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10/02/2014

Une page qui se tourne

Une page politique est en passe de se tourner, à Paris. Ce lundi, en effet, s'ouvre le dernier Conseil municipal de Paris qui sera présidé par le socialiste Bertrand Delanoë. Puisque celui qui est le maire de la capitale depuis 2001 a décidé de ne pas se représenter, aux élections municipales de mars.

«J'ai dirigé Paris pendant 13 ans, c'est lourd», a commenté l'intéressé, l'autre jour. Affichant l'air de celui qui n'est pas mécontent de tourner la page.

paris,personnalités,delanoë,elections municipalesSans doute le temps viendra, dans les deux mois, pour un bilan plus détaillé et argumenté de son action de maire.

Si néanmoins il faut l'esquisser d'emblée, en résumé, et de manière très impressionniste, on dira qu'on le trouve moyen. Passable. Mais guère plus, finalement.

Côté pile? Contrairement à son cliché de «belle endormie» (par rapport à d'autres capitales censées plus dynamiques, comme Londres, etc.), Paris est une ville qui bouge bien: en matière d'activités culturelles, de loisirs, de création, d'animation, de convivialité ou de proximité. Pas mal de bonnes choses ont été faites, depuis 2001, dans les domaines de l'urbanisme, de l'aménagement, du patrimoine ou des déplacements. Et la mairie s'est vraiment activée pour atténuer (à défaut d'avoir encore réussi à les régler) quelques gros problèmes structurels, tels le manque de logements à prix accessible ou la pénurie de places en crèches. Côté face, la pauvreté est encore plus visible dans le Paris de 2014 qu'elle l'était déjà dans le Paris de 2001. La ville est toujours aussi chroniquement polluée et embouteillée. La propreté ne s'y est pas spectaculairement améliorée. La sécurité quotidienne reste un sujet controversé. Et, globalement, la dualité s'est aggravée. Pour le formuler autrement: un art de vivre exquis, oui, demeure à Paris, mais, pour y avoir accès, il faut, plus que jamais, être nanti. Ceux qui ne le sont pas continuent donc à galérer. Avec, peut-être, la (maigre) consolation de le faire dans une ville qui, sans doute, reste l'une des plus belles du monde.

C'est peu dire, donc, que la prochaine équipe au pouvoir aura du pain sur la planche.

14/05/2013

Une appréciation ahurissante

Tant pis pour les amateurs de foot – les vrais: pas les hooligans. Ce matin, le ministre de l'Intérieur a ordonné l'annulation de la cérémonie qui devait avoir lieu ce soir, place de l'Hôtel de ville. Au cours de laquelle devait être présenté au public le trophée de champion de France remporté dimanche par le club de foot de la capitale, le PSG. En cause, les très gros débordements et incidents ayant eu lieu hier soir sur la place du Trocadéro et ses alentours, à l'occasion de réjouissances consacrées, déjà, à ce titre de champion.

Des abribus en miettes. Des vitrines de magasins en mille morceaux. Du mobilier urbain saccagé. Des poubelles et des voitures incendiées. Des touristes étrangers rançonnés dans leur car pris d'assaut par les voyous. Un fast-food dont le stock de burgers a été pillé. Et on en passe. Tel est le bilan d'une soirée qui était censée festive.

«Il y a eu quelques imbéciles qui ont failli troubler la fête, mais celle-ci n'est pas gâchée. Tout s'est bien passé. Les débordements ont été contenus». C'est la déclaration, proprement ahurissante, qu'a faite le maire de Paris, Bertrand Delanoë, hier soir.

Tous ces dégâts, une trentaine de personnes blessées, et une quarantaine de casseurs interpellés, mais, à part cela donc, «les débordements ont été contenus». On n'ose imaginer l'état du quartier du Trocadéro ce matin, si le maire avait jugé que tel n'avait pas été le cas.

13/05/2013

Une cohérence qui ne saute pas aux yeux

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë Puisque, dans la dernière note, on évoquait les mots qui fâchent, revenons sur ce dont on avait parlé l'autre jour (là): cette double tentative de renommer une rue de Paris. En l'honneur soit (version droite UMP) de la «Dame de Fer» Maggie Thatcher, soit (version Front de gauche) de son opposant républicain irlandais Bobby Sands. Un boulevard Maggie? Un square Bobby? Finalement, la majorité socialiste a tranché: ce ne sera... ni l'un, ni l'autre. En effet, selon la mairie, ce faire aurait été «utiliser les décès des uns et des autres à des fins politiques», dixit l'adjoint du maire, Bertrand Delanoë, chargé des questions internationales.

Pas de noms de personnalités politiques étrangères pour les rues de la Ville lumière? C'est la deuxième fois que la mairie ressort l'argument. Elle l'avait déjà fait en 2010, quand elle avait refusé qu'un lieu de la capitale honore la mémoire du Palestinien Yasser Arafat.

On ne peut pas dire que la cohérence du raisonnement saute aux yeux.

De longue date, Paris a une avenue Président Kennedy, dans le seizième arrondissement. Une avenue Franklin Roosevelt, près des Champs. Une avenue Président Wilson, à Iéna. Ou une avenue Winston Churchill, près du Grand Palais. En dehors du monde anglo-saxon, le libérateur vénézuélien Simon Bolivar et le révolutionnaire cubain José Marti ont respectivement nommé une place et une rue de la capitale. Il y a un jardin Yitzhak Rabin dans le parc de Bercy. Bertrand Delanoë lui-même, en 2010, inaugura une promenade Ben Gourion, le fondateur d'Israël, sur les quais de Seine. Et, quatre ans plus tôt, s'agissant d'une autre personnalité politiquement très controversée, il avait donné le nom de l'ex-pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. A l'époque, d'ailleurs, l'initiative avait suscité un gros chahut.

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë En revanche, il n'y aura donc pas de polémiques ou de manifs pour ou contre une esplanade Maggie Thatcher ou une allée Bobby Sands. A un an des prochaines élections municipales (il est prévu qu'elles se tiennent au printemps 2014), surtout ne se mettre personne à dos. Ne pas faire de vagues, en somme.

12/11/2012

Un débat enfiévré

Cela risque de chauffer à l'Hôtel de ville de Paris, ce lundi. En effet, les élus y débattent du plan de lutte anti-pollution automobile proposé par le maire, Bertrand Delanoë, et il est très controversé. Au passage, le sujet de la pollution atmosphérique dans la capitale demeure plus que jamais d'actualité. Vendredi encore, un épisode de pollution aux particules fines a été constaté, ayant déclenché la procédure d'information et d'alerte. Cela avait déjà été le cas à trois reprises pendant la dernière semaine d'octobre, pour le même polluant.

Le plan Delanoë n'y va pas de main morte. Il envisage d'interdire la circulation en ville des véhicules les plus anciens (plus de 10 ans d'âge pour les deux roues, à partir de 17 ans pour les autres véhicules), de réduire la vitesse de circulation sur le périphérique, de multiplier les zones 30, ou d'instaurer un péage sur les autoroutes encerclant la capitale. Les pro-voitures et l'opposition de droite sont, bien sûr, vent debout contre ce plan. Qui, selon eux, confirmerait plus que jamais la transformation de Paris en "boboland": repaire d'urbains aisés et non motorisés – par opposition aux banlieusards n'ayant d'autre choix que de prendre chaque jour le volant.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que se remette à mousser ce débat si enfiévré sur la place de la voiture dans la capitale – un sujet qui a déjà pas mal agité les esprits ici, dernièrement (relire ici ou ).

Cela dit, le plan Delanoë n'est doublement pas exempt de pures postures de com'. D'une part, nombre de mesures qu'il propose ne sont même pas de la compétence de la ville (mais de l'Etat). D'autre part, si d'aventure il est un jour mis en application, en tout ou en partie, le maire lui-même ne sera plus là pour essuyer les plâtres: ce sera après 2014, donc après les prochaines élections municipales, dès lors sans Bertrand Delanoë – puisqu'il a déjà annoncé qu'il ne briguerait pas un troisième mandat.

26/03/2012

Un air (une fois encore) irrespirable

La chose est passée complètement inaperçue dans les médias ces dernières semaines, la campagne présidentielle et la tuerie de Toulouse ayant monopolisé l'actualité. Il n'empêche, à Paris au même moment, dans un registre beaucoup plus prosaïque et heureusement moins dramatique, un phénomène continue de prendre des proportions alarmantes.

On veut parler de la vague de pollution atmosphérique qui frappe en ce moment la capitale et sa région. Ces dernières semaines, jour après jour et quasi quotidiennement – et ce matin encore: voir ici – , les autorités chargées de surveiller la qualité de l'air ont dû déclencher la procédure d'alerte de la population, à cause du dépassement des seuils relatifs à tel ou tel polluant (les particules fines ou les poussières, le plus souvent). Ces alertes concernent au premier chef les personnes souffrant d'une pathologie chronique, les asthmatiques, les insuffisants respiratoires ou les cardiaques.

Vendredi, dans un communiqué énervé, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a sermonné le gouvernement. «Il est temps de passer de la parole aux actes. Depuis le début de l'année, le nombre de jours de pollution atmosphérique a dépassé les seuils d'alerte dans la métropole parisienne deux jours sur cinq. Face à cette situation, le gouvernement parle mais n'agit pas. C'est une illustration de la politique environnementale mise en œuvre depuis cinq ans, faite d'annonces jamais suivies d'effet». La capitale réclame notamment que, les jours d'alerte, la vitesse de circulation maximale autorisée soit baissée de 20 km/h et/ou que le trafic de transit des poids lourds soit interdit dans Paris intra muros.

Selon les relevés, en 2011, 2,7 millions d'habitants de la région parisienne ont été potentiellement exposés à des concentrations trop élevées de particules. C'est près de deux fois plus qu’en 2010. Quant à la pollution au dioxyde d'azote, elle touche 3,1 millions d'habitants, dont neuf Parisiens sur dix.

C'est cela aussi, la vie quotidienne dans la «Ville lumière»: pas tous les jours ni forcément reluisante, comme on le voit.

05/12/2011

Une concurrence, ou l'autre

paris,transports,environnement,delanoë,sarkozyOn l'a trouvé un peu aigri, Bertrand Delanoë ce matin, sur une radio. Le maire de Paris, qui a son caractère, déteste qu'on lui fasse de l'ombre. Ce matin, il donne le coup d'envoi à la grande marotte de son deuxième mandat: Autolib, le service de location de voitures électriques en libre-service. Mais, au même moment, se déroule un autre grand raout médiatique concurrent: celui que Nicolas Sarkozy consacre au RER, à La Défense. N'appréciant guère cette «indélicatesse», le maire de Paris ne s'est pas fait prier pour, ce matin, faire savoir que Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'avaient «pas mis un euro» dans ces nouvelles rames du RER que le chef de l'Etat va inaugurer en grandes pompes...

Parlant de concurrence, cet Autolib ne fait pas que des heureux. Les compagnies de taxi et les sociétés de location de voitures sont folles de rage, et ont d'ailleurs porté plainte au tribunal administratif. Selon elles, on est clairement en présence d'une distorsion de concurrence. En effet, l'opérateur privé d'Autolib (le groupe Bolloré) a été aidé à hauteur de 250 millions d'euros par les pouvoirs publics parisiens pour développer ce service.

Les risques de concurrence, c'est aussi une des raisons pour lesquelles les Verts n'adorent pas ce dispositif. Selon eux, les Parisiens, pour leurs petits trajets en ville, risquent désormais de délaisser Vélib pour Autolib. «Cela remet en cause des années d'efforts pour réduire la circulation automobile», dans un centre-ville déjà notoirement sursaturé de bagnoles.

La concurrence, toujours, c'est ce que dénonce aussi le lobby des automobilistes parisiens. Pour l'instant, on ne compte que 250 stations Autolib à Paris et dans sa proche banlieue. Mais, à terme, le nombre de ces stations à l'allure de bulles à verre sera multiplié par quatre, qui proposeront au total 3000 véhicules de location. Autant d'engins qu'il faudra bien garer quelque part, donc autant de places de stationnement en moins destinées à l'automobiliste moyen – pour qui se garer dans Paris relève déjà si souvent du cauchemar quotidien.

20/07/2011

Une autre prohibition

Même si c'est un brin incongru vu la météo du moment, demain jeudi c'est la grande ouverture de «Paris Plage», dixième opération du nom. La préfecture de police, toujours elle – et qui, décidément, multiplie les mises en garde, ces jours-ci – vient d'en profiter pour rappeler quelques règles de bienséance aux futur(e)s estivant(e)s parisien(ne)s.

 

Textuellement: «L’été est là, le thermomètre monte, les tenues se font plus légères, mais Paris peut-il être un nouvel Eden pour Adam et Eve? Et bien non! Toute tenue qui laisserait entrevoir les parties génitales ou la poitrine constitue une exhibition sexuelle». Dès lors, toute personne n'ayant pas «un comportement conforme aux bonnes mœurs et à l’ordre public» s'expose à une amende de 38€. Voire carrément à une amende de 3 750€ et à deux mois de prison, si son «attitude équivoque» permet de soupçonner un «racolage passif».

 

Voilà prévenues notamment les adeptes du monokini.

 

Il y a quelques étés, en juillet 2006 précisément, l'écologiste Denis Beaupin, adjoint au maire Bertrand Delanoë, avait dénoncé un tel règlement vestimentaire, selon lui d’un autre âge. «Sur une plage, il est normal que les gens souhaitent profiter du soleil et porter un string ou se mettre en monokini!», s'était-il indigné. Dans la foulée, sur le site même de «Paris Plage», une poignée de manifestantes avaient, la poitrine découverte, protesté contre cette prohibition. Ce qui leur avait valu, outre une convocation à la police, un franc succès médiatique.

 

Cinq étés plus tard, pas le moindre raffut de la sorte. S'assagirait-on, à Paris?

28/04/2011

Une «vaguelette»

A propos de ces Tunisiens qui campent en bordure du périph', dont on parlait hier matin: la police a procédé à une vague d'interpellations parmi eux, pour le deuxième soir consécutif, hier soir. A l'heure précise où les associations étaient en train de leur distribuer à manger – vieille technique: les clandestins de la région de Calais peuvent en témoigner. Ces coups de filet ont l'air de mettre en fureur Bertrand Delanoë. Un peu partout dans les médias, le maire de Paris répète combien il trouve «moche», voire «minable», cet activisme policier. La préfecture, elle, se justifie (*). Répond qu'elle ne fait jamais que son travail. A savoir: interpeller, placer en garde à vue, puis reconduire à la frontière tous ceux qui, faute de titre de séjour en règle, n'ont «pas vocation» – comme le dit si joliment l'administration – à demeurer sur le territoire français.

Mais à la mairie de Paris, on trouve ces interpellations policières d'autant plus «choquantes» qu'en fait de «vague» d'immigration en provenance du monde arabe, dont l'Europe se dit victime, il ne s'agirait, aux yeux de Bertrand Delanoë, que d'«une vaguelette». 20.000 à 25.000 migrants à tout casser et pour toute l'Europe, à comparer par exemple aux quelques centaines de milliers d'exilés libyens que la Tunisie, elle toute seule, a dû accueillir ces dernières semaines.

Au fond, s'agissant du poids de l'immigration en France, cette appréciation émanant d'une source (l'OCDE) qui ne passe pas pour être d'extrême-gauche, et qu'a relayée en début de semaine (ici) un média (le quotidien «Les Echos») qui ne passe pas pour être anti-sarkozyste primaire. «Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l'un des pays européens qui accueillent le moins d'étrangers». Précisément, cela donne 18 immigrés pour 1.000 personnes en Suisse, 10 en Norvège, 8 en Italie, 6 au Royaume-Uni, et... 3 en France.

(*) Préfecture de police qui, au passage, n'en fait pas des tonnes, en termes de communication, sur ces coups de filet. Alors qu'à longueur de journées, elle inonde la presse de communiqués à propos du moindre fait d'armes de ses pandores, concernant ce dossier tunisien, elle n'a pas encore (à cette heure, et sauf erreur) diffusé le moindre laïus aux médias. Le signe d'un léger malaise?

29/03/2011

Un grand vide

shadock.jpgPour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.

La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops»  –  et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.

Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.

Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.

clown.jpgDu coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.

Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.

28/03/2011

Un satisfecit

Ne reparlons pas des élections cantonales: le taux d'abstention astronomique enregistré à nouveau hier a encore confirmé que les Français eux-mêmes n'en avaient pas grand-chose à faire. Parlons d'une élection qui, en revanche, à l'époque, avait passionné le pays, elle. Et d'un scrutin dont on vient de fêter l'anniversaire. C'était le 18 mars 2001. A la suite des élections municipales, Paris basculait à gauche pour la première fois de son histoire. Le socialiste Bertrand Delanoë s'installait dans le fauteuil de maire, mettant un terme à 25 ans de chiraquie.

Dix ans plus tard, l'intéressé a fêté très discrètement cet anniversaire. Pas de cérémonie ni de flonflons: à peine un édito dans la gazette municipale. Le maire y «mesure tout ce qui reste à faire» dans la capitale, reconnaît que «trop de Parisiens doutent et souffrent» encore aujourd'hui, convient que «plus que jamais», il est nécessaire «que Paris retrouve une certaine humanité».

Début mars, un sondage Ifop a indiqué que les Parisiens lui donnaient globalement satisfectit pour ses dix ans d'action. Sa gestion est saluée par 67% des sondés – et y compris par 42% des électeurs de droite. Avec, toutefois, quatre points noirs, jugés majoritairement insatisfaisants: le logement, la circulation, la sécurité et la propreté.

En tant que Parisien moyen, on est plutôt d'accord avec ce constat. Hormis peut-être en ce qui concerne l'insécurité, qu'on ne ressent pas vraiment au quotidien – mais on vit dans un quartier central relativement aisé, et donc assez tranquille. Et hormis en ce qui concerne les embarras de circulation; on n'a pas trop d'avis sur la question vu qu'on est mauvais juge: non-motorisé, comme la majorité des Parisiens. On est plutôt d'accord avec cette évaluation sondagière, à ceci près qu'une grande absente manque, à nos yeux, dans cette liste de choses à améliorer.

C'est, au quotidien, ce qui a le plus ostensiblement empiré ces dix dernières années à Paris. Mais sans doute est-ce aussi le cas dans d'autres grandes métropoles du monde et, assurément, il serait injuste de l'imputer au seul Bertrand Delanoë: l'Etat central est le premier concerné. Cet échec si ostensible, cette horreur si présente en permanence à la vue de n'importe quel Parisien un minimum attentif à ce qui se passe autour de lui, c'est, évidemment, la pauvreté.

28/02/2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

09/02/2011

Un feu vert

C'est parti! Hier, le Conseil municipal de Paris a donné son feu vert au projet urbanistique (voir ici, en simulation icono notamment) qui, ces prochaines années, modifiera le plus visiblement la physionomie de la Ville Lumière – sans oublier, tout de même, l'immense rénovation du Forum des Halles, qui ne fait que commencer. Il s'agit de la «piétonisation» (partielle) des voies sur berges: cette interminable autoroute urbaine qui, depuis l'ère Pompidou, fait chaque jour longer la Seine par des dizaines de milliers de véhicules (4000 par heure, exactement).

Bertrand Delanoë a eu toutes les peines du monde à convaincre (vaguement) la préfecture de police et, derrière elle, l'Etat central. Qui craignent comme la peste que, rive gauche en tout cas, la limitation de la place accordée à la circulation en contrebas des quais reporte sur ceux-ci un trafic infernal, et donc d'inextricables embouteillages et une effarante pollution. Pour la même raison, la droite et les milieux d'affaires parisiens enragent. Hier encore, l'UMP a dénoncé «l’amateurisme» d’un «projet aux conséquences néfastes» et d'une majorité qui, à la marge, a modifié «dans l’urgence et dans la précipitation son projet», mais sans que les problèmes de report de circulation aient, selon elle, été réglés. La droite dénonce encore, outre un «gâchis financier» (près de 40 millions d'euros), «l'absence totale de concertation». La Ville, en revanche, fait état d'«un certain nombre de réunions publiques, d’ateliers, d’expositions», ainsi que d'une consultation via le web. Et d'un sondage, qui a montré que 71 % de la population approuvait cette grande réalisation, soit «un large plébiscite». Ce à quoi l'UMP a réagi en consultant à son tour les habitants du 7ème arrondissement (dont l'ex-ministre Rachida Dati est la maire): eux, en revanche, ont voté massivement contre le projet.

Bien sûr, le résultat de ces consultations est si prévisible qu'il en perd de son intérêt. Quand, dans les 1400 sondés du panel de l'Ifop, figurent 1100 Parisiens, il ne faut pas s'étonner que l'avis global ressortant de l'enquête soit favorable au projet, puisque la majorité des Parisiens ne sont pas motorisés. Et quand votent les habitants du si chic 7ème, il ne faut pas s'étonner que ce soit contre le socialiste Delanoë, puisque cet arrondissement est un bastion de la droite.

Mais cela montre, en tout cas, que si d'aventure la droite revenait au pouvoir à Paris aux prochaines élections municipales (2014), elle pourrait revenir sur cette réalisation, et rouvrir donc, en tout ou en partie, les voies sur berges aux voitures. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'à Paris, on n'a pas fini d'en parler.

03/09/2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».

22/07/2010

Une (double) évacuation

Joli – ou affreux, c'est selon – catapultage de l'actualité, ces derniers jours à Paris. Par catapultage, on entend la rencontre fortuite entre deux actualités survenant au même moment, n'ayant théoriquement rien à voir l'une avec l'autre, mais dont la coïncidence fait sens. Ces deux actualités parisiennes ont la Seine pour point commun.

D'une part, le long des voies sur berges, vient d'être lancée la neuvième édition de Paris Plages. Comme chaque fin juillet, pour laisser la place à l'animation vedette de l'été, les flots incessants de voitures qui, à longueur d'années, monopolisent les rives du fleuve ont été repoussés sur les quais en hauteur. D'autre part, autre évacuation, au même moment et aux abords du même fleuve, mais cette fois sur le bras de la Seine qui, passé le port autonome de Bastille, devient le canal Saint-Martin. Là, sous l'oeil des CRS, ont été évacués non des bagnoles, mais des gens: les quelque 200 «habitants» du mini-bidonville qui, depuis plusieurs mois, avait été érigé sous deux ponts de ce canal. Là, sous ces tentes et abris de fortune, (sur)vivaient quelque 200 étrangers, pour la plupart venus d'Afghanistan et candidats réfugiés politiques. La mairie comme le tribunal administratif ont estimé que ce campement posait de graves problèmes de salubrité et de sécurité publiques. Les exilés ont été orientés vers des centres d'hébergement.

L'installation de Paris Plages et l'évacuation d'un bidonville. «Ca n'a rien à voir», a bougonné le maire Bertrand Delanoë, agacé d'être interrogé par les médias sur la coïncidence entre ces deux événements. Dans le compte-rendu télévisuel de ces deux actualités, en effet, on a pu voir que cela n'avait rien à voir. D'un côté, on parlait sable chaud et palmiers, brumisateurs et ambre solaire, murs d'escalade, compétition de skate et ateliers smoothies. C'était le visage le plus souriant, le plus insouciant, le plus léger de l'été à Paris. De l'autre côté, on parlait hygiène et insalubrité, exil et asile, errance et désespérance. C'était la face la plus glauque de la réalité estivale dans la capitale. A la télé, de JT en JT, on passait sans crier gare d'un sujet à l'autre. Avec une fluidité et une décontraction totalement décomplexées. C'était vraiment bien, cette aisance télévisuelle. C'était très confortable.

01/04/2010

Une précarité

Le maire de Paris traîné devant un tribunal, qui plus est par des agents de la ville. Hier après-midi, 137 vigiles, affectés à la surveillance de bâtiments administratifs dans la capitale, ont annoncé avoir porté plainte contre Bertrand Delanoë devant le tribunal administratif. Outre des dommages et intérêts, ils lui réclament la bagatelle d’un million d'euros pour une histoire de non-paiement de primes salariales. Anecdotique? Ce n’est pas la première fois que la capitale connaît des conflits sociaux motivés par la colère de salariés (du public comme du privé) revendiquant soit des hausses de leur salaire qu’ils considèrent comme de misère, soit des améliorations a priori basiques de leurs conditions de travail. Et cela en dit long sur la précarisation d’un certain salariat dans la Ville lumière, au-delà du cliché paillettes qui est souvent accolé à celle-ci. Rapide tour d’horizon de quelques mouvements sociaux de cet ordre.

 

On en avait parlé à l’époque (relire ici, par exemple): des employés de Cyclocity, la filiale du groupe Decaux gérant Velib, ont dû en arriver à faire grève pour simplement obtenir des locaux pourvus de sanitaires ou des équipements corrects (gilets de sécurité, sac à dos costauds pour transporter leur matériel de réparation des vélos, etc.).

 

Plus récemment, on a vu des cuisinières scolaires, chargées de préparer les repas pour les gosses déjeunant à la cantine de leur école, descendre dans la rue et y brandir des pancartes dénonçant leur sort salarial. Certaines de ces contractuelles (donc non titularisées), employées à temps partiel évidemment contraint, gagnaient à peine… 300€ par mois.

 

Plus médiatisé, car relatif à un lieu emblématique de la capitale, un mouvement concernant des vigiles a déjà touché, il n’y a pas si longtemps, la tour Eiffel. Ces agents de sécurité réclamaient par exemple des tenues chaudes pour l’hiver: blousons, bonnets, etc. Ou des vestiaires séparés pour les femmes et pour les hommes – à l’époque, les employés des deux sexes devaient se changer dans un seul et même local mis à leur disposition par leur employeur, sur le Champ de Mars. Ils demandaient aussi des temps de pause allongés: «On travaille debout et dehors pendant sept heures et demie, avec seulement une demi-heure de pause par jour», avait témoigné, à l’époque, un de ces vigiles. Qui réclamait aussi un coup de pouce salarial: il disait gagner 1150€ par mois.

 

Depuis, ces agents de sécurité ont globalement obtenu satisfaction. Et n’ont donc pas eu besoin, comme à présent leurs collègues travaillant pour la ville de Paris, de traîner leur employeur devant un tribunal. Ce qui n’empêche évidemment pas que l’on compte toujours d’innombrables Parisiens, travailleurs précaires, n’ayant d’autre choix que de devoir (essayer de sur)vivre dans cette ville avec des salaires mensuels autour de 1150€, voire moins parfois. Vu le coût de la vie souvent affolant ici, on s’est d’ailleurs toujours demandé comment ils faisaient.

 

C’était la note non-glamour de la semaine. C’est cela aussi, Paris.

09/06/2009

Un raz de marée

tournesol.jpgOn savait déjà que, sociologiquement, en habitant dans le onzième arrondissement à la frontière du troisième (côté Haut Marais), on vivait au cœur parisien de «Boboland»: la capitale des bobos. Dimanche soir, cela s’est confirmé politiquement également. Dans ces deux quartiers parisiens, le résultat des élections européennes est même saisissant. Et constitue un camouflet retentissant pour le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

 

En effet, les Verts sont désormais - et de loin - la première force politique dans ces deux arrondissements. Les Parisiens de notre quartier ont même voté massivement pour la liste de Daniel Cohn-Bendit: 34,8% dans le onzième et 36,7% dans le troisième. Ce sont les plus beaux scores réalisés par les Verts dans la capitale française. Sensation supplémentaire: avec respectivement 17,9% et 17,1% des voix seulement, le PS y est désormais historiquement rélégué à la troisième position, derrière l’UMP. Ajoutons que, dans notre quartier, la gauche radicale (la liste anticapitaliste d’Olivier Besancenot + celle du Front de gauche) a totalisé 10% des suffrages. Dimanche donc, à «Boboland», il restait décidément peu de progressistes pour voter socialiste.

 

C’est une triple gifle pour Bertrand Delanoë. D’abord, parce que c’était un de ses proches qui menait la liste socialiste en région parisienne: l’eurodéputé sortant (et réélu, tout de même…) Harlem Désir. A cet égard, peut-être le résultat socialiste aurait-il été moins mauvais dans la capitale si le casting avait été différent: si ce parti y avait investi à la tête de sa liste son porte-parole Benoît Hamon, qui la réclamait et est identifié comme étant plus à gauche qu’Harlem Désir. Ensuite, parce que les mairies d’arrondissement du onzième et du troisième sont aux mains de socialistes. Enfin, parce qu’aux dernières élections municipales à Paris, les Verts avaient lourdement régressé par rapport aux socialistes.

 

Comme quoi, en politique, rien n’est jamais définitivement acquis. Y compris dans les bastions, fiefs et autres baronnies.

18/11/2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

10/10/2008

Un chiffre

Puisqu’on parlait de fric hier, poursuivons dans le même registre. Et évoquons ce qui fut assurément la mauvaise nouvelle de la semaine, pour le portefeuille des Parisiens. Oh, bien sûr, dans cette ambiance médiatique de fin du monde, elle paraîtra bien anodine. Il n’empêche, elle va peser sur le pouvoir d’achat des habitants de la capitale, qui n’en demandaient sans doute pas tant.

A sa décharge, il avait prévenu. Avant les élections municipales de mars, Bertrand Delanoë avait joué cartes sur tables: il avait annoncé une hausse des taxes municipales, après six ans de stabilité, s’il était élu. Une hausse légère, avait-on retenu. Mais le chiffre sorti cette semaine de la mairie de Paris est vraiment tout sauf léger: c’est en fait de 9% que les impôts, d’un coup, vont augmenter. En moyenne, pour un locataire, cela correspondra à un surcoût annuel de 35€ (le prix d’un resto, en gros). Pour un propriétaire, ce sera 140€  (un lunch à une table étoilée, pour le coup). Ce n’est tout de même pas rien.

L’opposition, estomaquée, a dénoncé «un coup de massue». Selon elle, la mairie a besoin de ce surplus de recettes fiscales pour financer «la politique de poudre aux yeux de Bertrand Delanoë, qui a laissé filer les dépenses de la mairie». L’Hôtel de ville, pour essayer de mieux faire passer la douloureuse, promet en tout cas que le produit de ces nouveaux impôts ne sera pas affecté à l’augmentation du nombre de fonctionnaires municipaux. Celui-ci restera stable, à 48.000 personnes.

Tiens, arrêtons-nous un instant à ce chiffre. 48.000, donc. Cela confirme qu’à elle seule, la ville de Paris (sous Delanoë comme du temps de Chirac ou de Tiberi) emploie davantage de personnel que toute la Commission de Bruxelles (32.000 fonctionnaires), voire que l’ensemble des institutions européennes (40.000), dans les 27 pays de l’Union. C’est décidément une réalité et un chiffre qu’il faudrait plus souvent rappeler à tous ces politiciens français eurosceptiques, qui ne cessent de dénoncer le poids et la gabegie financière de la bureaucratie eurocrate.

20/05/2008

Un transport

Décidément, cela ne va pas très fort en ce moment, dans les transports. Côté train, aucun Thalys ne circule ce mardi entre la France et la Belgique, pour cause d’un mouvement de grève des cheminots belges. Et jeudi, c’est en France cette fois que les transports seront à l’arrêt, à l’occasion de la journée syndicale d’action sur l’emploi et les retraites. Côté bateau, la plupart des ports de l’Hexagone – et bientôt les dépôts de carburant ? –  sont bloqués par les marins en colère contre la flambée du prix du gasoil. Côté voiture, ce n’est pas la joie non plus: même les automobilistes roulant au gasoil sont désormais dans la galère puisque, entendait-on ce matin à la radio, l’écart moyen entre le litre du gasoil et le litre d’essence sans plomb n’est plus que de trois centimes. Côté taxi, enfin, ce matin c’était carrément l’énorme pagaille à l’aéroport de Roissy, à la suite d’un mouvement de protestation des taxis officiels contre les clandestins.

Trains, bateaux, bagnoles et taxis en carafe: comparativement, le vélo, lui, se porte comme un charme. C’est particulièrement vrai à Paris. Avant même de fêter son premier anniversaire (en juillet), Vélib’ compte désormais 70.000 utilisateurs par jour en moyenne et vient de dépasser le cap des 20 millions d’utilisations. Les Vélibeurs sont globalement ravis, si l’on en croit un sondage réalisé par la mairie de Paris, qui pointe 94% d’opinions tout à fait ou plutôt satisfaites. C’est évidemment une façon très avantageuse de présenter les choses, et qui cache mal une réalité plus nuancée. En effet, six utilisateurs de Vélib sur dix trouvent qu’il y a des progrès à faire en ce qui concerne la disponibilité des places pour déposer son vélo en station et la disponibilité des vélos attendant le client en station. Et près d’un sur d’eux (44%) réclame des améliorations en ce qui concerne l’état général des vélos.

Les deux premières récriminations reposent le problème de l’insuffisante régulation de Vélib. En clair, et en gros, tous les Parisiens empruntent et remettent les vélos globalement aux mêmes endroits et aux mêmes heures de la journée, ce qui entraîne en permanence des stations soit désertes, soit qui débordent. Parmi les stations désertes, la centaine (sur les 1200) qui sont situées sur les hauteurs de Paris: au sommet de la Butte Montmartre, des Buttes-Chaumont, de Ménilmontant ou de Belleville. Il fallait s’y attendre: autant les cyclistes sont ravis d’emprunter des Vélib’ pour dévaler ces collines (d’où des stations bondées à leurs pieds), autant la plupart des Parisiens préfèrent les remonter en métro plutôt qu’à vélo. Cela oblige les régulateurs de Decaux à remonter à longueur de journées des camions entiers de bicyclettes au sommet de ces collines.

Du coup, la mairie va essayer d’arranger cela en lançant, courant juin, un nouveau système de gratification. Cela s’appelle «V’+» et cela fonctionne avec des «stations bonus». Ces stations sont précisément celles installées en hauteur de Paris. Les Vélibeurs qui y rendront leur vélo se verront récompenser de leurs efforts physiques par un crédit temps gratuit et cumulable.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy s’était fait élire avec son slogan «Travailler plus pour gagner plus». En mai 2008, Bertrand Delanoë en invente une déclinaison parisienne, sportive et écologique: «Pédaler plus pour payer moins». Cet homme, décidément, ira loin.

05/05/2008

Une grande réussite

990a38778ecba3510f484c690d76dfd2.jpgAprès avoir été aisément réélu maire de Paris en mars dernier, Bertrand Delanoë se lance dans sa grande opération de conquête du Parti socialiste, les yeux probablement rivés sur l’élection présidentielle de 2012. Cette semaine, un texte de réflexion dans la perspective du congrès du PS en novembre. Puis un livre d’entretien dans lequel il dévoilera sa vision pour la France. Ensuite une campagne de com’ en béton et une tournée de promo dans tout le pays. Et enfin une journée d’étude fin mai rassemblant tous ses soutiens. La mécanique Delanoë est bien rôdée et, dans les semaines à venir, elle va montrer toute son efficacité.

En même temps, cette machine peut aussi connaître de spectaculaires ratés. Vient d’en témoigner, sur le plan européen, le sort qui a été réservé ces derniers jours par les électeurs aux trois personnalités politiques auxquelles le maire de Paris a ostensiblement apporté son soutien.

Ce fut d’abord, à la mi-avril, Walter Veltroni, longtemps maire de Rome et grand ami du maire de Paris, que ce dernier est venu soutenir dans la dernière ligne droite de sa campagne en tant que leader de la gauche italienne aux élections législatives. Résultat: Veltroni a été battu à plates coutures par Silvio Berlusconi. Ce fut ensuite le ministre italien de la Culture Francesco Rutelli, qui était candidat de la gauche aux municipales de Rome et auquel Bertrand Delanoë a officiellement apporté son soutien. Résultat: lundi dernier,  après vingt ans de gestion de gauche, la mairie de Rome a basculé à droite, tombant même aux mains d’un post-fasciste, Gianni Alemanno. Ce fut enfin, la semaine dernière, Ken Livingstone, le maire travailliste de Londres, qui briguait un troisième mandat et auquel, le dernier week-end d’avril, Bertrand Delanoë avait rendu visite. Résultat: ce week-end, «Ken le Rouge» a été spectaculairement battu par son opposant conservateur.

La diplomatie du maire de Paris affiche donc une grande réussite: trois soutiens, trois déroutes. Bertrand Delanoë n’y est sans doute pas personnellement pour beaucoup. Il n’empêche, ne serait-ce que sur le plan symbolique, son ego et son plan de carrière auraient sans doute espéré autre chose avant de se lancer à son tour dans la bataille.