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16/10/2008

Un refrain

Dans tout ce tumulte suscité hier par cette histoire de «Marseillaise» sifflée au Stade de France, on était plutôt d’accord avec ceux qui trouvaient que Lââm n’avait pas manqué de cran, mardi soir. La chanteuse avait été prévenue que l’hymne national qu’elle interpréterait risquait d’être sifflé par la foule. Elle ne s’est pas débinée pour autant. Et ne s’est pas laissée démonter lorsque, en effet, elle a été chahutée. Cela dit, et au-delà de cela, mardi soir, devant notre télé, en l’entendant et en la voyant chanter, on s’est tout de même demandé si elle n’avait pas commis une grosse faute de goût.

 

Lââm, en effet, a cru bon de faire des effets de voix et des vocalises sur la dernière strophe du refrain de «La Marseillaise». Sur le passage fameux et si controversé de l’hymne national qui appelle à ce «qu’un sang impur abreuve (les) sillons» de la France. On n’est pas sûr que c’était forcément une bonne idée d’insister à ce point vocalement sur ces quelques mots.

 

Alors, évidemment, il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Lorsqu’il composa «La Marseillaise», Rouget de Lisle (1760-1836) écrivit forcément un hymne, comme tout hymne d’ailleurs, par nature cocardier, nationaliste, voire carrément guerrier, puisque son but originel était de galvaniser les foules. Mais enfin, trois siècles plus tard, en ces temps d’exaltation de l’«identité nationale» en France et de boucheries menées en Europe même au nom de la purification ethnique, cette stigmatisation de l’impureté sanguine fait tout de même assez froid dans le dos.

 

Du coup, a resurgi hier l’idée de modifier les paroles de ce refrain. Ainsi, le journaliste et écrivain François de Closets a dit sa «honte que ce pays n’ait pas encore modifié les paroles de son hymne national». Selon lui, c’est d’ailleurs «la stupidité» insigne de ce passage du refrain sur le sang des sillons qui a poussé des générations entières d’écoliers à le tourner en dérison en le ponctuant de la rime: «queue de cochon!».

 

En tout cas, si d’aventure les Français devaient un jour se pencher sur les paroles de leur hymne national, on ne saurait trop leur conseiller d’aller au-delà de ces fameux sillons. Et de relire attentivement la version longue de «La Marseillaise» (ici). Y sont notamment dénoncées les «cohortes étrangères» qui «feraient la loi dans nos foyers».

 

Ces termes si connotés de «cohortes» (ou de «hordes») d’étrangers sont vociférés en boucle à la tribune de tous les meetings de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers et applaudis à tout rompre par des foules racistes et xénophobes en délire. Du coup, ce n’est pas manquer de respect à «La Marseillaise» que de poser la question: des exhortations aussi haineuses ont-elles vraiment leur place dans cet hymne? – hymne qui plus est d’un pays se proclamant  urbi et orbi comme la patrie des droits de l’homme.

28/12/2006

Un sursaut?

medium_drapeaufrancais.jpgEst-ce enfin le résultat du séisme du 21 avril 2002? Les mairies, en ce moment, croulent littéralement sous les demandes d’inscription sur les listes électorales. Elles croulent tellement, en cette dernière ligne droite avant la date limite du 31 décembre, qu’elle ont reçu la consigne d’ouvrir leurs portes samedi matin.
Dans tout le pays, les chiffres relatant la progression du nombre d’inscrits par rapport à la même période de 2001 (lorsque les gens venaient s’inscrire pour pouvoir voter aux présidentielles de 2002) sont impressionnants: +60% à Nancy, +90% à Trappes (Yvelines), de 4.000 à 5.500 inscrits à Saint-Denis, 23.600 inscrits dans la seule ville de Marseille pendant le mois de décembre, etc.
On fait la queue devant les mairies, donc. Bien. Mais il y a encore une double marge dans laquelle de nets progrès civiques pourraient certainement être accomplis.
Un: dans un corps électoral évalué à la grosse louche à 45 millions d’électeurs, entre 2 et 4 millions de gens -- ce qui n’est tout de même pas rien -- ne s’inscriront pas et donc n’iront pas voter.
Deux: entre les inscrits et les électeurs votant effectivement le jour J, il y a encore une déperdition non négligeable. Ainsi, le 21 avril 2002, sur 41.194.689 inscrits, on n’a dénombré que 29.495.733 votants. Au second tour, c’était déjà un peu mieux (32.831.497 votants).
Et les 22 avril et 6 mai 2007?
B.DL.