Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

06.04.2012

Un dimanche qui promet

Si vous envisagiez de circuler en voiture dans Paris le dimanche 15 avril, oubliez cela. Ce jour-là, en effet, la capitale va probablement connaître des embouteillages d'anthologie, pour cause notamment de campagne présidentielle.

Le 15 avril, il y avait déjà le marathon de Paris, qui, en temps normal, chaque année entraîne pas mal d'embarras de circulation et de stationnement. Cette année, viendront s'y greffer deux manifestations électorales de masse, car on sera à une semaine du premier tour du scrutin élyséen, le dimanche 22. D'une part, comme l'intéressé l'a confirmé hier, le grand meeting de Nicolas Sarkozy sur la place de la Concorde. D'autre part, le meeting, annoncé comme aussi massif, de son rival socialiste François Hollande, lui sur l'esplanade du château de Vincennes.

Une centaine de milliers de personnes pourraient bien, au total, assister à ces deux événements. Et il faudra leur ajouter les quelques dizaines de milliers de marathoniens du jour. Dès lors, c'est peu dire qu'on va friser la crise de nerfs ce dimanche-là à la préfecture de police de Paris, à qui il reviendra de coordonner, de régenter et de gérer tout cela.

Les Parisiens coincés dans les embouteillages pourront ronger leur frein en méditant sur la connotation tout de même très sanglante de ces deux lieux de meeting choisis par les duellistes pressentis du second tour. Nicolas Sarkozy réunira ses troupes sur une place où, comme chacun sait, Louis XVI et Marie-Antoinette notamment furent guillotinés, en 1793. Quant aux fossés du château de Vincennes, devant lesquels François Hollande réunira ses partisans, Bonaparte y fit fusiller le duc d'Enghien en 1804, après un jugement expéditif et sa condamnation à mort pour conspiration.

Mais, aux dernières nouvelles, la fin de la campagne présidentielle devrait, elle, être plus pacifique.

23.03.2012

Une ambiance pesante

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers, au coeur du Marais juif. Le monde et l'animation commencent à revenir, a-t-on constaté ce matin. Ces derniers jours, en revanche, au moment et dans la foulée de la tuerie antisémite de Toulouse, il était vraiment frappant de constater combien l'ambiance était pesante jusque et y compris dans ce quartier de Paris.

Des rues beaucoup moins fréquentées qu'en temps normal. Des queues beaucoup moins longues que d'habitude devant les comptoirs à falafel. Des policiers qui patrouillent. Des riverains qui, par petits groupes, conversent à voix basse, la mine grave. Rue Pavée, à deux pas, on était passé l'autre jour devant la synagogue au moment où y prenait fin une cérémonie de mariage. Ni flonflons, ni coups de klaxon, ni ostentation: là aussi, des mines graves. A leur sortie de la synagogue, le soleil printanier resplendissait, les jeunes mariés étaient beaux comme des coeurs. Mais on voyait bien que l'heure était à la retenue dans l'expression de leur bonheur.

Triste et pesante aussi, l'ambiance jusqu'à hier aux abords des écoles de notre onzième arrondissement. Des policiers en armes pour surveiller l'arrivée et la sortie des écoliers dans le quartier Oberkampf/Saint-Maur. Quartier sensible: une mosquée, une école juive, etc. Des fourgons de police aussi dans le quartier Saint-Antoine, aux abords de l'église réformée protestante. Pas un policier, par contre, devant l'école catholique à Bastille. Rien que cette répartition géographique des forces de l'ordre placées en état d'alerte maximum rappelait le caractère odieusement stigmatisant des attentats de Toulouse.

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers encore, pour terminer. C'est là qu'il y a trente ans, le 9 août 1982, avait été perpétré un attentat antisémite meurtrier. Une fusillade et une grenade lancée devant le fameux restaurant juif Goldenberg. Six morts, une vingtaine de blessés.

Le restaurant a fermé. Comme tant de lieux symboliques de la mémoire juive du Marais, il a été remplacé par une boutique de fringues – une de plus. Mais la plaque commémorative en mémoire de cet attentat antisémite figure toujours sur l'immeuble.

Trente ans plus tard et particulièrement cette semaine, cela apparaît comme étant vraiment la moindre des choses.

08.02.2012

Un anniversaire si douloureux

Sinistre souvenir ce mercredi, dans notre onzième arrondissement de Paris. Le drame qu'on y commémore aujourd'hui s'est passé il y a cinquante ans exactement: le 8 février 1962. Il s'est déroulé à la station de métro «Charonne», pas loin de Bastille, où figure d'ailleurs une plaque rendant hommage aux victimes.

C'était le 8 février 1962. Dans le onzième, boulevards Voltaire et Beaumarchais notamment, avaient défilé des milliers de manifestants, pour dénoncer les sept attentats meurtriers qui venaient d'être perpétrés dans la capitale par l'OAS: l'Organisation de l'armée secrète, opposée à l'indépendance de l'Algérie. La police, sous les ordres du préfet Maurice Papon, prit d'assaut la station «Charonne», où s'étaient regroupés des manifestants. La charge policière fut d'une violence inouïe. Huit morts sur place. Un neuvième décédé à l'hôpital quelques jours plus tard. La semaine qui suivit, un million de Parisiens accompagnèrent leurs cercueils jusqu'au cimetière du Père Lachaise.

Quelques mois auparavant, déjà, le 17 octobre 1961 (relire ici), le même préfet Papon avait lancé ses sbires sur des manifestants réclamant l'indépendance de l'Algérie. Ce soir-là, des dizaines voire des centaines parmi eux avaient péri: matraqués à mort, ou noyés après avoir été jetés dans la Seine. Si l'ex-préfet Papon a été, en 1998, déclaré coupable de complicité de crimes contre l'humanité et condamné à dix ans de prison, jamais ses massacres parisiens de 1961 et 1962 n'ont officiellement été reconnus comme étant des crimes d'Etat.

Et, que l'on sache, aucune personnalité politique de premier plan n'est attendue ce midi au métro «Charonne», pour rendre hommage aux manifestants qui y ont été massacrés, il a cinquante ans.

18.11.2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

17.11.2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

09.11.2011

Une libéra(lisa)tion

30 ans. Ce mercredi, cela fait exactement trente ans qu'a été signée, le 9 novembre 1981, la grande loi ayant mis fin au monopole d'Etat sur la radiodiffusion en France. Trente ans donc, jour pour jour, de libéra(lisa)tion de la bande FM.

Cela paraît tout bête aujourd'hui, mais, à l'époque, cela avait été un sacré chambardement. A la fin des années 70, en effet, chaque irruption sur les ondes, sans autorisation, d'une radio privée – qu'on appelait alors «radio pirate» – mettait l'Etat en fureur. Pour la petite histoire, et pour nos lecteurs les plus jeunes, les écologistes avaient été parmi les premiers à enfreindre le sacrosaint monopole, avec leur «Radio verte». Et, avant de devenir Président, François Mitterrand en personne avait joué les forbans radiophoniques: au titre de premier secrétaire du PS, avec «Radio Riposte», «la radio des socialistes».

Assez curieusement ce matin, trente ans donc après le Jour J, on n'a pas entendu la moindre radio commémorer cette libéralisation. Qui, en termes quantitatifs en tout cas – en termes qualitatifs, c'est plus discutable, trouve-t-on – est un vrai succès. En effet, la bande FM est plus que jamais plébiscitée dans l'Hexagone: plus la moindre de ses 6 000 fréquences n'est disponible, et pas moins de 43 millions de Français l'écoutent chaque jour.

25.10.2011

Une légèreté déplacée

Quelle mouche a piqué Frédéric Mitterrand? L'autre jour, au Sénat, le ministre de la Culture était interrogé sur une des pages les plus sombres de l'Histoire de Paris: le massacre – puisqu'il faut bien l'appeler ainsi – du 17 octobre 1961. Ce soir-là, des dizaines de sympathisants du FLN algérien, manifestant contre le couvre-feu qui leur était imposé, avaient été tués par les forces de l'ordre du préfet Maurice Papon: gazés, bastonnés, ratonnés donc, abattus à bout portant, jetés et noyés dans la Seine (*). Cinquante ans plus tard, devant le Parlement, Frédéric Mitterrand n'a rien de trouvé de mieux que d'aborder ce drame par le biais d'«une anecdote personnelle» qu'on trouve d'une insignifiance et d'un nombrilisme complètement déplacés.

 

«Chacun, ici, comme moi, a pu avoir un contact personnel avec cette période difficile et passionnelle de notre histoire», a-t-il ainsi brodé. «À 13 ans, je tournai dans un film, et tombai éperdument amoureux d'une actrice, jeune femme exquise et d'une qualité humaine et intellectuelle remarquables. Quelques jours plus tard, je vis sa photo en première page de France-Soir; elle venait d'être arrêtée, pour avoir été à la tête d'un réseau de porteurs de valises. Imaginez le choc pour l'adolescent que j'étais! Quelques mois plus tard, c'était le 17 octobre». Et d'en terminer sur le sujet en niant que ce massacre policier fasse toujours l'objet d'une chape de plomb en France: «Quand on voulait savoir ce qui s'était passé le 17 octobre, on le pouvait. Je l'ai toujours su. Il n'a jamais été impossible de consulter des documents. Aujourd'hui, toutes les archives sont ouvertes».

 

L'opposition en attendait bien plus. Attendait, au minimum, «des mots» plus appropriés. Puisque les plus hautes autorités de l'Etat, la semaine dernière, n'ont pas daigné assisté aux cérémonies de commémoration qui étaient organisées à Paris. Et puisque ce massacre, contrairement à ce que réclament des associations (ici), n'est toujours pas reconnu comme un «crime d'Etat». Mais non, rien: le Parlement n'a donc eu droit qu'aux émois de jeunesse d'un adolescent de l'époque et à la sentimentalité mièvre de l'adulte qu'il est aujourd'hui.

 

«Quelle lâcheté!», «Lamentable!», «C'est nul!», «Pitoyable», «Minable». Le compte-rendu de l'incident en fait foi: les sénateurs n'ont pas du tout apprécié cette légèreté ministérielle.

 

D'habitude, les invectives et les quolibets, en politique comme ailleurs, on n'aime pas du tout cela. Mais là, trouve-t-on, l'intéressé ne les a pas volés.

 

(*) Si vous voulez mieux connaître ces dramatiques événements parisiens du 17 octobre 1961, deux films sont sortis en salles, qui leur sont consacrés: voir ici.

13.10.2011

Une si grande finesse

politique,personnalités,histoire,copéIl est grand temps que ces primaires socialistes pour 2012 s'achèvent. Temps, pour... la droite. Qui, ces derniers jours, n'en finit plus de se ridiculiser avec des comparaisons particulièrement absurdes. Ainsi, ce jeudi, dans les rangs de l'UMP y compris, bon nombre n'en étaient toujours pas revenus de l'analogie faite la veille par le n°1 de ce parti, Jean-François Copé, avec le troisième candidat du premier tour de dimanche: Arnaud Montebourg.

 

Qui donc, dans la bouche du patron de l'UMP, a été comparé rien moins... qu'aux «bolcheviks de 1917». Car ces derniers, à en croire le parti sarkozyste, se seraient parfaitement retrouvés dans les deux marottes de ce socialiste: la mise sous tutelle des banques et le protectionnisme européen.

 

Alors, on peut bien sûr de ne pas du tout être convaincu par les thèses du héraut de la «démondialisation». On a parfaitement le droit de juger ce dernier concept fumeux, voire périlleux pour la France s'il venait un jour à y être mis en oeuvre. Il n'est même pas illégitime de s'interroger sur la crédibilité du travail de reprofilage d'image qui a été le sien: métamorphose qui, en gros, a transformé ce gentleman-farmer bourguignon en défenseur de la veuve et de l'orphelin. Tout cela, pourquoi pas, peut susciter d'intéressants débats.

 

Mais tout de même: les bolcheviks...

 

Vu la si grande finesse d'analyse qui semble de mise en ce moment à l'UMP, on ne serait pas autrement étonné si, dimanche soir, ce parti en venait à assimiler le candidat investi par le PS pour 2012 à... Pol Pot, le leader des khmers rouges qui, dans les années 70, génocidèrent le Cambodge.

 

Encore bravo.

22.09.2011

Une idée farce

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyOn la trouve drôle, parfois, Eva Joly. Dans «Le Monde» d’hier soir, la candidate écologiste à la présidentielle de 2012 y est allée d'une petite idée révolutionnaire assez farce, concernant un des lieux emblématiques du patrimoine parisien. A savoir, l'Hôtel de la Marine: l’imposant bâtiment à colonnade qui borde tout le côté nord de la place de la Concorde.

 

A l'horizon 2014, l'édifice sera vidé par la Défense nationale. Aux projets de réaffectation chics, chocs, voire snobs circulant dans le tout-Paris en ce moment, Eva Joly préfère, carrément, ... un Musée de la Révolution. A ses yeux, ce serait une manière, «en accord avec les idéaux des Lumières, (de) retrouver l'esprit de fête de la Révolution, pour créer un nouvel espoir d'émancipation et un nouvel horizon pour notre pays». A ses yeux, pourraient notamment y être transférées les «25 000 pièces relatives à cette époque, qui se trouvent conservées, loin des yeux du public, dans les réserves du Musée Carnavalet».

 

Iconoclaste? Pas du tout, selon Eva Joly. Pour qui, ce qui relèverait de «l'outrage» et «du mauvais goût», ce serait, au contraire, de faire de cet Hôtel de la Marine «un palace pour privilégiés». Etant donné que ce bâtiment «regarde la place de la Concorde, ancienne place Royale, qui fut l'un des hauts lieux de la Révolution française: symbole tout à la fois des excès de la Terreur et de la rupture fondatrice que constitua 1789 dans l'histoire nationale».

 

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyTout de même. Célébrer l'esprit révolutionnaire dans ce haut lieu du grand luxe qu'est la place de la Concorde – où se situe aussi, faut-il le rappeler, le si select l'Hôtel de Crillon, un des palaces les plus chers de Paris –; rien que l'idée risque de faire tousser, en haut lieu.

 

Vénérer les sans-culottes dans cet Hôtel de la Marine qui, jadis, fut le garde-meuble de la Couronne; le Premier ministre François Fillon risque encore d'accuser l'écologiste franco-norvégienne de n'être qu'une espèce de sous-Française manquant totalement de culture et d'identité nationales.

23.06.2011

Une histoire mouvementée

Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.

D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.

Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.

Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.

 

PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat  puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.

09.06.2011

Un épisode historique essentiel

tagcommune.jpgC'est le portrait d'un jeune vendeur de journaux à la criée, aperçu l'autre jour sur un mur de notre quartier Saint-Sébastien, dans notre onzième arrondissement, qui nous l'a rappelé. La capitale française célèbre, en ce moment, un anniversaire important. C'est le 140ème anniversaire de la Commune de Paris. Ce grand soulèvement populaire de 1871, contre «les Versaillais», est aussi un jalon essentiel dans l'histoire des mouvements et des idées de gauche en France. Aux lecteurs qui connaîtraient peu ce moment historique passionnant qu'a été la Commune, on conseille vivement la lecture de deux livres, parus en Poche, qui le romancent à merveille: «Le cri du peuple» de Jean Vautrin (ou la BD qu'en a tirée Tardi), et «L'insurgé» de Jules Vallès.

A Paris en ce moment, à l'initiative de gens issus notamment du milieu du cinéma – on y retrouve la comédienne Ariane Ascaride –, un projet épatant permet de se familiariser avec la Commune. C'est un projet multimédia. Un journal illustré retrace pas à pas le cheminement des événements de l'époque. Sur lesquels se penche également une émission hebdomadaire diffusée par une radio locale (pour les lecteurs parisiens: le vendredi à 15h, sur Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM). Surtout, des interventions de street-art sont réalisées un peu partout dans la capitale. In situ, comme on dit: aux endroits précis où ont eu lieu des événements marquants pendant la Commune.

COMMUNESTMARTIN.jpgCe projet veut valoriser un épisode «occult黫Paris s’invente une image de ville propre et policée pour mieux oublier certains épisodes de son histoire agitée. En 1871, pendant plus de deux mois, la ville se donne un gouvernement populaire, une armée civile et démocratique, expérimente la démocratie directe, et entreprend des réformes sociales».

Qu'on ne s'y trompe pas: à un an de l'élection présidentielle de 2012, une telle commémoration citoyenne d'un événement politiquement si marqué a aussi, évidemment, une dimension politique. Ainsi, les auteurs de ce projet entendent, par son biais, «impulser une réflexion sur l’actualité des thèmes développés sous la Commune, et sur le devenir de notre société». Cette société de 2011 où, à leurs yeux, «les espaces de liberté se réduisent sensiblement». Ils notent aussi que le Paris insurgé de l'époque était «accueillant pour les étrangers, qu’ils soient Italiens, Polonais ou Algériens. Encore un trait qui l’oppose au Paris de 2011».

COMMUNEGUILLOTINE.jpgChacun jugera de la pertinence, ou non, de cette mise en parallèle historique, 140 ans plus tard. En attendant, le Parisien moyen, dans ses parcours quotidiens dans la ville, a l'occasion de voir pas mal de lieux habituellement anodins qui, subitement, sont égayés par des interventions graphiques souvent réussies. Rien que cela, c'est déjà incontestablement très bien.

10.05.2011

Un culte de la personnalité

rose.jpgEn l'honneur du trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, le PS fait très fort, en termes de marketing politique. Un parti français n'avait plus eu une idée aussi farce depuis l'été 2006. Depuis que l'UMP avait édité ses désormais légendaires tongs de plage ayant fait le bonheur de millions d'estivants: de Palavas-les-Flots à la Grande Motte, de Honfleur à Saint-Jean-de-luz, de Belle-Île à Trouville.

Mais ses merveilleuses tongs sarkozystes ne laissaient sur le sable que le logo du grand parti présidentiel. Et non le portrait du Président en personne – cela, ce sera peut-être pour l'été prochain, pré-campagne présidentielle de 2012 oblige. Le PS, lui, vient de franchir un pas supplémentaire, si délicieusement nord-coréen, dans le culte de la personnalité. Il propose carrément une appli iphone (qui a l'air gratuite, en plus) permettant rien moins que de devenir l'ami, sonore et iconographique, de François Mitterrand.

Vous secouez votre smartphone et, hop hop, vous entendez un passage célèbre d'un discours de l'ex-Président. Vous le resecouez, et hop, voici dans vos petites oreilles une autre de ses petites phrases mémorables. Grâce au parti de Martine Aubry, vous pouvez même «vous prendre en photo avec François Mitterrand»! Il vous suffit de télécharger l'application contenant les clichés fameux de l'intéressé, puis, hop hop, en un tour de main, d'afficher avec ravissement votre propre bobine à la place de celle de la personnalité qui, sur la photo, apparaît aux côtés du défunt Président. On peut donc, par exemple, se retrouver à la place d'Helmut Kohl à Verdun en 1984, sur la fameuse photo montrant ce dernier main dans la main avec François Mitterrand.

Ca fait vraiment rêver.

15.09.2010

Une agitation

Grosse agitation hier soir à Paris. A cette heure-là, on ne suivait pas du tout les infos à la radio, et on était même assez loin de l'endroit où cela se passait. Mais on a été très rapidement mis au courant. Quand, dans le métro, on est tombé par hasard sur un groupes de touristes espagnols désorientés et désappointés, qui commentait avec animation la mésaventure qui venait de leur arriver. Ils venaient de se faire refouler de la tour Eiffel, le célèbre monument ayant (tout comme le Champ de Mars voisin) fait l'objet d'alertes à la bombe – qui se sont heureusement révélées fausses. Des milliers de visiteurs ont donc dû être évacués en urgence. Peu après, c'est la station «Saint-Michel» du RER qui a connu le même sort, le trafic des trains ayant même dû être temporairement interrompu. Une alerte terroriste à «Saint-Michel», cela a de quoi réveiller de très douloureux souvenirs dans la capitale française. Pour mémoire, à cette station le 25 juillet 1995, le GIA algérien avait fait exploser une bombe dans une rame de la ligne B du RER. Cet attentat avait fait 8 morts et 84 blessés.

 

Coïncidence ou pas? Ces fausses alertes à la bombe ont été perpétrées le jour même où le Parlement approuvait définitivement la fameuse loi prohibant le port du voile intégral musulman sur la voie publique – une loi qui, on le sait, a valu à la France des menaces de représailles de la part de groupes terroristes islamistes. Cette soirée agitée est aussi survenue deux jours après la mise en garde tapageuse lancée par Bernard Squarcini, le grand patron de l'anti-terrorisme français. «La menace (terroriste) n'a jamais été aussi grande en France», avait-il déclaré dans une interview dimanche.

 

Pas sûr, du reste, qu'affoler ainsi la population – et donner des idées aux mauvais plaisantins? – était bien utile. En effet, avant même ces fausses alertes d'hier soir, les Français étaient déjà bien conscients du risque terroriste pesant sur leur pays, comme sur tous les autres. Ainsi, selon un sondage paru dimanche, pour 52% des Français, la menace terroriste dans l'Hexagone est assez élevée voire très élevée, 48% des sondés la jugeant au contraire très faible ou plutôt faible.

21.06.2010

Une attaque

crroixrouge.jpgIl vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.

Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou ). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.

La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû () mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».

On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.

18.06.2010

Un appel ou l'autre

L'«appel du 18 juin» il y a 70 ans jour pour jour, ce vendredi. Pas mal de cérémonies sont prévues pour la commémoration du mémorable appel radiophonique lancé par de Gaulle depuis Londres. Moins historique, beaucoup moins consensuel, voire volontiers provocateur dans sa dénomination, en France ce vendredi, comme chaque 18 juin, sera aussi relancé l'appel du... «18 joint» (ici). Rien à voir et donc à ne pas confondre. Cet appel-là, en effet, prône l'abrogation de la loi de 1970 pénalisant la consommation et la détention de stupéfiants. Abrogation car, selon les signataires de cet appel, «il est temps d’en finir avec une loi qui privilégie la politique de la matraque aux dépens de la prévention et de l’éducation». Et temps d'en finir avec «une loi  inappliquée et inapplicable, bafouée par des centaines de milliers de citoyens tous les jours».

 

Parlant du cannabis, et au-delà de ce plaidoyer en faveur de l'autorisation de son usage, disons, récréatif, a resurgi ces derniers temps en France le débat sur une éventuelle légalisation de l'utilisation thérapeutique de cette substance. C'est un appel que lancent en vain, et depuis longtemps, des associations de malades. Qui, s'appuyant sur de nombreux témoignages (ici, par exemple) et expériences étrangères, assurent que le cannabis peut très utilement être utilisé pour soulager des patients d'affections ou d'effets secondaires de leurs traitements, contre lesquels les remèdes traditionnels ne peuvent rien.

 

La France, cependant, freine des quatre fers. Dans son dernier avis en date, l'Académie de médecine a encore réitéré son refus de toute utilisation thérapeutique du cannabis. Selon elle, «ce qui qualifie un médicament est son rapport bénéfice/risque établi par l’analyse des bienfaits que pourra en retirer le patient, comparés aux risques d’effets secondaires et de toxicité». Or, d'après l'Académie, s’agissant du cannabis, «les effets pharmacologiques sont d’une intensité modeste, alors que les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses»: de la «perturbation de la mémoire» aux «artérites pancréatiques» en passant par l'«aggravation de la schizophrénie», l'«incitation à la consommation d’autres drogues» ou les «cancers broncho-pulmonaires».

 

frontonacademiemedecine.jpgMais nombre de pays autorisent l'usage thérapeutique du cannabis. Du coup, la position française est-elle, comme l'a dénoncé cette semaine une lettre ouverte«moralisatrice» et «archaïque»? Ou, scientifiquement et médicalement, est-ce la France qui a raison? Et, dans ce cas, les autorités sanitaires et politiques des pays, pourtant civilisés, autorisant l'usage médical du THC sont-elles incompétentes, voire irresponsables?

 

Il ne serait pas inintéressant d'entendre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sur la question. Mais vu qu'elle est également ministre des Sports et qu'en plus, elle est fan de foot, elle doit avoir d'autres sujets de préoccupation, «mondiaux», en ce moment. Depuis le match d'hier soir et le fiasco des Bleus, singulièrement. On a les priorités que l'on se donne.

30.04.2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

12.04.2010

Un équilibr(ism)e

Pas facile d’être une capitale internationale, de vouloir traduire cette ouverture au monde dans la dénomination de ses rues et places, et, ce faisant, de ménager toutes les sensibilités. D’où la nécessité pour les politiques, en cette matière, de procéder à de savants équilibres – à moins qu’il ne s'agisse d'équilibrisme. On le verra encore à Paris cette semaine. Lorsque, quai Branly, Bertrand Delanoë et le Président israélien Shimon Peres inaugureront la nouvelle place David Ben Gourion.

 

Par cette place dédiée à la figure historique du sionisme, premier leader d'Israël après l'indépendance de 1948, la mairie entend «inscrire dans le paysage parisien le nom d’un des plus grands hommes du vingtième siècle». Le maire a bien précisé que cet hommage ne marquait «aucunement une adhésion à la politique actuelle du gouvernement israélien». Les associations pro-palestiniennes n’en sont pas moins furax. Pour elles, Ben Gourion est avant tout celui qui a «dirigé l’expulsion sanglante de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et la destruction de centaines de leurs villages».

 

Au sein même de la majorité de gauche, l’initiative divise. Ainsi, les élus communistes n’ont pas apprécié que soit rejetée leur idée d’une place ou d’une rue parisienne à la mémoire de Yasser Arafat. A leurs yeux, un tel hommage au leader palestinien «ne serait que réparer une injustice, alors qu’il existe déjà un lieu au nom de Yitzak Rabin» dans la capitale – Yitzak Rabin avec qui, pour mémoire, Yasser Arafat partagea jadis son Prix Nobel de la Paix. Refus catégorique de Bertrand Delanoë. Pour qui «ce n’est pas le moment: Yasser Arafat reste un personnage controversé».

 

On déduit de cet argument que les rues et places de Paris ne doivent porter que des noms consensuels. Bertrand Delanoë doit souffrir d’amnésie. Il doit avoir oublié les manifestations et la controverse qui ont accompagné son initiative, il n’y a pas si longtemps, de rebaptiser place Jean-Paul II le parvis de la cathédrale Notre-Dame.

 

Une place Ben Gourion dans la capitale française donc, mais pas de place Yasser Arafat. Tout de même, par souci d’équilibr(ism)e, la mairie profitera d’une prochaine visite à Paris du Président palestinien Mahmoud Abbas pour inaugurer, rive gauche, une place Mahmoud Darwich, du nom du grand poète palestinien décédé en 2008. On ne sait si, à cette occasion, il sera rappelé, dans les discours, que ledit poète, de son vivant, était membre de l’OLP.

17.02.2010

Un dégât collatéral

Pénible, la journée d’hier. Pénibles, les témoignages insoutenables de ces victimes des essais nucléaires français, qui attendent réparation depuis parfois trente ans et qui, soudainement, réapparaissaient hier dans les médias. A la faveur de la publication d’un rapport renforçant la thèse selon laquelle, à l’époque, ils ont sciemment été utilisés comme des cobayes par l’armée – si vous n’avez pas suivi cela, lire ici. Pénible de voir à la télé, sur les sites web d’infos ou en photos dans les journaux, ces irradiés aux visages à jamais défigurés. Pénible, la liste interminable de leurs maladies radio-induites, comme on dit: des affections dont rien que les noms font peur. Pénible, le calvaire qui fut celui des soutiers du nucléaire français et le si long délai qu’il a fallu à ce pays pour reconnaître ses torts envers eux. Et encore hier, le ministre de la Défense, du bout des lèvres, n’admettait-il que «des erreurs», dues au contexte de l’époque. On n’aurait pas trouvé déplacé d'entendre prononcés les mots excuses, regrets ou pardon.

 

Hier, en bossant sur ce dossier pour le journal, on est retombé, dans le fin fond de notre documentation, sur le compte-rendu d’un rapport parlementaire consacré à ces irradiés du nucléaire, rapport qui avait été publié en janvier 2002. Signé par des députés de droite comme de gauche, il concluait à un impact «dérisoire» des ces essais sur la santé des populations exposées ainsi que sur l’environnement des zones concernées. «Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains», reconnaissaient ces parlementaires, mais «on peut considérer que ces effets ont été limités». Et, en tout état de cause, leurs incidences ont été «dérisoires» comparées à celles des essais américains et soviétiques.

 

Ce rapport parlementaire entretenait donc la fiction d’un nucléaire militaire français propre. Donnait l’impression que cette histoire d'irradiés n'était finalement qu'un dégât collatéral humain inévitable, et somme toute acceptable. Le prix à payer pour, dixit le ministre Hervé Morin, avec un lyrisme pénible, hier matin, «une magnifique épopée, symbole de la constance d’une nation à vouloir acquérir les moyens de sa propre souveraineté».

 

En voyant hier à la télé ces vétérans aux visages martyrisés, en les entendant à la radio raconter, si dignement, leurs souffrances, on se demandait ce que pensaient au même moment, si eux aussi suivaient cette actualité, tous ces parlementaires qui, en 2002, avaient conclu à l’impact sanitaire «dérisoire» de ces essais. Etaient-ils fiers d’eux ? Ou avaient-ils un peu honte?

29.01.2010

Une Histoire

Dominique de Villepin plus fort que Marie-Antoinette? Comme l’a malicieusement rappelé l’AFP hier, l’ancien Premier ministre, poursuivi dans l’«affaire Clearstream», a été jugé cet automne, et finalement relaxé jeudi, dans la même salle du Palais de Justice de Paris où, le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette avait été condamnée à mort par un tribunal révolutionnaire. On ne sait si, hier, au moment d’entendre le tribunal le relaxer, le flamboyant et féru d’Histoire Dominique de Villepin a eu une pensée pour l’infortunée, se disant que, finalement, il avait au moins eu plus de chance qu’elle. La guillotine, il est vrai, n’existe plus en France. Reste à voir si la pendaison à un croc de boucher, que Nicolas Sarkozy avait promise à son grand rival, est un supplice plus enviable.

 

Le parquet, ce matin, a donc décidé de faire appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Qui hurle à l’«acharnement». Ses partisans voient le fait du Prince dans cet appel du parquet. Et, un peu exaltés en ce moment, ne sont pas loin de prophétiser que le peuple parisien et au-delà  y réagira comme il se doit: en rejoignant massivement les troupes du bataillon villepiniste en révolte contre les mœurs de Cour qu’ils prêtent aux sarkozystes.

 

C’est peut-être le moment de rappeler une autre anecdote historique relative au Palais de Justice de Paris, alors qu’il était dénommé Palais du Roi. C’était le 22 février 1358. Comme le raconte le Guide Vert, «les émeutiers parisiens, sous la conduite d’Etienne Marcel, pénètrent dans la chambre du dauphin Charles – le futur Charles V – qui gère le royaume en l’absence de son père, Jean le Bon, captif en Angleterre. Les conseillers du prince sont égorgés sous ses yeux et l’éclaboussent de leur sang, tandis que le prévôt le coiffe du chaperon rouge et bleu, aux couleurs de Paris. Redevenu maître de la situation, Charles V quitte le le palais, qui lui rappelle de trop mauvais souvenirs, et lui préfère désormais le Louvre, l’hôtel St-Paul ou Vincennes».

 

Ce matin à la radio, six siècles et quelque après ce départ de Charles V du Palais de Justice de Paris, Dominique de Villepin mettait le chef de l'Etat au défi de se rendre en personne à ce même Palais, lors du procès en appel. Pour s’expliquer lui-même à la barre, les yeux dans les yeux de son rival, sur les «mensonges» qui auraient été les siens dans l’affaire Clearstream.

 

Si d’aventure une telle confrontation avait lieu, le chef de l’Etat verrait-il ses conseillers – les Xavier Bertrand, Frédéric Lefèbvre et autres Henri Guaino – égorgés illico sous ses yeux par des émeutiers parisiens, leur sang l’éclaboussant? Par sûr qu’en tous ces siècles, le débat français ait fondamentalement perdu en sauvagerie – verbale, en tout cas.

16.04.2009

Une tribu (suite)

ruedesidentitaires.jpgDébut avril (ici), on avait parlé dans ce blog du «Projet Apache», sur lequel on était tombé par hasard en déambulant à Bastille. Par cette action menée dans Paris en ce moment, un groupuscule d’extrême droite, à l’aide notamment de pochoirs apposés sur le macadam, fait l'analogie entre cette tribu indienne disparue et les habitants de Paris, qui seraient menacés dans leur identité culturelle par des envahisseurs étrangers. On disait que ces militants dits «identitaires» étaient peu nombreux. S’est-on trompé? Ou compensent-ils leur faiblesse numérique par un activisme très énergique et/ou très bien organisé?

 

Toujours est-il que, depuis qu’on a écrit cette note, notre onzième arrondissement a été littéralement envahi par les signatures picturales de ces individus. Au point qu’aux entrées des stations de métro situées sur les grands boulevards, par exemple, il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir ces pochoirs apaches, qui ont été tagués un peu partout. Dernière initiative en date de ces militants d’extrême droite: les potelets des rues du quartier ont été couverts de stickers à l’effigie d’Indiens à plumes, accompagnées d’un slogan en lettres capitales : «Pour ne pas finir comme eux».

 

Quand on n’est pas obsédé par les questions d’identité, et certainement pas par l’«identité nationale», cela fait vraiment bizarre de constater au saut du lit de grand matin, que, dans le courant de la nuit, la rue que l’on prend chaque jour pour aller au boulot a été, comme d’autres dans le quartier, rebaptisée «Rue des identitaires parisiens» par une nuée d’autocollants apposés sur les potelets.

 

Sinon – on n’écrirait pas «A propos», parce que ce serait potentiellement diffamant et parce que c’est à la justice, et non à nous, d’établir d’éventuels liens  – , une annexe du Mémorial de la Shoah située dans le Marais vient d’être profanée par une croix gammée, taguée en pleine nuit. Samedi déjà, avait subi le même sort un wagon du Mémorial de Drancy, ville de banlieue parisienne d’où des milliers de Juifs furent envoyés vers les camps d’extermination.

 

Il y a décidément des mauvaises ondes en ce moment, la nuit dans Paris et sa région.