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10/02/2015

Un appel à la coexistence

Art, Culture, Paris, BanlieuesC'est l'oeuvre de street art que tout le monde cherche en ce moment, sur les murs de Paris. Elle représente un homme en djellabah, avec, à ses côtés, le mot "coexist". La lettre C de ce terme est formée par un croissant musulman, le X et le T étant respectivement constitués par une étoile de David et une croix chrétienne.

L'auteur de cette inscription est un artiste dénommé Combo, Français né d’un père libanais chrétien et d’une mère marocaine musulmane. La semaine dernière, à Paris, il s'est fait ruer de coups alors qu'il apposait cette oeuvre sur un mur.

Cela a suffi pour donner un retentissement énorme à son "coexist". Qui, ce week-end, a même fait l'objet d'un happening artistique, co-organisé par l'Institut du Monde arabe. Cinq cents affiches reproduisant l'illustration y ont été distribuées, puis ont été collées un peu partout. Dans les rues de Paris, mais aussi sur les murs de quartiers de banlieue où, précisément, la coexistence pacifique entre les différentes communautés n'est pas toujours évidente, au quotidien.

Assez curieusement, on n'a pas encore aperçu la chose, depuis ce week-end, sur les murs de notre quartier du onzième arrondissement pourtant si ébranlé par la violence haineuse, en janvier. Mais sans doute cela ne devrait-il plus tarder.

 

PS: Dans un autre registre, un homme a été interpellé puis placé en garde vue à Paris hier soir, pour avoir tagué le mot "Juif" sur une vingtaine de véhicules garés dans le seizième arrondissement, quartier où réside une importante communauté juive.

18/03/2013

Un appel, qui a été entendu

Un peu de culture, pour bien commencer la semaine. Il y a un petit temps (relire ici), on avait évoqué dans ce blog un appel à dons que Le Louvre avait lancé aux particuliers. Pour réunir 800.000€, aux fins d'acquérir deux statuettes en ivoire – une oeuvre (visible) «d'une beauté exceptionnelle» – datant du Moyen-Age. Les résultats de cet appel à dons viennent d'être communiqués.

Et une fois de plus, le mécénat privé a été au rendez-vous. Les deux statuettes, en effet, ont pu être acquises. Ce qui permet au musée d'enfin compléter l’ensemble sculpté auquel elles appartenaient, et qu'il exposait, incomplet, depuis 1896. Cette «Descente de Croix» reconstituée 700 ans après avoir été sculptée est présentée comme un «joyau du XIIIème siècle». «Oeuvre majeure de l'art médiéval», c'est «le seul groupe sculpté complet de cette période parvenu jusqu’à nous dans un tel état de conservation». Il a donc été élevé au rang de «Trésor National» – l'enjeu de la campagne relevait aussi «de la sauvegarde du patrimoine national».

Très exactement 3571 donateurs privés ont pris part à cette collecte de fonds. En ces temps de crise, que des particuliers en si grand nombre contribuent financièrement à cette cause culturelle n'est, en soi, pas inintéressant. Cela dit, le mécénat de tous ces amateurs d'art n'a pas permis à lui seul de récolter les 800.000€. La société des Amis du Louvre a donc été mise à contribution, et une grande compagnie d'assurance (très active dans le domaine de l'assurance des oeuvres d'art...) a signé un gros chèque. L'obole de ces deux grands mécènes a représenté 65% du coût de l'acquisition.

Qui, si cela vous intéresse, sera présentée au grand public à partir du 18 avril – dans la section de l'aile Richelieu du musée qui est consacrée aux objets d'art.

14/12/2012

Un système assez injuste

Chacun jugera si c'est, ou non, paradoxal: au moment où Le Louvre inaugure sa si fameuse et coûteuse extension à Lens – qu'on évoquait l'autre jour – , il lance un appel à dons, à destination du grand public. Pour qu'il l'aide à enrichir ses collections. Il avait déjà fait un tel appel il y a quelques années, avec succès. Cette fois, l'objectif est de récolter 800.000€. Pour acquérir deux statuettes d'ivoire «d'une beauté exceptionnelle», datant du Moyen-Age. A ce stade de la campagne, 60% de la somme recherchée a été récolté.

Le musée remerciera ses mécènes en fonction de la largesse de leur obole. 200€: le droit à une visite privée des collections. 300€: le libre accès pendant un an à l'ensemble du musée. 500€: une invitation à la grande cérémonie de présentation de l'oeuvre acquise. Et ainsi de suite. «Des dispositifs de reconnaissance spécifiques sont proposés pour les dons exceptionnels», a annoncé Le Louvre. Mais sans donner davantage de détails sur la nature de ces gratifications – le peuple n'a sans doute pas à le savoir.

Les mécènes les plus généreux fastueusement mis en avant; les moins fortunés poliment remerciés, mais priés tout de même de rester dans la piétaille des petits donateurs. On trouve peu sympathique – et, pour tout dire, assez injuste – un tel système de renvoi d'ascenseur: basé sur le montant du chèque.

Car, c'est l'évidence: 200€, cela n'a pas la même valeur selon qu'un tel don est fait par un modeste amateur d'art, ou par un nanti assujetti à l'impôt sur la fortune. Nous, on serait président du Louvre qu'on remercierait nos mécènes en fonction non du montant de leur don, mais de la proportion que celui-ci représente par rapport à leurs revenus. Mais bon, on en convient bien volontiers, on ne présidera jamais Le Louvre.

23/12/2008

Une requête

coeurkoons.jpgC’est une requête un peu particulière qu’examinera demain, lors de sa séance audiencée à onze heures du matin, le tribunal administratif de Versailles. Une requête qui lui a été introduite en référé, selon la procédure d’extrême urgence donc, par rien moins qu’un… «descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette», comme se présente lui-même le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme.

 

Monseigneur saisit la justice pour «profanation et atteinte au respect dû aux morts». Visé? L’établissement public qui gère le château de Versailles. Pour agir, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme invoque le «droit immémorial de tout membre de l’espèce humaine au respect de ses aïeux» et «à vivre sans profanation de ses ancêtres». Or, pour le prince, ses ancêtres sont actuellement profanés par… la grande rétrospective consacrée par le château de Versailles à l’artiste contemporain américain Jeff Koons (ici, ou ). Monseigneur réclame donc au tribunal administratif d’ordonner au château d'immédiatement mettre un terme à cette exposition.

 

Pour Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, en outrageant ses aïeux, cette exposition crée un «trouble manifeste». L’œuvre kitsch et drôlatique de Jeff Koons «n’a pas sa place dans le saint des saints des appartements royaux». Son unique but, en effet, est de «se moquer, ridiculiser et dénaturer l’œuvre d’art et de mémoire» du Roi Soleil et de ses descendants. Cette «intention suprême de profanation et de dérision» serait d’autant plus insupportable qu’elle servirait de «ressort publicitaire destiné à promouvoir une star étrangère du porno au détriment de l’art français». Monseigneur fait allusion ici à l’ex-épouse de Jeff Koons, l’actrice porno italienne La Cicciolina, avec qui l’artiste américain prit quelques poses un peu olé-olé. Du coup, et même si aucune œuvre porno n’est évidemment montrée au château, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme qualifie la rétrospective Koons d’«exposition à caractère pornographique». Il juge cela d’autant plus condamnable qu’on est à la période chrétienne de Noël et que, pendant ces congés scolaires, les pornocrates viseraient directement «la candeur des enfants, particulièrement vulnérables et sans défense aux atteintes pornographiques».

 

En novembre déjà, dans un courrier adressé au Président Sarkozy, le prince de Bourbon-Parme disait militer contre l’expo Koons «à titre strictement familial,  mais conscient de porter ainsi le sentiment général des Français et des étrangers du monde entier amoureux du château de Versailles». Sur ce point précis, l’on se permettra de très respectueusement faire remarquer à Monseigneur qu’il se fourvoie. En effet, la rétrospective Koons vient d’être prolongée jusqu’à début janvier tant elle remporte un succès phénoménal. En trois mois, elle a été vue par plus d’un demi-million de personnes. C'est un succès de foule sans précédent dans l’histoire des expositions d’art organisées au château de Versailles.

28/10/2008

Une descente

Voilà qui ne va pas calmer le débat autour de l’art contemporain. On ne l’a appris qu’hier soir: vendredi dernier, une escouade de policiers en civil a suscité un gros émoi au Grand Palais, en effectuant une descente musclée dans le saint des saints de l’art contemporain: la FIAC (Foire internationale d'art contemporain).

 

Les pandores en voulaient à une galerie d’art moscovite qui exposait les œuvres du Russe Oleg Kulik. Cet artiste aussi trash que tourmenté est un habitué des photos de nus mettant en scène des animaux. Les policiers étaient mandatés par le parquet pour faire respecter l'article 227-24 du Code pénal, qui punit la diffusion d'images à caractère violent, pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptibles d'être vues par des mineurs. Ils ont saisi les clichés litigieux, ont fait fermer le stand des galeristes puis ont placé ceux-ci en garde à vue pendant quelques heures.

 

Les milieux parisiens de l’art contemporain n’en sont pas encore revenus de cette descente policière. Ainsi, le directeur de la FIAC, Martin Bethenod, a défendu Oleg Kulik, le qualifiant d’«artiste de très, très grande qualité, dont l'intérêt artistique est tout à fait incontestable». Et de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer un acte de «censure» de la justice. Justice qui, pour le coup, aurait fait preuve d’une inculture crasse en prenant des «mises en scène» artistiques de la zoophrénie, le concept fondateur d'Oleg Kulik, pour de vulgaires clichés faisant l’apologie de la zoophilie.

 

La censure et la création: ce n’est pas la première fois qu’une controverse de cet ordre agite les milieux de l’art en France (*). Ainsi, ces dernières années, la grande photographe américaine Nan Goldin a eu maille à partir avec les autorités françaises lorsqu’elle exposait dans l’Hexagone. Cette artiste se voyait reprocher des photos d’enfants nus (la célèbre «Klara et Edda faisant la danse du ventre», singulièrement) jugées comme flirtant d'un peu trop près avec la pédophilie. A Bordeaux, en 2000, une plainte déposée par une association familiale a même abouti à la mise en examen de l'organisateur d’une expo consacrée à cette artiste.

 

Quelques années plus tard, néanmoins, dans un saisissant retournement de situation, une rétrospective très courue de Nan Goldin était organisée… dans une église en plein cœur de Paris. Et la photographe américaine se voyait remettre en grandes pompes par le ministre de la Culture les insignes de Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.

 

Qui sait le même Oleg Kulik aujourd’hui voué aux gémonies par les procureurs de Rachida Dati sera-t-il demain décoré par Christine Albanel.

 

 

(*) Ces débats n’épargnent d’ailleurs pas la Belgique. L’a encore rappelé, il n’y a pas si longtemps, le tumulte provoqué par une rétrospective consacrée au grand photographe érotique japonais Nobuyoshi Araki. 

16/09/2008

Un événement (encore)

Certains lecteurs de ce blog trouveront peut-être que reparler de ce sujet visiblement un brin polémique, c’est donner des verges pour se faire battre – pour rependre cette si délicieuse expression de la langue française ;-) Peu importe, revenons doublement sur cette grande exposition de Jeff Koons au château de Versailles, qu’on évoquait ici jeudi dernier.

D’abord, pour signaler qu’elle est en train de remporter un succès de foule assez historique. Selon les premiers chiffres de fréquentation, pas encore officiels, Versailles, depuis l’inauguration de cet événement, tourne au rythme de… 10.000 visiteurs par jour! C’est deux fois plus que la moyenne du nombre de visiteurs quotidiens reçus habituellement au château (*). «Les gens oscillent entre excitation et étonnement», nous confiait hier un des organisateurs. «Excitation avant l’expo, dans les files d’attente: ils ont l’air de sentir qu’ils vont vivre un grand moment. Etonnement au moment de découvrir l’expo: les gens sont stupéfaits, amusés, séduits. Et les choses se passent très bien. Aucun incident n’a été déploré: ni esclandre, ni coup de marteau dans les sculptures, ni crachat sur les oeuvres, etc».

Ensuite, pour nuancer un certain jugement selon lequel seule «l’intelligentsia de gauche bobo parisienne» applaudirait à cet événement culturel et, plus globalement, à l’art contemporain. On en a encore eu l’illustration pas plus tard qu'hier, en feuilletant … «Le Figaro»  – un quotidien tout sauf  bobo et de gauche mais qui, au contraire, incarne à merveille la bien-pensance. Le chroniqueur culturel de service (l’écrivain et historien de l’art Adrien Goetz) s’y enthousiasmait pour l’expo Koons, dans la mesure où «l’art d’aujourd’hui vient revivifier les décors anciens, il leur rend leur force».

Surtout, il rappelait très utilement que «l’art contemporain vraiment scandaleux à Versailles, c’est celui qui n’ose pas dire son nom». C’est un affreux escalier bâti en 1985 pour canaliser le flot de visiteurs. C’est, dans les années 2000, la restauration, très controversée dans les milieux des historiens de l’art, du Bosquet des Trois Fontaines, «là où il n’y avait qu’un champ de ronces». C’est «la nouvelle grille dorée comme in rocher Suchard» qui orne désormais le château : «grille dix fois plus agressive que tous les Jeff Koons de la terre», «hénaurme objet clinquant» qui transforme l’entrée de Versailles en «petit théâtre néo-bling bling pour une société de cour fantasmée».

Au demeurant, à notre humble d’avis, on trouve un peu partout dans Paris des manifestations de contemporanéité qui, bien plus que les sculptures de Koons à Versailles, outragent des chefs-d’œuvre de culture et de patrimoine. Prenez le Louvre, la Sainte-Chapelle, le Panthéon ou l’Ecole nationale des Beaux-Arts. Ils sont flanqués de très hideux préfabriqués: cabanes de chantier ou autres locaux supposés provisoires qui, parfois depuis d’innombrables années, les défigurent dans une indifférence assez générale.

(*) Du reste, si ce succès de foule se confirme, cela risque de devenir rapidement assez invivable pour le public. Déjà, en temps normal, visiter Versailles est assez pénible, vu la cohue permanente – c’est évidemment dans ce genre de circonstances qu’on regrette de ne pas être seul au monde. Mais avec un nombre de visiteurs désormais doublé, l’affluence risque d’être tout bonnement insupportable et le plaisir de la découverte artistique assez réduit.

11/09/2008

Un événement

f46ecfd1210cb6da89745f364b763292.jpgC’est incontestablement l’événement de la rentrée culturelle parisienne, l’exposition qui défraie la chronique, qui déchaîne les passions et dont tout le monde va parler ces prochains mois: Jeff Koons, la star américaine de l’art contemporain, au château de Versailles. Le vernissage avait lieu hier. On y était. Et c’était vraiment un très bon moment.

En effet, il y avait beaucoup d’ambiance. Il s’agissait sans doute du vernissage le plus fliqué de France, avec des attachées de presse rigides, énervantes et stressées à souhait et des vigiles musclés un peu partout. La valeur des œuvres exposées, il est vrai, atteint des sommets jamais égalés pour l’art contemporain, Jeff Koons étant l’artiste le mieux coté sur le marché en ce moment. En plus, vu la contestation régnant autour de cette exposition, on pouvait craindre des déprédations. Finalement, seules quelques dizaines de protestataires, pour l’essentiel très âgés, manifestèrent contre la présence de l’icône du kitsch en des lieux aussi nobles que le château royal, qualifiée de «provocation» et de «scandale».

On n’est absolument pas d’accord avec ce genre d’anathèmes. Au contraire, on a trouvé cette expo aussi passionnante que réjouissante.

568f1cb8e4cf03cdc11465e06b7368ac.jpgCar la confrontation des styles versaillais et koonsien crée évidemment des contrastes fascinants. Comme le Louvre il y a quelques mois avec l’expo Jan Fabre, comme en ce moment le château de Fontainebleau grâce à sa collaboration avec le palais de Tokyo, le patrimoine historique n’est jamais aussi beau que lorsqu’on le sort de son formol, lorsqu’on le bouscule et on le réveille en lui faisant côtoyer d’autres formes d’expression artistique. Cela crée des tensions, ou au contraire des rapprochements, qui sont souvent très éclairants. Cela découvre aussi de nouveaux points de vue sur ce patrimoine, et donc contribue à sa remise en valeur.

Ainsi, on ne peut que se demander où est le kitsch quand, à côté des œuvres de Koons, on contemple les robes froufrouteuses des tableaux de Fragonard, les dorures des brocarts, la frivolité des soieries, la préciosité des cofffres à bijoux en nacre et en acajou. Ainsi, la grande et somptueuse Galerie des glaces éblouit d’autant plus quand elle se reflète dans le bleu métallique de l’énorme scultpure «Moon ». Cette remise en valeur de Versailles est d’autant plus évidente que le choix de l’emplacement des œuvres de Koons est souvent remarquable. L’énorme «Hanging Heart», si voyant, réveille au regard du visiteur et donc réhabilite l’alcove et l’escalier de la Reine, d’habitude négligés. La structure géométrique du grillage métallique auquel sont accrochées les bouées en forme de tortues souriantes de «Chainlink Fence» renvoie aux losanges de marbre de la décoration murale de la salle des Gardes. L’énorme sculpture en forme de vase de fleurs exposée dans la chambre de la Reine se fond à merveille dans le décor floral des nobles tapisseries.

849c8f26e97b0d918064046c7538db3e.jpgA cet égard, en contemplant cette structure en bois polychrome, on ne peut qu’être bluffé par la maestria technique de l’artiste. Un «fumiste», Koons? Un «imposteur»? Que ceux qui croient cela observent d’un peu plus près la texture de ses sculptures en acier chromé («Lobster», par exemple): elles sont d’une telle finesse qu’elles ressemblent à s’y méprendre à de fragiles baudruches de plastique gonflable. Ou qu’ils aillent faire quelques pas dans le jardin de l’Orangerie et contemplent la fameuse sculpture végétale «Split Rocker». L’œuvre  maîtresse de Koons est aussi une prouesse technique. Haute de plus de dix mètres, elle est plantée de plus de 90.000 fleurs et équipée d’un système d’arrosage automatique constitué de pas moins de 10.700 goutteurs.

Hier, au pied de cette œuvre immense, la star américaine était presque touchante avec son petit costume de premier communiant et son enthousiasme juvénile. Aux anges, il convenait que cette grande rétrospective à Versailles était pour lui «un rêve devenu réalité».

9ccb6d7f0dccc9c20f4084aa49cadb4f.jpgC’est en tout cas une fabuleuse initiative, pleine d’audace et de créativité – loin de la conception d’un patrimoine poussiéreux et fossilisé. Ceux qui protestent aujourd’hui sont sans doute les mêmes qui, dans les années 80, ont tempêté contre la Pyramide du Louvre. Vingt ans plus tard, l’œuvre magistrale de Pei fait l’unanimité. L’Histoire donne toujours tort aux conservatismes.

07/02/2008

Un palmarès

d59e1c94729c2a2c2a35bf20a68e2a29.jpgCe qui est bien en début d’année, c’est que, de semaine en semaine, tombent les statistiques relatives à l’année qui vient de s’écouler, qui nous apprennent souvent plein de choses. Ainsi, les chiffres de fréquentation des grandes expositions artistiques de la saison 2006-2007 indiquent qu’à Paris – mais il paraît que la chose est valable en province aussi –, le grand public ne s’est jamais autant précipité pour voir des œuvres d’art.

 

Première en termes de fréquentation, avec 482.179 visiteurs, l’expo «De Cézanne à Picasso» que le musée d’Orsay a consacrée cet été aux chefs-d’œuvre de la galerie Vollard. Juste derrière elle, avec 460.000 visiteurs, la rétrospective Gustave Courbet au Grand Palais. L’autoportrait du peintre ayant servi pour l’affiche de l’expo explique en partie ce succès inattendu. Car, comme l’expliquait récemment la directrice de la communication de la Réunion des musées nationaux, «c’est une image très moderne, qui accroche le regard. Sur ce tableau, Courbet fait penser à Johnny Depp…» Les trois suivants dans ce palmarès sont l’expo Arcimboldo du Musée du Luxembourg (430.000 visiteurs), la première rétrospective consacrée par le Centre Pompidou au sculpteur Giacometti (360.000) et «Dalida, une vie» à l’Hôtel de ville (300.000).

 

Ce qui est moche en début d’année, c’est que ces mêmes statistiques viennent rappeler tout ce qu’on n’a pas eu le temps de faire les douze mois précédents. Cézanne, Courbet, Arcimboldo, Giacometti, Dalida: c’était donc, dans le domaine artistique, le quintet parisien gagnant en 2006-2007. En découvrant ce palmarès l'autre jour, on a tiré une tête effarée qui ressemblait presque à l'autoportrait de Courbet (même si on n'a jamais eu la prétention de ressembler au beau Johnny Depp;-). En effet, on l'avoue piteusement: alors qu’on habite au coeur de Paris et qu'on est fan d’art et d’expos, on n’a vu... aucune de ces cinq grandes expos parisiennes.

 

Il va vraiment falloir qu’on prenne garde, ces douze prochains mois, à ne pas ressembler à la caricature du Parisien pressé stressé, qui court à longueur de journées et, en plus, en est tellement fier et grisé qu’il n’arrête pas de faire savoir à tout le monde qu’il est débordé…