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06/09/2010

Un programme

C'est certainement un sujet très accessoire, en ces temps de tension sociale à Paris et en France plus généralement. N'empêche, ce sujet nettement plus anecdotique pose questions. Il concerne le vaste programme de mécénat que vient de relancer le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, relatif aux infrastructures du Jardin des Plantes.

Cet espace vert magnifique est fréquenté chaque année par plus de 5 millions de visiteurs. Ses allées sont parsemées de 255 bancs, qui doivent être rénovés. Le programme "Parrainez un banc du Jardin des Plantes" ambitionne donc «d'impliquer les amoureux du Jardin, de leur permettre de contribuer à la valorisation de ce lieu, et de témoigner ainsi de leur engagement en faveur d'une institution dédiée à la protection de la biodiversité et de l'environnement». En échange d'un chèque de 1800 euros (pour un banc simple) ou de 3600 euros (pour un banc double), les généreux parrains pourront donc, aux pieds du banc que leur mécénat aura permis de rénover, apposer une plaque avec leurs noms ainsi qu'une petite dédicace.

De cette initiative, on ne sait pas trop que penser. Côté pile, en effet, pourquoi pas associer les amoureux de cet espace vert à sa valorisation, a fortiori si cela peut permettre le maintien en bon état de ce fleuron du patrimoine végétal parisien. Mais, côté face, en tout cas dans un monde idéal (à savoir sans austérité budgétaire, sans déficits publics colossaux, sans crise économique, etc.), l'entretien des espaces verts et de leurs infrastructures, qui plus est si ces espaces verts sont classés, devrait tout de même incomber avant tout aux pouvoirs publics. Vu toutes les autres priorités (sociales, etc.) sans doute plus importantes de l'Etat, cette privatisation de facto de l'entretien du patrimoine est-elle, à terme, inévitable? Aujourd'hui, il ne s'agit que de privatiser l'entretien de choses aussi basiques que des bancs publics. Mais demain à Paris – comme déjà à Tokyo, par exemple –, ne pourra-t-on plus admirer une statue dans un parc ou un tableau dans un musée sans qu'à côté, figure la sempiternelle plaquette en l'honneur du mécène ayant financé sa restauration? Et, si oui, faut-il s'y résoudre, s'en réjouir ou s'en désoler?

24/10/2007

Un nettoyage

bb323963d83d10095ba8cfbd6e8c6fac.jpgLes forces de l’ordre ont évacué puis démantelé ce matin un campement de tentes établi en bordure du périphérique, pas loin de la porte de Bagnolet. L’opération, imposante, a mobilisé des dizaines d’agents. A Paris intra-muros, on traite plus discrètement le problème des mal-logés. On se l’est encore dit hier en descendant le canal Saint-Martin, le long duquel les SDF avaient été si nombreux à venir planter leurs tentes, l’hiver dernier.

Ainsi, à la hauteur de la rue des Ecluses, les pelleteuses sont en train de s’activer. Officiellement, il s’agit d’aménager un joli square à flanc de canal, avec arbres, plantations et tout et tout. Dans les faits, constatent des élus locaux, les lieux seront réaménagés de telle sorte que des tentes de SDF n’auront plus physiquement la possibilité de s’y installer.

La mairie de Paris n’apprécie pas qu’on la soupçonne de vouloir ainsi mener une discrète «chasse aux pauvres». Et juge que les nombreuses solutions d’hébergement pour les SDF qu’elle a mises en place depuis un an, dans ce quartier comme ailleurs, témoignent de ses bonnes intentions en la matière.

455d2c2d6faaa6b5b75515481ff44c1e.jpgIl n’empêche, quelques dizaines de mètres plus haut toujours le long de ce canal, non loin de la station de métro Jaurès, elle a fait couler des dizaines de blocs de béton, par ailleurs très peu esthétiques, à un autre endroit où, l’hiver dernier, nombre de SDF avaient installé un campement. La conséquence de cet aménagement est identique: cet hiver-ci au moins, on n’y verra pas la moindre tente.

Ce genre de dispositif fait un peu penser aux potelets qu’avait installés, il y a quelques hivers, le magasin de meubles «Habitat» devant ses vitrines, place de la République. Là où les clochards et autres mendiants avaient pris la mauvaise habitude de venir s’asseoir pour quêter. Sans doute les responsables de ce magasin ont-ils jugé ce voisinage peu attractif pour leurs clients.

Cela fait aussi penser aux banquettes que la RATP installe désormais systématiquement dans ses stations de métro rénovées. Elles sont affublées d’accoudoirs. Accoudoirs purement décoratifs et qui ne servent à rien puisqu’ils sont placés beaucoup trop bas pour que les personnes assises sur ces banquettes puissent y reposer les coudes. Mais qui ont sans doute l’avantage de gêner les miséreux qui voudraient s’allonger là.

f8c67a0646d96f76c4779f1eb6cae222.jpgPour éloigner les nécessiteux du regard, il y a donc d’autres solutions, moins tapageuses, que le «Malodor», ce puissant répulsif que la mairie d’Argenteuil avait fait vaporiser l’hiver dernier dans les endroits où s’attroupaient les SDF, avant de devoir faire marche arrière vu le tollé suscité par cette initiative assimilant peu ou prou des êtres humains à des insectes nuisibles à éradiquer.

Tiens, au bas de ce canal Saint-Martin, un artiste a peint une fresque représentant des naufragés stylisés, entassés sur une embarcation de fortune, tendant désespérément les bras vers le ciel, agitant autant de mouchoirs blancs symboles de demandes d’aide et de soutien.

02/10/2007

Une résolution

84c472961af8bb0ee5a5effcf4c1ea8f.jpgDepuis ce week-end à Paris, on peut surfer à l’aise et à l’œil sur internet depuis la plupart des parcs, jardins et lieux publics (bibliothèques, musées, mairies d’arrondissement, maisons des associations, etc.).

Déjà amorcé en juin, le projet «Paris Wifi» qui a été finalisé samedi offre aux Parisiens 400 points de connexion Wifi disséminés dans 260 lieux différents (voir la carte ici).

On a illico essayé ce nouveau dispositif. Cela marche! Mais la capacité de la ligne n’est que de 6 Mo. La durée de connexion est limitée  à 2 heures au maximum. Elle n’est possible que pendant les heures d’ouverture des lieux concernés. Il ne s’agit pas d’un réseau de longue portée (la ligne se perd donc dès que l’on s’écarte des bornes délimitées). Enfin, certains sites web (pour adultes) sont interdits d’accès. Toutes ces restrictions ont été mises en place à la fois pour ne pas enfreindre la législation sur la concurrence et pour ne pas énerver France Telecom, qui hurlait d’autant plus à la concurrence déloyale contre cet internet public et gratuit que cet opérateur a vu le marché du projet lui échapper au profit de SFR.

Plus précisément, on a essayé «Paris Wifi» place des Vosges, à deux pas du bureau. Cela marchait tellement bien qu’on s’est dit que, pourquoi pas, aux beaux jours, on pourrait de temps à autres, quand on ne serait pas trop à la bourre, venir rédiger des articles ici. L’idée de travailler dans un cadre aussi sublime que cette place, ou dans des espaces verts tout proches qu’on adore comme le square du Temple, était vraiment très excitante.

c67d84d9b54f56d5820072d5c4556ed1.jpgPuis, on a levé les yeux de l’écran pour profiter du panorama, et cette perspective théoriquement séduisante s’est écroulée tout d’un coup.

«Paris Wifi» vient à peine d’être lancé. Place des Vosges hier pourtant, pendant la pause déjeuner, on y comptait déjà une bonne demi-douzaine d’internautes rivés à leur ordinateur portable. Le cachet de l’endroit et l’esprit de détente des lieux, s’est-on dit, ne survivraient pas à la présence constante de dizaines d’employés de bureau affairés sur leurs claviers, sans doute hurlant en même temps dans leur téléphone.

On a donc pris une bonne résolution: on ne reviendra plus jamais avec un ordinateur dans un jardin de Paris.

24/09/2007

Un léger doute

caf7a874fbc5cf96294a30e8a0b4ffd1.jpgOn a fait une moue légèrement dubitative ce week-end, à la lecture des conclusions de la dernière étude du magazine «Sélection» du Reader's Digest sur les villes du monde les plus respectueuses de l’environnement. Cette étude, qui recense des données émanant d’organismes comme l’Union internationale des transports ou la Banque mondiale, classe Paris comme la quatrième ville du monde la plus verte derrière Stockholm, Oslo et Munich – Bruxelles n’arrivant qu’à la seizième place.

Un coup d’œil au classement montre qu’en guise de critères, on a vraiment additionné des pommes et des poires. Sans doute l’application de réglementations anti-tabac est-elle, sur le plan des principes, importante. Mais mettre ce critère sur le même pied que la pollution atmosphérique ou la superficie d’espaces verts est méthodologiquement contestable. On remarque aussi que certains critères environnementaux pourtant importants en ville (comme les nuisances sonores) n'ont étrangement pas été pris en compte. De même, les chiffres globaux ne traduisent que peu le ressenti environnemental des habitants. Ainsi, si Paris est bien classée en matière de superficie d’espaces verts, c’est vraisemblablement parce qu’elle jouit sur ses deux flancs des deux immenses bois de Boulogne et de Vincennes. Mais quotidiennement, ce privilège profite tout de même peu aux habitants des arrondissements centraux les plus densément peuplés (comme le onzième), qui manquent eux cruellement d’espaces verts. Pareillement, la bonne performance alléguée en matière de pollution de l’air par les particules ne devrait pas faire oublier certaines situations ponctuelles manifestement plus alarmantes (relire ici ou ).

Cette étude alimentera en tout cas l’image de la France pays où il fait bon vivre. En effet, outre Paris, trois autres villes hexagonales ont réussi à figurer dans le classement: Lyon à la septième place, Nantes à la neuvième et Marseille à la trente-septième, cette dernière ville occupant même le cinquième rang mondial en matière d’espaces verts.

20/09/2007

Un non-dit

e50858cc3625209d8fcf446dc2fc0c76.jpgC’est la controverse de la journée. Bertrand Cantat, incarcéré depuis 2003 pour avoir frappé à mort Marie Trintignant, doit-il ou non bénéficier d’une libération conditionnelle? La requête du chanteur de «Noir Désir» est examinée ce jeudi par le juge d’application des peines. La famille de la comédienne décédée s’oppose à sa remise en liberté.

A Paris depuis l'an dernier, dans le Marais Saint-Paul, un espace vert honore la mémoire de Marie Trintignant. Le petit square, cela dit, n’est vraiment pas terrible: quelques pauvres cerisiers, pas mal de mauvaises herbes, l’un ou l’autre banc de bois, et voilà. A l’entrée du minuscule jardin, ce matin, il n’y avait pas même un bouquet de fleur déposé par un fan.

La plaque commémorative est un modèle de politiquement correct. Y sont uniquement mentionnés le patronyme et la profession de la jeune femme, suivis de ses années de naissance et de décès desquelles on peut effectivement déduire qu’elle est «décédée prématurément» - comme l’on dit si délicatement.

Etait-ce vraiment impudique de dire clairement les choses sur cette plaque? D’y spécifier par exemple que l’intéressée avait été victime des violences faites aux femmes?

La mairie de Paris décidément, qui pourtant communique si bien habituellement, cultive parfois des non-dits très pesants. Limite insultants.

12/09/2007

Une réouverture

 

d6e197f1472457e5ad8f9b53e6e4c398.jpgUn peu de culture et de vieilles pierres parisiennes, pour changer. L’événement patrimonial de cette semaine, dans la capitale, c’est la réouverture ce mercredi matin de la Grande Halle de la Villette.

Cent quarante ans après sa construction, cet immense paquebot de fer et de verre (245 mètres de long sur 85 mètres de large!) en impose toujours autant. On le doit à Jules de Mérindol, un élève de Victor Baltard: le fameux architecte du Second Empire qui construisit les célèbres et si regrettées Halles centrales, protagonistes inoubliables du «Ventre de Paris» de Zola et démolies sous Giscard au profit d’un Forum des Halles depuis si contesté – et qui, on le sait, va être réaménagé (revoir cela ici).

Reconvertie en 1985 en lieu polyvalent de spectacles, l’ancienne Halle aux bœufs de la Villette, qui servit d’abattoirs jusqu’en 1974, avait bien besoin d’un lifting. Elle a donc bénéficié pendant deux ans d’importants travaux de rénovation. Un espace d’accueil du public a été créé et agrémenté d’une librairie ainsi que d’un lieu de restauration. Les couvertures de zinc de la toiture ont été entièrement reprises. Les peintures ont été refaites sur les charpentes anciennes. Des équipements scénographiques nouveaux ont été aménagés.

77b107417e4f53a0d3eedf7143a162a5.jpgLe résultat fait plaisir à voir. Il donne encore plus d’attrait à ce parc de la Villette certes situé aux confins de Paris, mais si attachant avec les clapotis des flots du canal en son flanc, ses très vastes pelouses, ses dix petits jardins thématiques et ses 26 «folies» rouges de Bernard Tschumi.

Les Parisiens, d’ailleurs, apprécient cet endroit. Chaque dimanche d’été, il sont une quinzaine de milliers à venir profiter de l’ambiance populaire, familiale et ensoleillée de ce grand parc.