27.03.2012
Un slogan revisité
Jean-Luc Mélenchon, encore lui, à nouveau en vedette, ce mardi. Car, dans le dernier sondage Ipsos-Logica, publié ce matin, le tribun populiste progresse encore. Il est désormais crédité de 13% des voix (+1,5%). Sans doute est-ce notamment l'effet du succès de son grand rassemblement à Bastille, dimanche dernier.
Mélenchon, tiens. L'autre jour, dans notre onzième arrondissement, passant devant une ribambelle d'affiches vantant le candidat du Front de gauche, on tombe sur deux ados en arrêt devant sa bobine, et qui se grattent la tête. «Heu... Le verbe prendre, avec tu et à l'impératif, t'écris ça comment? Avec d ou ds, à la fin»?, entend-on l'un des deux demander à son copain. «Ds, je dirais. Mais pas sûr», hésite le deuxième. «Ds», leur confirme-t-on charitablement en passant, avant de poursuivre notre chemin. Vingt minutes plus tard, on repasse devant les affiches. Les deux gamins ont disparu. Le slogan emblématique du Mélenchon, «Prenez le pouvoir», a été rebaptisé au gros marqueur noir. Cela donne: «Prends DU FRIC!» Et ses affiches ont été maculées d'un énorme A en lettre capitale et entouré d'un cercle: la signature des anarchistes.
Les anars recrutent décidément bien jeunes, cette année – ces deux gamins n'avaient même pas l'âge d'être lycéens: tout juste collégiens. Et, au vu de leur maîtrise de la conjugaison, ils n'avaient pas encore tout lu de Bakounine ou de Proudhon.
Mais, qui sait, l'adage sur la valeur qui n'attend pas le nombre des années vaut-il aussi pour l'activisme.
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01.12.2011
Un fatras d'inepties
Aujourd'hui, comme chaque 1er décembre, c'est la Journée internationale de lutte contre le sida. Rappelons donc que, non, cette maladie ne se transmet ni «par une piqûre de moustique», ni «dans les toilettes publiques», ni «en buvant dans le verre d’une personne contaminée». Vous levez les yeux au ciel en vous disant que tout le monde sait cela? Et bien non, visiblement.
C'est ce qu'on avait déduit (ici) au printemps, à la vue d'une campagne d'affichage sur le sujet, dans les rues de Paris. Six mois plus tard, on a retrouvé ce constat de la permanence de telles fausses croyances dans une étude publiée cette semaine. La région parisienne est une des régions d'Europe les plus touchées par le VIH – une prévalence plus de deux fois supérieure à la moyenne française (voir là). Il n'empêche, il s'y trouve encore respectivement 21%, 13% et 6% de gens qui croient que le sida se transmet par les moustiques, dans les toilettes, ou par la salive.
Particulièrement affolant est le fait que, à Paris et dans sa région (comme dans le reste du pays), pour la première fois en 2010, «ce sont les jeunes de 18-30 ans qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et de protection» relatifs au VIH. Tout aussi inquiétant est le constat dressé par les chercheurs, selon lequel, depuis 1998, les Parisiens sont «de moins en moins nombreux à considérer le préservatif comme tout à fait efficace» contre la maladie. A l'inverse, «de plus en plus pensent que la transmission du virus est possible lors de rapports sexuels avec un préservatif. Ces croyances sont surtout partagées par les jeunes de 18-30 ans».
Rien que la persistance de telles inepties, dans l'esprit d'une partie non négligeable de l'opinion, donne tout son sens à cette Journée internationale, même trente ans après la découverte de ce virus.
11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, social, jeunes, paris
29.07.2011
Un appel à la censure
Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».
Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.
Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.
Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.
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21.06.2011
Une violence inouïe (encore)
Cela s'est passé hier. Et cela renvoie assez bien – si l'on ose dire – à la sauvagerie contemporaine qu'on évoquait l'autre jour (ici), à propos de ces deux ados de 14 et 15 ans qui, début juin dans notre onzième arrondissement, avaient massacré à coups de marteau un passant qui venait de retirer 20 euros au distributeur. Cette fois, les faits se sont déroulés loin de Paris: devant un collège d'un village jusqu'à présent tranquille proche de Béziers, dans l'Hérault (Languedoc-Roussillon). Une écolière âgée de 13 ans a succombé après avoir été passée à tabac par le grand frère de sa copine avec laquelle elle s'était embrouillée pour une histoire de garçon – une broutille d'ado qui avait fini par s'envenimer sur Facebook. Son meurtrier présumé n'a même pas 15 ans.
Pour en revenir à la région parisienne, la préfecture de police a donné dernièrement quelques chiffres relatifs à la délinquance des mineurs. Selon ces statistiques, la part des mineurs impliqués dans les faits de délinquance recensés à Paris et dans sa banlieue a encore augmenté par rapport à l'an dernier: de 4,9%. Au cours des cinq premiers mois de 2011, près d'un crime et délit sur cinq (19%) a été commis par un mineur. Ce qui donne, sur la même période, près de 15.300 jeunes mis en cause dans des faits de délinquance.
La part prise par les filles dans cette délinquance juvénile est elle aussi en augmentation. Par exemple, la préfecture a noté l'implication de plus en plus grande de ces mineures dans des vols avec violence. C'est donc toujours ce si pénible processus vers l'égalité hommes-femmes, y compris dans la violence voire la sauvagerie, qui est en marche – on en avait parlé (ici), il y a deux mois.
11:13 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, jeunes, education, femmes, paris
10.06.2011
Un déploiement
On a encore pu le constater hier soir, en y passant par hasard: les CRS ne quittent plus la place de la Bastille. Une demi-douzaine de fourgons sont stationnés en permanence sur le flanc de l'Opéra. Les plantons montent la garde devant l'édifice. L'accès à son grand escalier extérieur, qui donne sur la place, est désormais interdit: plus question de même s'asseoir paisiblement sur les marches, comme avaient pris l'habitude de le faire, à longueur de journées/soirées et depuis nombre d'années, tant et tant de Parisiens du quartier et de touristes du monde entier.
Visiblement, les autorités craignent comme la peste que ces marches de l'Opéra deviennent une place forte des «Indignés» parisiens – qui les avaient brièvement squattées, fin mai (lire ici, par exemple). Bastille ne sera pas la Puerta del Sol.
En observant ce déploiement hier soir, on se disait qu'on avait loupé un épisode: que ces quelques «Indignés» devaient vraiment être très très dangereux, pour que l'Etat mobilise de tels moyens policiers contre eux.
On se demandait néanmoins si tous ces pandores n'auraient pas mieux à faire. Plutôt que de surveiller un bout de place vide pour prévenir son hypothétique occupation par quelques jeunes idéalistes, être déployés, pourquoi pas, dans ces deux villes de la banlieue parisienne qui ont marqué l'actualité, ces derniers jours – si vous avez loupé cela, lire ou écouter ici, par exemple. Là où une gamine de 9 ans a été grièvement blessée: victime collatérale d'affrontements entre jeunes et policiers. Et là où des écoliers ont été privés de cour de récréation à cause des tirs d’armes à feu échangés dans le voisinage par des bandes rivales.
Mais sans doute, en politique comme dans la vie en général, se donne-t-on les priorités que l'on peut/veut.
12:03 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, paris, jeunes, banlieues
08.06.2011
«Une violence inouïe»
Sidéré, pour reprendre le mot d'hier. Sidéré, on l'est encore et toujours, non pas tant par cette si tapageuse «affaire DSK», mais par un fait divers qui s'est déroulé l'autre jour dans notre onzième arrondissement de Paris. On parle rarement, dans ce blog, de faits divers. Sauf quand, dans notre vie quotidienne de Parisien, on remarque qu'un grand nombre de gens (nous) en parlent, l'incident nous semblant prendre, du coup, une autre dimension. Très clairement, c'est le cas ici: visiblement, on n'est pas le seul à Paris à avoir trouvé ce fait divers complètement sidérant.
Il s'est déroulé à deux pas de la place de la Nation, à 1h du matin dans la nuit de jeudi à vendredi derniers. Nicolas, 30 ans et sans histoire, retire 20€ à un distributeur. Lorsque lui tombent dessus deux ados (15 et 16 ans), bien décidés à le dépouiller. Pour ce faire, ils lui fracassent le crâne... à coups de marteau. Le massacrent, littéralement. Selon les syndicats policiers, ce fut vraiment un «déchaînement de violence inouï». Interpellés peu après, les deux gamins ont été déférés pour tentative d'homicide volontaire. Très grièvement blessé, toujours en soins intensifs à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Nicolas, aux dernières nouvelles, demeure entre la vie et la mort. Pour 20€.
Que dire et écrire encore, après cela? On n'est pas sociologue: juste journaliste. On laissera donc chacun juger. Et répondre à cette double question qui, depuis bientôt une semaine, nous trotte dans la tête. Cette histoire est-elle juste, fût-ce tragiquement, anecdotique – «au mauvais endroit au mauvais moment», etc – et donc, finalement, pas très intéressante? Ou, au contraire, est-elle emblématique: d'un certain état de la société française et/ou des relations humaines, dans cette ville, dans ce pays?
11:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, sécurité, jeunes
18.04.2011
Une (pénible) égalité
Les «Tokyo Girls». Les «Black Boukantes». Les «Bana Danger». Les «Momi Fiuu». Ce ne sont pas les derniers groupes de musique à la mode chez les jeunes à Paris. Ce sont les noms... de bandes de filles. Les noms de bandes de jeunes délinquantes qui, dans la capitale française ou sa banlieue, donnent du fil à retordre aux forces de l'ordre.
Selon la préfecture de police de Paris, qui a fait le point sur la question l'autre jour, les premières bandes composées exclusivement de filles sont apparues ici à l'été 2009. Aujourd'hui, on en dénombre huit différentes. La plus petite ne compte qu'une dizaine de membres, mais la plus grosse regroupe jusqu'à 70 filles. Leurs membres ont en général entre 13 à 20 ans. Depuis le début 2010, 180 jeunes filles ont été interpellées en région parisienne pour des faits délictueux présumés commis dans le cadre de ces bandes. Deux tiers de ces interpellations ont donné lieu à placements en garde à vue. A l'issue de celles-ci, 60 jeunes filles ont été déférées en justice.
Entre elles, a observé la police, les membres de ces gangs féminins uitilisent des pseudonymes. Ces noms d'emprunt «répondent à des critères allant des marques de luxe (BB Dior, Bbei Prada…), aux bonbons et sucreries (Tictak Walen ; Caramel…), en passant par des comportements sociaux (l’Insolente, Kpriss, l’Explosive..), des attitudes érotiques ou comportements sexuels (Tigresse, Cochonne…) et une appartenance ethnique (Blakisha, Tissmé, Misafrow…)».
Ce qui distingue une bande de filles d'une bande de garçons? «Contrairement à leurs homologues masculins, les filles ne cherchent pas à s’approprier un territoire déterminé, mais plutôt à occuper l’espace autour d’elles par l’exubérance et le chahut, causant tapages et nuisances. La délinquance n’est pas la motivation première des rassemblements, mais elle fait partie intégrante de leur mode de fonctionnement: violences volontaires, racket, brimades, harcèlement, vols à l’étalage en sont les manifestations». Les bandes de filles «gravitent généralement autour des bandes masculines (...), constituant des sous-groupes: les crews». Ces sous-groupes «servent de passerelle pour accéder à la bande, à charge pour les filles de faire leurs preuves notamment en commettant des vols avec violences. Contrairement aux garçons, elles s’affrontent rarement entre elles, privilégiant les attaques concentrées sur une ou deux cibles. Des dérives ont été constatées depuis fin 2010, elles sont désormais impliquées dans des agressions sexuelles et des viols».
Zoner, faire du grabuge, harceler, brimer, racketter, voler, agresser, cogner, violer. Ce n'est donc plus l'apanage des garçons à Paris – comme sans doute ailleurs aussi. C'est donc, si l'on comprend bien, la dernière évolution en date enregistrée dans le processus d'égalité hommes-femmes. .
On aurait préféré que cette violence reste l'apanage des hommes.
11:04 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, jeunes, social, sécurité, police, paris, banlieues
13.04.2011
Une horreur
On évoquait hier les tensions ravivées en ce moment au sein de la diaspora ivoirienne de Paris. En termes de gravité, elles ne sont rien par rapport à la violence effarante qui, ici, depuis maintenant plusieurs semaines, secoue une autre population d'origine étrangère: les communautés tamouls et srilankaises vivant dans la capitale française et sa banlieue.
Des faits divers atroces s'y sont déroulés, dignes de films d'horreur les plus gore. Des agressions d'une violence extrême: à la hache, au sabre, à la batte de baseball, etc. – on vous passe les détails. Pour la police, il s'agit de rixes entre bandes rivales pour le contrôle de territoires, sur fond de trafic et de racket. Mais, entendait-on ce matin, au saut du lit, sur une radio locale (reportage podcastable ici), il y a autre chose aussi derrière tout cela. Ces drames ont également une dimension pathétiquement dérisoire, désespérément banale: celle du désoeuvrement de bandes de gamins n'ayant d'autre perspective de vie que de se faire un remake à la parisienne, improbable et extrême, de «West Side Story». Des gamins: c'est bien le mot. Car, ce qui frappe notamment, c'est l'âge des victimes et des auteurs de ces violences intra-communautaires: une vingtaine d'années, pas plus.
Au fond, l'autre jour, lorsque l'on esquissait (ici) le bilan de la situation générale à Paris dix ans après l'accession de la gauche au pouvoir, on évoquait le gros point noir, si visible au quotidien, de la pauvreté. On aurait très bien pu en mentionner un autre, tout aussi ostensible dans tant de quartiers de cette «Ville lumière» décidément parfois si mal nommée. Le sentiment qu'une partie de la jeunesse y est en train de basculer (*). Ce que, à l'Hôtel de Ville ou partout ailleurs en haut lieu, tout le monde sans doute voit, sent et sait. Mais alors, pourquoi les choses donnent-elles tant l'impression de ne pas fondamentalement s'améliorer, année après année?
(*) Pour ne prendre que ce seul exemple, si frappant au quotidien: voir l'âge, de plus en plus jeune, des gens qui quêtent dans le métro ou le RER parisiens: tentant de glaner, passant de rame en rame, quelques piècettes auprès des usagers. Là encore, bien souvent, ce sont des gamins.
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23.02.2011
Un sur dix
Dominique Strauss-Kahn en personne, à la télé dimanche soir, avait fait écho à ce chiffre impressionnant. Ce chiffre qui, l'autre jour, avait fait la «Une» de l'hebdo «Marianne». En France, cinquième puissance économique mondiale comme chacun sait, «plus de 6 millions de travailleurs, un quart des salariés, gagnent moins de 750 euros par mois».
Au fond, les travailleurs de Paris et, au-delà, de la région parisienne, sont-ils mieux lotis que ceux du reste du pays? C'est la question qu'ont pu se poser les Parisiens en regardant discourir le patron du FMI, puisque la région capitale est censée être la plus riche de l'Hexagone. On a retrouvé quelques chiffres de l'Insee, assez récents, qui répondent bien à cette question.
On compte près d'un demi million de chômeurs (481 000) en région parisienne. Et 5,2 millions de gens ayant un emploi. Parmi ces derniers, «un sur dix occupe un emploi précaire»: un contrat de travail à durée déterminée ou un emploi intérimaire pour les quatre cinquièmes d'entre eux. Ce taux parisien de 10% d'actifs n'occupant qu'un emploi précaire, c'est, finalement, à peine mieux que la situation en province (12%). En revanche, rien ne change, entre la capitale et le reste du pays, dans la structuration de ces emplois précaires: à Paris comme en régions, ces emplois «sont occupés à 55% par des femmes et pour moitié par les moins de 30 ans».
De quoi confirmer à nouveau, si besoin en était, que Paris n'est décidément pas toujours la «Ville lumière», comme on dit. Pas pour tout le monde, en tout cas.
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08.09.2010
Un panache?
Hier après-midi, place de la République à Paris, au départ de la grande manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une personnalité a bien failli passer un mauvais quart d'heure. C'est Benjamin Lancar: l'impayable président des «Jeunes Pops'», comme se surnomme la section jeunes de l'UMP. Impayable? C'est ce jeune homme de 25 ans qui, l'été dernier, avait été à l'origine de ce clip de promo assez ridicule, dans lequel des pontes de l'UMP se dandinaient en poussant la chansonnette en play-back, promettant de «changer le monde». Impayable? Ce matin encore il l'était, à la radio. Où, avec tant de nuances, il réduisait l'ensemble des nouveaux médias internet (Facebook, Twitter, etc.) à une vile et méprisable «gauchosphère».
Hier après-midi donc, ce très sarkophile jeune homme avait cru bon de s'afficher place de la République à l'instant même où y étaient réunis quelques dizaines de milliers de manifestants très sarkophobes. Insulté, sifflé, hué, il n'eut d'autre choix que de prendre ses jambes à son cou. Revenant ce matin sur cet incident, Benjamin Lancar a reproché à ses opposants d'hier d'avoir «une drôle de manière de faire de la démocratie». Et a assuré que sa présence à cet endroit-là à ce moment-là avait été purement fortuite: n'avait pas le moins du monde relevé de la provocation. Mais de quoi relevait-elle, alors? Les partisans de Nicolas Sarkozy y verront du panache. Les autres la mettront sur le compte d'une étourderie juvénile assez effarante.
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26.07.2010
Un délit de faciès
Aujourd'hui, un sujet parfaitement de saison mais néanmoins pénible. En France visiblement, le racisme et l'intolérance ne prennent pas de vacances. Même en ces temps estivaux synonymes théoriquement d'insouciance, même dans des lieux de villégiature à l'atmosphère censée conviviale, décontractée et bon enfant, certains Français continuent de subir des discriminations liées à leurs origines. C'est ce que vient d'à nouveau montrer SOS-Racisme.
Ce week-end, en effet, la section départementale des Alpes maritimes de cette association a procédé à sept opérations de testing dans différents campings de la Côte d'Azur, opérations ayant été enregistrées avec des caméras ou des micros cachés. Des tests pareils à ceux souvent pratiqués par cette association aux entrées de discothèques. Cette fois donc, des campings étaient testés. Se présentaient successivement à la réception des candidats campeurs fictifs parfaitement similaires. Similaires par leur âge, leur apparence vestimentaire, leur courtoisie et leur capacité d'élocution, leur situation administrative en règle, leur équipement ou leur requête d'hébergement: un emplacement pour une tente. Différait juste leur faciès: certains de ces testeurs étaient issus de l'immigration, maghrébine ou africaine. Dans deux cas sur sept – ce qui n'est tout de même pas rien –, il a été répondu à ces campeurs-là que le camping était complet. Mais quand, immédiatement après (et sans qu'entre-temps, un emplacement ait été libéré), des testeurs blancs se présentaient à la même réception, comme par miracle, le camping n'était plus complet et un emplacement était disponible.
«Nombre de Français continuent chaque jour d'être victimes de ce qu'il faut bien appeler un délit de faciès», a déploré ce matin le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo. A savoir sont victimes d'«une série de stéréotypes et de préjugés» projetés sur eux simplement en raison de la couleur de leur peau ou de leur l'origine géographique familiale, réelle ou supposée. Un tel comportement discriminatoire, qu'il ait lieu au camping ou ailleurs, est passible de peines allant jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Théoriquement. Si la justice et la police ne sont pas elles aussi parties à la plage.
11:26 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : racisme, activisme, immigration, jeunes
23.07.2010
Une interdiction
En cet été où, à Paris, l'on s'agite un peu (ici, notamment) sur la question des terrasses de bistrots ou de restaus à interdire ou non aux fumeurs, entre en vigueur l'interdiction de vendre du tabac aux jeunes de moins de 18 ans – et non plus seulement de moins de 16 ans, comme depuis 2003. En effet, a-t-il été annoncé ce vendredi, a été publié le décret d'application punissant d' une contravention de quatrième classe (135 €) les buralistes enfreignant cette prohibition. Selon des chiffres officiels – mais reflètent-ils la réalité? –, le tabagisme tend à reculer chez les jeunes Français, même s'il reste important. A 16 ans, 58 % des garçons et 61 % des filles déclarent avoir déjà fumé une cigarette dans leur vie; ils étaient près de huit sur dix dans ce cas en 1999. Année où 31 % des ados disaient fumer quotidiennement – contre 17 % en 2007.Voilà pour la situation. Reste l'application de cette nouvelle interdiction. A en juger par les nombreux témoignages de buralistes entendus depuis ce matin, cela risque de ne pas toujours être facile. Ces commerçants se voient mal, comme des policiers, demander à leurs jeunes clients d'exhiber une pièce d'identité – juridiquement, du reste, on se demande s'ils en auraient le droit. Et ils craignent des réactions hostiles, voire violentes, de jeunes qu'ils refuseraient de servir.
Une excuse facile pour ne pas se conformer à la loi? Pas sûr. Ces dernières années à Paris, on a déjà été témoin, à l'une ou l'autre occasion, de tensions de cet acabit. Aux caisses d'épiceries ou de supermarchés, où, désormais, est systématiquement affiché qu'il est interdit de vendre de l'alcool aux mineurs. On y a déjà été témoin soit d'éclats de voix, en cas de refus de vente à des jeunes, soit (plus fréquemment) de non-applications manifestes de la loi. «Avec le salaire que je gagne et les horaires que je me tape, vais pas en plus risquer de prendre sur la gueule», se souvient-on même d'avoir entendu dire en substance une employée d'un Franprix qui, ce soir-là, venait d'encaisser pas mal de canettes de Kro payées par une bande d'ados en goguette. A l'époque, aucun des clients ayant entendu sa réflexion n'avait protesté.
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15.07.2010
Une fatwa
Ces jours-ci, la France fête le vingtième anniversaire de la loi réprimant les propos à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. C'est le moment qu'a choisi le Front national pour jeter l'opprobre sur une artiste qui, dernièrement, a fait parler d'elle en se convertissant à la religion musulmane, en vertu de quoi elle n'apparaît plus en public que coiffée d'un couvre-chef. On veut parler de Diam's. Ce soir, la rappeuse doit se produire à un festival de musique, dans une bourgade du Var (Provence). Mais son concert pourrait bien être perturbé par des agitateurs du parti de Jean-Marie Le Pen, le FN ayant réclamé (ici) en vain l'interdiction de cette prestation. Pour les frontistes, en effet, Diam's est une «personnalité néfaste», «médiocre». Qui, dans ses chansons (proférées qui plus est «dans un français approximatif») «vomit toute la haine qu’elle porte en elle contre la France et envers les Autorités et la République». Le FN a donc prévenu: la venue ce soir d'une telle artiste sur des terres où l'extrême droite est si bien implantée ne peut qu'«engendrer désordre civil et insécurité».
Le FN en veut notamment à Diam's pour sa chanson «Ma France à moi». Dans laquelle la rappeuse dit notamment: «Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême/ Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM/ Celle qui s'croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes/ Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante/ Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes/ Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice». Ou encore: «Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais/ Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés/ Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte/ Cette France hypocrite qui est peut-être sous ma fenêtre». Pour le FN, de tels textes sont évidemment insupportables. En outre, sans doute le parti de Jean-Marie Le Pen n'a-t-il pas encore pardonné à Diam's sa chanson intitulée «Marine», en référence à la fille du patron du FN. Cela donnait notamment ceci: «Marine/ Regarde-nous/ On est beau/ On vient des 4 coins du monde/ Mais pour toi on est trop/ Ma haine est immense quand je pense à ton père/ (...). T'as fait la même connerie que lui/ Penser que le blanc ne se mélange pas à autrui/ Marine/ On ne s'ra jamais copines parce que je suis une métisse/ Et que je traîne avec Ali».
Les organisateurs du festival et la mairie concernée ont évidemment catégoriquement rejeté la fatwa du Front national: «Diam's viendra bien. C'est de la musique et elle a le droit de s'exprimer, comme tout le monde». Puisque le parti de Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, de nouveau le vent en poupe en France en ce moment, rappelons que, dans les villes qu'il dirigea jadis (Vitrolles, Marignane, Orange, Dreux etc.), en matière culturelle, le FN n'a pas rarement pris des mesures clairement excluantes: déprogrammation de spectacles, refus d'autorisation d'expositions, purges, dans les bibliothèques publiques, des livres jugés immoraux, diminution voire arrêt de subventions aux théâtres pas assez dans la norme, etc, etc. Depuis, de toute évidence, l'extrême droite n'a pas évolué d'un iota.
10:55 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, musique, le pen, jeunes
17.06.2010
Une provocation
L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.
A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».
Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.
11:36 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : activisme, jeunes, immigration, racisme, internet
15.06.2010
Un combat
C'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».
Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.
Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».
Début avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.
Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.
11:51 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, jeunes, justice, politique
04.06.2010
Une «obscénité»?
Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.
Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».
On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.
11:26 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, justice, famille, jeunes, le pen
15.04.2010
Un avantage?
La malbouffe en France, suite. Ces derniers jours, on a assisté à un téléscopage assez cocasse (ou navrant, c’est selon) de deux actualités relatives à l’alimentation des jeunes. D’une part, la confirmation que les adolescents français mangent décidément mal. D’autre part, l’ultime initiative en date annoncée par… le groupe Quick: avec ses 367 fast-food le leader de la restauration rapide dans l’Hexagone, et souvent accusé d’être un vecteur important de cette malbouffe.
Les ados français mangent mal, donc. C’est ce que viennent de confirmer les résultats d’une étude réalisée auprès de 7 538 collégiens. Près des deux tiers de ces ados ont déclaré ne pas consommer chaque jour de fruits (64%) ou de légumes (63%). Un jeune Français sur cinq se prive de produits laitiers quotidiens, et près d’un sur trois (30%) se passe de petit-déjeuner. Sans compter que près de quatre ados sur dix (37%) consomment chaque jour des boissons sucrées.
Ne pensant sans doute qu’à la santé de ses jeunes clients, Quick a annoncé il y a peu (ici) qu’il allait se mettre… au bio. Dès septembre, ses clients pourront engloutir des cheeseburgers dont tous les ingrédients de base (viande, farine du pain, fromage, ketchup et mayo) seront issus de l’agriculture certifiée biologique. C’est déjà cela, direz-vous: le bio au fast-food, ça ne résoudra pas le problème de tous ces jeunes qui mangent trop et peu équilibré, mais ça ne pourra pas non plus leur faire de mal. Deux bémols, toutefois, qui relativisent cet avantage culinaire. D’une part, ces hamburgers bio seront vendus plus chers que leurs cousins ordinaires: en moyenne 2€ pièce, contre 1,85€. Pas sûr, dans ces conditions, qu’énormement de jeunes se précipitent dessus. D’autre part, et surtout, ce futur cheese bio, s’il sera un peu moins salé, sera… plus calorique que le burger ordinaire! Précisément 303 kcal, contre 275.
On n’est pas sorti de l’auberge.
10:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, jeunes, santé, economie
23.10.2009
Un «fils à papa»
Cela se passe en ce moment même, dans les Hauts de Seine (banlieue chic de Paris). En marge de la réunion du conseil d’administration de l’EPAD, l’établissement qui gère le quartier d’affaires de La Défense. Le jeune Jean Sarkozy est en train d’y être élu au conseil d’administration. Ce qui, jusqu’à hier soir, était censé constituer la dernière formalité avant son arrivée, début décembre, à la tête de cette institution. L’intéressé, cela n’a pas pu vous échapper, a finalement renoncé à cette ambition. Le collectif «Sauvons les riches» n’en a pas moins maintenu la grande parodie qu’il avait prévu d’organiser ce matin à son attention.
«Sauvons les Riches»? Si par extraordinaire vous ne connaissiez pas ce collectif, assez farce, qui milite pour la sauvegarde et la défense des «fils à papa», jetez un œil, avant de poursuivre la lecture de cette note plus bas, au happening à propos de Sarkozy Jr qu’il avait déjà organisé il y a quelques mois. C’était la remise officielle, au Rotary Club, de son diplôme de «fils à papa».
Jean Sarkozy diplômé par Sauvons les riches
envoyé par Sauvonslesriches. - L'actualité du moment en vidéo.
Ce matin, sous l’œil paraît-il goguenard des CRS, «Sauvons les riches» a fait venir chaises à porteurs, manants et petits marquis dans les Hauts de Seine, pour «une grande manifestation revival de l’Ancien Régime». Pour donc singer cette «monarchie élective» qui est reprochée à la dynastie Sarkozy par ses opposants. Par une telle action, ces activistes ont voulu «voler à la rescousse de leur ami en péril, autour d’un mot d’ordre simple: Touche pas à mon népote!»
Le rebondissement survenu hier soir donne sans doute un peu moins de sel à leur happening. Mais celui-ci n’en fera sans doute pas moins les belles heures de You Tube et de Dailymotion. Ce n’est pas si anecdotique que cela. En effet, les manifestations et un collectif de ce genre, qu’on les aime ou pas, reflètent bien la tendance croissante prise ces derniers temps en France par une certaine mouvance jeune militante. Grand sens de la mise en scène, poids des mots et choc des photos, maestria dans les relations publiques, humour et culture de l’(auto)dérision – l’hymne de «Sauvons les riches» n’est autre que générique de la série télé «Dallas»…–, aspect ludique de ces mobilisations mis en valeur pour mieux soutenir le discours politique, etc. Visiblement, en termes d’audience au moins, ça marche. En France, pays où l’on parle tant des «fils à papa», ce qui est révolu, en tout cas, c’est le temps de l’activisme de papa.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, sarkozy, jeunes, humour
17.09.2009
Une innovation
Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.
Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).
En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.
On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?
(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1.
10:38 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, jeunes, banlieues, education
04.09.2009
Une consécration
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Paris, en ce moment, pourrait être désignée capitale de l’art urbain, n’arrête-t-on pas de se dire en y déambulant. L’été serait-il propice à l’art? La chaleur inspirerait-elle les créateurs? Ou est-ce simplement dû au fait que les rues de cette ville, ces dernières semaines complètement vidées de leur foule habituelle, étaient plus tranquilles et laissaient donc tout le loisir aux adeptes de l’art urbain de se défouler en long, en large et sans crainte d’être interpellés? Toujours est-il que, dans la capitale, les taggueurs, graffeurs, writers, dessinateurs, réalisateurs de pochoirs et de fresques, ou autres colleurs d’affiches décorées ont vraiment beaucoup bossé, ces derniers temps.
C’est particulièrement frappant dans le onzième arrondissement, et notamment dans notre cher quartier Saint-Sébastien. Au point qu’il est difficile, même lorsqu’on ne s’y promène que quelques minutes, de ne pas tomber sur de l’art urbain. Le plus souvent récemment réalisé, nouvellement collé, tout fraîchement paint.
Dans cette ville cet été, il faut dire, l’art urbain s’est vu offrir une monumentale et très officielle consécration. Depuis juillet jusqu’à la fin novembre, en effet, la Fondation Cartier consacre une rétrospective aux origines new-yorkaises de cette discipline artistique. Et, depuis son ouverture, cette expo ne désemplit pas. Preuve que, plus que jamais, le «street art» est dans le vent ici. A cette occasion, la Fondation a même osé badigeonner une gigantesque fresque toute en couleurs et en rondeurs sur une des immenses façades de verre de son bâtiment – qui vieillit bien décidément, se dit-on chaque fois qu’on y va.
«Né dans la Rue - Graffiti» réunit tous les grands noms du graffiti new-yorkais à partir de sa naissance, dans les années 70. On y voit notamment ces monuments que sont les «whole cars»: ces fresques peinturlurées sur toute la longueur de rames de métro. A l’étage, des œuvres monumentales ont été installées. «Wild Style», «outlines», «bubble style» etc.: on voit bien, en parcourant cette expo, combien cette discipline est créative et foisonnante.
Une impression un peu troublante, cela dit, se dégage de cette rétrospective. Elle saisit le visiteur quand, par exemple, il visionne les vidéos projetées en sous-sol du bâtiment, dans lesquelles les stars de cette discipline racontent leur parcours. Il y a trente ans, ils étaient de jeunes artistes plein d’audaces, à la marge, voire en rupture de ban. Aujourd’hui, ces grands maîtres ont un discours à la limite du pontifiant.
Du coup, on peut évidemment se poser la question: quelle est encore la valeur d’une discipline artistique, et a fortiori de cette discipline-là, quand elle s’est à ce point institutionnalisée? Quand, après avoir fait son entrée dans les galeries d’art (dès les années 80) et avoir fait la fortune de collectionneurs avisés (plus que jamais en France en ce moment), elle fait désormais l’objet de rétrospectives aussi courues et consensuelles que celle en cours à la Fondation Cartier?

La boucle semble bouclée, et cet art urbain jadis underground paraît avoir été un peu récupéré, quand, à la sortie de «Né dans la Rue», on voit des graffeurs badigeonner les panneaux aimablement mis à leur disposition par l'expo. Qu’auraient donc pensé les ados rebelles du Lower East Side des années 70 de leurs petits frères parisiens, quarante ans plus tard? Qui manient leurs bombes et leurs pochoirs sous le crépitement des appareils photo des touristes et l’oeil bienveillant des vigiles…
10:57 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts, culture, expositions, jeunes



