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17/05/2013

Une cachette originale

Police, Sécurité, Economie, TransportsCe ne sont pas moins de trois ministres qui, hier après-midi, ont annoncé la nouvelle. Les ministres de l’Economie, du Commerce extérieur et du Budget. Ils ont félicité les agents des Douanes, pour le joli coup de filet qu'ils ont réussi, mercredi: sur l'autoroute A10, dans la région de Tours.

En l'occurrence, plus de deux tonnes de résine de cannabis, dénichées dans un camion provenant d'Espagne. Précisément: «48 valises marocaines, 71 paquets de résine et 23 sacs de «pollen» de cannabis, pour un poids total de 2162 kg». La valeur de la prise est estimée à plus de 10 millions d’euros. Et son modus operandi mérite d'être détaillé. «C’est vers 18 heures que les agents ont sélectionné un ensemble routier frigorifique pour le contrôler. Selon le chauffeur et les documents présentés, il transportait 22 palettes de carottes. Les agents ont constaté que le camion n’était pas réfrigéré, alors que les marchandises étaient censées être transportées à 4 degrés. Le chien de l’équipe cynophile, quant à lui, a marqué l’extérieur de la remorque et les palettes de légumes. Le contrôle du chargement a permis de mettre rapidement au jour des valises marocaines, entre les palettes de carottes».

L'histoire ne dit pas ce que sont devenues les carottes.

15/05/2013

Une piste, pas forcément adéquate?

Santé, Economie, Jeunes, Art de vivreQuelques jours après l'étude préoccupante sur la consommation d'alcool en France (dont on parlait mardi dernier), cette piste fiscale que le Parlement explore. Le vin pourrait être soumis à une taxe spéciale, comme la bière depuis l'an dernier, et les alcools forts depuis 2011.

Ce prélèvement serait «mesuré»: quelques centimes d'euro supplémentaires par bouteille de vin. Alors que ce produit a toujours bénéficié d'une fiscalité avantageuse par rapport aux autres alcools: 4 centimes de taxe par bouteille, contre 36 centimes pour la bière et 1,90€ pour les spiritueux.

Une telle mesure, toutefois, risque de ne pas passer comme une lettre à la poste. En France, le secteur du vin au sens large occupe 500.000 emplois. C'est donc, outre un puissant lobby, un secteur économique important. Et exportateur (7,6 milliards d'euros d'excédents annuels), ce qui n'est pas rien dans un pays dont la balance commerciale est lourdement déficitaire.

Cette taxe éventuelle risque de passer d'autant plus mal que, comme l'a rappelé le rapport cité plus haut, la réduction de plus de la moitié de la consommation d'alcool enregistrée en France ces cinquante dernières années est «essentiellement imputable à la baisse de la consommation de vin». Certes, ce produit domine toujours le marché: 58% du total des alcools consommés (contre 22% pour les spiritueux et 17% pour la bière). Mais, «depuis le début des années 2000, sa part a légèrement régressé (-3 %), principalement au profit des spiritueux (+2,5 %)».

En outre, chez les 18-25 ans, depuis 2005, la part de consommateurs hebdomadaires de vin n’a pas significativement augmenté, à l'inverse de celle d'autres alcools. Chez les jeunes hommes, le vin (22,4%) est désormais dépassé par les alcools forts (29,5%) et la bière (39,3%). Chez les jeunes femmes, il reste la boisson la plus courante (14,3%), mais sa consommation augmente moins vite que celle d'alcools tels le cidre, le champagne, ou le porto.

Santé, Economie, Jeunes, Art de vivreGlobalement, donc, pour ce qui concerne leur consommation d'alcool, les jeunes en restent au «régime TGV», comme l'on dit dédaigneusement dans les milieux viticoles français: le régime tequila, gin, vodka.

Pas sûr, dès lors, qu'augmenter les taxes frappant le vin contribuera forcément à réduire la consommation juvénile d'alcool.

 

06/05/2013

Un pays de pessimisme

Société, Institutions, Economie, InternationalUne nouvelle pas très motivante, et qui ne donnera pas forcément le moral pour commencer la semaine. Les Français sont le peuple le plus pessimiste d'Europe. C'est ce qu'on entendait au saut du lit sur une radio (ici), ce matin, et c'est l'enseignement d'un sondage comparatif européen annoncé pour cet après-midi. Sept Français sur dix craignent que leurs enfants vivent moins bien qu’eux, soit un taux plus élevé encore que celui que l'on trouve dans des pays européens autrement plus touchés par la crise et l'austérité, comme l'Espagne ou l'Italie.

Corollaire de ce pessimisme: la défiance générale des Français envers les institutions. Et un rejet massif d'une institution en particulier: l'Europe. 80% des Français la jugent incapable de proposer des solutions, et 50% considèrent même l'Union européenne comme un handicap.

Jean Monnet – ou Robert Schuman – doit se retourner dans sa tombe.

03/05/2013

Une goutte d'eau dans la mer

On vit bien, décidément, à l'Elysée. Puisque, dans la cave à vins du palais présidentiel français, figurent des bouteilles dont la valeur souvent dépasse celle d'un salaire minimum – ainsi, ce Petrus de 1990 évalué à 2 200 €.

Si l'on peut se faire une idée de la richesse du patrimoine oenologique de l'Elysée, c'est parce que François Hollande a décidé de mettre en vente aux enchères (ici) une partie de la cave présidentielle: 1200 bouteilles, soit un dixième de la collection élyséenne. Cette vente, qui a été annoncée cette semaine, permettra le renouvellement de la cave, et en l'occurrence le réinvestissement «dans des vins plus modestes». Ce qui restera du produit des enchères «sera reversé au budget de l'État».

C'est sans doute de bonne guerre, en ces temps d'austérité budgétaire extrême.

Mais c'est peu dire que les quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui retourneront ainsi dans les caisses de la Nation n'y pèseront que de peu de poids, face à l'ampleur de son déficit actuel (pour rappel: 87,2 milliards d'euros, en 2012). Une goutte d'eau – et non de grand cru, pour le coup –, dérisoire somme toute, dans la mer déficitaire budgétaire.

17/04/2013

Une étourderie ministérielle

Gouvernement, Personnalités, Economie, Communication, Internet1,4 million. C'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lui-même qui a donné le chiffre, sur une radio ce matin. Les pages du site web du gouvernement où est mis à nu le patrimoine des ministres – ce qu'on évoquait hier – ont accueilli 1,4 million de visiteurs, en 24 heures. Une telle affluence d'internautes sur un site web officiel, c'est du jamais vu dans les annales. Chacun jugera si est naturelle ou malsaine, cette curiosité du grand public pour le contenu du portefeuille de ses hauts dirigeants.

L'opération, en tout cas, a permis au moins de mettre au jour l'une ou l'autre curiosité. Ainsi, deux ministres du gouvernement – qu'on aura la charité de ne pas nommer – sont en infraction avec la loi. Et c'est l'étalage de leur patrimoine qui a permis de le constater.

En effet, ces éminences ont chacune deux livrets A, détenus dans deux établissements bancaires différents. Or, s'agissant de ces livrets d'épargne réglementés, de tels doublons sont désormais strictement interdits – c'est expliqué par exemple ici. Dès lors, si on leur applique la loi, ces ministres étourdis devraient être sanctionnés: se voir infliger une amende fiscale égale à 2% de l'encours du livret surnuméraire. Voire, en cas de fraude aggravée (des doublons de plusieurs produits d'épargne réglementés), être contraints de rembourser tous les intérêts indument accumulés.

Le montant du manque à gagner que cette rectification représenterait pour ces deux membres du gouvernement serait ensuite, bien sûr, défalqué de leur déclaration de patrimoine...

25/03/2013

Une vie de palace? Pas vraiment

Paris, Tourisme, Economie, Social, Belgique, FemmesA Paris, le secteur du tourisme résiste bien à la crise. En 2012, avec, selon le dernier bilan en date (ici), 29 millions d'hébergements touristiques, la «Ville lumière» a encore battu tous ses records. Ce qui n'exclut pas quelques reculs particuliers. Les visiteurs provenant de Belgique, par exemple, ont été moins nombreux, l'an dernier: -2,6% pour les arrivées (au nombre 295.000) et -3,9% pour les nuitées (637.000). Plus intéressant que ces chiffres de fréquentation: qu'en est-il des conditions de travail des quelque 52000 salariés qui, en région parisienne, sont occupés dans ce secteur touristique? Elles n'ont rien de mirobolant. C'est ce que vient de rappeler (là) l'Institut français de la statistique (Insee).

Ainsi, dans l'hôtellerie, «les salariés exercent fréquemment leur métier en horaires décalés, et perçoivent plutôt de faibles salaires». Certes, le salaire horaire net y est plus élevé que dans la restauration. Et les hôtels situés à Paris paient mieux leur personnel que les établissements situés en banlieue. Reste que, globalement, le salaire net dans l'hôtellerie en région parisienne, «quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle», «est plus faible que dans l’ensemble des (autres) secteurs (professionnels): 11,08€ de l'heure, contre 16,58€». Et c'est particulièrement vrai «pour les métiers qui nécessitent le plus de personnel, comme les employés d’étage ou les réceptionnistes». Sans oublier que, pour les métiers de plongeurs, de serveurs ou de personnels d’étage, «les contrats de travail intermittents représentent plus d’une offre sur deux à Paris». Au demeurant, dans ce secteur hôtelier, «de nombreuses embauches (41%) s’effectuent via des contrats de très courte durée, de moins de 8 heures par semaine».

Et, bien sûr, dans le tourisme comme dans tant d'autres secteurs de l'économie française, «les hommes sont mieux rémunérés que les femmes, y compris pour des métiers identiques».

Bref: pas forcément une vie de palace, pour les petites mains de ce si renommé tourisme parisien.

18/03/2013

Un appel, qui a été entendu

Un peu de culture, pour bien commencer la semaine. Il y a un petit temps (relire ici), on avait évoqué dans ce blog un appel à dons que Le Louvre avait lancé aux particuliers. Pour réunir 800.000€, aux fins d'acquérir deux statuettes en ivoire – une oeuvre (visible) «d'une beauté exceptionnelle» – datant du Moyen-Age. Les résultats de cet appel à dons viennent d'être communiqués.

Et une fois de plus, le mécénat privé a été au rendez-vous. Les deux statuettes, en effet, ont pu être acquises. Ce qui permet au musée d'enfin compléter l’ensemble sculpté auquel elles appartenaient, et qu'il exposait, incomplet, depuis 1896. Cette «Descente de Croix» reconstituée 700 ans après avoir été sculptée est présentée comme un «joyau du XIIIème siècle». «Oeuvre majeure de l'art médiéval», c'est «le seul groupe sculpté complet de cette période parvenu jusqu’à nous dans un tel état de conservation». Il a donc été élevé au rang de «Trésor National» – l'enjeu de la campagne relevait aussi «de la sauvegarde du patrimoine national».

Très exactement 3571 donateurs privés ont pris part à cette collecte de fonds. En ces temps de crise, que des particuliers en si grand nombre contribuent financièrement à cette cause culturelle n'est, en soi, pas inintéressant. Cela dit, le mécénat de tous ces amateurs d'art n'a pas permis à lui seul de récolter les 800.000€. La société des Amis du Louvre a donc été mise à contribution, et une grande compagnie d'assurance (très active dans le domaine de l'assurance des oeuvres d'art...) a signé un gros chèque. L'obole de ces deux grands mécènes a représenté 65% du coût de l'acquisition.

Qui, si cela vous intéresse, sera présentée au grand public à partir du 18 avril – dans la section de l'aile Richelieu du musée qui est consacrée aux objets d'art.

28/02/2013

Une préférence nationale

Faisons écho tout de même à cette petite nouvelle agro-alimentaire tombée en début de semaine, qui a été un peu éclipsée par tout le buzz autour des tribulations politico-judiciaires de ce petit cochon littéraire, qu'on évoquait dans ce blog hier et avant-hier. Une nouvelle qui concerne la France, mais aussi la Belgique. Et qui n'est pas trop bonne pour l'agriculture de ce dernier pays.

Puisque McDonald's-France vient d'annoncer que, d'ici à la fin 2013, dans ses 1 260 fast-food de l'Hexagone, on ne servirait plus que des frites 100% françaises. Aujourd'hui, 70% seulement de ces frites viennent de France, les 30% restants provenant de Belgique.

Ce changement entraînera la plantation en France – principalement dans les départements du Nord et du Pas de Calais – de 4 000 hectares supplémentaires de cultures dévolus à la pomme terre. Et fera passer de 250 à 350 le nombre d'agriculteurs français sous contrat avec Mc Cain: le groupe qui fournit les frites surgelées à la filiale française du géant américain du burger. En revanche, ce sera une perte sèche pour les cultivateurs belges concernés.

A moins que cela nous ait échappé, l'ambassadeur de France à Bruxelles n'a pas été convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, pour y être sermonné.

11/02/2013

Un coût, à compenser

Institutions, Economie, Société, Histoire5h40. Il était donc 5h40 samedi matin, lorsque les députés ont enfin achevé l'examen du projet de loi sur le «mariage pour tous» – qu'ils adopteront en première lecture demain mardi. Il leur a fallu quelque 110 heures de discussions pour arriver au bout de ce texte. Dont d'innombrables heures de séance en soirée, la nuit et le week-end. Ce qui, au sens propre, va leur coûter cher.

Non pas que les parlementaires soient payés au tarif horaire. Mais tous les agents qui, la nuit ou le week-end, ont bossé dans les coulisses de l'hémicycle ont, eux, effectué des heures supplémentaires: les huissiers, greffiers, personnels chargés de l'intendance, de la technique, de la sécurité, etc. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone (PS), a déjà averti ses collègues: lorsqu'il s'agira de leur payer toutes ces heures sup', «pas un euro supplémentaire ne sera réclamé» pour la dotation budgétaire dont bénéficie l'institution. «S’il devait y avoir un coût supplémentaire, il sera compensé sur d’autres dépenses» inscrites au budget de l'Assemblée.

Tout au long de ce débat-marathon, les médias français ont beaucoup glosé sur ce rythme infernal de travail de l'Assemblée nationale. Ils ont la mémoire courte. En effet, c'est loin d'être une première que, par exemple, les députés siègent le dimanche.

Ce fut déjà le cas en 1995: pour le grand débat sur le projet de réforme de la sécurité sociale du Premier ministre de l'époque, Alain Juppé. Ce fut pareillement le cas en 1997: lors des bagarres sur les mémorables lois Debré, concernant les étrangers. Et ce fut toujours le cas en 1998: lorsque les députés s'étripèrent sur ...– tiens... – le Pacte civil de solidarité: le Pacs, le prédécesseur, en somme, du «mariage gay».

Il y a quinze ans déjà, donc, un tel sujet de société valut, outre des hauts cris, un rythme de travail échevelé à l'Assemblée, et lui occasionna un très coûteux paquet d'heures sup'. Comme en 2013. Rien ne change en France, décidément.

22/01/2013

Un grand classique, à Paris aussi

Paris, Economie, Energie, Art de vivre, MétéoUn grand classique de l'hiver, n'en déplaise aux partisans du tout-nucléaire – dans le deuxième pays le plus nucléarisé au monde qu'est la France. Quand les températures plongent, la consommation d'électricité s'envole, et le réseau en vient à vaciller. Cela vaut aussi, parfois, pour Paris

Ainsi, hier, dans notre bon vieux quartier du onzième arrondissement, les premiers signes de faiblesse du réseau ont commencé à se manifester en début de soirée: des lumières à l'intensité par moments vacillante à partir de 19h30, soit à l'heure où les Parisiens commencent à rentrer du boulot et, arrivés chez eux, rallument le chauffage. Cela a continué comme cela pendant un petit temps. Jusqu'au grand noir, vers 20h15. C'est à ce moment que l'on mesure les joies du tout-électrique français: plus d'éclairage ni de chauffage ni le moindre appareil qui fonctionne, bien sûr, mais aussi plus d'eau chaude et y compris plus de digicode pour entrer ou sortir de chez soi – bref, plus rien. Il a fallu attendre plus d'une heure avant que le courant soit rétabli.

En province, l'hiver, à peu près à chaque grosse chute de neige ou à chaque coup de vent un peu important, des milliers de gens se retrouvent privés d'électricité, parfois même pendant des jours entiers. Rien d'inhabituel. Moins fréquent, en revanche, est le fait qu'une partie de la capitale, en son hyper-centre en plus, se retrouve ainsi plongée dans le noir. Par des températures extérieures qui, si elles étaient fraîches, n'étaient tout de même pas non plus exceptionnelles pour la saison.

Qui sait cela jette-t-il un froid – au propre comme au figuré –, sur l'image de ce pays, censé être la cinquième puissance économique mondiale.

09/01/2013

Une certaine confusion

L’argent ne fait pas le bonheur. C'est ce qu'assure l'adage, et c'est que que vient de confirmer le très sérieux Institut français de la statistique. Qui a enquêté (ici) sur la question auprès de 10 000 Français, en leur demandant d'évaluer leur degré et critères de satisfaction par rapport à leur existence quotidienne.

Résultat? Une note moyenne de 6,8 sur 10, pour l'ensemble de la population. Et davantage d'insatisfaits chez les personnes socio-économiquement aisées (23,4%) que chez les moins favorisées (22,5%). L'Insee en déduit que «d'autres aspects de la qualité de vie, comme la faiblesse des liens sociaux ou le stress dans la vie courante, jouent autant voire davantage que les contraintes financières», dans le degré de satisfaction que l'on a envers sa propre existence.

L'argent ne fait pas le bonheur, mais, selon un sondage Ifop publié ce matin, dans «L'Humanité», «à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité» en France. C'est ce que pensent 64% des Français. «La lutte des classes n’est pas un mythe», se réjouit le quotidien communiste: «malgré les apparences et le discours dominant, ce jugement a pris de l’ampleur depuis les années 1960: en 1964, seuls 40% des Français interrogés jugeaient qu’elle était une réalité, et 44% en 1967».

En somme, si l'on s'autorise à rapprocher ces deux études publiées au même moment, ce pays a le sentiment d'être le théâtre d'une lutte, mais pour un objectif collectif d'ascension sociale vers un niveau socio-économique où, à titre particulier, on n'est pas forcément plus heureux. Une bataille pour quelque chose de pas d'office folichon, pour le dire autrement – cherchez l'erreur.

Décidément, rien n'est jamais simple.

08/01/2013

Une inexorable évolution

Paris, Economie, Culture, Art de vivreIl se joue en ce moment: le sort du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Il se joue au comité d'entreprise extraordinaire du groupe Virgin, qui se déroule ces deux jours-ci à Paris. Et il faudrait vraiment un miracle pour que la procédure de dépôt de bilan entamée par Virgin épargne la grande surface de produits culturels qui, depuis son ouverture en 1988, au numéro 52-60 de la célèbre artère, était devenue un des symboles des Champs.

Si tout se passe comme il est attendu, les 27000 m2 de surfaces du Megastore devraient être occupées prochainement soit par un show-room de Volkswagen, soit par l'enseigne londonienne Harrod's. L'affaire sera sans doute très profitable pour le propriétaire du bâtiment: le fonds d'investissement qatari QIA, qui a racheté l'édifice (pour la bagatelle d'environ 500 millions d'euros) à la mutuelle française d'assurances Groupama – qui, après la crise de la dette grecque, avait un besoin urgent de liquidités. Très profitable, car le nouveau locataire se verra probablement imposer un loyer beaucoup plus élevé que son prédécesseur; on parle de 6 millions d'euros par an.

Outre qu'une disparition du Megastore serait fatale à ses 185 employés actuels, elle constituerait un nouveau mauvais coup porté à la place de la culture dans la «Ville lumière». Après, déjà, la fermeture du centre Virgin du Louvre, la reconversion de la FNAC Bastille en Club Med Gym, et la disparition ou les menaces pesant sur les cinémas «UGC Triomphe», «Le Balzac» ou «Le Lincoln».

Paris, Economie, Culture, Art de vivreEn revanche, sur les Champs, l'univers de la fripe mondialisée (Gap, Levi's, Abercrombie, Adidas, etc.) continue de se porter à merveille, merci pour lui. Tout comme à Saint-Germain des Prés il est parvenu à phagocyter une bonne part des surfaces culturelles, ce qu'il est en train de réussir aussi dans le Marais – dans une indifférence quasi-générale.

Sans doute a-t-on la capitale que l'on mérite.

19/12/2012

Un feu vert

Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.

Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.

Patrimoine, Urbanisme, Paris, Economie, Luxe Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.

Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».

En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.

On est bien curieux de voir cela.

17/12/2012

Un geste, «assez minable»

Economie, Social, Gouvernement, PersonnalitésDans notre vie personnelle en général, et dans le regard professionnel qu'on porte sur l'actualité en particulier, on ne se sent pas complètement dénué d'une certaine faculté à l'empathie. Mais là, on l'avoue, on a vraiment beaucoup de mal à être bouleversé. A être pris aux tripes par les jérémiades énervées d'un certain comédien français qui défraie la chronique, en ce moment: vedette multi-millionnaire ayant choisi l'exil en Belgique, parce qu'une fiscalité censée confiscatoire rendait décidément ses fins de mois trop difficiles en France.

Pour autant, aurait-on été Premier ministre qu'on n'aurait pas forcément, comme Jean-Marc Ayrault l'a fait l'autre jour, à la télé, qualifié d'«assez minable» le geste fiscal de l'intéressé. Non pas qu'on le trouve glorieux. Mais, en employant un tel terme, on aurait vraiment eu l'impression de tirer sur l'ambulance. Ce qui est rarement charitable.

A propos de charité, et à l'autre bout de l'échelle sociale, le même gouvernement de Jean-Marc Ayrault a confirmé, ce lundi, que le salaire minimum serait revalorisé: de 0,3%. Ce qui fait une augmentation de 3 centimes de l'heure, soit 5€ (bruts, encore bien) dans la poche des smicards à la fin du mois.

A ce stade, personne ne s'attend à ce que Jean-Marc Ayrault trouve un tel geste de Noël «assez minable».

14/12/2012

Un système assez injuste

Chacun jugera si c'est, ou non, paradoxal: au moment où Le Louvre inaugure sa si fameuse et coûteuse extension à Lens – qu'on évoquait l'autre jour – , il lance un appel à dons, à destination du grand public. Pour qu'il l'aide à enrichir ses collections. Il avait déjà fait un tel appel il y a quelques années, avec succès. Cette fois, l'objectif est de récolter 800.000€. Pour acquérir deux statuettes d'ivoire «d'une beauté exceptionnelle», datant du Moyen-Age. A ce stade de la campagne, 60% de la somme recherchée a été récolté.

Le musée remerciera ses mécènes en fonction de la largesse de leur obole. 200€: le droit à une visite privée des collections. 300€: le libre accès pendant un an à l'ensemble du musée. 500€: une invitation à la grande cérémonie de présentation de l'oeuvre acquise. Et ainsi de suite. «Des dispositifs de reconnaissance spécifiques sont proposés pour les dons exceptionnels», a annoncé Le Louvre. Mais sans donner davantage de détails sur la nature de ces gratifications – le peuple n'a sans doute pas à le savoir.

Les mécènes les plus généreux fastueusement mis en avant; les moins fortunés poliment remerciés, mais priés tout de même de rester dans la piétaille des petits donateurs. On trouve peu sympathique – et, pour tout dire, assez injuste – un tel système de renvoi d'ascenseur: basé sur le montant du chèque.

Car, c'est l'évidence: 200€, cela n'a pas la même valeur selon qu'un tel don est fait par un modeste amateur d'art, ou par un nanti assujetti à l'impôt sur la fortune. Nous, on serait président du Louvre qu'on remercierait nos mécènes en fonction non du montant de leur don, mais de la proportion que celui-ci représente par rapport à leurs revenus. Mais bon, on en convient bien volontiers, on ne présidera jamais Le Louvre.

23/10/2012

Un avantage maintenu

Presse, Médias, Journalisme, Parlement, EconomieLe volet recettes du projet de budget 2013 en cours d'adoption, aujourd'hui, par les députés. Avec 20 milliards d'impôts et de charges imposés aux particuliers et aux entreprises. Dans le cadre de cet effort général d'austérité, le gouvernement a sabré dans nombre de «niches fiscales» – ainsi que l'on appelle, en France, les exonérations fiscales, abattements, etc. Mais la «niche» bénéficiant aux journalistes, elle, cette année encore (relire ici), a été épargnée. Ils pourront donc continuer à déduire 7650€ de leurs revenus, au titre de l'«allocation pour frais d'emploi».

Au Parlement, une vingtaine de députés sarkozystes ont tenté de faire supprimer cette «niche», ou, au minimum, de réduire de 10% son montant. En vain. Le budget «soumet les Français à une hausse d'impôt sans précédent. Tous les Français doivent contribuer à cet effort», a-t-on justifié, sur les bancs de l'UMP. En pure perte. La gauche a refusé de toucher à cette «niche» médiatique. Argumentant que son montant n'avait pas été revalorisé depuis treize ans, et qu'il s'agissait «moins d'une aide à une catégorie professionnelle qu'à un secteur professionnel, la presse écrite: en situation très délicate, et indispensable à la démocratie», dixit le ministre du Budget. «Beaucoup de secteurs en difficulté pourraient vous dire: "Pourquoi pas nous?"», lui a répondu un député centriste.

Sur le fond de cet avantage accordé aux journalistes, on a déjà écrit (ici) ce qu'on en pensait, on ne va donc pas se répéter.

Sur l'opportunité de son maintien, on notera juste que cela a de nouveau permis à la droite d'ironiser sur les cadeaux faits par un pouvoir de gauche à une corporation journalistique présentée par l'UMP comme étant globalement de gauche – les journalistes de droite apprécieront. Au risque d'alimenter une fois de plus l'éternel soupçon, pénible, de connivence entre pouvoir et médias.

«Dans chaque niche fiscale, se cache un chien», a-t-on coutume de dire en France. A propos de ces «niches» qui, année après année, sont invariablement maintenues, le pouvoir redoutant les aboiements de leurs bénéficiaires censés féroces. «Je ne compare pas les journalistes aux chiens, mais je remarque qu'ils peuvent être, par leur plume, extrêmement mordants...», a raillé une députée UMP...

22/10/2012

Un prix à payer

Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».

Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.

Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.

Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.

Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.

Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.

03/10/2012

Un chiffre affolant

Paris, Economie, Logement, SocialIl a l'air assez déprimé, le tagueur qui, ces derniers jours, dans notre quartier du onzième arrondissement, a gratifié les murs de ses humeurs à propos des tristes maux de notre monde contemporain.

Il ou elle se réfère-t-il au climat en France en général? Ou est-il motivé par l'une ou l'autre pénible actualité en particulier? Hier, en tout cas, une nouvelle concernant Paris est tombée, qui nous a rappelé son tag.

Cette nouvelle peut se résumer à un chiffre: 8.410€. Soit, selon les dernières données des notaires de la région parisienne, le prix moyen du mètre carré dans le logement ancien, à Paris. Et on n'en a pas fini: «D’après les dernières projections des prix calculées sur les avant-contrats, les prix de vente à Paris devraient s’inscrire en légère hausse dans les deux prochains mois».

8.410€. Ce n'est qu'une moyenne, pour l'ensemble des arrondissements – à Saint-Germain des Prés, par exemple, des appartements se vendent en ce moment jusqu'à... 13.000€ euros le m2. Et c'est assez abstrait, comme chiffre. Mais cela devenait très concret, ce matin, à la lecture d'un petit entrefilet vu dans les pages locales du quotidien «Le Parisien». Il disait: «Pour un studio de 30 m2, il faut désormais débourser près de 250.000€, et pas moins de 850.000€ pour un quatre-pièces».

Faut-il encore s'étonner, après cela, de l'exode croissant, si triste, des classes moyennes – pour ne pas parler des couches populaires – de la «Ville lumière»?

02/10/2012

Une ambiance (décidément) pas si feutrée

On avait raconté cela, le mois dernier (relire ici), à propos du «Ritz»: derrière la vitrine si glam-chic des grands palaces parisiens, se cachent, parfois, des réalités sociales pas toujours très reluisantes. Après le célèbre établissement de la place Vendôme, c'est le «George V», son fameux concurrent du quartier des Champs, qui en fournit l'exemple.

C'était jeudi dernier, à l'heure du thé. Troublant la quiétude habituelle des lieux, une trentaine de syndicalistes ont bruyamment fait irruption dans le hall du palace. Ils entendaient y «protester contre les sanctions à répétition infligées» aux membres de son personnel qui sont délégués du petit syndicat radical SUD. Mais le hasard a voulu que, ce jour-là, le «George V» compte parmi ses hôtes un client aussi prestigieux que particulièrement protégé par les policiers, en ce moment: l'Indien Lakshmi Mittal, milliardaire et patron d'ArcelorMittal, premier groupe sidérurgiste mondial – celui-là même qui, hier, a confirmé la fermeture définitive des derniers hauts-fourneaux de Lorraine.

Le syndicalistes du «George V» ont donc eu droit à un comité d'accueil musclé. A les en croire, «la direction de l’hôtel était aux abonnés absents, laissant à la police le soin de gérer les relations sociales au sein de l’hôtel; puis promettant, après plusieurs heures d’attente, un rendez-vous tout en multipliant les préalables. Plus encore, les syndicalistes, qui se sont retirés d’eux mêmes, vers 20 heures, ont ensuite eu droit à une fouille en règle, avant d’être raccompagnés par les CRS au métro». L’union syndicale Solidaires n'a pas du tout apprécié. «La liberté syndicale doit être respectée, au "George V" comme ailleurs!», a-t-elle fustigé, dans un communiqué. Qui a dénoncé le climat de «répression antisyndicale» qui règnerait au sein du palace, et a prévenu: «Nous ne nous laisserons pas impressionner!»

Voilà la direction du si select établissement avertie.

Cela dit, si ça tombe, ses fortunés clients étrangers – émirs, millionnaires et starlettes – doivent trouver cela follement exotique, voire comique, et en tout cas dépaysant, les gros bras qui, dans cet antre de luxe, font irruption en vociférant.

10/09/2012

Une pénible collision

Paris, Banlieues, Logement, Pauvreté, Social, Luxe, Economie, GouvernementPénible collision d'actualités ce week-end en France, décidément. C'est ce qu'on s'est dit hier dimanche, pendant toute la journée, en bossant sur l'«affaire Arnault» – si vous avez vécu sur une autre planète, ces deux derniers jours: l'homme le plus riche de France, qui a demandé la nationalité belge et est accusé par ses détracteurs de vouloir s'exiler fiscalement dans le plat pays.

Collision de deux actualités qui n'ont pas le moindre rapport l'une avec l'autre, mais qui, survenant au même moment, ont de quoi gêner.

Côté pile, donc, l'extrême richesse. L'homme le plus fortuné de France et d'Europe, patron de l'empire du grand luxe LVMH. Son patrimoine personnel dépasse les 30 milliards d'euros. Soit, comparait le journal «Le Parisien» dimanche, «la moitié du budget de l'Education nationale, les recettes de l'impôt sur les sociétés en 2010, deux fois le déficit de la Sécurité sociale, le PIB de la Lituanie, ou deux fois celui du Portugal». L'extrême richesse, donc.

Côté face, l'extrême pauvreté. Cet incendie d'un immeuble d'habitations à Saint-Denis, dans la proche banlieue Nord de Paris, et dont le bilan, annoncé dimanche, est lourd: deux morts, quatre blessés graves, onze blessés légers, une cinquantaine de rescapés à reloger. Des scènes d'horreur: des gens se défenestrant pour échapper aux flammes. Un bâtiment qui était insalubre et reconnu comme tel depuis des années. Et dans lequel il n'avait ni l'eau, ni l'électricité. En 2012, donc, aux portes de Paris, capitale de la cinquième puissance économique mondiale, des gens vivent sans eau ni électricité. Selon la mairie, à Saint-Denis ces dix dernières années, une trentaine de personnes sont mortes à cause de leur habitat indigne: dans des incendies ou des fuites de gaz ayant dévasté leur logement. L'extrême pauvreté, donc.

L'extrême richesse, l'extrême pauvreté. La collision de deux actualités. Qui, on le répète, hormis leur simultanéité fortuite, n'ont rien à voir entre elles, et n'ont donc probablement pas à être mises en relation.

Mais qui, tout de même, en disent long, trouve-t-on. Sur une certaine cohabitation quotidienne, dans ce pays: entre deux extrêmes.