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01/07/2010

Une «instruction»

drapeaufrançais.jpgLes Français résidant à l'étranger qui aiment l'anisette, les petits fours et le champagne s'en réjouiront. Autant, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée a été annulée, autant, dans nombre de ministères, on ne sortira pas davantage les nappes blanches, autant les ambassades de France, elles, ont reçu l'autorisation d'inviter à nouveau leurs compatriotes expatriés à venir festoyer en l'honneur de la fête nationale.

 

C'est le porte-parole du quai d'Orsay qui l'a précisé, cette semaine. Et il est même revenu deux jours consécutifs sur ce sujet à la faveur de ses briefings de presse quotidiens, preuve sans doute que l'affaire a un intérêt national. «Les réceptions traditionnellement offertes par nos postes diplomatiques et consulaires sont maintenues», a-t-il assuré. Justification: «Pour nos collègues en poste à l'étranger, le 14 juillet est un rendez-vous important. C'est une occasion exceptionnelle de promotion, de rayonnement de la France dans le monde, une occasion à laquelle fait écho une attente très forte partout dans le monde. Elle permet aux chefs de postes diplomatiques et consulaires d'inviter les plus hautes autorités de leur pays de résidence. C'est aussi un rendez-vous important pour nos compatriotes qui vivent à l'étranger et c'est aussi une façon pour eux de renouer, une fois par an, ce lien très particulier avec la France».

 

Il n'empêche, les «contraintes budgétaires» étant «particulièrement fortes» au quai d'Orsay comme dans tous les ministères, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a «décidé de faire procéder à des économies sur le financement de ces réceptions». Du coup, il a donné «instruction» aux ambassadeurs et aux consuls «d'être modestes, mesurés dans la dépense, en cherchant les sources de financements permettant de réduire la part du budget qui y est consacrée». Concrètement? Des «partenariats» seront conclus «avec des entreprises françaises ou des collectivités territoriales françaises installées dans les pays où sont situées les ambassades» tricolores.

 

ferrerorocher.jpgDès lors, lecteurs de ce blog qui êtes Français expatriés, ne vous étonnez pas si, le 14 juillet, dans les jardins de votre ambassadeur préféré, vous apercevez des logos vantant le champagne Laurent Perrier, le camembert Président ou les surgelés Picard. C'est qu'ils ont fourni les victuailles et que cette pub fait partie du «partenariat» conclu avec les autorités d'un pays si endetté. En revanche, on ne sait si «instruction» a été donnée qu'à ces réjouissances, il soit servi des Ferrero rochers: comme chacun sait depuis une campagne de pub mémorable «les chocolats préférés de madame l'ambassadeur».

18/06/2008

Un appel

L’«appel du 18 juin», tout le monde connaît: l’appel radio lancé depuis Londres par le général de Gaulle le 18 juin 1940, il y a donc aujourd’hui 68 ans jour pour jour, invitant ses compatriotes à rejoindre les forces de «la France libre». L’«appel du 18 joint», en revanche, on connaît moins, à l’étranger en tout cas. Beaucoup moins consensuel, il n’en est pas moins fêté chaque année le 18 juin en France.

Lancé en 1976 par le journal «Libération», cet appel réclame «la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantité de consommation courante». Il prône aussi l’ouverture de centres d'information sur les substances psychotropes. Très populaire à l’époque, cet appel a été signé par une kyrielle de personnalités: par des intellectuels (Gilles Deleuze, Philippe Sollers, etc.), par des artistes (Bernadette Laffont, Bertrand Tavernier, Isabelle Huppert, Maxime Le Forestier, Bulle Ogier, etc.), mais aussi par des politiques, parmi lesquels un certain… Bernard Kouchner.

Une trentaine d’années après avoir signé cet appel, le même Bernard Kouchner n’en est pas moins devenu le meilleur ami du monde d’un certain Nicolas Sarkozy, qui a de tous temps été un grand pourfendeur du cannabis. Pour le chef de l’Etat, «il n’existe pas de distinction entre drogues douces et drogues dures: il n’y a que des drogues interdites, et toutes les drogues sont néfastes».

Désireux de «redonner une valeur à l’interdit», le Président favorise l’imposition systématique de sanctions aux fumeurs de joints. Très longtemps, la loi de 1970 sur les stupéfiants n’a pas été appliquée. Elle promet théoriquement un an de prison et 3750 euros d’amende aux usagers de cannabis mais, dans les faits, ceux-ci (les mineurs, en tout cas) n’héritaient la plupart du temps que d’un rappel à la loi et d’un avertissement. Mais en 2007, la loi a été durcie. Désormais, une sanction peut être infligée à tout fumeur dès l’âge de 13 ans pris en flagrant délit. Ces sanctions peuvent être assorties de stages payants de sensibilisation aux dangers du cannabis.

Tout cela n’empêchera sans doute pas les effluves prohibés de parfumer l’air de Paris aujourd’hui, dès la fin de l’après-midi. En effet, chaque 18 juin, les promoteurs de l’«appel du 18 joint» ont pris l’habitude de convier «les amateurs de petite fumette à se réunir sur les pelouses du parc de La Villette pour partager des idées, des pétards et demander l'abrogation de la loi de 1970». Il va y avoir de la maréchaussée dans les parages…