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30.04.2012

Un différence de traitement (culinaire)

On n'a pas gardé de souvenir de cela pour la campagne présidentielle de 2002. Mais, par contre, on se souvient bien qu'on s'était déjà fait la réflexion pendant celle de 2007. Côté coulisses, dans le genre donc très anecdotique, il y a une nette différence dans la manière dont les journalistes sont traités par les présidentiables. Une différence de traitement... culinaire.

Tous les candidats à l'Elysée ont l'habitude de garnir les salles de presse de leurs meetings de victuailles diverses et variées. Destinées sans doute à éviter que des journalistes y tombent d'inanition (ces meetings terminent souvent tard), ou qu'ils soient affamés/assoiffés au point que leurs compte-rendus de meeting s'en ressentent négativement. Or, entre les buffets de presse de Nicolas Sarkozy et ceux de François Hollande, il y a un monde de différence. Comme les buffets sarkozystes de 2007 n'avaient rien à voir avec ceux de Ségolène Royal.

Côté Sarkozy: les petits plats dans les grands. Petits fours et zakouskis. Miniardises et canapés garnis. Petites salades diététiques très chics. Macarons et viennoiseries venus des plus grandes pâtisseries. Cela sent la qualité comme l'opulence à plein nez. Et c'est servi par du personnel en livrée.

Rien de tel côté Hollande. Là, c'est la bonne franquette. Des sodas, du café, de l'eau, des jus de fruits, des chips, des biscuits standards: petits beurres, barquettes aux fraises, ou madeleines industrielles. L'essentiel y est, mais on ne passe pas des heures au buffet: on se sert son coca et, basta, on s'en va.

D'un strict point de vue culinaire (rien de politique là dedans), on préfère nettement la seconde formule. Lors des meetings sarkozystes, on n'ose à peine approcher le buffet des journalistes. Impression désagréable de jouer les pique-assiettes. Sensation dérangeante de se laisser cajoler. A la limite de la culpabilité.

Mais on ne jurerait pas que tel est aussi l'avis d'une majorité des journalistes couvrant cette présidentielle.

09.02.2012

Une pagaille d'anthologie (suite)

Economie, Gouvernement, Gastronomie, Art de vivreC'est certainement très anecdotique par rapport à la marche du monde et de la France, par ailleurs. Mais parlons tout de même de ce dernier rebondissement en date survenu dans la grande pagaille qui régit les taux de TVA en France, depuis leur modification en janvier. Parlons-en, parce qu'on trouve que cette anecdote illustre assez joliment la pesanteur, dans ce pays, d'une certaine technocratie.

On avait donc vu cela le mois dernier (relire ici): des taux de TVA différents s'appliquent désormais à un sandwich et à un panini, à un cornet de glace artisanale et à un cône glacé industriel, à un sandwich garni avec ou sans mayonnaise, ou à une quiche consommée chez le boulanger ou achetée à emporter. Encore plus fort: bientôt, existeront deux taux de TVA différents pour le chocolat, selon le type de chocolat.

On a entendu cela hier, sur une radio (là): «C'est une situation saugrenue: un taux de TVA différent pour le chocolat au lait et le chocolat noir. En effet, la hausse de la TVA ne concerne pas les produits alimentaires de base, qui eux, bénéficient d'un taux réduit de 5.5%. Sauf le chocolat au lait! Le prix de la tablette de chocolat au lait devrait donc augmenter en octobre. Le projet de loi de finances rectificative doit être présenté mercredi en conseil des ministres. Il prévoit notamment une hausse du taux de TVA de 19,6% à 21,2%».

Le chocolat au lait étant notoirement plus gras et plus sucré que le chocolat noir, donc le premier faisant davantage grossir que le second, au moins les nutritionnistes de France se réjouiront-ils de cette nouvelle trouvaille de l'administration. Sans doute est-ce déjà cela.

13.01.2012

Une double palme

S'il y avait une palme hebdomadaire de la déclaration à l'emporte-pièce, le député-maire UMP de Nice (et ex-ministre) Christian Estrosi la remporterait haut la main, cette semaine. L'autre jour, sur une radio, ce sarkozyste de choc n'a rien trouvé de mieux que de s'emporter de la sorte, revenant sur un certain dimanche soir de mai 2007: «C'est indigne de reprocher au Président de la République d'être allé dans une brasserie populaire des Champs-Elysées, ce soir-là!»

Populaire, donc, le «Fouquet's». Vu l'énormité de cette assertion, nombre de médias ont pris un malin plaisir, ces derniers jours, à se pencher sur la carte de cet établissement. Cela donne «28€ le saumon fumé de Norvège en entrée», «54€ le ris de veau braisé», ou «des menus à 80€». A l'UMP, semble-t-il, on n'a pas la même notion que dans le reste du pays de ce qui est, ou pas, accessible au peuple.

La socialiste Martine Aubry, elle aussi, a cru bon d'évoquer la brasserie parisienne préférée des sarkozystes, cette semaine. En vilipendant les «maux» d'un «quinquennat Fouquet's».

Il nous semblait que, depuis une certaine affaire Strauss-Kahn (la Porsche place des Vosges, la suite la plus chère du Sofitel, les pâtes aux truffes dans un resto chic de Manhattan, etc.), le PS n'était définitivement plus le mieux placé pour faire la leçon à la droite, question train de vie. Depuis le cas DSK, le parti à la rose a compris l'image désastreuse qu'un tel affichage de luxe a pu donner, dans l'électorat «populaire» par exemple? Les barons de ce parti la jouent modeste, à présent? Et bien pas tous, semble-t-il; on en a eu confirmation (ici) cette semaine.

Aux prochains scrutins, l'électorat «populaire» va adorer cela: la «droite-Rolex» contre la «gauche-Porsche».

Encore bravo.

06.01.2012

Une pagaille d'anthologie

Difficile d'achever la semaine sans évoquer l'incroyable pagaille qui, depuis le 1er janvier, règne dans nombre de magasins – à Paris comme en province. Pagaille due au changement intervenu dans les taux de TVA, dans le cadre du dernier plan de rigueur gouvernemental. Le relèvement (de 5,5% à 7%) du taux de la TVA réduite pour toute une série de produits, mais pas pour toute une série d'autres, a plongé nombre de commerces dans une confusion considérable. A Paris ces derniers jours, c'était parfaitement notable dans les boulangeries, par exemple.

Le client doit désormais se voir facturer un taux de TVA distinct selon notamment que les aliments achetés sont destinés soit à être emportés, soit à être consommés sur place. Déjà pas trop simple à gérer au moment du passage en caisse. Exemple? La quiche emportée froide est frappée d'une TVA à 5,5%. Mais, si elle est réchauffée dans le micro-ondes de la boulangerie, sa TVA passe à 7%. Même différence entre le sandwich et le panini. Mais les chocolats ou macarons vendus dans la même boulangerie continuent, eux, à être taxés à 19,6%. «Nous sommes totalement perdus. En terme de complexité, je crois qu'on ne peut pas mieux faire», s'est énervé, dès le début de la semaine, le patron de la confédération de la boulangerie-pâtisserie française.

En milieu de semaine, constatant la pagaille, le ministère de l'Economie a sorti une note explicative (30 pages!) censée simplifier le casse-tête. Il en résulte que le cornet de glace acheté chez le glacier et le cône industriel Igloo ou Ola acheté au supermarché seraient frappés de deux taux de TVA différents. Idem pour le sandwich s'il est garni ou non de mayonnaise. Idem pour une boisson selon qu'elle est vendue dans un gobelet en carton ou en canette. En revanche, les chips et viennoiseries auraient toujours le même taux de TVA, qu'ils soient achetés ici ou là.

Tout cela au conditionnel, parce que la note de Bercy a eu l'effet exactement inverse de celui qu'elle recherchait: dans les petites commerces (ceux de notre quartier, en tout cas), le fouillis est tel que plus personne ne s'y retrouve: ni le commerçant, ni le client.

Encore bravo.

08.12.2011

Un bon goût discutable

Léger mouvement de recul en prenant connaissance de la dernière initiative en date d'«Action contre la Faim» (ACF). Ce n'est pas le travail de cette ONG qui est en cause, ni bien sûr l'enjeu global de l'aide aux pays du Sud. C'est le coup de com' qu'elle a monté pour sa prochaine manifestation caritative.

Il s'agit... d'«un dîner gastronomique haut de gamme». D'un dîner autour de «menus exclusifs» concoctés par ... les deux chefs finalistes de l'émission de télé à succès «Top Chef», sur M6. Les fonds récoltés à cette occasion seront reversés à l'association.

On ne la sent pas trop, cette mise en relation entre la futilité des concours culinaires télévisés et l'horreur des famines meurtrières. On le trouve d'un goût très discutable, en fait, ce cousinage entre, d'une part, des gourmets tentant de gagner la notoriété à coups de menus caloriques, télégéniques et chics, et, d'autre part, des populations dénutries au point d'en crever.

On a d'ailleurs eu un mouvement de recul assez similaire le week-end dernier. Quand, leurs défilés achevés sur TF1, les Miss France 2011 ont été appelées en renfort par les animateurs du Téléthon, sur France Télévisions. La plastique si parfaite de ces dames mise au service du buzz au profit de ces enfants au physique souvent si difficile que sont ceux du Téléthon... Là encore, le rapprochement était très bien intentionné, et il se faisait au profit d'un objectif caritatif très louable. Mais on était, comment dire..., un peu mal à l'aise.

02.08.2011

Un joli coup de com'

C'est LA grosse nouvelle de cet été 2011 en France, à en juger à l'incroyable écho qu'elle a eu ces quinze derniers jours dans les médias, ici. On veut parler du passage de 11 à 17 euros du montant de l'amende pour stationnement impayé ou irrégulier. Cette majoration est entrée en vigueur lundi; cela faisait un quart de siècle que la contredanse n'avait pas augmenté. Cette mauvaise nouvelle pour des millions d'automobilistes a donné une idée assez farce de campagne de com' aux... producteurs de prunes!

Car, il fallait y penser: dans le langage courant, en français de France en tout cas – en français de Belgique, on ne se souvient plus trop, mais on ne croit pas –, les amendes de stationnement sont rebaptisées des «prunes». Du coup, les producteurs de ces fruits ont sauté sur l'occasion pour faire la pub de leurs produits. Comment? Jusqu'au 30 septembre, ils proposent tout simplement... le remboursement des PV de stationnement! Il suffit d'aller sur la page dédiée de leur site web, qui proclame d'ailleurs fièrement: «Chaque jour, la Prune de nos terroirs rembourse 3 PV». Là, l'automobiliste verbalisé répond à un petit quizz sur ces fruits. S'il obtient cinq bonnes réponses et est tiré au sort, les producteurs français de Reine-Claude, de Quetsche ou de mirabelles lui envoient un virement correspondant au montant de son amende.

Bravo aux pubards qui ont conçu cette campagne de com': rien qu'au vu du retentissement médiatique qu'elle a eu ces derniers jours, elle est un succès. Qui sait la popularité probable d'une telle initiative auprès des automobilistes se répercutera-t-elle même, cet été, sur les chiffres de vente de cette filière agricole – l'Hexagone produit chaque année, singulièrement dans le Sud-Ouest, 75 000 tonnes de prunes, ce qui n'est tout de même pas rien.

05.07.2011

Un menu toujours aussi débattu

Gros embarras, hier soir sur une radio. A l'issue d'une interview assez ronron, un lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadélis, était soudain titillé par des auditeurs-internautes, là de manière un peu plus musclée, sur... les fameuses pâtes aux truffes dégustées ce week-end par son mentor – ce dont on parlait hier. «Il avait faim...», répliqua-t-il, d'une petite voix. «Oui mais quand même: des truffes!», insistait en substance un deuxième auditeur. «C'est bien, les pâtes: ce sont des sucres lents, cela donne de l'énergie», poursuivait le strauss-khanien. «Donc, après la gauche-caviar, la gauche-truffe?», assénait un troisième auditeur. «Dominique dînait avec un ami qui avait les moyens de lui payer cela», botta en touche le lieutenant de DSK. Qui, sans doute, avec de tels arguments, n'aura convaincu que ceux qui l'étaient déjà.

Autre réflexion sur le même sujet gastronomico-politique, hier encore: celle de Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l'institut de sondages Ifop. A ses yeux, le rapport de DSK à l'argent peut vraiment, politiquement, être «problématique, surtout pour un possible candidat de la gauche». Car «on a en France un rapport ambigu à l'argent et à la réussite sociale; c'est notre vieux fond catholique et révolutionnaire». Et car «on a vu que DSK avait des moyens financiers qui n'ont rien à voir avec ceux des Français moyens». Et le sondeur de s'effarer: «Ses ennuis avaient commencé avec la Porsche et le prix de ses costumes. Et voilà qu'à peine sorti, il recommence: ses premiers pas de liberté sont pour aller manger des pâtes aux truffes à 100$ l'assiette! S'il revient en politique, la question de son train de vie sera l'une des grilles de lecture (de sa popularité)».

C'est aussi cette sortie si médiatisée du couple Strauss-Kahn-Sinclair dans l'Upper East Side qui a été invoquée, hier toujours, par Tristane Banon. Ce mardi, cette jeune femme poursuit DSK devant la justice française, pour tentative de viol en 2003. «Voir Strauss-Kahn libéré puis aussitôt dîner dans un restaurant de luxe entre amis, ça me rend malade», a-t-elle déclaré hier.

L'addition, là, pour DSK, pourrait être vraiment salée, voire indigeste. Si d'aventure il était jugé aux assises puis reconnu coupable et condamné, c'est carrément de... 15 ans de prison qu'il pourrait écoper.

04.07.2011

Un menu (révélateur?)

patesauxtruffes.jpgMelon au jamon serrano, pâtes aux truffes noires, Pinot gris: tel a donc été le menu des époux Strauss-Kahn pour leur première sortie resto samedi soir, dans l'Upper East Side new-yorkais. Avec les papparazzi dans les jambes, mais, pour Monsieur, sans bracelet électronique à la cheville. Juste deux remarques, en passant.

 

Un: sans être le moins du monde nutritionniste, juste journaliste, pareil menu nous semble tout de même exagérément calorique, riche et gras. Mais sans doute la ligne n'est-elle pas une priorité quand on a croupi à Rikers Island et été menacé de 74 années de prison...

 

Deux: au prix de la truffe melanosporum, un tel menu est très politiquement incorrect. Pour une personnalité dont, d'après un sondage ce week-end, 60% des Français de gauche espèrent le retour en politique. Selon la presse – qui, en ce moment, n'a visiblement rien de mieux à faire –, le couple Strauss-Kahn s'en est tiré avec une addition entre 600 et 700$. Et le resto qu'il ont choisi est pour le moins bling: fréquenté par des stars comme Rihanna, Madonna, etc.

 

Pour de fins analystes politiques, la truffe, après la Porsche Panamera et la prison dorée de Manhattan louée à 50.000$ par mois: tout cela montre bien que DSK n'en a plus rien à faire de la présidentielle de 2012. Sinon, il dépenserait sa fortune avec moins d'ostentation, histoire de ne pas choquer l'électeur socialiste qui, comme beaucoup de Français en ce moment, a du mal à nouer les deux bouts.

 

Juste: s'attendait-on vraiment à ce que DSK et Anne Sinclair aillent fêter cette libération sur parole au kebab du coin? Et que n'aurait-on dit s'ils l'avaient fait?

20.04.2011

Une «usurpation»

camembert.jpgLe diable se niche dans les détails, assure l'adage. En France, pays de la bonne bouffe, il semble que l'on retrouve le démon également dans le moindre recoin d'... emballage de fromage. C'est l'association de consommateurs «UFC-Que choisir» qui a récemment alerté sur cette diablerie gastronomique (ici). Qu'elle juge d'autant plus préoccupante qu'elle affecte «le fleuron de notre identité nationale: le camembert».

Votre camembert préféré est-il «de Normandie» ou «fabriqué en Normandie»? Là est toute la question. Pour l'organisme qui défend les producteurs de camembert d'appellation et d'origine contrôlée, la mention «fabriqué en Normandie» est illégale, et devrait être interdite. Car elle est trompeuse: «elle est source de confusion dans l’esprit de 90% des consommateurs». Explication? «Contrairement au «camembert de Normandie», dont la fabrication est régie par un cahier des charges draconien, la mention «camembert fabriqué en Normandie» n’a aucune valeur légale. Elle signifie uniquement que l’usine de production du fromage est située dans cette région, sans garantie quant à l’origine de ses composants : lait pasteurisé, lait en poudre ou lait importé des quatre coins de la planète en fonction des cours du marché». L'UFC accuse donc les géants de l'industrie laitière française, le groupe Lactalis singulièrement, de se livrer à de la «concurrence déloyale», voire à de l'«usurpation». Selon elle, le gros business de l'agroalimentaire tente sans vergogne de «profiter de la réputation de la dénomination protégée, pour induire le public en erreur».

L'heure doit être grave. Et, en haut lieu, on doit être très ennuyé. Car, en cette ère de pré-campagne électorale, voilà, somme toute, une insécurité de plus – gustative, voire gastronomique – à mettre au débit de sa politique de lutte contre la délinquance.

10.01.2011

Une occasion

Un happening politico-gastronomique à grand succès médiatique, ce week-end dans les beaux quartiers de Paris. Samedi, l'écologiste Eva Joly est allée rendre visite aux «galériens du logement» du collectif «Jeudi noir». Ces militants, après avoir squatté un splendide hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (c'était ici) puis en avoir été expulsés après une longue saga judiciaire, ont investi cette fois un vaste immeuble de bureaux vide de l'assureur Axa, situé à un jet de pierre du palais de l'Elysée. L'eurodéputée écologiste n'est pas arrivée les mains vides chez les squatteurs. Elle leur a apporté une galette des rois, qu'ils ont dégustée tous ensemble: à la bonne franquette et sous les objectifs d'une nuée de caméras.

Une galette des rois, donc. C'est bien de saison. Nous, on n'a pas le souvenir d'en avoir jamais mangé à Paris, depuis qu'on s'y est installé. Parce que, comme toutes les pâtisseries et viennoiseries, exagérément grasses et sucrées comme chacun sait, cela n'a pas un grand intérêt nutritionnel. Et parce que les boulangers-pâtissiers parisiens ont fait un véritable business de cette tradition de l'Epiphanie, ce qui les amène à vendre ces gâteaux à des prix ridiculement prohibitifs – on l'avait d'ailleurs déjà signalé l'an dernier dans ce blog, à la même époque (ici). Mais, cet hiver, c'est peut-être l'occasion ou jamais de goûter une de ces fameuses galettes.

Puisque, cela tombe à merveille, c'est dans notre cher onzième arrondissement que l'on trouve «les meilleures galettes des rois de Paris»! L'atteste le palmarès de la dernière édition du grand concours de la meilleure galette de la région parisienne – oui, oui: cela existe. Parmi 300 candidats, le jury de l’Ecole de Paris des métiers de la table a couronné, derrière le trio de tête constitué par trois boulangers-pâtissiers de la banlieue, deux de leurs confrères établis dans notre quartier: aux boulevards Beaumarchais et Voltaire. C'est donc peut-être l'occasion ou jamais de se laisser tenter.

Les lecteurs qui habiteraient trop loin de ces boulangeries parisiennes distinguées pour pouvoir y faire un saut et/ou qui voudraient mettre la main à la pâte découvriront ici «comment réussir la galette des rois» à la française (résumons: pâte feuilletée de qualité, assez épaisse, et frangipane légère) ainsi que des liens vers les recettes de ces deux ingrédients. Bon appétit.

23.12.2010

Une double hérésie

tepakap.jpgUne note bien de saison aujourd'hui, puisque 60 millions de Français s'apprêtent à se faire plaisir/à se goinfrer/à l'occasion du réveillon de Noël. En France, l'industrie agro-alimentaire n'a pas attendu le jour J pour innover. Et, cette année, c'est le secteur de la restauration rapide qui s'est distingué. En effet, il a proposé à ses consommateurs ce qui constitue assurément une double et effarante hérésie nutritionnelle: encore plus insensée que la nourriture proposée le restant de l'année par la restauration rapide.

On a d'abord le «Tepakap», proposé par l'enseigne Speedburger. Une horreur calorique. Ses quatre steaks hachés, soit 420 grammes de viande, en font un sandwich de plus de 10 cm de hauteur. «Pour l'hiver c'est idéal, car on a besoin de manger plus», assurent ses inventeurs. C'est bien sûr un argument commercial grotesquement fallacieux. N'importe quel étudiant de première année en diététique vous confirmera qu'autant les paysans du Moyen-Age qui, à longueur d'années, ne mangeaient pas toujours à leur faim et travaillaient dur dehors, avaient effectivement besoin de se nourrir davantage en hiver, autant ce n'est absolument plus le cas, dans nos pays riches en tout cas, pour les consommateurs d'aujourd'hui, qui sont loin d'être dénutris. Selon les calculs des nutritionnistes, ce «Tepakap» est «un pur délire»: il pèserait à lui tout seul plus de 1500 calories.

On a eu ensuite, ces dernières semaines chez Quick cette fois, le burger au... foie gras. Ce qui, au passage, a valu à cette enseigne une manifestation des défenseurs des animaux. L'autre jour, une quinzaine de militants de la fondation Bardot notamment ont protesté devant le Quick de la rue de Rivoli, en plein coeur de Paris, dénonçant l'élevage de canards en batterie. Selon eux, «Quick ne propose pas de la gastronomie, mais de la barbarie à bas prix».

burgerfoiegraasquick.jpgD'un point de vue gastronomique, cette innovation ne fait pas l'unanimité. Si certains (ici) louent le côté «fondant» et «généreux» de ce burger au foie gras, d'autres (là), au Périgord, le trouvent «trop sucré». Mais ce qui est sûr, c'est que d''un point de vue nutritif, l'ajout, à un burger déjà très calorique, de cet aliment extrêmement riche qu'est le foie gras n'arrange évidemment pas les choses.

On estime qu'un Français sur trois (31%) est atteint de surcharge pondérale. Un grand bravo donc au secteur de la restauration rapide pour cette double innovation de poids.

PS: Sinon, en ce qui concerne plus précisément la capitale et le voisinage de notre quartier, une pétition circule en ce moment contre l'ouverture d'un maxi fast-food au métro Saint-Paul, pas loin de Bastille. Heu... Paris ne compte pas déjà assez de Quicks, McDo et autres KFC?

06.12.2010

Une futilité

«Saint Nicolas a déposé une boîte de friandises sur votre bureau». C'est ce mèl qu'ont trouvé dans leur messagerie les collègues journalistes de «La Libre» à Bruxelles, en arrivant à la rédaction ce matin. Ce lundi, en effet, nous sommes le 6 décembre: le jour où, en Belgique, on fête le saint patron des écoliers et des enfants. Enfin, le patron «des enfants sages» si l'on se souvient bien – déjà à l'époque, cette discrimination gnangnan nous énervait au plus haut point : chacun n'est-il pas forcément sage, ou pas sage, par rapport à quelqu'un d'autre? Quelques décennies plus tard et malgré toutes ces années en France, c'est toujours aux alentours de cette période de l'année, et particulièrement le 6 décembre, qu'on a des fringales de la friandise habituellement apportée par l'ancêtre du Père Noël aux petits Belges méritants: le massepain (comme on dit en français de Belgique), la pâte d'amandes (en français de France). Le massepain, cela doit être notre madeleine (belge) de Proust à nous.

Saint Nicolas: c'est un sujet complètement futile, mais, parfois en France, même les sujets les plus dérisoires donnent lieu à controverses. Et c'est le cas en ce moment avec ce vénérable vieillard barbu qui, chaque 6 décembre, débarque dans les chaumières avec sa hotte remplie de cadeaux et de friandises. Il n'est que peu fêté dans l'Hexagone, qui lui préfère le Père Noël. A l'exception toutefois des zones frontalières avec le plat pays (Nord-Pas de Calais, etc.) ou de régions comme la Picardie, l'Alsace ou la Lorraine, qui eux aussi, ce lundi, mettent les «enfants sages» à l'honneur. Et c'est précisément dans ces deux dernières régions que l'affaire fait débat.

massepain.jpgEn effet, les villes lorraines de Nancy et St-Nicolas de Port ont, l'été dernier, déposé la marque Saint Nicolas à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Objectif? Se «prémunir des petits malins qui auraient eu l'idée de déposer cette marque à notre place et qui auraient pu attaquer les produits utilisant des appellations comme «marché de Saint Nicolas» ou «pain d'épices de Saint Nicolas», que nos artisans locaux commercialisent à cette époque de l'année». Problème? Dans le département du Haut-Rhin (Alsace), se déroulent chaque début décembre une trentaine de marchés, foires et autres fêtes de la Saint Nicolas. Les Alsaciens craignent donc que les Lorrains obtiennent de facto le monopole de la Saint Nicolas et en arrivent à accuser de contrefaçons les festivités et produits gastronomiques sur le même thème émanant d'autres départements. La chose est futile? Non, elle est sérieuse visiblement, puisque le député (UMP) local menace rien moins que de saisir la justice si, d'ici à février, la Lorraine ne fait pas marche arrière à l'INPI. Un recours a d'ores et déjà été préparé devant le tribunal de Nancy.

Ce week-end, les médias français ont énormément tartiné sur cette affaire (ici, par exemple). Comme si eux-mêmes étaient étonnés qu'une telle futilité folklorique puisse dégénérer en guerre ouverte entre deux départements. Apparemment, rien n'est jamais simple en France, y compris en ce qui concerne les sujets a priori les plus innocents.

19.07.2010

Un rejet

kfc.jpgEn cette période de départ assez généralisé à la plage, au-delà d'actualités plus fondamentales, un des sujets de préoccupation du Français moyen doit sans doute être la silhouette et, pour tout dire, les kilos superflus. Reparlons donc aujourd'hui de la lutte contre l'obésité et plus précisément des fast-foods. Car, l'autre jour, est passé assez inaperçu le rejet par le Parlement d'une proposition de restriction qui aurait pu concerner ce type de restauration

Deux députés du Nouveau Centre (l'appendice centriste de l'UMP) voulaient «instaurer une mesure très concrète pour lutter contre l’obésité, véritable pandémie du 21ème siècle». Cela concernait les écoles. Dans le prolongement de l'interdiction des distributeurs de friandises et de boissons sucrées en milieu scolaire, en vigueur depuis 2005, il s'agissait cette fois interdire l’implantation de fast-foods dans un rayon de 200 mètres autour des lieux de scolarisation. Dans les Etats américains où pareille restriction existe, elle donnerait des résultats: «le nombre des enfants obèses (y) est inférieur de 5 %» par rapport aux Etats où les fast-foods sont autorisés à proximité des écoles.

Mais cette proposition a fait l'objet d'un tir de barrage de l'UMP, et a donc été rejetée.

Ces fast-foods «s’installeront à 201 mètres» des écoles, a soupiré une députée sarkozyste . Et «la liberté d’entreprendre»?, s'est épouvanté un de ses collègues. Pour qui, de toute manière, s'agissant d'obésité, au lieu de «désigner des boucs émissaires», on ferait mieux d'«arrêter de stigmatiser» les fast-foods, «la cause principale des problèmes alimentaires de notre pays ne résidant pas là». Car en France, «notre mode de consommation n’a rien à voir avec le mode de consommation américain. Nous ne grignotons pas. Nous n’allons dans les fast-foods qu’une fois par mois. Et, lorsque nous y allons, c’est pour consommer un repas complet». De même, a assuré un député – qui avait visiblement été briefé par les lobbyistes de McDo ou de Quick –, «les fast-foods distribuent une fois par semaine des sachets de fruits!». Enfin, si une telle restriction s'appliquait aux abords des écoles, on en arriverait à terme à «interdire les fast-foods à proximité des édifices publics, des églises, etc.  Les choses pourraient devenir bien compliquées!»

mcdonalds.jpgLe ministre de l'Agriculture a applaudi à toutes ces critiques. Et fait rire l'Assemblée en relevant que, si une telle interdiction était votée, les fast-foods seraient mis sur le même pied que... les sex-shops, eux déjà prohibés aux abords des écoles. Et de conclure: «Je n’imaginais pas que (nous allions être) amenés à faire des comparaisons entre McDonald’s et sex-shops! Tout d’un coup, j’en viens à voir différemment l’enseigne «M» du McDonald’s, mais peut-être ai-je l’esprit mal tourné...»

Ha ha ha.

16.04.2010

Un enterrement

Tiens, puisqu’on parlait hier de la restauration rapide: il y a du neuf dans cette grosse affaire du mois dernier, à propos des hamburgers halal expérimentés par Quick dans quelques-uns de ses restaurants (si vous n’aviez pas suivi cela à l’époque, c’est ici, et ). En effet, a-t-on appris en fin de cette semaine, les opposants à cette initiative n’ont pas été suivis par la justice.

 

Ainsi, avant de se raviser quelques jours plus tard, le maire (PS) de Roubaix (Nord), une des villes concernées par l’expérimentation, avait porté plainte contre Quick pour discrimination. Argument: dans ses fast-food halal, la fourniture de services (= de burgers) serait illégalement subordonnée à l’appartenance ou non à une communauté religieuse. La police judiciaire de Lille avait été chargée de l’enquête. Mais finalement, vient-on d’apprendre, cette plainte a été classée sans suite par le parquet. Le procureur, en effet, a considéré que l'infraction n'était «pas constituée» puisque, dans ces Quicks servant des burgers halal, sont disponibles aussi, pour les clients non-musulmans, des salades ainsi que des sandwiches au poisson ou au fromage: autant de menus non halal.

 

Enterrement judiciaire de la polémique, donc. Dès le début, on s’était dit que le tumulte autour de ces burgers «muslim friendly» était tellement exagéré qu’il en devait insensé, voire suspect ou carrément très peu sympathique politiquement.

 

 

 

PS : Sinon, même si cela n’a strictement rien à voir, du neuf aussi hier dans un autre feuilleton ayant déjà pas mal alimenté ce blog. Une saga elle beaucoup plus grave puisque meurtrière. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie s’est déclaré dans un campement de gens du voyage de Gagny (banlieue ouest de Paris). Un garçonnet âgé de cinq ans y a trouvé la mort. Brûlées à 80%, sa sœur, âgée de deux ans, et sa mère ont dû être hospitalisées et sont dans un état très grave. C’est au moins la cinquième fois que, ces dernières années, pareil drame se produit en région parisienne. Si une telle série noire donnait envie de chantonner, on pourrait sans doute reprendre Cabrel: «Et ça continue, encore et encore. C'est que le début d'accord, d'accord».

15.04.2010

Un avantage?

cheeseburger.jpgLa malbouffe en France, suite. Ces derniers jours, on a assisté à un téléscopage assez cocasse (ou navrant, c’est selon) de deux actualités relatives à l’alimentation des jeunes. D’une part, la confirmation que les adolescents français mangent décidément mal. D’autre part, l’ultime initiative en date annoncée par… le groupe Quick: avec ses 367 fast-food le leader de la restauration rapide dans l’Hexagone, et souvent accusé d’être un vecteur important de cette malbouffe.

 

Les ados français mangent mal, donc. C’est ce que viennent de confirmer les résultats d’une étude réalisée auprès de 7 538 collégiens. Près des deux tiers de ces ados ont déclaré ne pas consommer chaque jour de fruits (64%) ou de légumes (63%). Un jeune Français sur cinq se prive de produits laitiers quotidiens, et près d’un sur trois (30%) se passe de petit-déjeuner. Sans compter que près de quatre ados sur dix (37%) consomment chaque jour des boissons sucrées.

 

Ne pensant sans doute qu’à la santé de ses jeunes clients, Quick a annoncé il y a peu (ici) qu’il allait se mettre… au bio. Dès septembre, ses clients pourront engloutir des cheeseburgers dont tous les ingrédients de base (viande, farine du pain, fromage, ketchup et mayo) seront issus de l’agriculture certifiée biologique. C’est déjà cela, direz-vous: le bio au fast-food, ça ne résoudra pas le problème de tous ces jeunes qui mangent trop et peu équilibré, mais ça ne pourra pas non plus leur faire de mal. Deux bémols, toutefois, qui relativisent cet avantage culinaire. D’une part, ces hamburgers bio seront vendus plus chers que leurs cousins ordinaires: en moyenne 2€ pièce, contre 1,85€. Pas sûr, dans ces conditions, qu’énormement de jeunes se précipitent dessus. D’autre part, et surtout, ce futur cheese bio, s’il sera un peu moins salé, sera… plus calorique que le burger ordinaire! Précisément 303 kcal, contre 275.

 

On n’est pas sorti de l’auberge.

09.03.2010

Une cochonnerie

Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»

 

Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.

 

Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.

 

Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.

22.02.2010

Un marché

On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.

 

A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.

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L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».

 

Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.

19.02.2010

Une contagion

On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.

 

Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.

 

Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.

16.02.2010

Une expérimentation

Hamburger.jpgQuick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.

 

C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.

  

En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?

 

Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.

 

De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?

 

A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.

 

Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.

28.01.2010

Une «aumône» (suite)

KFC.jpgPuisqu’on parlait de (mal-)bouffe dans ce blog hier, cela chauffe à Paris en ce moment dans le secteur de la restauration rapide. Depuis plusieurs jours, une série de restos parisiens de l’enseigne Kentucky Fried Chicken sont perturbés par un mouvement de grève. Les grévistes réclament un treizième mois (qui existe peu dans le secteur de la restauration rapide), des tickets restaurant et une prime d’ancienneté. Ils appellent les Parisiens à boycotter cette enseigne, en signe de solidarité avec leurs revendications. Les directions des restos touchés par le mouvement ont fait appel à des salariés du siège central pour remplacer le personnel manquant. La multinationale américaine accepte tout au plus l’octroi d’une prime qualifiée d’«aumône» par un gréviste vu l’autre jour à la télé, à l’édition locale du JT de France 3. Une «aumône»? Une augmentation de 6 euros par mois, précisément. Soit, au passage, sans doute même pas le prix du menu le moins cher proposé chez KFC.

 

En entendant ce terme d’«aumône», on s’est souvenu que c’était celui qu’avaient utilisé déjà, il y a un bon mois (relire ici), les syndicats déçus par l’accord salarial qui, dans la foulée de la réduction du taux de TVA dans la restauration, venait d’être signé concernant les fast-food. A l’époque, avaient-ils calculé, cet accord revenait à octroyer une augmentation horaire de… 2 centimes d’euro aux jeunes employés de base débutant dans des enseignes comme McDo.

 

Précisément, un mois plus tard, a-t-on appris cette semaine, cet accord salarial pourtant pas mirobolant n’est… toujours pas entré en vigueur chez McDo, Pizza Hut ou Quick – qui emploient quelque 100.000 personnes en France.

 

Ces enseignes argumentent à présent qu’ils n’ont que peu bénéficié des effets financiers positifs attendus de la baisse de la TVA. Car une bonne partie de leurs recettes provient des ventes de repas à emporter (et non à consommer sur place), ventes qui, avant même la réforme, bénéficiaient déjà de la TVA réduite. Aux dernières nouvelles, la discussion entre employeurs et syndicats reprendra en février.

 

KFC, McDo, Pizza Hut ou Quick: les Parisiens amateurs de fast-food mais désireux de boycotter ces enseignes en signe de désapprobation de leurs pratiques sociales risquent de commencer à avoir quelques problèmes pour trouver un endroit où se restaurer dans la capitale.