22.04.2012
Une (autre) double casquette
Bonjour à celles et ceux qui, en ce dimanche électoral, débarquent sur ce blog pour y trouver avant l'heure les résultats du premier tour de la présidentielle. Comme on n'aura pas du tout le temps, dans les heures à venir, d'actualiser ce blog, ces infos seront regroupées sur le portail de Lalibre.be. Merci de votre passage ici. N'hésitez pas, pourquoi pas, à y revenir, maintenant que vous connaissez l'adresse.
A destination cette fois des habitués de ce blog, embrayons sur la note de vendredi, dans laquelle on s'énervait (un peu) de la manière dont Nicolas Sarkozy gère sa double casquette, concernant cette fameuse diffusion, ou non, des résultats électoraux avant l'heure légale. Pour ne rien cacher, on fait (un peu) moins le malin, deux jours plus tard. Parce que, nous aussi, on est affublé d'une double casquette pas trop glorieuse.
En tant que citoyen, on est contre cette publication prématurée des résultats. C'est d'ailleurs l'avis aussi de deux Français sur trois, selon un sondage vendredi. La loi, c'est la loi. A fortiori dans un pays dont les gouvernants professent la "tolérance zéro" à l'égard de toute infraction à la loi. Tout le monde a l'air de subitement trouver idiote cette disposition interdisant la diffusion des résultats avant 20 heures? Il fallait y penser avant. Cinq ans, au moins, qu'on aurait pu modifier cette loi.
En outre, le journalisme «réseausocialisé», en 140 signes et pas un de plus, l'hystérie de l'information, l'immédiateté des événements: c'est drôle un moment, mais cela finit par lasser. Il n'y a pas de honte, à un moment où l'autre, à vouloir prendre un peu du recul sur l'événement. A ne pas engloutir n'importe quelle info n'importe comment. Pas de honte à prendre (un peu) le temps.
Mais on n'est pas que citoyen: on est aussi journaliste. Donc, ce dimanche, on n'a pas le choix. En bon soldat, on va suivre sagement les consignes de la hiérarchie, et participer à l'hystérie informative et électorale du moment. Sans états d'âme. Chaque journaliste a un petit côté mercenaire.
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02.03.2012
Une déferlante militante
Dans notre onzième arrondissement, depuis quelques jours, c'est comme si le socialiste François Hollande, Monsieur «Moi mon seul ennemi, c'est la Finance!», avait déjà été élu à l'Elysée. Comme si la France avait déjà basculé à gauche.
Du côté de Bastille, figuraient déjà depuis un petit temps, en pagaille et en nombre considérable, les affiches du populiste Jean-Luc Mélenchon: sa tête des mauvais jours – c'est le seul candidat à l'Elysée qui, sur ses affiches, ne sourit pas – et un slogan très Bastille 1789: «Prenez le pouvoir». Depuis quelques jours, a explosé le nombre de stickers révolutionnaires placardés sur les murs et le mobilier urbain: bancs publics, feux de signalisation, cabines téléphoniques, entrées de métro, etc. Cette déferlante militante, cela dit, doit sans doute moins à l'engouement que provoquerait dans Paris Monsieur «Moi mon seul ennemi, c'est la Finance!», qu'au passage, mercredi dans le onzième, du cortège syndical qui a manifesté contre l'austérité.
Il n'empêche, désormais, se promener dans ce coin de Paris, c'est au moins avoir l'occasion de réviser les grands classiques de l'exhortation prolétarienne. Entre des appels au «sabotage des usines», au «combat» contre le patronat, ou à l'«expropriation des grandes fortunes», on a l'embarras du choix.
On est même tombé sur un anonyme et étrange «Voter c'est bien. Guillotiner, c'est mieux». On n'a pas encore trop compris si cela devait être pris au sérieux, si c'était un gag, ou si cela relevait de performance artistique – sur les murs de Paris, tout est possible.
Ce sticker, aperçu pas loin de la place Léon Blum, s'il était énigmatique et anachronique, n'était pas si incongru, dans son environnement urbain.
Jadis, en effet, non loin de là, rue de la Roquette précisément, était érigée une guillotine qui servit à décapiter pas mal de malandrins.
Mais sans doute ne faut-il pas y voir un mauvais présage.
11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, elections présidentielles, communication, activisme
17.02.2012
Un gros coup de vieux
Retour de Haute-Savoie. Où on a fait un saut hier, pour couvrir le premier grand meeting de Nicolas Sarkozy, à Annecy. On a été frappé par le coup de vieux pris par l'intéressé, par rapport au souvenir qu'on avait gardé de lui aux présidentielles de 2007. Hier soir, c'était frappant notamment lorsqu'il est monté sur scène. La façon qu'il a eue de gravir les marches, le pas lent avec lequel il s'est dirigé vers le pupitre: on était très loin du présidentiable bondissant d'il y a cinq ans. Et même le débit de son discours était plus lent.
Nicolas Sarkozy y a notamment évoqué le poids de la charge présidentielle. Parlant de «cinq années qui pèsent si lourd dans la vie d'un homme», il a estimé que «les Français attendent un dévouement absolu» de leur Président, ce dernier devant donc «se donner tout entier à cette tâche». «Depuis le début de mon mandat, j'en ai éprouvé, jour après jour, toutes les exigences, toute la dureté», a-t-il ajouté.
Mercredi soir, déjà, selon certains exégèses de sa déclaration de candidature sur TF1, il avait fait allusion à son vieillissement. «À 57 ans, on n'est pas fichu, on n'est pas foutu, déprimé, chez soi à attendre l'âge de la retraite!», s'était-il exclamé. Officiellement, il parlait des couturières en fin de carrière de la société de lingerie Lejaby – dont une partie ont trouvé une possibilité de reconversion grâce à l'intervention du gouvernement. Selon certains, il parlait aussi voire surtout... de lui, qui est âgé de 57 ans.
Ce gros coup de vieux, il est visible aussi sur l'affiche de campagne du candidat Sarkozy. On l'a regardée de près, et c'est frappant combien apparaissent de cheveux blancs et de rides, sur le cliché de ce visage. Là aussi, on est très loin de la fameuse photo du Sarkozy juvénile et avenant qu'avait jadis faite pour lui le grand photographe de mode américain Peter Lindbergh, en noir et blanc.
Ces marques de la vieillesse, elles aurait parfaitement pu être retouchées. Si elles n'ont pas été «photoshopées», c'est, bien sûr, que l'armada de communicants entourant le Président sortant a choisi d'user de ce poids des ans comme d'un argument de campagne.
Pour que, aux yeux de l'électeur, leur candidat apparaisse comme quelqu'un qui a vieilli, qui a donc mûri, et qui dès lors s'est assagi.
CQFD.
17:59 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, sarkozy, communication, publicité
31.01.2012
Un toupet
Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.
Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.
Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.
D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?
12:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, internet, communication, technologie, femmes, arts, personnalités, sarkozy
27.01.2012
Une logorrhée
24. On n'invente rien: on les a comptés et même recomptés ce matin, pour en être bien certain. Hier, l'UMP a diffusé... 24 communiqués de presse successifs. Chacun signé par un dirigeant différent, mais tous consacrés à une seule et même actu: le projet présidentiel du socialiste François Hollande. Un premier communiqué à 10h56, le deuxième à 11h01, ensuite un autre à 11h34, à 11h59, 12h28, 13h12, 13h15, etc. Jusqu'à 23h33 précisément: heure du dernier communiqué de l'UMP sur le sujet.
A force, cette logorrhée devenait (un peu) comique. Car, le fond de cette communication ne variant bien sûr pas – en gros: l'intéressé, son programme et son partis sont nuls –, cela donnait l'impression qu'au service de presse de l'UMP, on passait sa journée à éplucher, heure après heure et page par page, le dictionnaire des synonymes. Pour trouver des variantes lexicales à cette nullité socialiste alléguée: François Hollande est irresponsable, inconséquent, pas crédible, déraisonnable, dangereux, contradictoire, bancal, etc.
On n'a toujours pas compris l'avantage d'une telle stratégie de com'. A moins bien sûr de considérer que la presse est sourde et l'électorat débile (ou inversement), quel est l'intérêt de répéter 24 fois le même message en une seule et même journée? Cela a surtout donné de l'UMP l'image d'une armée mexicaine de cadres et dirigeants, chacun à l'ego si boursouflé qu'il voulait absolument dire lui aussi son petit mot sur le sujet, pour tenter d'exister médiatiquement. Espoir le plus souvent déçu. La plupart des journalistes, en effet, pour répercuter le point de vue sarkozyste, ont juste relayé la parole de Jean-François Copé, le n°1 du parti, et/ou de ses ministres les plus importants: François Baroin (Finances) ou Valérie Pécresse (Budget).
Donc au total, pour ce parti hier, tant de temps perdu, tant d'énergie gâchée, tant de mots, de papier et d'électricité en pure perte dépensés.
Mais que ne ferait-on pas en campagne électorale, à moins de cent jours de l'échéance?
12:25 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : partis, personnalités, elections présidentielles, communication, médias
07.12.2011
Un (double) air du temps
Cet après-midi, François Bayrou officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2012. Il avait déjà annoncé, répété et confirmé cette candidature à peu près 23 fois ces derniers mois, mais sans doute craint-il que des Français ne soient toujours pas au courant.
Le centriste se profile volontiers comme très différent des autres présidentiables, très au-dessus du lot. Ce mercredi, il n'en sacrifie pas moins, et doublement, à un très trivial air du temps.
Le lieu de son happening médiatique? La très sobre Maison de la Chimie, pas loin de l'Assemblée. Dans les rédactions, il se raconte qu'à l'origine, c'était plutôt l'Hôtel Lutetia que le patron du Modem avait choisi. Mais voilà: difficile de présenter une campagne élyséenne axée sur l'austérité budgétaire, dans un 4 étoiles dont la chambre la moins chère doit, à vue de nez, être facturée 250€ la nuit. Exit donc les salons Art Deco de l'hôtel de la rive gauche.
A 17h30, à l'issue de sa conférence de presse, François Bayrou tient ce que ses services de com' appellent une «twinterview». Késako? Une «séance de questions réponses aux internautes, via twitter», oui Madame.
En 140 signes, donc, résumer les enjeux de la crise des dettes souveraines, de l'après-pétrole, de la sortie ou pas du nucléaire, ou de la diplomatie française au Proche-Orient. 140 signes. En termes informatifs, ce sera du plus haut comique. Ou du grand n'importe quoi, assez pathétique. Chacun jugera.
11:33 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, bayrou, elections présidentielles, communication
28.10.2011
Un double comique
Ils sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.
Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.
Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.
Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, télévision, journalisme, communication, langue française
11.07.2011
Un caractère bien trempé
Elle est cash, Martine Aubry, que cela plaise ou pas. Elle s'embarrasse assez peu des conventions. Au passage, ce caractère bien trempé lui vaut la mésestime de pas mal de journalistes – qu'à plusieurs reprises, elle a envoyé balader sans ménagement. Pour ses détracteurs, son côté brut de décoffrage illustre son caractère revêche, teigneux, voire acariâtre. Pour ses partisans, cette singularité de ton est rafraîchissante à l'heure où la parole politique est en permanence si formatée au consensuel par les communicants.
Toujours est-il qu'on vient encore d'avoir une illustration de son tempérament. Avec l'avis, très peu dans l'air du temps, qu'elle a donné sur les réseaux sociaux. Même si elle reconnaît qu'ils ont été utiles lors des révolutions arabes, Martine Aubry ne les aime pas. «Facebook et Twitter, j'ai horreur de ça. C'est typique de cette société où chacun pense à son nombril. Et puis, tous ces faux amis... Ce n'est pas mon truc d'expliquer mes états d'âme». Et son entourage de renchérir: elle «ne va pas utiliser Twitter pour raconter sa vie. Elle est en adéquation avec son identité politique. Aubry n'est pas dans l'autoglorification».
Ce week-end, toute la galaxie tweetée et facebookée de l'UMP a moqué cette tirade. Qui confirmerait l'incroyable ringardise d'une socialiste déjà accusée par la droite d'avoir un projet politique digne des années 80.
Une chose est sure: qu'elle les aime ou pas, Martine Aubry ne pourra faire sans les réseaux sociaux, d'ici à la présidentielle de 2012. On l'entendait ce matin encore, sur une radio, à propos de la dernière livraison du «Twittoscope»: ce baromètre mensuel des personnalités en fonction du nombre de leurs citations sur les réseaux sociaux: «C'est l’explosion de la twittosphère politique! En juin, les 140 personnalités suivies dans ce baromètre ont suscité plus de 675.000 tweets, soit 250% de plus qu’en décembre!» Neuf mois avant le scrutin, donc, les réseaux sociaux sont d'ores et déjà, et plus que jamais, «en ébullition». Et cela ne fait sans doute que commencer.
12:09 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, aubry, médias, communication, technologie
10.05.2011
Un culte de la personnalité
En l'honneur du trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, le PS fait très fort, en termes de marketing politique. Un parti français n'avait plus eu une idée aussi farce depuis l'été 2006. Depuis que l'UMP avait édité ses désormais légendaires tongs de plage ayant fait le bonheur de millions d'estivants: de Palavas-les-Flots à la Grande Motte, de Honfleur à Saint-Jean-de-luz, de Belle-Île à Trouville.
Mais ses merveilleuses tongs sarkozystes ne laissaient sur le sable que le logo du grand parti présidentiel. Et non le portrait du Président en personne – cela, ce sera peut-être pour l'été prochain, pré-campagne présidentielle de 2012 oblige. Le PS, lui, vient de franchir un pas supplémentaire, si délicieusement nord-coréen, dans le culte de la personnalité. Il propose carrément une appli iphone (qui a l'air gratuite, en plus) permettant rien moins que de devenir l'ami, sonore et iconographique, de François Mitterrand.
Vous secouez votre smartphone et, hop hop, vous entendez un passage célèbre d'un discours de l'ex-Président. Vous le resecouez, et hop, voici dans vos petites oreilles une autre de ses petites phrases mémorables. Grâce au parti de Martine Aubry, vous pouvez même «vous prendre en photo avec François Mitterrand»! Il vous suffit de télécharger l'application contenant les clichés fameux de l'intéressé, puis, hop hop, en un tour de main, d'afficher avec ravissement votre propre bobine à la place de celle de la personnalité qui, sur la photo, apparaît aux côtés du défunt Président. On peut donc, par exemple, se retrouver à la place d'Helmut Kohl à Verdun en 1984, sur la fameuse photo montrant ce dernier main dans la main avec François Mitterrand.
Ca fait vraiment rêver.
11:31 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, communication, technologie, mitterrand, histoire
22.04.2011
Un champion (du gazouillis)
Il a beau être impopulaire comme jamais un Président français ne l'a été à un an d'un scrutin présidentiel, dans ce domaine au moins, il demeure le n°1. Nicolas Sarkozy reste, et de loin, la personnalité politique la plus tweetée de France. Il totalise à lui seul un petit tiers (82.500) des 280.000 tweets enregistrés dans le dernier «Twittoscope» de la Sofres. Le chef de l'Etat fait quasiment deux fois mieux que la deuxième du classement, la frontiste Marine Le Pen (45.000).
Dominique Strauss-Kahn décroche la médaille de bronze (17.600 tweets). Six personnalités dépassent les 10.000 tweets mensuels: les socialistes Ségolène Royal et Martine Aubry, le leader de l'UMP Jean-François Copé, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, son collègue des Affaires étrangères Alain Juppé, et le bon vieux Jacques Chirac.
Nuance: un nombre élevé de tweets ne signifie pas automatiquement une forte adhésion. Car, a calculé la Sofres, quatre cinquième des tweets analysés sont de simples échanges d'information: ils se bornent à évoquer la personnalité concernée ou son actualité, sans contenir d'opinion positive ou négative à son égard. Seul un sixième (16%) des tweets sont critiques. Sans surprise, les personnalités suscitant beaucoup de tweets critiques sont les si sulfureux ministres Claude Guéant ou Eric Besson. Particularité: «les personnalités qui obtiennent des scores de tweets positifs sensiblement plus élevés que la moyenne sont toutes issues de formations de gauche». Un hasard? Non, se hasarde la Sofres. Cela «pourrait laisser à penser que l'e-démocratie trouverait plus facilement sa place à gauche, du fait d'une culture partisane plus discursive et/ou d'un personnel politique plus accoutumé au dialogue horizontal».
Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'il y a de l'effervescence dans tout cela. «A un peu plus d'un an de la présidentielle, l'agora politique que constitue Twitter a largement dépassé le demi-million de tweets mensuels, sur les 140 personnalités suivies». Plus que jamais, donc, la vie politique française suscite un intense gazouillis. Et, bien sûr, cela ne fait que commencer.
10:45 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, communication, technologie, personnalités, sarkozy, gouvernement, aubry, royal
01.04.2011
Un message
Coup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».
A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.
Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.
Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.
30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.
Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.
(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».
11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, éducation, gouvernement, communication
30.03.2011
Un «esprit d'équipe»
Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».
Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.
Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.
C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.
11:39 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : publicité, communication, economie, justice
16.12.2010
Une campagne
Ces affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.
On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.
Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.
Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.
11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, communication, activisme, paris, métro
15.12.2010
Un vieux truc
C'est une grosse ficelle de la communication politique. Quand vous avez failli sur le fond, vous tentez de biaiser en reconnaissant une erreur de forme. Quand vous avec pêché par inaction, imprudence, impréparation, manque de concertation et/ou aveuglement politique, vous admettez tout au plus, du bout des lèvres, une erreur de communication. Quand vos manquements sont si manifestes que vous ne pouvez plus les nier sous peine que votre mauvaise foi devienne vraiment trop ostensible, vous essayez de sauver la mise avec un très partiel mea culpa. C'est cette vieille recette qu'a utilisée hier François Fillon.
En la matière, il faut dire, le Premier ministre n'a fait somme toute qu'imiter Nicolas Sarkozy, qui a recours assez souvent à ce vieux truc de com'. Ainsi, à la mi-novembre à la télé, interrogé sur son concept si sulfureux d'identité nationale, le chef de l'Etat avait lâché: «Sans doute s'y est-on mal pris; le mot a provoqué un malentendu». Mais aucun reniement «sur le fond des choses». En mai 2008 déjà, à la télé toujours, à propos cette fois du très impopulaire et controversé «paquet fiscal», le chef de l'Etat avait lâché du lest sur la forme: «C'est un très mauvais nom qu'on a pris. On a fait une erreur de communication totale». Il n'avait laissé tomber sur le fond que bien plus tard, quand il était apparu que ce recul sur la forme n'avait pas suffi à rendre moins impopulaire un dispositif devenu «symbole d'injustice» fiscale – dixit le ministre du Budget.
Idem donc pour François Fillon hier. A propos, lui, de la pagaille de la semaine dernière due à la neige. «On n'a pas été bon, et moi le premier, en matière de communication», a reconnu le chef du gouvernement. Les milliers d'automobilistes que la neige, cette nuit-là, a contraints à une nuit blanche objecteront qu'en l'occurrence, dans cette crise, le gouvernement «n'a pas été bon» en général, et pas seulement en communication. Ils argumenteront que le problème n'a pas tant été la qualité de telle ou telle prestation médiatique de tel ou tel ministre ce jour-là, ce qui est très accessoire, mais l'incapacité globale de l'Etat à gérer la crise. Qu'importe: de l'avis sans doute du gouvernement, avec ce mea culpa sur la com', le problème de fond est réglé.
Au moins hier, sur le même sujet de la neige, la ministre des Transports, elle, a eu recours, non à cette recette si éculée de la com' politique, mais à une entourloupe langagière si culottée qu'elle en devenait franchement comique. «On fait tout pour que ça se passe encore mieux» que la semaine dernière, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet. Cet «encore mieux», se référant à un fiasco si voyant et notoire, est absolument délicieux. C'est «On fait tout pour que ça se passe mieux» qu'elle aurait dû dire. Mais sans doute était-ce trop demander.
11:29 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, gouvernement, sarkozy, communication
04.01.2010
Un bug
Ce fut le premier bug de 2010 en France. Il a dû occuper pas mal de conversations de particuliers en ce début d’année. Mais, assez curieusement, les médias de ce pays, tout affairés à la célébration de l’année nouvelle, ne l'ont pas évoqué. On veut parler des cafouillages qu’a connus le réseau de téléphonie mobile hexagonal dans la nuit de jeudi à vendredi.
Déjà, notons que les opérateurs se sont lourdement trompés dans leurs prévisions. Quelques heures avant l’échéance fatidique, ils avaient amplement communiqué sur le fait qu’à l’occasion de la Saint-Sylvestre, les Français enverraient la bagatelle de 500 millions de SMS. Orange attendait 186 millions de messages, SFR 180 millions et Bouygues 126 millions. Le lendemain des festivités, ce chiffre magique du demi-milliard de textos nocturnes avait mystérieusement fondu comme neige au soleil. Finalement, expliquait-on le premier jour de l’an, 150 millions de SMS avaient été envoyés dans la nuit. Ce n’était pas mal – cela fait un rythme de 18.000 textos à la seconde entre minuit et une heure du matin –, mais on était tout de même loin du compte.
Ensuite et surtout, cette circulation de messages pourtant nettement moindre qu’attendue a manifestement grillé quelques circuits électroniques chez ces mêmes opérateurs. Nous, en tout cas, entre minuit et une heure du matin, le message qu’on a le plus souvent reçu était adressé par un mystérieux interlocuteur non-autrement identifié que sous le numéro d’appel 952. Et disait ceci: «En raison d’un problème technique, votre texto n’a pu être envoyé. Nous vous remercions de réessayer plus tard». Au vu du nombre de gens qui, depuis la Saint-Sylvestre, nous ont parlé d’une pareille mésaventure, ce bug téléphonique a touché pas mal de monde à Paris. Et encore ne parle-t-on pas des difficultés de communication qui ont pu/dû se poser dans le fin fond d’une France rurale où les zones blanches (où le portable ne passe pas du tout) ne sont jamais loin.
Tout cela n’est absolument pas grave, on est d’accord. Même avec quelques heures de retard, des vœux, s’ils sont sincères, sont toujours valables. Et, de toute manière, ce ne sont jamais que des vœux. Il n’en demeure pas moins que, jeudi soir en France, cinquième puissance économique mondiale s’il faut le rappeler, le réseau de téléphonie mobile n’a même pas été capable de gérer le simple flux d’envois si anodins de vœux de fin d’année – flux qui, pourtant, était nettement moindre qu’annoncé.
On ne sait pas trop si, électroniquement, il faut s’en inquiéter. Ou si, plus positivement, il faut plutôt regarder cet incident comme une invitation assez saine à l’humilité.
11:14 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : technologie, communication
24.11.2009
Un intouchable
Journée de grève à La Poste en France aujourd’hui, contre son prochain changement de statut. Grêve annoncée même comme possiblement illimitée à Paris – mais la dernière fois qu’on avait dit cela, le mouvement n’y avait pas duré plus de 24 heures. Dans un registre beaucoup plus léger, comme chaque année à cette période, La Poste vient de relancer un service bien particulier: le… secrétariat du Père Noël.
Avec un pays scandinave, la France est le seul pays du monde à proposer ce service. Chaque année à l’approche du 25 décembre, l’institution répond à tous les courriers que les enfants adressent au Père Noël. Il suffit, paraît-il, d’écrire le nom de l’intéressé sur une enveloppe dans laquelle on aura glissé sa demande de cadeaux, de ne même pas affranchir le pli ni d’indiquer une adresse, et l’envoi arrive automatiquement au service clients de La Poste, en Gironde. Où il est traité et où il lui est répondu dans les plus brefs délais, avec une carte illustrée et un dessin à colorier. Ce service existe depuis 1962 et recueille chaque année un grand succès. Pour preuve, l’an dernier, près d’1,5 millions de lettres ont été adressées au Père Noël de La Poste, provenant de 130 pays différents. Et autant de réponses ont été envoyées aux enfants.
A ce secrétariat du Père Noël, La Poste affecte chaque année quelque 60 personnes à temps plein pendant six semaines. Ce qui, en termes de moyens humains, logistiques voire financiers, n’est tout de même pas rien pour une opération de relations publiques. Remarquez qu’en ce moment où, dans cet organisme en pleine restructuration, tout le monde semble rechercher la meilleure affectation possible au moindre centime d’euro, jamais personne n’a, sauf erreur, remis en cause ce secrétariat du Père Noël. Qui pourtant, s’il s’agit d’une initiative charmante et populaire auprès des enfants, ne doit sans doute pas être considéré comme une mission prioritaire pour le service public postal. Théoriquement, l’effectif affecté à ce Père Noël pourrait très bien, par exemple, venir prêter main forte aux bureaux de poste et aux facteurs qui, sur le terrain, sont traditionnellement débordés par l’afflux de courriers en fin d’année. Mais ni du côté syndical, ni du côté de la direction de l’institution, personne semble-t-il n’a jamais osé proposer cela.
En cette période de fêtes, sans doute le Père Noël est-il, en France comme ailleurs, intouchable. Sans doute l’idée de supprimer son secrétariat est-elle trop iconoclaste et politiquement incorrecte. Sans doute, dès lors, s’agit-il d’une vieille institution hexagonale qui a encore de beaux jours devant elle.
10:51 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : services publics, folklore, communication, art de vivre
29.06.2009
Une “amitié” (suite)
L’autre jour, peu avant les élections européennes (relire ici), on disait notre ravissement d’avoir reçu à la maison un courrier d’une personnalité tête de liste pour ce scrutin: une candidate qu’on ne connaissait absolument pas, mais qui nous assurait néanmoins de toute son «amitié». Et on s'était dit que, décidément, les fichiers circulaient pas mal, en période électorale, dans les états-majors politiques. Manifestement, on n’a pas été le seul à penser cela.
Ainsi, la Commission informatique et libertés (CNIL) a-t-elle annoncé récemment avoir été «saisie par de nombreuses communes préoccupées par l’augmentation des demandes de communication des listes électorales informatisées». Confrontés à «des demandes récurrentes de certains particuliers ou de dirigeants de sociétés privées», ces élus, «au nom de la protection de la vie privée de leurs administrés», s’inquiétaient de l’utilisation qui pouvait être faite des informations personnelles contenues dans ces listes électorales.
La CNIL a donc effectué des contrôles auprès de divers «organismes identifiés comme utilisateurs des fichiers électoraux»: sociétés commerciales de généalogie, cabinets d’enquêtes ou de recouvrement de créances, associations, etc. Résultat? «Des bases de données de plusieurs millions de personnes sont constituées à partir des fichiers électoraux obtenus auprès de villes de la France entière». Or, pour le gendarme de l’informatique et des libertés publiques en France, ce pays se distingue par son «cadre juridique insatisfaisant» en la matière. En effet, le code électoral se borne à autoriser la communication des listes électorales à tout candidat, parti, groupement politique, ainsi qu’à tout électeur quel que soit le lieu où il est inscrit, à la seule condition qu’il s’engage à ne pas en faire un «usage purement commercial». Mais «cet engagement pris par le demandeur ne constitue pas une garantie suffisante, puisque aucune procédure de contrôle ni de sanction n’est prévue. Par ailleurs, la notion d'usage purement commercial est peu claire». La CNIL et la Commission d’accès aux documents administratifs ont donc prié les autorités de clarifier ce cadre juridique.
Le prochain scrutin en France aura lieu l’an prochain: ce sont les élections régionales. Des mesures auront-elles été prises? Ou, en 2010, recevra-t-on toujours des courriers de personnalités candidates nous assurant de leur «amitié»? Les paris sont ouverts.
14:38 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vie privée, communication, informatique
21.04.2009
Un ancêtre
La France se met aux nouvelles technologies, écrivait-on ici hier. Pour évoquer un autre paradoxe, dans ce pays, les technologies les plus vieilles et les plus typiquement hexagonales n'en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin. C’est spectaculairement le cas d’un des symboles de la France techno des années 70 et 80, dont on annonce la mort depuis plus de dix ans mais qui, bon an mal an, même si son heure de gloire est désormais passée, existe toujours. On veut bien sûr parler du bon vieux Minitel (*), qui, a déjà bien un quart de siècle d’existence.
Au milieu des années 90, lorsque l’Hexagone à son tour succomba à la révolution mondiale d'internet, France Telecom revendiquait un parc de 9 millions de terminaux Minitel et de près de 25 millions d'utilisateurs de cette technologie. Plus de dix ans plus tard, le Minitel dégage encore un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions d’euros. Et l’on dénombre encore plus d’1 million de terminaux en circulation. Les utilisateurs principaux des 3615 et autres 3614 sont les personnes âgées (séduites par sa simplicité d’utilisation), les PME (fans notamment de ces terminaux si robustes qu’ils peuvent sans crainte être laissés dans les ateliers, contrairement aux PC et Mac si fragiles), ou les bas revenus (absence d’abonnement payant, etc.). Et, globalement, tous les gens qui raffolent de ces terminaux familiers, sans chichi, qui ne tombent jamais en panne, ignorent les virus, les retards à l’allumage comme les problèmes de réseau, et assurent une confidentialité totale. Résultat des courses, selon la direction des Pages Jaunes, «en 2008, le 3611 a encore enregistré plus de 19 millions de connexions».
Et si, du coup, ce vénérable ancêtre qu’est le Minitel devenait «vintage» et donc si tendance?
(*) Minitel dont on parle, avouons-le platement, sans en avoir la moindre expertise ni d’ailleurs la moindre expérience, vu qu’on n’a... jamais eu l’occasion d’utiliser cette technologie. En effet, à notre arrivée à Paris, au début des années 2000, elle était déjà devenue très très confidentielle. Finalement, le seul souvenir que l’on en garde sont des spots publicitaires qu’en Belgique, alors qu’on était gamin, on entendait sur les radios commerciales françaises du type RTL, écoutées sur les longues ondes. Ces spots qu’on trouvait (un peu) troublants, vantant les services de messageries roses genre 3615 ULLA – Madame Ulla: un grand nom des années 70 et 80 devenu depuis, paraît-il, mythique.
11:23 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : communication, economie, médias, informatique
20.04.2009
Un contraste
Notre bonne vieille France, si fière d’incarner la «vieille Europe», va-t-elle un jour ressembler à «Matrix»? Non pas que l’on y croise en rue des héros de cinéma high-tech aussi mémorables que Neo-Keanu Reeves ou Trinity-Carrie Anne Moss. Mais, ces derniers temps, les nouvelles technologies y font spectaculairement irruption dans la vie quotidienne.
A Paris, dans le réseau du métro, il y avait déjà les panneaux publicitaires du troisième type, très contestés par les associations anti-pub. Ils sont si perfectionnés que leurs capteurs sont en mesure de comptabiliser le nombre de passages, devant eux, d’usagers du métro et donc de consommateurs potentiels. Ils peuvent aussi enregistrer les zones précises du visuel de l’annonce qui ont été regardées par les passants. Autre innovation techno, à Nice cette fois. Désormais, les passagers de l’aéroport de cette ville et à destination de Paris-Orly peuvent accomplir toutes les formalités d’enregistrement à l’aide de leur téléphone portable. Une petite puce collée à l’arrière de l’appareil ou insérée dans celui-ci permet à ces voyageurs, après avoir passé leur téléphone devant une bornée dédiée, d’accéder à la salle puis à la porte d’embarquement. Dans le même registre, à Metz cette fois et bientôt à Issy-les-Moulineaux (ville techno-branchée de la banlieue parisienne) pour se garer, les automobilistes n’auront bientôt qu’à décrocher leur portable: pour régler leur dû lorsqu’ils stationneront à des emplacements payants, il leur suffira de composer un numéro de téléphone affiché près de l’horodateur.
La France en pince donc, en ce moment, pour les technologies nouvelles. C’est l’occasion ou jamais de rappeler un fameux contraste: selon le dernier décompte d’une délégation interministérielle dite «à l’aménagement et à la compétitivité des territoires», décompte datant d’avril 2008, l’Hexagone comprend encore sur son territoire 364 communes... totalement privées de téléphonie mobile.
Ce sont les fameuses «zones blanches»: sorte de no man’s land technologique que l’on essaie de résorber depuis 2003 – dont coût global 600 millions d’euros, partagé par les opérateurs de téléphonie mobile, l’Etat et les collectivités locales. Les habitants de ces localités devront attendre 2011 avant d’avoir accès au réseau mobile. Et encore à cette date ne bénéficieront-ils que de la technologie 2G (voix et SMS, si on a bien compris). Pour l’envoi d’images et pour l’internet mobile, il leur faudra patienter quelques années supplémentaires.
Pour le coup, ici, on serait peut-être moins dans «Matrix» que dans ce bon vieux La Fontaine, genre «Le rat des villes et le rat des champs».
11:11 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : communication, economie, médias, cinéma, littérature
24.04.2008
Un cordon
Les journalistes ont donc (un peu) protesté hier midi, dans la cour du Palais de l’Elysée. A la sortie du Conseil des ministres, ils ont ostensiblement déposé par terre micros, stylos et caméras. Ce faisant, ils voulaient dénoncer le fait d’avoir été parqués en rang d’oignons derrière un cordon de sécurité. Alors que, d’habitude, ils évoluent librement dans la cour, ce qui leur permet d’interviewer au vol les ministres sortant du Conseil. Du coup, en lieu et place de la joyeuse agitation médiatique qui clôt habituellement les réunions hebdomadaires du gouvernement, c’est dans un silence de mort, et sans que la moindre question leur soit posée, que les ministres, souvent éberlués, ont regagné leurs voitures. La majorité des journalistes ont ensuite boycotté le compte rendu du porte-parole du gouvernement.
Les journalistes tiennent à leur «stylo (ou micro) trottoir» ministériel hebdomadaire, le dernier exercice journalistique qui, par son immédiateté et sa spontanéité, casse (un peu) la communication si souvent très verrouillée des hommes politiques. A l’Elysée, si on veut mettre un terme à ce cirque médiatique, c’est officiellement parce qu’il pose des problèmes de sécurité. Comme l’a expliqué sans rire hier Franck Louvrier, le conseiller presse et communication de Nicolas Sarkozy, ce cordon a été mis en place car «la semaine dernière, deux ministres ont été fortement bousculés». «Il y a dans la cour de l'Elysée un nombre de médias beaucoup plus important qu'avant. Il faut donc trouver un dispositif qui permette aux uns et aux autres de travailler, pour que les journalistes ne soient pas bousculés par les voitures qui démarrent et qu'eux-mêmes ne bousculent pas les ministres ou se bousculent les uns et les autres». Pour la semaine prochaine, un dispositif plus adapté que le cordon est d’ores et déjà annoncé.Voilà pour la version officielle. Cela n’aurait toutefois rien d’étonnant que, dans les coulisses, cette décision d’éloigner les ministres des journalistes, en reléguant ces derniers derrière un cordon, ait été décidée avant tout pour cadenasser un peu plus la parole ministérielle et donc éviter les cacophonies et couacs gouvernementaux, si nombreux ces derniers temps. Ce coup du cordon journalistique est donc probablement la première mesure, et le coup de maître, du publicitaire Thierry Saussez, le grand ami de Nicolas Sarkozy, nommé récemment Délégué interministériel à la communication pour, précisément, resserrer les boulons médiatiques du gouvernement.
Ce serait d’autant moins étonnant que ce cordon, c’est un grand classique des publicitaires s’essayant à la communication politique. La droite n’a d’ailleurs pas du tout le monopole de cette technique. On s’en souvient parfaitement. Début 2002, la grande communicatrice Nathalie Mercier (venue elle d’Euro RSCG, la boîte de pub de Jacques Séguéla) avait débarqué à Matignon pour coacher la com’ et booster l’image du Premier ministre et futur candidat socialiste à l’Elysée Lionel Jospin. Le premier accessoire de presse qu’elle avait ressorti, c’était… ce fameux cordon. Pendant quelques mois, les journalistes ont bouffé du cordon à longueur de journées. Ils n’étaient autorisés à se positionner qu’à certains endroits bien particuliers: endroits qui avaient été préalablement sélectionnés et validés par les communicants de Matignon en fonction de leur rendu télévisuel et du jour favorable sous lequel ils feraient apparaître l’homme politique. A cette époque, pour éviter notamment les petites phrases mal dosées ou le «off» qui dérape, Lionel Jospin ne se déplaçait plus qu’entouré de gardes du corps tenant tous à la main un cordon de sécurité qui formait un cercle mouvant autour de lui et barrait l’accès aux journalistes.
Un tel dispositif était à la fois pathétique, ridicule et inefficace. Au bout de quelques mois, d’ailleurs, le fameux cordon a été abandonné. Et plus personne n’a jamais entendu reparler de la grande prêtresse de l’image politique Nathalie Mercier (recyclée depuis à la com’ du musée Branly). Peut-être faudrait-il rappeler ce flop mémorable à Thierry Saussez.
PS : Parlant de ce Thierry Saussez, notez qu’on peut être un grand communicant – «un des leaders de la communication institutionnelle et politique en France», se présente-il lui-même, de manière assez immodeste – et négliger sa propre communication. Prenez le site web du «Monsieur anti-couacs» du gouvernement. Outre un design un peu daté et de nombreuses coquilles, sa rubrique «Actualités» n’a plus été actualisée depuis… la fin février.
11:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Gouvernement, Médias, Journalisme, Communication, Publicité, Télévision



