07.02.2012
Un avis (tranché)
Angela Merkel était donc à Paris lundi, pour soutenir Nicolas Sarkozy en vue des présidentielles. Ecrivant hier sur le sujet, pour «La Libre» version papier, on expliquait que cet appui de la chancelière allemande n'allait pas forcément aider le Président français à réduire le fossé qui, d'après les sondeurs, le sépare des classes populaires et ouvrières. Il y a quelques semaines, un sondage TNS-Sofres a témoigné de cette défiance d'une partie pas marginale de l'électorat populaire envers le couple franco-allemand et envers son fonctionnement.
Ainsi, près d'un ouvrier français sur cinq (21%) voit l'Allemagne avant tout comme un pays «concurrent», 9% de cette catégorie de la population considérant carrément cet Etat comme «un adversaire». Et 69% des ouvriers ne font pas confiance au tandem Sarkozy-Merkel pour résoudre la crise.
La même réticence serait-elle de mise en banlieue de Paris? L'autre jour, en tout cas, prenant le RER A puis débarquant dans une gare quelques stations plus tard, on n'a pu que constater que la plupart des panneaux publicitaires y avaient été maculés par un(e) anonyme. Maculés d'un seul et même slogan. Qui, à défaut d'être d'un goût exquis, était au moins très visible et très parlant: «Pas besoin de sexe en 2012 SARKO-MERKEL nous baisent déjà A SEC».
Certes, un slogan isolé ne fait jamais une opinion. Et, même lorsqu'ils sont peinturlurés dans toute une station, ils ne traduisent pas forcément le sentiment de l'électorat de l'ensemble d'une région. Mais enfin, dans certains coins de la banlieue de Paris en tout cas, vis-à-vis de certains électeurs, il semble y avoir comme un déficit d'explications et de persuasion de l'Elysée, sur cette question...
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17.01.2012
Un bilan assez éclairant
18. C'est, depuis la mi-avril, le nombre de femmes qui, à Paris et dans sa proche banlieue, ont été verbalisées par les policiers pour infraction à la fameuse loi qui, depuis le printemps, interdit le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) sur la voie publique. «Au total, il a été procédé à 28 contrôles» dans cette région, lit-on dans le dernier point qu'a fait la préfecture de police sur la question: «douze contrôles à Paris, dont six verbalisations, cinq dans les Hauts-de-Seine et autant de verbalisations, onze contrôles en Seine-Saint-Denis dont sept verbalisations, aucun contrôle ni verbalisation dans le Val-de-Marne».
18 femmes verbalisées, donc. En 10 mois d'application de la loi.
Cela relativise assez bien, trouve-t-on, les cris d'orfraie qu'avaient poussés certains ministres et parlementaires sarkozystes l'an dernier, selon lesquels le port du niqab était en train de prendre des proportions affolantes en France, et y menaçait l'ordre public.
Dommage, cela dit, que la préfecture n'informe pas davantage sur les circonstances ayant donné lieu, à Paris, à ces six verbalisations. Cela permettrait de vérifier si, parmi ces femmes verbalisées, ont figuré, ou pas, ces très riches et respectables touristes intégralement voilées venues des Emirats ou autres, qui sont les hôtes de marque réguliers des palaces multi-étoilés de la capitale ainsi que des maroquineries, joailleries et boutiques de haute couture de l'avenue Montaigne ou de la place Vendôme.
Juste pour savoir si le rétablissement de l'autorité républicaine dans les «zones de non-droit» – ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat ont jadis désigné les banlieues difficiles – a concerné également, et équitablement, les quartiers les plus chics du pays.
11:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, police, sécurité, paris, etrangers, luxe, tourisme, banlieues, gouvernement
14.09.2011
Un slogan assez gonflé
On la trouve gonflée, la maison de haute couture Chanel. On se le dit chaque fois qu'on tombe sur un des nombreux panneaux publicitaires qui, à Paris en ce moment, relaient sa dernière campagne de pub. On y voit une jeune femme au saut du lit, look rebelle-cool: la chemise de son homme, pas maquillée ni coiffée, et ce slogan peinturluré au feutre sur son visage: «Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue!»
Chanel-rebelle descend dans la rue, donc. C'est vraiment se moquer du monde.
D'abord, vu les prix pratiqués par cette marque, on peut sérieusement douter que ses créations soient accessibles à «l'homme/la femme de la rue», comme on dit. A fortiori en ces temps de crise, faut-il le préciser.
Ensuite, il faut rappeler que cette grande maison ne descend tout de même pas dans n'importe quelle rue. On l'avait vu il y a quelques mois, à l'occasion d'une affaire qui avait fait un certain bruit dans la banlieue de Paris. Du jour au lendemain, les produits Chanel avaient purement et simplement disparu des rayons des parfumeries de plusieurs villes pas vraiment symboliques de luxe et de glamour: Bobigny, Meaux ou Chilly-Mazarin. Le porte-parole de la marque avait invoqué la «qualité insuffisante» de ces boutiques, et le non-respect de ses «critères d’exigence, en termes de présentation et d’environnement». «Nous sommes un produit de luxe. Nous avons un cahier des charges très précis avec nos distributeurs», avait-elle argumenté. A Bobigny, des responsables d'associations, «particulièrement choqués», avaient dénoncé cette décision: «Ce départ signifie que Bobigny n’est pas assez bien pour Chanel, que nous sommes des clients de seconde zone». Tentant de couper court à cette délicate polémique, l'enseigne avait assuré que, dans son esprit, il n'avait, bien sûr, «jamais été question de discriminer» quiconque.
Quelques mois plus tard, voici donc Chanel qui se la joue rebelle et descend dans la rue. Ceux et celles qui se demandent dans quelles rues et de quelles villes ont sans doute le droit d'écrire à Karl Lagerfeld pour lui poser la question.
11:19 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, luxe, art de vivre, banlieues
10.06.2011
Un déploiement
On a encore pu le constater hier soir, en y passant par hasard: les CRS ne quittent plus la place de la Bastille. Une demi-douzaine de fourgons sont stationnés en permanence sur le flanc de l'Opéra. Les plantons montent la garde devant l'édifice. L'accès à son grand escalier extérieur, qui donne sur la place, est désormais interdit: plus question de même s'asseoir paisiblement sur les marches, comme avaient pris l'habitude de le faire, à longueur de journées/soirées et depuis nombre d'années, tant et tant de Parisiens du quartier et de touristes du monde entier.
Visiblement, les autorités craignent comme la peste que ces marches de l'Opéra deviennent une place forte des «Indignés» parisiens – qui les avaient brièvement squattées, fin mai (lire ici, par exemple). Bastille ne sera pas la Puerta del Sol.
En observant ce déploiement hier soir, on se disait qu'on avait loupé un épisode: que ces quelques «Indignés» devaient vraiment être très très dangereux, pour que l'Etat mobilise de tels moyens policiers contre eux.
On se demandait néanmoins si tous ces pandores n'auraient pas mieux à faire. Plutôt que de surveiller un bout de place vide pour prévenir son hypothétique occupation par quelques jeunes idéalistes, être déployés, pourquoi pas, dans ces deux villes de la banlieue parisienne qui ont marqué l'actualité, ces derniers jours – si vous avez loupé cela, lire ou écouter ici, par exemple. Là où une gamine de 9 ans a été grièvement blessée: victime collatérale d'affrontements entre jeunes et policiers. Et là où des écoliers ont été privés de cour de récréation à cause des tirs d’armes à feu échangés dans le voisinage par des bandes rivales.
Mais sans doute, en politique comme dans la vie en général, se donne-t-on les priorités que l'on peut/veut.
12:03 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, paris, jeunes, banlieues
18.04.2011
Une (pénible) égalité
Les «Tokyo Girls». Les «Black Boukantes». Les «Bana Danger». Les «Momi Fiuu». Ce ne sont pas les derniers groupes de musique à la mode chez les jeunes à Paris. Ce sont les noms... de bandes de filles. Les noms de bandes de jeunes délinquantes qui, dans la capitale française ou sa banlieue, donnent du fil à retordre aux forces de l'ordre.
Selon la préfecture de police de Paris, qui a fait le point sur la question l'autre jour, les premières bandes composées exclusivement de filles sont apparues ici à l'été 2009. Aujourd'hui, on en dénombre huit différentes. La plus petite ne compte qu'une dizaine de membres, mais la plus grosse regroupe jusqu'à 70 filles. Leurs membres ont en général entre 13 à 20 ans. Depuis le début 2010, 180 jeunes filles ont été interpellées en région parisienne pour des faits délictueux présumés commis dans le cadre de ces bandes. Deux tiers de ces interpellations ont donné lieu à placements en garde à vue. A l'issue de celles-ci, 60 jeunes filles ont été déférées en justice.
Entre elles, a observé la police, les membres de ces gangs féminins uitilisent des pseudonymes. Ces noms d'emprunt «répondent à des critères allant des marques de luxe (BB Dior, Bbei Prada…), aux bonbons et sucreries (Tictak Walen ; Caramel…), en passant par des comportements sociaux (l’Insolente, Kpriss, l’Explosive..), des attitudes érotiques ou comportements sexuels (Tigresse, Cochonne…) et une appartenance ethnique (Blakisha, Tissmé, Misafrow…)».
Ce qui distingue une bande de filles d'une bande de garçons? «Contrairement à leurs homologues masculins, les filles ne cherchent pas à s’approprier un territoire déterminé, mais plutôt à occuper l’espace autour d’elles par l’exubérance et le chahut, causant tapages et nuisances. La délinquance n’est pas la motivation première des rassemblements, mais elle fait partie intégrante de leur mode de fonctionnement: violences volontaires, racket, brimades, harcèlement, vols à l’étalage en sont les manifestations». Les bandes de filles «gravitent généralement autour des bandes masculines (...), constituant des sous-groupes: les crews». Ces sous-groupes «servent de passerelle pour accéder à la bande, à charge pour les filles de faire leurs preuves notamment en commettant des vols avec violences. Contrairement aux garçons, elles s’affrontent rarement entre elles, privilégiant les attaques concentrées sur une ou deux cibles. Des dérives ont été constatées depuis fin 2010, elles sont désormais impliquées dans des agressions sexuelles et des viols».
Zoner, faire du grabuge, harceler, brimer, racketter, voler, agresser, cogner, violer. Ce n'est donc plus l'apanage des garçons à Paris – comme sans doute ailleurs aussi. C'est donc, si l'on comprend bien, la dernière évolution en date enregistrée dans le processus d'égalité hommes-femmes. .
On aurait préféré que cette violence reste l'apanage des hommes.
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24.03.2011
Un fiasco
On évoquait le métro de Paris hier, au passage de la note du jour. Mais ici cette semaine, en matière de transports publics, c'est le train de banlieue qui fait l'actualité. Et plus spécialement, la ligne H de la SNCF, qui dessert la grande banlieue Nord de la capitale française. C'est sur cette ligne que, depuis décembre 2009, des rames flambant neuves remplacent progressivement les fameux «petits gris»: ces trains en tôles ondulées d'acier inoxydable, qui datent des années 60 – on a déjà parlé de cela dans ce blog: ici. Les banlieusards concernés attendaient énormément de ce nouveau matériel. Ce train «Francilien» (là) n'était-il pas décrit comme «extra large, boa et ultramoderne, conçu spécialement pour la problématique du réseau SNCF très chargé en Ile de France»? «Francilien, votre quotidien prend des couleurs!», disait même le slogan de sa campagne de com'. Tu parles. L'affaire est en train de tourner au fiasco, a-t-il été confirmé en début de semaine.
Lundi, en effet, le constructeur de ces nouvelles rames, le groupe canadien Bombardier, a carrément annoncé la suspension temporaire de leur livraison à la SNCF. Car les exemplaires qui ont graduellement été mis en circulation sur la ligne H fonctionnent de manière... catastrophique. Ils accumulent tant et tant d'avaries que les voyageurs subissent des retards encore plus importants qu'à l'époque des «petits gris», pourtant si vieux et poussifs...
Lundi, les PDG de Bombardier France et de la SNCF ont étés convoqués à la présidence de la Région. Après avoir reçu un savon, ils ont dû s'engager à s'activer pour trouver au plus vite l'origine de ces dysfonctionnements (électroniques, semble-t-il). Afin que puisse reprendre le plus vite possible la livraison de ce nouveau matériel roulant. Dans l'immédiat, des «petits gris» qui avaient été retirés de la circulation vont devoir être remis en service. Du coup, les médias ici font leurs choux gras de ce fiasco. «Le beau projet de "TGV des banlieues" se transforme en cauchemar», entendait-on ainsi, l'autre matin, sur une radio.
Encore bravo.
10:58 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, banlieues
27.05.2010
Un rappel
Des perturbations sont possibles dans les chemins de fer en France ce jeudi, (énième) jour de mobilisation syndicale interprofessionnelle contre la prochaine réforme des retraites. Parlant des trains et plus spécialement de ceux circulant en région parisienne, la SNCF vient, en douceur, d'effectuer un fameux revirement. Fin de l'année dernière (relire ici), elle avait annoncé la disparition programmée des «petits gris»: ces rames en inox mises en service il y a plus de 40 ans, dont la physionomie était devenue très familière aux habitants de la capitale française et de sa banlieue. Quelques mois plus tard, changement de cap: les chemins de fer viennent de ... procéder au rappel en grand nombre de «petits gris» qui avaient déjà été déclassés.
Ces vieilles rames désormais opèrent à nouveau sur la ligne D du RER. La SNCF, en effet, n'a eu d'autre choix que de les remettre massivement en circulation, y compris aux heures de pointe. En cause, le flux tendu sur cette ligne, dont la fréquentation croît chaque année de 3 à 4%. Et l'immobilisation plus longue que prévue, dans les ateliers de maintenance, de nombreux trains plus récents. Dans ces conditions, le renvoi au dépôt de ces «petits gris» rappelés en catastrophe n'est pas attendu avant plusieurs semaines.
Au passage, le grand patron de la SNCF vient de faire son mea culpa à propos du plan d'urgence de 100 millions d'euros qui avait été engagé il y a deux ans au profit de ce RER D. «Cet investissement vient de se terminer. Il y a du bon et du moins bon», a reconnu Guillaume Pépy. «Le bon, c'est l'amélioration de l'information des voyageurs, du confort et un certain progrès dans la régularité: les retards ont baissé de 20%. Le moins bon, c'est qu'on n'a pas atteint l'objectif d'une réduction des retards d'un tiers. Aujourd'hui, les retards sont de l'ordre de 14%. Ils étaient de 18% auparavant. Il faudrait que l'on soit dans la zone des 10%». Mais, a averti le PDG des chemins de fer, pour atteindre ce niveau qualitatif, «il faudra plusieurs années» encore.
Faute avouée est à moitié pardonnée, se diront (peut-être) les banlieusards qui, les jours de grève comme les jours sans grève, ont l'habitude de poireauter sur les quais du RER D. En attendant, le syndicat des transports de la Région parisienne a annoncé hier un (énième) relèvement des tarifs, qui entrera en vigueur en juillet. La hausse moyenne sera de 3,9%, soit largement plus que l'inflation. Il est décidément des hasards de calendrier qui sont fâcheux.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, banlieues, social
30.03.2010
Une vigilance
«Vigilante et mobilisée». Telle est l’attitude de la mairie de Paris face à la dernière mauvaise nouvelle en matière de santé concernant la région parisienne, qui est tombée en fin de campagne électorale et a donc été assez largement éclipsée par elle. On veut parler de la multiplication, ces dernières semaines, de cas de tuberculose dans la capitale ainsi que dans sa banlieue. Ce qui confirme que cette affection, dont on a déjà parlé dans ce blog (exemple ici ), est, comme le rappelle l’Hôtel de Ville, tout sauf «une maladie d'un autre temps ou un fléau de pays lointains». Pour preuve, elle frappe même et y compris en 2010 et au cœur de la capitale de la cinquième puissance économique mondiale.
Ainsi, ces dernières semaines à Paris, des cas de tuberculose ont été successivement diagnostiqués dans une école primaire du dix-huitième arrondissement et dans une crèche du dixième. Alors qu’en banlieue, elle a frappé un collège de Clichy sous Bois (nécessitant le dépistage de quelque 800 élèves, encadrants et professeurs), un lycée de Bobigny ainsi que la prison de Villepinte. Du coup, certains à l’UMP envisagent de rétablir la vaccination obligatoire pour les nourrissons et les populations à risques (migrants, précaires, SDF, détenus, etc.), vaccination qui, depuis 2007, n’est plus que fortement recommandée. A leurs yeux, ce retour du BCG obligatoire devrait en tout cas concerner les zones les plus concernées par la maladie: la Seine-Saint-Denis par exemple (banlieue Nord de Paris). C’est le département le plus touché en métropole ; on y recense proportionnellement plus de trois fois plus de cas de tuberculose que dans le reste du pays (32 cas pour 100 000 habitants, contre 9 pour 100 000).
La ministre de la Santé, néanmoins, interrogée l’autre jour sur le sujet au Parlement, continue de préférer s’en tenir à «une action ciblée», qu’elle juge «beaucoup plus efficace que la vaccination obligatoire». En effet, «le vaccin contre la tuberculose empêche non la dissémination du bacille, mais les cas graves. Or, précisément en Seine-Saint-Denis, le nombre des cas chez les jeunes enfants a diminué et le nombre des cas graves a été totalement stoppé: nous n’avons enregistré aucun cas de méningite tuberculeuse».
Pour autant, comme la mairie de Paris, l’Institut de veille sanitaire n’en plaide pas moins pour la vigilance dans ce dossier. Ainsi, dans son dernier rapport sur la question, il vient d’expressément inviter à «poursuivre les efforts en matière de surveillance et de lutte» contre la tuberculose. Et, par exemple, a jugé «prioritaire» un «renforcement de la communication auprès des médecins vaccinateurs, sur l’importance de la vaccination des enfants à risque élevé».
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, pauvreté, paris, banlieues
24.03.2010
Une série noire
Sinon, pendant que la campagne électorale battait son plein en région parisienne, la communauté Rom y a, une fois de plus, été endeuillée. C’était à la mi-mars. Et, à nouveau, c’est le même scénario dramatique qui s’est déroulé, cette fois en Seine et Marne (grande banlieue Est de Paris), à Saâcy sur Marne plus précisément. En pleine nuit, un violent incendie s’est déclaré dans un cabanon situé dans un camp de caravanes et de baraquements où étaient établis des gens du voyage. Deux fillettes âgées de 6 et 8 ans ont péri dans les flammes. Sept blessés ont dû être hospitalisés. Il semble qu’un poêle à bois défectueux ait été à l’origine du sinistre.
C’est au moins la quatrième fois (relire ici, là ou là) que, ces trois dernières années en région parisienne, un tel drame et dans de telles circonstances endeuille la communauté des gens du voyage. Pourtant, dans les médias français, le décès de ces deux fillettes n'a fait l’objet que d’une brève ou l’autre. Et, que l’on sache, aucune autorité, même pas le plus obscur sous-secrétaire d’Etat, n’a manifesté sa compassion aux familles des victimes. Qui, évidemment, n’ont été reçues nulle part en haut lieu, à l’inverse de tant d’autres victimes de tant d'autres faits divers.
En France décidément, pour certaines personnes tout au moins, les semaines, les mois et les années passent mais rien ne change. Pas de manière visible, en tout cas.
10:53 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, banlieues, etrangers
10.03.2010
Une communauté
Ils faisaient vraiment peine à voir, hier à la télé. C’était dans un des derniers JT du soir. Cela se passait en banlieue parisienne. Les images montraient quelque 200 Roms, dont d’innombrables femmes, enfants voire bébés, agglutinés dans un gymnase municipal. Ils avaient dû y trouver refuge car leur bidonville, situé le long d’une route départementale à Massy (banlieue Sud de Paris), avait été dévasté, lundi. Mis à sac et en grande partie incendié par des agresseurs encore non autrement identifiés – il pourrait s’agir, selon les autorités, d’une vendetta entre gens du voyage. «Ils ont tout perdu», compatissait un assistant social, pendant que les volontaires de la Croix-Rouge tentaient de réconforter les plus affectés.
Déjà que ces gens n’avaient vraiment pas grand-chose, pensait-on hier en voyant ce spectacle – imaginez ce que cela doit être, par une météo pareille, pour des bébés et des enfants en bas âge, de dormir dans des baraquements en carton… – mais en plus, maintenant, ils doivent subir la violence physique.
Le même jour hier, on avait reçu par la poste la documentation électorale relative au scrutin régional, dont le premier tour a lieu dimanche. Par curiosité, après avoir vu ce reportage, on a survolé ces programmes électoraux pour voir ce que proposaient les candidats et candidates à l'attention de la communauté des gens du voyage. Pour régler les effrayants problèmes de logement, de salubrité, de scolarité ou de santé que connaît cette communauté qui, dans d’autres régions du pays aussi mais en région parisienne particulièrement, subit depuis des années un véritable calvaire. Calvaire en plus pas rarement meurtrier (relire ici ou là). Rien. A moins que cela nous ait échappé, pas une ligne.
En France aujourd’hui, décidément, les Roms constituent la dernière communauté des oubliés. Ceux dont on ne parle jamais, ou si peu. Ceux dont, à part quelques travailleurs humanitaires admirables, tout le monde a l’air d’éperdument se moquer, y compris les politiques. Il est vrai que ces gens ne votent pas.
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16.02.2010
Une expérimentation
Quick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.
C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.
En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?
Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.
De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?
A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.
Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.
11:17 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le pen, religion, immigration, banlieues, gastronomie
03.02.2010
Une ingéniosité
Incroyable, ce dont l’inventivité humaine est capable. En région parisienne, on vient cette semaine d’en avoir une double illustration. Dans le domaine de l’environnement, et plus particulièrement du reyclage et de la réutilisation des déchets.
La première innovation concerne Paris. Et consistera à nettoyer les rues grâce à … de l’huile usagée. Les «laveuses» – ces petits engins verts qui, ici, nettoient l’espace public – rouleront à l’aide d’un carburant constitué d’huiles de friture usagées, récoltées dans les restaurants notamment. En effet, «après décantation et filtration à 1 micron», ces huiles peuvent servir de base à des bio-carburants, moins émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants conventionnels. Au début de l’expérimentation , seules une demi-douzaine de «laveuses» seront concernées. Mais à terme, si l’expérience est concluante, seront alimentés de la sorte le demi-millier de véhicules de ce type utilisés à Paris.
La deuxième innovation annoncée cette semaine concerne une commune jouxtant Paris: Levallois. Là, dès la mi-février, on va chauffer la piscine municipale grâce… aux égouts. La chaleur des eaux usées (provenant des douches ou bains, des lave-vaisselle ou lave-linge, etc.) rejetées par les habitants sera récupérée par un savant système de pompes, puis permettra de maintenir à 28 degrés la température du bassin municipal. Ce procédé, baptisé «Degrés bleus», diminuera d’un quart la consommation et donc la facture énergétique de la ville consacrée au chauffage de sa piscine.
Alors, c’est clair, ces deux innovations ne changeront pas fondamentalement la vie des habitants concernés, ni ne résoudront tous les problèmes environnementaux se posant dans ces municipalités. Et elles sont très locales. Mais elles sont exemplatives d’une démarche ingénieuse qu’à l’avenir, de plus en plus de villes et de communes, en France comme ailleurs, pourraient ou auraient intérêt à adopter.
10:54 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, propreté, paris, banlieues
02.02.2010
Un enfer
Puisqu’on parlait d’aviation hier – mais, cette fois , dans un registre bien plus tragique – : ce matin, s’ouvre le procès du crash du Concorde. Sur les lieux du drame, à Gonesse (banlieue parisienne), les cicatrices ne se sont pas encore refermées.
Témoin, l’émoi qui, la semaine dernière, a saisi des familles des 113 victimes de la catastrophe, alors qu’était mis aux enchères le terrain où se trouvait l’hôtel sur lequel, en juillet 2000, s’était écrasé le Concorde. La mise à prix du site avait été fixée à 100.000 euros. Les victimes du drame ne décolèraient pas, elles qui veulent la sanctuarisation de ce lieu où a été érigée une stèle commémorative. Sans doute donc se sont-elles satisfaites de l’échec de cette vente aux enchères. Aucun repreneur n’a pu être trouvé pour ce terrain, car aucun candidat-acquéreur ne s’est déclaré.
L’échec de cette vente n'est-il que purement fortuit et passager? Dû à la coïncidence avec l'actualité judiciaire de ce matin? Ou, au contraire, la tragique destinée de ce lopin de terre de la banlieue parisienne empêchera-t-elle à jamais sa reconversion? Un jour, et si oui dans combien de temps, une entreprise, un commerce, un promoteur immobilier ou un particulier rebâtira-t-il sur ce site sinistré? Le cas échéant, serait-ce, pour ce quartier, pour ce pays, pour le monde de l'aéronautique, utilement tourner la page, de manière à pouvoir aller de l’avant? Ou, à l’inverse, ce site doit-il rester vierge à jamais, car le réaffecter serait oublier et donc souiller le passé?
Un détail encore, entendu ce matin au saut du lit, sur une radio. Un détail qui dit peut-être bien l’enfer que fut le 25 juillet 2000 à cet endroit. Cela concerne toujours le site de Gonesse où le supersonique s’est écrasé. Le brasier fut d’une telle intensité que, sur des parcelles entières, près de dix ans plus tard, l’herbe n’a pas encore repoussé.
10:41 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : justice, transports, banlieues
15.12.2009
Une disparition (programmée)
Une page se tourne dans le panorama typique parisien. Depuis 40 ans, ils constituaient une des images d’Epinal de la banlieue: les «petits gris», comme on appelle ici ces trains en acier inoxydable qui, depuis les années 60, circulent en banlieue de Paris. Bientôt, ces antiques symboles régionaux ne seront plus qu’un souvenir. Certes, il faudra encore quelques années avant qu’ils aient tout à fait disparu du paysage. Mais un premier pas dans le (lent) processus de leur déclassement vient d’être franchi.
En effet, on l’évoquait en vitesse dans la note d’hier, le premier train «Francilien» a officiellement circulé sur le réseau ferré. D’ici à 2015, ces «Franciliens» remplaceront près d’une centaine de ces vieilles rames automotrices en inox – celles circulant notamment sur les lignes ferroviaires de Paris Nord, Paris Est et Paris Saint-Lazare. Les «petits gris» déclassés soit iront à la casse, soit seront vendus à des pays étrangers (à la Roumanie, par exemple) pour réemploi.
On souhaite bon courage aux Roumains qui devront circuler dans ces rames en inox. Leur principal défaut, en effet, était la fournaise infernale qui y régnait dès les premiers jours de l’été. Avec le nouveau «Francilien», en revanche, une de nos récriminations estivales habituelles (relire ici) est rencontrée. Ces trains, en effet, seront entièrement climatisés. Mieux, des cellules de comptage à infrarouge placées au dessus des portes réguleront le débit des entrées d’air circulant dans les rames. Du coup, «la climatisation et le chauffage seront ajustés automatiquement en fonction du nombre de passagers à bord. Le chauffage sera renforcé en hiver quand le train sera vide, et ralenti quand le train sera plein, et vice-versa en été pour la climatisation». Le «Francilien» est aussi le premier train de banlieue parisien équipé d’un plancher chauffant. Il «maintient la température du plancher entre 25 et 30° en hiver. Réglé par thermostat, il supprime les radiateurs encombrants et peu confortables. Par temps de pluie, le sol, séché continuellement, est moins glissant et salissant».
Des trains de banlieue où, enfin, il fera moins polaire en hiver et moins caniculaire en été! Les lecteurs de cette note qui n’ont jamais voyagé en «petit gris» trouveront sans doute cela anecdotique. En revanche, mesureront certainement le progrès accompli d’innombrables voyageurs parmi les quelque 2,8 millions de passagers transportés chaque jour par la SNCF sur son réseau «Transilien».
Sinon, à l’heure où l'on est au chevet de la planète, ce nouveau venu parisien est présenté comme «un train écolo». Car, moins lourd, il consomme 20% d’énergie de moins que les trains qu’il remplace. Car c'est le premier train de France éclairé entièrement par des lampes à basse consommation. Ou car il est moins bruyant, à l’extérieur comme à l’intérieur, que les «petits gris».
Ce «Francilien» a l’air plutôt bien accueilli par les voyageurs bloggeurs de la première ligne ferroviaire parisienne concernée (lire ici, par exemple). Il est vrai que, vu la galère qui, depuis tant d’années, est si souvent celle des banlieusards – et on ne parle pas que des jours de grève, comme en ce moment – , on croît rêver.
10:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : transports, banlieues
05.10.2009
Un arsenal
Alors que les chiffres de la délinquance et de l’insécurité sont assez mauvais, le gouvernement met les bouchées doubles sur la vidéosurveillance – la «vidéoprotection» comme il dit, dans un distinguo lexical qui n’est évidemment pas neutre. Ainsi, juste avant le week-end, le Premier ministre François Fillon a annoncé le doublement des fonds octroyés aux municipalités pour l’installation et l’exploitation de caméras. Dans la capitale, au même moment, les opposants au plan "1.000 caméras pour Paris" continuent de pétitionner (ici). Tous les policiers, cela dit, n'ont pas l'air d'être fans des caméras. Pour preuve, le syndicat UNSA-Police se dit «un peu sceptique». Selon son dirigeant, «100 caméras qui enregistrent des images dans une ville 24 heures sur 24, cela donne des bandes innombrables. Qui va en assurer l'exploitation derrière et comment?».
Au-delà de ce débat-là, cela part un peu dans tous les sens et n’importe comment avec n’importe quoi, ces jours-ci, sur le front de l’insécurité en France. Ainsi, dans l’Essonne, département de la banlieue Sud de Paris, la police vient d’ouvrir une boîte mail destinée à recueillir de manière discrète voire anonyme des informations, des photos ou des vidéos d’habitants, relatives à des délits dont ils auraient été témoins dans leur voisinage. «Cela désenclave les quartiers sensibles et permet à ceux qui ont peur d'entrer dans un commissariat de se faire entendre», a-t-il été justifié. Mais cela ne rappelle pas une délation de si sinistre mémoire en France? «Est-ce qu'on aurait dit qu'il ne faut pas que la police utilise le téléphone parce qu'il va y avoir de la délation?», a argumenté le chef de la police. Selon qui celle-ci doit «vivre avec son temps». Il n’empêche, ici aussi, l’initiative ne fait pas l’unanimité. Outre des élus UMP, Alliance, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, pourtant très à droite, a fait part de ses vives réticences. Selon un de ses dirigeants, ces dénonciations électroniques relèvent d’«une police d'une autre époque»: risquent de donner «l'impression de réinstaller la police de Vichy».
Autre innovation sécuritaire encore plus limite à Roissy en Brie cette fois, une bourgade de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Là, ce sont carrément des rondes de citoyens qui ont vu le jour. Sans que cette dérive milicienne fasse réagir les autorités. Excédés par la délinquance, quelques dizaines de riverains déguisés en gros bras (bombers noirs sur le dos, lampes torches en main, etc.) ont pris l’habitude, le soir venu, d’organiser des patrouilles «pour sécuriser le quartier» et signaler aux autorités les actes de délinquance ou d’incivilité qui y sont perpétrés.
La France n’a pas le monopole de ce genre d’arsenal sécuritaire douteux. Sans aller jusqu’aux retraités américains qui ne trouvent rien de mieux, en guise de hobby, que de jouer aux cow-boys en traquant les clandestins mexicains tentant de franchir la frontière, dans l’Italie de Berlusconi, cet été, une loi a légalisé les «volontaires pour la sécurité». Ces «rondes de citoyens» sont notamment utilisées, comme aux Etats-Unis, pour la chasse aux clandestins et autres sans-papiers. Selon leurs partisans, elles relèvent simplement de «l’éducation civique». A ce moment, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler qu’à la fin des années 90, de telles milices avaient déjà été mises sur pied en Italie: par la Ligue du Nord, le parti xénophobe et sécessionniste d’Umberto Bossi. Mais en 1997, après de violents débordements, ces «Chemises vertes» avaient dû être dissoutes et interdites. En arrivera-t-on là en France également?
11:06 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, police, technologie, banlieues
17.09.2009
Une innovation
Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.
Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).
En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.
On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?
(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1.
10:38 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, jeunes, banlieues, education
17.03.2009
Un emballement
Des semaines qu’on ne voit qu’elle à Paris: sur la plupart des panneaux publicitaires qui ornent les colonnes Morris ou les kiosques à journaux, dans les rues, ainsi que sur les affiches dans le réseau des transports en commun de la capitale. Elle? Emilie Dequenne, la comédienne belge. Qui marche dans la ville, sur fond d’un RER passant derrière elle, perché sur un viaduc. Dans le dernier film d’André Téchiné, qui sort demain en France (en Belgique aussi), elle incarne «La fille du RER». Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, la bande de lancement de ce film.
Il s’agit d’une histoire vraie. Celle de «la fausse agression du RER D», comme on l’a appelée à l’époque. L’histoire de Marie L., une fille de banlieue un peu paumée, un peu mytho. Qui, en juillet 2004, inventa de toutes pièces une agression à caractère antisémite dont elle disait avoir été victime dans son train de banlieue, en compagnie de son bébé en poussette. Un récit assorti de détails particulièrement abjects. Ainsi, ces croix gammées qui, avait-elle dit, avaient été gravées sur son ventre par ses agresseurs. Ainsi encore, la passivité des nombreux usagers du RER qui, selon elle, n’avaient pas réagi à son calvaire.
Cette affaire fut à l’origine d’un des plus spectaculaires emballements médiatiques et politiques de ces dernières années en France. Les médias et les politiques réagirent au quart de tour à ce fait divers, prirent pour argent comptant les déclarations de la jeune femme. On était alors deux ans après la campagne présidentielle de 2002, qui s’était focalisée sur l’insécurité, et un an avant la flambée des banlieues. Problème? Les dirigeants eurent beau dire tout l’«effroi» que leur inspirait cet acte «ignoble», ce dernier s’avéra rapidement être… une affabulation. Quelques mois plus tard, la jeune femme fut jugée pour dénonciation de délit imaginaire. Elle encourait six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende. Finalement, elle fut punie de quatre mois avec sursis et de deux ans de mise à l'épreuve avec obligation de soins. «Je voulais qu'on s'occupe de moi», s’excusa l’affabulatrice. «J'avais conscience du mensonge, mais je ne pensais pas que ça allait aller aussi loin». Commentant plus tard l’affaire, qu’il jugea «regrettable», le Président Chirac estima qu’elle était « une «séquelle du «mauvais climat en France».
Cinq ans plus tard, donc, André Téchiné consacre un film à «la fausse agression du RER D». Y risque même un casting totalement à contre-emploi: ainsi, Catherine Deneuve en mère de famille banlieusarde habitant un petit pavillon modeste. On est curieux de voir comment le cinéaste, qu’on aime généralement plutôt bien, va s’en sortir dans l’adaptation cinématographique de cette affaire déjà en soi si rocambolesque. On n’est pas sûr qu’entre-temps, le climat en France – en termes de de rapports humains et de respect mutuel, notamment – se soit fondamentalement amélioré.
10:33 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : banlieues, médias, cinéma, transports, social, belgique
23.02.2009
Un comble
Ce week-end encore plus que les autres, le Forum des Halles a été bondé de jeunes venus de la banlieue parisienne. La plupart se rendaient à l’énorme complexe de cinéma ‘UGC Cité Ciné’. Mais, ce faisant, la majorité de ces spectateurs avaient les boules, et manifestaient d’ailleurs ostensiblement leur énervement. En cause, la dernière polémique cinématographique en date qui agite la France, et en même temps le sujet de conversation incontournable en banlieue parisienne en ce moment, tout comme le topic favori des blogs et forums des ados de Créteil, Rosny ou Noisy: une décision un peu bizarre du groupe UGC.
Ce réseau, en effet, a décidé de ne pas programmer en banlieue parisienne le dernier film produit par Luc Besson: le deuxième volet de «Banlieue 13» – la saga d’anticipation musclée, et assez culte chez les ados, qui décrit l’embrasement des cités. Ce week-end donc, pour voir ce film, les gamins des banlieues ont dû se taper Les Halles, Bercy ou les Champs. Cette décision a littéralement rendu fou de colère Luc Besson, qui accuse UGC de «racisme» et de «discrimination» à l’encontre «des jeunes, des habitants de la banlieue, des beurs, des noirs et des chômeurs». Selon lui, le groupe UGC aurait délibérément pris cette décision de non-programmation «pour assainir le public de ses salles». Une accusation relayée par Axiom. Le rappeur, qui a signé la BO du film, s’est scandalisé qu’«on empêche les jeunes des quartiers d’accéder à leur propre culture, c’est-à-dire la culture urbaine». Les associations SOS Racisme et AC le feu ont été saisies.
Pendant tout le week-end, UGC s’est efforcé d’apaiser la polémique. Le groupe a démenti tout boycott de ce film de sa part. Et a jugé «ridicule» le procès qui lui est fait de vouloir réduire en douce le nombre de jeunes de couleur parmi le public de ses multiplexes. Le réseau explique la diffusion limitée de ce film pour sa non-conformité à sa «politique éditoriale». Plutôt qu’un «Banlieue 13» jugé trop noir et violent, UGC préfère promouvoir et diffuser largement des films dont il considère qu’ils véhiculent des valeurs plus positives, comme «Slumdog Millionaire» ou «Gran Torino», le dernier Clint Eastwood.
Soit. Mais, il n’empêche, c’est assez peu compréhensible, cette décision de ne pas diffuser en banlieue un film sur les banlieues et joué notamment par des jeunes comédiens issus de ces quartiers. C’est même un comble. Car enfin, toutes proportions gardées et d’un strict point de vue géographique – sans donc mettre en parallèle les qualités cinématographiques de ces différents films – , c’est un peu comme si «Amélie Poulain» n’avait pas été projeté dans le cinés de Montmartre. Comme si aucun cinéma de Montparnasse n’avait, à l’époque, programmé «Cléo de 5 à 7». Ou comme si les habitants du quartier Bastille avaient dû se taper un multiplexe de banlieue pour voir le «Chacun cherche son chat» de Klapisch. A l’époque, on aurait trouvé cela énorme, non?
11:08 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, culture, jeunes, banlieues
12.12.2008
Une (double) première
On n’a jamais trop bien supporté le bruit – certains bruits, en tout cas. On est donc tout à fait sensibilisé à la question des nuisances sonores. Mais là, tout de même, on avoue qu’on est tombé des nues en apprenant cette grande première. Hier à Paris, devant la vingt-quatrième chambre du tribunal correctionnel très précisément, il s’est trouvé un magistrat pour réclamer que des gamins un peu bruyants soient… jetés en prison.
Les jeunes en question, les samedis soirs d’été, avaient pris l’habitude de descendre de leur ville de banlieue pour se rassembler dans le quartier des Batignolles, dans le dix-septième arrondissement. Là, jusqu’à pas d’heure, ils refaisaient le monde, rigolaient, faisaient les fous en scooters, jouaient au foot avec des canettes en guise de ballon, etc. «Ils n’étaient pas méchants, mais très gênants», a témoigné hier un riverain. N’en pouvant plus, les habitants du quartier avaient fini par porter plainte contre eux. Hier donc, le substitut du procureur, voulant manifestement faire un exemple, a réclamé trois mois de prison (avec sursis, tout de même) contre ces jeunes. Pour ce faire, le parquet s’est basé sur une loi de 2003 adoptée à l’initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Cette loi avait créé un délit de «trouble de la tranquillité d’autrui par des agressions sonores répétées», punissable d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Jusqu’à jeudi, elle n’avait jamais été appliquée pour ce genre de contentieux entre voisins. Hier, renâclant devant cette première, le tribunal s’est refusé à suivre le parquet. Il a plus sobrement condamné les gamins à des amendes de 150 euros pour tapage nocturne. Avant le procès, les jeunes n’en avaient pas moins passé 48 heures en garde de vue et une nuit entière au dépôt du Palais de justice.
Autre première judiciaire qui a de quoi, disons, interpeller: hier encore, en région parisienne, un lycéen de 19 ans a été traîné en justice pour avoir… craché par terre.
Des policiers l’avaient surpris en train de cracher alors qu’il sortait de son établissement scolaire. Ils l’avaient copieusement admonesté. La loi française, en effet, punit les crachats sur la voie publique, en vertu notamment d’un décret de 1942 – datant du régime de Vichy, donc – qui «interdit à toute personne de cracher ailleurs que dans les crachoirs disposés à cet effet». Les pandores avaient ensuite convoqué par téléphone le gamin au commissariat. Sans succès, les parents du jeune homme y compris étant persuadés qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Et bien non. D’où le procès d’hier, devant le tribunal de police d’Evry. Celui-ci a toutefois estimé avoir été saisi de manière irrégulière et a renvoyé l’affaire.
11:18 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, police, jeunes, banlieues
18.11.2008
Une réticence
Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.
Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.
Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.
«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue».
11:10 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, delanoë, urbanisme, architecture, banlieues



