28.03.2012
Une déclaration puérile
Hier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.
Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.
Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.
Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).
Et puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?
N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.
Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».
Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.
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27.03.2012
Un slogan revisité
Jean-Luc Mélenchon, encore lui, à nouveau en vedette, ce mardi. Car, dans le dernier sondage Ipsos-Logica, publié ce matin, le tribun populiste progresse encore. Il est désormais crédité de 13% des voix (+1,5%). Sans doute est-ce notamment l'effet du succès de son grand rassemblement à Bastille, dimanche dernier.
Mélenchon, tiens. L'autre jour, dans notre onzième arrondissement, passant devant une ribambelle d'affiches vantant le candidat du Front de gauche, on tombe sur deux ados en arrêt devant sa bobine, et qui se grattent la tête. «Heu... Le verbe prendre, avec tu et à l'impératif, t'écris ça comment? Avec d ou ds, à la fin»?, entend-on l'un des deux demander à son copain. «Ds, je dirais. Mais pas sûr», hésite le deuxième. «Ds», leur confirme-t-on charitablement en passant, avant de poursuivre notre chemin. Vingt minutes plus tard, on repasse devant les affiches. Les deux gamins ont disparu. Le slogan emblématique du Mélenchon, «Prenez le pouvoir», a été rebaptisé au gros marqueur noir. Cela donne: «Prends DU FRIC!» Et ses affiches ont été maculées d'un énorme A en lettre capitale et entouré d'un cercle: la signature des anarchistes.
Les anars recrutent décidément bien jeunes, cette année – ces deux gamins n'avaient même pas l'âge d'être lycéens: tout juste collégiens. Et, au vu de leur maîtrise de la conjugaison, ils n'avaient pas encore tout lu de Bakounine ou de Proudhon.
Mais, qui sait, l'adage sur la valeur qui n'attend pas le nombre des années vaut-il aussi pour l'activisme.
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15.02.2012
Un terme inutilement violent
Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.
En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».
Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?
Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.
On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.
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04.01.2012
Une communication déconcertante
Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, en ce début d'année, on a été (un peu) déconcerté par la manière dont les autorités ont communiqué, depuis dimanche, à propos du bilan sécuritaire du réveillon du Nouvel An. Déconcerté doublement.
Déconcerté, d'abord, par les cocoricos du ministère de l'Intérieur, dus au fait que deux fois moins d'interpellations, et globalement de dégradations, ont été déplorées par rapport à l'an dernier. Certes. Mais, ce sur quoi le gouvernement se garde bien d'insister, c'est sur le fait que, pour en arriver là, il a fallu, pour la deuxième année consécutive, déployer des moyens policiers considérables: 60.000 hommes, dont 10.000 rien qu'à Paris et dans sa région. C'est une réelle inflation, en termes de mobilisation. Pour mémoire (relire ici ou là), quelque 7000 et 4000 hommes avaient respectivement été déployés à Paris les 31 décembre 2009 et 2008. Ce résultat correct, donc, apparaît tout de même comme la moindre des choses.
Déconcerté, ensuite, par cette même question de vocabulaire gouvernemental qu'on avait déjà soulevée l'an dernier à cette époque (ici). «Pas d'incidents notables»: c'est ce qu'a répété en boucle le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, ces deux derniers jours. Mais 250 personnes ont tout de même été interpellées par les policiers en une seule nuit, dont 171 rien qu'à Paris et dans sa banlieue. Or, de deux choses l'une.
Soit toutes ces personnes ont été interpellées pour avoir bel et bien été été mêlées à des «incidents notables». Auquel cas de tels incidents ont bien eu lieu, donc le gouvernement, dans sa com', enjolive la réalité.
Soit, effectivement, comme le dit le gouvernement, aucun «incident notable» n'a été déploré samedi soir. Mais alors, si ces 250 personnes ont été interpellées pour moins qu'un incident, et encore moins un incident notable, pour quoi/pourquoi l'ont-elles été? En France en 2012, on interpellerait donc pour moins qu'un incident? Pour une bricole, alors? Pour une broutille? Pour trois fois rien? Là, pour le coup, il n'y aurait pas trop lieu de s'en réjouir.
Mais ce n'est que notre avis.
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30.11.2011
Un lapsus (caviardé)
C'était hier après-midi à l'Assemblée nationale. Et c'était un merveilleux lapsus: autrement plus sensible politiquement que ce dérapage inflationniste de Rachida Dati qui, il y a quelques mois, suscita tant de rires gras. Ce lapsus, il a été commis par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – qui était visiblement plus touché qu'il ne l'affichait par les attaques socialistes sur son bilan, objectivement très mitigé, en matière de lutte contre l'insécurité.
«Monsieur le député, je ne sais pas dans quel domaine vous excellez le plus: est-ce celui de la prestidigitation ou bien celui de la mystification?» C'était le début de sa contre-attaque au député socialiste Manuel Valls. Deuxième salve: «Une fois de plus, vous essayez de nous démontrer que le bilan du gouvernement depuis 2002 est un échec et que votre échec a été un succès!» Jusque là, rien à redire. Mais, dans la phrase suivante, une lettre a suffit pour que le ministre soudain s'empêtre: «Eh bien moi, je vous répète – une fois de plus, puisque manifestement vous n’entendez pas les arguments et ne voulez pas voir la vérité – que depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté, alors que, sous la gauche, elle a explosé, progressant de 17%!»
«Recruté», donc. Au lieu de «reculé».
Hier soir, les télévisions se sont fait un plaisir de diffuser en boucle cette bourde. Qui, bien sûr, n'apparaît nullement dans le compte-rendu officiel de l'altercation: les petites mains du service de l'Assemblée chargé de la retranscription des débats ont corrigé les propos ministériels, et caviardé le lapsus.
L'histoire ne dit pas si ces scribes ont fait la rectification d'initiative, sur ordre du Président (UMP) de l'Assemblée et/ou sur injonction de l'entourage du ministre.
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28.10.2011
Un double comique
Ils sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.
Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.
Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.
Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, télévision, journalisme, communication, langue française
27.06.2011
«Un racisme»
Cette phrase prononcée ce matin par une des rares femmes de pouvoir en France, Laurence Parisot, la n°1 du Medef, principale organisation patronale: «Le sexisme est un racisme, comme il existe un racisme contre les Noirs, les juifs ou les musulmans». Et de presser les femmes à enfin élever la voix contre ce beaufisme machiste encore si dominant en France – comme dans d'autres pays certainement aussi, mais pas moins en France qu'ailleurs – : «L’arme numéro un en France contre la parole des femmes, c’est toujours le discrédit. C’est à cause de cela que beaucoup (de femmes confrontées au sexisme) se taisent. Je leur dis: «N’ayez pas peur».
Pas moins en France qu'ailleurs, le sexisme? Dans cette même interview (ici) aussi percutante que pleine de bon sens, Laurence Parisot tente une piste d'explication: «Convaincus de la force des principes issus des droits de l’homme, les Français ont négligé l’égalité réelle entre les hommes et les femmes». On peut d'ailleurs remarquer combien est sexiste rien que l'expression «droits de l'homme» figurant dans cette phrase; ce n'est pas pour rien si, ces dernières années, les activistes lui préfèrent celle de «droits humains».
Cette anecdote aussi, racontée par Laurence Parisot: «Mon tout premier entretien, à ma grande surprise, ne s’est pas déroulé dans un bureau. Celui qui m’embauchait ce jour-là m’a dit: «Nous allons dîner ensemble». J’avoue, sur le coup, ne pas avoir compris. Le dîner a été assez difficile à gérer…» Et cette constatation qu'elle a tirée de son activité: «En tant que présidente du Medef, je suis amenée à travailler avec des ministres. Les relations de travail avec les ministres femmes sont presque toujours plus faciles et plus constructives qu’avec les ministres hommes. Les hommes instaurent plus volontiers des relations de domination».
Sans doute que, pour ne tout de même pas verser dans la caricature, le «Les hommes» de cette dernière phrase aurait-il pu/dû être remplacé par «Nombre d'hommes», ou quelque chose du genre. Mais on trouve largement excusable cette généralisation un peu abusive, puisqu'elle renvoie à un comportement qui, à l'évidence, est encore très largement répandu chez les hommes. Voire, qui est majoritaire chez eux? On laissera chacun(e) juger.
11:24 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : femmes, personnalités, social, economie, langue française
07.06.2011
Une découverte (lexicale)
Ces jours-ci, à l'occasion de la sortie du nouveau «Robert illustré», les médias français font une grande découverte. Ils réalisent que, ces dernières semaines, ils ont employé à tort le terme «sidération», pour parler de l'état de l'opinion face à l'«affaire DSK». En effet, à en croire ce dictionnaire, «sidération» ne peut être utilisé comme synonyme de «stupeur» ou de «stupéfaction». Car il s'agit exclusivement d'un terme médical. Précisément, il décrit un «anéantissement soudain des fonctions vitales, avec état de mort apparente, sous l’effet d’un violent choc émotionnel». Or, si les Français ont légitimement été estomaqués par les déboires new-yorkais de l'ex-n°1 du FMI, rares sans doute ont été ceux qui en ont succombé sous le choc, leurs fonctions vitales soudain anéanties.
«Le substantif "sidération" date du XVIe siècle», a expliqué, ces derniers jours, le toujours passionnant linguiste Alain Rey. «On l'utilisait pour parler de maladies graves comme la gangrène. Avec l'idée d'une force supérieure qui domine l'homme et le fige sur place, liée à une pensée occulte. Je ne suis pas certain que ceux qui l'ont utilisé (en parlant de l'«affaire DSK») ont perçu qu'ils ranimaient des croyances magiques et occultes, une pratique où il est largement affaire d'inconscient et de ce qui terrifie l'inconscient».
Les lecteurs de ce blog qui seraient sidérés par cette découverte lexicale se déculpabiliseront d'avoir incorrectement utilisé «sidération» en allant lire les notices du «Robert» relatives aux termes «sidérer» ou «sidérant». Et en constatant que, contrairement à «sidération», ces deux mots, eux, renvoient bel et bien, dans une acception présentée comme familière, à abasourdir ou à stupéfier.
Sans doute est-ce déjà cela.
11:47 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, strauss-kahn
01.06.2011
Une victoire
On avait évoqué cela dans ce blog (ici), à l'époque: la plainte en justice déposée par l'association antiraciste MRAP contre la société Nutrimaine, qui commercialise en France la boisson chocolatée Banania. Une plainte contre le visuel du tirailleur sénégalais figurant sur les produits de cette marque, et contre son slogan: «Y’a bon Banania». Pour le MRAP, tous deux véhiculent une image du Noir tellement caricaturale et stéréotypée qu'elle en devient «contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Si on en reparle à présent, c'est parce que du neuf est intervenu dans cette procédure, dernièrement.
En effet, alors qu'elle avait été déboutée en première instance, l'association a récemment obtenu gain de cause en appel. La justice a enjoint Nutrimaine, sous peine d'astreintes, de «faire cesser, sous quelque forme et quelque soit le moyen, la fabrication et la commercialisation de toute illustration sur laquelle apparaîtrait la mention «Y'a bon» seule ainsi que la mention «Y’a bon» accompagnée de la marque Banania et/ou un personnage de couleur noire ». Le MRAP a salué un arrêt «historique». .
Eric Zemmour et ses amis vont encore hurler au «politiquement correct»...
12:44 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, etrangers, racisme, langue française, activisme
19.05.2011
Un flux tendu
Le grand public ne s'en rend peut-être pas toujours compte, mais, en France comme ailleurs, quand l'actualité est vraiment très intense – et l'«l'affaire DSK» en fournit un bon exemple –, les médias travaillent souvent à flux extrêmement tendu. Du coup, parfois, la précipitation leur fait commettre des erreurs de béotien.
On se l'est redit à plusieurs reprises depuis dimanche. En voyant incorrectement orthographié le patronyme de Dominique Strauss-Kahn. Dans des légendes de photo ou sur le banc-titre à la télé par exemple, il devenait subitement Strauss-Khan. On jette d'autant moins la pierre à ces confrères que nous aussi, par le passé, il nous est arrivé une fois d'écrire Strauss-Khan dans un article. Désormais, on essaie de bien retenir: c'est Strauss-Kahn et Gengis Khan, Helmut Kohl et le khol cosmétique. Cela peut paraître complètement tartouille vu de l'extérieur, mais c'est typiquement le genre de piège dans lequel tombent les journalistes quand ils doivent boucler dans l'urgence et/ou quand ils commencent à être vraiment épuisés par l'actualité.
Toujours dans ce registre des erreurs journalistiques dues au rythme de travail à flux tendu dans les rédactions en périodes de crise, on a pu noter d'autres erreurs, ces dernières semaines. Ainsi, dans les médias, on a lu aussi bien Khadafi que Kadhafi. Et Libye était même parfois orthographié Lybie.
Des détails? Ces erreurs d'inattention ne doivent tout de même pas contribuer à la crédibilité du journalisme dans le grand public. Mais elles sont juste, bêtement, très humaines. Les journalistes ne sont pas (pas toujours, pas tout le temps, pas encore) des droïdes.
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05.05.2011
Un peu de détente
Les politiques et les journalistes s'amusent, en ce moment. Histoire d'un peu relâcher la pression. En cette période déjà si nerveuse de précampagne électorale présidentielle, où ils ont si peu l'occasion de se détendre – et cela ne fait que commencer: on en a encore pour un an. On a donc été bien amusé, nous aussi, ce matin, au saut du lit. En entendant, sur une radio, le dernier pastiche en date de slogan de campagne électorale suggéré par les facétieux à Dominique Strauss-Kahn.
Ce slogan détourne le fameux et mémorable «La Force tranquille», de François Mitterrand. Appliqué à DSK, il devient... «La Porsche tranquille». Si d'aventure cela vous avait échappé: lors de son dernier passage à Paris, le probable candidat à l'investiture socialiste à l'Elysée s'est fait paparazzier, avec Anne Sinclair, en train de sortir d'une rutilante Porsche. Pour les connaisseurs, une Panamera S: «une voiture à 10 plaques!», paraît-il. Ledit bolide n'appartient pas au patron du FMI, mais à un de ses amis, a précisé l'entourage de DSK. Il n'empêche, ce cliché volé tombe vraiment mal, pour un politique qui peine à se défaire d'une certaine image bling-bling: le ryad à Marrakech, l'appartement place des Vosges, l'immense fortune de son épouse, etc. C'est même une erreur de com' de béotien, qui n'a pas fini de faire jaser, venant d'un DSK pourtant censé coaché en permanence par une escouade de communicants de haute volée.
Dans le camp DSK toujours, un autre slogan fait fureur, paraît-il. L'inspiration, cette fois, n'est pas mitterandienne mais nord-américaine. Comme Obama a conquis l'Amérique avec son «Yes we can», certains strauss-kahniens s'encouragent en scandant des... «Yes we khan»...
Pour l'anecdote, il se raconte aussi que, dernièrement, a vu le jour, dans un autre état-major de présidentiable, une autre déclinaison hexagonale du fameux slogan d'Obama. Il s'agit cette fois de Nicolas Hulot. Dernièrement, ses collaborateurs lui ont offert un tee-shirt. Sur lequel figurait le slogan... «Yes I kite». En référence à la passion de l'animateur télé pour le kite-surf...
On a gardé le meilleur pour la fin: la perle langagière de la semaine. Elle émane d'un ponte de l'UMP, Marc-Philippe Daubresse. Mardi, soit très fatigué, soit lui aussi très facétieux, ce cacique du grand parti sarkozyste a commis un gros lapsus. Il concernait à nouveau DSK. On vous le donne tel quel: «Nicolas Sarkozy a bien fait de proposer Nicolas Strauss-Kahn comme président du FMI, à l'époque». Merveilleux.
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14.04.2011
Un petit coup de fatigue?
Un petit coup de fatigue des politiques français, en ce moment? Un grand besoin de vacances? Ces derniers temps, en tout cas, s'accumulent, en haut lieu à Paris, les absences, pataquès et lapsus. Et encore aura-t-on la charité de ne pas s'appesantir sur le cas de Rachida Dati. Qui, décidément, n'en rate (verbalement) pas une, ce qui a l'air de faire rire la terre (internet) entière... Au-delà donc de l'ex-garde des Sceaux, on a eu droit, depuis le début de cette semaine, à un festival d'étourderies.
Il y a d'abord eu la (décidément impayable) ministre Nadine Morano. De grand matin en direct sur une radio, elle était interrogée sur Carlos Ghosn: le PDG de Renault, le constructeur automobile actuellement en plein scandale. Le plus sérieusement du monde, la ministre a dit ne pas connaître... une chanson d'un tel titre, du chanteur Renaud. Encore bravo. Il y a eu aussi, hier à l'Assemblée nationale, ce lapsus de François Fillon. Le Premier ministre s'exprimait sur l'exploitation des gaz de schiste. Mais sa langue a fourché: il a parlé de... «gaz de shit». Il y a eu enfin, hier toujours, cette bourde lors de la déclaration de candidature à l'Elysée de Nicolas Hulot. C'était à propos du nucléaire. L'animateur télé lui-même n'a pas évoqué le sujet – ce qui, au passage, était un peu curieux. Mais l'hôte de son grand raout médiatique, maire écologiste d'une ville de la banlieue parisienne, a, lui, fait allusion à la catastrophe de Fukushima. Il en a même parlé à deux reprises. Mais au lieu de dire Fukushima, il a chaque fois prononcé... Fujiyama. Ce qui n'a évidemment rien à voir: c'est le nom de Fuji-san, la montagne sacrée et le symbole du pays du soleil levant. Encore bravo, là aussi, venant qui plus est d'un élu Vert...
Fujiyama, pour Fukushima. Cela nous a rappelé ce lapsus qu'avait commis naguère le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer. Il prononçait un petit discours de bienvenue à l'attention d'une délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qu'il accueillait ce jour-là. Cette délégation était conduite par un Turc, un certain Mevlüt Cavusoglu. Mais Bernard Accoyer avait écorché son nom. Et l'avait rebaptisé Mevlüt... «Ceaucescu», du nom de l'ex-dictateur roumain...
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25.02.2011
Un terme officiel
Aujourd'hui, une note à l'attention plus spéciale des visiteurs de ce blog qui seraient un peu «geeks» et/ou qui voudraient être «de bons Français», comme disait Eric Besson quand il était ministre de l'Identité nationale – ou, en tout cas, qui voudraient parler un «bon français». Ils ont intérêt à soigner leur langage, mercredi: ce 2 mars, qui est aussi le jour où Apple devrait dévoiler son nouvel iPad2. En France, en effet, depuis dimanche dernier, il n'est plus question d'appeler n'importe comment ce joujou branché. Puisqu'il existe désormais un terme officiel pour le dénommer.
Car, le 20 février, au Journal Officiel, a été publiée la décision de la «Commission générale de terminologie et de néologie» relative aux gadgets du type de l'iPad. Placée sous l'autorité du Premier ministre, cette commission gère «l'enrichissement de la langue française». Concrètement, elle décide de la matière dont il faut dénommer, en «bon français», les innovations, technologiques notamment. Dès qu'ils ont été publiés au Journal Officiel, les termes et définitions qu'a adoptés cet organisme deviennent «d'un emploi obligatoire pour le service de l'État et ses établissements publics». Le grand public, lui, est fortement invité à se conformer à ses avis – sans obligation, toutefois, en ce qui le concerne. Quelques jours avant le jour J, cela tombe bien, ladite commission vient donc de très officiellement recommander un terme français pour l'iPad et ses concurrents .
Premier rappel de ces sages de la langue française: «Les noms de marque tels que «iPad» ou «iSlate» ne doivent pas être utilisés pour désigner de façon générale ces ordinateurs». Proscrits aussi sont les mots étrangers comme «pad(en), tablet(en), touch screen tablet(en)». Tout «bon Français», dès lors, pour parler d'un «ordinateur portable et ultraplat, qui se présente comme un écran tactile et qui permet notamment d’accéder à des contenus multimédias», utilisera dorénavant le terme «ardoise» ou «ardoise électronique» – mais «tablette» ou «tablette tactile» sont également admis.
Dire «ardoise électronique» donc, et non plus «iPad». Le premier terme compte une demi-douzaine de syllabes, contre deux seulement pour le second. Du coup, réussira-t-il à s'imposer dans le langage courant? Pas sûr. Premiers éléments de réponse dès mercredi. Puisque les médias du monde entier ne manqueront pas, une fois de plus, de faire plein de pub gratuite pour Apple.
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21.02.2011
Une apostrophe
«Ca suffit!» C'est ainsi que les médias français ont, ce week-end, traduit le «Jalas!» qu'a donc osé lancer le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon, à une journaliste tunisienne à qui il voulait clouer le bec. Car elle avait la mauvaise idée de l'interroger sur «des trucs débiles» selon lui: la longue complaisance de Paris envers le despote Ben Ali, les vacances à la plage et les voyages en jet privé de la ministre Alliot-Marie, etc. Si d'aventure cela vous avait échappé, ce langage si peu diplomatique, dans la bouche d'un jeune diplomate censé brillantissime, a provoqué un gros buzz sur le net. Il a aussi conduit des centaines de Tunisiens à manifester, pour réclamer le départ de l'«arrogant» jeune homme. Et a contraint ce dernier à présenter ses excuses à la télévision tunisienne.
«Ca suffit!», donc. Contrairement à Boris Boillon, on n'est pas arabophone, donc on peut se tromper. Mais, de nos voyages dans le monde arabe, jadis, on a tout de même gardé un souvenir assez net que ce «Jalas!», dans le langage courant, était un terme beaucoup plus rude que le «Ca suffit!» français. Une apostrophe très méprisante, même. Du genre de celles que l'on lance aux importuns pour les prier de dégager vite fait , d'aller se faire voir (pour rester poli) ailleurs.
Qui sait peut-on traduire ce «Jalas!» par «Casse-toi, pauvre con!» Par «Casse-toi, pauvre conne!», en l'occurrence. Cela tomberait bien, finalement, cette version arabe et féminisée de la célèbre apostrophe agricole sarkozyste, dans la bouche d'un diplomate qui se définit lui-même comme un «Sarko boy».
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17.02.2011
Un langage
Comme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .
Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” – comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».
Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.
Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".
Et, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.
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15.12.2010
Un vieux truc
C'est une grosse ficelle de la communication politique. Quand vous avez failli sur le fond, vous tentez de biaiser en reconnaissant une erreur de forme. Quand vous avec pêché par inaction, imprudence, impréparation, manque de concertation et/ou aveuglement politique, vous admettez tout au plus, du bout des lèvres, une erreur de communication. Quand vos manquements sont si manifestes que vous ne pouvez plus les nier sous peine que votre mauvaise foi devienne vraiment trop ostensible, vous essayez de sauver la mise avec un très partiel mea culpa. C'est cette vieille recette qu'a utilisée hier François Fillon.
En la matière, il faut dire, le Premier ministre n'a fait somme toute qu'imiter Nicolas Sarkozy, qui a recours assez souvent à ce vieux truc de com'. Ainsi, à la mi-novembre à la télé, interrogé sur son concept si sulfureux d'identité nationale, le chef de l'Etat avait lâché: «Sans doute s'y est-on mal pris; le mot a provoqué un malentendu». Mais aucun reniement «sur le fond des choses». En mai 2008 déjà, à la télé toujours, à propos cette fois du très impopulaire et controversé «paquet fiscal», le chef de l'Etat avait lâché du lest sur la forme: «C'est un très mauvais nom qu'on a pris. On a fait une erreur de communication totale». Il n'avait laissé tomber sur le fond que bien plus tard, quand il était apparu que ce recul sur la forme n'avait pas suffi à rendre moins impopulaire un dispositif devenu «symbole d'injustice» fiscale – dixit le ministre du Budget.
Idem donc pour François Fillon hier. A propos, lui, de la pagaille de la semaine dernière due à la neige. «On n'a pas été bon, et moi le premier, en matière de communication», a reconnu le chef du gouvernement. Les milliers d'automobilistes que la neige, cette nuit-là, a contraints à une nuit blanche objecteront qu'en l'occurrence, dans cette crise, le gouvernement «n'a pas été bon» en général, et pas seulement en communication. Ils argumenteront que le problème n'a pas tant été la qualité de telle ou telle prestation médiatique de tel ou tel ministre ce jour-là, ce qui est très accessoire, mais l'incapacité globale de l'Etat à gérer la crise. Qu'importe: de l'avis sans doute du gouvernement, avec ce mea culpa sur la com', le problème de fond est réglé.
Au moins hier, sur le même sujet de la neige, la ministre des Transports, elle, a eu recours, non à cette recette si éculée de la com' politique, mais à une entourloupe langagière si culottée qu'elle en devenait franchement comique. «On fait tout pour que ça se passe encore mieux» que la semaine dernière, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet. Cet «encore mieux», se référant à un fiasco si voyant et notoire, est absolument délicieux. C'est «On fait tout pour que ça se passe mieux» qu'elle aurait dû dire. Mais sans doute était-ce trop demander.
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26.11.2010
Un cliché sexiste
S'il existait une palme hebdomadaire de la petite phrase sexiste, Alain Minc l'obtiendrait, cette semaine. L'autre jour, ce proche de Nicolas Sarkozy est revenu sur la tirade de ce dernier, lancée en «off» à des journalistes. Si d'aventure cela vous avait échappé: le chef de l'Etat, s'estimant accusé en dépit du bon sens par les médias d'être mêlé au «Karachigate», a traité ses interlocuteurs de «pédophiles». Pour montrer l'absurdité, à ses yeux, des accusations lancées contre lui par des journalistes.
Le financier et essayiste à succès s'est empressé d'aller défendre à la radio et à la télé la «plaisanterie» de son ami. Sans même revenir sur le fond de l'affaire – la façon dont les médias travaillent, les emportements décidément si fréquents du Président, le bien-fondé ou non d'avoir rendu publics ses propos en «off», etc – , sur la forme, la petite phrase d'Alain Minc étaient, mine de rien, d'un rare sexisme. Ainsi, a-t-il dit, «les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous êtes dans une bulle très protectrice et donc vous avez une peau de jeune fille, pardonnez-moi ce mot. Les journalistes, même à la plus légère plaisanterie, se sentent agressés!»
Par «peau de jeune fille», Alain Minc voulait dire, on imagine, peau sensible, donc sensibilité à fleur de peau, du coup corporation journalistique exagérément susceptible, au point de ne pouvoir supporter le moindre trait d'humour sarkozyste. Il ne serait jamais venu à l'idée d'Alain Minc de dire: «Les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous avez une peau de jeune garçon». Cela montre bien que cette tournure de phrase – comme ses variantes: «une pudeur de jeune fille», «un teint de jeune fille», etc. – , est sexiste. Puisqu'elle fait passer la susceptibilité et la sensibilité outrancières pour des caractéristiques par nature féminines.
Sexiste et passablement idiote. Car, au vu du monde qu'il fréquente dans les dîners en ville, Alain Minc devrait bien savoir qu'il existe des femmes qui, tout en étant très féminines, ne sont pas le moins du monde exagérément susceptibles. Et des hommes qui, sans être le moins du monde efféminés, ont une sensibilité à fleur de peau au point d'être extrêmement susceptibles. Et ce, que ces femmes ou hommes soient journalistes ou pas.
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22.09.2010
Une «posture»
Le Français moyen se posant des questions sur le climat d'alerte antiterroriste ambiant – des questions de base, du genre: «Mais dois-je vraiment stresser?», etc – n'y verra pas forcément plus clair. Si, ce matin à la radio, il a entendu le grand patron de la police nationale, Frédéric Péchenard, faire le point sur le sujet.
Côté pile, il avait des phrases plutôt dédramatisantes. L'information relative à cette fameuse «femme kamikaze» qui aurait voulu se faire exploser jeudi dernier «paraît peu crédible». A Paris, «il n'y a pas eu de vraie menace sur la gare du Nord». Et il ne faudrait «pas donner l'impression que la France est à feu et à sang et que c'est un pays à risque». Côté face, quelques propos tout de même pas trop rassurants. «Des indications sérieuses émanant de renseignements fiables» disent bel et bien «qu'il y a un risque d'attentat important». Et si des attentats devaient être perpétrés en France ces prochains jours, ils viseraient bien sûr «vraisemblablement» des endroits comme les transports publics, les magasins et/ou d'autres lieux bondés – pour autant, avis aux manifestants, Frédéric Péchenard «ne pense pas qu'il y a un risque demain» à participer aux cortèges qui, dans la plupart des villes de France, défileront contre le projet gouvernemental de réforme des retraites...
Voilà. Le Français angoissé est prié de se faire un jugement avec cela. Mais on se gardera de jeter la pierre au grand patron des policiers: il est clair que, rien qu'en termes de communication, ce genre de situation est extrêmement complexe et délicat à gérer.
PS: Dans son interview ce matin, Frédéric Péchenard a utilisé à plusieurs reprises le terme «posture»: «La posture qui est la nôtre nous paraît la bonne: ne pas affoler la population», L'état actuel des renseignements dont disposent les autorités «nous suffit largement pour augmenter un petit peu notre posture», etc. On n'est pas sûr que le choix de ce terme était très judicieux. Certes, à l'origine de ce mot, il n'est pas incorrect d'utiliser «posture» comme synonyme d'«attitude», de «position», etc. Mais, si on a bien compris et qu'on résume bien le Littré, le Larousse et le Robert, qu'on a consultés ce matin, «posture», au fil de son usage, a pris une connotation particulière. Une connotation plutôt d'office négative: «en fâcheuse posture», par exemple. Ou même une connotation péjorative. Une «attitude peu naturelle ou peu convenable», précise le Robert. Une position affectée, en somme: pas très spontanée, adoptée dans un souci de dissimulation ou de tromperie. Mais il est clair que ce détail lexical est purement secondaire, vu la gravité du contexte ambiant.
11:54 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, police, langue française
28.07.2010
Une fameuse nuance
Qui a dit que Nicolas Sarkozy était insensible aux critiques? A 17 heures ce mercredi, se tient à l'Elysée le sommet si controversé consacré à la communauté des gens du voyage. Or, manifestement, les communicants en chef de la Présidence sont soucieux de quelque peu rectifier le tir à ce sujet.
En effet, dans l'agenda officiel du chef de l'Etat, ce sommet est très sobrement présenté comme étant une «réunion ministérielle pour faire le point sur la situation des gens du voyage et des Roms». C'est une fameuse nuance par rapport à la dénomination initiale de cette réunion. A l'origine, Nicolas Sarkozy avait parlé d'un sommet sur «les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» - allusion aux violents heurts et graves dégradations commis il y a peu, dans le Loir et Cher (Région Centre), par des membres de cette communauté endeuillés par la mort d'un des leurs: jeune braqueur présumé tué par la police. Une telle approche présidentielle, exclusivement sécuritaire, de la situation de cette communauté a suscité un tollé. Voilà la droite accusée de dérive ethnique dans sa politique sécuritaire. Et voilà Nicolas Sarkozy décrié comme s'étant une fois de plus laissé emporter dans un «tourbillon populiste», destiné à «inventer une nouvelle catégorie de boucs émissaires».
Sans doute les éminences participant à ce sommet n'auront-ils pas le temps, avant de se rendre à l'Elysée, de relire – comme on l'a fait hier soir - «Les Bijoux de la Castafiore», la BD de Hergé. C'est bien dommage.
Car, dans cette aventure de Tintin – qui, si on ne s'abuse, date du début des années 60 –, sont déjà évoqués les conditions de vie catastrophiques réservées à cette communauté des gens du voyage, la stigmatisation dont elle est si souvent victime, et les clichés («voleurs de poules», etc.) qui lui ont toujours été accolés. Pour la petite histoire, et si vous n'aviez pas gardé un souvenir précis de cette lecture de votre enfance, les romanichels établis sur un campement voisin du château de Moulinsart avaient été injustement soupçonnés d'avoir dérobé l'émeraude de la fameuse cantatrice, qui à longueur de journées, saisit d'effroi sa fidèle camériste en s'écriant: «Ciel! Mes bijoux! Irmâââ! Mes bijoux?!?». Mais, en fait, ledit vol avait été commis par une pie, dans le nid de laquelle Tintin avait découvert également des éclats de verre, une bille d'agate et un monocle...
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19.04.2010
Un sens
On ne vas pas s’ériger en donneur de leçons: on est le premier à savoir, et à avoir expérimenté, que les journalistes parfois, dans le feu de l’action, ont rarement le temps de peser leurs mots comme ils le devraient. Mais comprendre ces maladresses lexicales n’empêche pas de les relever. En l’occurrence, dans cette histoire d’espace aérien paralysé par ce fameux volcan islandais, on a été doublement servi ces derniers jours, dans les médias français.
Ainsi, ce terme «naufragé» qui, à longueur de reportages ce week-end, a été appliqué à ces voyageurs coincés dans les aéroports (*). On compatit à leur sort: il doit y avoir plus agréable que de passer ses nuits sur des banquettes de terminal d’aéroport. On a d’ailleurs un ami parisien qui, depuis vendredi soir, campe à l’aéroport d’Osaka et deux autres qui, devant partir à New York mercredi, commencent sans doute à s’inquiéter. Mais, pour nous, le «naufragé», jusqu’à nouvel ordre, c’est tout de même avant tout ce clandestin africain dont on retrouve le cadavre sur une plage italienne, parmi les baigneurs indifférents, ou ces familles entières de crève-la-faim qui, au large de Mayotte ou d’ailleurs, périssent en pleine mer. Ce ne sont pas ces pauvres touristes qui sont obligés, pendant quelques jours, de manger des sandwiches mous d’aéroports ou de loger dans des hôtels Formule 1 au bord des pistes. Ce matin, on a même vu un grand journal rebaptiser ces infortunés voyageurs du terme de «réfugiés». Les mots ont un sens.
Le deuxième exemple de langue journalistique qui, dans la précipitation, dérape, c’était vendredi soir. Lorsque l’Europe entière semblait soudain prise de panique à propos des conséquences sanitaires éventuelles de ce nuage de cendres volcaniques qui finirait par la survoler voire par fondre sur elle en tornades de poussières obscures. Evoquant ces possibles précipitations, une journaliste, sur on ne sait plus trop quelle radio, finit par carrément envisager une «pluie noire» chargée de cendres volcaniques. Pluie noire. On était abasourdi. Cette expression, en effet, désigne la pluie radioactive meurtrière («kuroi ame», en japonais) qui, le 6 août 1945, s’abattit sur Hiroshima, irradiant les rares rescapés de l’explosion de la bombe atomique. Des termes historiquement aussi lourds appliqués à un tel cas de figure, c'était absolument consternant.
Les mots ont un sens.
(*) Au fond, combien de Français compte-t-on parmi ces voyageurs bloqués dans les aéroports? 50.000, assurait-on vendredi soir. 150.000, a-t-il été corrigé dimanche. 200.000, a précisé ce matin le secrétariat d’Etat au Tourisme. Rien que l’évolution de ces chiffres montre combien les autorités sont complètement dépassées par la situation.
11:18 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, médias, journalisme



