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22/05/2013

Un nouvel habitant

Paris, ArtsParis, ArtsUn visage, surgi de nulle part. Découvert ce matin au saut du lit, dans notre coin de Paris – quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Visage de papier, grand format, comme sorti d'une BD. Collé sur un mur, par un artiste de rue.

Visage mutique d'un jeune homme. La moue boudeuse, ayant l'air de toiser le passant, de ce regard que l'on trouve légèrement condescendant.

A quelques rues de là, de l'autre côté du boulevard, un autre visage, lui présent depuis plusieurs mois, contemple lui aussi la vie de quartier. Casquette, lunettes, davantage de couleurs dans le graphisme, mais un regard identiquement songeur.

Cela arrive de temps en temps, dans Paris, de faire connaissance, du jour au lendemain, avec de nouveaux voisins, le plus souvent éphémères. Ainsi, on l'évoqua en son temps, cet ancien Président (ici) cocassement réapparu sur une porte (et qui y figure toujours, aux dernières nouvelles). Ou ces candidats imaginaires aux élections (là), que l'on vit beaucoup dans les rues de la capitale, au moment de la campagne électorale. Ou, encore, ce visage magnifique de Noir (ici), qui impressionna beaucoup les gens du quartier. Avant qu'impitoyablement il disparaisse, balayé par les pluies et/ou les coups de pinceau des agents municipaux de la propreté.

Paris, ArtsAutant de rencontres fugaces et inattendues, qui, au gré de l'humeur des créateurs, agrémentent les allées et venues dans Paris. «La rue est une galerie d'art en plein air», dixit un pochoir que l'on a longtemps vu, dans le onzième. L'art en plein air: à ciel ouvert.

Bien.

15/04/2013

Un ascenseur social

Arts, Culture, Musées, Personnalités, Social On n'est pas encore au stade où un ancien chauffeur de bus devient chef de l'Etat, comme au Vénézuela. Il n'empêche, c'est un bel exemple de réussite. Qui montre que, parfois en France, il fonctionne tout de même encore bien, cet ascenseur social que l'on décrit depuis des lustres comme étant irrémédiablement en panne.

Ce lundi, Le Louvre voit son nouveau président entrer en fonctions. Et celui qui va diriger le plus grand musée du monde et gérer les 2200 membres de son personnel est un fils d'immigrés espagnols né il y a 49 ans dans un milieu très modeste. La mère de Jean-Luc Martinez, c'est son nom, était concierge d'immeuble, et son père facteur à La Poste. Il a passé toute sa jeunesse de l'autre côté du périph': en banlieue. Ce week-end, dans une interview, il a raconté une anecdote remontant aux années 90, alors qu'il était jeune prof d'histoire-géo à Montreuil. «J'ai emmené mes élèves au Louvre. Comme moi, c'était la première fois qu'ils venaient à Paris. Pourtant, il y a une ligne de métro, mais, quand vous habitez Montreuil, vous ne descendez pas en bas».

Se souvenant de ses origines, dans une sorte de renvoi d'ascenseur ici pour le coup très salutaire, le nouveau patron du Louvre a fixé parmi les priorités de son mandat non pas les projets somptuaires, mais le renforcement de l'accessibilité sociale de ce musée.

Bien.

06/12/2012

Un si grand homme

Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.

Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.

En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».

04/12/2012

Une inauguration, réjouissante

Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.

L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.

Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.

Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.

Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.

22/10/2012

Un prix à payer

Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».

Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.

Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.

Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.

Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.

Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.

18/10/2012

«Un saccage», selon le Front national

Le Front national s'est trouvé un nouveau cheval de bataille, dans la capitale. Où, au passage, il a toujours réalisé des scores électoraux lilliputiens. La formation de Marine Le Pen est partie en guerre, hier, contre un projet d'intervention artistique spectaculaire: visiblement trop audacieux pour l'extrême droite.

Cette installation consisterait à encadrer l'Arc de Triomphe d'une monumentale structure de tubes en inox. Cet écrin d'acier, d'une cinquantaine de mètres de hauteur et de largeur, servirait de support à la projection sur le monument, la nuit tombée, des drapeaux de tous les pays ayant participé à la Première Guerre mondiale, dont on célébrera le centenaire dans deux ans. L'installation demeurerait pendant quatre ans. Son coût (entre 14 et 23 millions d'euros) serait pris en charge par des mécènes publics et privés. Selon son concepteur, le sculpteur Vincent Treu, elle pourrait attirer quelque 18 millions de curieux à Paris, et donc rapporter des rentrées économiques considérables à la capitale. Si vous voulez avoir une idée de ce que cela donnerait, une photo ici  et une vidéo .

Pour Wallerand de Saint-Just, le patron du FN de Paris, il n'est pas question de donner «un sou d’argent public pour ce projet qui enlaidira un des monuments les plus beaux et les plus symboliques de Paris». Ce projet relèverait même du «saccage». Le FN exige que le centenaire de la Grande guerre «soit célébré plus dignement, et de façon plus économe des deniers du contribuable».

Chacun est, bien sûr, parfaitement en droit d'apprécier, ou non, ce projet d'installation.

On notera juste que si, il y a un quart de siècle, on avait écouté les arguments comme ceux du FN, Paris n'aurait jamais autorisé le sculpteur Christo à empaqueter le Pont Neuf. Or, en 1985, les images de cette spectaculaire installation firent le tour de la planète. L'intervention fut assez unanimement considérée comme étant à la fois une prouesse technique impressionnante, et un geste artistique majeur, qui renouvela le regard porté par le grand public sur le plus vieux pont de Paris. Et, pendant ses trois semaines d'existence, ce Pont Neuf empaqueté de rose attira dans la «Ville lumière» d'innombrables visiteurs, venus du monde entier pour l'admirer.

04/10/2012

Un rappel si bienvenu

«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.

Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.

Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.

Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.

21/09/2012

Un encouragement

Paris, ArtsOn ne voit vraiment que cette inscription, dans les rues de notre onzième arrondissement, en ce moment. Depuis cet été, on la retrouve absolument partout. Sur tous les supports possibles et imaginables: murs, containers, pallissades de chantier, panneaux de signalisation, macadam, et on en passe. Une belle écriture, ronde et vive. Peinturlurée chaque fois dans une couleur différente. Visiblement, le ou la quidam à son origine a passé l’essentiel de ses journées, ces dernières semaines, à diffuser son message dans toute la ville. Pour qu’il soit vu par le plus grand nombre possible de gens.

 

Un message qui se résume à un mot, ponctué d’un point d’exclamation: «vis!»

 

On ne sait si l’auteur de ce mot est motivé par la gravité de la crise ambiante. Et par son  cortège de difficultés qu’elle entraîne, dans l’existence quotidienne de tant de gens – de Parisiens, notamment. Mais tous ces derniers, qui sait, en apercevant son exhortation, y verront un encouragement anonyme à tenir le coup, à relever la tête, et à s’accrocher – vaille que vaille sans doute, mais coûte que coûte.

 

Il n’est pas rare de voir, dans les rues de Paris, des messages anonymes de ce type (cfr ici, par exemple). On les aime plutôt bien. On leur trouve, comment dire, une dimension altruiste, voire affectueuse, bienvenue, en ces temps pas faciles.

20/09/2012

Un air de nostalgie

Paris, Arts, Personnalités, Histoire, ChiracOn parlait hier de Jacques Chirac. On aperçoit son portrait de temps à autres, en ce moment, dans les rues de Paris. Et dans celles de notre onzième arrondissement, notamment. Visiblement, l'ex-Président inspire les artistes urbains. Qui, dans ce pochoir, le représentent affublé d'une de ses mimiques les plus mémorables.

On a été assez surpris, en tombant nez à nez avec la bobine de l'ex-chef d'Etat, au hasard de nos pérégrinations dans la capitale. Car, finalement, il y a dix ans, qui aurait osé parier que Jacques Chirac deviendrait un sujet d'art populaire? Lui qu'il était de si bon ton de railler. Lui, «Supermenteur» moqué par Les Guignols et pourchassé par les juges. Lui, le candidat sortant historiquement si impopulaire, au bilan présidentiel si maigre. Lui qui, en 2002, ne dut sa réélection qu'à la configuration si inhabituellement fracassante du second tour de la présidentielle: l'extrême droite ou moi.

Dix ans plus tard, l'image publique de Jacques Chirac semble s'être réduite à celle d'un vieillard bonhomme, incorrigiblement dragueur, cocassement étourdi par l'âge et la maladie – une figure au fond sympathique, qui a l'air d'inspirer une certaine nostalgie.

Les peuples, décidément, ont la mémoire courte. Et les humeurs changeantes.

19/09/2012

Une visite particulière

La présentation cette semaine – aux autorités et aux médias – du nouveau département du musée du Louvre. Consacré aux Arts de l'Islam, il ouvrira samedi au grand public. Pour ne s'attacher qu'au contenant, il est marqué par un spectaculaire geste architectural. Ces collections, en effet, sont abritées sous une vaste verrière ondulante, qui surplombe la Cour Visconti: «voile doré de verre et de métal, qui respecte les façades historiques tout en ornant le bâtiment d'un élément d'une grande originalité». Pour la direction du Louvre, ces 2800 m2 de nouveaux espaces d'exposition et la manière dont on les a agencés représentent «une étape décisive dans l'histoire architecturale du palais et dans le développement du musée, plus de vingt ans après la création de la Grande pyramide» de Ieoh Ming Pei.

C'est l'aboutissement d'un projet vieux de plus de dix ans. Projet que Jacques Chirac, quand il était aux affaires, avait toujours appuyé.

Aujourd'hui, cependant, les médecins et l'entourage de l'ancien Président (1995-2007) l'ont jugé trop affaibli pour qu'il participe aux cérémonies et autres mondanités d'inauguration du nouveau lieu. Aussi, très discrètement, à la fin de la semaine dernière, une visite guidée particulière a été organisée rien qu'à son attention. Il a donc eu tout le loisir de découvrir les lieux à son rythme, en compagnie du grand patron du Louvre ainsi que de la ministre de la Culture. Et loin des caméras.

14/05/2012

Un (autre) candidat

L'ex-candidat Hollande sera donc investi en grande pompe, demain. Sera intronisé, en somme: le cérémonial de ces rituels républicains de passation de pouvoirs est tellement empesé que, demain, la France ressemblera plus que jamais à une monarchie républicaine. Et l'audimat des JT ou des retransmissions en direct des cérémonies montrera une fois de plus que les Français adorent cela.

L'ex-candidat Hollande s'efface donc, pour devenir le Président Hollande. Il faudra s'habituer à cette appellation.

Dans le même temps, dans les rues de Paris, les murs continuent d'être ornés d'affiches électorales appelant à voter pour... un candidat parfaitement inconnu, lui.

Personnalités, Elections présidentielles, Paris, Arts Il s'appelle Evelin Philibert. Nulle trace de lui dans les encyclopédies ou dans les dictionnaires de noms propres – à moins que cela nous ait échappé. Tout aussi inconnu au bataillon est son alter ego, dont le portrait est lui aussi affiché un peu partout sur les murs de la capitale, en ce moment: un certain Louison Rego.

Evelin et Louison. Physionomie surannée, patronymes désuets, obscurité de leur message: sur leurs affiches, pas un slogan, pas un engagement, pas un renvoi vers un site web, qui expliciterait la raison de leur présence ici, et dans une telle posture électorale.

C'est bien. C'est l'art urbain. Chacun y voit, ou pas, ce qu'il veut bien. Puis passe son chemin.

31/01/2012

Un toupet

Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.

Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.

Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.

D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?

24/11/2011

Une croisade, une condamnation

Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).

Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.

C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.

Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.

Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.

En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».

Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».

Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.

28/09/2011

Un respect, ou pas

femmes,gouvernement,artsOn parlait des femmes, hier. Dernièrement, dans nombre de rues de notre onzième arrondissement, un artiste anonyme a apposé des affiches sur lesquelles est dessiné un tronc de femme nue. Sans autre mention, slogan ou inscription donnant au passant une clé pour décoder son oeuvre. Juste un dessin – très beau, au demeurant.

 

Et, ce qui est vraiment frappant, c'est de voir combien, jour après jour, cette œuvre demeure, la plupart du temps, parfaitement intacte. Ni dégradée, ni arrachée, ni tagguée, ni raturée, ni recouverte par d'autres créations  – comme c’est le lot habituel, à Paris ou ailleurs, de la plupart des œuvres d’art urbain, dont la durée de vie est souvent très courte.

 

Mais là, rien. Pas grand monde ne semble toucher à cette représentation du corps féminin. Qui, dès lors, continue à fièrement embellir la vi(ll)e.

 

Hier, en le constatant une nouvelle fois dans notre quartier, on a pris le parti d'y voir un signe avant-coureur d'un plus grand respect pour les femmes, dans ce pays. Pays où, faut-il le rappeler, l'affaire Strauss-Kahn a remis en lumière l’ampleur encore, dans l'opinion, du machisme, du sexisme et du beaufisme.

 

femmes,gouvernement,artsCet accès soudain d'optimisme (mesuré), on trouvait qu'il était plutôt bienvenu, le jour de la prise de fonctions, au gouvernement, du nouveau ministre des Sports, David Douillet. Quel rapport ? Ce David Douillet eut un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite phrase effarante d'irrespect: «On dit que je suis misogyne, mais tous les hommes le sont, sauf les tapettes».

 

Réussir, en quinze mots, à cumuler misogynie et homophobie, cela méritait assurément une promotion gouvernementale.

 

Encore bravo.

03/08/2011

Un été qui va bousculer

PARISMEURT.jpgParis meurt, Paris se meurt, en août. C'est ce qu'il est de bon ton de se dire entre Parisiens chaque année à ce mois-ci. C'est ce qu'affirme aussi, en ce moment, une grande inscription murale taguée l'autre jour par un passant manifestement un brin chagrin, dans une ruelle pas loin de la maison. C'est à la fois vrai et pas vrai.

Vrai, car, effectivement, plus les jours passent et plus les commerces, un peu partout, baissent leur rideau métallique et y apposent le sacrosaint écriteau donnant rendez-vous en septembre. Vrai car, en effet, le trafic et donc les embouteillages et la pollution sont (un peu) moindres en ville depuis lundi. Mais pas vrai, car – on en a encore fait l'expérience hier soir – les métros aux heures de pointe sont toujours aussi insupportablement bondés et torrides. Pas vrai, car, le soir, les terrasses à Bastille et les bars dans le Marais sont toujours aussi courus. Par vrai, car il y a toujours autant de miséreux qui croupissent dans la Ville lumière, sur notre boulevard Richard Lenoir comme ailleurs.

Et pas vrai, car ils se passe tout de même encore des choses intéressantes dans cette capitale, du point de vue culturel. C'est le cas par exemple du festival «Paris Quartier d'été», qui, en plus, cet été, va assez joyeusement bousculer la tradition. Ainsi, parmi les cadres parisiens dans lesquels vont se dérouler ses spectacles, figure pour la première fois l'Hôtel national des Invalides: haut lieu de l'histoire militaire française, à la tradition sévère et rigide comme il se doit, et qui, jusqu'à présent, était plus abonné aux cérémonies martiales et solennelles qu'aux fulgurances de la création culturelle.

Du coup cet été, dans la Cour d'Honneur des Invalides, sous le regard de ses 60 canons de bronze rigoureusement alignés, une compagnie de danse style hip-hop va virevolter autour de barrières Vauban (*): ces barrières métalliques servant généralement à empêcher la foule à accéder à tel ou tel lieu. Comme le notent les organisateurs du festival, ce sera amusant de voir «comment un objet qui sert habituellement à canaliser, à limiter et à interdire peut devenir l'instrument de toutes les libertés et l'appui de tous les envols».

GROSSEBRUTE.jpgAinsi encore, dans ce cadre si cocardier des Invalides, on poussera l'exotisme jusqu'à y entendre résonner les chants des Manganiyars: une communauté d'artistes venus du Rajasthan indien. Ainsi, toujours, à deux pas de l'Église du Dôme et de son tombeau de Napoléon Ier, on pourra revoir en plein air «Les Duellistes», le film de Ridley Scott: « fresque époustouflante, déroulée sur fond de guerres napoléoniennes, à admirer sous la statue de l’empereur».

Très bien, tout cela. Rien de tel, trouve-t-on, pour s'aérer l'esprit et pour avancer, que les contrastes et les confrontations – en culture comme ailleurs.

(*) Barrières dénommées de la sorte en français de France, mais, si on a bonne mémoire, appelées plutôt barrières Nadar en français de Belgique. Le français, langue plurielle: encore une illustration, après nos prunes d'hier.

29/07/2011

Un appel à la censure

Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».

Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.

Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.

Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.

28/07/2011

Un pastiche

MasTacsignature.jpgCe doit être la rançon de la gloire. Cela concerne Miss.Tic: l'artiste dont on parlait il y a deux jours, qui a participé à la confection du nouveau pochoir géant du quartier Beaubourg. Miss.Tic: la papesse du Street Art parisien, dont les pochoirs de jolies jeunes femmes délurées, aux petites réflexions spirituelles et décalées, font la pluie et le beau temps dans les rues ici, depuis le milieu des années 80. La rançon de la gloire? Miss.Tic a désormais un pastiche.

On en avait déjà entendu parler, mais on ne l'avait encore jamais constaté de visu: sur un mur ou l'autre, dans la ville. C'est désormais chose faite. L'autre soir, en effet, de retour du bureau, flânant le nez en l'air dans une ruelle de notre onzième arrondissement, on est tombé sur la soeur jumelle revendiquée de Miss.Tic: la délicieusement dénommée... Mass.Toc.

Le style des pochoirs signés Mass.Toc rappelle tant ceux de Miss.Tic qu'au début, on s'est demandé si ce n'était pas une auto-parodie de l'intéressée.

Un énième produit dérivé, en quelque sorte, imaginé par une artiste qui en a déjà tant (des fournitures scolaires à la maroquinerie, en passant par la lingerie). Une dernière trouvaille marketing d'une miss née dans la rue certes, mais à présent si institutionnalisée qu'elle figure sur des timbres-poste, est exposée dans les galeries de Saint-Germain des Prés (relire ici), ou sert d'identité visuelle à une marque de voitures de location.

masTacgrosse.jpgMass.Toc n'en est pas encore là, en termes de reconnaissance. Ses silhouettes, il est vrai, loin des sylphides de Miss.Tic, renvoient plutôt à... Beth Ditto, la gironde (et épatante) chanteuse de Gossip. Mais elles aussi aiment les jeux de mots en forme de clin d'oeil: «J'assure en chair», proclamait la dame aux formes généreuses le soir où on l'a croisée, sur son mur carrelé.

Mass.Toc: une critique de la plastique toujours si irréprochable des femmes de Miss.Tic? On lui souhaite, en tout cas, longue vie à elle aussi. Il n'y a pas de raison, trouve-t-on, que l'accès aux murs de Paris soit réservé à un certain tour de taille.

26/07/2011

Un quartier que l'art embellit

CALDER.jpgUn peu de culture aujourd'hui: cela ne fait jamais de mal. D'autant qu'en l'occurrence, on est super en retard: les deux initiatives dont on va parler datent déjà de plusieurs semaines, mais, autres actus plus chaudes obligent, on n'avait pas encore eu l'occasion de les évoquer dans ce blog.

La première est une gigantesque oeuvre d'art qui trône désormais sur le parvis Beaubourg. Cette sculpture monumentale, baptisée «Horizontal», pèse la bagatelle de six tonnes. Elle est due à l'artiste américain Alexander Calder, qui, avant sa mort (en 1976), avait acquis une renommée mondiale avec ses immenses mobiles appelés aussi stabiles. «Horizontal», qui figurait depuis 1983 dans les collections du Musée national d'art moderne, n’avait plus été présenté au grand public depuis plus de vingt ans.

Calder, donc. On peut apprécier cet artiste, mais néanmoins juger que son choix n'est pas fou-dingue d'originalité. Ses oeuvres rehaussent déjà les parvis de quantité de centres culturels dans le monde. Et les Parisiens connaissent déjà ce sculpteur sur le bout des doigts: il y a plusieurs années, ils avaient été un demi-million à visiter la rétrospective que Pompidou lui avait consacrée. Peut-être, donc, aurait-on pu profiter de l'occasion pour populariser un artiste moins connu. En outre, on trouve «Horizontal» moins spectaculaire que «Le grand stabile rouge» (75 tonnes d'acier, 15 mètres de haut) du même sculpteur, installé depuis plus de 35 ans à La Défense. Mais sans doute ne faut-il pas faire la fine bouche: une oeuvre d'art qui sort des réserves d'un musée pour aboutir dans la rue, c'est toujours une bonne nouvelle.

La deuxième initiative artistique qui a vu le jour dans le quartier Beaubourg se distingue elle aussi par son gigantisme. Ce serait même le plus grand pochoir au monde. Son auteur, le surnommé Jef Aérosol, est un artiste lillois, vieux routier du Street Art français. Ce pochoir, haut de 22 mètres et large de 14,  compte 350 m² de surface. Sa réalisation a demandé quatre jours de travail, nécessité 200 bombes aérosol, et mobilisé plusieurs autres artistes de rue réputés comme Blek le Rat ou Miss Tic. Selon la mairie du quatrième arrondissement, cet autoportrait monumental a vu le jour sur ce mur aveugle «à la demande des habitants du quartier Saint-Merri-Beaubourg, qui ne veulent pas laisser les pignons aux tags».

CHUTTT.jpgBaptisée «Chuuutttt!», cette fresque «est une invitation à se poser cinq minutes, à tendre l’oreille à des choses que vous n’avez pas l’habitude d’entendre. La ville, ce ne sont pas seulement les sirènes de police et le bruit des moteurs. C’est aussi les cris des enfants, le chant des oiseaux et la mélodie des langues des touristes, nombreux aux abords du Centre Pompidou».

Contiguë à la belle église St-Merri , «Chuuutttt!» fait face aussi à l'épatante fontaine Stravinski, de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Cette sculpture elle-même a été restaurée, elle qu'on avait si longtemps laissé pourrir, les pieds dans l'eau.

Mine de rien, donc, c'est tout un bout de quartier de Paris qui, grâce à l'art, progressivement s'embellit. Bien.

06/07/2011

Un deuil

cy-twombly-5.jpgOn est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.

Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.

Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.

Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.

En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.