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29/09/2014

Un joli doublé

Tourisme, Social, Paris, LuxeL'info est passée assez largement inaperçue, à Paris à la fin de la semaine dernière. Vu l'abondance et la gravité de l'actualité en France par ailleurs. Il n'empêche, elle fera date, car est elle unique dans les annales du secteur économique concerné (et de son histoire sociale): celui de l'hôtellerie parisienne de grand luxe.

Vendredi, après huit jours de grève, le petit personnel du «Park Hyatt Paris-Madeleine» a obtenu gain de cause. Ces femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et autres valets de chambre réclamaient l'alignement de leurs salaires et conditions de travail sur ceux des employés des palaces. Leur direction a fini par céder. Elle leur a octroyé une augmentation de plusieurs centaines d'euros par mois ainsi qu'une prime de fin d'année équivalente à un treizième mois. Quelques jours plus tôt, ce sont leurs collègues du «Park Hyatt Vendôme», à deux pas de la place du même nom, qui avaient eux aussi remporté des avantages similaires, et donc mis fin à leur grève. L'an dernier, déjà, à l'issue également d'un mouvement social (relire ), plusieurs de leurs revendications avaient été rencontrées.

Pour les intéressés, ces acquis sont d'autant moins négligeables que, dans le secteur hôtelier parisien, les salaires et conditions de travail sont rarement mirobolants (relire ici).

A titre d'anecdote, le dénouement de ces deux conflits sociaux.a pu être favorisé par... la «Fashion Week», en cours au même moment à Paris.

Tourisme, Social, Paris, LuxeEn effet, cet événement draine une très importante clientèle dans les hôtels de luxe, et notamment dans les «Park Hyatt». Et, parmi cette clientèle, des représentants de médias du monde entier. Sans doute, dès lors, la direction de ces établissements a-t-elle voulu éviter des situations embarrassantes en termes d'image et de communication. Comme les rencontres fortuites entre ces clients de choix et un petit personnel en train de manifester, de brandir des calicots syndicaux pas trop glamour, et de scander des slogans tout sauf feutrés («L’esclavage est fini», «Hyatt exploiteur», etc.).

23/05/2014

Un énervement (un peu) moindre

Personnalités, Sarkozy, Elections européennes, Presse, Publicité, LuxeNicolas Sarkozy est un peu moins énervé. Visiblement, l'état de l'Europe le met (un peu) moins en rogne que les juges qui sont à ses trousses. En témoignent les points d'exclamation contenus dans la tribune sur les élections européennes qu'il a publiée hier, dans le magazine «Le Point». On y dénombre sept signes de ponctuation de ce type. Ce n'est pas rien, mais c'est moins que les huit points d'exclamation de sa volcanique tribune dans «Le Figaro», à la fin mars: quand avait été révélée sa mise sur écoutes, par des juges (relire ).

L'ex-Président gagne donc (un peu) en tempérance. Ses électeurs apprécieront – ou pas, on verra.

En attendant, il est douteux qu'en ouvrant «Le Point», hier, Nicolas Sarkozy ait apprécié la facétie qu'a occasionnée le plan publicitaire de ce numéro du magazine. En effet, il a fait juxtaposer l'apothéose de cette tribune (L'Europe, «ne laissons ni aujourd'hui ni demain détruire ce trésor!») avec une grande pub. Vantant les dernières créations d'un horloger joaillier suisse, dont une montre («mouvement manufacture réalisé à la main») à 2790€. Soit, tout de même, plus de deux mois de salaire minimum.

Nicolas Sarkozy possède certainement des toquantes encore plus onéreuses. Il n'empêche, il a dû grimacer, à la vue d'un tel catapultage entre pub et rédactionnel. Lui qui n'a jamais réussi à faire oublier sa grande période Rolex, Ray-Ban, bling bling etc.

18/04/2014

Un éternel recommencement?

Personnalités, Luxe, HistoireLes hommes n'apprennent-ils jamais de rien? Ne tirent-ils donc jamais de leçons du passé, et de ses turpitudes? Concernant les socialistes français au pouvoir, en tout cas, on semble être en droit de se poser la question. Du moins, s'il faut en croire les accusations du site Mediapart, concernant un haut conseiller de François Hollande: Aquilino Morelle.

Outre qu'il se voit reprocher – pour ce qui concerne une époque où il n'était pas encore à l'Elysée – des conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, il est décrit comme ayant eu, depuis mai 2012, au palais présidentiel, des comportements «gauche caviar» peu compatibles avec la République irréprochable qu'avait promise François Hollande. Ainsi, entre autres caprices, il aurait régulièrement fait venir à l'Elysée... un cireur: pour lustrer ses chaussures de marque.

Si elle est avérée, cette histoire renverrait furieusement à une des affaires les plus minables qui éclaboussèrent l'entourage d'un François Mitterrand en fin de règne. Une histoire de chaussures déjà, qui contribua à la chute de Roland Dumas: ancien ministre socialiste des Affaires étrangères et président du Conseil constitutionnel. En 1991, deux paires de bottines sur mesure avaient été confectionnées à son intention, par le chausseur et maroquinier de prestige Berluti. Elles avaient été réglées (plus de 10.000 FF la paire), rubis sur l'ongle, par sa maîtresse: Christine Deviers-Joncour. Alors que celle-ci bénéficiait d'un emploi de complaisance grassement payé par le contribuable, au groupe pétrolier Elf-Aquitaine. Le scandale, à l'époque, en avait dit long sur les moeurs de certains socialistes au sommet de l'Etat, et n'avait pas peu terni l'image de la fin de l'ère Mitterrand.

Près de vingt-cinq ans plus tard, donc, à en croire Mediapart, un haut conseiller socialiste à l'Elysée se serait à nouveau fait remarquer par et pour ses chaussures de luxe. Les gens, décidément, y compris en haut lieu, n'ont pas de mémoire.

27/11/2013

Une «indignation», ou pas

Léger sourire, hier. A la lecture d'une dépêche de l'agence AFP relatant «l'indignation» suscitée à Moscou par l'installation d'«une gigantesque malle aux couleurs de la marque de luxe français Louis Vuitton, à côté du mausolée où repose Lénine, et bouchant la vue sur la place Rouge». Double sourire, en fait.

D'abord, cela ne date pas d'hier que le grand luxe (français ou pas), à l'occasion, peut être tapageur. Et donc de mauvais goût.

Ensuite, ce qui fait scandale à Moscou suscite l'indifférence à Paris. Pour preuve, sur des dizaines de mètres le long de la Seine, Quai Malaquais (à hauteur du Pont des Arts), une grande marque de luxe a entièrement emballé l'édifice qu'elle est en train de restaurer: l'a recouvert d'une immense bâche publicitaire, vantant les mérites de cette enseigne.

N'importe quelle autre capitale digne de ce nom et se disant soucieuse de son patrimoine historique n'aurait évidemment pas toléré que l'on «marchandise» ainsi, et aussi ostensiblement, un ensemble classé aux Monuments historiques. Mais là, à Paris, rien. Cela fait des semaines que cette méga-réclame publicitaire défigure une perspective fluviale et urbaine considérée comme Patrimoine de l'humanité par l'Unesco – mais que fait donc cette institution? Sans que personne ne s'en offusque. Sans qu'aucune «indignation» n'ait été relayée par l'AFP.

Ce doit être une illustration contemporaine, post-moderne en somme, de la parabole de «La paille et la poutre».

03/06/2013

Un relent xénophobe

Désagréables. Désagréables, ces commentaires entendus pendant tout le week-end, sur les suites de la vente aux enchères, jeudi et vendredi à l'Hôtel Drouot, d'une partie de la cave à vins de l'Elysée – ce dont on avait parlé dans ce blog, l'autre jour (ici). Des enchères qui ont rapporté 718.800€ à l'Etat, soit beaucoup plus que prévu. Certaines bouteilles ont trouvé acquéreurs à des prix astronomiques: 7.625€ par exemple pour un Petrus 1990, ou 4.625€ pour deux bouteilles de Château Latour, 1er grand cru classé, Pauillac, 1982.

Le problème, selon certains? Parmi les acheteurs, on a compté nombre de Chinois (voir ici, par exemple). C'était couru d'avance, vu la grande popularité des vins français dans ce pays et le pouvoir d'achat florissant de sa nouvelle bourgeoisie – moins frappée par la crise que son homologue en Europe. Du coup, en France, dans le camp de la droite souverainiste, des esprits chagrins ont d'autant plus maugréé contre cette dilapidation d'une partie du patrimoine vinicole national qu'elle est tombée en de telles mains. A les comprendre: des mains de nouveaux riches qui n'en seraient pas dignes.

Désagréables, décidément, les relents xénophobes de telles jérémiades.

03/05/2013

Une goutte d'eau dans la mer

On vit bien, décidément, à l'Elysée. Puisque, dans la cave à vins du palais présidentiel français, figurent des bouteilles dont la valeur souvent dépasse celle d'un salaire minimum – ainsi, ce Petrus de 1990 évalué à 2 200 €.

Si l'on peut se faire une idée de la richesse du patrimoine oenologique de l'Elysée, c'est parce que François Hollande a décidé de mettre en vente aux enchères (ici) une partie de la cave présidentielle: 1200 bouteilles, soit un dixième de la collection élyséenne. Cette vente, qui a été annoncée cette semaine, permettra le renouvellement de la cave, et en l'occurrence le réinvestissement «dans des vins plus modestes». Ce qui restera du produit des enchères «sera reversé au budget de l'État».

C'est sans doute de bonne guerre, en ces temps d'austérité budgétaire extrême.

Mais c'est peu dire que les quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui retourneront ainsi dans les caisses de la Nation n'y pèseront que de peu de poids, face à l'ampleur de son déficit actuel (pour rappel: 87,2 milliards d'euros, en 2012). Une goutte d'eau – et non de grand cru, pour le coup –, dérisoire somme toute, dans la mer déficitaire budgétaire.

02/04/2013

Une (luxueuse) page qui se tourne

Une page de l'histoire du grand luxe parisien se tourne. Sur la place de la Concorde, en effet, l'«Hôtel de Crillon» a fermé ses portes, ce week-end. Ces deux prochaines années, il subira de lourds travaux de rénovation visant notamment à installer une piscine et un spa en sous-sol. Cela permettra au vénérable établissement 5 étoiles, lorsqu'il rouvrira (au printemps 2015), de prétendre au label officiel de «palace». Samedi soir, le restaurant étoilé de l'hôtel, «Les Ambassadeurs», avait choisi d'immortaliser l'événement avec un menu gastronomique. Caviar, coquilles Saint-Jacques contisées à la truffe noire et autre dacquoise à la mousse chocolat, pour la modique somme de 280€ (hors boissons, cela va de soi).

Ces derniers jours, le propriétaires de l'hôtel (un prince saoudien) et ses communicants ont beaucoup mis en scène les adieux émouvants, si télégéniques, des fidèles clients. Ainsi que tous les à-côtés de cette fermeture, telle cette vente aux enchères de 2.000 des 7.000 bouteilles de la cave à vin de l'établissement. Ils ont peu rappelé, en revanche, un épisode moins glamour de cette saga de fermeture.

Quand, en janvier dernier, la justice française avait ordonné au «Crillon» de revoir le plan social rendu nécessaire par sa fermeture temporaire. Présenté en novembre 2012, ce plan était considéré comme nettement insuffisant par les syndicats. Un nouveau dispositif a donc vu le jour, en février. Il laisse le choix aux 360 membres du personnel de l'hôtel. Soit ils profitent de l'occasion pour rendre leur tablier et vont voir ailleurs, moyennant un chèque de deux mois de salaire par année d'ancienneté. Soit ils voient leur salaire maintenu pendant les travaux, en échange de quoi, pendant deux ans, ils suivent des formations et/ou sont détachés dans d'autres établissements.

Au pire moment de tension entre la direction et les syndicats sur ce dossier, une bruyante manifestation d'employés mécontents avait eu lieu devant l'établissement. Ce qui, avant même la fermeture de cette fin de week-end, était déjà assez historique.

19/12/2012

Un feu vert

Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.

Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.

Patrimoine, Urbanisme, Paris, Economie, Luxe Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.

Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».

En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.

On est bien curieux de voir cela.

27/11/2012

Un extrême à l'autre

Paris, Luxe, Art de vivre, SécuritéParis d'un extrême à l'autre, suite. Ce week-end, on le racontait hier, les volontaires de la Banque alimentaire ont dont récolté des vivres dans le supermarchés de la capitale, pour les plus démunis de la région: pauvres au point de n'avoir pas même assez à manger. Au même moment, s'est déroulé un fait divers qui n'a pas fini d'émouvoir, dans les milieux situés à à l'autre extrémité de l'échelle sociale. Un incident qui est d'ailleurs à l'origine du renforcement, aujourd'hui et demain, des mesures de sécurité autour d'un des hôtels de maître les plus chics de la «Ville lumière».

L'hôtel particulier Marcel-Dassault, en l'occurrence. Situé au n°7 du rond-point des Champs-Elysées, et qui abrite Artcurial: la première maison française de ventes aux enchères. Ces deux jours-ci, s'y tient une vente de bijoux et d'horlogerie de grand prestige. Sous forte protection policière, donc, puisque des malandrins ont cambriolé l'édifice ce week-end, et dérobé des bijoux qui devaient faire partie de cette vente aux enchères. Pas du toc, ce butin: sa valeur est estimée à près d'un demi-million d'euros.

Les cambrioleurs n'ont toutefois pas réussi à prendre la poudre d'escampette avec ce qui constitue le clou de la collection: un «exceptionnel» collier Bulgari en or gris et diamant (estimé entre 120.000 et 150.000€), une montre Vacheron Constantin (de 100.000 à 150.000€), et une «bague dôme en or jaune ornée d'un exceptionnel diamant taillé en brillant, la monture spiralée de croisillons sertis de diamants carrés» (de 230.000 à 240.000€). Ces trois merveilles ont miraculeusement échappé aux monte-en-l'air.

Le petit peuple de Paris s'en réjouira certainement.

31/10/2012

Un cache-misère

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeAprès les fins de mois difficiles qu'on évoquait hier, passons d'un extrême à l'autre, et évoquons aujourd'hui l'hôtellerie parisienne de grand luxe. Pour revenir sur ce conflit social qui agite le «Ritz» depuis un petit temps, dont on avait parlé le mois dernier (ici). Il porte sur les modalités d'indemnisation des travailleurs, pendant la fermeture (pour rénovation) du palace de la place Vendôme. Hier, la justice a tranché, et le syndicat CGT a été débouté.

Tant qu'on y est, signalons cet autre différend dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler, concernant lui aussi un hôtel parisien de luxe. Il s'agit cette fois du «Concorde Opéra»: un 4 étoiles situé non loin de la gare Saint-Lazare. Là, le climat est tel qu’il a donné lieu à une manifestation, tendue, des employés.

 

En cause, un incident ayant troublé la quiétude des lieux, cet été. Le jour de juillet où une jeune Ethiopienne de 24 ans, employée de maison d’une famille émiratie qui séjournait dans une suite de l'hôtel, a réussi à fausser compagnie à ses employeurs. Puis à les dénoncer à la police, comme des esclavagistes modernes (confiscation de son passeport, mauvais traitements, etc.). Ce fut notamment possible grâce à quatre membres du personnel de l'établissement, qui organisèrent cette opération de sauvetage. Mal leur en a pris. Selon la CGT (ici), ils ont ensuite été «sanctionnés» par leur direction, pour s'être mêlés d'un peu trop près de la vie privée de clients aussi fortunés. D'où la manifestation des membres du personnel devant l'hôtel, aux cris de «Non à l’esclavage, Non à la répression syndicale!»

 

La direction du «Concorde Opéra» a démenti tout «acharnement» envers les syndicalistes. Et a justifié le blâme qu'elle leur a infligé par le fait qu'ils n'avaient pas respecté la procédure interne: n'avaient pas averti leur direction avant d'appeler la police. Le litige pourrait se régler devant les juridictions du travail.

 

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeEn attendant, une des principales associations de lutte contre l'esclavage moderne a salué () l'action des employés du «Concorde Opéra». Et, de manière plus générale, a rappelé que l'information donnée par le personnel des palaces lui est «indispensable» pour pouvoir remplir sa mission d'aide aux victimes. Car «ce n'est pas la première fois que nous sommes avertis ainsi de situations d'esclavage domestique dans de grands hôtels» de la capitale française.

 

Comme quoi, à Paris aussi, parfois, le luxe et le raffinement peuvent servir de cache-misère, indigne, aux réalités les plus glauques.

24/10/2012

Une autorisation, bucolique

Puisqu'on évoquait l'Assemblée nationale dans ce blog hier, cette autorisation qu'a donnée son nouveau président, le socialiste Claude Bartolone. Un feu vert certes infiniment anecdotique, mais néanmoins joliment bucolique. L'accord que, sur le toit du Parlement, l'on installe... des ruches.

La demande avait été faite par un député UMP, dont le suppléant est lui-même apiculteur. Pour ce parlementaire, ce faisant, «la représentation nationale, montrant comme il se doit l’exemple, participerait concrètement à la protection d’une espèce en difficulté et pourtant essentielle à la conservation de la biodiversité»: les abeilles. Ce sera donc chose faite.

L'histoire ne dit pas si ce miel provenant d'un Parlement désormais majoritairement à gauche sera, ou non, accessible à toutes les bourses. S'il sera, par exemple, plus abordable qu'un autre nectar issu lui aussi de toits parisiens fameux: le miel de l'Opéra Garnier.

Qui, à 15€ les 125 grammes, doit être le miel le plus cher et le plus chic du monde. A ce prix-là, il peut bien être bon.

02/10/2012

Une ambiance (décidément) pas si feutrée

On avait raconté cela, le mois dernier (relire ici), à propos du «Ritz»: derrière la vitrine si glam-chic des grands palaces parisiens, se cachent, parfois, des réalités sociales pas toujours très reluisantes. Après le célèbre établissement de la place Vendôme, c'est le «George V», son fameux concurrent du quartier des Champs, qui en fournit l'exemple.

C'était jeudi dernier, à l'heure du thé. Troublant la quiétude habituelle des lieux, une trentaine de syndicalistes ont bruyamment fait irruption dans le hall du palace. Ils entendaient y «protester contre les sanctions à répétition infligées» aux membres de son personnel qui sont délégués du petit syndicat radical SUD. Mais le hasard a voulu que, ce jour-là, le «George V» compte parmi ses hôtes un client aussi prestigieux que particulièrement protégé par les policiers, en ce moment: l'Indien Lakshmi Mittal, milliardaire et patron d'ArcelorMittal, premier groupe sidérurgiste mondial – celui-là même qui, hier, a confirmé la fermeture définitive des derniers hauts-fourneaux de Lorraine.

Le syndicalistes du «George V» ont donc eu droit à un comité d'accueil musclé. A les en croire, «la direction de l’hôtel était aux abonnés absents, laissant à la police le soin de gérer les relations sociales au sein de l’hôtel; puis promettant, après plusieurs heures d’attente, un rendez-vous tout en multipliant les préalables. Plus encore, les syndicalistes, qui se sont retirés d’eux mêmes, vers 20 heures, ont ensuite eu droit à une fouille en règle, avant d’être raccompagnés par les CRS au métro». L’union syndicale Solidaires n'a pas du tout apprécié. «La liberté syndicale doit être respectée, au "George V" comme ailleurs!», a-t-elle fustigé, dans un communiqué. Qui a dénoncé le climat de «répression antisyndicale» qui règnerait au sein du palace, et a prévenu: «Nous ne nous laisserons pas impressionner!»

Voilà la direction du si select établissement avertie.

Cela dit, si ça tombe, ses fortunés clients étrangers – émirs, millionnaires et starlettes – doivent trouver cela follement exotique, voire comique, et en tout cas dépaysant, les gros bras qui, dans cet antre de luxe, font irruption en vociférant.

11/09/2012

Une ambiance pas si feutrée

Restons dans l'univers feutré du grand luxe, que l'on évoquait hier. Un univers feutré mais où, à l'occasion, l'on peut néanmoins fameusement batailler. Et sur des questions très bassement financières, qui plus est.

On en a une illustration aujourd'hui, à Paris. Cela concerne un des fleurons du grand luxe parisien. Le «Ritz», en l'occurrence: le célébrissime palace de la place Vendôme. Cet après-midi, la direction de l'établissement comparaît devant le tribunal de grande instance, à la demande du syndicat CGT.

L'hôtel a fermé, cet été. Pour de gros travaux de rénovation, qui vont durer deux ans. La direction du palace avait songé licencier ses 470 employés pendant la durée du chantier, tout en garantissant leur réembauche à la fin des travaux. Elle a finalement conclu un plan social, en vertu duquel les salariés ont eu à choisir entre un congé sans solde, un départ volontaire, ou un licenciement. Devant le tribunal, cet après-midi, la CGT va plaider la nullité de ce plan. Selon ce syndicat, le «Ritz» aurait dû proposer aux salariés une mesure de chômage pendant une période totale de 224 jours, sans rupture du contrat de travail, puis les indemniser. Le dispositif actuel reviendrait à «faire payer (par et) à la collectivité» les conséquences sociales de travaux menés par un groupe privé. Un groupe qui, pourtant, ne manque pas de moyens: le palace parisien est détenu par le milliardaire égyptien Mohammed Al Fayed.

10/09/2012

Une pénible collision

Paris, Banlieues, Logement, Pauvreté, Social, Luxe, Economie, GouvernementPénible collision d'actualités ce week-end en France, décidément. C'est ce qu'on s'est dit hier dimanche, pendant toute la journée, en bossant sur l'«affaire Arnault» – si vous avez vécu sur une autre planète, ces deux derniers jours: l'homme le plus riche de France, qui a demandé la nationalité belge et est accusé par ses détracteurs de vouloir s'exiler fiscalement dans le plat pays.

Collision de deux actualités qui n'ont pas le moindre rapport l'une avec l'autre, mais qui, survenant au même moment, ont de quoi gêner.

Côté pile, donc, l'extrême richesse. L'homme le plus fortuné de France et d'Europe, patron de l'empire du grand luxe LVMH. Son patrimoine personnel dépasse les 30 milliards d'euros. Soit, comparait le journal «Le Parisien» dimanche, «la moitié du budget de l'Education nationale, les recettes de l'impôt sur les sociétés en 2010, deux fois le déficit de la Sécurité sociale, le PIB de la Lituanie, ou deux fois celui du Portugal». L'extrême richesse, donc.

Côté face, l'extrême pauvreté. Cet incendie d'un immeuble d'habitations à Saint-Denis, dans la proche banlieue Nord de Paris, et dont le bilan, annoncé dimanche, est lourd: deux morts, quatre blessés graves, onze blessés légers, une cinquantaine de rescapés à reloger. Des scènes d'horreur: des gens se défenestrant pour échapper aux flammes. Un bâtiment qui était insalubre et reconnu comme tel depuis des années. Et dans lequel il n'avait ni l'eau, ni l'électricité. En 2012, donc, aux portes de Paris, capitale de la cinquième puissance économique mondiale, des gens vivent sans eau ni électricité. Selon la mairie, à Saint-Denis ces dix dernières années, une trentaine de personnes sont mortes à cause de leur habitat indigne: dans des incendies ou des fuites de gaz ayant dévasté leur logement. L'extrême pauvreté, donc.

L'extrême richesse, l'extrême pauvreté. La collision de deux actualités. Qui, on le répète, hormis leur simultanéité fortuite, n'ont rien à voir entre elles, et n'ont donc probablement pas à être mises en relation.

Mais qui, tout de même, en disent long, trouve-t-on. Sur une certaine cohabitation quotidienne, dans ce pays: entre deux extrêmes.

26/06/2012

Un «coup de pouce», et un «coup d'arrêt»

Economie, Social, Justice, Paris, Art de vivre, LuxeCela déménage décidément, en ce moment, dans les grands magasins parisiens. Après l'agitation sociale de ces derniers jours relative aux bas salaires – dont on parlait hier –, la justice vient de prendre une décision qui va faire grimacer les Parisien(ne)s atteints de fièvre acheteuse.

Cela concerne les soldes, dont c'est l'ouverture cette semaine. Ces derniers temps, les grands magasins parisiens avaient tendance à repousser chaque fois un peu plus tard leurs heures de fermeture, pendant cette période. Ce qui permettait aux "shopping addicts" de, par exemple, faire les soldes jusque tard dans la soirée – jusqu'à minuit, parfois. Dans deux des grands magasins les plus fameux de la capitale, ce ne sera pas possible cet été.

Hier, en effet, le tribunal de grande instance de Paris a interdit au BHV-Rivoli et aux Galeries Lafayette-Haussmann d'étendre leurs horaires d'ouverture en soirée. Sous peine d'astreintes astronomiques: pouvant aller jusqu'à 100.000 voire 300000€. Les juges ont fait droit à la requête des syndicats du commerce parisien. Pour qui ces horaires d'ouverture à rallonge constituent «une dérive qui accroît la flexibilité du travail, pose des problèmes insolubles aux salariés, et nuit à leur santé». A leurs yeux, ce «coup d'arrêt pour les nocturnes dans les grands magasins» est particulièrement bienvenu, dans le cadre de l'«offensive des enseignes du commerce pour tenter d'imposer le travail de nuit».

Selon une employée d''un de ces deux grands magasins, qu'on entendait sur une radio ce matin, ces enseignes se livraient à «une concurrence sur le dos des salariés», concernant leurs horaires de fermeture. Ces nocturnes ne fonctionnaient qu'avec du personnel volontaire? «Oui, mais c'était vraiment du volontariat forcé. Quand vous êtes au Smic et que travailler la nuit vous rapporte 200 à 300€ de plus à la fin du mois, vous n'hésitez pas: vous n'avez pas le choix».

Economie, Social, Justice, Paris, Art de vivre, LuxeLe salaire minimum, on y revient. On l'annonçait hier, le gouvernement l'a officialisé ce matin: il sera revalorisé le 1er juillet: de 2%. Cela porte le «coup de pouce» – comme on dit en langage technocrate à Paris – à 0,6%. Puisque, de ces 2%, il faut déduire 1,4%, correspondant à l'inflation.

Pas sûr, du coup, que les 2,5 millions de travailleurs concernés auront les moyens d'aller faire flamber la carte bleue dans ces deux grands magasins, cet été – soldes ou pas, nocturnes ou non.

17/01/2012

Un bilan assez éclairant

18. C'est, depuis la mi-avril, le nombre de femmes qui, à Paris et dans sa proche banlieue, ont été verbalisées par les policiers pour infraction à la fameuse loi qui, depuis le printemps, interdit le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) sur la voie publique. «Au total, il a été procédé à 28 contrôles» dans cette région, lit-on dans le dernier point qu'a fait la préfecture de police sur la question: «douze contrôles à Paris, dont six verbalisations, cinq dans les Hauts-de-Seine et autant de verbalisations, onze contrôles en Seine-Saint-Denis dont sept verbalisations, aucun contrôle ni verbalisation dans le Val-de-Marne».

18 femmes verbalisées, donc. En 10 mois d'application de la loi.

Cela relativise assez bien, trouve-t-on, les cris d'orfraie qu'avaient poussés certains ministres et parlementaires sarkozystes l'an dernier, selon lesquels le port du niqab était en train de prendre des proportions affolantes en France, et y menaçait l'ordre public.

Dommage, cela dit, que la préfecture n'informe pas davantage sur les circonstances ayant donné lieu, à Paris, à ces six verbalisations. Cela permettrait de vérifier si, parmi ces femmes verbalisées, ont figuré, ou pas, ces très riches et respectables touristes intégralement voilées venues des Emirats ou autres, qui sont les hôtes de marque réguliers des palaces multi-étoilés de la capitale ainsi que des maroquineries, joailleries et boutiques de haute couture de l'avenue Montaigne ou de la place Vendôme.

Juste pour savoir si le rétablissement de l'autorité républicaine dans les «zones de non-droit» – ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat ont jadis désigné les banlieues difficiles – a concerné également, et équitablement, les quartiers les plus chics du pays.

13/01/2012

Une double palme

S'il y avait une palme hebdomadaire de la déclaration à l'emporte-pièce, le député-maire UMP de Nice (et ex-ministre) Christian Estrosi la remporterait haut la main, cette semaine. L'autre jour, sur une radio, ce sarkozyste de choc n'a rien trouvé de mieux que de s'emporter de la sorte, revenant sur un certain dimanche soir de mai 2007: «C'est indigne de reprocher au Président de la République d'être allé dans une brasserie populaire des Champs-Elysées, ce soir-là!»

Populaire, donc, le «Fouquet's». Vu l'énormité de cette assertion, nombre de médias ont pris un malin plaisir, ces derniers jours, à se pencher sur la carte de cet établissement. Cela donne «28€ le saumon fumé de Norvège en entrée», «54€ le ris de veau braisé», ou «des menus à 80€». A l'UMP, semble-t-il, on n'a pas la même notion que dans le reste du pays de ce qui est, ou pas, accessible au peuple.

La socialiste Martine Aubry, elle aussi, a cru bon d'évoquer la brasserie parisienne préférée des sarkozystes, cette semaine. En vilipendant les «maux» d'un «quinquennat Fouquet's».

Il nous semblait que, depuis une certaine affaire Strauss-Kahn (la Porsche place des Vosges, la suite la plus chère du Sofitel, les pâtes aux truffes dans un resto chic de Manhattan, etc.), le PS n'était définitivement plus le mieux placé pour faire la leçon à la droite, question train de vie. Depuis le cas DSK, le parti à la rose a compris l'image désastreuse qu'un tel affichage de luxe a pu donner, dans l'électorat «populaire» par exemple? Les barons de ce parti la jouent modeste, à présent? Et bien pas tous, semble-t-il; on en a eu confirmation (ici) cette semaine.

Aux prochains scrutins, l'électorat «populaire» va adorer cela: la «droite-Rolex» contre la «gauche-Porsche».

Encore bravo.

15/11/2011

Une mansuétude (assez curieuse)

luxe,tourisme,economie,gouvernement,art de vivreEn ces temps de plans de rigueur successifs et de mesures d'austérité en cascade, mentionnons ce geste particulier de mansuétude fait dernièrement, en toute discrétion, par le gouvernement. Un geste en faveur du secteur du grand luxe.

Il bénéficie aux établissements hôteliers facturant plus de 200 euros la nuitée à leurs clients. En septembre, le gouvernement, soucieux d'accroître ses recettes fiscales, avait décidé de frapper chacune de ces nuitées d'une taxe supplémentaire, de 2 %. Cette taxe devait s'appliquer dès le début novembre. En fait, elle n'a vécu... qu'une semaine. En effet, le syndicat des hôteliers et des restaurateurs a obtenu (ici) la promesse de son abrogation. Le gouvernement considère que l'hôtellerie sera déjà assez touchée par la hausse (de 5,5 à 7%) du taux réduit de TVA, qui a été décidée entre-temps.

Alors, on peut parfaitement partager le souci des autorités de veiller à la bonne santé du secteur du tourisme. Puisque, d'après les chiffres du gouvernement, ce secteur «emploie directement en France un million de personnes, dans 235.000 entreprises, et un autre million indirectement».

On peut néanmoins douter que cette petite (ex-)taxe de 2% allait vraiment menacer la compétitivité de la France en la matière, l'Hexagone étant depuis belle lurette la première destination touristique mondiale. On peut douter aussi que cette contribution supplémentaire allait mener le secteur de l'hôtellerie de grand luxe à la faillite: à Paris ou à la côte d'Azur, et à longueur d'années, il affiche des taux d'occupation insolents.

Enfin, vu les tarifs que pratiquent ces palaces – en gros, plusieurs centaines d'euros la nuitée – et vu donc les moyens qu'il faut avoir pour y séjourner, on peut douter que 2% en plus ou en moins, sur le montant final de l'addition ou de la réservation, cela allait fondamentalement mettre sur la paille leurs richissimes clients, et donc les faire hésiter à la dépense.

Mais ce n'est que notre avis.

22/09/2011

Une idée farce

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyOn la trouve drôle, parfois, Eva Joly. Dans «Le Monde» d’hier soir, la candidate écologiste à la présidentielle de 2012 y est allée d'une petite idée révolutionnaire assez farce, concernant un des lieux emblématiques du patrimoine parisien. A savoir, l'Hôtel de la Marine: l’imposant bâtiment à colonnade qui borde tout le côté nord de la place de la Concorde.

 

A l'horizon 2014, l'édifice sera vidé par la Défense nationale. Aux projets de réaffectation chics, chocs, voire snobs circulant dans le tout-Paris en ce moment, Eva Joly préfère, carrément, ... un Musée de la Révolution. A ses yeux, ce serait une manière, «en accord avec les idéaux des Lumières, (de) retrouver l'esprit de fête de la Révolution, pour créer un nouvel espoir d'émancipation et un nouvel horizon pour notre pays». A ses yeux, pourraient notamment y être transférées les «25 000 pièces relatives à cette époque, qui se trouvent conservées, loin des yeux du public, dans les réserves du Musée Carnavalet».

 

Iconoclaste? Pas du tout, selon Eva Joly. Pour qui, ce qui relèverait de «l'outrage» et «du mauvais goût», ce serait, au contraire, de faire de cet Hôtel de la Marine «un palace pour privilégiés». Etant donné que ce bâtiment «regarde la place de la Concorde, ancienne place Royale, qui fut l'un des hauts lieux de la Révolution française: symbole tout à la fois des excès de la Terreur et de la rupture fondatrice que constitua 1789 dans l'histoire nationale».

 

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyTout de même. Célébrer l'esprit révolutionnaire dans ce haut lieu du grand luxe qu'est la place de la Concorde – où se situe aussi, faut-il le rappeler, le si select l'Hôtel de Crillon, un des palaces les plus chers de Paris –; rien que l'idée risque de faire tousser, en haut lieu.

 

Vénérer les sans-culottes dans cet Hôtel de la Marine qui, jadis, fut le garde-meuble de la Couronne; le Premier ministre François Fillon risque encore d'accuser l'écologiste franco-norvégienne de n'être qu'une espèce de sous-Française manquant totalement de culture et d'identité nationales.

14/09/2011

Un slogan assez gonflé

publicité,luxe,art de vivre,banlieuesOn la trouve gonflée, la maison de haute couture Chanel. On se le dit chaque fois qu'on tombe sur un des nombreux panneaux publicitaires qui, à Paris en ce moment, relaient sa dernière campagne de pub. On y voit une jeune femme au saut du lit, look rebelle-cool: la chemise de son homme, pas maquillée ni coiffée, et ce slogan peinturluré au feutre sur son visage: «Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue!»

 

Chanel-rebelle descend dans la rue, donc. C'est vraiment se moquer du monde.

 

D'abord, vu les prix pratiqués par cette marque, on peut sérieusement douter que ses créations soient accessibles à «l'homme/la femme de la rue», comme on dit. A fortiori en ces temps de crise, faut-il le préciser.

 

Ensuite, il faut rappeler que cette grande maison ne descend tout de même pas dans n'importe quelle rue. On l'avait vu il y a quelques mois, à l'occasion d'une affaire qui avait fait un certain bruit dans la banlieue de Paris. Du jour au lendemain, les produits Chanel avaient purement et simplement disparu des rayons des parfumeries de plusieurs villes pas vraiment symboliques de luxe et de glamour: Bobigny, Meaux ou Chilly-Mazarin. Le porte-parole de la marque avait invoqué la «qualité insuffisante» de ces boutiques, et le non-respect de ses «critères d’exigence, en termes de présentation et d’environnement». «Nous sommes un produit de luxe. Nous avons un cahier des charges très précis avec nos distributeurs», avait-elle argumenté. A Bobigny, des responsables d'associations, «particulièrement choqués», avaient dénoncé cette décision: «Ce départ signifie que Bobigny n’est pas assez bien pour Chanel, que nous sommes des clients de seconde zone». Tentant de couper court à cette délicate polémique, l'enseigne avait assuré que, dans son esprit, il n'avait, bien sûr, «jamais été question de discriminer» quiconque.

 

Quelques mois plus tard, voici donc Chanel qui se la joue rebelle et descend dans la rue. Ceux et celles qui se demandent dans quelles rues et de quelles villes ont sans doute le droit d'écrire à Karl Lagerfeld pour lui poser la question.