Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

06/02/2013

Un climat tendu, un mot malvenu

Les médias français ont fait grand cas, hier soir, d'un fou rire de la ministre Christiane Taubira, lors du débat, à l'Assemblée nationale, sur le projet d'ouverture à tous du mariage et de l'adoption. Il ne faudrait pas croire, pour autant, que cette discussion parlementaire se passe dans un climat détendu. Par rarement, elle est émaillée d'incidents. On en a encore eu une illustration ce week-end.

Quand un député UMP, opposé donc à cette réforme, n'a rien trouvé de mieux que d'entamer une de ses interventions par ces mots: «Je fais partie des Français normaux, et ils sont aujourd’hui très inquiets». Immédiatement, ce fut le tollé. «Normal? Ca veut dire quoi?», «Scandaleux!», ont hurlé des députés socialistes. «Lorsqu’on se présente comme un citoyen ou un homme normal dans un débat tel que celui-ci, cela signifie-t-il qu’il y en a un certain nombre qui sont anormaux? Le sous-entendre est inacceptable!» Ce à quoi, sur les bancs sarkozystes, on a réagi de la sorte: «Et le Président normal?» Allusion à la façon dont, au printemps, François Hollande, alors candidat à l'Elysée, avait, un temps, présenté le style présidentiel qui serait le sien, s'il était élu.

Ledit député UMP n'en a pas moins fini par se corriger: «Je suis un député classique, si cela vous convient mieux. C’est-à-dire un député normal. Et, comme nombre d’autres Français, je fais partie de ceux qui sont inquiets aujourd’hui».

"Normal". D'un point de vue lexical, il n'y a rien à redire à l'utilisation de ce mot si on le prend dans son acception qui est relative à la norme: à un comportement majoritaire, donc. En revanche, évidemment, il est une autre acception du terme "normal" qui pose problème, quand on emploie ce mot dans un tel débat. L'acception que notre «Robert» définit comme suit: «Qui n'est affecté d'aucune modification pathologique».

Dès lors, clairement, parler de «Français normaux», dans un tel contexte, est très malvenu. Au minimum.

05/02/2013

Une opposante de choc

Personnalités, Histoire, Société, Jospin, TaubiraCes derniers jours, elle a mené une offensive médiatique en règle (ici, ou, par exemple) contre le projet de loi ouvrant l'adoption à tous les couples – dont l'Assemblée est en train de débattre. La philosophe Sylviane Agacinski. Qui, si par extraordinaire cela vous avait échappé, n'est autre, à la ville, que l'épouse de l'ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin ( (1997-2002).

Du coup, évidemment, son hostilité ne manque pas de sel, s'agissant d'une réforme portée par le PS. Et son activisme aux côtés de la droite commence visiblement à en agacer certains, au gouvernement.

On l'a bien vu ce week-end. Après que Sylviane Agacinski eut dénoncé une récente circulaire de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, un document qui, selon elle comme pour la droite, ouvre la porte à la légalisation, en France, de la gestation pour autrui (les mères porteuses) – ce que le gouvernement dément. «Elle a le droit de faire les analyses qu’elle veut», a maugréé la ministre Taubira, à l'Assemblée. «C’est une éminente philosophe, mais il est certain que, sur les questions de droit, il lui faut probablement procéder à quelques vérifications...»

Entendant cela, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, s'est esclaffé: Je me doute que vous avez un petit passif avec la famille Jospin depuis 2002...», a-t-il lancé à Christiane Taubira. C'est une allusion à sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. Elle y avait remporté 660.000 voix. Or, Lionel Jospin n'avait été devancé que de 195.000 suffrages par Jean-Marie Le Pen. Du coup, les jospinistes lui ont toujours attribué une part de responsabilité dans la non-qualification du socialiste pour le second tour, le 21 avril 2002.

C'était il y a plus de dix ans. Malgré ce laps de temps, certaines plaies ne seraient-elles pas encore totalement cicatrisées, au sein de la gauche française?

28/02/2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

28/09/2006

Un contresens

«Libération», effectivement, n’est pas très en forme en ce moment. «Lionel Jospin jette le gant», titrait-il ainsi ce matin. Or, c’est rigoureusement incorrect.
En français, jeter le gant à quelqu’un, c’est le défier, le provoquer. C’est donc précisément ce que l’ancien Premier ministre a décidé… de ne pas faire, puisqu’il a renoncé à la candidature à l’investiture socialiste pour les présidentielles de 2007.
En revanche, oui, Lionel Jospin a jeté l’éponge: il a abandonné la lutte, renoncé à la compétition.
Jeter l’éponge et non jeter le gant, donc. Mais ce n’est sans doute qu’un détail de pure forme.
B.DL.

25/09/2006

Une certaine démagogie

«Aller contre moi, c’est aller contre l’opinion publique». C’était donc la petite phrase du week-end, signée par un Nicolas Sarkozy ravi que les sondages le suivent dans sa croisade contre la «démission» des magistrats face aux délinquants.
C’est une conception de la politique. Elle est commode et utilitariste. Quand on sous-entend, comme Nicolas Sarkozy, «J’ai raison parce que l’opinion a, par principe, raison», on ne prend évidemment que peu de risques de fâcher cette opinion et donc de ne pas être élu.
Heureusement, il est une autre conception de la politique. Celle qui consiste à croire que la valeur, le courage et l’honneur des dirigeants est parfois d’aller à l’encontre de l’opinion: de résister à ses humeurs médiocres, de ne pas flatter ses instincts les plus bas, de la devancer dans ses nécessaires évolutions. Cette conception n’est pas toujours électoralement payante, mais elle mène souvent à des évolutions historiquement marquantes. Elle a guidé la France lorsqu’elle a aboli la peine de mort il y a vingt-cinq ans et bouleversé l’Europe en lançant le couple franco-allemand il y a cinquante ans. A l’époque, certains eurent le courage politique d’«aller contre l’opinion».
Lionel Jospin, ce matin à la radio, s’énervait contre cette «démagogie» ambiante: cette incessante «course à l’opinion» menée par des présidentiables les yeux rivés sur les sondages. On n’était pas loin d’être d’accord avec son désir d’un peu de hauteur. Mais on avait tout de même envie de lui retourner le compliment.
Car que fait donc l’ancien Premier ministre depuis des semaines, avec son jeu si fatigant du chat et de la souris à propos de son éventuelle candidature pour 2007? Si ce n’est, lui aussi, tenter d’appâter et de séduire l’opinion? Essayer de ménager un suspense égotique autour de sa petite personne pour titiller l’intérêt des foules? Attendre l’ultime délai, et donc le dernier frémissement possible des sondages, avant de décider oui ou non de se lancer? Verser donc au moins autant que Sarkozy dans la com’ et la stratégie tactique plutôt que de privilégier le fond?
Avant même d’avoir officiellement commencé, cette campagne présidentielle, décidément, ne vole pas bien haut.
B.DL.