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02/02/2016

Un marketing curieux (encore et toujours)

cinéma,culture,publicité,commerce,etrangers,racisme,immigrationSortie en salles, demain mercredi, du film "Chocolat". Il narre le destin de Rafael Padilla (1865-1917). «Clown nègre», premier artiste noir de la scène française, coqueluche du tout-Paris à l'époque – il inspira même Toulouse-Lautrec. Succès probable, pour ce film, ne serait-ce que parce que le personnage de "Chocolat", nom de scène de cet artiste, est campé par Omar Sy: une des personnalités préférées des Français.

Puisque c'est bien dans le sujet de la représentation «des races» – comme dirait l'ex-ministre sarkozyste Nadine Morano –, signalons la chose, au passage: la poursuite de la distribution, dans les magasins de la chaîne Monoporix, d'un produit dont le marketing avait pourtant été très contesté, il y a six mois (relire ). Des tablettes de chocolat dont l'emballage est illustré par des photographies de visages de jeunes Africains ou Antillais. Le degré de noirceur de leur peau étant censé illustrer le type de chocolat vendu: au lait ou pas, etc.

Accusé de «racisme ordinaire», Monoprix avait assuré n'avoir jamais eu «aucune intention de heurter». Puis avait annoncé qu'elle était «en train de faire évoluer ce pack» controversé. Mais on trouve toujours ces chocolats présentés de la sorte dans les rayons de tous les Monop' de France et de Navarre, ainsi que (mais en partie seulement, à première vue) sur la boutique en ligne de cette enseigne. Seule différence: les réseaux sociaux, qui s'étaient beaucoup mobilisés sur l'affaire il y a six mois, sont, depuis, passés à autre chose.

L'histoire ne dit toujours pas si les clients et consommateurs de Monop' trouvent cela appétissant.

13/01/2016

Un sujet trop «brûlant»

Terrorisme, Cinéma, CultureMercredi: jour de sortie des films en salles. Et, sur les grands écrans, toujours pas de "Made in France". Le long-métrage «d'anticipation» du réalisateur Nicolas Boukhrief, dont ce blog avait parlé (), en novembre. Car les attentats de Paris et de Saint-Denis avaient retardé sa sortie. En effet, sa thématique (les agissements d'une cellule djihadiste, en banlieue) rendait son exploitation commerciale délicate, dans un tel contexte d'actualité.

Finalement, sauf nouveau rebondissement, "Made in France" devrait... ne jamais sortir en salles. Après sa déprogrammation, sa sortie avait été repoussée au 20 janvier. Mais là, le distributeur annonce à présent () sa diffusion «exclusivement en e-cinéma sur les plates-formes VOD», à partir de la fin de ce mois.

Un des acteurs principaux, pourtant, interrogé il y a deux mois dans les médias, avait jugé important que le film soit vu par le plus grand nombre. S'agissant de l'«état des lieux d'un fait de société terriblement brûlant», ce long-métrage lui semblait «nécessaire». Et susceptible de «faire avancer le débat».

Il faudra donc se tourner vers des circuits de distribution confidentiels, pour pouvoir en juger.

18/11/2015

Une sage décision

Terrorisme, Cinéma, CultureLe film devait sortir en salles ce mercredi. Vendredi encore, son affiche – choc – était visible sur nombre de panneaux publicitaires, dans le métro de Paris par exemple. Une silhouette de tour Eiffel stylisée en forme ... de kalachnikov.

Le film ne sortira pas. Toute sa campagne de promotion ayant été suspendue en urgence, dès samedi matin, cette affiche n'est désormais plus visible.

"Made in France", c'est le nom de ce long-métrage. Il devait être projeté sur plus d'une centaine d'écrans. «Visionnaire et sans concession», réalisé par un certain Nicolas Boukhrief, il narre la création et le fonctionnement d'une cellule djihadiste constituée par des jeunes de banlieue radicalisés et téléguidés par un terroriste islamiste de retour d'Afghanistan.

A la suite des attentats à Paris et à Saint-Denis, le distributeur de "Made in France" a décidé de reporter sa sortie en salles. «Aujourd'hui, comme toute la France, nous sommes tristes», a-t-il justifié. La page de son site web qui est dédiée à cette oeuvre est présentée comme étant en instance d'être «momentanément suspendue». Elle ne présente plus qu'une affiche édulcorée du film. «Pas de like, de commentaire ou de partage, svp», demande-t-elle aux internautes, en les remerciant pour leur «compréhension».

26/05/2015

Une belle affiche

Justice, Cinéma, Gouvernement, Personnalités, TaubiraLe film n'a pas eu la Palme d'or, dimanche soir. Mais l'affiche pourrait être belle, ce soir.

«La Tête haute», qui a fait tant parler de lui au Festival de Cannes, raconte l'histoire d'un jeune en rupture familiale et sociale ainsi que d'une juge pour enfants et de son éducateur, ceux-ci se battant pour qu'il ne sombre pas encore davantage dans la délinquance. Le rôle de la magistrate est interprété par Catherine Deneuve. Comédienne qui, ce soir, pourrait bien s'afficher avec... le membre certainement le plus haut en couleurs du gouvernement Valls.

Sur le coup de 19h30, en effet, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a prévu de se rendre au cinéma "Etoile Saint Germain", à Saint-Germain-des-Prés. Elle y assistera à la projection de «La Tête haute», suivie d'un débat. Des professionnels de la justice des mineurs participeront aux échanges, de même que des jeunes qui sont pris en charge par la Protection judiciaire de la Jeunesse, ainsi que l’équipe du film.

Est-ce pour ménager le suspense? La présence de la diva du cinéma français – par ailleurs icône, depuis tant d'années, de Saint-Germain des Prés – n'a pas été précisément annoncée, par le cabinet de la garde des Sceaux. Mais sûr que, auquel cas, la rencontre des deux femmes, vu leur forte personnalité à chacune, ne manquerait ni de relief, ni de piquant.

 

PS: On n'est jamais assez prudent. Comme il y aura vraisemblablement pas mal de journalistes à cette séance de ciné particulière, et vu que, dans la salle et sur scène, des mineurs délinquants seront présents, le service de com' du cabinet Taubira a bien pris soin de conditionner l'accréditation des représentants des médias à leur engagement formel de «respecter les dispositions en vigueur concernant l’anonymat des mineurs». La grande ordonnance de 1945 sur la justice juvénile et la loi de 1881 sur la presse interdisent «de divulguer toute information concernant l'identité et la personnalité des mineurs délinquants». Dès lors, à l'"Etoile Saint Germain" ce soir, les médias seront tenus de «garantir, lors de la diffusion, l’anonymat physique et patronymique de tous les mineurs filmés et de leur famille». Pas mal de floutage en vue, du coup.

10/09/2014

Un air de déjà-vu

Personnalités, Cinéma, Etrangers, Gouvernement, Activisme, Social, ParisDes stars de cinéma qui se mobilisent pour les sans-papiers. Cela a un côté furieusement «vintage», qui rappelera des souvenirs aux lecteurs les plus âgés de ce blog. Ceux qui n'ont pas oublié ces images mémorables de l'année 1996, quand Emmanuelle Béart avait été embarquée par les CRS expulsant les sans-papiers de l'église Saint-Bernard, dans le quartier de la Goutte d'Or.

Cela a un petit air de déjà-vu, donc, mais cela revient visiblement à la mode.

Pour preuve, hier, les membres du «Collectif des cinéastes pour les sans papiers» (voir , par exemple) ont pris fait et cause pour des travailleurs immigrés en lutte dont on avait parlé avant les vacances (relire ici): les employés des secteurs de l'onglerie et des salons de beauté afro, qui, depuis des semaines maintenant, luttent (voir , par exemple) pour leurs droits, dans le quartier Château d'Eau. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, des comédiens comme Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Régis Wargnier, Jeanne Balibar ou Romain Goupil ont réclamé l'attribution de titres de séjour à ces travailleurs «victimes d'esclavage moderne» – plusieurs de ces sans-papiers ont déposé plainte contre leurs employeurs pour, outre faillite frauduleuse et travail dissimulé, traite d'êtres humains.

La nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a, bien sûr, pas réagi. Passionnée des nouvelles technologies, elle devait probablement, au même moment, être davantage intéressée par le show médiatique mondial d'Apple.

Chacun, sans doute, se donne les priorités qu'il peut/veut.

15/04/2014

Une leçon de morale

«Un mec qui se conduit comme ça avec les femmes, c’est un goujat!» Sophie Marceau, dixit. Dans le numéro du magazine «GQ» qui sort en kiosques ce mardi. La comédienne – qui n'a jamais caché avoir voté pour Nicolas Sarkozy – y tire à boulets rouges sur François Hollande et sur sa vie privée. Entre autres exclamations énervées: «Quel lâche, il a des maîtresses et, quand on le sait, il refuse d’en parler!»

Après Geneviève de Fontenay (relire ), Sophie Marceau, donc.

Sans passer des heures à cela – qui ne le mérite vraiment pas –, comme il est facile de porter des jugements sur l'intimité d'un homme et sur la vie privée d'un couple, sans rien savoir ni connaître du tout: juste sur base d'échos, d'indiscrétions, de ragots.

Et comme il faut soi-même avoir une vie personnelle absolument irréprochable sur tous les plans, pour ainsi s'arroger le droit de donner publiquement des leçons de morale à autrui.

Misérable.

11/03/2014

Un triptyque, inhabituel

Aimer. Boire. Chanter. Hier soir, tel a été le programme, plutôt sympa, de François Hollande. Non pas que des photos volées aient abouti chez «Closer», montrant le Président en train de se livrer à ces trois activités. Plus sagement, le chef de l'Etat s'est rendu à l'«UGC-Normandie», le grand ciné des Champs-Elysées. Où il a assisté à la projection en avant-première d'«Aimer, boire et chanter»: le dernier film d'Alain Resnais, le cinéaste français récemment décédé.

C'était sans doute, pour lui, une occasion de se rattraper et de s'associer à l'hommage national au grand homme, alors qu'il n'avait pu assister à ses funérailles, le matin même. En effet, au moment où elles se déroulaient, à l'église St-Vincent de Paul, dans le dixième arrondissement de Paris, le chef de l'Etat, lui, était en province. Dans le Lot, à Cahors, il assistait aux obsèques de l'ancien ministre Maurice Faure. Il avait donc chargé son chef de gouvernement, Jean-Marc Ayrault, de le représenter aux funérailles du cinéaste.

Aimer, boire, chanter. La romance, les libations, les ritournelles. L'espace d'une soirée, cela a dû fameusement changer François Hollande. De ce qui est son triptyque habituel: l'impopularité, les vaches maigres de la rigueur budgétaire, la complainte de l'austérité.

03/03/2014

Une question de goût

Cinéma, Culture, PersonnalitésMarine Le Pen l'a indiqué hier soir, à la faveur d'une émission politique radio-télé où la question lui était incidemment posée. Elle n'était «pas fan» d'Alain Resnais: le grand réalisateur français, décédé ce week-end.

Voilà qui est parfaitement son droit. Les goûts et les couleurs, etc.

Et la présidente du Front national de préciser, à propos d'un des films les plus célèbres du cinéaste, «Hiroshima, mon amour»: «Je l'ai vu, et bien, bon: non...»

Voilà qui tombe assez bien. C'est ce qu'on s'est dit, en entendant cela. Dans le cas inverse, au moment de revoir pour la énième fois notre film-culte, on aurait sans doute été un peu déstabilisé de nous souvenir qu'il faisait aussi partie des films préférés de Marine Le Pen.

21/11/2013

Un bond dans l'histoire

Saisissant bon dans l'histoire, hier soir. Peu après l'annonce de l'arrestation de l'homme qui est soupçonné d'avoir, lundi, blessé grièvement un jeune confrère de «Libé». Quand on a appris que l'intéressé avait déjà été jugé et condamné dans une vieille et très mémorable affaire qui, à l'époque, avait eu notamment pour cadre tragique notre 11e arrondissement – et avait fort choqué les Parisiens.

Paris, Histoire, Police, Sécurité, Cinéma A savoir, l'équipée sanglante et meutrière, en 1994, de deux jeunes auparavant sans histoires: Florence Rey (19 ans) et son ami Audry Maupin (22 ans). Inspiré par des idées vaguement anti-système, le duo avait semé la mort dans Paris. Après un vol d'armes à la fourrière automobile de Pantin (banlieue) et la prise en otage d'un chauffeur de taxi, il avait tué à quatre reprises: le taximan, puis trois policiers – dont un avait, place de la Nation, été abattu de sang-froid et à bout portant. L'individu arrêté hier soir était «le troisième homme» du sinistre duo. En 1998, il avait été jugé et condamné pour avoir fourni aux deux amants le fusil à pompe leur ayant permis de tuer.

A l'époque, la chevauchée meurtrière de ces «Bonnie & Clyde de Paris», comme les médias les avaient surnommés, avait provoqué une très vive émotion, dans le pays. Avait ajouté à la controverse le fait que, dans le squatt qu'occupait le jeune couple, trônait une affiche format géant de «Tueurs Nés» («Natural Born Killers»): le film ultra-violent d'Oliver Stone, dont ils se disaient fascinés.

04/10/2013

Un défi pas insurmontable

Elections municipales, Paris, PersonnalitésUn Belmondo candidat aux prochaines élections municipales. Et, en plus, sur les listes du Front national.

Ce fut la sensation «people» de la semaine, dans la capitale. Elle a été annoncée hier par le parti lepéniste, qui, décidément, après le coming out de l'humoriste-imitateur Jean Roucas, l'autre jour (relire ici), semble avoir décidé de recruter des personnalités, pour ce scrutin à venir.

Un Belmondo jeune, mais évidemment pas «Bébel» lui-même. Ce candidat FN se prénomme Jean-François et non Jean-Paul. C'est un neveu du comédien: le fils du producteur Alain Belmondo, frère de l'acteur. Dans la vie, il est pharmacien. Et, aux municipales de mars prochain, il figurera donc sur les listes du Front national, plus précisément dans le troisième arrondissement de Paris (le Haut Marais, en gros).

Le candidat réussira-t-il, rien que par son patronyme connu, à récolter des voix d'électeurs perdus? On verra. En même temps, la barre n'est pas fixée très haut, et le défi ne lui est donc pas insurmontable, pour engranger un meilleur résultat. Dans ce quartier très bobo de Paris, en effet, aux élections municipales de 2008, le Front national avait récolté très exactement... 258 voix. Sur 12.000 votants. Soit un très maigre 2,15%.

Jean-François Belmondo pourra donc difficilement faire plus mal.

22/10/2012

Un prix à payer

Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».

Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.

Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.

Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.

Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.

Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

18/11/2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

17/11/2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

13/05/2011

Un Paris de cinéma

Le Paris de Woody. De Woody Allen. A peine le nouveau film du cinéaste américain a-t-il été projeté à Cannes, à peine vient-il de sortir en salles dans la capitale et en province, que la mairie de Paris a eu la bonne idée d'enrichir ses «Parcours Cinéma» d'un itinéraire de promenade Woody. Spécialement consacré à «Minuit à Paris».

Direction donc, si vous voulez retrouver l'ambiance des lieux parisiens apparaissant dans ce film, les berges de la Seine, le marché aux Puces de Saint-Ouen, ou le Pont Alexandre III – pont si «somptueux», s'enthousiasmait le cinéaste mercredi encore, dans «Le Figaro».

Sinon, pour bien terminer la semaine, une anecdote survenue hier dans la Ville lumière. Un incident spectaculaire, qui s'est déroulé dans notre quartier du onzième arrondissement, dans une des stations de métro que l'on emprunte tout le temps. Quel est le rapport? C'était une scène de cinéma: digne d'un film d'action. Mais qui, elle, s'est passée dans la vie réelle. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse bel et bien la fiction.

Léger frisson d'excitation: on vit si dangereusement, mine de rien, sur les grands boulevards de Paris.

11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, cinéma, culture

19/11/2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

18/10/2010

Une (autre) «censure»

KABOOMaffiche.jpgUn peu de légèreté, pour bien commencer la semaine et parce que cela faisait longtemps dans ce blog – vu l'actualité si pesante en France, en ce moment. L'autre jour, on parlait de la «censure» frappant un théâtre parisien, qui a vu une de ses pièces interdite d'affichage sur les panneaux publicitaires de la RATP. Car cette affiche a été jugée politiquement incorrecte: elle amalgamait le Président Sarkozy et le ministre Woerth avec les protagonistes de l'affaire Woerth-Bettencourt. Depuis, on a remarqué que, dans le métro, une autre «censure» a été imposée par la régie publicitaire de la RATP. Elle frappe cette fois l'affiche non d'une pièce de théâtre, mais d'un film de cinéma: la dernière comédie du réalisateur américain Gregg Araki, "Kaboom".

 

Certes, depuis qu'il est sorti en salle, ce film est affiché un peu partout sur les panneaux publicitaires de la RATP. Mais le visuel de l’affiche a été retouché: caviardé, édulcoré. Sur l'affiche originelle, parmi les différents protagonistes du film qui y étaient représentés, on voyait un jeune homme endormi sur le dos. Et il était visiblement en plein rêve érotique puisque, au niveau de son bas-ventre, une... – hum, comment dire, dans un blog lié à un journal réputé de bonne famille? ;-) – une, une… turgescence libidinale, on va dire, surélevait de manière impressionnante son drap de lit (*). Or, dans la version de l’affiche retenue par la régie publicitaire du métro parisien, cette surélévation du drap a été dissimulée par un aplat de couleur reprenant un extrait de critique de ce film. Sans doute les dirigeants de la RATP ont-ils estimé que la suggestion aussi visible de ce détal physique si viril n’était pas très convenable, voire carrément inconvenante, dans un lieu public fréquenté chaque jour par des millions de familles et donc d’enfants.

 

«Censure» parfaitement raisonnable? Le cinéaste Gregg Araki, qui adore la provoc’, doit certainement la trouver d’une pudibonderie d’un autre temps.

 

(*) Si d’aventure des lecteurs ne voyaient pas trop ce dont il s'agit, ils compareront la vignette en illu de cette note, qui représente le détail du fameux visuel tel qu’il est affiché dans le métro, et l'affiche originelle du film, visible ici par exemple.

16/07/2010

Une phobie

Il se passe décidément tous les jours quelque chose dans les transports en commun parisiens. Ce vendredi a priori, on avait prévu d'évoquer autre chose ici, de plus fondamental. Et puis, ce matin, on est tombé sur une petite anecdote racontée par le journal «Le Parisien»: une scène de la vie quotidienne très dérisoire, mais qu'on a trouvée si épatante qu'on n'a pas résisté à la tentation de lui consacrer la note du jour de ce blog.

 

Cela s'est passé l'autre matin dans le tramway T2, direction Saint-Cloud. Comme le narre le confrère, «il est 9 heures, le tramway est bondé. Une femme se lève pour descendre puis s’arrête, le regard dans le vague. Soudain, elle faiblit. Clémence, une habituée du T2, l’attrape par un bras tandis qu’un homme se précipite pour la soutenir. La passagère reprend alors connaissance. Au bout de quelques minutes, pressé par le machiniste qui doit redémarrer, le trio descend sur le quai pour attendre les secours. «Vous êtes malade? Vous avez déjeuné ce matin?» La femme d’une vingtaine d’années bredouille quelques mots et éclate en sanglots. Et puis, la vérité apparaît, presque surréaliste». La vérité? Cette passagère du tramway s'est évanouie sous le coup de l'émotion. Sous l'emprise de la «peur panique, viscérale» qu'a subitement provoquée chez elle, au moment où elle s'apprêtait à descendre du tramway, la vue d'une autre voyageuse. Qui avait pour seul signe distinctif d'arborer, comme pas mal de Parisiennes, de très longs ongles manucurés. Manque de bol: ce matin-là, elle a croisé sur son passage notre infortunée jeune fille trop sensible, qui a... la «phobie des grands ongles». Parce qu'elle a «été traumatisée il y a quelques années par des films d’horreur où le méchant étripait ses victimes avec les ongles. Sans doute le célèbre Freddy Krueger, avec ses lames de rasoir à la place des doigts… Et ce jour-là, il a suffi d’une voyageuse aux longs ongles manucurés pour réveiller ses pires cauchemars».

 

Une telle émotion à fleur de peau, on trouve cela merveilleux. Une sensibilité à ce point exacerbée, simplement par un film d'horreur de série B, on trouve cela touchant. Une phobie si dérisoirement hollywoodienne, on trouve que cela ne s'invente pas. C'est presque trop beau pour être vrai. Un scénariste aurait imaginé cette scène de panique manucurée se déroulant dans le tramway T2, les producteurs du film l'auraient sans doute recalée, la jugeant pas assez crédible. Mais à Paris, décidément, tout a l'air toujours possible.

11/06/2010

Une promotion

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et puisque pendant un mois dès ce soir, on va n'entendre parler que de foot, allons-y illico. Une grande opération de promotion débute aujourd'hui à Paris, et durera jusqu'au 11 juillet. Cela s'appelle «Foot de théâtre». Pendant la Coupe du monde, une cinquantaine de théâtres privés de la capitale casseront leurs prix d'entrée: offrant des réductions de 20 à 50%. Ces soldes visent évidemment à amoindrir la chute de fréquentation redoutée pendant le Mondial. Cette opération est lancée alors que viennent d'être rendus publics des résultats assez catastrophiques concernant les théâtres dans la capitale française.

Car la crise économique, visiblement, modifie les habitudes culturelles des Parisiens. Qui sortent moins. Vont beaucoup moins qu'avant au théâtre, en tout cas. Le dernier rapport de l'Association pour le soutien au théâtre privé le reconnaît: «Si l’on s’en tient à l’activité des théâtres privés à Paris, l’année 2009 marque une évolution nettement défavorable». Les deux grands indicateurs sont de la même couleur que le rideau de ces théâtres: rouge. Rouge vif, même. En 2009 par rapport à 2008, les recettes brutes ont reculé de 17% et le nombre de spectateurs payants a chuté de 10 %. Concrètement, cela fait 21 millions d'euros et 380.000 spectateurs en moins. L'an dernier, seuls 5,7 millions de tickets d'entrée au théâtre ont été vendus à Paris.

Ce sont les cafés-théâtres qui y ont le plus souffert de la crise: leur fréquentation a chuté carrément de... 45%. Les théâtres publics, eux, qu'ils soient subventionnés par l'Etat ou par la Ville, ont mieux résisté: -4% pour les recettes, -8% pour la fréquentation. Contraste: alors que les théâtres se vident, les cinémas n'ont jamais été aussi remplis. L'an dernier, plus de 200 millions d'entrées dans les salles obscures ont été comptabilisées en France, contre 190 millions en 2008. Jamais depuis 1982 un tel succès de foule n'avait été enregistré. Selon la directrice du Centre national du cinéma, Véronique Cayla, «la salle de cinéma constitue, dans ces périodes de crise, un véritable lieu refuge».

Pour redresser la barre, les théâtres, en France en général et à Paris en particulier, devraient-ils, au lieu de se contenter d'opérations de promotions ponctuelles, songer à revoir plus globalement à la baisse l'ensemble de leurs grilles tarifaires?

10/06/2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?