Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

06/09/2006

Un «avantage»?

80 squatteurs de Cachan assisteront donc ce soir au match de foot France-Italie, à l’invitation des Bleus Lilian Thuram et Patrick Vieira. «Ca fait chaud au cœur!», «C’est grand!», s’enthousiasmaient, la voix nouée par l’émotion, ces jeunes à la radio ce matin. Mais dans la foulée, l’extrême droite et la droite s’étranglaient de rage.
Philippe de Villiers fustigeait «ces milliardaires qui donnent des leçons à la société». Décrétait que «les footballeurs sont faits pour jouer au football, et rien d’autre». S’énervait des problèmes d’accès au logement rencontrés par les Français de souche alors que «les sans-papiers se permettent de refuser les offres de relogement dans des hôtels je ne sais pas combien d’étoiles». Yves Jégo, un des lieutenants de Nicolas Sarkozy, stigmatisait ensuite «la démagogie pure» des deux stars du football, accusées d’ «instrumentaliser les gens en difficulté pour mener des combats politiques» et d’être devenues «des petits porte-parole du PS». S’inquiétait du «message» envoyé à l’opinion: «Ceux qui ont fraudé, qui n’ont pas respecté la loi sont avantagés». Et maugréait: «La politique, ce n’est pas seulement la médiatisation».
On pourrait tant et tant dire sur ces prises de position. On se limitera à trois constatations.
-Philippe de Villiers n’a jamais mis les pieds dans les hôtels de transit miteux où sont parqués les candidats demandeurs d’asile. Sinon, il aurait vu qu’ils sont tout sauf «des hôtels je ne sais pas combien d’étoiles».
-Yves Jégo n’a jamais mis les pieds au squat de Cachan. Sinon, il aurait vu, comme nous -- et on y fit un reportage bien avant que les starlettes y débarquent -- que ce ne sont pas simplement «des gens en difficulté» qui y vivent, mais des gens (et d’innombrables enfants, notamment) confrontés à des conditions de vie d’une rare indignité. Et qui ont vraiment rarement l’occasion de se détendre, au foot ou ailleurs.
-Les sarkozystes, et leur chef de file, ne font évidemment jamais dans la médiatisation.
B.DL.