14.03.2012
Un ton assez juste
Ce matin, en direct sur une radio, Nicolas Sarkozy était invité à réagir au dramatique accident de la route qui, en Suisse hier soir, a coûté la vie à une vingtaine d'enfants belges, de retour de classe de neige. Il l'a fait sur un ton assez juste, a-t-on trouvé en l'écoutant.
«Je voudrais, en tant que Président de la République, dire toutes nos condoléances à nos amis belges. Imaginons ces familles, leur douleur... Il n'y a pas de drames plus épouvantables». Et de relever que ce genre de drame humain relativisait vraiment tout le reste: toute l'actualité par ailleurs, toutes ses péripéties continuelles, toutes ses hystéries du moment, et particulièrement en France ces temps-ci, évidemment – voir l'agitation quotidienne, dans ce pays, à propos du point en plus ou en moins gagné ou perdu par tel ou tel, dans tel ou tel sondage, etc. Dans un sens, c'est évidemment très compréhensible, mais, dans un autre, tout cela est vraiment très très dérisoire.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique, transports, sarkozy
20.02.2012
Une beauferie ordinaire
La beauferie homophobe ordinaire de certains sarkozystes, suite. Après «les tapettes» du ministre David Douillet (relire ici), «la lopette» du député Bernard Debré.
Dans la bouche de ce grand médecin parisien, cela a donné ceci, vendredi, à propos du candidat socialiste à l'Elysée: «On avait tous (...) considéré qu'Hollande était une lopette, en disant c'était rien du tout, que c'était un ectoplasme, un flamby, un mollasson, un type qui n'a pas de caractère: il va s'effondrer. Et bien pas du tout...» Prié par la suite de préciser ses propos, le parlementaire a démenti toute homophobie, et a éructé contre «la censure des mots».
On ignore si David Douillet et Bernard Debré seront conviés à l'Elysée, vendredi. Quand Nicolas Sarkozy y recevra le Premier ministre de Belgique, le socialiste francophone Elio di Rupo, dont l'orientation sexuelle est aussi notoire que revendiquée.
On ne sait pas non plus si le chef de l'Etat français, face à son invité, sera quelque peu gêné aux entournures par les si pénibles tirades de ses deux amis.
11:07 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, sarkozy, belgique
30.01.2012
Un gros retard français
Dès samedi, l'Elysée l'a annoncé, par un communiqué pas peu fier. Dimanche, l'entretien télé de Nicolas Sarkozy serait «disponible dans la soirée en rediffusion, traduit en langue des signes», sur son site internet. Et de préciser: «Cette initiative répond aux demandes d’associations de personnes sourdes et malentendantes».
En lisant ce communiqué, on s'est dit que, les sourds et malentendants étant des électeurs comme les autres, sans doute nombre d'entre-eux devaient vouloir suivre en direct l'intervention du chef de l'Etat, plutôt que d'attendre sa traduction en langues de signes, dans la soirée. Tous ceux-là n'ont eu d'autre choix que de se rabattre sur le télétexte.
En Belgique, en revanche, d'après le souvenir assez précis qu'on en a gardé, les allocutions du Roi, comme d'ailleurs tous les programmes d'information, sont diffusés avec, apparaissant en temps réel en bas de l'écran, un traducteur-interprète qui les restitue simultanément en langue des signes. Cela doit bien faire une vingtaine d'années que cela existe.
Samedi, dès lors, l'Elysée n'avait pas vraiment de quoi se vanter, dans son communiqué. La France, en effet, affiche un gros retard en la matière.
Mais sans doute n'est-il jamais trop tard pour bien faire.
PS: Cela dit, on trouve qu'hier soir, le grand parti sarkozyste a été un peu mou du genou. L'UMP, en effet, n'a diffusé que 16 communiqués de presse différents, saluant la prestation télé du chef de l'Etat. Seize, à comparer avec les 24 communiqués que le même parti avait consacrés jeudi à François Hollande. Besoin de vitamines?
11:43 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, sarkozy, handicapés, belgique
01.08.2011
«Une écoute et une ouverture»?
52% des Wallons excluent un rattachement à la France. En revanche, 60% des Français sont favorables, «en cas d'éclatement de la Belgique, au rattachement de la Wallonie, c'est-à-dire des provinces francophones», à l'Hexagone. C'est ce qu'a affirmé un sondage hier. Près de quatre Français sur dix (38%) sont «plutôt favorables» à cette éventualité, 22% se montrant même «tout à fait favorables». 30% des sondés refusent cette option, 10% préfèrent ne pas se prononcer.
On remarque cela sans vouloir fâcher quiconque, mais on peut tout de même difficilement ne pas rappeler cette actualité: six Français sur dix sont donc, sur cette question, sur la même longueur d'ondes que Marine Le Pen. Qui, la veille du 21 juillet, fête nationale belge, avait estimé (ici) que, «si la Belgique venait à éclater, si la Flandre prenait son indépendance, hypothèse de plus en plus crédible, la République française s’honorerait d’accueillir en son sein la Wallonie». «La responsabilité de la France et des Français est de tendre la main aux Wallons», avait insisté la patronne du Front national. Qui avait invoqué «les liens historiques et fraternels qui unissent nos deux peuples», liens jugés «trop forts pour que la France abandonne la Wallonie».
«Nous avons des contacts aussi bien avec le pouvoir qu'avec l'opposition» en France, se réjouissait ce matin, tôt, sur une radio française, Paul-Henry Gendebien: leader du mouvement qui, en Belgique, prône le rattachement à la France. Pas peu fier, ce tribun «rattachiste» (comme on dit en Belgique) assurait ensuite que ses interlocuteurs en haut lieu à Paris manifestaient à son égard, et envers sa cause, «de l'intérêt, de l'écoute et de l'ouverture». «Pour le moment, et c'est bien normal, ils observent un devoir de réserve» sur les questions belges, poursuivait-il. «Mais je vous assure que si en Belgique les choses venaient à s'accélérer, en France on serait prêt à agir!»
Etait-ce dû l'heure trop matinale? Toujours est-il qu'on avait tout de même un peu de mal à prendre tout cela très au sérieux.
11:14 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : belgique, institutions, international, le pen
21.07.2011
Une fête (un peu surréaliste?)
La fête nationale en Belgique, ce jeudi. Les Parisiens n'étant pas rarement taquins, il ne nous étonnerait pas que, en cette journée du 21 juillet, on se fasse un peu chambrer. On entend déjà la boutade, du genre: «La fête nationale!?! Il n'y a plus de gouvernement depuis plus d'un an dans ta Belgique, mais il y a encore une fête nationale?!?» Le cas échéant, n'ayant eu ni l'énergie, ni le temps de préparer une argumentation convaincante, on improvisera une répartie, qui vaudra ce qu'elle vaudra...
En attendant, et en tout cas, «Meilleurs voeux» – comme on dit le 21 juillet au Palais royal de Belgique – aux internautes belges qui passeraient par ce blog aujourd'hui.
11:03 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique, folklore
31.03.2011
Un engouement (déclinant)
«La suppression du chèque n’est pas une option aujourd’hui». Dixit hier la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. A qui vient d'être remise une étude confirmant que ce moyen de paiement restait très utilisé par les Français. Le chiffre a de quoi donner le tournis: en 2009 en France, premier pays utilisateur de chèques en Europe, 3,3 milliards de chèques ont été émis!
Dans des pays comme la Belgique, où le chéquier a quasiment disparu, l'engouement persistant des Français pour le chéquier a toujours été un sujet d'étonnement, voire d'amusement. Deux petites remarques.
La première, tirée de notre humble expérience personnelle. Autant, quand on vivait en Belgique, on n'a jamais eu le moindre chéquier, autant, depuis dix ans qu'on habite en France, on y est devenu assez accro. C'est vraiment pratique pour toutes ces dépenses qu'on ne peut régler par carte bancaire et dont on ne peut prévoir le montant exact à l'avance, et donc se munir du liquide ad hoc: la consultation chez le médecin ou à l'hosto, la visite à domicile d'un plombier ou d'un réparateur, etc. Très pratique aussi quand on doit envoyer un paiement par courrier: en France, les virements bancaires sont infiniment plus compliqués et coûteux à faire qu'en Belgique, où ils sont monnaie courante.
La seconde remarque est tirée des chiffres. On l'ignore souvent à l'étranger, mais, d'année en année, les Français utilisent tout de même de moins en moins le chèque. Cela ne date pas d'hier. Dès 2003, le nombre de transactions par cartes bancaires a dépassé celui des opérations par chèques. On est donc loin des années 80, où 70% des transactions en France se faisaient par chèque. Aujourd'hui, attestent les statistiques de la Banque centrale européenne, le chèque n'intervient plus que dans 19% des transactions dans ce pays, contre 40% pour les cartes, 21% pour les virements, et 19% pour les prélèvements.
Cela dit, si l'utilisation du chèque décline en moyenne de 5% chaque année en France, toucher à ce moyen de paiement relève encore largement du tabou. Pour preuve, cela fait vingt ans au moins que, tel un serpent de mer, revient, avant de disparaître aussitôt, le projet de rendre payante l'utilisation des chèques. Jamais, cependant, une banque n'a osé franchir le pas. Et ce n'est pas demain qu'un parti politique préconisera la fin de la gratuité de ce moyen de paiement.
11:38 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, gouvernement, art de vivre, belgique
06.01.2011
Un air de famille
Les Français se plaignent beaucoup de la SNCF, cet hiver. Et particulièrement ces jours-ci – si vous avez raté cela, lire par exemple ici. Les pataquès de ces dernières semaines risquent d'ailleurs d'amener pas mal de gens à signer une pétition lancée il y a peu, par des usagers qui «n’acceptent pas d’être traités comme des vaches à lait: juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service».
Mais, finalement, pendant les épisodes hivernaux comme on dit, la SNCF fonctionne-t-elle beaucoup plus mal que la SNCB? On n'en est pas sûr. Dernièrement, en tout cas, à l'occasion de notre rapide passage annuel en Belgique pour la Noël, on ne s'est pas senti trop dépaysé.
Ainsi, dans le plat pays, on a eu droit à des guichets totalement fermés pour cause de jour férié; les usagers étant priés de se débrouiller pour les horaires, les tarifs, les correspondances, etc. On a eu droit à des trains bruxellois de banlieue passablement cafouilleux – mais on les a trouvés moins sales que nos RER parisiens. Droit à des quais verglacés car ils n'avaient pas été salés (vol plané, relativement gracieux, en descendant d'un omnibus sur le quai d'une gare du Brabant wallon). Droit à des gares qui, à l'exception de salles d'attente ridiculement exiguës et donc archi-bondées, n'étaient pas du tout chauffées: glaciales, du coup. Droit à des toilettes publiques, dans ces gares, qui, en pleine journée, étaient inexplicablement fermées.
En ce qui concerne le Thalys, le trajet Paris-Bruxelles, on l'a fait... debout. Comme dans le métro de Paris aux heures de pointe. Même pas un strapontin, ni même assez de place pour s'asseoir par terre. Cet après-midi-là, en effet, les occupants des trois Thalys précédents, annulés à cause de la neige, avaient été regroupés dans notre train. Du coup, les réservations ne valant plus, la foule était debout et à touche-touche (*). Quant au trajet de retour Bruxelles-Paris, ce furent retards au départ, en cours de route et à l'arrivée, arrêts inexpliqués en rase campagne, et pas le moindre mot d'excuses bien sûr. Tout cela, finalement, faisait assez SNCF.
Sans doute faut-il voir les choses positivement. Au moins, cet air de famille hivernal assez pagailleux que semblent partager SNCF et SNCB a de quoi rassurer, par son côté routinier, ceux que cela stresse de voyager.
(*) Au passage, remplir à ras bords un TGV est-il bien bien raisonnable (ou simplement réglementaire) en termes de sécurité? Si notre Thalys effroyablement bondé avait déraillé, ou si une bombe y avait explosé, combien de voyageurs auraient-ils été empêchés physiquement, rien que par la cohue, de gagner les issues de secours? Combien de morts en plus aurait-on déploré par rapport à un train qui aurait été normalement rempli? Et, le cas échéant, qu'aurait-dit la société Thalys? Cet après-midi-là, personne à bord de notre TGV n'avait l'air de se poser ces questions.
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : transports, météo, belgique, art de vivre
06.12.2010
Une futilité
Saint Nicolas: c'est un sujet complètement futile, mais, parfois en France, même les sujets les plus dérisoires donnent lieu à controverses. Et c'est le cas en ce moment avec ce vénérable vieillard barbu qui, chaque 6 décembre, débarque dans les chaumières avec sa hotte remplie de cadeaux et de friandises. Il n'est que peu fêté dans l'Hexagone, qui lui préfère le Père Noël. A l'exception toutefois des zones frontalières avec le plat pays (Nord-Pas de Calais, etc.) ou de régions comme la Picardie, l'Alsace ou la Lorraine, qui eux aussi, ce lundi, mettent les «enfants sages» à l'honneur. Et c'est précisément dans ces deux dernières régions que l'affaire fait débat.
En effet, les villes lorraines de Nancy et St-Nicolas de Port ont, l'été dernier, déposé la marque Saint Nicolas à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Objectif? Se «prémunir des petits malins qui auraient eu l'idée de déposer cette marque à notre place et qui auraient pu attaquer les produits utilisant des appellations comme «marché de Saint Nicolas» ou «pain d'épices de Saint Nicolas», que nos artisans locaux commercialisent à cette époque de l'année». Problème? Dans le département du Haut-Rhin (Alsace), se déroulent chaque début décembre une trentaine de marchés, foires et autres fêtes de la Saint Nicolas. Les Alsaciens craignent donc que les Lorrains obtiennent de facto le monopole de la Saint Nicolas et en arrivent à accuser de contrefaçons les festivités et produits gastronomiques sur le même thème émanant d'autres départements. La chose est futile? Non, elle est sérieuse visiblement, puisque le député (UMP) local menace rien moins que de saisir la justice si, d'ici à février, la Lorraine ne fait pas marche arrière à l'INPI. Un recours a d'ores et déjà été préparé devant le tribunal de Nancy.
Ce week-end, les médias français ont énormément tartiné sur cette affaire (ici, par exemple). Comme si eux-mêmes étaient étonnés qu'une telle futilité folklorique puisse dégénérer en guerre ouverte entre deux départements. Apparemment, rien n'est jamais simple en France, y compris en ce qui concerne les sujets a priori les plus innocents.
12:39 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : folklore, art de vivre, gastronomie, belgique, economie, justice
23.11.2010
Une découverte stupéfiante
Le Thalys, ce train international si bien connu des Belges, ne transporte visiblement pas que des touristes et des hommes d'affaires. A l'occasion, il véhicule aussi des trafiquants et autres contrebandiers. C'est la raison pour laquelle, dans ces trains, on peut apercevoir de temps en temps des agents en civil déambulant anonymement et l'air de rien dans les rames, qui soudain sortent des brassards de leurs poches, les passent à leurs biceps, puis, à la stupéfaction générale des voyageurs, fondent sur un passager et/ou sur son bagage suspect en déclinant leur qualité de douanier. Ces douaniers patrouillant dans les Thalys y ont fait, dernièrement – ainsi que l'a annoncé hier la direction des douanes françaises – une découverte stupéfiante, au propre comme au figuré.En janvier 2007 déjà, à la gare de Paris Nord, les agents de la «Brigade de Surveillance Intérieure Transmanche de Paris» avaient découvert 14,4 kilos de cocaïne dans les bagages de huit passagers d'un Thalys à destination d'Amsterdam. Les stupéfiants étaient dissimulés dans «des paniers garnis contenant des friandises et des boîtes de conserves qui paraissaient reconditionnées». Rebelote il y a dix jours, et pour une prise plus importante encore. A la gare de Paris Nord de nouveau, dans un Thalys toujours mais cette fois à destination de Rotterdam, les douaniers de cette même brigade ont découvert pas moins de... 22,6 kilos de cocaïne, dans les sacs de voyage de deux femmes.
Des valises pleines à craquer de coke, donc. Il faut oser. Nous, on aurait cru que les trafiquants de cet acabit prenaient plutôt la peine de ne convoyer, dans ce genre de trains, que de petites quantités de stupéfiants chaque fois bien dissimulées dans des bagages très volumineux. On avait manifestement tout faux: c'est par valises entières que, dans le Thalys en tout cas, ce genre de marchandises est convoyé.
22,6 kilos de cocaïne saisis en une seule prise, cela peut paraître énorme, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux montagnes de produits stupéfiants interceptés chaque année par les douaniers français. Ainsi, en 2009 (dernières données disponibles), toutes saisies confondues, ils ont mis la main sur plus de 5 tonnes de cocaïne: record historique, et chiffre en progression de 15% par rapport à l'année précédente. Pour ceux qu'intéresse l'ampleur du paradis artificiel annuel saisi puis détruit, envolé en fumée somme toute, par les douaniers français, quelques chiffres encore. Outre ces 5 tonnes de coke, ont été saisis en 2009: 37 tonnes de cannabis, 2500 kilos de khat, 432 kilos d'héroïne, 350 kilos d'amphétamine, 29000 doses d'ecstasy et 4000 doses de LSD.11:22 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, sécurité, police, belgique
15.11.2010
Une belgitude?
Il y a comme une certaine belgitude dans le processus ayant abouti hier soir à la formation du nouveau gouvernement français – le gouvernement Fillon V dit-on, Fillon XIII en fait, si l'on calcule bien tous les mini-réajustements ministériels intervenus depuis l'accession de l'intéressé à Matignon, en 2007. Une belgitude? C'est en tout cas ce qu'estimait, dès hier midi, l'influent, l'omniprésent en tout cas, commentateur politique Alain Duhamel. Qui, à la télé, jugeait (s'effarait?) en substance que ce remaniement ministériel français ait «des airs de remaniement belge». Puisque ce qui caractérisait selon lui cette opération, c'était la longueur des tractations l'ayant précédée, digne d'un système politique non majoritaire mais à la proportionnelle, où chaque famille a l'habitude de longuement négocier ses aires d'influence.
Ce qui est sûr et était spectaculaire, en tout cas, c'est que la France, ce week-end, a vécu avec un gouvernement en régime d'affaires courantes. Ce qui est très habituel en Belgique, mais est rarissime dans l'Hexagone.
En haut lieu, d'ailleurs, on ne semble pas encore tout à fait remis de cette innovation. Ainsi, en milieu de matinée ce lundi, sur le portail web officiel du Premier ministre (ici), à la sous-rubrique "Composition du gouvernement", la liste de l'équipe au pouvoir ne comportait encore et toujours, comme toute la journée dimanche, ... qu'un seul et unique nom. Celui de François Fillon, seul à avoir été confirmé dès dimanche matin dans ses fonctions. Aucune trace, en revanche, des 30 collègues du Premier ministre. Officiellement donc, électroniquement en tout cas, le gouvernement français est constitué en tout et pour tout d'une seule personne...
Sans doute le webmaster de Matignon n'a-t-il pas entendu son réveil, ce matin.
11:31 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, fillon, belgique, internet, technologies
01.09.2010
Une histoire belge
C'est un sujet bien plus léger que celui d'hier. Très anecdotique même. Mais on va l'évoquer aujourd'hui puisque c'est la dernière histoire belge qui circule à Paris. Et, si l'on en juge au nombre de Parisiens qui nous en ont parlé dernièrement, l'anecdote circule pas mal ici. Elle concerne Vélib, le fameux système parisien de location de vélos en libre service. L'autre jour, deux de ces bicyclettes parisiennes ont été retrouvées... à Bruxelles!Après avoir manifestement été volés à Paris, ces vélos avaient, 300 kilomètres plus loin, été sagement accrochés aux bornes de l'équivalent bruxellois de Vélib. Qui est tout autant signé Decaux et qui, dès lors, bénéficie d'un système d'accrochage identique à celui de son cousin parisien. Depuis, ces deux vélos parisiens égarés ont été rapatriés en camion jusqu'à la Ville lumière. L'anecdote a permis d'apprendre que, depuis le lancement de Vélib il y a trois ans, pas moins de 8000 de ces vélos ont déjà été dérobés. Dérobés y compris, dans de rares cas, à destination de l'étranger – ainsi en 2008, un touriste parisien avait pris une photo d'un Vélib sur lequel il était tombé par hasard lors d'un voyage dans le fin fond de la Roumanie.
Au-delà de l'aspect moral de la chose – enfreindre la loi, privatiser un moyen de locomotion relevant tout de même d'un service au public, etc etc –, on n'a pas encore très bien compris le but que poursuivaient les malandrins. Mais, vu le poids effarant de ces vélos, vu donc leur relatif inconfort, vu aussi leur état général, souvent très dégradé, on espère vraiment pour ces brigands qu'ils n'ont pas accompli en Vélib la route de Paris à Bruxelles.
10:57 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : transports, paris, belgique
28.07.2010
Une fameuse nuance
Qui a dit que Nicolas Sarkozy était insensible aux critiques? A 17 heures ce mercredi, se tient à l'Elysée le sommet si controversé consacré à la communauté des gens du voyage. Or, manifestement, les communicants en chef de la Présidence sont soucieux de quelque peu rectifier le tir à ce sujet.
En effet, dans l'agenda officiel du chef de l'Etat, ce sommet est très sobrement présenté comme étant une «réunion ministérielle pour faire le point sur la situation des gens du voyage et des Roms». C'est une fameuse nuance par rapport à la dénomination initiale de cette réunion. A l'origine, Nicolas Sarkozy avait parlé d'un sommet sur «les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» - allusion aux violents heurts et graves dégradations commis il y a peu, dans le Loir et Cher (Région Centre), par des membres de cette communauté endeuillés par la mort d'un des leurs: jeune braqueur présumé tué par la police. Une telle approche présidentielle, exclusivement sécuritaire, de la situation de cette communauté a suscité un tollé. Voilà la droite accusée de dérive ethnique dans sa politique sécuritaire. Et voilà Nicolas Sarkozy décrié comme s'étant une fois de plus laissé emporter dans un «tourbillon populiste», destiné à «inventer une nouvelle catégorie de boucs émissaires».
Sans doute les éminences participant à ce sommet n'auront-ils pas le temps, avant de se rendre à l'Elysée, de relire – comme on l'a fait hier soir - «Les Bijoux de la Castafiore», la BD de Hergé. C'est bien dommage.
Car, dans cette aventure de Tintin – qui, si on ne s'abuse, date du début des années 60 –, sont déjà évoqués les conditions de vie catastrophiques réservées à cette communauté des gens du voyage, la stigmatisation dont elle est si souvent victime, et les clichés («voleurs de poules», etc.) qui lui ont toujours été accolés. Pour la petite histoire, et si vous n'aviez pas gardé un souvenir précis de cette lecture de votre enfance, les romanichels établis sur un campement voisin du château de Moulinsart avaient été injustement soupçonnés d'avoir dérobé l'émeraude de la fameuse cantatrice, qui à longueur de journées, saisit d'effroi sa fidèle camériste en s'écriant: «Ciel! Mes bijoux! Irmâââ! Mes bijoux?!?». Mais, en fait, ledit vol avait été commis par une pie, dans le nid de laquelle Tintin avait découvert également des éclats de verre, une bille d'agate et un monocle...
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, sécurité, gouvernement, langue française, bande dessinée, belgique
21.07.2010
Un Belge (mal en point)
En ce 21 juillet – pour les lecteurs non belges de ce blog: jour de fête nationale en Belgique – , cette vision surgie l’autre jour au coin d’une rue de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Tintin gisant sur le sol, le corps transpercé par une sagaie, à côté de son chien Milou tout aussi mal en point, touché par une flèche. On ignore si, dans cette grande fresque murale, le sort infligé par cet artiste de rue au plus célèbre reporter de la BD belge relève du pur exercice créatif ou symbolise l’état de la Belgique et/ou de sa corporation journalistique.
12:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, bande dessinée, belgique
14.06.2010
Une vision
«Un pays au bord de la guerre civile», s'inquiétait en boucle, dès 7 heures du mat', le speaker aux commandes de la tranche d'info matinale d'une grande radio française, que l'on écoutait au saut du lit. Il était question du Kirghizstan, et non de la Belgique. Mais, dans les titres de ce journal parlé, cette actualité asiatique suivait immédiatement le compte-rendu des élections législatives d'hier en Belgique. Et, dans le débit saccadé habituel aux actus radiophoniques du matin, le confrère avait, entre ces deux sujets, marqué une pause si brève qu'elle en était devenue inaudible. Possible, dès lors, que ce matin, l'un ou l'autre auditeur français moyen, à peine émergé des brumes épaisses de la nuit, ait compris que c'était... la Belgique qui était «au bord de la guerre civile». A fortiori si cet auditeur mal réveillé avait, la veille au soir, regardé le JT d'une grande chaîne de télé publique. Son envoyé spécial à Bruxelles, concluant son direct sur un «pays au bord du divorce», avait en substance eu cette chute inquiétante: «Dans les semaines et mois à venir, on peut donc craindre des incidents entre francophones et flamands». Et, au ton qui était le sien, le terme incidents devait être compris au sens d'escarmouches physiques et non de heurts politiques.
Cela dit, mais ce n'est jamais que notre avis, globalement, les médias français ont plutôt correctement couvert ces élections belges. D'année en année, nous semble-t-il, ils essaient de sortir de la vision caricaturale, condescendante, voire factuellement erronée, car simplifiée à l'excès, qui a longtemps été la leur lorsqu'il s'agissait d'expliquer aux Français les soubresauts de la vie institutionnelle, il est vrai un peu compliquée, de leur voisin belge. Tout, cependant, n'est pas encore parfait. En témoigne le nombre de fois où, ce matin encore, à la radio comme à la télé, on a entendu parler d'«un pays déchiré entre ses deux communautés» (même si les Belges germanophones semblent peu compter dans cette crise, leur communauté existe tout de même encore) ou entre ses «deux Régions» (et la région bruxelloise?). Le nombre de fois aussi où le Premier-ministrable Elio di Rupo a été rebaptisé «président du PS belge» (PS francophone, aurait-il fallu dire).
Pas sûr, cependant, que ces inexactitudes soient relevées par le Français de la rue, vu le degré de connaissance visiblement très moyen de la Belgique politique qui semble encore souvent être le sien. Ainsi, le nombre de fois, ces derniers jours, où des Parisiens – pourtant normalement éduqués et pas indifférents globalement à la marche du monde – nous ont posé des questions du genre: «Mais, en fait, les Wallons, ils parlent le français ou le wallon?»...
11:36 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique, médias
09.05.2010
Un décès
La communauté des médias belges en poste à Paris est en deuil. Ce dimanche matin, en effet, on a appris le décès inopiné d’Istvan Felkaï à l’âge de 64 ans. Son nom ne dira sans doute rien à la majorité des lecteurs français de ce blog, mais il résonnera de manière très familière aux Belges puisque, depuis plus de quinze ans, Istvan Felkaï était la voix de Paris à la RTBF.
Après avoir été successivement correspondant de «Libération» en Belgique puis grand reporter à la RTBF, Istvan Felkaï était, depuis le milieu des années 90, le correspondant permanent de la radio publique francophone belge dans la capitale française. Passionné par l’actualité politique, sociale et culturelle hexagonale, jour après jour et même heure après heure, il décryptait avec talent et finesse pour ses auditeurs les grands moments et les coulisses de la vie publique ici. Istvan Felkaï était aussi une figure de la communauté belge implantée à Paris; il était invariablement de toutes les conférences et manifestations organisées par les instances représentant la communauté Wallonie-Bruxelles dans la capitale française. Enfin, depuis des années régulièrement invité dans les studios radio et sur les plateaux télé des médias français, il n’avait pas son pareil pour y expliquer avec beaucoup de pédagogie et de clarté les soubresauts de la vie institutionnelle belge – souvent si incompréhensibles à l’étranger et en France particulièrement.
Sur le plan privé, Istvan était quelqu’un d’une infinie gentillesse et d’une passionnante érudition, doté qui plus est d’un sens de l’humour si particulier. Sa belgitude tranquille, sa francophilie raffinée, de même que le rapport émouvant qu’il entretenait avec ses origines hongroises achevaient de faire de lui une personnalité très attachante.
Ses amis le regretteront, leurs pensées affectueuses allant à son épouse, Mimouna, ainsi qu’à ses trois enfants, Andy, Inès et Ryan.
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26.04.2010
Un sang chaud?
Non, les automobilistes circulant dans Paris n’y sont pas, à longueur de journées, coincés dans les embouteillages. C’est l’impression qu’on pourrait en avoir, vu du trottoir? En tant qui piéton, on confirme. Pas plus tard que ce matin, boulevard Voltaire, dans notre onzième arrondissement, on était effaré combien cela bouchonnait, polluait et klaxonnait. Mais non, s’il faut en croire une étude européenne sur la vitesse de circulation automobile dans une soixantaine de villes de plus de 500.000 habitants. Dans ce classement des cités les plus embouteillées, Paris ne pointe qu’à la neuvième position. Certes, on y roule plus mal qu’à Saragosse, Valence, Zaghreb ou Stockholm. Mais le calvaire du conducteur parisien moyen est infiniment moindre que celui d’autres automobilistes citadins, y compris de pays très voisins.
Ainsi, la Belgique. Selon ce classement – réalisé au départ des relevés de vitesse envoyés par les utilisateurs de GPS – , la ville la plus embouteillée d’Europe n’est autre que Bruxelles. L’automobiliste bruxellois rencontrerait quotidiennement des retards sur 37,7% du réseau routier de cette capitale. Derrière cette médaille d’or belge, on retrouve, sur ce podium européen de la congestion automobile, deux villes polonaises: Varsovie et Wroclaw. On remarque aussi qu’en France, cela bouchonne moins à Paris qu’à Marseille. Et qu’à l’échelle européenne, le cauchemar des automobilistes a pour noms Belfast, Dublin, Edimbourg ou Londres.
Les automobilistes parisiens ne sont donc pas si souvent coincés que cela dans les embouteillages. D’où, une question: pourquoi diable klaxonnent-ils autant? Klaxonnent en tout cas bien davantage que leurs voisins bruxellois, d’après le souvenir qu’on a gardé de nos deux dizaines d’années vécues dans la capitale belge. Le Parisien teigneux au sang chaud ne serait-il pas un cliché? Et le Bruxellois placide et bon vivant, pas une caricature?
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18.03.2010
Une nébuleuse
A chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.
A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu» par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.
Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde» -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.
Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France.
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20.11.2009
Un progrès
Les Français font des progrès dans leur prononciation de noms de Belges à consonance flamande. C’est frappant en ce moment, avec le nouveau Président de l’Union européenne, le Belge Herman Van Rompuy. Dans les médias hexagonaux ces jours-ci, et ce matin encore, on a entendu la plupart du temps ce patronyme prononcé plutôt correctement. Or, il y a quelques temps, avec cette manie qu’ont les Français de franciser les noms étrangers, on aurait pu s’attendre à ce que le nom de Van Rompuy soit rebaptisé avec quelque chose qui, phonétiquement, aurait ressemblé à l'équivalent de «Vent-rond-puits» ou quelque chose du genre. Et bien là, pas du tout.
C’est un fameux changement. Les Français ne s’en sont jamais rendu compte, mais cela fait des décennies que leur manière de prononcer les noms flamands fait se marrer la Belgique entière, qui y voit l'illustration de la proverbiale nullité prêtée à leurs voisins pour les langues étrangères. Le sommet avait sans doute été atteint à l’époque de l’apogée de la carrière de Kim Clijsters. Dans la langue de Voltaire telle qu’on la parle à Paris, la championne de tennis belge était affublée d’un patronyme qui devait donner quelque chose du genre de «Clichestèreseuu».
En progrès aussi, visiblement, l’image qu’a Nicolas Sarkozy de la Belgique. Le Président français ne tarit pas d’éloges envers le futur ex-Premier ministre belge, qu’il a qualifié hier soir encore de «choix excellent» et d’«homme de très grande qualité». Or, les dernières fois qu’on avait entendu l'hôte de l'Elysée parler de la Belgique, c’était plutôt en mal.
Ainsi, lorsqu’il avait fustigé l’appartenance du plat pays à la liste grise des Etats appliquant le secret bancaire. Lorsqu’il s’était agacé du fait que les magasins étaient selon lui ouverts le dimanche en Belgique alors qu’à l’époque, en France ce n’était pas le cas – ce qui amenait paraît-il chaque week-end des milliers de frontaliers français à aller dépenser leurs euros dans le pays voisin. Lorsque le Président avait très très mal pris l’outrecuidance du confrère du JT de la RTBF qui, après une conférence de presse mémorablement bafouillante en marge du G8 en Russie, avait osé avancer que l'intéressé pouvait avoir abusé de la vodka. Et lorsque, plus récemment, la Sarkozie dans son ensemble avait mis en doute le professionnalisme de la même télé publique belge francophone quand celle-ci, témoignages à l’appui, avait révélé que l’état-major présidentiel s’était arrangé pour que seul le personnel de petite taille d’une usine visitée par le chef de l’Etat figure à ses côtés, sur les photos et face aux caméras. A l’époque, les communicants de l’UMP avaient en substance rabaissé la télé belge à un organe de propagande minable provenant d’un pays minable et au service de polémiques minables. Quelques mois plus tard, pourtant, Paris dans toute sa grandeur considère donc que cette même Belgique vient de donner un homme «excellent» à l’Europe. Un progrès, on vous le disait.
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11.05.2009
Une dégringolade
Les étrangers de passage ici ne s'en rendent pas toujours compte: le tourisme, c’est capital pour Paris. Grâce aux 27 millions de visiteurs accueillis chaque année par cette ville, ce secteur économique procure aux Parisiens 140.000 emplois directs et autant d’emplois induits. A l’échelle de l’ensemble de la région parisienne – première destination touristique au monde, avec 44 millions de visiteurs – , le tourisme génère 700.000 emplois directs et indirects. C’est énorme. Si on évoque ce sujet aujourd’hui, c’est parce que, quand la crise survient, perdure et/ou s’aggrave, le tourisme est traditionnellement un des premiers secteurs à trinquer. Logique: pour un particulier, un ménage ou une famille qui a du mal à nouer les deux bouts, il est évidemment moins difficile de rogner sur le budget vacances que sur ceux du logement, des déplacements ou de l’alimentation. Or précisément, en ce moment à Paris, c’est avec consternation que, mois après mois, les responsables du tourisme sont en train de constater la dégringolade des chiffres du tourisme.
Début avril déjà, les prévisions du Comité régional ad hoc avaient été catastrophiques. En termes de fréquentation hôtelière, par exemple, Paris s’attendait à son «plus mauvais mois de mars depuis cinq ans». Tout récemment, l’Institut national de statistiques (Insee) vient de confirmer cette dégringolade. Qui concerne l’ensemble du pays et a commencé dès la fin de l’an dernier. Ainsi, le nombre de visiteurs étrangers en France a chuté de 6% en janvier et de 20% en février. La fréquentation hôtelière des visiteurs européens est en baisse pour le quatrième mois consécutif. Cette chute concerne les touristes de toutes nationalités: aussi bien les Britanniques (-24,3%) que les Espagnols (-27,5%), les Allemands (-18,5%), les Belges (-15,7%) ou les Italiens (-14,6%). Mêmes le nombre de touristes russes ou chinois diminue.
Là où Paris a encore un peu de chance, c’est dans le fait que la clientèle étrangère privilégie généralement les hôtels haut de gamme. Si l’on en croit les chiffres de l’Insee, «les hôtels 3 et 4 étoiles recueillent 53% des nuitées étrangères, alors que les hôtels 0 et 1 étoile n'en comptabilisent que 20%». Les touristes venant du Proche et du Moyen-Orient ainsi que d’Amérique latine choisissent même carrément les établissements très haut de gamme (4 étoiles et 4 étoiles luxe). C’est tout bénéfice pour Paris, dont le nombre de palaces (*), d’année en année, croît lentement mais sûrement.
En revanche, à l’Hôtel de ville en ce moment, on doit se mordre les doigts de l’exiguïté de la capitale et du manque d’espaces verts disponibles. En effet, cela interdit à la ville de profiter d’un des rares types d’hébergement touristique qui résiste bien face à la crise, voire progresse grâce à elle. On veut parler… du camping, qui a représenté 99 millions de nuitées en France en 2008, en hausse de 1,2% par rapport à 2007 (avec notamment des nuitées belges qui, ici, sont en progression). Or, Paris ne compte qu’un seul et unique camping sur son territoire (ici), dans le fin fond du bois de Boulogne. Preuve d’ailleurs du manque d’infrastructures touristiques bon marché dans la capitale française: ce camping ne désemplit pas à longueur d’années, comme c’est aussi le cas pour la plupart des auberges de jeunesse, foyers et autres résidences étudiantes de Paris.
(*) Palaces parisiens qui, cela dit, crise mondiale ou pas, n’ont visiblement pas revu à la baisse leurs tarifs. Aux dernières nouvelles, la chambre la moins chère était toujours à 395 € la nuit au Meurice, 550 € au Crillon, voire carrément 730 € au George V. Des prix qui, décidément, susciteront toujours notre effarement.
10:38 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, tourisme, economie, art de vivre, belgique
17.04.2009
Une sauvagerie
C’est décidément un grand classique en France: à chaque période pré-électorale, les autorités et les médias redécouvrent comme par magie le thème de l’insécurité. Quitte à évoquer le sujet, il faut citer un chiffre qui est tombé à Paris cette semaine et y a fait grand bruit. Il est la conséquence des méfaits non de casseurs, braqueurs, jeunes encagoulés ou autres sauvageons, mais des agissements d’inciviques le plus souvent très ordinaires, menant une vie sociale parfaitement rangée. Ce chiffre, c’est 29. Selon les dernières données de la préfecture de police de Paris, c’est le nombre de piétons qui, en 2008, ont été tués par l’insécurité routière dans la capitale française. Une insécurité qui, ici l’an dernier, a fait près de 40% de victimes de plus que l’année précédente.
29 piétons tués dans des accidents de la circulation en 2008 à Paris, donc. C’est 70% de plus qu’en 2007. Et 1964 piétons blessés. Le refus par les automobilistes de la priorité sur les passages protégés est la première cause de décès des piétons à Paris. Dans la moitié des cas, ces piétons tués étaient des personnes âgées.
L’autre jour encore, on a été témoin de cela dans le quartier. Arrivé au boulevard Voltaire, une des grandes artères de notre onzième arrondissement, on est soudain tombé sur un énorme attroupement. Les regards de dizaines de badauds convergaient vers un forme inerte allongée au sol. Un petit vieux venait de se faire mortellement faucher par un chauffard. Comme s’il s’était agi d’une performance sportive, les badauds commentait «le vol plané» spectaculaire qu’il avait fait lorsque la voiture l’avait heurté.
Les passages piétons posent vraiment deux problèmes à Paris. On en est d’autant plus frappé lorsque, de retour d’une escapade à Bruxelles, on foule à nouveau le bitume parisien et on arrive à un carrefour. Là, en effet, sautent aux yeux deux grandes différences de comportement entre les automobilistes bruxellois et leurs confrères parisiens. Différences qui, d’ailleurs, a-t-on pu constater à diverses reprises, sautent généralement aux yeux de nos visiteurs belges de passage ici.
D’une part, quand le passage est protégé par des feux de signalisation, d’innombrables automobilistes parisiens ont encore le réflexe d’accélérer lorsqu’ils s’aperçoivent que le feu passe à l’orange. D’autre part, quand les piétons en sont réduits à essayer de traverser sans l’aide de feux de signalisation – on le vit quasi quotidiennement place de la République ou boulevard Beaumarchais –, il ne semble pas y avoir à Paris cet usage existant en Belgique, selon lequel l’automobiliste cède automatiquement – ou le plus souvent, en tout cas – le passage aux piétons.
«Les comportements civiques se dégradent», a fustigé cette semaine la mairie, en commentant ces chiffres de l'insécurité routière. Et la préfecture a annoncé pour 2009 une intensification de la verbalisation des automobilistes forçant les passages protégés. Vu la sauvagerie régnant souvent dans les rues de Paris, ce ne serait pas du luxe, en effet.
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