversité, des oiseaux comme les roitelets, les martin-pécheurs ou les bergeronnettes y ont élu domicile. Parmi les plantations, la priorité a été donnée à des espèces végétales prisées des oiseaux: aubépines, pruneliers, noisetiers, ronces, etc. Des enclos avec des friches naturelles ont été aménagés pour permettre aux animaux de s'y installer. Les déchets verts (résidus des tontes d’herbe, etc.) sont broyés et répandus dans les massifs. Les jardiniers apprennent à recycler l'eau de la mare pour limiter la consommation lors des arrosages. Ceux-ci se font de nuit pour limiter l'évaporation. Etc, etc.

 

Ouh… alors, on entend d’ici là les récriminations. C’est bien gentil tout cela, mais, écologiquement, c’est peanuts dans une ville où, par ailleurs, s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air. Et c’est limite tartouille en ces temps où des milliers de Français, et donc sans doute aussi d’innombrables Parisiens, sont plongés dans une galère pas possible par la crise. D’accord. Cela ne règle rien du tout, globalement. Mais cela ne peut pas non plus faire de mal, fondamentalement, se disait-on ce matin encore en passant devant le suare du Temple.

 

 

 

carreaudutemple.jpgPS: On parlait l’autre jour, dans ce blog, de l’anniversaire de la démolition des Halles de Paris. Le quartier du Temple a lui aussi sa petite Halle: le Carreau du Temple. Là, on a décidé de préserver le patrimoine. Et une réflexion est en cours pour sa réhabilitation au bénéfice de la population locale (espaces de réunion, salles de sport, lieux de convivialité, etc…). Ce quartier du Marais est décidément bien. Et vivre dans cette ville est définitivement formidable.

03.03.2009

Un joyau

«Il restait là quelques minutes, aspirant fortement l’air frais qui lui venait de la Seine, par-dessus les maisons de la rue de Rivoli. En bas, confusément, les toitures des Halles étalaient leurs nappes grises. C’était comme des lacs endormis, au milieu desquels le reflet furtif de quelque vitre allumait la lueur argentée d’un flot. Au loin, les toits des pavillons de la boucherie et de la Vallée s’assombrissaient encore, n’étaient plus que des entassements de ténèbres reculant l’horizon. Il jouissait du grand morceau de ciel qu’il avait en face de lui, de cet immense développement des Halles, qui lui donnait, au milieu des rues étranglées de Paris, la vision vague d’un bord de mer, avec les eaux mortes et ardoisées d’une baie, à peine frissonnantes du roulement lointain de la houle. Il s’oubliait, il rêvait chaque soir d’une côte nouvelle».

 

Paris célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire du «déménagement du siècle»: le transfert des Halles vers le marché de Rungis, dans la banlieue sud de Paris, dans la nuit  du 2 au 3 mars 1969. Ces quelques lignes sont extraites du «Ventre de Paris» d’Emile Zola, un des plus éblouissants romans consacrés à la capitale française. Ce matin, on n’a pas pu résister au plaisir d’en donner des extraits. En souvenir de ce qui reste dans la mémoire comme le plus grand massacre architectural du vingtième siècle à Paris: la démolition, à partir de 1971, des splendides pavillons de verre et de fer construits par Victor Baltard dans les années 1850 – une des opérations urbanistiques les plus spectaculaires du Second Empire, finalement impitoyablement rasée par l’urbanisme pompidolien.

 

A l’époque, la démolition des Halles – aujourd’hui remplacées par l’ignoble centre commercial du Forum  –  plongea le quartier Châtelet dans un chaos inimaginable. Pendant des années, Paris fut affublé du «trou des Halles», du nom donné par la population à l’immense cratère laissé devant l'église Saint-Eustache par le chantier. Trente cinq années après leur destruction, subsiste aujourd’hui un seul des nombreux pavillons de Baltard. Reconstruit en banlieue parisienne, à Nogent sur Marne, cet ex-joyau du patrimoine architectural mondial sert aujourd’hui notamment… de plateau au télé-crochet «A la recherche de la nouvelle star» de la chaîne de télé M6…

 

Si le patrimoine souvent s’écroule sous le poids de la bêtise humaine, les mots, eux, ne meurent heureusement jamais. Et quand ils sont de Zola, ils pansent merveilleusement les plaies de l’Histoire. Encore quelques lignes du «Ventre» donc, pour la beauté de ce lever de soleil sur Paris.

 

«Il leva une dernière fois les yeux, il regarda les Halles. Elles flambaient dans le soleil. Un grand rayon entrait par le bout de la rue couverte, au fond, trouant la masse des pavillons d’un portique de lumière; et, battant la nappe des toitures, une pluie ardente tombait. L’énorme charpente de fonte se noyait, bleuissait, n’était plus qu’un profil sombre sur les flammes d’incendie du levant. En haut, une vitre s’allumait, une goutte de clarté roulait jusqu’aux gouttières, le long de la pente des larges plaques de zinc. Ce fut alors une cité tumultueuse dans une poussière d’or volante».

18.11.2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

14.10.2008

Une épave

lasama.jpgC’est une épave au cœur de la ville, un vieux paquebot vide, comme piteusement amarré en bord de Seine depuis trois ans maintenant. Mais ce mardi, son sort pourrait bien se jouer. On parle de «La Samaritaine», l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, qui attend une nouvelle destinée depuis la fermeture de ses portes, le 15 juin 2005.

 

Ce mardi, la direction du groupe LVMH (propriétaire des lieux), les représentants du personnel du grand magasin, la mairie de Paris ainsi que celle du premier arrondissement tiennent une grande réunion du «comité de site» de «La Sama». Sur la table, le projet concocté par LVMH pour le site. Enorme projet: 26.000 m2 de bureaux et autant de commerces, quelques logements sociaux (2.400 m2) et, surtout, un hôtel de luxe qui serait situé dans la partie historique du bâtiment, celle à front de Seine et qui dispose en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Si ce projet est accepté, cet hôtel pourrait ouvrir en 2013.

 

A la mairie d’arrondissement, on estime, enthousiaste, qu’«un hôtel à cet endroit, ce serait un événement. Ce serait génial. Cela aurait une classe formidable». Moyennant quelques aménagements (l’assurance de la présence de commerces de proximité rue de Rivoli, par exemple), le projet de LVMH y est bien reçu. En tout état de cause, le maire d’arrondissement estime qu’«on ne peut pas continuer à avoir cette épave au cœur de Paris. Maintenant, il faut aller le plus vite possible».

 

En effet, la relance de cet énorme îlot situé en plein centre ville est indispensable pour  la vie de quartier et pour l’emploi à Paris. En termes de patrimoine également, ce serait une bonne nouvelle. En effet, le paquebot de «La Sama» a une grande valeur architecturale. Cet édifice, construit entre 1926 et 1928, est dû à Henri Sauvage (1873-1932), l’un des seuls architectes français de sa génération à avoir brillamment réussi le passage de l’Art nouveau au modernisme. Sauvage a aussi laissé à Paris de très beaux immeubles à gradins rue Vavin (huitième arrondissement) et rue des Amiraux (dix-huitième) ainsi que le fameux «Studio Building» (seizième): un sublime ensemble d’ateliers d’artistes en duplex dont la façade est carrelée de grès émaillé polychrome.

 

Pour la petite histoire, et parce que cela fournit un argument de plus en faveur de sa réhabilitation, «La Sama» fut aussi le théâtre d’une légendaire «success story» parisienne. L’irrésisistible ascension de son maître d’ouvrage, fondateur et propriétaire, Ernest Cognacq (1839-1928). Un homme à la vie fascinante, orphelin à l’âge de 12 ans, qui débuta comme petit commis dans une boutique puis comme vendeur de tissus dans la rue, au pied du Pont neuf, avant de gravir un à un les échelons et de finir à la tête d’un immense empire de grands magasins parisiens.

 

 

PS : BlogSpirit cafouille visiblement beaucoup, en ce moment. Une opération de maintenance de cette plateforme, lundi matin, a causé pas mal de problèmes, de mise en page notamment, à «Paris Libre». Dont – les lecteurs l’auront remarqué – des variations saugrenues et erratiques dans les polices de caractères utilisées dans ce blog. Juste donc pour préciser que nous ne sommes nullement responsables de ces si énervantes facéties électroniques. Sur lesquelles comme d’habitude, personne ne semble avoir beaucoup de prise – les joies de la technologie informatique, suite. Mais enfin, on imagine qu'on ne devrait pas trop se plaindre puisque certains utilisateurs de cette plateforme, paraît-il, n'y ont carrément plus accès. Dès lors, si l'un ou l'autre jour prochain, ce blog reste silencieux, n'en déduisez pas qu'on est parti à la plage: en lieu et place, on sera probablement en train de pester, impuissant, devant ce fichu ordinateur...

06.10.2008

Un chantier

01ab86068f4ca290802ba16277153d6d.jpgUn énorme chantier mené au cœur d’un fleuron du patrimoine, ce n’est habituellement ni agréable, ni joli. Au Palais royal en ce moment, cependant, le ministère de la Culture a réussi à joindre l’utile et l’agréable. En effet, le vaste chantier de restauration des célèbres colonnes de Buren, lancé il y a peu dans la cour d’honneur du Palais, a été mis en scène de manière aussi intéressante qu’efficace.

C’est Daniel Buren en personne qui a signé cette mise en scène, avec l’accord des architectes des Monuments historiques. La palissade qui, pour des raisons de sécurité, devait impérativement être installée autour du chantier, a été agrémentée des fameuses bandes verticales noir et blanc de 8,7 cm de largeur qui ont fait la réputation mondiale du plasticien. Surtout, elle a été percée à intervalles réguliers de fenêtres qui permettent au grand public de suivre l’évolution du chantier. Jolie trouvaille: ce sont des panneaux de verre de couleur qui constituent ces fenêtres. Bleu, vert, rouge, jaune, orange: aperçue par ces ouvertures colorées, du coup, l’enceinte majestueuse du Palais royal prend soudain un relief et un aspect encore plus séduisants que d’habitude. Et, lorsque le soleil s’y reflête, ces touches de couleur agrémentent elles-mêmes les galeries du Palais d’éclats malicieusement colorés. Le grand public, en tout cas, visiblement adore cela. Ainsi, samedi après-midi, on faisait quasiment la queue derrière ces carreaux de couleur pour admirer le panorama.

56cd3a4046f1ced0b155d348582b0ed4.jpgCe chantier de restauration n’a été dû qu’à un coup de gueule. Il y a quelques mois (relire ici), Daniel Buren avait carrément menacé de démolir son œuvre monumentale si l’Etat persévérait à ne pas l’entretenir correctement. Finalement, à l’issue de plusieurs réunions de crise, un budget de 5 millions d’euros a pu être débloqué. Il permettra la réfection des 260 colonnes proprement dites ainsi que de l’asphalte et des caillebotis, puis la réhabilitation du mécanisme de la fontaine et des éclairages qui sont censées mettre en valeur l’installation mais dont l’état, depuis 1986, s’était considérablement dégradé.

Avant que le plan pluriannuel de restauration du Palais royal s’attaque aux façades de la rue de Valois et à la galerie d’Orléans, les architectes vont surtout achever de traiter les gros problèmes d’étanchéité de la dalle supportant l’œuvre monumentale de Buren.

 

83f4205043fe9cfc2fe6d61d91527094.jpgCes problèmes affectent particulièrement la Comédie française, qui a trois salles de répétition en sous-sol de l’installation de Buren. Ces salles ont été inutilisables pendant des années à cause d’infiltrations d’eau, ce qui a obligé la célèbre institution à délocaliser ses répétitions sur trois plateaux aménagés au Grand Palais et au Théâtre Récamier. Les sociétaires de la Comédie française, qui se se voient mal répéter sous la poussière et les marteaux piqueurs, devront désormais patienter jusqu’à l’achèvement du chantier Buren, prévu dans un an, pour reprendre possession de ces locaux.

16.07.2008

Une nuance, ou l'autre

71dabeaad2d1db895173c0eb184b30a8.jpgLa Belgique périclite. Enfin, la Belgique politique – nuance. La Belgique culturelle, elle, continue visiblement à bien se porter. Et à s’exporter aux quatre coins du monde, notamment en France et à Paris. C’est ce qu’on se disait hier soir encore en arpentant les couloirs du métro. En effet, de «Bastille» à «Châtelet», d’«Odéon» à «République», dans toutes les stations ou presque, la plupart des panneaux publicitaires célèbrent désormais un des fleurons du neuvième art belge: Largo Winch.

Le film tiré de la célèbre bande dessinée belge de Francq et Van Hamme ne sortira que le 17 décembre 2008 sur les écrans français. Mais six mois auparavant, le visage du fameux golden-boy de phylactère et de papier s’étale déjà en format géant – sur fond d’une très belle photo du skyline de Hong Kong (*).

Tomer Sisley incarnera Largo Winch – aux côtés de la si séduisante Kristin Scott Thomas, quelle chance il a. Dans le registre bel homme, séducteur et briseur de coeurs, l’acteur français pourrait le faire. Un détail, toutefois, a de quoi troubler. Juste une nuance. Pour tout dire, une question… de cheveux (sujet de conversation éternel et merveilleux). Autant Largo était indéniablement blond, autant Tomer est indubitablement brun.

Après Daniel Craig en James Bond blondinet, alors que le héros de Ian Fleming se doit évidemment d’être châtain, voilà donc un deuxième grand tabou capillaire violemment brisé. Le public va-t-il en être perturbé?

 

 

(*) Panorama urbain reconnaissable entre mille par la célèbre «Bank of China Tower» de Ieoh Ming Pei (l’architecte de la Pyramide du Louvre) : 367 mètres d’élégance et de brio à l’état pur. Au passage, on aurait tant aimé voir un gratte-ciel de ce type dans le quartier d’affaires de La Défense, au lieu de ce projet de «Tour Signal» de Jean Nouvel pour lequel, désolé, malgré toute notre bonne volonté, on ne parvient décidément pas (encore?) à s’enthousiasmer.