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20/05/2008

Un transport

Décidément, cela ne va pas très fort en ce moment, dans les transports. Côté train, aucun Thalys ne circule ce mardi entre la France et la Belgique, pour cause d’un mouvement de grève des cheminots belges. Et jeudi, c’est en France cette fois que les transports seront à l’arrêt, à l’occasion de la journée syndicale d’action sur l’emploi et les retraites. Côté bateau, la plupart des ports de l’Hexagone – et bientôt les dépôts de carburant ? –  sont bloqués par les marins en colère contre la flambée du prix du gasoil. Côté voiture, ce n’est pas la joie non plus: même les automobilistes roulant au gasoil sont désormais dans la galère puisque, entendait-on ce matin à la radio, l’écart moyen entre le litre du gasoil et le litre d’essence sans plomb n’est plus que de trois centimes. Côté taxi, enfin, ce matin c’était carrément l’énorme pagaille à l’aéroport de Roissy, à la suite d’un mouvement de protestation des taxis officiels contre les clandestins.

Trains, bateaux, bagnoles et taxis en carafe: comparativement, le vélo, lui, se porte comme un charme. C’est particulièrement vrai à Paris. Avant même de fêter son premier anniversaire (en juillet), Vélib’ compte désormais 70.000 utilisateurs par jour en moyenne et vient de dépasser le cap des 20 millions d’utilisations. Les Vélibeurs sont globalement ravis, si l’on en croit un sondage réalisé par la mairie de Paris, qui pointe 94% d’opinions tout à fait ou plutôt satisfaites. C’est évidemment une façon très avantageuse de présenter les choses, et qui cache mal une réalité plus nuancée. En effet, six utilisateurs de Vélib sur dix trouvent qu’il y a des progrès à faire en ce qui concerne la disponibilité des places pour déposer son vélo en station et la disponibilité des vélos attendant le client en station. Et près d’un sur d’eux (44%) réclame des améliorations en ce qui concerne l’état général des vélos.

Les deux premières récriminations reposent le problème de l’insuffisante régulation de Vélib. En clair, et en gros, tous les Parisiens empruntent et remettent les vélos globalement aux mêmes endroits et aux mêmes heures de la journée, ce qui entraîne en permanence des stations soit désertes, soit qui débordent. Parmi les stations désertes, la centaine (sur les 1200) qui sont situées sur les hauteurs de Paris: au sommet de la Butte Montmartre, des Buttes-Chaumont, de Ménilmontant ou de Belleville. Il fallait s’y attendre: autant les cyclistes sont ravis d’emprunter des Vélib’ pour dévaler ces collines (d’où des stations bondées à leurs pieds), autant la plupart des Parisiens préfèrent les remonter en métro plutôt qu’à vélo. Cela oblige les régulateurs de Decaux à remonter à longueur de journées des camions entiers de bicyclettes au sommet de ces collines.

Du coup, la mairie va essayer d’arranger cela en lançant, courant juin, un nouveau système de gratification. Cela s’appelle «V’+» et cela fonctionne avec des «stations bonus». Ces stations sont précisément celles installées en hauteur de Paris. Les Vélibeurs qui y rendront leur vélo se verront récompenser de leurs efforts physiques par un crédit temps gratuit et cumulable.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy s’était fait élire avec son slogan «Travailler plus pour gagner plus». En mai 2008, Bertrand Delanoë en invente une déclinaison parisienne, sportive et écologique: «Pédaler plus pour payer moins». Cet homme, décidément, ira loin.

16/06/2006

Un manque d'imagination

medium_metro1.jpgOn l'a appris ce matin: le trafic du métro parisien sera perturbé par une grève mercredi. Les syndicats entendent ainsi protester contre le projet de la direction de la RATP de prolonger l'offre de service d'une heure le samedi soir, les veilles de fêtes et à terme le vendredi soir.
Les dernières rames arriveraient à leur terminus à 2h15, contre 1h15 actuellement. Ce serait utile pour la majorité de Parisiens, qui ne sont pas motorisés et qui sont aujourd'hui souvent obligés d'écourter leurs soirées en ville pour pouvoir attraper le dernier métro -- les rares taxis libres étant pris d'assaut, à ces heures. Cela permettrait aussi de diminuer le nombre de gens qui prennent le volant ou enfourchent leur scooter dans un état d'ébriété avancé. Selon la RATP, ce prolongement de l'offre n'augmenterait globalement pas le temps de travail des personnels et entraînerait même la création de 140 emplois. Mais les syndicats, eux, ne veulent pas en entendre parler, estimant leurs affiliés déjà suffisamment surchargés, voire exploités.
Soit. Le problème, le cas présent, est que la journée d'action de mercredi coïncidera avec la tenue de la Fête de la musique. Les perturbations du métro contrarieront sans doute peu les touristes et les Parisiens aisés habitant les arrondissements centraux (où, quoi qu'on en dise, continue de se dérouler la majorité des animations musicales les plus prestigieuses): en fin de nuit, ils pourront sans trop de problème rentrer à pied chez eux ou trouver un taxi. En revanche, pour les banlieusards ou les Parisiens moins fortunés relégués dans les arrondissements proches du périphérique, ce mouvement de grève risque bien de leur gâcher la Fête.
Rien que cette inégalité dans les désagréments subis par les usagers est gênante. Tout comme le manque d'imagination des syndicats. Pour le coup, pour un soir au moins, pour le plaisir de tous en tout cas, n'aurait-ils pu imaginer un mode de revendication et de protestation un peu plus original et festif que la sempiternelle grève?
B.DL.