03.04.2012
Un déclassement, si symbolique
La nouvelle est passée largement inaperçue: noyée dans l'actualité de la campagne électorale. Elle a d'autant moins fait parler d'elle qu'il s'agit d'une info relative à la Culture. Or, les questions culturelles – comme les questions de politique internationale – sont, une fois encore, absentes des débats autour de ce scrutin présidentiel.
Cette nouvelle, c'est que, depuis dimanche en France, le livre, au sens générique, est déclassé. Il n'est plus officiellement considéré comme «un bien de première nécessité». Puisque, désormais, en vertu du dernier plan de rigueur en date, approuvé à l'automne, le livre ne bénéficie plus du taux ultra-réduit de TVA à 5,5%, qui est appliqué aux produits de première nécessité (les produits alimentaires comme le pain, ou le gaz et l'électricité, etc.). Dorénavant, un taux de 7% s'applique aux livres.
Preuve qu'il n'est pas très à l'aise avec cette décision si symboliquement lourde, dans cette France qui s'enorgueillit d'être le pays de l'exception culturelle: le gouvernement a reporté de janvier à avril l'entrée en vigueur de cette hausse de 1,5% de la TVA sur l'écrit. Cela, toutefois, n'a pas dissuadé le Syndicat de la librairie française de mettre le rétablissement de la TVA à 5,5% en tête des douze propositions qu'il a faites aux présidentiables.
Et cela n'a pas non plus calmé la Ville de Paris.
Dans la capitale, les librairies peinent déjà à survivre: face à l'explosion des loyers, face au grignotage des commerces des quartiers culturels traditionnels par les boutiques de fringues, Starbucks ou autres snacks à kebab. Hier, donc, la mairie a dit (ici) «sa très vive opposition» à cette mesure.
Sur laquelle, d'ailleurs, le socialiste François Hollande a déjà dit qu'il reviendrait, s'il était élu à l'Elysée le 6 mai.
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24.11.2011
Une croisade, une condamnation
Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).
Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.
C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.
Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.
Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.
En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».
Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».
Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, patrimoine, culture, arts, personnalités, dati
18.11.2011
Une (autre) apathie agaçante
Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.
Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils jugent blasphématoires.
L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.
Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.
A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.
Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.
12:09 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, cinéma, parti socialiste
17.11.2011
Une apathie agaçante
Mais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, là ou là).
Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.
On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.
Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.
Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.
Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.
Encore bravo.
(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.
En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.
11:04 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, cinéma, histoire, gouvernement, mitterrand
09.11.2011
Une libéra(lisa)tion
30 ans. Ce mercredi, cela fait exactement trente ans qu'a été signée, le 9 novembre 1981, la grande loi ayant mis fin au monopole d'Etat sur la radiodiffusion en France. Trente ans donc, jour pour jour, de libéra(lisa)tion de la bande FM.
Cela paraît tout bête aujourd'hui, mais, à l'époque, cela avait été un sacré chambardement. A la fin des années 70, en effet, chaque irruption sur les ondes, sans autorisation, d'une radio privée – qu'on appelait alors «radio pirate» – mettait l'Etat en fureur. Pour la petite histoire, et pour nos lecteurs les plus jeunes, les écologistes avaient été parmi les premiers à enfreindre le sacrosaint monopole, avec leur «Radio verte». Et, avant de devenir Président, François Mitterrand en personne avait joué les forbans radiophoniques: au titre de premier secrétaire du PS, avec «Radio Riposte», «la radio des socialistes».
Assez curieusement ce matin, trente ans donc après le Jour J, on n'a pas entendu la moindre radio commémorer cette libéralisation. Qui, en termes quantitatifs en tout cas – en termes qualitatifs, c'est plus discutable, trouve-t-on – est un vrai succès. En effet, la bande FM est plus que jamais plébiscitée dans l'Hexagone: plus la moindre de ses 6 000 fréquences n'est disponible, et pas moins de 43 millions de Français l'écoutent chaque jour.
11:36 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, médias, mitterrand, radios
03.08.2011
Un été qui va bousculer
Paris meurt, Paris se meurt, en août. C'est ce qu'il est de bon ton de se dire entre Parisiens chaque année à ce mois-ci. C'est ce qu'affirme aussi, en ce moment, une grande inscription murale taguée l'autre jour par un passant manifestement un brin chagrin, dans une ruelle pas loin de la maison. C'est à la fois vrai et pas vrai.
Vrai, car, effectivement, plus les jours passent et plus les commerces, un peu partout, baissent leur rideau métallique et y apposent le sacrosaint écriteau donnant rendez-vous en septembre. Vrai car, en effet, le trafic et donc les embouteillages et la pollution sont (un peu) moindres en ville depuis lundi. Mais pas vrai, car – on en a encore fait l'expérience hier soir – les métros aux heures de pointe sont toujours aussi insupportablement bondés et torrides. Pas vrai, car, le soir, les terrasses à Bastille et les bars dans le Marais sont toujours aussi courus. Par vrai, car il y a toujours autant de miséreux qui croupissent dans la Ville lumière, sur notre boulevard Richard Lenoir comme ailleurs.
Et pas vrai, car ils se passe tout de même encore des choses intéressantes dans cette capitale, du point de vue culturel. C'est le cas par exemple du festival «Paris Quartier d'été», qui, en plus, cet été, va assez joyeusement bousculer la tradition. Ainsi, parmi les cadres parisiens dans lesquels vont se dérouler ses spectacles, figure pour la première fois l'Hôtel national des Invalides: haut lieu de l'histoire militaire française, à la tradition sévère et rigide comme il se doit, et qui, jusqu'à présent, était plus abonné aux cérémonies martiales et solennelles qu'aux fulgurances de la création culturelle.
Du coup cet été, dans la Cour d'Honneur des Invalides, sous le regard de ses 60 canons de bronze rigoureusement alignés, une compagnie de danse style hip-hop va virevolter autour de barrières Vauban (*): ces barrières métalliques servant généralement à empêcher la foule à accéder à tel ou tel lieu. Comme le notent les organisateurs du festival, ce sera amusant de voir «comment un objet qui sert habituellement à canaliser, à limiter et à interdire peut devenir l'instrument de toutes les libertés et l'appui de tous les envols».
Ainsi encore, dans ce cadre si cocardier des Invalides, on poussera l'exotisme jusqu'à y entendre résonner les chants des Manganiyars: une communauté d'artistes venus du Rajasthan indien. Ainsi, toujours, à deux pas de l'Église du Dôme et de son tombeau de Napoléon Ier, on pourra revoir en plein air «Les Duellistes», le film de Ridley Scott: « fresque époustouflante, déroulée sur fond de guerres napoléoniennes, à admirer sous la statue de l’empereur».
Très bien, tout cela. Rien de tel, trouve-t-on, pour s'aérer l'esprit et pour avancer, que les contrastes et les confrontations – en culture comme ailleurs.
(*) Barrières dénommées de la sorte en français de France, mais, si on a bonne mémoire, appelées plutôt barrières Nadar en français de Belgique. Le français, langue plurielle: encore une illustration, après nos prunes d'hier.
11:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, paris, patrimoine
29.07.2011
Un appel à la censure
Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».
Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.
Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.
Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.
12:13 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musique, jeunes, immigration
28.07.2011
Un pastiche
Ce doit être la rançon de la gloire. Cela concerne Miss.Tic: l'artiste dont on parlait il y a deux jours, qui a participé à la confection du nouveau pochoir géant du quartier Beaubourg. Miss.Tic: la papesse du Street Art parisien, dont les pochoirs de jolies jeunes femmes délurées, aux petites réflexions spirituelles et décalées, font la pluie et le beau temps dans les rues ici, depuis le milieu des années 80. La rançon de la gloire? Miss.Tic a désormais un pastiche.
On en avait déjà entendu parler, mais on ne l'avait encore jamais constaté de visu: sur un mur ou l'autre, dans la ville. C'est désormais chose faite. L'autre soir, en effet, de retour du bureau, flânant le nez en l'air dans une ruelle de notre onzième arrondissement, on est tombé sur la soeur jumelle revendiquée de Miss.Tic: la délicieusement dénommée... Mass.Toc.
Le style des pochoirs signés Mass.Toc rappelle tant ceux de Miss.Tic qu'au début, on s'est demandé si ce n'était pas une auto-parodie de l'intéressée.
Un énième produit dérivé, en quelque sorte, imaginé par une artiste qui en a déjà tant (des fournitures scolaires à la maroquinerie, en passant par la lingerie). Une dernière trouvaille marketing d'une miss née dans la rue certes, mais à présent si institutionnalisée qu'elle figure sur des timbres-poste, est exposée dans les galeries de Saint-Germain des Prés (relire ici), ou sert d'identité visuelle à une marque de voitures de location.
Mass.Toc n'en est pas encore là, en termes de reconnaissance. Ses silhouettes, il est vrai, loin des sylphides de Miss.Tic, renvoient plutôt à... Beth Ditto, la gironde (et épatante) chanteuse de Gossip. Mais elles aussi aiment les jeux de mots en forme de clin d'oeil: «J'assure en chair», proclamait la dame aux formes généreuses le soir où on l'a croisée, sur son mur carrelé.
Mass.Toc: une critique de la plastique toujours si irréprochable des femmes de Miss.Tic? On lui souhaite, en tout cas, longue vie à elle aussi. Il n'y a pas de raison, trouve-t-on, que l'accès aux murs de Paris soit réservé à un certain tour de taille.
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26.07.2011
Un quartier que l'art embellit
Un peu de culture aujourd'hui: cela ne fait jamais de mal. D'autant qu'en l'occurrence, on est super en retard: les deux initiatives dont on va parler datent déjà de plusieurs semaines, mais, autres actus plus chaudes obligent, on n'avait pas encore eu l'occasion de les évoquer dans ce blog.
La première est une gigantesque oeuvre d'art qui trône désormais sur le parvis Beaubourg. Cette sculpture monumentale, baptisée «Horizontal», pèse la bagatelle de six tonnes. Elle est due à l'artiste américain Alexander Calder, qui, avant sa mort (en 1976), avait acquis une renommée mondiale avec ses immenses mobiles appelés aussi stabiles. «Horizontal», qui figurait depuis 1983 dans les collections du Musée national d'art moderne, n’avait plus été présenté au grand public depuis plus de vingt ans.
Calder, donc. On peut apprécier cet artiste, mais néanmoins juger que son choix n'est pas fou-dingue d'originalité. Ses oeuvres rehaussent déjà les parvis de quantité de centres culturels dans le monde. Et les Parisiens connaissent déjà ce sculpteur sur le bout des doigts: il y a plusieurs années, ils avaient été un demi-million à visiter la rétrospective que Pompidou lui avait consacrée. Peut-être, donc, aurait-on pu profiter de l'occasion pour populariser un artiste moins connu. En outre, on trouve «Horizontal» moins spectaculaire que «Le grand stabile rouge» (75 tonnes d'acier, 15 mètres de haut) du même sculpteur, installé depuis plus de 35 ans à La Défense. Mais sans doute ne faut-il pas faire la fine bouche: une oeuvre d'art qui sort des réserves d'un musée pour aboutir dans la rue, c'est toujours une bonne nouvelle.
La deuxième initiative artistique qui a vu le jour dans le quartier Beaubourg se distingue elle aussi par son gigantisme. Ce serait même le plus grand pochoir au monde. Son auteur, le surnommé Jef Aérosol, est un artiste lillois, vieux routier du Street Art français. Ce pochoir, haut de 22 mètres et large de 14, compte 350 m² de surface. Sa réalisation a demandé quatre jours de travail, nécessité 200 bombes aérosol, et mobilisé plusieurs autres artistes de rue réputés comme Blek le Rat ou Miss Tic. Selon la mairie du quatrième arrondissement, cet autoportrait monumental a vu le jour sur ce mur aveugle «à la demande des habitants du quartier Saint-Merri-Beaubourg, qui ne veulent pas laisser les pignons aux tags».
Baptisée «Chuuutttt!», cette fresque «est une invitation à se poser cinq minutes, à tendre l’oreille à des choses que vous n’avez pas l’habitude d’entendre. La ville, ce ne sont pas seulement les sirènes de police et le bruit des moteurs. C’est aussi les cris des enfants, le chant des oiseaux et la mélodie des langues des touristes, nombreux aux abords du Centre Pompidou».
Contiguë à la belle église St-Merri , «Chuuutttt!» fait face aussi à l'épatante fontaine Stravinski, de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Cette sculpture elle-même a été restaurée, elle qu'on avait si longtemps laissé pourrir, les pieds dans l'eau.
Mine de rien, donc, c'est tout un bout de quartier de Paris qui, grâce à l'art, progressivement s'embellit. Bien.
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06.07.2011
Un deuil
On est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.
Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.
Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.
Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.
En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.
11:21 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture
23.06.2011
Une histoire mouvementée
Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.
D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.
Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.
Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.
PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.
12:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : education, institutions, histoire, culture, personnalités, sarkozy
17.06.2011
Une épreuve, des résultats
«Ressentir l'injustice m'apprend-il ce qui est juste?», «L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même?», ou «L'art est-il moins nécessaire que la science?» Quelques-unes des questions existentielles qui figuraient donc parmi les sujets de dissertation du bac de philo, hier. Si vous voulez élire votre sujet préféré parmi ceux-ci et d'autres qui ont été proposés ces dernières années, une radio française organise une consultation: ici.
A l'occasion de ce bac 2011, la presse française, qui parfois peut être malicieuse, s'est amusée à aller retrouver les résultats qu'avaient obtenus à l'épreuve de philo les bacheliers qui, aujourd'hui, briguent ou pourraient briguer l'Elysée. Nicolas Sarkozy, décidément peu philosophe, n'a obtenu que 9/20 à cette épreuve. Jean-Louis Borloo, son ex-ministre et futur possible rival à droite pour 2012, a fait deux fois mieux: 18/20. Quant à François Hollande et Martine Aubry, aujourd'hui au coude à coude dans les sondages pour l'investiture socialiste, à l'époque déjà, ils étaient à égalité: 13/20.
Interrogé sur ses performances d'adolescent, le ministre de l'Education, Luc Chatel, a fait sangloter dans les chaumières en révélant qu'il n'avait pu passer cette épreuve de philo en juin, cette année-là. Car, à ce moment, il était hospitalisé pour une méningite foudroyante. Il passa donc le bac de rattrapage en septembre. Avec succès, mais cela ne l'a pas empêché, l'autre soir sur un plateau de télé, de sécher misérablement sur un problème figurant au programme des élèves de CM2 – pour les lecteurs non-français de ce blog: des écoliers âgés de 9 ou 10 ans. Ce n'était pourtant qu'une banale règle de trois.
Au moins ledit ministre sait ce qu'il lui reste à faire si d'aventure en 2012 il était, comme son Président, renvoyé dans l'opposition: un bon petit recyclage.
12:07 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, culture, gouvernement, elections présidentielles, sarkozy, hollande, aubry, borloo
31.05.2011
Un ministre embarrassé?
Cela manifeste pas mal en ce moment, à Paris. Aujourd'hui, les fonctionnaires. Hier, les travailleurs sans-papiers. Dimanche (à Bastille), les «Indignés». Et samedi après-midi, par le plus grand des hasards, on a assisté à une manif sous les fenêtres d'un ministre.
Dans les jardins du Palais Royal, on était en train de somnoler paisiblement au soleil, quand, tout à coup, retentirent des exclamations. Et les vigiles du ministère de la Culture – le cabinet du ministre Frédéric Mitterrand donne sur la place – de s'agiter dans tous les sens, leur talkie-walkie crachotant. Entre les colonnes de Buren, sous l'oeil médusé des touristes, avait fait irruption une poignée d'activistes visiblement assez énervés. «Mitterrand, dans l'arêne!», «Mitterrand, dans l'arêne!» C'était... des militants anti-corrida, protestant contre l'inscription, en avril, de la tauromachie au «patrimoine culturel immatériel» français. La corrida désormais culturellement assimilée à la tarte tatin, au fest-noz breton, à la tapisserie d'Aubusson, ou aux parfumeurs de Grasse: les défenseurs des animaux sont furax.
Leurs associations revendiquent 700.000 adhérents, tous électeurs potentiellement mécontents. Elles se prévalent du soutien de «people» télégéniques, outre Brigitte Bardot évidemment: de Cabu à Cavanna en passant par Mylène Demongeot, Yves Duteil, Geneviève de Fontenay, Mgr Gaillot, Albert Jacquard ou Tomer Sisley. Et ces anti-corrida comptent bien que, cet été, ce sujet bien de saison et même en or – les enfants y compris peuvent donner leur avis – anime les discussions en famille: à la plage, au camping à l'heure de l'apéro, ou aux terrasses des bistrots.
Difficile à gérer, cette agitation, pour des politiques à moins d'un an d'une élection présidentielle? On a déjà connu Frédéric Mitterrand plus à l'aise. L'autre jour, à la radio (ici), il a assez laborieusement évoqué le sujet. Et, ce matin, sur le site web de son ministère, en tapant «corrida» sur le moteur de recherche, on n'obtenait qu'une seule réponse: «Aucun article n'a été trouvé. Merci de renouveler votre recherche»...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, folklore, activisme, gouvernement
13.05.2011
Un Paris de cinéma
Le Paris de Woody. De Woody Allen. A peine le nouveau film du cinéaste américain a-t-il été projeté à Cannes, à peine vient-il de sortir en salles dans la capitale et en province, que la mairie de Paris a eu la bonne idée d'enrichir ses «Parcours Cinéma» d'un itinéraire de promenade Woody. Spécialement consacré à «Minuit à Paris».
Direction donc, si vous voulez retrouver l'ambiance des lieux parisiens apparaissant dans ce film, les berges de la Seine, le marché aux Puces de Saint-Ouen, ou le Pont Alexandre III – pont si «somptueux», s'enthousiasmait le cinéaste mercredi encore, dans «Le Figaro».
Sinon, pour bien terminer la semaine, une anecdote survenue hier dans la Ville lumière. Un incident spectaculaire, qui s'est déroulé dans notre quartier du onzième arrondissement, dans une des stations de métro que l'on emprunte tout le temps. Quel est le rapport? C'était une scène de cinéma: digne d'un film d'action. Mais qui, elle, s'est passée dans la vie réelle. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse bel et bien la fiction.
Léger frisson d'excitation: on vit si dangereusement, mine de rien, sur les grands boulevards de Paris.
11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, cinéma, culture
05.01.2011
Un anniversaire
Ca c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.
C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.
FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».
FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.
FIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.
FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.
11:24 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, musique, radio, personnalités
18.11.2010
Un défoulement
Loin de l'actualité politique si agitée en haut lieu dernièrement, autour du fameux remaniement, l'atmosphère est propice au défoulement, à Paris en ce moment. Imaginez cela: écouter les meilleurs DJ mixer dans les couloirs d'habitude si gris de la station de métro Châtelet, s'éclater sur un «dancefloor roulant» aménagé dans un «autocar night-club» sillonnant la ville la nuit, ou voguer sur la Seine des décibels plein la tête, grâce à une «croisière électro» sur les Bateaux parisiens. Tout cela, et quantité d'autres défoulements, c'est ce que proposent les «Nuits capitales»: «cinq nuits dédiées à la musique live et au clubbing dans de très nombreux lieux emblématiques de la scène parisienne» nocturne: «La Flèche d'Or», le «Batofar», le «Rex Club», etc.
Cette manifestation sautillante est l'occasion de revenir sur ces «Etats généraux de la Nuit» qui ont eu lieu le week-end dernier à Paris: une foule de débats sur l'animation nocturne dans la capitale française, qui ont réuni plus d'un millier de participants. Ils avaient été mis sur pied à la suite du succès (16.000 signatures) remporté par la pétition «Quand la nuit meurt en silence» (relire ici ou là), qui avait été lancée l'hiver dernier. Plein d'idées ont émergé de ces discussions, qui ambitionnent de redynamiser la vie nocturne tout en amoindrissant les nombreux problèmes de cohabitation qu'elle pose.
Parmi ces idées: la mise sur pied d'équipes de médiateurs chargés de patrouiller la nuit dans les quartiers animés, pour inciter les fêtards à faire moins de bruit, le renforcement de l'offre de transports publics la nuit (les bus du réseau «Noctilien»), la réduction des tarifs des parkings après minuit, ou l'installation de sonomètres dans plusieurs quartiers branchés et donc bruyants. Evoqués également: l'octroi d'aides publiques pour l'installation de fumoirs dans les établissements de nuit (pour éviter que les fumeurs fassent du bruit à l'extérieur), le renforcement de la médiation avec les riverains (particulièrement remontés contre les fêtards), ou l'expérimentation d'ouvertures tardives de certains parcs. Pour la mairie de Paris, la fête, la musique et la nuit «ont toujours fait partie de l'identité de la capitale». Pas question donc qu'en matière d'animation nocturne, Paris devienne une ville assoupie, voire morte, en comparaison de cités internationales elles si noctambules et festives comme Barcelone ou Berlin.
Reste à mettre toutes ces idées en pratique. Et si possible avant le printemps: la saison où, avec le retour des beaux jours, les hordes de fêtards reviendront envahir les trottoirs jusqu'à pas d'heure, empêchant de dormir d'innombrables Parisiens. De la mise en pratique, ou non, de ces bonnes résolutions dépendra aussi l'avenir de tout un secteur d'activité, le business de la nuit, dont le poids économique est non négligeable: Paris, ce sont 1000 débits de boisson disposant d'une autorisation d'ouverture la nuit et plus de 100 discothèques.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, art de vivre, musique, economie, culture
12.11.2010
Un irrespect
On ne va pas s'énerver longuement sur le sujet aujourd'hui, vu que l'autre jour déjà, dans ce blog, on avait pesté contre «l'effarante stupidité» des abrutis qui vandalisent des oeuvres d'art (si cela vous avait échappé, relire ici). Juste donc signaler, avec dépit, une info parisienne tombée pendant ce congé du 11 novembre: un quidam a volontairement dégradé une toile faisant partie de la grande expo Jean-Michel Basquiat en cours en ce moment au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.
La dégradation est «mineure»: quelques ratures au feutre, de quelques centimètres à peine, dans un coin du tableau. Celui-ci pourra donc sans doute être restauré, de manière à ce que ce geste anonyme ne soit bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Pas de dégâts fondamentalement graves donc. Mais, ce qui sidère ici, c'est le geste, c'est la démarche: s'attaquer à une oeuvre d'art. C'est d'une inculture et d'un irrespect absolument consternants.
11:33 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, arts, sécurité
08.11.2010
Une violence
Qui sait ces pochoirs vus ce matin sur des murs de notre onzième arrondissement y ont-ils été apposés samedi, en marge de la (dernière?) journée nationale de manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Ils dénotent par leur radicalité. «Les patrons ne comprennent qu'un langage: grève, blocage, sabotage», proclament-ils. Passons sur la grève et le blocage. Mais appeler carrément et ouvertement au sabotage, ce n'est tout de même pas rien. Pour rappel, en France, le Code pénal punit de 15 ans de prison et de 225.000 euros d'amende «le fait de détruire, détériorer ou détourner tout document, matériel, construction, équipement, installation, appareil, dispositif technique ou système de traitement automatisé d'informations ou d'y apporter des malfaçons, lorsque ce fait est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».Ce violent appel mural suit une salve d'attaques elles-mêmes très musclées contre le mouvement de contestation – ou en tout cas contre certaines formes qu'il a prises. Ainsi, Nicolas Sarkozy l'autre jour: «Nous ne pouvons pas laisser nos ports paralysés parce qu'une infime minorité ne comprend pas que les ports ne lui appartiennent pas. Ces dizaines et dizaines de bateaux en rade à Marseille, ce n'est pas acceptable». Ou Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, à propos des récentes actions de blocage de raffineries: «On ne peut plus continuer à mener des réformes dans notre pays avec un corps syndical qui utilise des méthodes d'un autre temps». Ou encore Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, au sujet de «la ligne du sabotage de l’économie française» qui, selon lui, est la ligne du syndicat communiste: «La CGT doit être rendue civilement et pénalement responsable de ses agissements. Nul en France n’est au-dessus des lois et surtout pas cette organisation, directement responsable, entre autre, du déclin des ports de Marseille, du Havre, et de bien d’autres entreprises». Ces pochoirs appelant notamment au sabotage se veulent-ils une réplique à ces propos?
Sinon, autre message mural-choc vu dans notre quartier et renvoyant à la lutte sociale, cette illustration due à un artiste de rue. On y reconnaît «La liberté guidant le peuple». Le fameux tableau d'Eugène Delacroix est représenté en train d'être taggué par un punk, reconnaissable à sa crête chevelue, qui y écrit rageusement un slogan lui aussi très définitif. Non le «No future» habituel des punks, mais un «No culture» qui, en lettres capitales colorées, attire bien sûr le regard du passant.«No Culture». En tombant sur cette fresque, on s'est dit que, heureusement il ne s'agissait que d'une vue de l'esprit d'un artiste de rue. Et que, heureusement, vu le contexte actuel, si peu folichon, il restait au moins cela à la France: la Culture. Puisqu'elle est censée adoucir les moeurs.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, culture, paris, arts
02.11.2010
Un doublé
800.000. C'est le chiffre qu'on a retenu de ce long week-end. Soit le nombre de Français en situation de surendettement. C'est à leur intention que sont entrées en vigueur lundi de nouvelles mesures gouvernementales autorisant notamment la justice à suspendre certaines procédures d'expulsion du logement: celles frappant les ménages surendettés dont la situation aurait, au préalable, été reconnue comme socialement prioritaire par une commission adhoc. C'est aussi parmi ces 800.000 personnes que figurent les bénéficiaires d'une autre mesure entrée en vigueur lundi, comme chaque premier jour de novembre: «la trêve hivernale», comme l'appellent y compris les autorités – le seul usage de ce terme guerrier prouve combien, sur le front du logement, la situation est tendue. Jusqu'au 15 mars, cette trêve interdit (de manière générale, elle: poursuites judiciaires ou pas) toute expulsion de locataires pour défaut de paiement du loyer. Selon l'association Droit au Logement (DAL), qui fête ses 20 ans, le nombre d'expulsions a globalement doublé en France ces dix dernières années. Plus de 11.000 personnes seraient chaque année jetées à la rue.
Comme chaque année, les associations ont, ces derniers jours, accusé les autorités d'avoir accéléré le nombre d'expulsions les dernières heures avant le 1er novembre: expulsions in extremis donc, avant que la trêve entre en vigueur. Le gouvernement réfute ces allégations; les préfets n'auraient reçu «aucune instruction» particulière. A Paris néanmoins, dans notre quartier même, un doublé d'expulsions a eu lieu dans les derniers jours d'octobre. Elles ont visé non des locataires proprement dits, mais des mal-logés ayant envahi puis squatté des immeubles vides.
D'une part, dans le Marais – si par extraordinaire cette expulsion si médiatisée vous avait échappé –, après un long feuilleton judiciaire, ont finalement été remis à la rue les 33 jeunes militants et travailleurs précaires de l'association «Jeudi Noir» qui, depuis un an, occupaient un superbe hôtel particulier de 1500m2 de la Place des Vosges, vide depuis des décennies. D'autre part, là dans une indifférence médiatique assez générale, dans le onzième arrondissement cette fois, rue du Chemin vert, a lui aussi été expulsé un collectif d’artistes qui s’était installé dans un hangar de 3.000 m2 désaffecté depuis huit ans.
Des expositions, des spectacles et des projections de films avaient régulièrement lieu dans ce hangar. Des tas d'autres squats d'artistes fonctionnent sur le même mode à Paris comme dans sa banlieue. En ce moment, d'ailleurs, un festival artistique baptisé «Fou» (comme «Festival des Ouvertures Utiles») bat son plein dans une quinzaine de ces espaces. Ouvert au grand public, il se veut la vitrine artistique de ces «lieux squattés, autogérés, ouverts, libres», et «une incitation à la folie, à la passion, à l’ouverture de brèches dans la réalité et la grisaille quotidienne». Si ça vous dit, le programme est ici.
12:07 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, police, social, culture, paris
15.10.2010
Une effarante stupidité
Les autorités travaillent bien, dans leur traque des mauvais plaisantins qui, dernièrement, par leurs fausses alertes à la bombe, ont semé pour rien la panique dans plusieurs endroits de Paris. Après l'arrestation, dont on a déjà parlé, de l'auteur de la fausse alerte ayant visé la gare Saint-Lazare, a été annoncé hier le placement en garde à vue d'un homme suspecté lui d'avoir commis rien moins que quatre fausses alertes. Les appels téléphoniques dont il est soupçonné ont visé deux fois la gare Montparnasse, ainsi que l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et un grand magasin.
Si sa culpabilité est reconnue, il a franchi, selon nous, un pas supplémentaire dans la stupidité. Déjà, sans raison mettre les forces de l'ordre sur les dents – qui plus est en ce moment – et effrayer les touristes visitant la tour Eiffel ou les clients d'un grand magasin, c'est assez crétin. Mais là, s'attaquer à un hôpital, cela dépasse l'entendement. Effrayer pour rien des malades voire des mourants: dans les deux cas des gens qui souffrent, donc. Perturber encore un peu plus le travail d'un personnel soignant qui déjà n'en peut plus car il est notoirement débordé. Sans doute faut-il être soi-même un peu malade dans sa tête pour en arriver là.
Une stupidité consternante de cet acabit, cela dit, on l'a vue aussi à l'oeuvre récemment, dans notre onzième arrondissement et dans un domaine qui n'a rien à voir avec le terrorisme: la culture. C'était à l'occasion du «Génie des Jardins»: une manifestation qui invite le grand public à la découverte de la création contemporaine, via des interventions d'artistes disséminées dans des espaces verts. Des abrutis en ont profité pour saccager plusieurs installations artistiques. «Scandaleuse agression», s'est légitimement indignée la mairie, pour qui, si «l’expression artistique, quelle qu’elle soit, peut déranger, rien ne peut justifier un geste destructeur, qui réduit au silence celui qui s’exprime».
On a toujours trouvé minables les actes de vandalisme en général. Parce qu'ils sont le sommet de la vacuité: ne portent aucun message politique de fond mais disent juste: «Je suis passé ici, j'ai cassé, à vous de vous débrouiller». Et parce qu'ils sont le comble de l'égoïsme: quelques secondes d'adrénaline éprouvées par le casseur au moment de détruire passent avant l'embarras que son geste va causer auprès des innombrables usagers de l'infrastructure qu'il a vandalisée. Mais là, quand en plus le vandalisme s'en prend à la création artistique, un pas supplémentaire nous semble franchi, comme avec la fausse alerte à la bombe dans un hôpital. Un pas effarant vers la débilité la plus profonde.
11:51 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, santé, arts, culture, paris



