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17/03/2008

Une vedette

adb1e0ef8cd4e3b9383a50ff8afbd8d4.jpgHier, incontestablement, ce fut lui la vedette de la soirée électorale dans la capitale: l’ancien maire de Paris (1995-2001) Jean Tiberi, qui, avec 225 voix d’écart seulement, a réussi in extremis à conserver sa mairie du cinquième arrondissement. Ce fut lui la vedette bien plus que Bertrand Delanoë, qui a certes rempilé à l’Hôtel de Ville mais n’est pas parvenu à faire basculer à son profit l’un ou l’autre arrondissement supplémentaire et donc surtout pas ce fameux cinquième. Il se raconte d’ailleurs que, derrière ses sourires de façade, Bertrand Delanoë, hier soir, était fou de rage de voir sa candidate socialiste dans le cinquième, Lyne Cohen-Solal, à nouveau défaite par ce décidément indéboulonnable Jean Tiberi: depuis 25 ans maire et depuis 40 ans député du cinquième.

Il faut dire que c’est un lascar, cet homme-là. On s’en était rendu compte lors de la campagne pour les législatives de 2002. On l’avait alors suivi toute une journée sur le terrain, dans son fief aux pieds du Panthéon. On en avait gardé un très bon souvenir.

Car Jean Tiberi est un homme vraiment très drôle. Il n’a jamais sa langue (de vipère) en poche, il est mordant, roublard et fielleux à souhait, il a tant de répartie qu’il accepte sans problème d’être chambré, il a une mauvaise foi délicieusement crasse, il a toujours dans sa poche une anecdote dévastatrice et un bon mot assassin. Tutoiement facile, main constamment sur l’avant bras de son interlocuteur, clins d’yeux permanents, larges sourires dévoilant ses dents de la chance: il a aussi ce contact très physique, limite charnel, avec les gens qui est l’apanage des grands professionnels de la politique.

C’était un moment plaisant mais aussi très instructif. Rue Mouffetard ou place de la Contrescarpe, Tiberi connaissait absolument tout le monde, faisait la bise à quasiment chaque passant, tutoyait tous les commerçants, appelait la plupart des gens par leur prénom sans jamais se tromper. Et malgré le train d’enfer de sa campagne, il prenait interminablement le temps de répondre à toutes les sollicitations des habitants croisés, notait soigneusement la moindre de leurs demandes dans son petit cahier,  promettait faveurs, services et interventions à longueur de journée. Un modèle de «proximité», se vantait-il. Un sommet de «clientélisme», selon ses détracteurs. Du grand art, en tout cas.

 

Ce qui risque d’être très artistique aussi, voire carrément baroque, c’est la cohabitation qui va se nouer dès demain sur les bancs du Conseil de Paris entre Jean Tiberi – multirécidiviste patenté de la mise en examen et des affaires: «Tiberi en prison!» ont scandé ses opposants hier  soir  –  et sa collègue voire possible chef de groupe UMP Rachida Dati, ministre de la Justice. On ne trouvera pas plus beau contraste politique entre ce vieux Corse adepte de la politique et des méthodes de papa, très quatrième République en somme, et l’égérie de la modernité sarkozienne.

14/03/2008

Une fin

Plus que deux fois dormir et la France en aura donc fini avec ces élections municipales. Il est grand temps, d’ailleurs, que la campagne se termine.

A Marseille, on l’a vu hier, les colleurs d’affiches et distributeurs de tracts des deux camps en viennent à se taper dessus. A Paris, en revanche, les jeux semblent tellement faits qu’on s’ennuie à mourir – il fallait vraiment être passionné pour ne pas tomber en narcolepsie hier en fin de soirée devant l’émission spéciale consacrée à ce scrutin parisien par France 3-Ile de France. A Neuilly, le berceau historique de la Sarkozie, après les coupes de champagne dimanche dernier, ce sont les insultes antisémites que, dorénavant, l’on se lance à la tête. A l’UMP, on frise le n’importe quoi puisque le meilleur ami du Président, le député Patrick Balkany, en vient à flinguer en public Patrick Devedjian, le patron du grand parti présidentiel. A la Sofres, Ipsos, BVA ou autres instituts de sondages, on en arrive à publier, pour Toulouse par exemple, des enquêtes d’intention de vote pointant les deux candidats à 50-50. Or, si vous posez la question en privé à n’importe quel grand patron d’institut de sondage, il vous confirmera qu'un résultat annoncé comme cela n'a absolument aucun sens. Il vous expliquera que vu notamment la marge d’erreur, s’il fallait être tout à fait honnête, un tel sondage devrait être présenté de la sorte: «Les deux candidats sont dans une fourchette entre 48 et 52 mais nous sommes dans l’impossibilité la plus totale de déterminer lequel des deux finira par l’emporter». Conclusion honnête mais évidemment peu vendable à la Une des journaux. Du coup, on résume à 50-50, ce faisant on entretient le suspense, donc on stimule la commande de nouvelles enquêtes, dès lors on fait tourner le business.

Les sondeurs d’ailleurs, au premier tour dimanche dernier, ont tout de même pas mal cafouillé, a-t-on assez peu souligné. Sur le taux d’abstention par exemple, qui fut donné d’abord remarquablement bas puis finalement historiquement haut. Le sommet de la cacophonie, néanmoins, fut sans conteste atteint par le ministère de l’Intérieur, qui a connu un énorme bug informatique ayant considérablement retardé la validation et la publication des résultats. Rebelote dimanche pour le second tour? Il ne manquerait vraiment plus que cela, en guise de pénible fin de scrutin.

13/03/2008

Un goût

8dcd5fdd693af69dd77bf26ba2c3be8f.jpgLes fabricants et vendeurs de sandwichs voient-ils leurs chiffres de vente exploser en campagne électorale? Si tous les journalistes de France, de Navarre et d’au-delà, qui suivent la campagne pour ces élections municipales, sont au même régime alimentaire que nous, la réponse à cette question est incontestablement oui. Dans ces périodes, en effet, on n’a que le temps de manger des sandwichs: matin, midi et soir.

Si donc, pour les plumitifs en tout cas, la politique hexagonale avait un goût   à supposer qu’on puisse parler de saveur s’agissant d’une nourriture si industrielle et si peu roborative – ce serait assurément… celui du sandwich.

On s’était déjà fait la réflexion la semaine dernière. En coursant à Paris des candidats comme Rachida Dati (en Dior et bottes à talon vertigineux), Christine Lagarde (en béquille pour cause d’entorse, dès lors plus facile à suivre) ou Jean-Marie Cavada (en très petite forme dans ses discours, avait-on trouvé – au vu de la gifle qu’il s’est prise dimanche soir, les électeurs du douzième arrondissement ont été du même avis).

On a de nouveau expérimenté ce grand classique gastronomique des campagnes électorales françaises ce mercredi. A Toulouse (*), en suivant Pierre Cohen, le député socialiste qui rêve de faire basculer à gauche la Ville rose, gérée depuis 37 ans par la droite. De nouveau, cela a été une journée 100% sandwich.

Ce jeudi, à Marseille cette fois, on n’aura d’autre choix que de regoûter aux plaisirs du sandwich sur le pouce. En compagnie toute la journée du maire UMP Jean-Claude Gaudin, qui brigue un nouveau mandat. Au vu de son agenda (des rendez-vous presse à 11h30, 15h et 16h30, excusez du peu), on craint de n’avoir, une fois de plus, pas le temps de s’offrir une bouillabaisse sur le vieux port avec les mouettes, notamment, comme aimable compagnie.

Au moins, lors de cette campagne électorale-ci – qui, vu le timing, a été plus Air France que SNCF – a-t-on  tenté un léger saut qualitatif, en troquant le sandwich mou des chemins de fer contre le plateau-repas des compagnies aériennes. Pas sûr, cependant, qu’on y a gagné au change.

(*) La dernière fois qu’on était venu en reportage ici, s’est-on souvenu hier, c’était l’an dernier, en compagnie de Ségolène Royal et du Premier ministre espagnol José Luís Zapatero, à la veille du premier tour des présidentielles. Cela n’a pas trop porté chance à l’intéressée. Porterait-on la poisse aux socialistes à Toulouse? Réponse dimanche soir.

12/03/2008

Une confiance

Dimanche soir, les Français auront donc élu leurs maires. Ceux-ci sont généralement très  populaires dans l’opinion.

Pour preuve, lorsqu’on interroge les Français sur la fonction politique en laquelle ils font le plus confiance, comme TNS-Sofres l’a fait le mois dernier dans un sondage, leur réponse est sans équivoque. Pour 72% d’entre eux, il s’agit des maires. Ceux-ci arrivent loin devant les députés (30%), les conseillers régionaux (19%), les conseillers généraux (16%), les ministres (15%), les députés européens (9%) et les sénateurs (9%). Plus de sept Français sur dix (72%) se disent satisfaits de leur maire, et 58% souhaitent qu’il soit réélu à la faveur de ces élections.

En novembre 2007 déjà, une enquête CSA menée pour le compte de l’Association des maires de France avait montré que 83% des Français avaient une bonne opinion de leur édile. Mais cette appréciation positive n’est pas inconditionnelle. Les citoyens demandent aussi à leurs maires de mieux les associer aux décisions municipales, que ce soit par des consultations plus fréquentes de la population (72%), la mise sur pied de conseils de quartier (65%) ou l’organisation de débats participatifs (65%).

10:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Municipales

11/03/2008

Un score

6c2bd369ff3b0b093086880f1383e956.jpgLes habitants du sixième arrondissement sont cool. Dimanche, à l’occasion du scrutin municipal, ils ont réservé un plutôt bon accueil électoral à un candidat pourtant très atypique puisqu’il s’agit d’un… SDF, Jean-Marc Restoux.

L’homme, âgé de 54 ans, outre qu’il tient un blog, fait la manche depuis des années à Saint-Germain des Prés – quasi impossible d’aller prendre un verre au «Flore» ou au «Deux Magots» sans le croiser. Histoire notamment d’apporter «un autre son de cloche» à la campagne municipale parisienne et de «prouver que les gens dans la rue ne sont pas des abrutis»,  il présentait à la mairie une liste soutenue par l’association «Salauds de pauvres», liste sur laquelle, en guise de «people», figurait l’écrivain Frédéric Beigbeder. Sur les quelque 15.000 votants du sixième, 577 lui ont donné leur voix. Ce qui assure à ce candidat un score de 3,7%, soit quasiment autant que les Verts (3,8%) et beaucoup plus que le Front national (2,3%).

Comme toutefois il n’a pas atteint la barre des 5% des suffrages, Jean-Marc Restoux ne verra pas ses frais de campagne (1800€) remboursés. Dès dimanche soir, dès lors, l’homme s’est remis au travail: a recommencé à faire la manche boulevard Saint-Germain.

PS: Parlant de SDF, la réalité parfois égale dramatiquement la fiction. Les fabuleux romanciers Murakami Ryû (dans «Miso Soup») et Bret Easton Ellis (dans «American Psycho») ont écrit des scènes hallucinantes de SDF massacrés par des psychopathes: de grands moments littéraires, même si ces passages sont presque illisibles tellement ils sont insoutenables de cruauté et de violence gratuite. Hier à Lille – mais cela aurait très bien pu se passer à Paris aussi – deux ados de 12 et 17 ans ont été mis en examen et écroués pour avoir tenté d’assassiner un SDF. Samedi soir, le miséreux aurait refusé de leur donner de l'alcool. En retour, les gamins se seraient acharnés sur lui à coups de couteau à la gorge et aux reins. Les jours de la victime, grièvement blessée, ne sont plus en danger.

10/03/2008

Une confirmation, ou l'autre

On n’a pas le moins du monde été surpris en apprenant hier soir que les Parisiens avaient très peu voté dimanche, au premier tour des élections municipales. Dans 18 des 20 arrondissements de la capitale, le taux d’abstention a dépassé 40% - 45% même dans une demi-douzaine d’arrondissements. Ce résultat n’a fait que confirmer le pressentiment qu’on avait eu la semaine dernière, en nous basant simplement sur le nombre de nos connaissances parisiennes qui soit n’étaient pas à Paris dimanche (les congés scolaires ne s’y sont achevés que ce matin), soit que ce scrutin faisaient bâiller d'ennui et qui ne paraissaient dès lors pas très motivées pour aller voter. On s’était dit alors que si notre entourage était plus ou moins représentatif de l’électorat de base, l’élection n’allait pas briller par son taux de participation. Cela s’est vérifié.

L’annonce hier soir du taux d’abstention élevé à Paris a aussi confirmé ce qu’on avait pu constater dimanche sur le terrain. Sur le coup de midi, l’école qui abritait notre bureau de vote était quasiment déserte, sa petite cour n’accueillant que de rares passants fuyant sous la pluie. En revanche, au même endroit en mai 2007, à l’occasion des élections présidentielles, on avait vu s’étirer pendant toute la journée des queues interminables d’électeurs. Dans notre bureau de vote dimanche, seules trois personnes patientaient devant nous. Du coup, notre premier vote en France, qu’on attendait depuis si longtemps, fut expédié en moins de trois minutes.

Ce vote a d’ailleurs aussi confirmé une autre impression qu’on avait depuis longtemps mais qu’on n’avait jamais eu l’occasion d’expérimenter: le système de vote français est tout de même plus pratique que le système belge. Des élections dans le plat pays, on a gardé le (lointain) et épique souvenir de listes encombrantes comme des cartes routières qu’il fallait déplier dans l’isoloir, du temps mis à retrouver le nom du ou des candidats de prédilection sur ces listes kilométriques, et de l’écriteau interdisant aux électeurs de mâchonner le crayon rouge utilisé pour voter. Le tout ne dégageait pas une grande impression d’efficacité, de commodité et de modernité. En France, c’est tout différent. On explique pour les lecteurs qui n’y habitent pas: en entrant dans le bureau de vote, on prend sur une table toutes les listes (format A4) se présentant aux suffrages des électeurs, on se rend dans l’isoloir, on met la liste de son choix dans une mini-enveloppe, on jette les autres à la poubelle, on met l’enveloppe dans l’urne, et basta. Ce système, hier, nous a semblé plus commode et plus rapide que son homologue belge. Mais pas sûr qu’il soit très écologique, en termes de consommation de papier. Ainsi, rien que dans notre onzième arrondissement par exemple, où l’on a compté 47.591 votants et sept listes en présence, on a jeté à la poubelle hier quelque … 280.000 feuilles de papier A4!

Mais le second tour dimanche prochain, en tout cas, sera plus écologique dans cet arrondissement, puisqu’on ne votera carrément pas, le maire ayant été élu dès le premier tour. Encore une confirmation donc apportée par le scrutin hier: l’est parisien vote à gauche. Comme bon nombre d'habitants de la capitale d’ailleurs, si l’on en juge au score de maréchal que s’est offert hier soir Bertrand Delanoë.

07/03/2008

Une misère

4c458f51b2bff72b9a407281c18d230b.jpgDans quelques heures, le week-end. Qui sera marqué par deux événements: la Journée internationale des femmes, demain, et le premier tour des élections municipales, dimanche. Fâcheuse coïncidence pour la France, car cela va rappeler combien, en matière de représentation politique des femmes comme des citoyens issus de l’immigration, ce pays a encore beaucoup de progrès à faire.

Certes, depuis l’application des lois sur la parité, le nombre de conseillères municipales a progressé: il s’établit désormais à 30% à l’échelle du pays (contre 21% au milieu des années 90). Mais à l’inverse du mandat de conseiller municipal, le poste de maire, lui, reste essentiellement masculin. En France, 89,1% des maires sont des hommes. Et sur les 37 villes de plus de 100.000 habitants, cinq seulement sont dirigées par des femmes: Lille (Martine Aubry), Strasbourg (Fabienne Keller), Caen (Brigitte Le Brethon), Montpellier (Hélène Mandroux) et Aix-en-Provence (Maryse Joissains).

La situation n’a que peu de chances de fondamentalement s’améliorer après ce scrutin. L’UMP affiche 15% de femmes chefs de file dans les villes de 30.000 habitants et plus. Le PS fait un poil mieux, avec des têtes de listes féminines dans 25% des villes de plus de 20.000 habitants. C’est un progrès par rapport aux municipales, assurent ces deux partis, qui, en sept ans, ont respectivement multiplié par 3 et 2,5 leur représentation féminine en tête de liste.

Il n’empêche, selon les estimations, à l’issue du scrutin de ces deux prochains dimanches, au maximum 15% de femmes seront maires de villes de plus de 20.000 habitants. On est loin de la parité.

06/03/2008

Une couleur

Depuis des années, le onzième arrondissement, historiquement un quartier populaire de Paris, se «boboïse» à une vitesse impressionnante. Cet embourgeoisement, cette «gentrification» comme disent les spécialistes, tend à uniformiser le profil sociologique de ses habitants. Malgré tout, les gens que l’on croise ici à longueur de journées, dans les rues, au supermarché, au bureau de poste ou au resto, sont d’origine assez variée: blacks, beurs, asiatiques et blancs. Du coup, on ne peut qu’être frappé par une chose, à la vue des photos de tous ces candidats aux municipales qui s’affichent en ce moment sur les panneaux électoraux. En lieu et place de ce métissage quotidien que l'on voit dans la rue, une seule couleur de visage prédomine largement sur les affiches électorales: le blanc.

Ce matin au petit déj’, au départ des documents électoraux reçus hier à la maison, on a compté, par curiosité, le nombre de candidats issus «de la diversité», comme on dit maintenant, figurant sur les listes des différents partis en lice dans le onzième, qui présentent toutes 33 candidats.

Résultat de ce rapide comptage? Le PS présente 2 candidats visiblement issus de l’immigration, l’UMP 2 également, le Modem 4, les Verts 3 (dont leur tête de liste), la LCR 1 et Lutte ouvrière 2. Le FN on ne sait pas, sa documentation électorale ne listant pas ses candidats, mais on croit pouvoir supputer sans trop de crainte de se tromper que les candidats blacks ou beurs ne doivent en tout cas pas être majoritaires sur sa liste. Au mieux donc (4 sur 33), la diversité, si l’on compte bien, est représentée à concurrence de 12 pc sur les listes électorales du onzième arrondissement.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que les élus de cet arrondissement, demain, seront illégitimes ou incompétents. Ni qu’ils feront mal leur travail. Ni qu’ils n’auront pas à cœur d’œuvrer au bénéfice de l’ensemble de la population de leur arrondissement d’origine, dans toutes ses composantes. Ni même que l’on plaide en faveur de quotas sur les listes électorales en fonction de la couleur de la peau. Mais cela indique, ni plus ni moins, qu’au départ, ces élus ne seront pas la photographie conforte, exacte et parfaite de leur électorat.

Il n’y a d’ailleurs pas que dans le onzième ou à Paris que la diversité a du retard à rattraper: la situation vaut pour l’ensemble de la France. Sur les villes de plus de 30.000 habitants et les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille, l’UMP revendique 13 têtes de liste issues de la diversité, contre, selon ses comptages, 7 au PS. Ce qui, dans l’un ou l’autre cas, fait tout de même extrêmement peu.

05/03/2008

Une lettre

5575df38f5befcb15831c695e8fbdb55.jpgDans la boîte aux lettres ce matin, la fameuse carte d’électeur qui va nous permettre de voter aux élections municipales. On n’espérait plus trop la recevoir. On a dès lors été ravi en la découvrant. Dès dimanche, grâce à elle, on se sentira encore un peu plus Parisien.

Dans la même boîte aux lettres, le même jour, une lettre du député Patrick Bloche, tête de liste socialiste et probable futur maire de notre onzième arrondissement. Avec une grande photo de lui et du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Dans son courrier, ledit Patrick Bloche nous félicite d’avoir, en tant que «citoyen d’un pays de l’Union européenne», choisi de vivre à Paris et dans cet arrondissement précis. Il se réjouit de notre inscription sur les listes électorales, «symbole fort du renforcement de la citoyenneté européenne et de l’entente entre nos pays respectifs». Il nous présente ses «sentiments très cordiaux et très européens». Nous assure combien, depuis l’arrivée de Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville en 2001, Paris a «voulu prendre toute sa part dans le grand dessein européen». Nous annonce que «de nombreux citoyens européens figurent sur les listes» socialistes à Paris. Et conclut ainsi: «Nous comptons sur votre soutien» dimanche.

On a été assez estomaqué en découvrant ce courrier. Qu’en tant qu’inscrit sur les listes électorales, l’on reçoive désormais la littérature politique de tous les partis et candidats à une élection, rien que de très normal. Mais de là à recevoir un seul et unique courrier électoral invitant à voter en faveur de la liste du maire, le jour même où arrive la fameuse carte d’électeur signée par le même maire, on a trouvé cela, comment dire, assez gonflé. Que les fichiers d'électeurs circulent dans les partis en période électorale, nul ne s'en étonnera. Mais que le bureau des élections de la mairie, qui s’occupe d’enregistrer les Parisiens européens sur les registres électoraux, dispose de connexions aussi privilégiées et efficaces avec le QG de campagne de Bertrand Delanoë, on a trouvé cela, disons, pas anodin. Ce bureau transmet-il aussi rapidement les coordonnées des nouveaux électeurs aux autres candidats que le maire sortant? C’est en tout cas la question que, ce matin, on s’est posée.

04/03/2008

Un sport

C’est un peu comme courir le marathon. Quand on est journaliste de presse étrangère travaillant en France, courser des personnalités en campagne électorale, c’est un sport. Certes, dans les campagnes pour les élections présidentielles, les candidats à l’Elysée sont plutôt accessibles aux médias étrangers. Car, quand on ambitionne de devenir chef de l'Etat, se déplacer entouré de reporters de CNN ou du «Herald Tribune» peut évidemment contribuer à asseoir une stature internationale. En revanche, dans les campagnes locales, les grandes stars de la politique hexagonale se montrent moins immédiatement accueillantes envers la presse internationale. Logique. Ces candidats doivent se montrer proches de l’électeur local et de ses préoccupations. Une trop grande cohue médiatique autour d’eux peut donc les desservir, en donnant à l’électeur de base le sentiment que ces candidats viennent de haut et, très intéressés, ne font que passer avec leur Cour dans le quartier.

A chaque élection autre que présidentielle qu’on a couverte depuis qu’on travaille à Paris, on a été confronté au même problème. Et on est à nouveau en plein dedans, en ce moment. On a toutes les peines du monde à boucler quelques mini-reportages de terrain, pourtant très anodins, sur telle ou telle sommité en campagne – dont, charitablement, on taira les noms ici.  Non que leurs états-majors vous raccrochent au nez comme ils le faisaient sans vergogne il y a quelques années encore, après vous avoir benoîtement avoué que la presse étrangère n’était pas leur «priorité de communication» – sans même laisser le temps d’expliquer que votre job à vous, ce n’est pas la communication mais l’information. A présent, c’est plus subtil. On est très courtois avec vous au téléphone, on dit toujours qu’on va vous rappeler, mais on vous rappelle rarement ou carrément jamais. Et quand vous demandez telle ou telle précision d’agenda, comme par hasard le responsable n’est jamais là ou l’agenda n’est jamais finalisé. Autant de désagréments qui ne sont naturellement jamais infligés aux collègues de TF1 ou du «Monde».

C’est de bonne guerre, et on ne le prend pas spécialement pour nous. Mais cette attitude est rarement très productive, car elle a surtout le don d’exciter le journaliste de base. Pour qui, du coup, cela devient comme un jeu, une espèce de safari, de se taper l’incruste dans les meetings, de débusquer par des voies détournées les agendas ministériels cachés, d’embarrasser de pauvres secrétaires (qui n’en peuvent rien et ne demanderaient pas mieux) en les prenant en flagrant délit de dissimulation, etc. Le plumitif parvient généralement toujours à ses fins mais, en attendant, il a perdu tant de temps.

Tiens, au fond, autre grand classique des campagnes électorales françaises: il y a toujours un type particulier de personnalités politiques qui, elles, en revanche, sont en permanence charmantes, efficaces, courtoises, accueillantes et entièrement disponibles pour la presse internationale. Ce sont les leaders… des formations d’extrême droite ou d’extrême gauche. Vous êtes journaliste étranger et voulez le numéro de portable d’Olivier Besancenot ou d’Arlette Laguiller? Il n’y a quasiment qu’à les demander à leurs services de presse. Vous désirez faire un marché avec Marine Le Pen dans le Pas de Calais? C’est organisé en un seul coup de fil, on vous reçoit sur place avec le sourire en plus, et vous avez même des chances de prendre un café en tête à tête avec elle. Quel bonheur.

29/02/2008

Une campagne

5df2b14601d6ba56237c7f5a04818aea.jpgDébut ce soir du dernier week-end avant les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 9 mars. Ce scrutin, à Paris en tout cas, n’a pas l’air de vraiment passionner les foules. Peut-être est-ce l’effet des sondages, selon qui tout est joué d’avance en faveur du maire socialiste sortant Bertrand Delanoë, qui est crédité au minimum d’une dizaine de points d’avance sur sa rivale UMP Françoise de Panafieu.

Du coup, c’est dans l’indifférence générale que, ces derniers jours, les affiches des candidats ont fait leur apparition sur les panneaux électoraux. Alors qu’aux présidentielles, les portraits des candidats étaient constamment vandalisés, graffités ou détournés, ici, tout le monde a l’air de passer devant ces panneaux sans les regarder. Sur les marchés, on le constate chaque dimanche, les militants peinent à distribuer leurs tracts. Au comptoir des bistrots ou dans les dîners en ville, on doit sans doute parler plus de Nicolas Sarkozy, de Dany Boon, d’Ingrid Betancourt ou de Katoucha que de Marielle de Sarnez, d'Yves Contassot ou de Jean-Marie Cavada.

Mais ce scrutin, en tout cas, n’indiffère pas les Européens résidant dans la capitale. Par rapport aux dernières élections municipales, en 2001, ils sont 58% de plus à s’être inscrits sur les listes électorales, leur nombre passant de 9000 à 14000. En regard des quelque 130.000 ressortissants de l’Union européenne habitant à Paris, cela reste peu (pas plus de 10%). Mais rien que l’année dernière, le nombre d’Européens inscrits sur les listes dans la capitale a augmenté de 25%. Sur les 14.104 électeurs parisiens de nationalité non-française, figurent 980 ressortissants belges (contre 594 en 2001).

On en fait partie. On est très content, voire pour tout dire légèrement ému, de voter pour la première fois en France. On n’y croit pas trop, toutefois. A une grosse semaine du scrutin, en effet, on n’a encore reçu par la poste ni carte d’électeur, ni convocation, ni professions de foi des candidats.

2002eb8032de0930d1587d9a3364810d.jpgAfin de relancer l’intérêt pour ce scrutin, certains Parisiens n’ont pas lésiné sur les moyens. Ainsi, ils ont lancé une pétition (qui a déjà recueilli plus de 8000 signatures) visant à promouvoir la candidature à la mairie de Paris d’une célébrité internationale, dont les frasques affolent à longueur de journées la planète pipol dans le monde entier. Le programme de l’intéressée? «Recréer une vraie vie nocturne parisienne», organiser chaque semaine une opération «Nuit Blanche» qui transformerait «la capitale entière en gigantesque boîte de nuit», ouvrir un centre de chirurgie esthétique dans chaque arrondissement afin que «faux seins, bouche gonflée et implants de pectoraux soient à la portée de toutes et de tous»,  créer un Bentlib’ (une déclinaison du célèbre  Vélib’ fonctionnant avec des limousines Bentley) ou repeindre en rose de nombreux espaces publics dans la capitale. Malheureusement trop beau pour être vrai.

20/02/2008

Une “situation problématique”

30e7296f9d61cb43e111af50f987d640.jpgVous habitez Paris ou la région parisienne et éprouvez soudain l’envie, ou le besoin, d’un bon bol d’air? Ce n’est peut-être pas toujours une bonne idée de se précipiter à la fenêtre ou dans les rues, si l’on en croit le bilan 2007 de la qualité de l’air en région parisienne, dressé par AirParif. Plus que jamais, en effet, ce rapport confirme qu’on respire souvent mal, dans la capitale. Ce n’est assurément pas le meilleur aspect du bilan de Bertrand Delanoë mais, curieusement, on parle assez peu de la pollution en ville, dans cette campagne électorale pour les municipales.

L’année écoulée fut d’autant plus mauvaise en région parisienne qu’on a eu droit à deux bizarreries météorologiques, à l’origine de pics de pollution inattendus: une période de chaleur estivale en avril et une courte vague de froid intense les deux jours avant précédé Noël. Si le gendarme de la qualité de l’air à Paris note d’emblée «une tendance générale à la poursuite de l’amélioration», cela doit être par pure précaution oratoire et pour ne pas trop déprimer les lecteurs de son rapport, qui, dans les faits, identifie d’innombrables problèmes.

Passons rapidement sur les rares polluants sous contrôle, car ils sont en nombre si réduit: monoxyde de carbone, dioxyde de soufre ou métaux lourds tel le plomb. Pour tous les autres polluants, en revanche, AirParif diagnostique une «situation toujours problématique».

45cd1b9d2ea7d9ac8ccb34ebe17299b5.jpgL’ozone? «Les niveaux moyens de l’agglomération ont quasiment doublé depuis quinze ans», la seule (maigre) consolation étant que cela «se vérifie à l’échelle de toute l’Europe». Le dioxyde d’azote? A proximité du trafic routier (en bordure du périphérique, par exemple), les niveaux de pollution restent «forts» («deux fois supérieurs à la réglementation»). Du coup l’an dernier, 3,4 millions d’habitants de la région parisienne ont été exposés à un air de qualité inférieure à l’objectif annuel fixé. Les oxydes d’azote? «La moyenne 2007 n’évolue que très faiblement à la baisse par rapport à 2006, marquant ainsi une atténuation très nette du rythme de baisse régulière enregistrée depuis 1992». Le benzène? «Le niveau annuel est encore supérieur à l’objectif de qualité français».

Mais ce sont surtout les particules qui posent un gros problème. Depuis 2000, le niveau parisien de pollution par les particules s’était stabilisé. Mais 2007 «vient rompre cette tendance avec pour la première fois une remontée des niveaux moyens en Ile de France de 6 à 8% ». C’est habituel le long des axes routiers, où le seuil réglementaire a été «largement dépassé pour la cinquième année consécutive». Mais grosse innovation en 2007: «la réglementation est dépassée pour la première fois loin du trafic également».

4bf3d14ed0b3882ddce9b45a4f3f8f9f.jpgLa situation est-elle à ce point préoccupante qu’elle impose désormais une information et une vigilance accrues des Parisiens? Pour la première fois cette année, en tout cas, ceux-ci y verront un peu plus clair sur l’air qu’ils respirent chaque jour. Dès le printemps, en effet, le grand ballon montgolfière flottant au-dessus du parc André Citroën, dans le quinzième arrondissement, va servir d’outil d’information des habitants. Grâce à un système de diodes électro-luminescentes et selon les niveaux de pollution relevés au sol dans la capitale, ce ballon s’illuminera en vert (très bonne qualité de l’air), en orange (qualité médiocre) ou en rouge (très mauvaise qualité).

En 2007, il se serait majoritairement illuminé en orange voire en rouge. Et cette année? Pas sûr que ce sera beaucoup mieux. Mais au moins les Parisiens en seront-ils informés.

19/02/2008

Un grand classique

C’est un grand classique, une vieille règle électorale. Jamais l’étalage de «people» n’a suffi à assurer l’élection d’un homme politique. Mais jamais non plus un homme politique n’a réussi à se faire élire sans s’afficher avec des personnalités. Aussi, les élections municipales approchant à grand pas, les «people» sont omniprésents aux côtés des politiques, en ce moment.

Ainsi hier, Bertrand Delanoë a présenté les «Talents» qui le soutiennent dans son ambition d’être réélu. Il y en a tellement qu’on se demande si son adversaire Françoise Panafieu en trouvera encore. Aux côtés du maire de Paris, se tiennent en vrac des comédiens (Jeanne Moreau, Lambert Wilson, Anouk Aimée, Pierre Arditi, Francis Huster, Sylvie Testud, Nadine Trintignant, etc.), des chanteurs (bénabar, Marc Lavoine, Olivia Ruiz), des écrivains (Mazarine Pingeot, Samuel Benchetrit, Bernard Henri-Lévy, Jean Lacouture), des cinéastes (Costa-Gavras), des stylistes (Agnès B, Isabelle Marant) ou des sportifs (Vikash Dhorasoo, Fabien Galthié). Pas de surprise donc, ici. En gros, il s’agit invariablement de ces mêmes personnalités du show-bizz parisien plus ou moins étiquetées à gauche  – la gauche-caviar du café de Flore, raille l’UMP – que le PS ressort à chaque élection, qui avaient soutenu Ségolène Royal aux dernières présidentielles, avant elle Lionel Jospin en 2002, etc., etc.

Une sensation, tout de même, sous la forme d’une transfuge venue de la droite. Line Renaud figure en effet dans le comité de soutien du maire socialiste. Or, jusqu’à présent, à chaque élection, cette amie proche de Jacques Chirac avait soutenu mordicus la droite. Mais elle ne votera donc pas pour la candidate sarkozyste à l’Hôtel de Ville. Qui sait, en mesure de rétorsion Françoise de Panafieu sortira-t-elle bientôt des «people» de gauche de son chapeau?

PS: Abondance aussi de «people» mais sur les listes électorales, carrément. La dernière annoncée en date était, hier, l’animatrice de télé Sophie Favier sur une liste dissidente de droite à Neuilly. Candidats aussi, à droite, le comédien Bernard Menez (à Paris), les anciennes animatrices de télé Danièle Gilbert (Châtellerault) et Denise Fabre (Nice), l’ex-tennisman Henri Leconte (Neuilly), l’entraîneur de foot Guy Roux (en Bourgogne), le journaliste sportif Henri Sannier (en Picardie), le navigateur Gérard D’Abbovile (Paris) ou même le magicien Gérard Majax (Paris). A gauche, briguent les suffrages des électeurs des personnalités comme les comédiens Philipe Torreton (Paris) et  Sophie Duez (Nice) ou l’humoriste Marc Jolivet (à Paris, pour les Verts).

15/02/2008

Une sécurité

bf8076e9d784f701255250cb9953c86b.jpgQuinze points. Si l’on en croit le dernier sondage publié cette semaine, Françoise de Panafieu, la candidate UMP à la mairie de Paris, a quinze points de retard sur Bertrand Delanoë – il y a de quoi en perdre son sang-froid (*) . Dans son programme, figure notamment l’engagement d’installer chaque année dans Paris 500 caméras de vidéosurveillance supplémentaires. Ce qui ferait 3.000 caméras au cours de la mandature. Elles seraient «mises dans des endroits qui doivent être particulièrement surveillés». Ces dernières années déjà, la vidéosurveillance s’est beaucoup développée à Paris. A chaque grand carrefour ou presque, il suffit de lever les yeux pour apercevoir des caméras.

Cet engagement électoral représente «un très gros investissement», admet la candidate UMP. C'est le moins que l'on puisse dire. Une caméra du type de celles qui surveillent les rues de Paris, cela coûte au bas mot 30.000 euros. Soit, pour 3.000 unités, une facture d’achat de 90 millions d’euros. Montant auquel il faut ajouter 20.000 euros de frais de fonctionnement par an et par caméra. Ce qui fait encore 10 millions d’euros à débourser en plus chaque année.

De telles dépenses sont-elles justifiées? Les statistiques officielles, en tout cas, montrent que l’insécurité est plutôt sous contrôle dans la capitale.

A en croire la préfecture de police, pour la sixième année consécutive, la délinquance générale (tous types de faits confondus) a encore baissé à Paris en 2007: précisément de 4,4% par rapport à 2006. La violence contre les personnes a reculé de 5,7% (une première depuis 2004), les atteintes aux biens ont baissé de 8,1%, et la criminalité économique a régressé de 5,2%. Mais la plus forte baisse (10,1%) enregistrée en matière de criminalité dans la capitale provient… de la délinquance sur la voie publique. Or, c’est précisément à la surveillance de la voie publique que contribuera ce bataillon de nouvelles caméras – paradoxe tout de même un peu curieux.

(*) Hier, pour tout argument, elle a traité Bertrand Delanoë de «tocard». Selon elle, c’est un mot «sympa». Selon le dictionnaire, cela désigne un «mauvais cheval, aux performances irrégulières», une «personne incapable, sans valeur». Voilà qui, en tout cas, rehausse le niveau du débat.

03/12/2007

Un procédé

Cela faisait quelques soirs déjà que le téléphone sonnait à la maison, qu’on décrochait, puis qu’on tombait sur un automate nous priant de patienter, un correspondant cherchant à nous joindre. Comme on trouvait un peu goujat qu’on nous fasse poireauter au téléphone après nous avoir dérangé, on raccrochait chaque fois illico en pestant, sans même donc savoir qui était ce mystérieux correspondant. Un commercial de bas étage sans doute, s’était-on dit chaque fois. Un pauvre travailleur qui, pour gagner (sans doute mal) sa vie, en est réduit à passer ses journées à essayer de fourguer aux gens par téléphone des assurances vie ou des abonnements ADSL, avait-on compati.

Le manège s’était reproduit plusieurs fois. Puis, un soir, voulant tout de même en avoir le cœur net, on s’était résolu de ne pas raccrocher et à suivre les conseils dudit automate: on avait patienté donc.

Au bout de quelques longues minutes de musak innommable, on avait fini par tomber sur un message enregistré. Au bout du fil, la voix non d’un obscur vendeur d’aspirateurs mais…. de la candidate UMP à la mairie du onzième arrondissement: Claude Annick-Tissot, épouse de l’ancien ministre de l’Education Alain Devaquet (qui, dans les années 80, fit descendre dans la rue des centaines de milliers d’étudiants) et proche du Premier ministre François Fillon. La dame nous invitait, par automate interposé, à une réunion de quartier avec Françoise de Panafieu, qui brigue le fauteuil de Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville. Et, en nous appelant, procédait à une «grande consultation publique pour identifier les priorités qui seront celles de (son) projet municipal».

Si, à trois mois seulement des élections municipales (qui auront lieu début mars), les pontes de l’UMP en sont toujours à sonder les gens par téléphone pour établir leur programme, Bertrand Delanoë peut dormir sur ses deux oreilles.

Si, en plus, ce parti racole ses électeurs avec un démarchage aussi peu sympathique, il risque surtout de se mettre pas mal de Parisiens à dos.

Lors de la campagne pour les dernières élections présidentielles et législatives, d’ailleurs, les organes de contrôle avaient conseillé aux candidats de ne pas recourir au démarchage téléphonique (appels par automates, envois automatiques de textos, etc.), jugé exagérément intrusif. En vertu du Code électoral, ce démarchage est même, depuis samedi,  rigoureusement interdit à tous les candidats aux élections municipales, sous peine d'une amende de 3750 euros et d'un an de prison.

Peut-être faudrait-il rappeler la loi à cette dame ainsi qu’à l’UMP.

07/11/2007

Une télé

814cff5cdc7c5515769f0eb7168a5252.jpgFrançoise de Panafieu peut se faire du souci. Et triplement. D’abord, la députée UMP, qui ambitionne de détrôner le maire de Paris, Bertrand Delanoë, aux élections municipales de mars prochain, est très en retard derrière lui dans les sondages. Ensuite, elle peine visiblement à constituer une équipe autour d’elle: l’annonce de la composition de ses listes électorales, qui était prévue ce matin, vient à nouveau d’être repoussée. Enfin, sa communication est en dessous de tout.

 

On trouve une lumineuse illustration de ce dernier point en jetant un coup d’œil sur «Panaf TV» (prononcer évidemment à l’américaine: «Panaf Tiviii»), la télé (sur le net) de la candidate. Cette dernière née du PAF, en ce moment dans la capitale, soit fait hurler de rire les gens (de gauche), soit (pour les gens de droite) les plonge dans un état d’effarement consterné (de consternation effarée, cela marche aussi).

 

Il y a de quoi. Cela commence mal dès la vidéo de lancement de la chaîne. La candidate a un débit trop lent, son arrière plan de fenêtre est totalement inintéressant, son dodelinement permanent de la tête est on ne peut plus agaçant, son manque de fraîcheur et d’enthousiasme est évident. Le clip consacré à un meeting récent de Panafieu dans le 17ème arrondissement est à l’avenant: la candidate est filmée de beaucoup trop loin, elle a l’air plongée dans l’obscurité et son auditoire semble assommé d’ennui. Bref, le téléspectateur normalement constitué tient maximum 45 secondes, puis zappe irrémédiablement. La vidéo de témoignage d’habitants du 18ème est (un peu) mieux, mais ponctuée tout de même d’enchaînements de séquences graphiquement et musicalement très datés, pour ne pas dire carrément ringards. Reste à se mettre sous la dent, pour le spectateur de «Panaf TV» particulièrement motivé, une déclaration de soutien de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet (voilà qui va certainement motiver des centaines de milliers d’électeurs parisiens) et une invitation à une réunion de quartier qui se tient jeudi - là aussi, un monument d’horreur audiovisuelle (mur beigeasse atroce en arrière-plan, gestuelle beaucoup trop appuyée, ton soporifique, etc.)

 

Pas sûr, dès lors, que cette nouvelle «Panaf TV» va exploser l’audimat. Pas sûr non plus cette chaîne de télé va, comme c’était son objectif initial, booster la popularité et la notoriété de la candidate UMP à la mairie. Elle risque, au contraire, de miner sa crédibilité.

 

Notez que, ce que les électeurs parisiens demandent sans doute à Françoise de Panafieu, c’est de savoir gérer une ville, pas de savoir faire de la télé. Peut-être faudrait-il le rappeler à l’intéressée.