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10/02/2012

Une façon de voir les choses

Huit morts en France, depuis le début de la vague de froid. Soit, en gros, un décès par jour. A Paris y compris, parmi les sans-abri: parmi notamment ceux qui vivent à l'année dans le Bois de Vincennes.

Huit morts, tout de même. C'est ce qu'on s'est dit ce matin, en prenant connaissance de ce macabre décompte. Huit morts, seulement. C'est ce que ne cessent d'insinuer les médias français ces derniers temps. Radios et télés surtout passent en boucle le bilan bien bien plus grave déploré dans d'autres pays: plusieurs dizaines de morts en Italie, plusieurs centaines en ex-Europe de l'Est, etc.

Huit morts de froid seulement, donc, en France. C'est une façon de voir les choses. A laquelle, décidément, un hiver après l'autre, on ne s'habitue pas.

02/02/2012

Une indignité, ou l'autre

0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.

En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.

Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?

14/04/2008

Une couronne

L’info n’a fait que quelques lignes dans l’un ou l’autre journal du week-end. Même pas une brève. Une «puce», comme on dit à «La Libre». Le bidonville qui, depuis six mois, existait à la porte d’Aubervilliers, vient de disparaître. Les quelque 300 Roms roumains et leurs enfants qui campaient dans des cabanes de fortune en bordure de périphérique ont déguerpi. Comme le leur avait ordonné récemment le tribunal de grande instance de Paris. Celui-ci avait été saisi par la mairie, qui voulait récupérer les terrains municipaux squattés par le campement.

Quelques habitants du bidonville sont désormais hébergés dans des hôtels de transit, et leurs enfants scolarisés. D’autres sont rentrés en Roumanie, dans le cadre des programmes d’aide au retour humanitaire. La plupart ont déménagé on ne sait trop où: sur des friches, bretelles d’autoroutes ou autres bandes improbables de terrain boueux d’où on les chassera sans doute dans quelques mois.

Les associations estiment que quelque 2500 Roms vivent dans la plus grande précarité en région parisienne. A longueur d’années et depuis d’innombrables années, les bidonvilles de Roms font inlassablement le tour du périphérique. Squattent le moindre de ses soubassements à l'abri du froid et du vent ou hauteurs vaguement arborées. Font l’objet de l’un ou l’autre rapide reportage télé. Puis finissent toujours par être délogés, avant d’aussi fréquemment se réinstaller ailleurs. Et ainsi de suite. Comme une couronne d’épines, de crasse et de honte qui coiffe Paris. Et s’est enracinée dans le paysage urbain.

24/07/2006

Une inaction coupable

medium_sdf.jpgIl ne fallait pas être très finaud pour le pressentir, et on avait d’ailleurs soulevé, ici même, le problème depuis plusieurs semaines déjà. Les campements de tentes de SDF s’étant multipliés dans la capitale depuis l’hiver, les problèmes de cohabitation avec les riverains excédés par ce voisinage se multiplient avec les chaleurs de la canicule, et la situation se dégrade désormais dangereusement.
Boulevard Jules Ferry, les comités de quartier exigent le déménagement d’un campement, qu’ils jugent envahissant, bruyant, insalubre et insécure. Le long des voies sur berges, les SDF ont été invités à déguerpir pour ne pas gâcher le paysage de l’opération «Paris Plage». Et ce week-end, près de la gare de l’Est, quatre tentes ont carrément été dévastées par un incendie, qui pourrait être criminel.
Alors qu’il est confronté depuis plus de six mois à cette situation, le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour éviter qu’elle dégénère. Tout au plus un médiateur vient-il d'être nommé. Et une centaine de places supplémentaires d’hébergement d’urgence seront ouvertes cette semaine dans la capitale. Mais ce sera très insuffisant: on dénombre actuellement plus de 300 tentes de SDF dans Paris.
Ce soir, les associations pour le droit au logement manifestent devant le cabinet du ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo. Elles réclameront notamment la réquisition des plusieurs milliers de logements vides qui, malgré tous les engagements, sont toujours recensés dans la capitale.
Le mois prochain, plus grave encore, on célébrera le premier anniversaire du début de la série noire des incendies d’hôtels de transit miteux, qui, l’été dernier, coûtèrent la vie à une cinquantaine de personnes à Paris – dont de nombreux enfants. Là aussi, sans doute, le même constat désespérant d’inaction et d’indifférence devra être dressé. Et le pire, c'est qu'il n'étonnera vraisemblablement pas grand monde.
B.DL.