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07/02/2008

Un palmarès

d59e1c94729c2a2c2a35bf20a68e2a29.jpgCe qui est bien en début d’année, c’est que, de semaine en semaine, tombent les statistiques relatives à l’année qui vient de s’écouler, qui nous apprennent souvent plein de choses. Ainsi, les chiffres de fréquentation des grandes expositions artistiques de la saison 2006-2007 indiquent qu’à Paris – mais il paraît que la chose est valable en province aussi –, le grand public ne s’est jamais autant précipité pour voir des œuvres d’art.

 

Première en termes de fréquentation, avec 482.179 visiteurs, l’expo «De Cézanne à Picasso» que le musée d’Orsay a consacrée cet été aux chefs-d’œuvre de la galerie Vollard. Juste derrière elle, avec 460.000 visiteurs, la rétrospective Gustave Courbet au Grand Palais. L’autoportrait du peintre ayant servi pour l’affiche de l’expo explique en partie ce succès inattendu. Car, comme l’expliquait récemment la directrice de la communication de la Réunion des musées nationaux, «c’est une image très moderne, qui accroche le regard. Sur ce tableau, Courbet fait penser à Johnny Depp…» Les trois suivants dans ce palmarès sont l’expo Arcimboldo du Musée du Luxembourg (430.000 visiteurs), la première rétrospective consacrée par le Centre Pompidou au sculpteur Giacometti (360.000) et «Dalida, une vie» à l’Hôtel de ville (300.000).

 

Ce qui est moche en début d’année, c’est que ces mêmes statistiques viennent rappeler tout ce qu’on n’a pas eu le temps de faire les douze mois précédents. Cézanne, Courbet, Arcimboldo, Giacometti, Dalida: c’était donc, dans le domaine artistique, le quintet parisien gagnant en 2006-2007. En découvrant ce palmarès l'autre jour, on a tiré une tête effarée qui ressemblait presque à l'autoportrait de Courbet (même si on n'a jamais eu la prétention de ressembler au beau Johnny Depp;-). En effet, on l'avoue piteusement: alors qu’on habite au coeur de Paris et qu'on est fan d’art et d’expos, on n’a vu... aucune de ces cinq grandes expos parisiennes.

 

Il va vraiment falloir qu’on prenne garde, ces douze prochains mois, à ne pas ressembler à la caricature du Parisien pressé stressé, qui court à longueur de journées et, en plus, en est tellement fier et grisé qu’il n’arrête pas de faire savoir à tout le monde qu’il est débordé…

09/11/2006

Une femme

medium_MISSSORCIERES2.jpgOn loupe trop souvent des expos pour ne pas se promettre que celle-là au moins, on fera l’impossible pour aller la voir. Actualité envahissante ou pas, horaires de travail débordants ou pas.
Une galerie de la rive gauche consacre en ce moment une rétrospective à Miss.Tic, cette artiste plasticienne qui, depuis plus de vingt ans déjà, garnit les murs de Paris de ses pochoirs parfois drôles, parfois cruels, souvent bien vus, à l’occasion un peu déjà vus, mais la plupart du temps délicieusement malicieux.
Au fil du temps certes, comme Ernest Pignon-Ernest, l’intéressée a un peu perdu de l’aura de ses débuts. La preuve en est que des galeristes de Saint-Germain des Prés s’y intéressent et que ses œuvres s’arrachent désormais à prix d’or.
Mais même devenue commerciale, Miss.Tic fait et fera toujours partie d’une certaine culture de rue de la capitale. Avec ses «silhouettes de femmes élégantes, parisiennes et délurées, qui clament à la face de la ville leurs espoirs et leurs désespoirs moulés dans leurs paroles comme dans leurs habits noirs érotiques et ironiques, libres et prisonnières de leurs fantasmes et de leurs rêves, une et multiples».
B.DL.

09:05 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Arts, Expos, Paris, Femmes

19/10/2006

Un grand classique

Dès ce soir jusqu’au 17 février prochain, on va de nouveau voir des queues immenses s’étirer sur les trottoirs le long de l’Hôtel de ville. Ce 19 octobre, en effet, y est inaugurée une vaste rétrospective consacrée à un des photographes français les plus populaires: Robert Doisneau.
Près de 300 photos sont exposées, certaines immensément célèbres, déjà vues et revues, d’autres moins connues et donc plus intéressantes. Ainsi, cette fascinante série dédiée aux Halles avant leur stupide démolition: on se croirait vraiment dans «Le Ventre de Paris» de Zola. Ou ce reportage tout en retenue et en émotion sur les prostituées de la rue Saint-Denis dans les années cinquante.
En sortant du vernissage, on n’était toutefois pas totalement enthousiaste. Avec un ami photographe professionnel, qu’on avait convié pour avoir son avis, on convenait que Doisneau posait au moins deux problèmes.
D’abord, depuis que l’on sait que «Le baiser de l’Hôtel de ville» n’était absolument pas la capture spontanée d’une scène de rue mais une mise en scène pour une photographie commandée, on regarde évidemment la plupart des autres clichés de Doisneau d’un œil suspect. Sont-ce des hasards magnifiquement pris sur le vif? Ou des compositions arrangées de toutes pièces, qui n’ont forcément pas la même valeur?
Ensuite, tout cela est, disons, si… joli. Doisneau l’a bien dit: «Le monde que j’essayais de montrer était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient aimables, où je trouverais la tendresse que je souhaite recevoir». Ce photographe n’aimait pas «la laideur», qui le rendait «physiquement mal». «La petite mélancolie» et «l’attendrissement» étaient les valeurs qui l’émouvaient le plus. Tout cela donne au Paris qu’il a immortalisé un côté Amélie Poulain: artificiellement bienveillant, exagérément lénifiant, à la limite de la mièvrerie souvent.
C’est cela «la générosité» de Doisneau, corrigeaient ses héritiers lors du vernissage. Les Parisiens, sans nul doute, vont adorer l'expo et donc préférer ce regard-là sur son oeuvre.
B.DL.

10:56 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Expos

02/10/2006

Une couleur

medium_Bleu_Klein.2.jpgC’est sans doute la seule couleur qui ait été déposée, comme une marque commerciale, par son auteur. C’est un bleu puissamment lumineux, qui, selon l’éclairage, la texture de la toile ou l’humeur du spectateur, est violemment électrique, limite agressif, ou infiniment reposant. Et c’est la teinte qui, à partir de jeudi et jusqu’à début février, va faire l’événement artistique à Paris.
C’est évidemment l’IKB : le «International Klein Blue», que le peintre français Yves Klein (1928-1962) créa un jour d’été, allongé sur la plage de Nice, après avoir contemplé le ciel et maudit les oiseaux blancs qui, selon lui, le défiguraient.
Le Centre Beaubourg consacre une grande rétrospective à cet artiste majeur, prématurément disparu à l’âge de 34 ans. On y retrouve évidemment ses mythiques et gigantesques «Monochromes» azuréens. «J’ai signé mon nom au dos du ciel», disait d’eux Yves Klein. «Tous les tableaux, quels qu’ils soient, figuratifs ou abstraits, me font l’effet des fenêtres de prison. Le lecteur d’un tableau à lignes, formes, compositions reste prisonnier de ses cinq sens».
En sept ans de carrière seulement, Klein fut l’artiste de toutes les intuitions, de toutes les libertés, de toutes les folies. Cinq ans avant Gagarine, il pressentit, avec sa mappemonde bleue, que la planète terre rayonnait d’un bleu intense et profond. Il peignit avec le vent, avec la pluie, avec la flamme. Avec la femme aussi, qu’il transforma en pinceau humain pour ses célèbres «Anthropométries». Il imagina une machine pour s’entraîner à léviter, créa une symphonie à un seul ton suivie d’un long silence, illumina de bleu l’obélisque de la Concorde, élabora un projet de fontaines de feu pour le Trocadéro. Se passionna aussi, outre pour le bleu, pour le rose, le rouge, l’or ou l’argenté, autant de couleurs qu’il magnifia.
L’expo était si gaie et lumineuse ce midi qu’en quittant le vernissage, un oeil jeté à la vue sublime qu’offre sur la ville le sixième étage de Beaubourg, le ciel pourtant très plombé de Paris paraissait soudain beaucoup moins gris.
B.DL.

15:35 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Expos