04.04.2011
Un bilan toujours aussi mauvais
«Contrairement à nos espoirs, les choses s'améliorent, mais pas assez vite ». C'est ainsi que les dirigeants de l'organe de contrôle de la qualité de l'air en région parisienne ont résumé leur dernier bilan annuel, qu'ils viennent de publier. La situation reste préoccupante. Pour preuve, «entre 1,8 et 3,6 millions» d'habitants de la région parisienne «sont potentiellement exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, principalement le long du trafic et dans le coeur de l'agglomération parisienne».
Cela vaut d'ailleurs de gros ennuis à la France. L'Europe lui réclame des comptes à propos de la pollution au dioxyde d'azote: un gaz très irritant, qui pénètre au plus profond des plus fines ramifications des voies respiratoires. En région parisienne, la teneur moyenne en dioxyde d'azote est deux fois supérieure aux normes européennes, et touche 9 Parisiens sur 10. Idem pour la pollution due aux particules fines. La directive européenne autorise 35 jours lors desquels la barre des 50 microgrammes /m3 est dépassée. Or, dans certaines villes de la région parisienne comme Saint-Denis, on a recensé... 176 jours de dépassement en 2010. Cette situation perdurant depuis 2003, elle vaut désormais à la France un gros contentieux avec l'Europe, qui compte bien lui imposer des amendes d'un montant faramineux.
A propos de ces particules fines, précisément, c'était vraiment frappant, ces dernières semaines à Paris et dans sa région: frappant, le nombre de jours où la pollution de ce type a été telle que la procédure d'information du grand public a dû être déclenchée. Pendant le seul mois de mars, six jours ont été dans ce cas de figure. A en juger à l'historique des alertes pour ce polluant, rien que pendant les trois premiers mois de 2011, a été dépassé le nombre total d'alertes déclenchées pendant les deux années précédentes...
Mais cela n'empêchera assurément pas d'innombrables touristes du monde entier de venir respirer le bon air de la Ville lumière, à la faveur de ces premiers beaux week-ends de printemps.
10:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, environnement, paris, europe, art de vivre
22.09.2009
Une grève
Voilà un mouvement social qui risque d’embarrasser les Parisiens dans leur vie quotidienne. Depuis hier, les bureaux de poste de la capitale sont en grève illimitée. Ce mardi, ils sont rejoints par l’ensemble des bureaux de poste du pays. Les syndicats dénoncent le changement de statut de l’entreprise en société anonyme. Ce qui, selon eux, prépare la «privatisation» de ce service public séculaire. Ce qui, dément le gouvernement, permettra simplement à La Poste d’assurer sa survie dans le marché postal concurrentiel européen de demain. Les grévistes dénoncent également la dégradation de leurs conditions de travail. A cause des réorganisations et suppressions d'effectifs, le service rendu au public se dégraderait considérablement . Du coup, à longueur de journées, les agents devraient se coltiner les récriminations des clients, furieux par exemple de la longueur des files d’attente devant les guichets.
Sur ce dernier point, on peut en témoigner: les engueulades de guichetiers par des clients furieux de devoir poireauter, on voit cela régulièrement et depuis pas mal de temps, dans les bureaux de poste de notre onzième arrondissement. Cela fait d’ailleurs longtemps que, quand par malheur on ne peut se contenter des distributeurs automatiques mais on doit donc y faire la file, on prend la précaution d’emporter un journal ou un bouquin pour tuer le temps.
La Poste à Paris, pour l’expérience qu’on en a en tout cas, c’est souvent le sommet de l’agacement. Ainsi quand, après avoir couru à perdre haleine, on arrive tout content aux distributeurs de timbres pile-poil dix minutes avant l’heure de fermeture de l’agence, puis qu’on découvre que les grilles ont déjà été tirées pour s’assurer que tous les clients auront bel et bien levé le camp à l’heure fatidique de fermeture. Ou quand, en été, les agences ne sont plus accessibles à partir de 18h30 carrément, ce qui est tout de même très tôt pour le commun des usagers. Quand c’est la croix et la bannière uniquement pour récupérer son billet de banque que le monnayeur défectueux a avalé sans vous avoir donné la moindre pièce de monnaie. Quand, pour encaisser un chèque à la Banque postale, il faut longuement parlementer car, dans cette institution, il semble toujours y avoir une tracasserie de dernière minute qui surgit quelque part. Quand, pour l’ouverture d’un compte à cette même banque, il semble toujours manquer un énième document et rien ne paraît jamais pouvoir se régler rapidement.
Cela dit, s’il semble de bon ton en France de critiquer les fonctionnaires de La Poste, régulièrement accusés d’être les plus planqués de tous, rien qu’aux bureaux de notre quartier, on a pu constater que, ces dernièrs temps, des améliorations avaient été apportées, au bénéfice des usagers. Ainsi, à l’agence Richard-Lenoir, des agents (le plus souvent très aimables et souriants, qui plus est) ne sont désormais pas cantonnés derrière un guichet mais se déplacent dans l’agence. Pour, dès l’arrivée des clients, les orienter, les renseigner, leur éviter de faire la queue au mauvais guichet puis de devoir recommencer à un autre, voire les servir sans qu’ils doivent patienter.
Le temps d’attente moyen imposé aux 2 millions de Français usagers quotidiens de ce service public n’en reste pas moins élevé. Seulement 5,59 minutes très exactement, a calculé une enquête Sofres commandée par la direction de La Poste. Un progrès puisqu’il fallait attendre 8,58 minutes en moyenne à la fin de l’année dernière et 9,04 minutes précédemment. Ces chiffres sont évidemment de la vaste blague en ce qui concerne Paris en général et en particulier ses quartiers populaires ou simplement très densément peuplés, comme notre onzième arrondissement. Tiens, la prochaine fois qu’on devra faire la queue au guichet, on prendra un chronomètre et on rendra compte du résultat ici. Cela promet.
11:02 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, europe, paris, gouvernement
02.04.2009
Un leurre
Les rues seront très calmes à Paris ce jeudi en comparaison avec celles de Londres, cité tranformée en camp retranché pour le G20. Et avant sans doute d’autres manifestations en fin de semaine à Strasbourg, une des deux villes qui accueilleront le sommet anniversaire de l’Otan.
Ces derniers jours, en guise de mobilisation, les altermondialistes, écologistes, syndicalistes, trotskistes et autres anticapitalistes français ont gratifié Paris d’un petit happening lundique. C’était samedi dans le deuxième arrondissement, près de la place de la Bourse. Quelques centaines de militants d’une trentaine d’associations y ont procédé au «démantèlement symbolique d'un paradis fiscal» (voir, en vidéo notamment, ici). Ledit paradis était symbolisé par une minuscule plage de sable fin installée à même le macadam, par deux palmiers en pot et deux transats occupés par des estivants en tongs et en chemises à fleurs. Pour montrer «combien il est facile d'en finir avec un paradis fiscal», quand on a la volonté politique de ce faire, le duo de plagistes a démantelé ce repaire fictif de grandes fortunes peu civiques en ramassant le sable avec quelques pelles. Et en scandant les noms des sociétés françaises du CAC 40 qui, tout en ayant pignon sur rue, conservent en toute impunité quantité de filiales off-shore dans des terres fiscalement paradisiaques.
Puis, les militants ont jeté en l’air des liasses entières de billets de banque. Si, malgré ces temps de crise, tous les Parisiens paupérisés n’ont pas afflué samedi place de la Bourse pour s’emparer du magot, c’est parce qu’il ne s’agissait que d’un leurre: ces billets de banque, barrés de la mention «net d’impôts», étaient factices. Ils étaient d’ailleurs censés avoir une valeur de 5000€, or des billets d’un tel montant n’existent pas dans la monnaie européenne.
Notez que, de toute manière, si ces billets de 5000 € avaient réellement existé, les Parisiens n’auraient probablement pas pu les utiliser aisément, dans leur petite vie consumériste quotidienne. En effet, dans la capitale française, des années pourtant après l’introduction de la monnaie européenne, la plupart des commerces arborent toujours des avis aux caisses, prévenant les clients que, de peur des contrefaçons, ne sont pas acceptés les paiements avec des billets de 500 € (voire de 200€). En France décidément, l’Europe a encore des progrès à faire y compris dans les aspects de la vie les plus anodins.
Au fond, le terme ‘anodin’ n’est peut-être pas le plus adéquat, à propos de billets de 500€. S’agissant donc de coupures valant chacune, à l’échelle française, la bagatelle… d’un demi-salaire minimum! Soit dit en passant, dans quel monde vivent donc les technocrates qui ont imaginé ces billets de 500€? Qui donc dispose habituellement de billets d’un tel montant dans son portefeuille? Qui donc va régulièrement retirer des sommes pareilles au distributeur du coin? Nous, c’est bien simple, on serait bien incapable de reconnaître un billet de 500€: on n’en a jamais vu la couleur.
Finalement, a fortiori en ces temps de crise et de dégringolade du pouvoir d’achat, un tel billet doit lui aussi, quelque part, relever du leurre.
10:29 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : activisme, paris, economie, europe
17.02.2009
Une lâcheté
En France, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs», notait le mois dernier l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Qui, dans une étude (relire ici), indiquait que, tant d’années pourtant après le passage à l’euro, seulement 55 % des Français pensaient systématiquement dans cette monnaie pour leurs dépenses quotidiennes. Il est même des Français qui revendiquent carrément l’abandon de l’euro. Témoin, cette manifestation se déroulant ce soir à Paris, qui réclamera rien moins que le retour au franc.
Sur le fond, si chacun en France a le droit de manifester pour ce qu’il veut, là il y a de quoi se poser des questions. A supposer que l’abandon de l’euro soit techniquement et juridiquement faisable, serait-il vraiment de l’intérêt de la France? Ainsi, que serait-il advenu de l’économie hexagonale, et de l’économie des pays d’Europe en général, si ce pays et ce continent avaient affronté sans monnaie unique la crise internationale historique qu’ils endurent actuellement?
Sur la forme, cette manifestation europhobe est le comble de la lâcheté. Ses organisateurs, en effet, avancent le visage complètement masqué. Les affiches qu’ils ont placardées depuis des semaines dans tout Paris ne sont pas le moins du monde signées. Dès lors ce soir, les Parisiens peu informés, déroutés et/ou victimes de la crise et qui manifesteront «contre l’euro cher» ignoreront que, ce faisant, ils cautionnent une initiative émanant vraisemblablement de l’extrême droite.
L’an dernier, en tout cas, une identique manifestation en faveur du retour au franc avait été soutenue par «Les patriotes d’Ile de France», qui se présentent officiellement comme les «sympathisant(e)s du FN» de Jean-Marie Le Pen. Et elle avait été organisée par un certain «Renouveau Français». Ce groupe se définit comme «nationaliste, contre-révolutionnaire (c'est-à-dire hostile aux dogmes et faux principes de 1789), et d'inspiration catholique». Il revendique des symboles aussi connotés que la croix celtique ou le lys de France. Partisan de «la France aux Français», il plaide notamment pour «un sursaut nationaliste», afin que «la France sorte du coma». Cette année encore, le «Renouveau» manifestera pour le retour au franc, afin de montrer «son attachement à cet aspect incontournable du combat social et patriotique».
En démocratie, c’est sans doute parfaitement le droit de la mouvance d’extrême droite de penser cela. Le moindre des courages politiques, néanmoins, eut été d’annoncer clairement la couleur.
10:39 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : economie, europe, activisme, paris, le pen
13.01.2009
Un repère
Mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat: c’est aujourd’hui qu’entre en vigueur une énième hausse des tarifs de la SNCF, une augmentation de 3,5% en moyenne. Apprécieront particulièrement cette hausse les innombrables voyageurs qui ont été victimes des avaries et des retards à répétition qu’ont connus cet hiver les chemins de fer français.
Parlant argent, l’Hexagone, comme les autres pays de la zone euro, vient de fêter sans tambours ni trompettes le septième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’euro. Or, malgré cette longévité qui commence donc à s’installer, dans ce pays particulièrement, «le franc demeure un repère» confirme une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Selon cette enquête, pour des dépenses quotidiennes et de montant en général limité, seulement 55 % des Français pensent systématiquement en euros. Mais plus d’un Français sur quatre pense uniquement en francs. «Sept ans après le passage à l’euro, les Français, dans l’ensemble, maîtrisent son utilisation comme unité de compte. Cependant, nombre d’entre eux sont toujours obligés de convertir en francs, surtout pour des valeurs qu’ils ne manipulent pas quotidiennement. Comme en son temps l’ancien franc, le franc continue à jouer, pour beaucoup d’entre nous, un rôle important dans leur appréhension du système de prix actuel». C’est surtout quand le prix du bien est élevé et la fréquence d’achat plus rare que les Français pensent en francs: par exemple, moins d’un sur trois pense uniquement en euros pour acheter une voiture. Le recours à l’une ou l’autre des deux unités de compte dépend donc, outre de facteurs comme l’âge ou la région d’habitation, du montant de la dépense. Plus il est faible, plus elle a de chance d’être évoquée en euros. En France, résume bien l’Insee, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs».
Tiens, avez-vous remarqué comme, sept ans après son introduction, la monnaie unique européenne n’a pas encore trouvé de surnom affectif et populaire dans la langue française? Dans le langage courant, les francs avaient été rebaptisés «balles» ou «briques». La monnaie unique européenne, elle, se cherche toujours un sobriquet dans la langue de Voltaire – signe, selon certains spécialistes, de l’absence d’un lien affectif entre cette monnaie et les Français.
PS: A propos d’euro et de langue française, on sursaute à cette différence d’usage chaque fois qu’on passe en Belgique – et la dernière fois encore, pour les fêtes de fin d’année. Autant vous n’entendrez jamais un Français parler d’autre chose que de «centimes» d’euros, autant le Belge, lui, semble majoritairement parler de «cents». Ce n'est pas inintéressant, cette nuance.
10:52 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : europe, economie, langue française, transports, belgique
10.10.2008
Un chiffre
A sa décharge, il avait prévenu. Avant les élections municipales de mars, Bertrand Delanoë avait joué cartes sur tables: il avait annoncé une hausse des taxes municipales, après six ans de stabilité, s’il était élu. Une hausse légère, avait-on retenu. Mais le chiffre sorti cette semaine de la mairie de Paris est vraiment tout sauf léger: c’est en fait de 9% que les impôts, d’un coup, vont augmenter. En moyenne, pour un locataire, cela correspondra à un surcoût annuel de 35€ (le prix d’un resto, en gros). Pour un propriétaire, ce sera 140€ (un lunch à une table étoilée, pour le coup). Ce n’est tout de même pas rien.
L’opposition, estomaquée, a dénoncé «un coup de massue». Selon elle, la mairie a besoin de ce surplus de recettes fiscales pour financer «la politique de poudre aux yeux de Bertrand Delanoë, qui a laissé filer les dépenses de la mairie». L’Hôtel de ville, pour essayer de mieux faire passer la douloureuse, promet en tout cas que le produit de ces nouveaux impôts ne sera pas affecté à l’augmentation du nombre de fonctionnaires municipaux. Celui-ci restera stable, à 48.000 personnes.
Tiens, arrêtons-nous un instant à ce chiffre. 48.000, donc. Cela confirme qu’à elle seule, la ville de Paris (sous Delanoë comme du temps de Chirac ou de Tiberi) emploie davantage de personnel que toute la Commission de Bruxelles (32.000 fonctionnaires), voire que l’ensemble des institutions européennes (40.000), dans les 27 pays de l’Union. C’est décidément une réalité et un chiffre qu’il faudrait plus souvent rappeler à tous ces politiciens français eurosceptiques, qui ne cessent de dénoncer le poids et la gabegie financière de la bureaucratie eurocrate.
10:46 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Delanoë, Economie, Europe
01.07.2008
Un mandarin
La France occupe donc, depuis ce matin 0 heure, la présidence de l’Union européenne. Cette présidence avait été annoncée en haut lieu comme «modeste». Elle n’en bénéficiera pas moins des services d’un «directeur artistique» et non des moindres puisqu’il s’agit de Philippe Starck.
Pour vendre la France à l’Europe, l’Elysée a donc choisi de faire appel au Johnny Hallyday du design français. Qui a bâti sa fortune et sa renommée internationale en relookant des nouilles pour Panzani, en dessinant des couteaux pour Laguiole, en vendant des maisons dans le catalogue 3 Suisses, ou en affublant tous les restaurants qu’il a décorés de par le monde de lustres, de dorures et de verroteries versaillaises. Ce choix convient parfaitement à Nicolas Sarkozy: Philippe Starck n’est-il pas le plus bling-bling des créateurs français?
On se le demandait ce matin encore, en l’entendant dégouliner de suffisance et d’affectation à la radio. Où il était complaisamment interrogé sur les 22 maisons qu’il possède de par le monde. «Non, non, ce ne sont que des petites cabanes», minaudait le multimillionnaire. Vulgaire comme avant-hier, lorsqu'il avait frétillé d’excitation en imaginant dans la poche d’un jean la pièce de 2 euros qu’il a créée pour cette présidence.
Un Christian Lacroix ou une Andrée Putman, par exemple, auraient fait des ambassadeurs de France un peu plus intéressants, se disait-on ce matin. Mieux encore: au lieu de promouvoir un mandarin qui n’en a vraiment plus besoin, on aurait pu profiter de ce tremplin international pour populariser des créateurs moins connus, pour valoriser des jeunes talents – dans le design notamment, la France en découvre tant (ici, notamment).
Vue sous cet angle, et en attendant de voir ce qu’il va faire de ce poste, la désignation de Starck comme directeur artistique de la présidence européenne apparaît comme une belle occasion ratée.
10:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Arts, Culture, Mode, Sarkozy, Europe
31.03.2008
Un retard
Avis aux retardataires et/ou aux étourdis: l’échéance fatidique est fixée ce 31 mars à minuit, pas une minute de plus. Passée cette heure, en effet, les billets de 200 FF à l’effigie de Montesquieu ne pourront plus être échangés et ne vaudront donc plus rien du tout.
A première vue, on aurait cru que, six ans après l’introduction de l’euro, une poignée seulement de Français disposaient encore de ces vieux francs dans leur bas de laine. Et bien, pas du tout, et on est même tombé des nues en découvrant le chiffre: la Banque de France recense quelque 3,74 millions de billets Montesquieu encore en circulation. L’Hexagone a d’ailleurs prévu des délais d’échange très larges pour les anciens francs. Si le 100 francs Delacroix perdra sa valeur courant 2009, le 500 francs Curie, le 200 francs Gustave Eiffel, le 100 francs Cézanne, le 50 francs Saint-Exupéry et le 20 francs Debussy pourront être échangés jusqu’en 2012.
Tiens, au fond, parlant de monnaie, une récente étude de l’Insee a montré que là aussi, comme dans l’échange des anciens billets, la France souffrait d’un certain retard. En effet, une minorité non négligeable de quatre Français sur dix comptent encore parfois en francs.
Tout dépend en fait du montant de la transaction. Pour un montant inférieur à 100 euros, seules 2 pc des dépenses sont converties en francs. Mais le chiffre monte à 5% pour les dépenses jusqu’à 1500 euros et à 11% pour les dépenses au-delà de ce montant. Les grosses dépenses donc, à savoir celles qui nécessitent une réflexion voire génèrent un stress, sont régulièrement converties dans l’ancienne monnaie. Ainsi, lors de l’achat d’une voiture, moins d’un Français sur trois pense uniquement en euros, mais six Français sur dix réfléchissent en francs. D’autres facteurs que le montant de la dépense jouent également. Par exemple, le retard dans l’adoption mentale de l’euro est plus fréquent chez les personnes peu diplômées et à revenus modestes que chez les autres. Il se rencontre aussi plus fréquemment en province et en outre-mer qu’en région parisienne. Et il touche moins les jeunes. Selon l’Insee, pour une dépense donnée, une personne de plus de 55 ans est cinq fois plus susceptible d’utiliser mentalement le franc qu’un jeune de moins de 25 ans.
10:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Economie, Europe
21.02.2008
Une puérilité
Ce matin au petit-déjeuner, on est tombé de la chaise – expression à prendre au figuré et non au propre, rassurons d’emblée le lectorat ;-) – en entendant le ministre Michel Barnier sur France Inter. En queue de revue de presse, il était interrogé sur un édito visiblement assez virulent du quotidien madrilène «El País» (excellent journal, soit dit en passant), qui descendait en flammes l’ego présenté comme surdimensionné du Président Sarkozy. Et Michel Barnier, entre agacement et mépris condescendant, de lancer en substance: «Oh, mais vous savez, cette presse étrangère, elle n’a jamais été obligée d’aimer la France ni les Français».
Ce commentaire est affligeant, d’abord parce qu’il renvoie subliminalement mais assez peu aimablement au célèbre slogan anti-étrangers de Jean-Marie Le Pen, repris et recyclé par Nicolas Sakozy: «La France, on l’aime ou on la quitte». Slogan simpliste s’il en est puisque, comme chacun sait, l’amour, cela marche rarement à sens unique et cela fonctionne d’autant mieux si, des deux côtés, on se sent un peu aimé et désiré.
En plus, voilà une conception très curieuse de l’amour. En quoi l’amour (pour un pays comme pour une personne, c’est la même chose) devrait d’office impliquer une approbation béate, voire bénie oui-oui, de tous ses aspects? Devrait contraindre, à défaut, en cas de désapprobation donc, à un silence qui serait considéré ici comme le sommet du patriotisme? L’amour, si l’on comprend bien, impose le consensus et l’unanimisme? Le débat, l’échange, la remise en question, tout cela tue l’amour? C’est une vision vraiment très puérile des relations.
Puérile aussi est la conception affective du journalisme que ce propos ministériel traduit. La mission d’un journaliste consisterait donc à «aimer» son sujet, et non à informer sur lui? L’activité journalistique ne se logerait pas quelque part du côté du cerveau – là où pourtant, même très modestement, on la situait jusqu’à ce matin – , mais au niveau du ventre, dans la région du cœur? On serait donc plus ici dans le registre de l’émotion que de la réflexion? Davantage dans l’affect que dans l’intellect? Curieux.
On sursautait en entendant cela, donc. Ce qui n’empêchait pas Michel Barnier de s’enfoncer encore un peu plus dans sa seconde phrase. En gros, après avoir fait cette réflexion si pénétrante sur le manque d’amour de la presse étrangère pour la France, le ministre moquait ces journaux étrangers qu'il trouvait si incohérents et frivoles car aujourd’hui critiques envers Nicolas Sarkozy alors qu’hier, ils encensaient le même Sarkozy pour avoir sauvé l’Europe avec son traité institutionnel simplifié.
Deux choses. D’abord, c’est surtout en France que les médias ont présenté l’Europe comme étant sauvée par Nicolas Superman Sarkozy. Dans les autres pays d’Europe, la fin de l’impasse institutionnelle européenne a été mise au crédit de Nicolas Sarkozy certes, mais pas uniquement de lui. Ensuite, à nouveau quelle vision puérile des choses et quelle étrange conception du journalisme. Sous prétexte qu’on a encensé quelqu’un un jour, on ne pourrait donc plus jamais le critiquer un autre jour? Les journalistes devraient donc définitivement et irrémédiablement choisir leur camp affectif? On devrait être pour ou contre? Et pas nuancé, pondéré, précis, impartial, etc?
Décidément, ces propos de Michel Barnier sur la presse, c’était vraiment du tout grand n’importe quoi. Sans doute n’était-il pas bien réveillé – ce qui, vers 8 heures du matin, est encore parfaitement son droit. Du moins, c’est ce qu’on préfère penser. Parce que si un ancien ministre français des Affaires étrangères et ex-commissaire européen à Bruxelles, qui rêverait en plus de devenir Président de l’Union européenne, a une telle conception des médias, alors ce serait légèrement inquiétant.
11:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Gouvernement, Journalisme, Médias, Europe, Etrangers
01.06.2007
Un Bruxellois
Avis aux touristes bruxellois en partance pour Paris ce week-end: ils n’y seront pas trop dépaysés puisque le plus célèbre personnage du folklore de la capitale belge est en ce moment affiché ici à tous les coins de rue.
En tombant sur cette méga-campagne de pub pour une émission de radio, on se demandait vraiment ce que le Manneken Pis avait à voir avec un programme de libre antenne pour jeunes. Sa décontraction urinaire avait-elle donc été choisie car jugée représentative de la liberté de ton d’un programme se voulant «sans interdit»: «une vraie zone de libre parole et d’échanges entre potes, 4 heures de direct sans filet»? C’était tout de même un peu tiré par les cheveux.
Le choix s’explique en fait par les origines de l’animateur de ce programme: un certain Mikl, né à Bruxelles, qui a fait ses débuts d’animateur radio en Belgique en 1997 avant de faire carrière à Paris.
La mise en avant de la statuette enfantine bruxelloise se veut aussi exemplative de la dimension européenne de l’émission, «première libre antenne francophone européenne», diffusée tous les soirs «dans toute l’Europe francophone», et qui prend des appels venant aussi bien de jeunes de France que de Belgique, de Suisse ou du Luxembourg.
On n’a pas encore la Constitution européenne - notre ami Sarkozy y travaille -, mais on a une libre antenne européenne: c’est magnifique.
10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Publicité, Médias, Belgique, Europe
27.12.2006
Une réelle impopularité
Cinq ans après l’adoption de la monnaie unique, nombre de Français continuent à encore à penser en francs. Selon un sondage TNS Sofres à paraître demain, un Français sur quatre convertit toujours et systématiquement cette monnaie dans sa tête, 23% effectue souvent cette opération mentale, 32% de temps en temps, et seulement 20 % réfléchit exclusivement en euros.
25 % des Français continuent donc à calculer chaque jour qu’une pièce d’1 euro égale 6,56 FF, qu’un billet de 50 euros représente 327,98FF, et qu’il faut très exactement 76€22 pour avoir un vieux billet de 500FF. C’est un effort mental aussi méritoire que bizarre dans la mesure où, pour le taux de conversion, le Français a été particulièrement peu gâté par rapport à nombre de pays européens: allez donc faire des multiplications par 6,56 alors qu’en Belgique par exemple, il suffit de multiplier par 4 et d’ajouter un zéro.
On ne sait si cela contribue à l’impopularité persistante de la monnaie européenne en France. Mais cette impopularité est réelle.
Selon le même sondage, la monnaie unique est jugée une mauvaise chose pour la France par 52 % des Français. Ce désaveu progresse même avec les années: il ne touchait que 45 % de l’opinion il y a trois ans. Et il atteint des proportions beaucoup plus élevées (66%) dans certaines couches de la population comme les ouvriers.
Quasiment tous les Français (94 %), d’ailleurs, sont persuadés que l'euro a eu pour conséquence d'aggraver la hausse des prix. Que le gouvernement n'ait cessé pendant cinq ans de nier l'évidence et de prétendre le contraire n'a sans doute qu'accru encore le ressentiment populaire envers cette monnaie.
B.DL.
11:05 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Social
02.10.2006
Un temps de retard
Le prix du timbre augmente ce lundi. Il passe à 54 centimes pour les envois nationaux et à 60 centimes pour les envois en Union européenne. C’est un peu énervant, et doublement.
D’abord, parce que, à la précédente augmentation de ses tarifs, il n’y a pas si longtemps, La Poste en avait fait des tonnes en marketing et en com sur le thème de la quasi-égalisation des prix des envois entre la France et l’Europe, présentée comme une grande avancée europhile pour l’Hexagone. Rétrospectivement donc, elle aurait mieux fait de s’abstenir.
Ensuite, parce que, quand on voit le temps que prend l’acheminement des envois en Europe, le service public n’a vraiment pas de quoi se vanter. A l’heure où le Thalys conduit de Paris à Bruxelles et inversement en moins d’une heure et demie, une lettre entre ces deux mêmes villes prend encore au minimum trois jours, plus fréquemment une semaine, assez régulièrement dix jours. Ici, donc, la France est franchement moins au temps du TGV qu’à celui de la diligence.
B.DL.
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