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29/06/2015

Un tarif qui devient prohibitif

arts,culture,musées,gouvernement,economieUn peu de culture, pour bien débuter la semaine. Mais, en l'occurrence, une mauvaise nouvelle. En provenance du Louvre – qui, décidément, n'en rate pas une (relire ici, ou ). A partir de mercredi, le prix du billet d'entrée y passera à 15€. Contre 12€ aujourd'hui.

L'institution argumente que, de la sorte, les expositions temporaires deviendront, bien plus qu'aujourd'hui, la «porte d'entrée vers le musée». Car ce billet à 15€ donnera accès aussi bien aux collections permanentes qu'aux expositions. Et elle fait valoir que c'est même une diminution de tarifs: aujourd'hui, le billet jumelé (donnant accès aux expos et aux collections) est à 16€. Il n'empêche, dans les faits, la majorité des quelque 9 millions de visiteurs annuels du Louvre choisissant de visiter soit ses collections, soit une expo, la plupart du temps, ils paieront davantage qu'auparavant.

Derrière ces arguments spécieux, se cache en fait une nécessité beaucoup plus prosaïque. Vu les baisses des dotations que lui verse l'Etat, Le Louvre doit, comme les autres musées, accroître sa part d'autofinancement. Et il estime que cela passe notamment par une hausse de ses tarifs.

Ces trois euros de plus n'incommoderont sans doute pas exagérément les touristes étrangers, qui constituent 70% de sa clientèle. En revanche, pour une famille nombreuse venue de province passer quelques jours de vacances dans la capitale, 15€ par personne, cela commence à faire cher – a fortiori que les audioguides, bien sûr, ne sont pas compris dans le tarif.

A part cela, en 2012, le candidat François Hollande avait notamment promis, s'il était élu à l'Elysée, de «soutenir l'accès à la culture et à la création artistique».

Encore bravo.

25/06/2015

Un (léger) désir

Personnalités, Strauss-Kahn, Justice, Economie, FemmesIls sont minoritaires dans l'opinion, mais tout de même pas en nombre négligeable. A en croire un sondage rendu public ce jeudi, 38% des Français souhaitent un retour de Dominique Strauss-Kahn dans la vie publique. L'électorat de gauche est partagé à parts égales sur cette éventualité, qui est majoritaire (54%) chez les sympathisants socialistes.

Une part de ces inconditionnels de DSK doit sans doute considérer qu'il a été victime d'une machine médiatico-judiciaire qui, pendant trois ans, l'a broyé, pour finalement le relaxer. En revanche, à moins que le scabreux, voire le glauque, soit devenu tendance en France, il est plus douteux que cette envie de lui soit stimulée par l'aperçu de sa vie privée qu'a donné ses comparutions judiciaires. On peut d'ailleurs noter que les femmes (33%) sont moins nombreuses que les hommes (44%) à vouloir son retour.

Sans doute, donc, est-ce avant tout l'économiste Strauss-Kahn qui est regretté par ses supporteurs. Qui ont la «nostalgie de sa parole économique», dixit le sondeur Bernard Sananès.

C'est parfaitement leur droit, mais c'est tout de même assez piquant, et doublement.

D'une part, et principalement, autant plus grand monde au PS ne se réclame de l'homme Strauss-Kahn – jugé définitivement trop sulfureux – , autant la ligne politico-économique qu'il incarne (le social-libéralisme, pour dire vite) est majoritaire, dans ce parti comme au gouvernement. Les Valls, Macron et autres Sapin font-ils autre chose que du strauss-kahnisme? On ne peut donc pas dire qu'il y ait un vide doctrinal à combler, en la matière. D'autre part, et accessoirement, les hasards de l'actualité veulent que ce sondage tombe au lendemain de la publication des derniers chiffres mensuels en date du chômage, qui, une fois de plus, sont mauvais. Et donc illustrent bien l'efficacité très perfectible de cette ligne économique social-libérale.

16/06/2015

Un million d'emplois, au moins

Le gouvernement Valls consacre énormément d'énergie au secteur économique du tourisme. L'autre jour, il a adopté un plan destiné à le développer. Et pas plus tard qu'hier, le ministre Laurent Fabius a reçu et fait les yeux doux au PDG d’AirBnb, Brian Chesky. La France est la destination touristique la plus recherchée par les voyageurs qui utilisent ce service. Depuis sa création, en 2008, il a envoyé quelque 4 millions d'étrangers loger chez l'habitant, dans l'Hexagone.

Des statistiques parues ce matin () détaillent le poids de ce secteur économique. Il génère à lui seul quelque 1,3 million d'emplois à l'année. A savoir, 1 million d’emplois locaux liés à la présence de touristes (hébergement, restauration, etc.), et 0,3 million liés à la préparation du voyage et à sa réalisation (agences de voyage, sociétés de transports, etc.).

C'est dans les centres urbains – bien davantage qu'en zones rurales, littorales ou montagneuses – que l'emploi lié au tourisme est le plus massif et le moins lié aux fluctuations saisonnières. Et cela profite bien sûr au premier chef à Paris et à sa région, qui ont la chance d'accueillir treize des vingt sites français les plus visités (Disneyland Paris, le Louvre, Versailles, etc.). Ainsi, à elle seule, la zone capitale concentre près du tiers de la richesse dégagée par le tourisme en France métropolitaine et des emplois qu'il y crée.

Le gouvernement se dit donc sans doute que cela mérite bien quelques courbettes, faites à des piliers du tourisme mondial comme AirBnb. Même si, dans le même temps, d'autres niveaux de pouvoir, sinon grimacent face aux agissements de ces sociétés, du moins tentent de les cadrer. Voir les efforts déployés par la mairie de Paris (, par exemple), pour que le statut de «capitale mondiale de la location entre particuliers» dont jouit la «Ville lumière» ne nuise tout de même pas trop ni au logement résidentiel, ni au secteur hôtelier traditionnel.

15/06/2015

«Une fête pour tous»

Football, Sports, Social, Gouvernement, EconomieC'est sans doute la moindre des choses, mais cela n'en reste pas moins une bonne idée. Le gouvernement a réservé 20.000 tickets d'entrée pour les matchs de foot qui se tiendront dans le cadre de l'Euro 2016, l'été prochain en France. Ces billets seront gracieusement offerts à «des publics en difficulté». Histoire que ce tournoi ne soit «pas réservé à quelques-uns», mais constitue réellement «une fête populaire», qui «rassemble les Français partout sur le territoire, au-delà des dix villes hôtes de la compétition».

Concrètement (voir ), ces 20.000 places viendront récompenser les meilleures initiatives associatives d'animation construites autour de cet événement, et qui visent les jeunes, les seniors, les handicapés, les personnes en difficulté sociale, ainsi que les habitants de zones urbaines sensibles.

De quoi dissiper sans doute un peu l'image, pour le coup très peu populaire, qui a été donnée, dernièrement: lorsque les tarifs des billets d'entrée à cette manifestation ont été dévoilés. Des tarifs qui, parfois, dépassent l'entendement. Ainsi, les meilleures places pour assister à la finale, à Paris, vaudront... 895€, soit pas loin d'un salaire minimum. Et les tickets les moins chers pour ce match seront à 85€, ce qui n'est tout de même pas rien – a fortiori quand, dans le cas des spectateurs venus de province, devra encore être ajouté à cette somme le coût du déplacement vers la capitale et de l'hébergement dans cette ville (aux tarifs de la haute saison touristique, qui plus est).

11/06/2015

Une contrition tardive

Gouvernement, Valls, Sports, Economie, InstitutionsTirer sur l'ambulance n'étant jamais très charitable, on ne va pas en faire des tonnes sur Manuel Valls.

Qui, ce matin, a donc fini par faire son mea culpa, à propos de son extravagant aller-retour en Falcon gouvernemental, samedi soir – avec deux de ses enfants –, pour aller voir un match de foot à Berlin. Le Premier ministre mettra la main à la poche. Il remboursera une part des frais que cette escapade footballistique a occasionnés au contribuable.

Juste, donc, signaler deux choses.

D'abord, noter qu'il a fallu cinq jours (cinq!) au chef du gouvernement, pour qu'il réalise et admette sa grosse faute de goût. C'est très long, comme délai de réflexion et de contrition. Et encore heureux qu'un sondage assez catastrophique pour lui a été diffusé hier soir, sinon, les Français auraient sans doute été quitte pour quelques jours d'attente supplémentaires.

Ensuite, remettre tout de même les choses à leur place. Cet aller-retour footeux a coûté quelque 20.000 euros à la République. Dans un pays dont le déficit public se monte, selon le dernier décompte disponible (), à... 59,8 milliards d'euros. On est donc là dans le registre du symbole.

Mais parfois, en politique comme ailleurs, ça compte, les symboles.

10/06/2015

Une (autre) idée reçue, contredite

Le petit commerce se porte mal. C'est ce qu'on entend dire et répéter depuis des années, à Paris en particulier. Singulièrement dans notre onzième arrondissement, où, dans certains quartiers (Saint-Ambroise, Chemin vert, etc.), le commerce de proximité a beaucoup souffert de l'extension de la mono-activité du textile de gros. Et bien non, il ne se porte pas si mal, ce petit commerce, dans Paris et sa région en tout cas.

C'est ce que montre une étude, publiée dernièrement. Elle indique que, depuis 2002, le nombre de commerces de proximité n'a pas baissé à Paris et dans les trois départements de la petite couronne, mais a légèrement augmenté (+2%). La région totalise précisément 107.825 boutiques, ce qui n'est pas rien, le pompon de la densité commerciale revenant bien sûr à la capitale (31,1 commerces pour 1000 habitants: près du double qu'en banlieue).

Alors, évidemment, tout n'est pas uniformément rose. Certains types de commerces ont flambé: les supérettes alimentaires (+148%!), les services à la personne (écoles de conduite, aide aux personnes âgées, coaching scolaire, etc.), la restauration rapide, ou les commerces des soins du corps. A contrario, a régressé le nombre de boutiques dédiées au jardinage, à l'équipement de la maison, au secteur automobile et deux roues, ou à la culture et aux loisirs. Dans ce dernier secteur, cette baisse (de 12%) du commerce de proximité (petites librairies, etc.) est due à la fois au développement des grandes enseignes et à la concurrence d'internet (vente de musique et de livres en ligne, etc.)

Cela dit, les retournements de situation peuvent être très rapides, voire brutaux.

On l'a bien vu avec les boutiques de téléphonie mobile. Dans les années 2000, leur nombre a explosé, à Paris: +24,7%. Cela a été très frappant notamment dans notre 11e arrondissement. Mais, depuis un an ou deux, la suroffre a conduit nombre de ces boutiques à fermer. Ou à se reconvertir dans le dernier eldorado en date du petit commerce urbain de proximité: la cigarette électronique et ses produits dérivés.

09/06/2015

Un «consommateur captif», à «protéger»

Paris, Transports, Tourisme, EconomieRude début de semaine, décidément, pour la corporation des taxis. Depuis hier, elle se mobilise contre le développement en province d'UberPOP, le service qui permet aux particuliers d'arrondir leurs fins de mois en jouant les taxis. Hier soir, un tribunal administratif a suspendu l'expérimentation d'une voie dédiée aux taxis, sur l'autoroute A 1 (relire ici). En attendant de juger sur le fond, il a jugé recevable sur la forme le recours des sociétés de véhicules avec chauffeur (VTC), qui n'ont pas accès à cette voie dédiée.

En plus, hier toujours, l'Autorité de la concurrence a validé () le projet d'instauration d'un forfait pour les courses entre les aéroports de Roissy/Orly et Paris, forfaitarisation à laquelle les taxis s'opposent (relire ici).

A ses yeux, «le système actuel de tarification est particulièrement complexe pour le consommateur, et notamment pour le consommateur non parisien ou le touriste étranger». Cette complexité «contribue à créer un sentiment de défiance envers les taxis», voire incite à «la fraude». C'est ce qu'on appelle la "course d'approche": la facturation au client du trajet et du temps que le taxi qu'il a commandé met pour venir le chercher. Ce client, «lorsqu’il entre dans le véhicule, découvre un montant variable, pouvant être très élevé, alors qu’aucune prestation ne lui a encore été rendue et qu’il ne dispose d’aucun moyen pour en contrôler l’exactitude». Or, la facturation de cette course donne parfois lieu à une «fraude consistant pour le conducteur à prendre des détours, tant qu’il n’est pas visible du client, afin d’augmenter le montant facturé».

L'Autorité met aussi en lumière les aléas du système actuel de tarification des taxis parisiens, qui combine un tarif kilométrique avec un tarif horaire. Cette méthode «incite le chauffeur à sélectionner les tranches horaires où la circulation est fluide et où le parcours à une vitesse élevée est probable». Et donc à délaisser les courses où il risque de perdre du temps dans les embouteillages. Or, ces heures de pointe sont «précisément des heures de forte demande», de la part des clients.

Paris, Transports, Tourisme, EconomieEn outre, «les courses longues vers ou depuis les aéroports sont réputées plus rémunératrices que les autres trajets, de sorte que les taxis sont incités à rester positionnés aux sorties d’aéroports», au lieu d'aller en ville répondre à la demande des clients. Une étude de 2005 a montré qu'«à 8 heures du matin, près de 30% des taxis en attente se trouvent dans un aéroport, alors que c’est l’heure où la demande exprimée mais non servie à Paris serait la plus forte (plus de 16%)».

Bref, ces forfaits Roissy/Orly-Paris s'imposent, vu la «nécessité de protéger le consommateur, et notamment le touriste étranger, qui est captif lors de son arrivée aux aéroports». Captif? Car des modes de transport collectif alternatifs aux taxis existent, «mais présentent des inconvénients en terme de temps ou de confort, compte tenu par exemple des bagages à transporter». Et car les touristes étrangers non francophones et pas au courant des subtilités des tarifs des taxis parisiens sont «le plus fréquemment la cible des taxis clandestins situés aux abords des aéroports, ou des fraudes».

08/06/2015

Une envolée saisissante

Les médias français l'ayant peu fait, ce week-end, évoquons ces quelques chiffres. Puisqu'il n'y a pas de raison que la transparence ne s'applique pas également à ce domaine d'activité-là.

En remportant le tournoi de Roland Garros hier, Stan Wawrinka a empoché la coquette somme d'1,8 million d'euros. Ce qu'avait également fait Serena Williams, la veille. Puisque, dans ce secteur professionnel-là au moins, il y a égalité salariale entre hommes et femmes. Leurs adversaires malheureux, eux, ont dû se contenter – si l'on ose dire – de 900.000 euros chacun.

La Fédération française de tennis (FFT) rappelle régulièrement que, de tous les tournois du grand chelem, Roland Garros est loin d'être le mieux doté. Il n'en a pas moins connu, ces dernières années, une saisissante évolution à la hausse de ses dotations. Ainsi, cette année, elles ont atteint plus de 28 millions d'euros. Soit une hausse de 12% par rapport à l'an dernier. Entre 2013 et 2014, déjà, la dotation globale du tournoi avait augmenté de 13,7%. Et, entre 2012 et 2013, elle avait crû de 17%. Au total, donc, cela nous fait une hausse de plus de 40% en trois ans.

La FFT craindrait-elle que cela ne soit pas forcément bien pris par l'opinion française, où nul ne jouit de tels privilèges? Dans sa communication officielle sur le sujet, en tout cas, elle a pris soin de préciser que, «comme en 2013 et 2014, l'augmentation (de dotation) la plus significative concerne les perdants des 2e, 3e et 4e tours, qui voient leur rémunération augmenter de 16 à 19% par rapport à l'an dernier».

L'histoire ne dit pas s'il faut considérer ce traitement de faveur accordé aux derniers de la classe du tournoi parisien comme un vil «nivellement par le bas» – pour reprendre l'expression favorite de l'opposition sarkozyste, dans ses critiques des réformes éducatives menées par le gouvernement.

05/06/2015

Un patrimoine parisien séculaire

Economie, Patrimoine, Histoire, Paris, Gouvernement Ne pas achever la semaine sans faire écho à ce qui est une bonne nouvelle, pour notre quartier Bastille. Un de ses savoir-faire séculaires pourrait se voir reconnu à sa juste valeur, et protégé en conséquence.

Le gouvernement, en effet, vient de faire paraître un décret qui étend le dispositif de reconnaissance régissant les Appellations d'origine contrôlée (AOC): le label qui distingue et protège les spécialités gastronomiques régionales (le chabichou du Poitou, la noix du Périgord, le brie de Meaux, etc.). Désormais, cette démarche compte une déclinaison appelée les «Indications géographiques». Celles-ci reconnaissent et protègent les produits manufacturés et ressources naturelles «liés à un territoire par des caractéristiques, un savoir-faire ou un procédé de fabrication». La porcelaine de Limoges, par exemple, ou le savon de Marseille, ou encore la dentelle de Calais.

Le rapport avec notre bon vieux quartier Bastille? Ce label pourrait s'appliquer au Faubourg Saint-Antoine. En l'occurrence, aux meubles et produits d'ébénisterie traditionnelle créés par les artisans qui travaillent dans les ateliers situés dans les cours et passages donnant sur la rue du Faubourg Saint-Antoine: le boulevard qui relie les places de la Bastille et de la Nation.

Pour la petite histoire, la tradition de ces artisans parisiens remonte à très longtemps. Dès 1657, autorisés à ce faire par Colbert, ils adaptèrent les créations des ateliers royaux et, s'écartant du seul recours à l'essence de chêne, innovèrent en recourant également à l'acajou, à l'ébène et même au bronze et à la marqueterie. La production de la corporation des ébénistes du Faubourg Saint-Antoine atteint son apogée à la fin du XVIIIe, puis survécut vaille que vaille, au fil des siècles.

Economie, Patrimoine, Histoire, Paris, Gouvernement Aujourd'hui encore, dans les vieux passages du XIe arrondissement (passages du Chantier, des Trois frères, de la Bonne graine, etc.), ces artisans perpétuent cette si vieille tradition.

Leurs ateliers donnent une idée pittoresque de ce qu'était le XIe populaire avant sa boboïsation et son invasion par le commerce mondialisé: les Nike, Gap, Zara, H&M, Starbucks, etc.

Alors, sûr que, pour continuer à survivre, les vieilles corporations comme celle des ébénistes du Faubourg Saint-Antoine ont besoin de bien d'autres choses encore que juste d'un label: une politique globale en faveur de l'artisanat, par exemple, davantage de formations pour les jeunes désireux de se lancer dans ces métiers, etc. Mais sans doute est-ce déjà cela.

02/06/2015

Une idée reçue, contredite

Voilà une étude qui tord le cou à un cliché que l'on applique souvent à la France. Pays dont on a coutume de dire qu'il concentrerait ses pauvres en périphérie – dans les banlieues, pour parler clair –, les centres urbains étant, eux, plus favorisés. Pays qui, donc, serait dans une situation exactement inverse de celle de la Belgique. Où les centres urbains sont fréquemment plus dégradés que les banlieues, elles pas rarement vertes et aisées.

Concernant la France, en tout cas, cette idée reçue est très largement à relativiser.

Ainsi, les dernières données en date de l'Institut de la Statistique (Insee) sur le niveau de vie des Français attestent que la pauvreté est également «très présente dans les villes-centres des grands pôles urbains». En effet, ces zones concentrent des catégories de population qui sont souvent les plus rapidement frappées par la crise et par le déclassement social: familles monoparentales, familles nombreuses et ménages jeunes. En termes de chiffres, voilà le tableau: «C'est généralement dans les villes-centres des grands pôles urbains, ainsi que dans les moyens et petits pôles, que la pauvreté pour ces catégories de ménages est la plus fréquente. Elle y concerne en moyenne autour de 27% des personnes parmi les ménages jeunes, 35% parmi les familles monoparentales, et, parmi les ménages de cinq personnes ou plus, respectivement 37% des personnes dans les villes-centres et autour de 27% dans les moyens et petits pôles» urbains.

C'est notamment en région parisienne que les disparités de niveaux de vie sont les plus marquées. C'est là que «se trouvent à la fois les départements ayant le plus fort et le plus faible taux de pauvreté». Paris, bien sûr, n'échappe pas à cette très grande dualité. Dans la «Ville lumière», «le niveau de vie au-dessus duquel se situent les 10% de personnes les plus aisées est en moyenne près de 6,7 fois supérieur à celui en dessous duquel se trouvent les 10% les moins aisés, contre un rapport de 3,5 en moyenne sur l'ensemble de la population» nationale.

Au passage, lors des élections régionales de décembre, il sera intéressant de voir comment la gauche va se débrouiller pour tenter de défendre un si piètre bilan, en termes de dualisation sociale de la région parisienne. Puisque ce sont les socialistes et leurs alliés qui gèrent cette région, depuis maintenant près de vingt ans (1998).

28/05/2015

Une fausse bonne idée?

Transports, Police, Economie, Personnalités, Elections régionales Obliger les usagers des transports publics à avoir une pièce d'identité sur eux. C'est l'une des idées de campagne de l'ex-ministre sarkozyste Valérie Pécresse. Qui, pour la droite, brigue la présidence de la région parisienne, en vue des élections régionales de décembre.

L'objectif affiché est de mieux lutter contre la fraude dans les transports. Aujourd'hui, neuf amendes sur dix infligées aux resquilleurs ne sont pas payées. Les intéressés donnant très souvent des identités et des adresses fantaisistes aux contrôleurs, les amendes ne leur parviennent jamais. Valérie Pécresse espère donc, via cette mesure, augmenter le taux de recouvrement de ces amendes.

Une partie de son raisonnement est d'une logique imparable: on peut très bien obliger les usagers du métro ou du RER à avoir une pièce d'identité sur eux, puisqu'on impose bien aux passagers des compagnies aériennes d'avoir leur passeport, et aux automobilistes de détenir leur permis de conduire et les documents du véhicule. Et il est vrai qu'en région parisienne, la fraude entraîne chaque année un manque à gagner de 400 à 500 millions d'euros, ce qui n'est pas rien pour les sociétés de transports. Mais une telle réforme, mine de rien, entraînerait un changement qui n'est pas mince.

Aujourd'hui, la loi permet aux contrôleurs des sociétés de transports ou autres vigiles et agents de sécurité de réclamer qu'on décline son identité. Mais elle ne les autorise pas le moins du monde à exiger que l'on produise une pièce d'identité, pour prouver celle-ci. C'est la prérogative des forces de l'ordre.

Transports, Police, Economie, Personnalités, Elections régionales Selon nombre de juristes, étendre cette possibilité à d'autres professions également nécessiterait probablement plus qu'une simple proposition de loi, et pourrait même poser des difficultés constitutionnelles.

Du reste, les syndicats des personnels des sociétés de transports ne sont globalement pas du tout demandeurs d'une telle évolution. Ils redoutent qu'elle conduise à terme à ce que des missions de police soient confiées à leurs agents, alors qu'ils n'ont aucunement été formés pour cela.

06/05/2015

Une «maladresse», on va dire

Une chaîne de télé française rappelée à l'ordre à propos d'un commentaire déplacé relatif à des citoyens belges. Ce n'est pas si fréquent, et pourtant cela vient de se passer.

Hier soir, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait savoir () qu'il était intervenu auprès de LCI: la chaîne d'info continue du groupe TF1. En cause, un sujet qu'elle a diffusé en boucle, relatif au scandale d'évasion fiscale qui éclabousse la banque suisse HSBC. Le journaliste de LCI, évoquant le type de clients de la banque impliqués dans cette affaire, a cru bon de les énumérer de la sorte: «Dans cette banque-là, il y avait des trafiquants d’armes internationaux, des trafiquants de drogue. Il y avait des gens qui ont financé Al-Qaïda. Il y a des diamantaires juifs d’Anvers qui avaient des comptes très importants à Genève».

Pour le "gendarme de l'audiovisuel", «faire état de la judéité des personnes mises en cause, dans une énumération faisant référence à des trafiquants d’armes, de drogue et des personnes ayant financé Al Qaïda, peut contribuer à alimenter les amalgames et à encourager les discriminations». Or, LCI et toutes les radios et télés françaises en général sont contractuellement tenues de «respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public» de «ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité», et de «promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité».

Le CSA attribue cet écart, non à une volonté délibérée, mais à la «maladresse» du commentateur concerné. Préférons, en effet, pour le bon moral de tout le monde dans ce pays, voir les choses sous cet angle.

29/04/2015

Un «métier d'avenir» (paraît-il)

Si d'aventure ce blog est lu par des étudiant(e)s en journalisme et en communication, voilà qui va les intéresser. En France, ces secteurs sont officiellement considérés comme des «métiers d'avenir». Puisqu'ils figurent dans le volumineux rapport sur "Les métiers en 2022", qu'a publié hier le très sérieux institut "France Stratégie": le nom un peu moins technocrate qui est désormais celui de l'ex-Bureau du Plan.

Ce document examine les perspectives d’embauches par métier, d'ici à 2022. Il table sur «l’essor des métiers de la communication, de l’information, de l’art et des spectacles», étant donné la croissance attendue de la communication multimédia, des activités audiovisuelles, et de la consommation de services de loisir.

La France compte actuellement 170.000 professionnels de la communication et de l’information. 97.000 emplois supplémentaires devraient être créés dans ces métiers sur la période 2012-2022, «soit une hausse annuelle moyenne de 1,6%, bien supérieure à celle projetée pour l’ensemble des métiers (0,7%)». On n'embauchera pas spécialement dans la presse écrite, secteur «connaissant une crise depuis dix ans, en raison de la chute du nombre de lecteurs et de la mutation du modèle économique consécutive à l’avènement du numérique». En revanche, «les métiers de la communication et de la publicité, qui ont eux réussi à s’adapter au numérique», pourraient connaître des scénarios «de nature à dynamiser encore l’emploi».

Bien entendu, pour faire partie des heureux élus, il faudra avoir des «compétences numériques», qui «seront de plus en plus indispensables». Et habiter Paris plutôt que le Limousin, ces métiers étant «très concentrés géographiquement» («En 2010, l’aire urbaine de Paris regroupe 54% des professionnels de l’information et de la communication»).

Voilà donc les futurs grands communicants de demain prévenus.

 

PS: Juste, on trouve discutable d'amalgamer en une seule catégorie, comme le fait "France Stratégie", les «métiers de la communication, de l’information, de l'art et des spectacles». D'abord, que l'on sache, le journalisme est rarement de l'art. Surtout, l'associer aux spectacles donne l'impression de cautionner le désastreux engouement de la presse pour l'"infotainment" (= l'info divertissement), si misérablement racoleur.

28/04/2015

Une idée fixe, toujours aussi discutée

Musées, Culture, Arts, Economie, GouvernementAvec le printemps et les beaux jours, c'est aussi, à Paris, le retour d'une idée fixe qui, décidément, d'une année à l'autre, ne passe visiblement pas.

A savoir, la décision prise l'an dernier par Le Louvre (relire ici, par exemple) de mettre entre parenthèses, pendant la haute saison touristique, le système en vigueur depuis 1998, qui veut que l'accès aux collections permanentes de tous les musées soit gratuit chaque premier dimanche du mois. En vertu de cette réforme, ce dimanche 3 mai – puisqu'on est désormais en haute saison –, les visiteurs du plus grand musée du monde devront payer. Il faudra attendre début octobre pour retrouver la gratuité dominicale d'accès à ces collections, une fois par mois.

Pour l'association Louvre pour tous, c'est un «symbole fort et quelque part désespérant». Car, «si les conditions de visite sont ce jour-là parfois pénibles pour les visiteurs et pour les personnels, le premier dimanche du mois gratuit au Louvre est une rare réussite de cette démocratisation culturelle tant recherchée et tant vantée par les politiques de tous bords». Dès lors, une pétition () a été lancée, pour réclamer la levée de cette restriction saisonnière de la gratuité d'accès. Elle a déjà recueilli quelques milliers de signatures.

En revanche, on attend toujours de connaître l'avis sur la chose de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Qui, à moins que cela nous ait échappé, ne s'est pas encore prononcée sur cette réforme si discutable. Sans doute a-t-elle d'autres chats à fouetter, qu'elle juge plus prioritaires.

22/04/2015

Une nouvelle offensive

paris,transports,tourisme,economie,environnementUne nouvelle étape, dans l'impitoyable guerre des prix que se livrent les compagnies aériennes traditionnelles et leurs rivales à bas coût. Cette fois, l'escarmouche a lieu sur le champ de bataille parisien. Elle oppose Air France à EasyJet. Et concerne le business très lucratif des navettes entre la capitale française et l'aéroport de Roissy CDG.

Aujourd'hui, seules deux possibilités s'offrent à qui n'est pas motorisé, souhaite se rendre à Roissy, mais ne veut prendre ni le RER (avec la qualité de service qu'on lui connaît), ni le taxi (dont coût, une cinquantaine d'euros). Soit le Roissybus, opéré par la RATP à un tarif analogue à celui du RER (11€). Soit les cars Air France, plus confortables mais plus chers: 17€ voire 17.50€, en fonction du lieu parisien de départ ou d'arrivée. Un gros changement est annoncé, à partir du mois prochain. Si l'on s'y prend un peu à l'avance, on pourra effectuer un tel trajet pour... six à huit fois moins cher.

EasyJet, en effet, a décidé de casser les prix, sur ce marché. Le 15 mai, sa filiale EasyBus inaugurera un service de navettes reliant directement Roissy au quartier Louvre-Palais Royal, pour un tarif de départ de... 2 euros. Ces minibus de 16 places opéreront 80 rotations par jour, à raison de deux par heure. Leur réservation se fera uniquement par internet (). En vertu du principe régissant le low cost, plus l'on réservera à l'avance, plus le tarif sera avantageux. Quelque 26.000 sièges sont d'ores et déjà mis en vente, depuis le 31 mars dernier. Ces minibus seront prioritairement destinés aux passagers voyageant sur EasyJet, mais ils seront accessibles également aux clients d'autres compagnies aériennes. La société opère déjà de telles navettes à bas coût à partir ou vers les aéroports de Genève, Gatwick, Luton et Stansted.

L'histoire ne dit pas (encore) si ces minibus carbureront ou non au diesel. Et donc s'ils contribueront ou pas à gratifier les touristes qu'ils transportent d'une atmosphère parisienne encore un peu plus polluée qu'à son habitude. En tout cas, au moment où la mairie entend interdire le centre-ville aux cars de tourisme, si polluants, les professionnels du secteur semblent avoir déjà trouvé la parade: les minibus.

08/04/2015

Un geste «exceptionnel» et «provisoire»

Paris, Social, Economie, Etrangers, Immigration, Femmes, GouvernementCela ne concerne qu'une poignée de travailleurs, mais évoquons cette nouvelle, puisqu'ils sont à l'origine d'un conflit social d'une durée qu'on n'avait plus vue depuis longtemps à Paris. Et puisque leur sort a révélé des pratiques qu'on croyait d'un autre âge – ou, du moins, cantonnées à des pays qui ne revendiquent pas d'être la cinquième puissance économique mondiale.

Ils, ou plutôt elles. Car il s'agit de femmes. Les employées d'un salon de coiffure "afro" du Bd de Strasbourg, pas loin de la gare de l'Est, dans le 10ème arrondissement. La préfecture de police de Paris et le ministère de l'Intérieur ont décidé, à titre «exceptionnel», de leur octroyer des autorisations de travail provisoires (d'une durée de trois mois).

Depuis l'été 2014 (relire , notamment), une quinzaine de ces femmes occupent leur salon de coiffure, pour dénoncer l'exploitation dont elles ont longtemps été victimes. Elles y travaillaient tout en n'étant pas déclarées par leur employeur. Etaient payées "à la tâche", ce qui est illégal. Gagnaient un salaire de misère (400 euros par mois, environ), pour des semaines de travail de 7 jours sur 7, et des journées de 9 heures à 23 heures. Ces cadences de dingues et ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitaient bien sûr pas les démarches en vue de leur régularisation – s'agissant d'étrangères sans-papiers. Après avoir très temporairement obtenu de leur employeur la reconnaissance de leur statut de salariées, elles ont vu leur salon mis en liquidation. La justice est désormais saisie de l'affaire. Plainte a été déposée pour, excusez du peu, traite d'êtres humains, faillite frauduleuse, escroquerie, conditions de travail indignes et abus de vulnérabilité. L'an dernier, le ministre de l’Intérieur lui-même, Bernard Cazeneuve, avait dit l'«indignation» que lui suscitait cette «affaire épouvantable» de «femmes exploitées dans des conditions indignes, par des véritables réseaux de la traite des êtres humains».

Son ministère n'en vient pas moins de préciser que le geste en leur faveur ne constituait nullement une régularisation. Les personnes concernées «devront ensuite trouver un emploi déclaré, pour poursuivre la procédure» en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Le syndicat qui défend ces travailleuses – et voit dans leur sort l'illustration d'un «système mafieux» – a décidé () de poursuivre l’occupation du salon. Au moins jusqu'à ce que les récépissés ad hoc aient bel et bien été adressés aux intéressées.

17/03/2015

Une disparition, si symbolique

La nouvelle avait été éventée à la fin février, et elle vient d'être confirmée: Saint-Germain des Prés va définitivement perdre ce qui a toujours été la librairie le plus célèbre de ce quartier.

La Hune avait été fondée en 1949, par des intellectuels issus de la Résistance. Longtemps située Boulevard Saint-Germain, entre les fameux cafés de "Flore" et des "Deux Magots", elle incarna, pendant des décennies, l'esprit originel de la rive gauche. Ce Paris de la culture et des lettres, renommé dans le monde entier. Ce Saint-Germain mythique, avant que, dès les années 2000, il soit grignoté puis quasi intégralement phagocyté par le business de la fripe mondialisée (les H&M, Zara, etc.).

Rachetée par Flammarion en 1976, La Hune avait quitté son siège historique en 2012, pour s'établir quelques artères plus loin: au coin de la rue de l'Abbaye. Ce qui permit à Madrigall (le groupe né du rachat de Flammarion par Gallimard) de louer à prix d'or (à Vuitton) sa surface du Boulevard. Mais la clientèle de la librairie n'a jamais vraiment suivi. L'évolution des habitudes de consommation culturelle (succès des librairies en ligne, etc.) a achevé de faire plonger le chiffre d'affaires. La direction a alors tenté de redresser les comptes, en réduisant les effectifs. Cela n'a pas suffi. Dès cet été, donc, La Hune devrait fermer ses portes. Et céder la place, possiblement, à une galerie qui vend de la photo bon marché.

Les habitants du quartier et les amateurs de littérature sont, évidemment, consternés. Comme tous ceux qui se faisaient encore une idée (passéiste?) d'un certain Paris. La maire et son équipe ont été saisies par l'opposition de gauche, houspillées pour que la Ville (propriétaire des locaux de la rue de l'Abbaye) se bouge, sur ce dossier. S'arrange pour, au minimum, «garantir la présence pérenne d'une librairie à l'emplacement de La Hune».

C'est encore loin d'être acquis. Mais sans doute serait-ce déjà cela.

16/03/2015

Une envie de départ

Paris, Art de vivre, Economie, EnvironnementHuit habitants sur dix de Paris et de sa région rêveraient d'habiter ailleurs: aimeraient déménager dans une autre région de l'Hexagone. C'est l'enseignement majeur, assez choc, d'une étude qui vient d'être rendue publique. Cela fait à peu près 8 millions d'habitants qui souhaiteraient aller voir ailleurs – ce qui n'est tout de même pas rien.

Ce qui motive principalement ces Parisiens et banlieusards qui sont candidats au déménagement? Une double envie: un coût de la vie moindre, et une qualité de vie meilleure. Rien d'étonnant, cela dit, à ce dernier égard, au-delà d'une certaine image de carte postale, largement surfaite, dont ont toujours bénéficié la «Ville lumière» et – moins – sa région. Dans les faits et au quotidien, la qualité de la vie y est très perfectible. Pour ne prendre que ce seul exemple – mais il y en a tant d'autres qu'on pourrait mettre en avant – , un épisode de pollution atmosphérique est à nouveau prévu (ici) pour la capitale française, demain mardi. Si l'on compte bien, ce n'est jamais que... le huitième, en moins d'un mois.

D'ailleurs, dans la dernière édition en date d'un classement annuel international sur la qualité de vie dans 230 villes du monde, publiée il y a peu, Paris n'apparaît qu'à la 27e position. Certes, elle devance nettement sa grande rivale européenne, Londres (40e). Mais elle arrive aussi très loin derrière des cités comme Vienne, Zurich, Munich, Düsseldorf, Francfort, Genève ou Copenhague.

Et on serait le dernier à parier que l'année prochaine, la «Ville lumière» occupera une position plus avantageuse, dans ce palmarès.

13/03/2015

Un coût de la vie (un peu) amoindri

Tout au long de la semaine, les médias français ont fait un grand écho (voir par exemple ici, ou ), à cette étude qui, il est vrai, a officialisé un tournant, s'agissant de Paris.

Pour la première fois depuis d'innombrables années, les loyers sont en baisse y compris dans la «Ville lumière», qui rejoint donc la tendance générale du reste de la France. Cette baisse est même de 3,5%.

Il faut toutefois nuancer cette bonne nouvelle pour les locataires. D'une part, le niveau moyen du marché immobilier parisien, locatif comme acquisitif, reste prohibitif pour le commun des mortels. D'autre part, cette baisse qui était attendue depuis si longtemps ne signifie pas que le coût de la vie, au global, soit subitement devenu abordable, dans la capitale française.

C'est même plutôt le contraire, s'il faut en croire une autre étude, elle internationale, publiée dernièrement. Elle analyse le coût moyen de quelque 160 produits et services, dans 133 villes du monde. Et là, rien ne change, par rapport à l'année dernière. Paris pointe toujours à la deuxième place de ce classement mondial. Seule Singapour affiche un coût de la vie plus élevé que celui de la capitale française. Celle-ci devance y compris des cités notoirement pas bon marché comme Oslo, Zurich ou Sydney.

Mais bon, les loyers parisiens sont donc en baisse de 3,5%. Sans doute est-ce déjà cela.

11/03/2015

Un flou artistique

La menace terroriste qui pèse sur la France demeure «élevée». C'est le constat, sans surprise, qu'a fait ce matin le Conseil de Défense. François Hollande l'a réuni à l'Elysée, pour faire le point notamment sur «les moyens de l’Etat mobilisés pour assurer la sécurité de nos concitoyens». Comme attendu, il a été décidé de «maintenir l’engagement des armées sur le territoire national à hauteur de 10.000 militaires, en soutien des forces de sécurité du ministère de l’Intérieur. 7.000 d’entre eux sont déployés dans la durée, principalement pour la surveillance et la protection de sites à caractère confessionnel particulièrement menacés».

Ces sites sensibles sont au nombre de 830. Sur le terrain, cela dit, leur protection est à géométrie variable. On l'avait noté l'autre jour, s'agissant de notre onzième arrondissement (relire ), et c'est toujours valable aujourd'hui.

Reste un point tout de même, sans doute évoqué ce matin à l'Elysée, mais sur lequel rien n'a été communiqué. Et pour cause, c'est un point délicat. Le coût de cette mobilisation sécuritaire «exceptionnelle».

L'opération «Sentinelle», puisque c'est le nom de code qui lui a été donné, engendre un surcoût d'«à peu près un million d'euros par jour», pour l'Etat. C'est le ministre de la Défense lui-même qui a donné le chiffre, dernièrement. En cours depuis la mi-janvier, elle a donc déjà nécessité plus de 50 millions dépensés. L'exécutif a assuré qu'elle se poursuivrait encore pendant «plusieurs mois». Cela renchérira l'addition au minimum d'une centaine de millions.

Pourquoi pas. Mais, à cette heure, aucune explication claire n'a encore été donnée par les autorités, sur la manière dont ces dépenses seront compensées – puisqu'il n'est pas question d'accroître les déficits publics. Dans quels budgets, dans quels délais, et au détriment de quels projets l'Etat va-t-il aller puiser tous ces millions consacrés à «Sentinelle»? Mystère. Flou artistique.

Cela promet pour ce printemps, lors du traditionnelles opérations de contrôle budgétaire.