Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/09/2014

Une analogie misérable

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoirePuisqu'on évoquait le cas de journalistes ces deux derniers jours, poursuivons dans la même veine. Non pour évoquer la grande conférence de presse semestrielle de François Hollande, à partir de 17 heures ce jeudi à l'Elysée – sujet qu'il nous pardonnera de trouver un peu tarte à la crème –, mais pour relater le traitement qui a été infligé à une consœur. Cela s'est passé il y a plusieurs jours déjà, en Corse. Mais la nouvelle a mis un petit temps avant de faire du bruit en métropole, et elle continue à agiter les milieux journalistiques, dans l'île.

Samedi soir à Bastia, au stade de Furiani où avait lieu un match entre le Sporting Club local et l'équipe de Lens, plusieurs banderoles ont été déployées. L'une d'elle arborait le nom d'une consœur journaliste du quotidien «Corse Matin», suivi de ces mots: «En 45, on t'aurait tondu» (sic). Auparavant, l'intéressée avait couvert, pour son journal, le procès de quelques supporters de Bastia qui, dernièrement, ont été condamnés pour les incidents survenus en marge d'un match Bastia-OM, en août. La consœur a donc relaté cette actualité judiciaire. Samedi, cela lui a valu d'être rangée dans la catégorie des «journalistes complices d'Etat». Et d'être assimilée aux collabos de la dernière guerre, et plus particulièrement à ces Françaises tondues à la Libération pour avoir couché avec l'occupant allemand.

«On a tout à fait le droit de critiquer un article de presse, de l'estimer injuste et infondé et d'expliquer pourquoi, mais pas le droit d'écrire ce qui a été vu au stade samedi», s'est indigné le maire de Bastia, jugeant la banderole «lamentable». Le patron de la communauté urbaine d'agglomération s'est dit «scandalisé» et «écœuré». Le club lui-même s'est effaré de l'«inacceptable» analogie avec les collabos. Et la Ligue corse de foot a condamné «une banderole infamante, faisant référence à une période noire de notre histoire».

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoireComble de la bassesse, le groupe de supporters «Bastia 1905», réagissant sur sa page Facebook, y a présenté «ses excuses pour la banderole qui fait actuellement polémique. En effet, il faut un "e" pour respecter l’accord»: il aurait fallu qu'y soit écrit «tondue», et non «tondu».

Misérable.

03/09/2008

Une lecture

3134856ce897a7ad8cf7160688ef73a0.jpgAlors que l’«affaire Clavier» (*) continue de faire des remous, c’est évidemment le livre à lire ou à relire séance tenante, cette semaine. C’est une bande dessinée publiée chez «Albin Michel», signée Pétillon (le caricaturiste si souvent hilarant du «Canard Enchaîné») et intitulée «L’enquête corse». C’est sans doute l’ouvrage le plus drôle, et le plus méchant, qui ait jamais été consacré à l’île de Beauté et à l’actualité effarante et clochemerlesque qui la rythme depuis trente ans: les attentats, les rivalités entre bandes nationalistes, le clanisme, l’affairisme, et tout cela.

On y trouve même un passage qui rappelle l’«affaire Clavier». Il dépeint un couple de continentaux fortunés qui occupe une somptueuse villa avec piscine, dans un patelin en bord de mer baptisé «Chuipadéçu» (rien que le nom…). Terrorisés à l’idée de voir leur propriété victime des bombinettes des nationalistes, ces continentaux n’arrêtent pas d’afficher ostensiblement leur amour pour la culture insulaire et rivalisent de complaisance envers les encagoulés.

Ainsi, d’une inscription placée bien en vue sur le portail d’entrée, ils ont baptisé leur demeure «U Ribellu», le nom d’une publication nationaliste proche du FLNC. Dans leurs conversations, ils prennent bien garde de ne pas parler des clandestins ou des terroristes mais des «patriotes» corses. A chaque fois qu’ils reçoivent des visites dans leur villa, le maître de maison lève les bras bien haut vers le ciel en hurlant: «Nous adorons la Corse!». «Nous adorons les produits corses!», scande pour sa part son épouse lorsqu’elle a des invités à dîner. En zakouskis, ce sont du vin «Cap Corse» et de la salsiccia qui sont servis. En plat principal, c’est de la pulenda de chataîgnes. Lors de ces réceptions, un seul fond musical possible: les polyphonies corses. Sur la table du salon de la maison, trônent bien en vue des ouvrages consacrés à Tino Rossi ou à Napoléon.

Victime de racket, obligé de payer l’impôt révolutionnaire, le couple n’en touche évidemment pas un mot à la police. Et de menace en menace, d’inquiétude en inquiétude, finit par rêver de déménager leur résidence secondaire dans le Pas-de-Calais. Dernière réplique de la BD: «C’est une île compliquée, pour un continental»

 

 

 

(*) Pour ceux qui n’auraient pas suivi – en même temps, est-ce possible de ne pas en avoir entendu parler? – : le limogeage lundi soir du grand coordinateur des forces de sécurité en Corse, pour ne pas avoir empêché, ce week-end, l’occupation «pacifique», par des manifestants nationalistes, de la villa du comédien Christian Clavier, grand ami de Nicolas Sarkozy.

31/10/2007

Un paradoxe

C’est la grande mode: on décentralise. Pour montrer à l’opinion (ou lui en donner l’impression, en tout cas) que, non, tout ne se décide pas à Paris, les plus hautes autorités du pays établissent de temps à autres leurs quartiers, et toute l’intendance annexe, en province. Ainsi, la ministre de la Ville Christine Boutin avait récemment déménagé tout son cabinet dans des préfabriqués à Lyon. On a aussi eu droit à un conseil des ministres décentralisé à Strasbourg. Rebelote ce mercredi, avec un nouveau conseil des ministres décentralisé, cette fois à Ajaccio.

 

Les dégâts collatéraux de cette politique ne sont pas minces. Ces derniers jours, par exemple, les médias français se sont amusés à calculer le coût environnemental de l’escapade corse du gouvernement, et le résultat est assez affolant.

 

Pour que l’ensemble du conseil des ministres puisse être transféré dans l’île de Beauté, il a fallu mobiliser, dans l’ordre: le Falcon présidentiel pour Nicolas Sarkozy et sa suite, un deuxième Falcon voyageant à vide pour servir en cas de panne du premier, le Falcon du Premier ministre François Fillon et de ses collaborateurs, un Airbus A319 pour les ministres,  un A310 pour les journalistes, et une quinzaine de vols militaires pour acheminer vers la Corse les unités de gendarmes et de CRS chargés d’assurer la sécurité du gouvernement. Sans oublier deux hélicoptères Puma pour transférer le Président et sa suite de Bastia à Ajaccio et une kyrielle de véhicules pour le cortège officiel.

 

Rien que les vingt vols d’avion aller-retour utilisés pour cette escapade insulaire ont consommé 900 tonnes d’équivalent CO2. Si l’on additionne tous les gaz à effets de serre émis, on arrive au double: 1800 tonnes au bas mot. Au total, ce conseil des ministres décentralisé aura donc occasionné en deux jours le rejet dans l’atmosphère de 2000 tonnes d’équivalent CO2. L’équivalent de ce que rejettent 200 Français sur toute une année.

 

C’est évidemment une facture environnementale impressionnante. Et un brin paradoxale, quelques jours à peine après l’achèvement en si grandes pompes d’un «Grenelle de l’Environnement» centré notamment sur la lutte contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre.