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18.04.2012

Une discrète omission

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalQu'en termes élégants ces choses-là sont dites. C'est ce qu'on a pensé ce matin, en tombant, en rue, sur ce graffiti anti-Le Pen.

La détestation qu'on est en droit d'éprouver envers telle ou telle personnalité autorise-t-elle de s'en prendre à elle en des termes scatologiques? Se soucier de la bienséance des mots utilisés pour critiquer Marine Le Pen, est-ce la moindre des choses, ou de la pudibonderie déplacée? On vous laisse juges.

Sinon, à propos de Marine Le Pen, on a reçu des nouvelles d'elle, ce matin. Dans notre boîte aux lettres. En effet, y sont arrivées les «professions de foi» des candidats: leurs dépliants électoraux, qui sont envoyés à tous les électeurs avant chaque scrutin. Découvrant ces document (visible en pdf ici), on s'est empressé d'y vérifier une chose, pour voir si était confirmé ou démenti un bruit qui circulait ces derniers jours, à son propos. Et, effectivement, on a eu confirmation de cet écho. Dans ce document, on ne trouve nulle trace d'un point du projet lepéniste sur lequel, pourtant, l'intéressée a passé du temps, pendant sa campagne. A savoir, la sortie de l'euro et le retour au franc.

Sans doute cette discrète omission est-elle due aux sondages de ces dernières semaines. Qui, tous, ont montré combien l'opinion – et y compris une bonne part de l'électorat FN – redoutait les conséquences d'un éventuel retour au franc, sur le pouvoir d'achat.

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalMarine Le Pen a retenu la leçon. Une telle faculté d'adaptation n'est pas anecdotique. Venant d'une candidate qui, pendant toute sa campagne, n'a cessé de dénoncer tout à la fois les sondeurs, la fiabilité selon elle très discutable de leurs enquêtes, et la place à ses yeux démesurée prise par les sondages dans cette présidentielle.

 

PS: Parlant d'Europe et de Front national, on a pu encore le remarquer hier soir, lors du méga-meeting parisien de Marine Le Pen, au Zénith. Rien que dans sa scénographie, il a rappelé combien la frontiste se distingue de la plupart des autres présidentiables. A ses côtés, en effet, sur la scène, figuraient trois drapeaux. Mais uniquement des drapeaux tricolores: aucun drapeau étoilé européen.

17.04.2012

Une (laborieuse) ouverture au monde

Ce n'est qu'au moment des présidentielles que la presse étrangère basée en France peut travailler dans des conditions correctes. C'est ce qu'on s'est (re)dit dimanche, au meeting géant de François Hollande, à Vincennes.

Hors périodes de campagnes élyséennes, la presse étrangère n'est «pas la priorité de communication» des politiques français. Qui le reconnaissent d'ailleurs sans ambages. Normal: les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs des médias étrangers ne votent pas en France. En périodes présidentielles, en revanche, cela change. Soucieux de se bâtir un minimum de stature internationale, les présidentiables sont un peu plus attentifs à la presse étrangère. François Bayrou avait été le premier à le faire, à la présidentielle de 2007, François Hollande l'a imité à celle de 2012: il a une attachée de presse spécifiquement chargée des médias internationaux. A Vincennes dimanche, on a même vu ce qu'on n'avait jamais vu lors d'aucune autre campagne présidentielle et chez aucun autre candidat.

Quelque 450 journalistes s'étaient accrédités pour couvrir l'événement. Parmi eux, l'on recensait 160 nationalités différentes. Dès lors, une (petite) section de la salle de presse était réservée à la presse internationale. Cela changeait de ces salles de presse de meetings où les journalistes étrangers ont juste le droit de passer après tous leurs collègues français, ne serait-ce que pour avoir une prise de courant, une ligne ADSL, ou simplement une chaise et un bout de table.

Cette attention des présidentiables à la presse étrangère connaît des limites, toutefois. A de très rares exceptions près, les grandes interviews restent, bien sûr, l'apanage de la presse hexagonale. Et, le plus souvent, seuls les journalistes français ont accès aux déplacements de présidentiables quand ceux-ci sont «poolés»: fonctionnent en «pools», avec un nombre minimum de journalistes, chargés ensuite de répercuter les infos auprès des confrères exclus de ces pools.

Qui sait les présidentiables français progresseront-ils dans leur ouverture au monde, à la présidentielle de 2017. Ou pas; on verra.

12.03.2012

Une faute de goût

C'est certainement un détail par rapport à l'ampleur de la mobilisation du camp sarkozyste dimanche – ils ont été plusieurs dizaines de milliers à acclamer leur champion en meeting à Villepinte, aux portes de Paris. Mais, 24 heures après, on est toujours effaré par ce dérapage, donc on en parle.

C'était avant même le commencement de ce meeting monumental. Hier matin, sur une radio, un hiérarque de l'UMP – dont, par charité, on taira le nom: ne pas tirer sur l'ambulance – avertissait la gauche qu'une contre-attaque d'anthologie venait d'être lancée contre elle, par la droite. Et, pour en convaincre l'auditeur moyen, d'avoir recours à une image. Selon lui, c'est carrément «un tsunami» qui, d'ici au premier tour, dans 41 jours, va s'abattre sur les anti-sarkozystes.

«Un tsunami», donc. Terme utilisé un 11 mars 2012. Soit le jour même où le monde commémorait la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, et honorait la mémoire de ses 20.000 victimes. En entendant une métaphore aussi péniblement déplacée, on était pantois.

01.03.2012

Un niveau passable, sans plus

François Hollande parle bien l'anglais. Mieux que Nicolas Sarkozy, en tout cas. C'est ce qu'il s'est dit et répété dans le tout-Paris médiatico-politique, ces jours-ci. Dans la perspective du déplacement que le présidentiable socialiste a effectué hier à Londres. Alors, vrai ou pas, ce talent «hollandais» allégué pour la langue de Shakespeare?

Témoignage de première main en même temps qu'avis autorisé d'un confrère et ami britannique: correspondant permanent à Paris du grand quotidien «The Daily Telegraph». De retour de cette journée passée outre-Manche avec le candidat socialiste à l'Elysée, son avis était celui-ci: «Il a dit deux, trois phrases en anglais. Un fort accent franchouille, mais grammaticalement correct. "Finance must be regulated", "We must have regulation", ou "We are not obliged to answer all questions". Et il a eu besoin d'un traducteur avec Miliband»: avec Ed Miliband, le chef du Parti travailliste britannique, que François Hollande a rencontré hier à Londres.

Passable donc, sans plus: le niveau en anglais du favori pour l'Elysée.

En même temps, jamais aucun Président français n'ayant jusqu'à présent brillé par sa parfaite maîtrise des langues étrangères, il serait très étonnant que cette imperfection linguistique soit rédhibitoire pour l'intéressé...

23.02.2012

Une si irritante absence

Elections présidentielles, International, Médias, JournalismeL'histoire se répète, dramatiquement. Le jeune photoreporter français Rémi Ochlik, mort hier d'un tir de roquette à Homs, en Syrie, avait côtoyé Lucas Mebrouk Dolega, de son vivant: ce confrère qui perdit la vie, lui en Tunisie en janvier 2011. Les deux jeunes gens s'appréciaient, et partageaient la même passion pour le photojournalisme. Ils en sont morts tous les deux. Plutôt que se répéter, on renvoie à la note qu'on avait écrite à l'époque (ici). Rien, hélas, à ajouter.

Ou plutôt si, mais sur un autre point. Comme à chaque campagne présidentielle française, il est frappant de constater combien les grands dossiers de politique internationale sont assez largement absents de la campagne.

Que ferait François Hollande, s'il est élu en mai, pour que la France, au Conseil de sécurité de l'Onu, persuade la Russie à accepter des couloirs humanitaires en Syrie? Ou, pour ne pas se cantonner à ce seul pays, quel rapport le socialiste entretiendrait-il avec le controversé Abdoulaye Wade, s'il est réélu Président du Sénégal? Comment défendrait-il la liberté des journalistes de faire leur métier en Russie, en Chine ou en Birmanie? Rien. On n'en sait rien. Tout le monde à l'air de s'en moquer. Les électeurs français sont priés de ne s'intéresser qu'aux questions franco-françaises: strictement, étroitement, hexagonales.

Cette absence des questions internationales dans la campagne, elle était plus manifeste et irritante que jamais hier soir, au 20 Heures de France 2, où était reçu Nicolas Sarkozy.

Quelle affaire, quelle agitation, quelle sensation, que le mea culpa qu'il y bredouilla, à propos de sa fameuse soirée au «Fouquet's», en mai 2007. En revanche, le jour de la mort de Rémi Ochlik à Homs, il y avait une autre question qui fâche, qui aurait pu/dû être posée au Président sortant. Faisait-il également acte de contrition pour avoir, en 2008, reçu à Paris, en grandes pompes et avec tous les honneurs, son homologue syrien Bachar el-Assad?

Hier, David Pujadas n'a pas pensé (pas osé?) poser cette question à son invité.

Un pays n'a probablement que le buzz médiatique qu'il mérite.

13.02.2012

Une rage

economie,international,activisme,parisCa ne faisait pas Athènes – nulle trace, ici, de bris de vitres, de mise à sac, et/ou d'incendie. Mais c'était assez saisissant. La mine, ce week-end, de cette banque du boulevard Beaumarchais, dans notre onzième arrondissement. Sur sa devanture, avait été barbouillé un «VOLEUR» énorme: éclatant de rage, en lettres capitales et peinture fluo criarde.

Ladite banque fait partie des trois établissements français qui, il y a peu, ont été dégradés par les agences internationales de notation, pour êtres mouillés dans les dettes souveraines de pays européens frisant la faillite. Et, lors de la grande crise bancaire mondiale, cette banque, comme d'autres, avait abondamment bénéficié du plan gouvernemental de soutien au secteur.

A l'époque, déjà, à Paris comme en banlieue, on avait vu nombre d'agences bancaires de cette enseigne et d'autres maculées de slogans rageurs du même acabit.

Rien ne changerait, donc.

07.02.2012

Un avis (tranché)

International, Personnalités, Social, Economie, Transports, Banlieues, ActivismeAngela Merkel était donc à Paris lundi, pour soutenir Nicolas Sarkozy en vue des présidentielles. Ecrivant hier sur le sujet, pour «La Libre» version papier, on expliquait que cet appui de la chancelière allemande n'allait pas forcément aider le Président français à réduire le fossé qui, d'après les sondeurs, le sépare des classes populaires et ouvrières. Il y a quelques semaines, un sondage TNS-Sofres a témoigné de cette défiance d'une partie pas marginale de l'électorat populaire envers le couple franco-allemand et envers son fonctionnement.

Ainsi, près d'un ouvrier français sur cinq (21%) voit l'Allemagne avant tout comme un pays «concurrent», 9% de cette catégorie de la population considérant carrément cet Etat comme «un adversaire». Et 69% des ouvriers ne font pas confiance au tandem Sarkozy-Merkel pour résoudre la crise.

La même réticence serait-elle de mise en banlieue de Paris? L'autre jour, en tout cas, prenant le RER A puis débarquant dans une gare quelques stations plus tard, on n'a pu que constater que la plupart des panneaux publicitaires y avaient été maculés par un(e) anonyme. Maculés d'un seul et même slogan. Qui, à défaut d'être d'un goût exquis, était au moins très visible et très parlant: «Pas besoin de sexe en 2012 SARKO-MERKEL nous baisent déjà A SEC».

Certes, un slogan isolé ne fait jamais une opinion. Et, même lorsqu'ils sont peinturlurés dans toute une station, ils ne traduisent pas forcément le sentiment de l'électorat de l'ensemble d'une région. Mais enfin, dans certains coins de la banlieue de Paris en tout cas, vis-à-vis de certains électeurs, il semble y avoir comme un déficit d'explications et de persuasion de l'Elysée, sur cette question...

16.12.2011

Un «fiel mensonger»

Terminons la semaine plus légèrement, sur un coup de sang. Un coup de colère de Ségolène Royal, en l'occurrence – dont on sait, depuis son mémorable face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de la présidentielle de 2007, que, pour elle, il y a «de saines colères».

Ségolène Royal soigne le blues de sa récente humiliation politique, aux primaires socialistes, en voyageant de par le monde. Ainsi, l'autre jour, elle était au Vietnam. A son retour, plusieurs médias qui comptent dans sa région de Poitou-Charentes («La Charente Libre», «Centre Presse» et «La Nouvelle République du Centre-Ouest») l'ont épinglée. Pour avoir, selon eux,«exigé que l’ambassadeur de France à Hanoï vienne la chercher au pied de la passerelle de l’avion, à son arrivée» dans cette ville.

Cette semaine, l'intéressée a sorti un communiqué furibard, dénonçant une énième «boule puante» à son encontre. «L’ambassadeur de France au Vietnam lui-même a adressé un démenti formel à ces journaux. Il a procédé à l’accueil républicain habituel, lors de la venue d’une ancienne Ministre. Sa voiture était stationnée à l’extérieur de l’aéroport. Les formalités habituelles d’entrée sur le territoire vietnamien ont été accomplies». Dès lors, si ces médias médisants avaient pris la peine de vérifier leurs «allégations malveillantes» avant de les diffuser, il auraient appris que «ces soi-disant faits sont totalement faux».

L'ex-candidate à l'Elysée n'a pas du tout apprécié cette légèreté journalistique – et elle a parfaitement raison. Elle a donc «décidé d’attaquer en justice les journaux qui ont diffusé cette fausse information», ainsi que, à l'avenir, «tous ceux qui la reprendront». Car «la campagne électorale n’autorise pas tous les aigris à avoir accès à la presse pour déverser leur fiel mensonger».

Voilà les plumitifs, et les opposants à l'intéressée, avertis.

08.12.2011

Un bon goût discutable

Léger mouvement de recul en prenant connaissance de la dernière initiative en date d'«Action contre la Faim» (ACF). Ce n'est pas le travail de cette ONG qui est en cause, ni bien sûr l'enjeu global de l'aide aux pays du Sud. C'est le coup de com' qu'elle a monté pour sa prochaine manifestation caritative.

Il s'agit... d'«un dîner gastronomique haut de gamme». D'un dîner autour de «menus exclusifs» concoctés par ... les deux chefs finalistes de l'émission de télé à succès «Top Chef», sur M6. Les fonds récoltés à cette occasion seront reversés à l'association.

On ne la sent pas trop, cette mise en relation entre la futilité des concours culinaires télévisés et l'horreur des famines meurtrières. On le trouve d'un goût très discutable, en fait, ce cousinage entre, d'une part, des gourmets tentant de gagner la notoriété à coups de menus caloriques, télégéniques et chics, et, d'autre part, des populations dénutries au point d'en crever.

On a d'ailleurs eu un mouvement de recul assez similaire le week-end dernier. Quand, leurs défilés achevés sur TF1, les Miss France 2011 ont été appelées en renfort par les animateurs du Téléthon, sur France Télévisions. La plastique si parfaite de ces dames mise au service du buzz au profit de ces enfants au physique souvent si difficile que sont ceux du Téléthon... Là encore, le rapprochement était très bien intentionné, et il se faisait au profit d'un objectif caritatif très louable. Mais on était, comment dire..., un peu mal à l'aise.

29.11.2011

Un «profond sentiment d'injustice»

tourisme,international,transports,gouvernement,art de vivreCe mardi, le gouvernement divulgue les résultats du premier «Baromètre international sur les points forts et points faibles de l’accueil des touristes en France». Un sujet important, ce pays restant, bon an mal an, la première destination touristique mondiale. Pour l'occasion, le ministre ad hoc organise ce matin un grand raout médiatique dans les salons de... Roissy. Cet aéroport qui, une enquête de satisfaction internationale après l'autre (relire ici ou ), n'en finit plus de se faire descendre en flammes.

Tout récemment encore, Roissy-CDG s'est vu décerner le titre d'«aéroport le plus détesté au monde». Cette distinction lui a été octroyée par une étude pour CNN. Si les aéroports de Los Angeles et de Londres Heathrow ne font guère mieux que lui, le premier aéroport parisien est sanctionné notamment pour la saleté de ses toilettes, la médiocrité de ses restaurants ou le manque de clarté de sa signalétique. Est également épinglé le caractère pas rarement «dédaigneux» qui serait celui de son personnel..

Aéroports de Paris (ADP), la société qui exploite Roissy et Orly, n'a pas officiellement communiqué sur cette distinction. Tout au plus une de ses porte-parole a-t-elle lâché, dans l'un ou l'autre média, que ce titre si peu enviable suscitait un «profond sentiment d'injustice» parmi le personnel d'ADP. Et d'ajouter: «Nous travaillons beaucoup pour nous améliorer».

ADP investit même aussi beaucoup, dans ce domaine. Dans les cinq ans à venir, elle consacrera un milliard d'euros à l'amélioration des installations de Roissy.

Ce chiffre, cela dit, peut prêter à deux lectures. Côté pile: il montre qu'en effet, les choses bougent. Côté face: l'ampleur de ce budget confirme à elle seule combien il y a du pain sur la planche, à Roissy-CDG, en matière de modernisation. Ce qui, finalement, n'est pas anormal, s'agissant d'un aéroport qui à la fois n'est plus tout jeune (1974) et qui, année après année, est de plus en plus sollicité (60 millions de passagers l'an dernier).

16.11.2011

Un incident diplomatique

Voilà qui risque de ne pas réchauffer les relations franco-israéliennes. Dans la nuit de dimanche à lundi, le responsable de l'antenne consulaire française dans la bande de Gaza ainsi que des membres de sa famille ont été blessés lors d'un raid de l’armée israélienne. Le logement du diplomate, qui n'était situé qu'à 200 mètres de la cible visée, a été touché par des éclats de missile. A la suite de l'incident, son épouse, qui était enceinte de deux mois, a fait une fausse couche et a perdu son bébé.

Hier soir, sur une radio, on a entendu le porte-parole du quai d'Orsay sortir de son flegme habituel. «Nous avons dit de la manière la plus ferme aux autorités israéliennes combien nous avions été émus et choqués!», a-t-il asséné. En langage officiel, cela donne ceci: «La France déplore vivement les conséquences de ce raid aérien. Tout en étant engagée en faveur de la sécurité d’Israël, la France rappelle l’impérieuse nécessité d’éviter toute atteinte à des civils. Cet impératif a été rappelé aux autorités israéliennes».

Mais encore? Des excuses en bonne et due forme ont-elles été exigées par Paris? Bonne question. Elle a été posée hier, au briefing de presse quotidien des Affaires étrangères. Mais il n'y a pas été répondu de manière très claire. En témoigne le verbatim qui suit – et qui, au passage, illustre assez bien toutes les subtilités du langage diplomatique.

Question: «Est-ce que vous avez demandé des excuses à Israël? Est-ce que vous avez convoqué l’ambassadeur israélien à Paris?» Réponse: «Non, nous sommes bien sûr en contact avec les autorités israéliennes sur ce qui s’est passé». Question: «Vous indiquez que vous n’avez pas demandé des excuses et que par ailleurs vous êtes en contact avec les autorités israéliennes…» Réponse: «Je n’ai pas dit que nous n’avons pas demandé d’excuses, j’ai dit que, sur cette affaire, nous sommes en contact avec les autorités israéliennes et que nous leur disons ce que nous avons à leur dire». Question: «Est-ce que cela signifie que les autorités israéliennes ont présenté d’elles-mêmes des excuses?» Réponse: «Je vous recommande vivement de le leur demander directement».

27.10.2011

Une mémoire courte

Par tradition et par nature, en France comme ailleurs, le langage diplomatique est la quintessence même de la mesure et de la délicatesse, ce qui en fait souvent de la langue de bois par excellence. Parfois, cependant, il y a des exceptions à cette règle séculaire. Ce fut le cas mardi à Paris, lors du briefing de presse quotidien du ministère des Affaires étrangères.

 

Un «film d’horreur». «Des morts, des gens emprisonnés par milliers, des enfants, des femmes, des vieillards qui sont tués». «Une répression de tous les instants». «Un quadrillage policier du pays tout à fait insupportable». Une «dérive meurtrière, mortifère». «Une situation absolument intolérable». Ces expressions ont été utilisées par le porte-parole du quai d'Orsay pour décrire la situation en Syrie. Dans la foulée, hier matin sur une radio, Alain Juppé s'est affolé d'«une des répressions les plus barbares» que l'on puisse redouter: «On torture des enfants, on tue des dizaines et des dizaines de manifestants pacifiques tous les jours», s'est insurgé le chef de la diplomatie française.

 

On peut se féliciter d'un langage diplomatique soudain aussi franc. Mais on a aussi le droit de ne pas avoir la mémoire courte.

 

On est donc autorisé à se souvenir qu'en juillet 2008, le même protagoniste syrien de ce «film d'horreur» avait été reçu avec tous les égards à Paris: il avait même été l'invité d'honneur du défilé militaire du 14 juillet. Ce jour-là, d'ailleurs, les forces de l'ordre avaient interpellé sans ménagement les manifestants «droits-de-l'hommistes» qui, devant l'ambassade de Syrie à Paris, protestaient contre un tel accueil fait à un tel tyran.

 

Autres temps, autres moeurs, comme dit l'adage.

19.10.2011

Une «insistance»

Guilad Shalit désormais libre, il reste encore un Français binational détenu dans cette région: le Franco-Palestinien Salah Hamouri. Ce jeune homme de 26 ans est emprisonné en Israël depuis 2005, après sa condamnation pour une tentative d'assassinat – qu'il a toujours niée – contre un rabbin. Hier soir, dans une interview notamment à Radio J, la radio de la communauté juive de France, Nicolas Sarkozy a dit son espoir qu'il fasse partie de la deuxième vague de prisonniers palestiniens qui seront bientôt libérés, dans le cadre de l'accord passé entre Israël et le Hamas. «Nous l'avons demandé avec insistance» aux Israéliens, a assuré le chef de l'Etat, car «comme tout citoyen français», ce jeune homme «a le droit à la protection et à l'attention du gouvernement» français.

 

Que Nicolas Sarkozy ait pris soin de mentionner ce cas s'explique par le fait que, dans la mouvance pro-palestinienne, on l'a toujours accusé de pratiquer le deux poids, deux mesures: de s'être beaucoup bougé pour Guilad Shalit, mais de ne s'être jamais soucié de Salah Hamouri.

 

Tant à l'Elysée qu'au quai d'Orsay, on a toujours catégoriquement réfuté une telle différence de traitement. Pas plus tard que la semaine dernière, le porte-parole des Affaires étrangères avait encore insisté: «A de nombreuses reprises, la France a demandé aux autorités israéliennes la libération anticipée de Salah Hamouri. Nous continuerons de faire passer ce message. Je rappelle qu'Alain Juppé avait rencontré les parents de Salah Hamouri lors de son déplacement en Israël, en juin dernier».

 

Il n'empêche, Paris n'a jamais caché qu'à ses yeux, il n'y avait «pas lieu de faire un parallèle» entre les situations endurées par ces deux jeunes gens.

 

Entre Salah Hamouri qui, «depuis son incarcération, reçoit, dans le cadre de la protection consulaire, des visites régulières des agents consulaires français», et qui fait donc «l'objet d'un suivi constant de la part des autorités politiques et diplomatiques». Et Guilad Shalit, qui, lui, était détenu dans un endroit inconnu de tous, auquel même la Croix-Rouge internationale n'avait pas accès. «Toutes les règles du droit international» ayant, dans son cas, été violées, les Affaires étrangères ont toujours estimé qu'il s'agissait «d'une situation différente, et oh combien dramatique».

 

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Pour le coup, Nicolas Sarkozy aurait-il mieux fait, hier soir, de... se taire? Son "insistance" à ce que Salah Hamouri figure parmi les prochains Palestiniens libérés par Israël relève-t-elle en fait... de la grosse bourde?

C'est ce que pense le comité de soutien du jeune Franco-Palestinien (lire et écouter ici).

Comité qui voit là l'illustration du grand désintérêt qu'auraient toujours eu les autorités pour ce dossier. Dossier que le ministre de la Défense, ce matin, a avoué benoîtement... ne même pas connaître.

18.10.2011

Une différence de traitement

international,parisLe jeune Franco-Israélien Guilad Shalit a recouvré la liberté, ce matin. Le Hamas le détenait dans la bande de Gaza depuis le 25 juin 2006: jour où un commando palestinien l'avait fait prisonnier lors d'une incursion dans le sud d'Israël – où le jeune homme effectuait son service militaire, dans l'armée israélienne.

 

Si on en parle ici, c'est parce que, pendant sa détention, Guilad Shalit a fait, en France, l'objet d'une différence de traitement par rapport aux autres Français (ou Français de double nationalité) détenus contre leur gré. Et parce que cette discrimination était très perceptible à Paris notamment, en particulier dans notre onzième arrondissement.

 

Ainsi, chaque année aux alentours du 25 juin, la mairie du onzième apposait sur sa façade une grande banderole réclamant la «liberté» pour cet «otage». Mais, quelques jours après cette date-anniversaire, cette banderole était invariablement enlevée. Jusqu'au 25 juin suivant. En revanche, au même moment à Paris ou ailleurs, les portraits géants d'autres otages français (la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, les deux journalistes de France 3 détenus par les Talibans, etc.) étaient, eux, affichés en permanence dans les rues ou sur des édifices publics.

 

Pourquoi cette différence de traitement?

Parce que, pour dire les choses comme elles sont, une bonne part de l'opinion publique mondiale et française, donc de l'opinion parisienne sans doute aussi, n'a jamais considéré le jeune Franco-Israélien comme un otage à proprement parler. Mais comme un prisonnier de guerre. Voire comme le symbole de la résistance palestinienne à la politique territoriale d'Israël. Du coup, jugeaient sans doute des mairies comme celle du onzième, il était politiquement trop délicat, vis à vis de cette opinion, de rappeler en permanence, à longueur de journées, de saisons et d'années, quel était le triste sort subi par ce jeune homme.

Cette différence de traitement méritait, selon nous, d'être rappelée aujourd'hui. Jour où des tas de personnalités et d'institutions en France vont, dans leurs communiqués se félicitant de cette libération, en profiter pour rappeler combien elles s'étaient mobilisées pour cette cause. Et complètement passer sous silence le fait que, bien souvent, et en particulier dans notre onzième arrondissement, cette mobilisation était incomplète. Comme embarrassée. Voire honteuse.

16.09.2011

Une (double) modernisation

gouvernement,technologie,internationalLa haute administration française qui se met au goût du jour, suite. Au début de l'année , Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, avait invité ses concitoyens à voyager (informatiquement) avec elle dans les nuages (relire ici). A présent, c'est au tour des Affaires étrangères de choyer «les mobinautes», comme il dit. Après Twitter et Facebook, le vénérable quai d'Orsay «arrive sur Foursquare, réseau social de micro-blogging basé sur la géolocalisation». A l’adresse foursquare.com/francediplo, l'on trouvera des «conseils pratiques selon la localisation de l’utilisateur»: recommandations aux voyageurs, coordonnées d'ambassades et de consulats, etc. Trop chouette.

 

On trouve que, pour rendre ce nouveau techno-gadget encore plus utile et attractif, les Affaires étrangères devraient l'alimenter avec les exploits de l'inénarrable Boris Boillon.

 

L'hiver dernier, ce jeune et fringant ambassadeur de France, proche de Nicolas Sarkozy, avait fait sensation. A peine nommé en Tunisie, il avait dû présenter ses excuses pour avoir publiquement rudoyé une journaliste de ce pays. Ensuite, on avait pu admirer sa plastique irréprochable grâce à une photo de lui en maillot de bain figurant sur sa page «Copains d'avant». A présent, voilà qu'il a les honneurs du «magazine people des Tunisiens»: Tunivisions. Ni speedo ni biscottos, mais un titre sublime («Le James Bond de la diplomatie»), une accroche mémorable («My name is Boillon, Boris Boillon!»), et une photo amenée à devenir mythique (le montrant posant à la manière du célèbre espion 007). Cela aussi, c’est une fameuse modernisation de la vénérable diplomatie française.

 

gouvernement,technologie,international«Boris Boillon pose façon James Bond dans le magazine people Tunivisions. Cela correspond-il à une nouvelle méthode de communication des ambassadeurs de France?» C'est la question qu'a posée, hier, un téméraire confrère au briefing de presse du porte-parole des Affaires étrangères. «Il s’agit d’un choix d’illustration photographique d’un magazine tunisien, qui consacre une édition aux relations franco-tunisiennes», a sobrement répondu le porte-silence.

 

C'est petit bras, comme commentaire. En ces temps de crise, les Français ont besoin de rêves. Fi donc de l'avarice de compliments. Boris Boillon, c'est le Roger Moore de Nicolas Sarkozy, c'est Daniel Craig from Paris.

01.08.2011

«Une écoute et une ouverture»?

france-belgique.jpg52% des Wallons excluent un rattachement à la France. En revanche, 60% des Français sont favorables, «en cas d'éclatement de la Belgique, au rattachement de la Wallonie, c'est-à-dire des provinces francophones», à l'Hexagone. C'est ce qu'a affirmé un sondage hier. Près de quatre Français sur dix (38%) sont «plutôt favorables» à cette éventualité, 22% se montrant même «tout à fait favorables». 30% des sondés refusent cette option, 10% préfèrent ne pas se prononcer.

On remarque cela sans vouloir fâcher quiconque, mais on peut tout de même difficilement ne pas rappeler cette actualité: six Français sur dix sont donc, sur cette question, sur la même longueur d'ondes que Marine Le Pen. Qui, la veille du 21 juillet, fête nationale belge, avait estimé (ici) que, «si la Belgique venait à éclater, si la Flandre prenait son indépendance, hypothèse de plus en plus crédible, la République française s’honorerait d’accueillir en son sein la Wallonie». «La responsabilité de la France et des Français est de tendre la main aux Wallons», avait insisté la patronne du Front national. Qui avait invoqué «les liens historiques et fraternels qui unissent nos deux peuples», liens jugés «trop forts pour que la France abandonne la Wallonie».

«Nous avons des contacts aussi bien avec le pouvoir qu'avec l'opposition» en France, se réjouissait ce matin, tôt, sur une radio française, Paul-Henry Gendebien: leader du mouvement qui, en Belgique, prône le rattachement à la France. Pas peu fier, ce tribun «rattachiste» (comme on dit en Belgique) assurait ensuite que ses interlocuteurs en haut lieu à Paris manifestaient à son égard, et envers sa cause, «de l'intérêt, de l'écoute et de l'ouverture». «Pour le moment, et c'est bien normal, ils observent un devoir de réserve» sur les questions belges, poursuivait-il. «Mais je vous assure que si en Belgique les choses venaient à s'accélérer, en France on serait prêt à agir!»

Etait-ce dû l'heure trop matinale? Toujours est-il qu'on avait tout de même un peu de mal à prendre tout cela très au sérieux.

30.06.2011

Un contraste embarrassant

vosges.jpgChaque fois que l'on passait Place des Vosges – un des nombreux endroits de Paris où leurs portraits avaient été affichés –, on voyait leurs visages. Ceux de ces deux confrères qui, ce matin, sont donc enfin revenus à Paris après avoir été retenus otages pendant 18 mois en Afghanistan. Un an et demi de captivité, juste pour avoir fait son métier: chaque fois qu'on apercevait leurs visages, en ville ou à la télé, on était effaré du sort qui leur était réservé. Leur retour, c'est la meilleure nouvelle de ce début d'été.

Le hasard a voulu que ce même mercredi où leur libération a été annoncée, est tombée une nouvelle elle nettement moins bonne pour la corporation journalistique, voire catastrophique pour son image de marque.

Mercredi matin, en effet, «Le Canard Enchaîné» a relancé et précisé ses accusations sur les compromissions qui auraient été celles de plusieurs grands noms de la presse française – davantage des patrons de groupes de presse que des journalistes, cela dit – avec le régime tunisien du temps du despote Ben Ali. Résumé de l'hebdo satirique: «Billets d'avion, hôtels de luxe et voitures avec chauffeur. En retour, floraison d'articles élogieux sur le généreux dictateur».

Cet hiver, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, avait dû démissionner vu le tumulte suscité par la révélation de ses accointances avec l'un ou l'autre sbire fortuné du régime benaliste. Cet été, c'est à peine si font quelques vaguelettes des accusations analogues, touchant cette fois plusieurs barons du journalisme parisien.

En tant que journaliste (de base), on trouve ce contraste, disons, embarrassant.

28.04.2011

Une «vaguelette»

A propos de ces Tunisiens qui campent en bordure du périph', dont on parlait hier matin: la police a procédé à une vague d'interpellations parmi eux, pour le deuxième soir consécutif, hier soir. A l'heure précise où les associations étaient en train de leur distribuer à manger – vieille technique: les clandestins de la région de Calais peuvent en témoigner. Ces coups de filet ont l'air de mettre en fureur Bertrand Delanoë. Un peu partout dans les médias, le maire de Paris répète combien il trouve «moche», voire «minable», cet activisme policier. La préfecture, elle, se justifie (*). Répond qu'elle ne fait jamais que son travail. A savoir: interpeller, placer en garde à vue, puis reconduire à la frontière tous ceux qui, faute de titre de séjour en règle, n'ont «pas vocation» – comme le dit si joliment l'administration – à demeurer sur le territoire français.

Mais à la mairie de Paris, on trouve ces interpellations policières d'autant plus «choquantes» qu'en fait de «vague» d'immigration en provenance du monde arabe, dont l'Europe se dit victime, il ne s'agirait, aux yeux de Bertrand Delanoë, que d'«une vaguelette». 20.000 à 25.000 migrants à tout casser et pour toute l'Europe, à comparer par exemple aux quelques centaines de milliers d'exilés libyens que la Tunisie, elle toute seule, a dû accueillir ces dernières semaines.

Au fond, s'agissant du poids de l'immigration en France, cette appréciation émanant d'une source (l'OCDE) qui ne passe pas pour être d'extrême-gauche, et qu'a relayée en début de semaine (ici) un média (le quotidien «Les Echos») qui ne passe pas pour être anti-sarkozyste primaire. «Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l'un des pays européens qui accueillent le moins d'étrangers». Précisément, cela donne 18 immigrés pour 1.000 personnes en Suisse, 10 en Norvège, 8 en Italie, 6 au Royaume-Uni, et... 3 en France.

(*) Préfecture de police qui, au passage, n'en fait pas des tonnes, en termes de communication, sur ces coups de filet. Alors qu'à longueur de journées, elle inonde la presse de communiqués à propos du moindre fait d'armes de ses pandores, concernant ce dossier tunisien, elle n'a pas encore (à cette heure, et sauf erreur) diffusé le moindre laïus aux médias. Le signe d'un léger malaise?

27.04.2011

«Une question de moyens»

tagmaghreb.jpgUne fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.

La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».

Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».

12.04.2011

Une tension

Un tyran renversé à Abidjan hier soir, et une tension ravivée à Paris. La diaspora ivoirienne établie en France, tout comme la population en Côte d'Ivoire même, est déchirée politiquement et ethniquement. On l'a encore bien vu hier dans la capitale française, sitôt tombée la nouvelle de l'arrestation de Laurent Gbagbo.

Dès la fin de l'après-midi, dans le dixième arrondissement, boulevard de Strasbourg notamment, quelques dizaines de partisans du Président Ouattara ont manifesté leur joie et leur émotion, et lancé des appels à la réconciliation nationale. En début de soirée, en revanche, c'est de la colère qu'ont laissé éclater les pro-Gbagbo, sur les Champs-Elysées eux. Plusieurs centaines de manifestants y ont protesté contre le rôle joué par la France dans la chute du Président sortant. A l'issue de la manifestation, des incidents les ont opposés aux forces de l'ordre. Sept policiers ont été blessés: par des projectiles et des coups de cutter notamment. Neuf manifestants ont été arrêtés. C'était déjà sur les Champs que, ces dernières semaines, les pro-gbagbistes de Paris avaient manifesté pour protester contre les frappes aériennes de la France et de l'Onu. «La France bombarde des civils! Il faut se mobiliser!», avait-on pu lire sur les pages Facebook des organisateurs de ces manifestations.

Ces derniers mois, dans la communauté ivoirienne de Paris et de sa banlieue, la tension était telle que des heurts ont opposé les partisans des deux camps. «Les gens se sont jeté des bouteilles à la figure!», avait témoigné la tenancière d'un restaurant africain, dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en Côte d'Ivoire. L'autre jour, dans le huitième arrondissement, on a même vu cet avis scotché en grand à la vitrine d'un petit commerce ivoirien de fruits et légumes exotiques: «Ici, on ne parle pas politique!»