10.05.2012
Une participation en baisse
Pour en terminer avec les résultats de l’élection présidentielle dans la capitale, les Parisiens ont plutôt bien participé au scrutin. Dimanche, ils ont été environ 1 million à se rendre aux urnes, sur les quelque 1,2 million d’électeurs inscrits dans la capitale. Ce qui donne un taux de participation de 83% : légèrement supérieur à la moyenne nationale, et plus élevé qu’au premier tour, le 22 avril (80%).
Il n’en demeure pas moins que cette présidentielle 2012 a moins passionné les foules – à Paris comme dans le reste du pays – que celle d’il y a cinq ans. Ainsi, le 22 avril 2007, plus de 87% des Parisiens avaient voté.
Une participation en baisse donc, par rapport à il y a cinq ans. Dans notre 11ème arrondissement comme dans d’autres à Paris, pourtant, les derniers jours qui avaient précédé le premier tour, un collectif associatif avait placardé un peu partout sur les murs de la ville des affichettes appelant les électeurs à se réveiller et à exprimer leur volonté, via le vote.
«Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique». C’est la mention qui figure sur les cartes électorales qu’utilisent, pour voter, les citoyens français inscrits sur les listes d’électeurs. On souscrirait à 100% à cette assertion si le vote blanc était non seulement reconnu comme tel mais aussi pris en compte, en France – ce qui n’a jamais été le cas.
Voter est un droit ? Mais on ne peut nier à l’électeur le droit de ne pas se reconnaître dans l’offre électorale qui lui est proposée, les jours d’élection. Une partie sans doute des abstentionnistes ne sont pas des inciviques: ce sont des citoyens pour qui ne pas voter est un choix conscient, responsable, et revendiqué comme tel. Mais qui, le vote blanc étant méprisé, préfèrent encore voter avec leurs pieds, pour exprimer leur point de vue. Dans ces conditions, on trouve assez moyen d’ainsi les culpabiliser.
Mais ce n’est que notre avis.
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26.04.2012
Un grand gaspillage
Dimanche, on se l'est encore dit: quel énorme gaspillage de papier que chaque élection en France. Enorme gaspillage, dû simplement au Code électoral
En effet, il impose à l'électeur d'entrer dans l'isoloir avec, en main, au moins deux bulletins de vote différents, puisés dans les piles de bulletins aux noms de chacun des candidats que l'on trouve à l'entrée du bureau de vote. Au moins deux bulletins, car, avec un seul, chacun présent dans le bureau à cet instant saurait pour qui l'électeur s'apprête à voter, et donc le caractère secret du vote serait enfreint. En effet. Mais 44 millions d'électeurs prenant chacun et chaque fois au moins un bulletin en trop, cela donne au minimum 44 millions de bulletins retrouvés chiffonnés dans les poubelles des bureaux de vote, à la fin de la journée.
C'est le si curieux candidat Jacques Cheminade – lanterne rouge du scrutin, dimanche: 0,25%, pas même 90.000 suffrages – qui a fait cette proposition pourtant elle très sensée: changer complètement ce système, pour, justement, moins gaspiller.
L'électeur voterait sur une feuille de format A4 où figureraient les noms de tous les candidats. Il cocherait le nom de son choix. Puis plierait deux fois la feuille et la glisserait dans l'urne. Du coup, plus besoin de prendre des bulletins qu'on n'utilise pas. Et donc autant d'économies de papier. Plus besoin même de prévoir la petite enveloppe bleue dans laquelle on met son bulletin de vote avant de la glisser dans l'urne. Et donc autant de manipulations épargnées, et autant de temps gagné dans le dépouillement.
D'innombrables pays (dont la Belgique) votent de cette manière depuis d'innombrables années, et cela fonctionne très bien. Pourquoi pas la France?
17:01 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, institutions, environnement, economie
02.04.2012
Une (petite) frayeur
Tous les Français qui en ont assez de cette campagne présidentielle interminable l'ont échappe belle. A quelque vingt jours du premier tour, en effet, il s'en est fallu de peu pour que le scrutin doive purement et simplement... être reporté. Et, du coup, il aurait fallu tout reprendre à zéro dans quelques semaines.
Hier soir, en effet, sortant d'un cinéma dans le quartier Montparnasse, Eva Joly s'est cassé la figure. La candidate écologiste à l'Elysée a chuté, la tête la première, dans un escalier. Agée de 68 ans, elle a subi une «très brève perte de connaissance» – à la suite d'«une grosse bosse», a dédramatisé le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé, sur une radio ce matin. L'intéressée a été immédiatement hospitalisée: à l'Hôpital Cochin, d'où elle devrait sortir soit dans les heures qui suivent, soit demain. Son QG de campagne vient de donner de ses nouvelles: «L’ensemble des examens effectués, nous savons maintenant qu’Eva est en bonne santé. Elle est pleinement déterminée à faire campagne pour les trois dernières semaines, pour dire aux Françaises et aux Français que l’écologie, c’est le vrai changement».
Rien de bien grave, donc. Mais, avec un premier tour dans trois semaines, on a frisé le gros problème.
En effet, Eva Joly aurait-elle été plongée dans le coma après sa chute, ou simplement contrainte à être longuement hospitalisée à cause de multiples fractures, que l'article 7 de la Constitution aurait dû être appliqué. Que dit-il? «Si, avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, le Conseil Constitutionnel prononce le report de l'élection».
Le cas échéant, on aurait donc dû se farcir ce scrutin en plein milieu des beaux jours d'été. Croisons les doigts, du coup, pour que, dans les vingt jours qui viennent, l'un(e) ou l'autre des dix candidat(e)s ne soit pas victime d'un infarctus, d'un AVC ou d'un accident de voiture.
15:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, personnalités, joly, institutions
28.03.2012
Une déclaration puérile
Hier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.
Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.
Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.
Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).
Et puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?
N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.
Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».
Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.
11:40 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, gouvernement, personnalités, institutions, sarkozy, juppé, police, sécurité
07.03.2012
«Une tuerie» à venir?
Toutes les télés de France, hier soir, en ont évidemment fait leurs choux gras. Les députés qui étaient présents à l'Assemblée nationale dans l'après-midi ont passé le plus clair de leur temps... à se photographier. En effet, c'était la dernière séance de la législature. Du coup, toutes celles et ceux qui ne sont pas certain(e)s d'être réélu(e)s aux législatives de juin ont hier, dans l'hémicycle, sorti leur smartphone. Pour, par précaution, immortaliser leur présence dans ces honorables travées – ce sera joli, dans l'album-photos familial.
A en croire les échos, nombre d'élus de la majorité sarkozyste ne donnent pas cher de leur peau. «Ça va être une tuerie!», aurait même confié l'un d'eux (ici) hier. Avant de prédire qu’un tiers seulement des 317 députés UMP sortants retrouveront leur siège, fin juin.
On verra. En attendant, c'est l'heure du bilan du travail législatif accompli.
Très exactement 264 lois ont été votées, ces cinq dernières années. Mais toutes sont-elles bien entrées en application? Bonne question. «Nous en sommes, à ce jour, à 88,2% des décrets d’application (des lois) publiés», s'est félicité, hier, le ministre des Relations avec le Parlement. «Il reste encore 34 mesures en instance. Au mois d’avril, nous aurons pris 90% des décrets d’application de toutes les lois votées depuis 2007. C’est le meilleur résultat obtenu par un gouvernement depuis le début de la Ve République».
Au moins ils trouveront là un motif de consolation, tous ces députés qui seront sanctionnés par l'électorat, dans trois mois. Sans doute, pour elles et eux, est-ce déjà cela.
11:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, elections législatives, institutions, parlement
01.08.2011
«Une écoute et une ouverture»?
52% des Wallons excluent un rattachement à la France. En revanche, 60% des Français sont favorables, «en cas d'éclatement de la Belgique, au rattachement de la Wallonie, c'est-à-dire des provinces francophones», à l'Hexagone. C'est ce qu'a affirmé un sondage hier. Près de quatre Français sur dix (38%) sont «plutôt favorables» à cette éventualité, 22% se montrant même «tout à fait favorables». 30% des sondés refusent cette option, 10% préfèrent ne pas se prononcer.
On remarque cela sans vouloir fâcher quiconque, mais on peut tout de même difficilement ne pas rappeler cette actualité: six Français sur dix sont donc, sur cette question, sur la même longueur d'ondes que Marine Le Pen. Qui, la veille du 21 juillet, fête nationale belge, avait estimé (ici) que, «si la Belgique venait à éclater, si la Flandre prenait son indépendance, hypothèse de plus en plus crédible, la République française s’honorerait d’accueillir en son sein la Wallonie». «La responsabilité de la France et des Français est de tendre la main aux Wallons», avait insisté la patronne du Front national. Qui avait invoqué «les liens historiques et fraternels qui unissent nos deux peuples», liens jugés «trop forts pour que la France abandonne la Wallonie».
«Nous avons des contacts aussi bien avec le pouvoir qu'avec l'opposition» en France, se réjouissait ce matin, tôt, sur une radio française, Paul-Henry Gendebien: leader du mouvement qui, en Belgique, prône le rattachement à la France. Pas peu fier, ce tribun «rattachiste» (comme on dit en Belgique) assurait ensuite que ses interlocuteurs en haut lieu à Paris manifestaient à son égard, et envers sa cause, «de l'intérêt, de l'écoute et de l'ouverture». «Pour le moment, et c'est bien normal, ils observent un devoir de réserve» sur les questions belges, poursuivait-il. «Mais je vous assure que si en Belgique les choses venaient à s'accélérer, en France on serait prêt à agir!»
Etait-ce dû l'heure trop matinale? Toujours est-il qu'on avait tout de même un peu de mal à prendre tout cela très au sérieux.
11:14 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : belgique, institutions, international, le pen
08.07.2011
Une dangereuse simultanéité
Fin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.
D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).
Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.
Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.
Voilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées.
Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.
11:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, pauvreté, economie, institutions, personnalités
29.06.2011
Une immunité
On aurait pu parler d'une femme, aujourd'hui dans ce blog. De Christine Lagarde par exemple: première femme à être désignée hier directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Ou de Martine Aubry, qui, le même jour, a officialisé son entrée en campagne pour les primaires socialistes pour l'Elysée. Voire de Ségolène Royal, dont l'équipe de campagne, au même moment, a envoyé un communiqué de presse titré de la sorte: «Venez votez et vous saisir des primaires» – mais, sans doute, si elle est élue en 2012, son entourage gérera-t-il mieux la France qu'il ne maîtrise l'orthographe...
Et puis non. On avait plutôt envie de parler d'un homme. D'un homme qui, ce mercredi, retrouve son immunité parlementaire alors qu'il vient d'être mis en examen pour «viols en réunion et viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité».
Il s'agit de Georges Tron. Un ex-ministre assez discret et peu connu des Français, jusqu'à ce qu'il soit poussé à la démission après avoir été accusé par des employées de sa mairie de les avoir violées. Il dément catégoriquement, crie même au complot, et a bien sûr droit à la présomption d'innocence. Si, malgré les charges gravissimes qui pèsent sur lui, il retrouve aujourd'hui son immunité, c'est en vertu de la dernière modification en date de la Constitution. Qui prévoit que les ministres ayant perdu leur portefeuille retrouvent désormais automatiquement leur siège de député, sénateur ou eurodéputé un mois après avoir quitté le gouvernement.
Une immunité donc, malgré des soupçons de viols et agressions sexuelles en réunion.
Il s'agit de l'application stricte, mécanique pour ainsi dire, de la loi. Ni plus, ni moins. Il n'empêche, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'une telle pratique ne va pas précisément contribuer à redorer l'image des élites dans cette opinion française où, déjà, la classe politique dans son ensemble ne jouit pas d'un très grand crédit.
11:13 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, justice, institutions, royal, aubry, femmes
23.06.2011
Une histoire mouvementée
Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.
D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.
Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.
Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.
PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.
12:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : education, institutions, histoire, culture, personnalités, sarkozy
11.04.2011
Un intrus
Si les cordonniers sont, comme dit l'adage, les plus mal chaussés, le premier flic de France est-il, lui, le moins bien protégé? On peut s'interroger, en tout cas, depuis l'incident survenu au ministère de l'Intérieur vendredi soir. Si par extraordinaire cela vous avait échappé – on n'a parlé que de cela, ce week-end à Paris – , un intrus a réussi à pénétrer dans ce saint des saints de la politique sécuritaire sarkozyste. Il s'est introduit dans le cabinet et le ministère de l'Intérieur, place Beauvau dans le septième arrondissement, à deux pas du palais de l'Elysée.
Vers 19h20 vendredi, l'homme a trompé la vigilance des plantons qui étaient de garde devant l'édifice. Il s'est promené dans les locaux pendant plusieurs minutes, puis a pris la poudre d'escampette comme si de rien n'était. Ensuite, pendant près de cinq heures, les services de sécurité ont dû fouiller l'immeuble pour s'assurer qu'aucun engin explosif n'y avait été déposé. Pendant tout le week-end, le porte-parole du ministère a fait état, aussi sobrement que comiquement, d'un possible «défaut de vigilance», que déterminera éventuellement l'enquête administrative qui a été lancée. Et il a assuré que jamais l'individu n'avait eu accès aux «zones sensibles» du bâtiment.
Les médias, évidemment, ont fait leurs choux gras de l'incident. Ils se sont fait un plaisir de rappeler que, l'été dernier déjà, un quidam très culotté, au volant d'une Clio équipée d'un gyrophare, avait réussi à se faire ouvrir les grilles de l'Elysée, puis à se garer dans la cour d'honneur du palais présidentiel. Avant que les gardiens du temple, médusés, se rendent compte qu'il n'avait absolument rien à y faire. Autre incident rocambolesque: dans l'enceinte du ministère de l'Intérieur «il y a deux ans, une femme vêtue seulement d'un string a été interpellée»...
Selon les syndicats policiers, ces incidents à répétition ne sont pas du tout anecdotiques. Car ils illustrent le gros problème de sous-effectifs frappant selon eux les services d'élite chargés de veiller à la sécurité des hautes personnalités – services qui, tout comme l'ensemble de la fonction publique, sont, depuis 2007, soumis à la règle du non-remplacement d'un agent sur deux partant à la retraite. «Je ne veux même pas entrer dans ce débat-là!», a répété en boucle, ces dernières 48 heures, le porte-parole de l'Intérieur. Qui, visiblement, était passablement irrité...
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24.06.2010
Une goutte d'eau
C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.
D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.
Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.
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26.02.2009
Un décalage
D’un coup de baguette magique, Paris verrait sa population passer de 2 à 6 millions d’habitants. Sa superficie – 105 km2 beaucoup trop étriqués, où les habitants s’entassent et la ville étouffe – serait carrément multipliée par sept. Dans le cadre des réflexions, gouvernementales notamment, en cours sur le futur «Grand Paris» imaginé à l’horizon 2010-2015, c’est donc le dernier projet en date. Il sera présenté la semaine prochaine à Nicolas Sarkozy par Edouard Balladur, au nom de la commission que préside l’ancien Premier ministre sur la réforme de l’architecture territoriale de l’Hexagone. Dans les grandes lignes de ce scénario, Paris serait fusionné avec les trois départements limitrophes de sa petite courronne.
On l’avoue de but en blanc: jusqu’à présent, on n’est jamais trop parvenu à se passionner pour toutes ces grandes prises de tête institutionnelles. Cela sela semble si loin. Cela paraît si décalé par rapport aux préoccupations quotidiennes des Parisiens. C’est sans doute très bien de réfléchir au Paris de demain, mais en attendant, ce serait si bien d’agir également. Pour ces familles de mal-logés qui campent depuis dix semaines près de l’Opéra Garnier, pour les usagers du métro qui, chaque matin et chaque soir, n’en peuvent plus de ces lignes surbondées, pour les détritus qui s’entassent dans la gare Haussmann du RER, pour ces SDF dont chaque hiver le nombre augmente, pour les problèmes de crèches, d’embouteillages, de pollution, de logement, de cohabitation ou de chômage qui, chaque jour, se posent dans la capitale.
Et puis, comme le notait une chroniqueuse malicieuse à la radio ce matin, cela risque de ne pas être facile à gérer, cette usine à gaz du «Grand Paris». Car bon, qui cohabiterait au sein de cette assemblée territoriale parisienne «new look»? Des Parigots-Parisiens, volontiers banlieuphobes primaires. Des élus des Hauts de Seine: grâce au quartier d'affaires de La Défense, le département le plus riche de France, dont le PIB dépasse celui de certains Etats étrangers. Et des représentants de territoires aussi relégués que sont ceux du «9-3»: la Seine St-Denis de tous les clichés sur la banlieue défavorisée de ce que maintenant l'on appelle pudiquement les «quartiers». Quelle serait donc l’efficacité d’une assemblée marquée par tant d’hétérogénéité?
Il y a aussi qu’avec ce coup de baguette magique, on en reviendrait, à la grosse louche, à l’ancien département de la Seine que de Gaulle supprima à la fin des années 60 car à l’époque, il était jugé inefficace. On repasserait donc du «Small is beautiful» institutionnel (tous ces discours sur la vertu de la proximité en politique, etc.) au «Big is better». Sur le long terme, on ne saisit pas trop la cohérence.
L’adage l’assure: «Faire et défaire, c’est toujours travailler». Pas sûr cependant qu’en attendant, les Parisiens aient l’impression que les politiques travaillent à la résolution des problèmes auxquels chaque jour ils sont confrontés.
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16.10.2008
Un refrain
Dans tout ce tumulte suscité hier par cette histoire de «Marseillaise» sifflée au Stade de France, on était plutôt d’accord avec ceux qui trouvaient que Lââm n’avait pas manqué de cran, mardi soir. La chanteuse avait été prévenue que l’hymne national qu’elle interpréterait risquait d’être sifflé par la foule. Elle ne s’est pas débinée pour autant. Et ne s’est pas laissée démonter lorsque, en effet, elle a été chahutée. Cela dit, et au-delà de cela, mardi soir, devant notre télé, en l’entendant et en la voyant chanter, on s’est tout de même demandé si elle n’avait pas commis une grosse faute de goût.
Lââm, en effet, a cru bon de faire des effets de voix et des vocalises sur la dernière strophe du refrain de «La Marseillaise». Sur le passage fameux et si controversé de l’hymne national qui appelle à ce «qu’un sang impur abreuve (les) sillons» de la France. On n’est pas sûr que c’était forcément une bonne idée d’insister à ce point vocalement sur ces quelques mots.
Alors, évidemment, il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Lorsqu’il composa «La Marseillaise», Rouget de Lisle (1760-1836) écrivit forcément un hymne, comme tout hymne d’ailleurs, par nature cocardier, nationaliste, voire carrément guerrier, puisque son but originel était de galvaniser les foules. Mais enfin, trois siècles plus tard, en ces temps d’exaltation de l’«identité nationale» en France et de boucheries menées en Europe même au nom de la purification ethnique, cette stigmatisation de l’impureté sanguine fait tout de même assez froid dans le dos.
Du coup, a resurgi hier l’idée de modifier les paroles de ce refrain. Ainsi, le journaliste et écrivain François de Closets a dit sa «honte que ce pays n’ait pas encore modifié les paroles de son hymne national». Selon lui, c’est d’ailleurs «la stupidité» insigne de ce passage du refrain sur le sang des sillons qui a poussé des générations entières d’écoliers à le tourner en dérison en le ponctuant de la rime: «queue de cochon!».
En tout cas, si d’aventure les Français devaient un jour se pencher sur les paroles de leur hymne national, on ne saurait trop leur conseiller d’aller au-delà de ces fameux sillons. Et de relire attentivement la version longue de «La Marseillaise» (ici). Y sont notamment dénoncées les «cohortes étrangères» qui «feraient la loi dans nos foyers».
Ces termes si connotés de «cohortes» (ou de «hordes») d’étrangers sont vociférés en boucle à la tribune de tous les meetings de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers et applaudis à tout rompre par des foules racistes et xénophobes en délire. Du coup, ce n’est pas manquer de respect à «La Marseillaise» que de poser la question: des exhortations aussi haineuses ont-elles vraiment leur place dans cet hymne? – hymne qui plus est d’un pays se proclamant urbi et orbi comme la patrie des droits de l’homme.
11:04 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : institutions, immigration, intégration, civisme, football, langue française
19.11.2007
Un silence
Sixième jour de grève. Et, comme chaque jour, une avalanche de commentaires. Il y en a un, en revanche, qu’on n’entend plus guère. Un qui n’a plus pris la parole depuis six jours. Un dont le silence devient vraiment assourdissant. On veut évidemment parler de Nicolas Sarkozy.
Le Président est toujours à la manœuvre, assurent ses conseillers. Il suit l’évolution de la situation heure par heure, répètent en boucle ses ministres. N’empêche, il se tait. Et n’apparaît plus à la télé. C’est la première fois depuis son élection à l’Elysée, il y a six mois, que Nicolas Sarkozy ne s’est plus exprimé et n’a plus été vu à la télé pendant une aussi longue période – puisque même pendant ses vacances sur son yacht ou aux Etats-Unis, cet été, on n’avait vu que lui.
C’est un dégât collatéral du changement de statut du Président qu’il incarne. Après six jours de grève, des centaines de millions d’euros d’addition sociale et des millions de voyageurs dans le pétrin, n’importe quel chef d’Etat français avant Nicolas Sarkozy n’aurait plus tardé à intervenir publiquement, à prononcer quelques paroles fortes et solennelles, à appeler le pays à la raison et à la conciliation, etc. Mais ce qui aurait fonctionné pour un Président se positionnant au dessus de la mêlée, jouant les arbitres impartiaux, laissant son Premier ministre aller au front, ne marche plus pour un Président qui, en s’impliquant lui-même et à ce point dans la réforme contestée, fait désormais figure de protagoniste principal du conflit en cours. Un Président dont la parole, jugée ultra-partiale, n’est, du coup, plus d’un grand secours pour sortir le pays de la crise.
Il sera intéressant de voir comment les Français jugeront le silence sarkozien de ces derniers jours. Sauront-ils gré au Président de s’être tu et donc de n’avoir pas pris le risque d’être jugé comme jetant de l’huile sur le feu? Ou, au contraire, s’agaceront-ils du paradoxe de la situation d’un chef d’Etat omniprésent médiatiquement quand tout va bien, mais spectaculairement absent quand dans le pays, les choses commencent à tourner mal?
11:00 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Social, Gouvernement, Institutions, Télévision
30.10.2007
Une bombe?
Cela circulait hier, cela s’est confirmé ce matin: l’Assemblée nationale se penchera donc demain sur un projet d’augmentation de 140% du salaire de… Nicolas Sarkozy.
Le Président français gagne actuellement 8300€ bruts (soit quelque 6000 € nets) par mois. Comme notamment tous ses frais sont intégralement pris en charge, son salaire est moins élevé que celui de la plupart des hauts fonctionnaires de l’Etat. Ainsi, le Premier ministre François Fillon gagne un peu plus de 20.000 € bruts par mois et le moindre de ses secrétaires d’Etat est payé 12.000 € environ, soit près de deux fois le salaire du Président.
L’Elysée suggère donc d’assainir tout cela et de porter le salaire du chef de l’Etat à la hauteur de celui du chef de gouvernement. Ce faisant, remarque le palais présidentiel, avec ses quelque 240.000 € de rémunération annuelle brute, Nicolas Sarkozy resterait largement en dessous des émoluments dont bénéficient le Britannique Gordon Brown (260.000), l’Allemande Angela Merkel (272.000) ou l’Américain George Bush (342.000).
Ajoutons que les salaires des plus hauts dirigeants politiques demeurent infiniment ridicules si on les compare à ceux des grands patrons. Pour mémoire, en 2006, la rémunération annuelle de Carlos Ghosn (Renault) s’est élevée à plus de 21 millions d’euros, celle de Bernard Arnault (LVMH) à 15 millions et celle d’Henri de Castries (AXA) à 7 millions.
Sans doute. Il n’empêche, cette augmentation salariale présidentielle de 140% pourrait au pire constituer une bombe pour le pouvoir, au mieux alimenter des grognements poujadistes dans les chaumières - et donc encore renforcer la mauvaise image des politiques. En effet, elle interviendrait après le refus gouvernemental, cet été, de donner un coup de pouce au salaire minimum. Alors que les députés viennent à peine de voter les franchises, qui imposeront aux malades de payer encore plus pour leurs soins de santé. Alors aussi que de difficiles négociations sur le pouvoir d’achat ont à peine démarré. Et avant un probable plan de rigueur si vaste qu’il n’épargnera personne et y compris les plus modestes.
Pas sûr, dès lors, que c’était vraiment le moment idéal pour annoncer cela.
PS: Le tag de bombinette figurant en illu était apparu dans le quartier Bastille (rue Amelot, notamment) au mois de mai dernier, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Alors que tous les autres nés sur les murs à l’époque ont depuis été effacés, celui-là, assez incompréhensiblement, est demeuré.
PS2: Finalement, tout a été beaucoup plus vite que prévu, puisque la disposition rehaussant le salaire présidentiel a été adoptée à l'Assemblée dès mardi soir. Jamais sans doute, dans toutes les annales de la Cinquième République, un texte n'avait connu parcours parlementaire aussi rapide. Parce que le sujet était vraiment trop explosif pour le faire traîner?
10:55 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Institutions, International, Economie



