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19/12/2014

Un oubli malencontreux

Puisqu'on évoquait hier Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie n'a pas trop fait le fier, cette semaine au Parlement. Lors de son audition consacrée à son fameux projet de loi libéralisant le travail de nuit et du dimanche. Il a dû convenir, assez penaud, d'avoir commis «une erreur».

En effet, l'étude d'impact accompagnant sa loi – pourtant volumineuse: elle compte plusieurs centaines de pages – est muette sur un point. On n'y trouve pas le moindre mot relatif à l'impact de cette loi sur les femmes. Or, bien plus que les hommes, elles sont les premières concernées par ce travail dominical que le gouvernement entend développer. «Rien, c'est carrément le néant!», s'est énervée la députée PS présidant la Délégation aux droits des femmes: la commission qui a pour mission d’informer, et au besoin d'alerter, le Parlement sur l'impact de la politique gouvernementale sur les droits des femmes et l’égalité hommes-femmes. «J'en suis surprise, voire fâchée!», a-t-elle lancé sans ménagement au ministre.

Cette omission est d'autant plus incompréhensible qu'en France – mais cela doit être le cas aussi dans d'autres pays –, 56% des salariés travaillant le dimanche sont des femmes. Dans les zones urbaines sensibles, une jeune femme sur cinq travaille le septième jour. Et le secteur économique du commerce, premier concerné par la Loi Macron, emploie du personnel qui est très majoritairement féminin.

Le ministre a dit ses regrets et présenté ses excuses pour cet oubli malencontreux. Il a promis de le corriger dans les plus brefs délais.

Cela paraît la moindre des choses.

18/12/2014

Une légèreté confondante

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron Ce serait un comble, mais, visiblement, on ne peut pas l'exclure. La France s'apprête à déréguler le travail du dimanche, notamment pour concurrencer les multinationales de l'e-commerce comme Amazon, qui réalisent un gros chiffre d'affaires dans l'Hexagone le septième jour, mais, grâce à de savants mécanismes d'optimisation fiscale, paient peu ou pas d'impôts dans ce pays. Tant qu'à faire, juge le gouvernement, mieux vaut que les Français adeptes du shopping du dimanche aillent dépenser dans des grands magasins pas virtuels qui, eux, sont fiscalement plus civiques. Pourquoi pas, sur le principe économique. Sauf que, dans les faits, cette libéralisation du travail dominical pourrait bénéficier à des grands magasins qui, comme leurs concurrents sur le net, usent et abusent de l'optimisation fiscale.

Pour preuve, la réponse à une question qui, hier à l'Assemblée nationale, a été posée au ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, par la députée de Paris Sandrine Mazetier (PS). «Avez-vous au moins la certitude que les propriétaires du Printemps Haussmann, eux, paient bien des impôts en France?». Question pas idiote. Le fameux grand magasin du Boulevard Haussmann est désormais la propriété du Qatar (*). L'an dernier, il a été racheté par un fonds d'investissements basé au Luxembourg, une coquille vide mystérieuse voire opaque, derrière laquelle on trouve probablement l'émir en personne, le cheik al-Thani, et/ou son clan.

La réponse du ministre a été d'une légèreté confondante. Sourire en coin, il a balayé l'interrogation d'un revers de la main. «Concernant le Printemps Haussmann, n'ayant pas les dernières informations, je me garderais de tenir des propos enregistrés, qui pourraient me retomber dessus. Je prends note de votre point et l'indiquerai à Christian Eckert et Michel Sapin», les ministres du Budget et des Finances.

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron On croit rêver. Emmanuel Macron ignore donc – puisqu'on ne va pas lui faire le procès d'intention de la dissimulation – quel est le régime fiscal du groupe Printemps et de son vaisseau-amiral, le Printemps Haussmann.

Certes, un ministre de l'Economie ne doit pas forcément être au courant de tout. Mais là, tout de même. Le groupe Printemps, ce sont 16 grands magasins, 3400 employés, et un chiffre d'affaires de plus d'1,5 milliard d'euros. Et le Printemps Haussmann, ce sont 40.000 visiteurs par jour – le double, pendant la période des fêtes de fin d'année. Ce n'est donc pas l'épicerie du coin, dont les affaires n'ont pas d'intérêt pour les gouvernants.

Encore bravo.

 

(*) Le Qatar qui, au passage, depuis l'ère Sarkozy, bénéficie en France d'une convention fiscale particulière, l'exonérant de tout impôt sur les plus-values immobilières.

10/12/2014

Une vigueur matinale

Personnalités, Social, Economie, GastronomieL'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit l'adage. Nicolas Sarkozy l'avait recyclé en boucle, quand il était à l'Elysée. Il y célébrait à longueur de journées «la France qui se lève tôt». Par opposition subliminale (à peine) aux chômeurs paressant au lit en d'interminables grasses matinées, sûrs de pouvoir bénéficier de «l'assistanat» si généreusement dispensé par l'Etat.

Le «patron des patrons», Pierre Gattaz, doit être fan de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce matin, il a annoncé que, vendredi, il se lèverait à l'aube carrément. Ce jour-là, en effet, le président du Medef, première organisation d'employeurs française, va visiter le marché matinal de Rungis, en banlieue parisienne. C'est le plus grand marché de gros au monde. Et, de l'avis du syndicat patronal, le commerce de gros est vraiment une «filière d’excellence»: «Qualité et diversité des produits, TPE et PME travaillant ensemble, forte exposition internationale... autant d’atouts à valoriser et qui montrent que notre pays à tout pour réussir».

Concrètement, le «patron des patrons» débarquera dès 5h00 du matin au «Secteur de la Marée». Puis, il enchaînera avec le «Secteur des produits carnés». Au «Pavillon de la triperie», «une démonstration de découpe de tête de veau» est d'ores et déjà prévue. Viendront ensuite le «Pavillon de la volaille et du gibier», puis les aires du marché qui sont dévolues aux produits laitiers et avicoles, aux fruits et légumes, et enfin à l'horticulture, aux fleurs coupées et à la décoration.

Personnalités, Social, Economie, GastronomieLe Medef a fixé rendez-vous à la presse à... 3h45 tapantes, pour couvrir cette visite. La viande n'étant pas du tout notre fort en général et encore moins la triperie, a fortiori au saut du lit, on hésite quelque peu à s'accréditer.

Mais on est très impressionné par la vigueur et l'appétit matinaux de ce si vénérable héraut de «la France qui se lève tôt».

21/10/2014

Un paysage complètement chamboulé

Saisissant enchaînement fortuit de circonstances.

La mort cette nuit – qui plus est dans des circonstances si rocambolesques – de Christophe de Margerie, qui était à la tête de l'empire pétrolier mondial que constitue le groupe Total. Quelques heures plus tôt, l'annonce inopinée de la démission, pour raisons de santé, de Luc Oursel: le grand patron du géant nucléaire français Areva. Il y a quelques jours, l'officialisation que ne serait pas reconduit dans ses fonctions l'électricien Henri Proglio, PDG d'EDF. Et son cousin gazier GDF Suez qui commence à s'agiter à propos de l'âpre succession à venir de son n°1, Gérard Mestrallet.

Subitement, en quelques jours à peine, c'est donc l'ensemble de la haute hiérarchie du paysage énergétique français qui se retrouve complètement bouleversée.

20/10/2014

Un inventaire à la Prévert

Demain mardi, les députés voteront la partie recettes du projet de budget 2015. Parmi toutes les recettes qui, l'an prochain, iront à l'Etat, ne figureront plus quelques impôts supprimés car jugés pas rentables: le coût de leur collecte était plus élevé que ce qu'ils rapportaient à l'Etat.

Ces prélèvements bientôt défunts sont un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, une taxe sur les trottoirs et les pavages. Elle date... de 1845. Et permet aux autorités municipales procédant à des travaux d'aménagement de demander aux riverains d'y participer financièrement. Cet impôt n'est plus appliqué que dans une trentaine des 36.000 communes de France, et ne rapporte que 600.000 euros par an. Autre fiscalité dont les jours sont comptés: une cotisation de solidarité sur les graines oléagineuses. Depuis 1969, elle frappe les producteurs de colza et de tournesol. Ou une taxe sur les appareils automatiques, flippers, bornes d'arcade et machines à sous (une vignette de 5 euros par appareil). Ou encore une taxe pour la gestion des eaux pluviales urbaines, et une redevance prélevée auprès des titulaires de concessions de stockage souterrain d'hydrocarbures.

Au total, la suppression de ces taxes à «rendement nul ou faible» mais à «coûts de gestion élevés», dixit le gouvernement, représentera un manque à gagner de 29 millions d'euros, pour l'Etat. A comparer aux 292 milliards d'euros de recettes qu'il a budgétés pour 2015. Ce n'est donc qu'une goutte d'eau dans la mer des finances publiques. Et la supprimer est considéré comme nécessaire pour «simplifier le droit et rationaliser la législation fiscale».

Il y a encore du pain sur la planche, en la matière. Selon l'Inspection des finances, existent en France 192 taxes inefficaces ou peu rentables. Parmi elles, 179 ont un rendement inférieur à 100 millions d'euros, contre 3 seulement en Allemagne et aucune au Royaume-Uni.

16/10/2014

Une cible immuable, si facile

Les autorités européennes: une cible décidément classique, confortable et immuable, pour les responsables politiques français. On l'a encore vu hier. Jour où Paris a remis à Bruxelles son projet de budget 2015, qui risque bien de se prendre quelques réprimandes pour cause de réduction insuffisante des déficits publics.

Ainsi, la députée socialiste Valérie Rabault – pas n'importe qui dans le domaine, puisqu'elle est la rapporteure générale du budget – a évoqué d'une manière un rien dénigrante l'examen comptable européen auquel la France va devoir se soumettre, ces deux prochains mois. «Bruxelles va nous juger sur un indicateur un peu techno, avec des méthodes mathématiques un peu compliquées», a-t-elle ironisé. Cela rappelait furieusement des propos mémorables de Jean-Pierre Raffarin, en 2003. Quand il était Premier ministre (UMP) et quand la France, déjà, ne respectait pas ses engagements budgétaires européens. A l'époque, il avait réduit ces impératifs à «des équations de bureaux comptables».

2003-2014. D'une décennie à l'autre et d'une famille politique à l'autre, donc, pas grand-chose ne change à Paris, dans les discours à propos de Bruxelles.

Et, bien sûr, ni le Parti socialiste aujourd'hui, ni la droite hier ne rappellent que ces fameux engagements budgétaires européens que l'Hexagone critique et viole si fréquemment, c'est lui-même qui les a souscrits, en toute liberté et connaissance de cause.

 

PS:Ce qui n'empêche évidemment que, sur le fond, on peut parfaitement penser ce qu'on veut des politiques menées au niveau européen, et singulièrement de ce dogme de la réduction, à marche forcée, des déficits publics.

02/10/2014

Une si magnanime bienveillance

Puisqu'on parlait hier du secteur de la grande distribution, la distinction «Enseigne préférée» des Français vient d'être attribuée, concernant l'année 2014. Pour élaborer ce palmarès des «Enseignes de l'année», 6000 consommateurs ont été interrogés. Ils ont été invités à se prononcer sur l'attractivité d'une centaine d'enseignes, en prenant en compte des critères comme les prix de vente, le service et le choix disponible dans les magasins, etc. Le lauréat pour l'année 2014 est Picard. Le n°1 français du surgelé – plus de 900 magasins dans l'Hexagone – détrône la filiale française du géant américain de la vente en ligne Amazon. En 2010 et en 2011 déjà, Picard avait occupé la première place de ce classement.

On ne ne permettra pas de railler la mémoire courte du consommateur français moyen. Puisqu'il n'a sans doute pas oublié la retentissante affaire des lasagnes supposément de boeuf, mais qui étaient en fait à base de viande de cheval. En 2013, cette vaste fraude alimentaire avait fait grand bruit, en France comme dans nombre de pays européens On remarquera donc juste que ce consommateur est visiblement aussi magnanime que bienveillant. Lui qui, un an après, semble avoir déjà totalement pardonné à une des enseignes qui, à l'époque, avaient été éclaboussées par le scandale – on se souvient bien des écriteaux penauds qui étaient alors affichés dans tous les magasins Picard, se confondant en excuses d'avoir dû retirer des rayons de tels produits alimentaires, aussi improbables mais ayant échappé à tous les contrôles y compris dans une maison se disant pourtant très soucieuse de la qualité de ses produits.

01/10/2014

Un sens de l'à-propos

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionBien joué, bien vu. Hier, pendant toute la journée, tous les médias ont évoqué la grande journée de protestation des professions réglementées contre le projet de réforme les concernant, et notamment la «Journée portes closes» des pharmaciens, qui s'opposent entre autres à la vente de médicaments (sans ordonnance) en grandes surfaces. Après avoir pris note de cette actualité, les Français sont rentrés chez eux, ont allumé leur poste de télé, et... ont pu assister à la contre-offensive du groupe Leclerc.

Ce géant de la distribution (100.000 salariés et 650 magasins dans l'Hexagone) s'est livré à un véritable matraquage publicitaire. Pendant toute la soirée, sur toutes les chaînes de télé, le même spot a été diffusé. Il met en scène un couple, Madame revenant d'avoir fait les courses chez Leclerc, et Monsieur lui demandant si elle a bien pensé à y acheter ses médicaments (des patchs à la nicotine, notamment). Elle répond que non, parce que l'enseigne n'a toujours pas reçu l'autorisation d'en vendre. Pourtant, ce faisant, le consommateur pourrait «se soigner moins cher», pourtant un docteur en pharmacie ayant fait 6 ans d'études est à la tête de chacune des parapharmacies Leclerc, etc., etc. Slogan final: dans cette France qui persiste à octroyer aux pharmaciens le monopole de la vente des médocs, «on marche sur la tête!»

Il y aurait pas mal de choses à dire sur le fond de ce message publicitaire, qui se décline aussi sous forme de pétition (). Mais, sur la forme, force est de reconnaître qu'il est assez efficace. Et avoir relancé cette campagne hier précisément – et si massivement – , témoigne d'un réel sens de l'à-propos. Ou comment tenter de contrebalancer, dans la tête de dizaines de millions de téléspectateurs, tous les discours en sens inverse qu'ils ont, pendant toute la journée, lus, vus et entendus dans tous les médias, à propos de la journée d'action des pharmaciens.

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionVu le tarif des spots de pub en soirée, cela dit, cette contre-offensive a dû coûter très cher. On imagine que Leclerc veillera bien à ne pas répercuter le coût de cette campagne sur les prix de vente qu'il pratique dans ses supermarchés. Sinon, pour le coup, avec ses 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires, on marcherait vraiment sur la tête.

09/09/2014

Une «expérience unique»

Cela se passe aujourd'hui et demain mercredi. Une douzaine de chefs d'entreprise effectuent une stage d'«immersion militaire», au Centre national d'entraînement commando des forces armées. Pendant deux jours, ces grands patrons vont être «placés en milieux exigeants et difficiles», et «mis en situation de dépassement de soi», se réjouit le ministère de la Défense. Objectif de l'opération? «Tester leur gestion du stress, leur résilience face à l’épreuve, leur esprit d’équipe, et leur capacité à exprimer leur leadership dans un univers méconnu». Est notamment prévu un vol en avion de chasse Alpha Jet: «expérience unique», qui «leur permettra de mettre à l’épreuve leur concentration, leur compréhension rapide de la situation et leur capacité de prise de décision». A terme, leur sera également proposé un séjour en immersion sur le porte-avions Charles de Gaulle.

Si l'on considère le monde des affaires comme un terrain de guerre et la gestion d'une entreprise comme un combat, une telle initiative, baptisée «Parcours Défense-Entrepreneurs», se défend.

Une autre optique aurait pu être que, vu les relations si souvent conflictuelles régnant dans le monde du travail – a fortiori par ces temps de crise –, ce n'est pas tant d'un stage paracommando, plein de testostérone et de kaki, dont les entrepreneurs ont besoin. Mais... de cours de yoga, d'ateliers de relaxation, et de séminaires de résolution des conflits. Histoire de détendre un peu, voire de pacifier, l'atmosphère.

04/09/2014

Une excellente affaire, probablement

Personnalités, Littérature, Economie100.000€? 250.000? 400.000? Ils sont multiples et contradictoires, les échos circulant sur le montant de l'à valoir qu'a touché Valérie Trierweiler, en guise d'avance sur les recettes de son fameux bouquin. De même, plusieurs chiffres sont cités, concernant le pourcentage du produit des ventes qui lui reviendra, au titre de droits d'auteur. L'éditeur et l'intéressée ne communiquant pas – ce qui est parfaitement leur droit – on en est réduit aux supputations. Malgré leur inévitable lot d'imprécision, elles permettent de déduire que ce coup littéraire sera probablement une excellente affaire financière, pour son auteure.

Le livre est vendu 20€. Il a été tiré à 200.000 exemplaires. Certes, rien ne dit qu'il s'en vendra autant: l'an dernier, le bouquin de Cecilia Attias ex-Sarkozy ne dépassa pas les 55.000 exemplaires vendus. Habituellement, n'importe quel quidam négociant un contrat avec un éditeur doit se contenter de droits situés sous la barre des 10% du produit des ventes, avec, souvent, une gradation à mesure que celles-ci augmentent. Par exemple: 6% des recettes pour les 10.000 premiers exemplaires vendus, 7% de 10.000 à 20.000, 8% au dessus des 20.000, et ainsi de suite. Selon les chiffres circulant, l'ex de François Hollande, elle, a négocié des droits dépassant largement les 10%, voire atteignant les 15%.

Dès lors, si l'on s'en tient à la fourchette basse, 100.000 exemplaires vendus et des droits à 10%, à raison de 20€ le livre, cela lui rapporterait 200.000€. Ce qui n'est tout de même pas rien.

Du coup, ceci (l'appât du gain) explique-t-il cela (le bouquin)? On vous laisse juges.

27/05/2014

Un grand train de vie

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 auraient donc été truqués, et pas qu'un peu. Le but de la manoeuvre? Eviter que ces dépenses électorales n'explosent trop, au risque de dépasser le plafond légal des dépenses maximales autorisées (22 millions d'euros, concernant chacun des deux participants au second tour). Certaines de ces dépenses auraient donc été payées, non sur le budget de campagne du candidat, mais par son parti: l'UMP. Qui, pour ce faire, aurait commis pour une dizaine de millions d'euros de fausses facturations.

Hier soir, dans une mémorable confession télévisée (ici), le directeur adjoint de la campagne du candidat Sarkozy, et en même temps bras droit du patron (démissionnaire) de l'UMP, Jean-François Copé, a personnellement confirmé l'existence d'un tel mécanisme. Et l'a justifié par «les dérives» des dépenses électorales sarkozystes de 2012. En substance, elles partaient tant en vrille qu'il fallait absolument trouver une solution comptable – fût-ce illégale – pour les ramener artificiellement à la baisse.

Le candidat Sarkozy a-t-il donc été exagérément dispendieux, il y a deux ans? A-t-il jeté l'argent par les fenêtres, lors de sa campagne élyséenne? En tout cas, on se souvient qu'à l'époque, on avait été frappé combien cette campagne menait grand train de vie.

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Pour ne prendre que ce seul exemple – pas forcément représentatif de l'ensemble –, c'était saisissant pour tout ce qui concernait les dépenses relatives aux réceptions, aux traiteurs, à l'intendance, etc. On l'avait raconté dans ce blog, à l'époque (relire ): côté Sarkozy, c'était petits fours, miniardises et mets fins alors que, côté Hollande, c'était beaucoup plus frugal.

Si le restant du budget de sa campagne a été dépensé à l'avenant, l'ex-Président a du souci à se faire. Et on n'a pas fini d'entendre parler de cette affaire.

21/05/2014

Une «reprise mitigée»

Paris, Economie, Emploi, Social, TourismeL'autre jour, dans ce blog, on écrivait combien les bons chiffres de la fréquentation touristique à Paris étaient importants, s'agissant d'un secteur économique vital pour la «Ville lumière». C'est ce que met également en lumière la dernière note de conjoncture que l'Insee (Institut français de la statistique) a publiée hier, consacrée à l'emploi à Paris et dans sa banlieue. A sa lecture, on perçoit combien ces chiffres corrects de la fréquentation touristique sont une bonne nouvelle, tant les derniers mois de 2013 n'avaient pas été folichons. Ainsi, «entre juillet et décembre 2013, les nuitées ont diminué de 0,6% par rapport à l’an passé. L’activité pâtit de la forte diminution de la fréquentation hôtelière de la clientèle française (-9,1% en un an sur la période de juillet à décembre 2013), qui n’est pas entièrement compensée par la fréquentation plus importante de la clientèle étrangère (+6,3%)».

Malgré cette fréquentation hôtelière «en demi-teinte fin 2013», «le secteur de l’hébergement (touristique) et de la restauration reste dynamique (1700 emplois supplémentaires, soit +0,6% en un an)». Cela tombe d'autant mieux que, dans nombre de secteurs de l'économie parisienne, cela patine. Dans le commerce, l'emploi «se stabilise», guère plus. Dans la construction neuve, «l’activité est orientée à la baisse». Dans l'industrie, «l'emploi continue de reculer» (61.000 postes perdus ces six dernières années).

Au total, à la fin 2013 et tous secteurs confondus, l’emploi n'a progressé que de 0,3%, dans la capitale. Logiquement, «la progression du nombre de demandeurs d’emploi n’a que faiblement ralenti», les chiffres du nombre de demandeurs d'emploi parisiens (875.000) dépassant même «les niveaux record enregistrés au cours des quinze dernières années». Ce qui place le taux de chômage parisien à 8,6%, en diminution trimestrielle très infime (-0,1). Conclusion? La capitale ne bénéficie que d'une «reprise mitigée» de son économie.

Et il n'est pas sûr que les Parisiens s'en consoleront en apprenant qu'en province, la situation de l'emploi est encore moins enviable (il y a régressé de 0,4%), et/ou que le taux de chômage en France métropolitaine dans son ensemble (9,8%) est encore plus élevé qu'à Paris.

15/05/2014

Un trésor, précieux

Paris, Economie, Tourisme, International, BelgiqueC'est le chiffre de la semaine. 29,3 millions. Soit le nombre de touristes que Paris a accueillis, en 2013. Parmi eux, 12,1 millions de visiteurs étrangers. Dont, pour l'anecdote, 281.300 Belges, en recul (-5%) par rapport à 2012. Selon l'office du tourisme de la capitale française, qui vient de publier ces données, cela confirme que la «Ville lumière» demeure bel et bien la première destination touristique mondiale. Il y a quelques mois, la question avait agité la campagne électorale pour les municipales (relire ici).

Alors, on est le premier à avoir toujours trouvé un peu agaçant, voire puéril, que Paris insiste sans cesse, aussi lourdement, et sur un ton aussi cocardier, sur son leadership mondial, sur le plan touristique. Mais, si cette ville est obligée en permanence d'en faire autant, en la matière – et notamment en termes de communication –, c'est parce que le tourisme est un secteur absolument vital, pour l'économie locale. Cette attractivité touristique mondiale et l'énorme manne financière qui en découle sont un trésor précieux, que la ville doit veiller en permanence à entretenir.

En guise d'illustration, ce chiffre, qui est généralement peu connu à l'étranger, mais que les Parisiens, eux, et au premier chef leurs élus, ne perdent jamais de vue: dans la capitale française, un emploi sur six – ce qui n'est pas rien, a fortiori en cette période de crise – dépend directement du tourisme. En d'autres termes, l'attractivité touristique mondiale de Paris viendrait à baisser, des dizaines de milliers d'emplois seraient directement menacés. Et probablement davantage encore d'emplois indirects.

23/04/2014

Un business florissant

Paris, Société, Institutions, EconomieC'était il y a un an, jour pour jour. Le 23 avril 2013, après des mois de débats fiévreux et de manifestations d'anthologie, le Parlement français adoptait de manière solennelle et définitive le «mariage pour tous».

Un an plus tard, Paris est sur la première marche du podium des villes de France où le plus grand nombre de «mariages pour tous» sont célébrés. Dans la capitale, 15% de tous les noces conclues en mairies concernent des couples de même sexe, soit trois fois plus que la moyenne nationale. Dans certains arrondissements, ce chiffre explose. Ainsi, il atteint 40% dans le quatrième arrondissement – et pour cause, il comprend le «Marais gay».

Dans ce quartier, les commerçants, depuis un an, se frottent les mains. En effet, la loi Taubira a accru encore un peu plus leur chiffre d'affaires, qui était déjà très florissant. Qu'il s'agisse des bijouteries (les alliances), des pâtisseries (les pièces montées), des agences de voyage (les voyages de noces) et même des librairies (les ouvrages sur l'homoparentalité, paraît-il, se vendent comme des petits pains, depuis avril 2013).

Le business «gay-friendly»: voilà au moins un pan de l'économie que François Hollande aura réussi à redresser, depuis son arrivée à l'Elysée.

Sans doute est-ce déjà cela.

14/04/2014

Une si maigre consolation

Paris, Tourisme, Social, Economie, PatrimoineUne adresse de grand luxe en moins à Paris, dès aujourd'hui. Puisque c'est ce lundi que le Lutetia, le célèbre hôtel de la rive gauche, ferme ses portes. Pour trois années de gros travaux – l'installation d'une piscine, en sous-sol, est notamment prévue.

On l'avait relaté, à l'époque (relire ): cette fermeture a fait l'objet d'un véritable bras de fer social. Qui a débouché sur plusieurs manifestations dans et aux abords du si sélect établissement – du jamais vu, auparavant. Le contentieux n'est d'ailleurs toujours pas réglé. A la mi-mai, le comité d'entreprise et le syndicat CGT traîneront en justice la direction de l'établissement (un grand groupe isréalien). Ils ne décolèrent pas contre «le dilemme» devant lequel, selon eux, a été placé le personnel de l'hôtel. A savoir, «accepter une baisse dramatique des salaires pendant les travaux, avec l’acceptation du chômage partiel de longue durée. Ou accepter le plan de départ "volontaire", sans certitude d’être réintégré».

En attendant, les quelque 200 employés de l'hôtel auront la consolation de pouvoir acheter à prix préférentiel... des peignoirs de bain siglés Lutetia ainsi que d'autres articles à l'effigie du célèbre établissement, avant que le tout soit mis en vente publique.

Un peignoir siglé. Quelle belle attention. Quel merveilleux signe de générosité. On croit rêver.

10/03/2014

Un éternel malaimé

Paris, Transports, Histoire, Tourisme, International, Economie Sans tambours ni trompettes, l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle vient de fêter son quarantième anniversaire. En effet, c'est le 8 mars 1974 qu'il avait été inauguré.

Quarante ans plus tard, Roissy-CDG, ce n'est vraiment pas rien, en termes de masse. Quelque 62 millions de passagers accueillis chaque année, le deuxième aéroport le plus fréquenté d'Europe (après Londres-Heathrow), le septième au monde, 150 compagnies aériennes l'utilisant, 116 mouvements d'avions chaque heure, deux avions par minute aux heures de pointe, 100.000 emplois directs et indirects.

Indéniable succès quantitatif, donc. Et... énorme problème qualitatif. Ce blog a plusieurs fois eu l'occasion de l'écrire, ces dernières années (relire ici, ou ): Roissy-CDG fait partie des aéroports les plus détestés et décriés, dans le monde entier.

Mais, a-t-on vu, lu et entendu de toutes parts, dans les médias ces derniers jours, les nouvelles infrastructures inaugurées à l'occasion de ce quarantième anniversaire sont vraiment impeccables.

On se réjouit de découvrir cela, en partant en vacances cet été – mais cela paraît encore si loin.

06/03/2014

«Une forme inquiétante d'abandon»

Social, Pauvreté, Economie80% des maires de France considèrent que, ces dernières années, la pauvreté et l’exclusion se sont étendues, dans leur commune. En 2008, ils n'étaient que 51% de cet avis. Six ans plus tard, ce constat d’une progression de la pauvreté et de l'exclusion est généralisé, quelle que soit la taille de la municipalité concernée. C'est ce qu'il ressort d'un sondage TNS-Sofres publié cette semaine. Il a été réalisé pour le Secours catholique, qui lance une campagne baptisée «Ne laissons pas disparaître la fraternité». 

Plus de neuf maires sur dix (91%) considèrent qu'au cours de leur mandat, ils se sont bougés pour renforcer le lien social dans leur commune. Pour l'ONG, cela «montre que le lien social reste une priorité pour les maires, et donc que la bataille pour la fraternité n’est pas perdue».

C'est une façon positive et optimiste de voir les choses.

Il est vrai que, pour garder le moral, mieux vaut ne pas s'étendre sur deux autres constats faits (là) par l'association.

social,pauvreté,economieD'une part, la plupart du temps, les actions anti-pauvreté des maires ne sont que «ponctuelles ou ciblées», et non précédées par une réelle «analyse des besoins sociaux» locaux. D'autre part, il y a «une disparité très forte, selon les communes, dans la prise en compte des pauvretés et leur traitement». En clair? Souvent «les communes riches sont moins investies contre la précarité». Elles pratiquent «une forme inquiétante d’abandon» de la gestion des «personnes pauvres en errance»: à savoir, les pauvres qui n'ont pas d'attache géographique particulière (demandeurs d’asile, migrants, etc.). La gestion de cette exclusion-là, ces communes aisées la relèguent aux «municipalités déjà les plus en prise avec la misère».

C'est lamentable. Mais sans doute n'est-ce pas propre à la France.

28/02/2014

Une tradition devenue très minoritaire

Un sondage particulièrement de saison, pour terminer cette semaine située en plein congé de février. Et cette enquête d'opinions confirme qu'elle est bien révolue, la tradition française des vacances de février à la neige – l'époque «Les Bronzés font du ski», en somme.

D'après l'institut Ifop, «près de huit Français sur dix (78%) n’ont pas le projet de partir en vacances pour les congés scolaires de février/mars». C'est quatre points de plus que les deux saisons précédentes. De même, 74% des sondés assurent qu'ils n'ont pas l'intention de partir à l'occasion des prochains congés scolaires de Pâques. C'est deux points de plus que l'an dernier.

Le manque d'argent (26%) et le souhait d'économiser en vue d'autres dépenses (18%) ne reviennent pas marginalement, dans les motivations citées par les sondés pour expliquer leur choix de ne pas partir au ski, ces deux semaines. Les privilégiés qui partent ont un budget moyen (962 euros) en baisse de 100 euros par rapport à l'an dernier à la même époque.

Parmi ces chanceux, la montagne reste une destination privilégiée. Cette année encore, 46% de ces vacanciers de février s'offrent les joies des sports d’hiver, contre seulement 17% et 18% qui leur préfèrent un séjour à la campagne ou à la mer, respectivement.

Bonnes vacances, où que ce soit, si vous avez la chance d'en prendre.

11/02/2014

Un scénario d'horreur

On évoquait hier le Paris de 2001 et celui de 2014. Mais qu'en sera-t-il du Paris de 2040?

«De Roissy jusqu'aux confins nord de la capitale française, s'élève un vaste bidonville, où se pressent quelque six millions d'habitants sur les vingt que compte cette mégapole». C'est une zone de non-droit, sous la coupe de bandes armées qui «se livrent régulièrement à des attaques contre les trains ou les véhicules». A l'autre extrémité de la capitale, le quartier d'affaires de La Défense n'est plus que l'ombre de lui-même. Car «les tours ont cessé d'être entretenues, à mesure que l'insécurité interdisait leur accès». En banlieue toujours, à côté d'EuroDisney, «un New Paris a été construit. Il reproduit, à l'échelle, les principaux monuments de la capitale et ses rues les plus emblématiques».

Et ce «New Paris» ne désemplit pas de touristes venus du monde entier. Car l'ancien Paris, lui, est fini. Le centre-ville, le dimanche, est «une ville morte; tout est fermé, car le travail est interdit. Ceci, outre les problèmes de sécurité, explique la fuite des touristes». Les autres jours de la semaine, pareillement, «la ville-musée est lugubre. Les rues sont à peine éclairées, conséquence d'une loi votée à l'initiative des écologistes, qui taxe très lourdement l'éclairage nocturne». Dans les grands musées de la «Ville lumière», «la sécurité des collections n'est absolument plus assurée. De très nombreux vols sont déjà intervenus». Paris n'est plus la ville de la culture, ni même celle des amoureux. Car, comme les touristes, les amants «ont déserté Paris, sous la pression de l'insécurité, des extrémistes et des fondamentalistes religieux», qui s'attaquent aux femmes dont ils jugent la tenue indécente. Du coup, le chic parisien a lui aussi vécu: les Parisiennes ne sortent plus dans la rue qu'«engoncées dans d'énormes manteaux sombres, dont la fonction est plus de les rendre invisibles que de les protéger de la pluie et du froid».

paris,personnalités,littérature,economie,histoireCe Paris imaginé en 2040, c'est celui de Nicolas Baverez. Ce très médiatique historien et économiste néo-libéral entrevoit ainsi la capitale française, dans vingt-cinq ans. Et la décrit de la sorte dans «Lettres béninoises»: la remise au goût du jour des «Lettres persanes» de Montesquieu, qu'il vient de publier chez Albin Michel.

Le portrait est sombre? Le scénario urbain est horrifique? C'est la moindre des choses. Venant du chef de file des «déclinologues». Ainsi que Dominique de Villepin, jadis, avait rebaptisé ces penseurs qui, à longueur d'essais, s'affligent d'une France qu'ils jugent en déclin tant sur les plans économique que culturel ou géopolitique.

Au moins Nicolas Baverez confirme-t-il qu'il a de la suite dans les idées. Moins attendu, il se révèle être... un très grand comique. Si l'on consent à prendre son bouquin pour une farce, tellement outrancière qu'elle en devient très cocasse.

Mieux vaut, sans doute, prendre le parti d'en rire.

06/02/2014

Une idée fixe

Musées, Culture, Arts, Economie, Tourisme, InternationalC'est la fin d'un système qui existait depuis près de quinze ans. Une remise en cause en catimini, comme embarrassée. Lundi, Le Louvre a confirmé avoir décidé que, pendant la haute saison touristique (d'avril à septembre), le premier dimanche du mois ne serait plus synonyme de gratuité d'accès à ses collections permanentes. Ce changement est formalisé sur la page de son site web détaillant les horaires et tarifs.

Pourquoi revenir sur cette gratuité dominicale mensuelle? Les agences de voyage étrangères auraient abusé. Elles auraient pris l'habitude d'organiser un grand nombre de visites précisément à ces dates-là. Cela aurait conduit à une «hyper-fréquentation» du musée, ces dimanches, au détriment de «la satisfaction des visiteurs» et des «conditions de travail» du personnel.

Les problèmes que poserait la clientèle étrangère: c'est décidément une idée fixe, au Louvre. Un tel argument avait déjà été brandi il y a quelques années, dans un débat tarifaire voisin (relire ici ou ).

Serrer la vis sur les tarifs, parce qu'il y a trop d'étrangers. Il y aurait une autre façon, plus glorieuse, de résoudre le problème présent.

Musées, Culture, Arts, Economie, Tourisme, InternationalLe personnel du musée est surchargé les premiers dimanches de mois? La qualité de la découverte artistique s'en trouve dégradée? Que ce musée prenne ses dispositions. Qu'il augmente ses effectifs ces jours-là, pour encadrer plus efficacement ces visites: les canaliser, via l'ouverture de salles supplémentaires, etc.

Certes, cela lui coûterait plus cher qu'à présent, en termes de nombre de personnels rémunérés au tarif dominical. Mais, quand on accueille plus de 9 millions de visiteurs à l'année, à un tarif payant supérieur à 10 euros par personne, on peut difficilement faire preuve de pingrerie.