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08.05.2012

Un défoulement

Elections présidentielles, Paris, Personnalités, Chanson française, Musique, SarkozyGros défoulement, à Paris depuis dimanche soir: sur les affiches électorales de l'ex-candidat Président. Et particulièrement dans des arrondissements comme le 11ème, où «La France forte» n'a vraiment pas fait recette, dans les isoloirs.

Le «TCHAO PANTIN» aperçu boulevard Richard Lenoir est encore le commentaire le moins désagréable de tous ceux qu'on a vus en rue. Les déclinaisons du «Casse-toi, pauv'con», du karsher, et de la racaille à nettoyer sont, bien sûr, légion. Beaucoup d'insanités, aussi. Le défoulement post-électoral passe visiblement par un langage en dessous de la ceinture.

Vu pas mal d'obscénités, aussi, sur d'autres affiches n'ayant, elles, aucun caractère électoral. C'est particulièrement frappant dans les couloirs et stations de métro, ces derniers temps. La personnalité qui en fait les frais est une vedette du show-bizz. Il s'agit de ... Johnny Hallyday.

Notre bon vieux Jean-Philippe Smet, l'autre jour, a fait savoir qu'il ne se mêlerait plus jamais de politique. Malgré ce revirement, cet ex-sarkozyste de choc semble toujours, dans l'esprit des gens, assimilé au Président sortant. Nombre de ses affiches annonçant ses prochains concerts sont maculées de slogans. Qui l'invitent à aller se faire voir – pour édulcorer... – par, chez, ou avec Nicolas Sarkozy.

L'histoire ne dit pas (encore) si elles subiront le même sort, les affiches faisant la promo d'autres artistes ayant soutenu, en 2007 ou en 2012, le candidat Sarkozy: les Faudel, Stéphane Freiss, Enrico Macias, Véronique Julie Lescaut Genest, Charlotte Rampling, ou autres Mireille Mathieu.

02.01.2012

Un traitement de faveur

Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, dans le «Top 50 Ifop-JDD» des personnalités préférées des Français, publié hier, Yannick Noah arrive en tête. Sur le fond, ce hit-parade de la popularité n'est pas la plus intéressante des enquêtes d'opinion. Car, comme des pommes et des poires, elle fait se côtoyer, au titre de nominés, aussi bien des personnalités de la politique que des vedettes des médias, du sport ou du show-bizz. Car le critère pour arbitrer ce match très inégal (le fait que les Français les «aiment» et qu'ils ou elles «comptent» pour eux) est plus affectif que rationnel. Et car c'est typiquement le genre de classement sur lequel influent les engouements du moment – voir la percée, cette année, du comédien Omar Sy, due au succès du film «Intouchables».

Il n'empêche, en ce début d'année présidentielle qu'est 2012, on peut y remarquer que les deux favoris pour l'Elysée, François Hollande et Nicolas Sarkozy, occupent deux des trois dernières places du classement...

Sinon, Yannick Noah, donc. Symbole sans doute, aux yeux de l'opinion, d'une certaine coolitude métissée, de bon aloi.

Ce statut de chouchou des Français lui vaut un traitement de faveur de la part des médias. Chacune de ses prestations médiatiques, télévisuelles surtout, est un comble de complaisance doucereuse et aimable. Ainsi, dans leur écrasante majorité – hormis l'un ou l'autre titre, comme «Le Canard Enchaîné» –, les médias français ont toujours fait l'impasse sur le gros contentieux qui, depuis des années, oppose l'ex-tennisman au fisc: une vieille histoire de redressement fiscal contesté datant des années 90, lorsque la star s'était fiscalement exilée en Suisse.

Alors, comme tout contribuable, Yannick Noah a parfaitement le droit de tenter de faire valoir ses droits face à l'administration. Mais tout journaliste digne de ce nom a aussi le droit de s'interroger sur le professionnalisme, ou non, de tous ces intervieweurs qui, face à lui, n'ont jamais évoqué cette si délicate question. Et, à la lecture de ce top 50, l'on est en droit de se demander l'impact qu'aurait, ou non, cette affaire sur la popularité du chanteur, si les Français en avaient connaissance.

29.07.2011

Un appel à la censure

Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».

Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.

Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.

Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.

05.01.2011

Un anniversaire

logoFIP.jpgCa c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.

 

C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.

 

FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».

 

FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.

 

Kriss.jpgFIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.

 

FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.

18.11.2010

Un défoulement

Loin de l'actualité politique si agitée en haut lieu dernièrement, autour du fameux remaniement, l'atmosphère est propice au défoulement, à Paris en ce moment. Imaginez cela: écouter les meilleurs DJ mixer dans les couloirs d'habitude si gris de la station de métro Châtelet, s'éclater sur un «dancefloor roulant» aménagé dans un «autocar night-club» sillonnant la ville la nuit, ou voguer sur la Seine des décibels plein la tête, grâce à une «croisière électro» sur les Bateaux parisiens. Tout cela, et quantité d'autres défoulements, c'est ce que proposent les «Nuits capitales»: «cinq nuits dédiées à la musique live et au clubbing dans de très nombreux lieux emblématiques de la scène parisienne» nocturne: «La Flèche d'Or», le «Batofar», le «Rex Club», etc.

Cette manifestation sautillante est l'occasion de revenir sur ces «Etats généraux de la Nuit» qui ont eu lieu le week-end dernier à Paris: une foule de débats sur l'animation nocturne dans la capitale française, qui ont réuni plus d'un millier de participants. Ils avaient été mis sur pied à la suite du succès (16.000 signatures) remporté par la pétition «Quand la nuit meurt en silence» (relire ici ou ), qui avait été lancée l'hiver dernier. Plein d'idées ont émergé de ces discussions, qui ambitionnent de redynamiser la vie nocturne tout en amoindrissant les nombreux problèmes de cohabitation qu'elle pose.

Parmi ces idées: la mise sur pied d'équipes de médiateurs chargés de patrouiller la nuit dans les quartiers animés, pour inciter les fêtards à faire moins de bruit, le renforcement de l'offre de transports publics la nuit (les bus du réseau «Noctilien»), la réduction des tarifs des parkings après minuit, ou l'installation de sonomètres dans plusieurs quartiers branchés et donc bruyants. Evoqués également: l'octroi d'aides publiques pour l'installation de fumoirs dans les établissements de nuit (pour éviter que les fumeurs fassent du bruit à l'extérieur), le renforcement de la médiation avec les riverains (particulièrement remontés contre les fêtards), ou l'expérimentation d'ouvertures tardives de certains parcs. Pour la mairie de Paris, la fête, la musique et la nuit «ont toujours fait partie de l'identité de la capitale». Pas question donc qu'en matière d'animation nocturne, Paris devienne une ville assoupie, voire morte, en comparaison de cités internationales elles si noctambules et festives comme Barcelone ou Berlin.

Reste à mettre toutes ces idées en pratique. Et si possible avant le printemps: la saison où, avec le retour des beaux jours, les hordes de fêtards reviendront envahir les trottoirs jusqu'à pas d'heure, empêchant de dormir d'innombrables Parisiens. De la mise en pratique, ou non, de ces bonnes résolutions dépendra aussi l'avenir de tout un secteur d'activité, le business de la nuit, dont le poids économique est non négligeable: Paris, ce sont 1000 débits de boisson disposant d'une autorisation d'ouverture la nuit et plus de 100 discothèques.

15.07.2010

Une fatwa

diams.jpgCes jours-ci, la France fête le vingtième anniversaire de la loi réprimant les propos à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. C'est le moment qu'a choisi le Front national pour jeter l'opprobre sur une artiste qui, dernièrement, a fait parler d'elle en se convertissant à la religion musulmane, en vertu de quoi elle n'apparaît plus en public que coiffée d'un couvre-chef. On veut parler de Diam's. Ce soir, la rappeuse doit se produire à un festival de musique, dans une bourgade du Var (Provence). Mais son concert pourrait bien être perturbé par des agitateurs du parti de Jean-Marie Le Pen, le FN  ayant réclamé (ici) en vain l'interdiction de cette prestation. Pour les frontistes, en effet, Diam's est une «personnalité néfaste», «médiocre». Qui, dans ses chansons (proférées qui plus est «dans un français approximatif») «vomit toute la haine qu’elle porte en elle contre la France et envers les Autorités et la République». Le FN  a donc prévenu: la venue ce soir d'une telle artiste sur des terres où l'extrême droite est si bien implantée ne peut qu'«engendrer désordre civil et insécurité».

Le FN en veut notamment à Diam's pour sa chanson «Ma France à moi». Dans laquelle la rappeuse dit notamment: «Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême/ Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM/ Celle qui s'croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes/ Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante/ Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes/ Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice». Ou encore: «Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais/ Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés/ Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte/ Cette France hypocrite qui est peut-être sous ma fenêtre». Pour le FN, de tels textes sont évidemment insupportables. En outre, sans doute le parti de Jean-Marie Le Pen n'a-t-il pas encore pardonné à Diam's sa chanson intitulée «Marine», en référence à la fille du patron du FN. Cela donnait notamment ceci: «Marine/ Regarde-nous/ On est beau/ On vient des 4 coins du monde/ Mais pour toi on est trop/ Ma haine est immense quand je pense à ton père/ (...). T'as fait la même connerie que lui/ Penser que le blanc ne se mélange pas à autrui/ Marine/ On ne s'ra jamais copines parce que je suis une métisse/ Et que je traîne avec Ali».

Les organisateurs du festival et la mairie concernée ont évidemment catégoriquement rejeté la fatwa du Front national: «Diam's viendra bien. C'est de la musique et elle a le droit de s'exprimer, comme tout le monde». Puisque le parti de Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, de nouveau le vent en poupe en France en ce moment, rappelons que, dans les villes qu'il dirigea jadis (Vitrolles, Marignane, Orange, Dreux etc.), en matière culturelle, le FN n'a pas rarement pris des mesures clairement excluantes: déprogrammation de spectacles, refus d'autorisation d'expositions, purges, dans les bibliothèques publiques, des livres jugés immoraux, diminution voire arrêt de subventions aux théâtres pas assez dans la norme, etc, etc. Depuis, de toute évidence, l'extrême droite n'a pas évolué d'un iota.

23.06.2010

Une digression

Danslarue.jpgAujourd'hui, on s'autorise une petite digression. Pour coller à l'actu française du jour, on aurait dû parler ici de foot. Au risque (assumé) de paraître complètement décalé, on va s'en garder. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'on n'a jamais eu grand-chose à dire de fondamental sur ce sujet – autant on aime faire du sport, autant commenter et regarder le sport fait par d'autres ne nous a jamais passionné. Ensuite, parce que hurler avec les loups, tout comme tirer sur l'ambulance, ne nous a jamais paru très glorieux. Enfin, parce que, à en croire de si nombreux commentaires entendus, lus ou vus depuis le fiasco footeux d'hier soir, la France est frappée par «un désastre», victime d'«une tragégie» (on se calme un peu, avec les mots?). Et donc, qui sait, ce pays a-t-il besoin, pour chasser la morosité, de petites digressions anodines et légères.

On reste donc dans le domaine de la musique, qu'on évoquait hier à l'occasion de la Fête du même nom. Avec une anecdote au ras du bitume de notre onzième arrondissement. Est-ce pour faire honneur à cette manifestation? Ou est-ce une coïncidence? Ces derniers temps, en tout cas, les rues de notre quartier ont été égayées par les digressions musicales d'un facétieux artiste du macadam, qui s'est amusé à y tracer des mots célèbres de chansons françaises. C'était plaisant de suivre ses digressions. En compagnie notamment de la Mylène («Je, je suis libertine/ Je suis une catin», etc.) ou de Marcia Baila, des regrettés Rita («Quand tu souris et quand tu ris/ Je ris aussi/Tu aimes tellement la vie», etc.). En ces temps de «désastre» national et d'affliction collective, il y a donc encore des Parisiens qui ont assez le moral pour pousser la chansonnette.

Danslarueencore.jpgCela dit, et plus fondamentalement, ce 21 juin à Paris, on a encore eu la confirmation que la musique n'adoucissait pas forcément les moeurs. Ainsi, selon les chiffres des autorités, rien qu'en une soirée dans la capitale et ses trois départements limitrophes, 239 personnes ont été interpellées pour des atteintes aux personnes et aux biens. Parmi elles, 192 ont fait l'objet d'un placement en garde à vue. Dans la seule capitale, 2.300 policiers et gendarmes avaient été mobilisés. Ils n'ont donc guère eu le temps, eux, de chantonner des bluettes.

22.06.2010

Un tintamarre

La Fête de la Musique hier, à Paris comme ailleurs. Comme chaque 21 juin, on est allé y faire un tour en soirée, sans cette fois y passer des heures vu la météo si peu estivale. On y est resté cependant assez longtemps pour constater qu'une fois encore, on jouait et on entendait vraiment un peu de tout dans les rues – un peu n'importe quoi aussi, parfois: c'est le principe de cette festivité – et que, globalement, résonnait dans Paris un tintamarre réjouissant. Et assez assourdissant. Une fois encore donc, on s'est réjoui du privilège que l'on a, tout en habitant dans ce quartier Bastille si animé et donc bruyant, de vivre dans un endroit très calme. La nuit dernière donc, on n'a pas eu besoin de bouchons d'oreilles pour fermer l'oeil.

Ce qui, vu le niveau sonore ambiant, n'a pas dû être le cas de nombre de Parisiens. Pour qui, Fête de la Musique ou pas, le bruit constitue une réelle nuisance au quotidien. C'est d'ailleurs un des facteurs majeurs à l'origine de la difficile cohabitation entre fêtards et riverains. Depuis le lancement cet automne de la pétition contre «La nuit se meurt en silence», on semble avoir assez peu progressé dans la recherche de solutions concrètes pour améliorer cette âpre coexistence. Deux idées, toutefois, ont émergé. Premièrement: l'installation de sonomètres visuels dans les rues les plus animées de la capitale le soir – parmi lesquelles notre bonne vieille, et désormais si festive, rue Amelot, dans notre onzième arrondissement. Ces sonomètres visuels vireraient à un rouge vif et très voyant quand le niveau sonore dans la rue dépasserait les 80 décibels. Ce qui, espèrent (naïvement?) ceux à l'origine de ce projet, inciterait les fêtards, du coup avertis, à baisser le ton. Deuxième idée: la création d'«un service de médiation nocturne» à la Ville de Paris, qui irait à la rencontre des riverains les soirs où ils n'en peuvent plus du tapage nocturne. On sait assez, en effet, combien la police – qui, à Paris comme ailleurs, a d'autres chats à fouetter la nuit – intervient peu quand elle est saisie de plaintes pour nuisances sonores.

Le bruit, cela dit, tout le monde s'en plaint si souvent mais, à l'occasion, chacun se l'inflige aussi. Dernièrement, une étude l'a rappelé. Menée auprès de 2000 lycéens de la région parisienne, elle portait sur le niveau sonore moyen auquel ces ados écoutent leur baladeur. Résultat? En majorité (54%), ils l'écoutent en permanence à un niveau supérieur à 85 décibels, ce qui équivaut au bruit d'une tondeuse à gazon. Ils sont même 7% «à pousser le volume à plus de 100 décibels, soit un niveau dangereux, correspondant au bruit émis par un marteau piqueur». A Paris et dans sa région, dès lors, les campagnes de sensibilisation seront poursuivies voire intensifiées, afin de «faire prendre conscience aux jeunes de l’importance de la qualité de l’environnement sonore et les sensibiliser aux risques auditifs liés à l’écoute prolongée des musiques amplifiées».

15.06.2010

Un combat

metroDUROCK.jpgC'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».

Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.

Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».

homersimpsonnevertoooldtorock.jpgDébut avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.

Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.

05.01.2010

Une disparition

dancefloor.jpgPuisque, depuis le réveillon, on parle de fête dans ce blog, restons-y encore aujourd’hui. Et évoquons cette conséquence complètement paradoxale que pourrait avoir, à Paris, la récente décision gouvernementale d’harmoniser à 7 heures du matin l’heure de fermeture des discothèques. Dans la capitale française, à cause de cette réforme, les clubbers et autres fêtards pourraient bien devoir… rentrer se coucher plus tôt!

 

En cause? La disparition des «afters»: ces fêtes qui commencent au petit matin, lorsque les autres discothèques ferment leurs portes et leurs clients se mettent au lit. A ce moment, les adeptes des «afters», eux, recommencent à se trémousser joyeusement jusqu’à la fin de la matinée. Que deviendront les «afters» parisiens avec cette nouvelle réglementation fermant toutes les boîtes du pays à 7 heures du matin? Aucun arrêté particulier concernant ce sujet précis n’a, semble-t-il, encore été pris. Les exploitants de boîtes s’interrogent donc sur l’avenir de ce concept festif. Et des sites web adressés aux noctambules (ici, par exemple) annoncent d’ores et déjà que ces soirées «seront sûrement bientôt interdites» dans la Ville lumière. 

 

Il faut relativiser les choses, semble-t-il. D’abord, à Paris, cette disparition des «afters» a déjà eu lieu. Au début des années 2000 dans la capitale française, le dimanche matin voire midi, on croisait fréquemment des fêtards en train de faire la queue devant les boîtes les plus à la mode, pour pouvoir entrer à leurs «afters». Le tout, sous l’œil médusé de riverains en route pour leur marché ou leur jogging dominical après, eux, une paisible nuit de sommeil. C'était d'ailleurs ce genre de rencontres qui rendait Paris assez drôle. A cette époque, aller danser le dimanche midi était presque plus trendy que le samedi soir. Dix ans plus tard, en revanche, il faut vraiment bien chercher pour trouver des établissements (ici, par exemple) ou des fêtes () qui sont clairement labellisés «after». La plupart des clubs de la capitale ferment leurs portes au plus tard à 6 heures du matin.

 

«A Paris, contrairement à d’autres capitales européennes comme Berlin par exemple, la grande époque des afters est révolue», nous confirme Eric Labbé, bon connaisseur de la nuit parisienne et un des initiateurs de la pétition contre l’endormissement de la capitale – pétition qui, mine de rien, va tout de même vers les 15.000 signatures. Cet essoufflement du concept des «afters» à Paris est peut-être lié à la croisade qu’ont menée pendant des années les autorités contre ce genre de soirées. A cause non pas tant des nuisances sonores qu’elles entraînent pour les riverains (les décibels sont moins gênants en matinée qu’en pleine nuit), mais de la réputation de hauts lieux de consommation de drogues qui a souvent collé à la peau des «afters». En ces années 2010, incontestablement, la mode à Paris est moins aux «afters» qu’aux «after work»: ces soirées en semaine qui commencent dès l’heure de sortie des bureaux, comme dans les séries télé américaines genre Ally McBeal.

 

baràparis.jpgDu reste, note notre interlocuteur, il n’est même pas sûr que ce texte sur l'heure de fermeture des boîtes entraîne la disparition des derniers «afters» de Paris. Aujourd’hui, en effet, ces soirées se déroulent souvent dans des établissements (bars de nuit, etc.) qui ne sont pas officiellement considérés comme des discothèques. Or, la réglementation concerne les lieux ayant l’exploitation d’une piste de danse comme activité principale. Dès lors, les clubbers parisiens accros d’«afters» pourraient bien continuer à danser jusqu’à la fin de la matinée – fiers représentants d’une espèce de noctambules quasiment en voie de disparition ici.

30.11.2009

Une «capitale du sommeil» (suite)

Alors, Paris? Toujours la «capitale du sommeil»? Début du mois (relire ici), notre bonne vieille Ville lumière avait été rebaptisée ainsi par une pétition qui décrivait et dénonçait l’endormissement généralisé d’une ville anesthésiée par une double et redoutable potion de barbituriques. D’une part, l’aspiration grandissante des riverains boboïsants à repousser les nuisances sonores des noctambules chaque soir un peu plus loin de leur sommeil. D’autres part, le zèle des autorités préfectorales à tracasser le monde de la nuit par d'impitoyables retraits d’autorisations et autres sanctions administratives. Quelques semaines plus tard, où en est-on? Paris s’est-elle réveillée?

 

En tout cas, ladite pétition n’est pas loin de faire un tabac. Certains jours, l’afflux des signataires a été tel que le serveur qui l’héberge a saturé. Ce matin, on en était à près de 13000 signatures. Cela montre que le diagnostic qui y est posé est partagé par davantage qu’une poignée de gais lurons assoiffés de décibels et de nuits blanches. Ce que pense sans doute la préfecture de police de Paris, puisqu’elle n’a toujours pas jugé bon de s’exprimer sur le sujet.

 

Du côté de la mairie de Paris, on ménage la chèvre et le chou. Ce qui, politiquement, est sans doute logique: difficile, en réagissant au problème de manière tranchée, de ne pas se mettre à dos soit la mouvance des fêtards, soit le milieu des comités de riverains soucieux de tranquillité. Côté pile, l’adjoint au maire chargé du tourisme a démenti tout endormissement de la capitale et juré que, la nuit, on s’y amusait toujours autant qu’à l’époque où Hemingway, après avoir écumé les bars et clubs de Montparnasse ou de Saint-Germain des Prés, racontait cela dans «Paris est une fête». «Est-ce que Paris s'endort ou est en train de devenir un ville-musée? Non, nous n'avons pas fait ce constat. Paris reste la Ville lumière, elle est au top». L’illustrerait d’ailleurs le nouveau portail «Parisnightlife», spécialement dédié aux tuyaux (*) à destination des noctambules. Côté face, la conseillère de l’adjoint au maire chargé de la Culture chargée de ce dossier a déclaré publiquement que certains constats dressés dans la pétition, en effet, ne manquaient pas de fondement. Alors, plutôt pile ou plutôt face? Comme souvent quand on ne sait pas trop quoi faire, on va asseoir tout le monde autour d'une table et palabrer: la ville va organiser prochainement des «Etats généraux de la nuit parisienne».

 

Sinon, sur le terrain, «La Flèche d’or», au moins, a rouvert. après six mois de fermeture causés notamment des problèmes de cohabitation avec les riverains. Quand on était un peu plus jeune, on a pas mal traîné dans ce fameux lieu nocturne de l’Est parisien, établi dans l’ancienne gare de chemins de fer de Charonne. On n’y est pas retourné depuis sa réouverture, et donc on ne sait pas trop à quoi y ressemble l’ambiance à présent, mais enfin, voilà au moins un endroit de plus à Paris pour les oiseaux de nuit et autres amateurs de bruit.

 

 

(*) Des tuyaux qui parfois, paraissent tout de même un peu faisandés. Quel Parisien un peu à la page sort donc dans des endroits comme «Le Caveau de la Huchette» ou «Chez Michou», lieux promotionnés sur ce site mais où, à moins de se tromper, on ne doit guère trouver que des touristes un peu fânés? Mais sans doute en faut-il pour tous les goûts.

16.11.2009

Une fermeture

Une mauvaise nouvelle, pour mal commencer la semaine. Mauvaise nouvelle pour notre quartier Bastille, pour le onzième arrondissement plus globalement, pour Paris en général, et sans doute aussi pour la musique et la culture. On en a déjà parlé à plusieurs reprises dans ce blog (ici, ou encore ), vu que l’épée de Damoclès était suspendue au-dessus de sa tête depuis de longs mois. Mais, cette fois, la décision définitive semble être prise et on n’y coupera pas: la FNAC Bastille va bel et bien fermer ses portes à la fin de l’année.

 

C’est le journal “Le Parisien” qui l’a annoncé ce week-end: la FNAC Musique va précisément fermer boutique le 26 décembre prochain. Malgré les 15.000 signatures recueillies par la pétition réclamant le maintien du plus grand disquaire de tout l’Est parisien. Malgré la mobilisation de nombreux citoyens. Malgré les appels à l’aide lancés au ministère de la Culture, restés sans réponse. Malgré les recours en justice introduits naguère par les syndicats. La raison essentielle alléguée par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute pour justifier cette fermeture est le manque de rentabilité de ce magasin (*), dû à la fois à l’exiguïté des lieux (dans les sous-sols de l’Opéra Bastille) et au créneau prioritaire qui était celui de la FNAC Bastille: le disque, un marché qui ne cesse de décliner.

 

Les syndicats considèrent être parvenus à limiter les dégâts, puisqu’une cinquantaine des quelque 70 employés du magasin vont être reclassés dans d’autres commerces parisiens de la même enseigne. Il n’empêche, pour le quartier, c’est une page d’histoire qui va se tourner: cela faisait près de 20 ans que les fondements de l’Opéra résonnaient aux sons de la musique de la FNAC.

 

Pour l’heure, nul ne sait quel genre de commerce sera accueilli début janvier dans les sous-sols de béton du paquebot de Bastille. C'est clair que, s’ils sont fichus de nous fourguer un énième Starbucks, McDo ou Gap, on ne sera pas le seul à pester.

 

 

(*) Pas rentable la FNAC Bastille, aux yeux de ses propriétaires. Qui, néanmoins, pour fermer ce magasin, vont attendre le 26 décembre, soit pile poil la fin de la période des courses pour les cadeaux de Noël. Il n’y a pas de petit profit.

06.11.2009

Une «capitale du sommeil»

villemorte.jpgParis «bonnet de nuit», suite. Ou la tendance qu’aurait la capitale d’évoluer vers une ville qui, dès le soleil couché, deviendrait tranquille et ultra-sécurisée, désertée par ses habitants qui n’auraient d’autre choix, faute d’animations, que de rentrer sagement dormir chez eux. C’est en tout cas le procès que font les noctambules aux autorités; on en a déjà parlé dans ce blog (relire par exemple ici ou ). Dernier épisode en date de cette controverse: une «lettre ouverte des acteurs de la musique et de la nuit à Paris». Qui dénonce la «loi du silence» qui se serait abattue ici. Et considère même que la Ville lumière est en passe d’être reléguée «au rang de capitale européenne du sommeil».

 

Ce courrier en forme de pétition déplore le déclin, au cours des dix dernières années, des «lieux parisiens de diffusion musicale (bars, salles de concert, clubs), (qui) ont payé un lourd tribut à l'aspiration grandissante des Parisiens à toujours plus de tranquillité». Au point qu’en matière d’animation nocturne, Paris désormais aurait «abandonné toute espèce de leadership européen au bénéfice de villes comme Londres, Barcelone, Prague et Berlin, vers lesquelles s'exilent chaque jour plus d'artistes et de professionnels français».

 

Les signataires dénoncent les fermetures administratives de lieux nocturnes et les pertes de licence ou d'autorisation de nuit au-delà de 2 heures du matin, autant de sanctions qui se compteraient «par centaines chaque année». Ils réclament que «soit prise en compte la voix du public des lieux de vie, comme est prise en compte la voix des riverains». Demandent la mise à disposition des noctambules «de lieux ou de friches pour l'organisation d'événements ponctuels ou l'installation d'infrastructures pérennes». Et souhaitent «que l'ensemble des acteurs institutionnels prennent conscience de l'importance de la vie nocturne (culturellement et économiquement) dans l'essence même d'une capitale comme Paris».

 

Pour la petite histoire, un des noctambules à l’origine de cette pétition est un petit disquaire extra du quartier des Halles. Qui, à l’occasion d’un 21 juin de Fête de la Musique, s’était carrément vu interdire par la préfecture de mixer sur son bout de trottoir. Ce qui était assez incompréhensible. Vu généralement le chahut musical qui règne dans toutes les rues de Paris le soir du 21 juin. Et vu précisément l’animation régnant à longueur d’année dans cette rue très très fréquentée du quartier des Halles. C’était d’ailleurs une interdiction tellement incompréhensible qu’à l’époque, le journal «Libération» en avait fait écho. Dès la publication de l’articulet, la préfecture, un peu penaude, avait passé un petit coup de fil discret à notre disquaire préféré. Et lui avait annoncé la levée de l’interdiction administrative qui le frappait.

 

Ce 21 juin, dès lors, devant sa boutique, les passants avaient dansé toute la nuit au son d'une musique électro pour oreilles difficiles mais de bon goût. Le facétieux propriétaire des lieux ayant ostensiblement placardé, sur la devanture de son commerce, l’avis de la préfecture de police autorisant cette petite boum en plein air, les fêtards, entre deux déhanchements et sauts de cabris, n’avaient pas manqué d'ironiquement rendre grâce à la bienveillance musicale et festive des pandores. Ce qui n’avait rendu la fête que plus drôle et réussie.

11.09.2009

Une renaissance

Ce sont nos confrères de «L’Express» qui viennent de débusquer cette petite info. Qu’ils ont découverte dans le dernier numéro de «Pprama», la revue de la préfecture de police de Paris. Une publication qui, on l’avoue, ne fait pas précisément partie de nos lectures favorites. C’est une nouvelle largement anecdotique, mais qui a attiré notre attention car elle nous a replongé illico à l’époque où l’on portait des courtes culottes  – ce qui n’est tout de même pas rien.

 

Cela concerne la grippe A-H1N1. Figurez-vous qu’à Paris, face à cette maladie, les pandores envisagent carrément de ressusciter… l’hygiaphone! Ce dispositif assez antique permet aux employés travaillant derrière un guichet d’être protégés, outre des braquages, des miasmes du grand public avec lequel ils sont en contact. Or donc, «soucieuse d’assurer la continuité des services administratifs rendus au public tout en garantissant la protection de ses agents», la préfecture de police a prévu de «remettre l’hygiaphone au goût du jour en cas de pandémie de grippe A». Du coup, pendant l’été, son service des affaires immobilières a fabriqué «150 dispositifs mobiles qui pourront être rapidement déployés en cas de besoin dans l’ensemble des services de guichet public». Un dispositif merveilleux selon la préfecture, puisqu’il «évite l’obstruction visuelle des guichets et offre une simplicité d’installation et d’utilisation».

 

Merveilleux aussi, dans la mesure où il nous replonge tout droit à la fin des années 70. En effet, pour notre part en tout cas, la dernière fois qu’on avait entendu ce terme d’«hygiaphone», c’était dans la bouche du mémorable groupe de rock français Téléphone. Ceux et celles qui ont vécu cette époque se souviennent certainement de ce tube: «Parlez/Parlez dans l'hygiaphone/ T'as pas besoin d'sonner/ Demande à l'interphone/ Si t'as envie d'quelqu'un/Décroch'ton téléphone».

 

Cette minute de nostalgie vous était gracieusement offerte par les policiers de Paris.

10.07.2009

Un sauveur?

fnacbastille.jpgC’est, depuis des mois, le gros conflit social du quartier: la fermeture annoncée, à une date encore indéterminée, de la FNAC Bastille, le plus grand magasin de disques de l’Est parisien (relire ici, ou ). Y aurait-il du neuf en vue? Passons rapidement sur la décision, assez technique, prise cette semaine par le tribunal de grande instance de Créteil (banlieue parisienne). Saisi en référé par l’intersyndicale de la FNAC, il a donné à celle-ci quelques semaines de rabiot supplémentaire (jusqu’à mi-septembre) pour tenter de négocier avec le groupe de luxe PPR, propriétaire de l’enseigne, le plan social prévoyant la fermeture du magasin établi dans les sous-sols de l’Opéra Bastille. Attardons-nous, en revanche, sur l’info plus étonnante qu’on a entendue hier matin à la radio, dans la bouche d’un éminent commentateur économique.

 

Le confrère revenait sur les conséquences de la mort récente de Michael Jackson. Le rapport avec la FNAC Bastille? Depuis la disparition du Roi de la pop, les ventes de ses disques explosent, à l’échelle de la planète entière. Visiblement, les fans veulent conserver des traces physiques, palpables, des enregistrements de leur idole disparue. Négligeant la mode actuelle du téléchargement sur internet, jugeant sans doute les fichiers MP3 et autres trop désincarnés, ces fans se ruent, paraît-il, dans les magasins. Pour acheter ou racheter toute la production discographique de l’artiste ainsi que les inévitables retirages et éditions spéciales annoncés. Le phénomène serait valable en France également, et à Paris plus spécialement. Depuis la mort du chanteur, la FNAC Bastille, exclusivement consacrée à la musique et aux DVD, serait littéralement prise d’assaut, à longueur de journées, par les inconditionnels de Michael Jackson. Et, selon ce chroniqueur économique, généralement bien informé, les chiffres de vente seraient tels à Bastille depuis dix jours que certains dirigeants de PPR songeraient désormais à surseoir à la fermeture du magasin.

 

Notre bonne vieille FNAC Bastille sauvée par Michael Jackson?!? Si l’info se vérifie – on n’a pas encore eu le temps de faire un saut à la FNAC pour vérifier cet engouement présumé –, il s’agirait assurément d’un rebondissement spectaculaire…

 

 

 

PS : Sinon, sauf erreur, Nicolas Sarkozy, le Roi de la pop de la politique française, n’a toujours pas réagi à la mort du Roi de la pop. A Paris pareillement, les autorités n’ont pas l’air d’en pincer particulièrement pour le chanteur disparu. Selon des indiscrétions circulant dans la capitale, la mairie, cette semaine, a reçu des centaines d’appels de Parisiens réclamant la retransmission en direct et sur écrant géant, place de l’Hôtel de Ville, des funérailles de la star. Mais le maire, Bertrand Delanoë, n’a pas donné suite.

26.06.2009

Un décalage

Ce vendredi en milieu de matinée, à moins que cela nous ait échappé, Nicolas Sarkoy, le «Roi de la pop de la politique française» n’avait toujours pas réagi au décès du «Roi de la pop», Michael Jackson. C’est un peu étonnant. Habituellement, en effet, le Président français est assez réactif aux événements d’actualité. Notamment lorsqu’il s’agit de rendre hommage à des disparus et a fortiori lorsque leur décès a un retentissement mondial. Un décalage dû à l’heure tardive de la disparition du chanteur? Même pas. En ce moment, Nicolas Sarkozy est en déplacement aux Antilles. Donc il faisait jour pour lui quand la disparition est survenue. Et vu l’armada de conseillers et de plumes qui l’entoure en permanence, vu aussi l’ampleur de l’infrastructure de communication qui ne le quitte jamais, y compris à l'autre bout du monde, il était parfaitement en mesure de se fendre d’un communiqué.

 

A cette heure, son parti, pour réagir à cette annonce, n’a trouvé que l’ex-ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. Qui a pondu quatre lignes. «Michael Jackson restera un mythe vivant de la musique du 20ème siècle. Effervescent, toujours insatisfait et électrique, il a transmis à la jeunesse mondiale une énergie rare. Au-delà  de la complexité de sa vie, il est un artiste au souvenir immortel».

 

Côté socialiste, il était comique de constater ce matin, en écoutant la radio, que l’ineffable Jack Lang était évidemment parvenu à dribbler tous les hiérarques de son parti en étant le premier à réagir. Sans doute cela ne l’a-t-il pas embarrassé: il a même réussi à brûler la politesse au nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Alors pourtant que celui-ci, au saut du lit, avait sauté sur son scooter pour rejoindre le plus vite possible les studios d’une grande radio.

 

Sinon, ce matin, une personnalité politique française était visiblement un peu en décalage par rapport à la tonalité ambiante, si larmoyante et catastrophée. Invitée de la télé LCI, Christine Lagarde se voyait demander si elle avait été «touchée» lorsqu’elle avait appris cette nuit la mort du chanteur. «Non», a répondu très calmement la ministre de l’Economie et des Finances de Nicolas Sarkozy. Qui a dit comprendre et s’associer bien sûr à la douleur ressentie par les proches et les fans de cet artiste «médiatisé et mondialisé», mais sans pour autant être personnellement «touchée» par son décès.

 

On ne sait encore si Christine Lagarde se verra reprocher cette réaction à chaud. Si l’establishment l’apparentera à une gaffe ou à une faute de goût. Si cela sera mis sur le compte d’un manque d’humanité présumé. Mais ce matin nous en tout cas, devant la télé, on a trouvé la désarmante franchise de cet aveu ministériel plutôt rafraîchissante. Dans un monde politique et médiatique si souvent régi par la langue de bois, le registre émotif et les élans compassionnels collectifs,  a fortiori à l’heure de grandes disparitions.

10.06.2009

Un compte à rebours

Après cette longue séquence consacrée aux élections européennes, on reprend aujourd’hui dans ce blog la chronique quotidienne de la vie parisienne. Avec, malheureusement, une mauvaise nouvelle qui semble se confirmer pour l’économie et la culture de notre quartier Bastille et, au-delà, de tout l’Est parisien. En effet, la fermeture de la FNAC-Musique, dont on a déjà parlé ces derniers mois (ici ou ), pourrait bien désormais être imminente. Certains, ces derniers jours, ont même parlé de début juillet! Ce qui, à coup sûr, ferait date dans la vie du quartier. Où ce grand magasin faisait vraiment partie des meubles: il avait ouvert ses portes en 1990 dans les sous-sols de l’Opéra.

 

Le compte à rebours, en tout cas, paraît dorénavant enclenché sérieusement. Hier, dans ce qui ressemble à un baroud d’honneur, les élus du comité central d’entreprise de l’enseigne ont assigné la direction en référé devant la justice, pour demander l’annulation de ce plan social prévoyant la fermeture de la FNAC-Musique de Bastille et le reclassement de sa soixantaine d’employés. Une fermeture qui leur semble injustifiée vu la situation florissante de la maison-mère de la FNAC: le groupe de luxe PPR, qui a réalisé 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008.

 

Sinon, les démarches effectuées, par les maires de Paris et du onzième arrondissement notamment, pour que l’Opéra Bastille cède au grand magasin les locaux supplémentaires dont il a besoin pour s’étendre n’ont pas abouti. L’opéra aurait trop besoin des espaces qui pourraient intéresser le disquaire. La ministre de la Culture, Christine Albanel, avait été houspillée pour qu’elle se bouge un peu afin d’éviter la fermeture annoncée de ce grand pôle culturel de l’Est parisien, elle qui s’est tant targuée, avec sa fameuse loi Hadopi sur internet, de vouloir défendre la création artistique. Mais elle a très mal pris la chose (ici), et rien ne semble avoir évolué non plus de ce côté-là.

 

En attendant, en tant qu’habitant du quartier passant donc régulièrement devant le magasin, on assiste jour après jour aux (ultimes?) soubresauts de la mobilisation contre sa condamnation. Dès le début du mois de mars, une pétition contre la fermeture a circulé: elle approcherait désormais les 20.000 signatures. Les samedis en fin d’après-midi, un des moments où le quartier est le plus bondé, on a aperçu des syndicalistes déployer des banderoles et des caliquots devant le magasin, pour stigmatiser la politique sociale «brutale» de PPR. Des médias nationaux  (ici, par exemple) commencent à s’intéresser aux conditions de travail des disquaires de la FNAC et à l’évolution de sa politique commerciale et culturelle. L’accès au magasin a été ponctuellement bloqué lors d'opérations de sensibilisation de la clientèle. Tout comme des employés de la FNAC-Musique ont, l’autre jour, interrompu le trafic automobile, si dense, de la place de la Bastille. Le sommet ayant été atteint par l’action ayant visé François Pinault lui-même, le PDG de PPR, qui fut bloqué de longues minutes dans sa voiture par un cortège d’employés de la FNAC en colère.

 

Mais jusqu’à présent, cette mobilisation n’a donné aucun résultat. Aucun résultat visible, en tout cas.

29.04.2009

Une guerre

Grande journée au Parlement, ce mercredi. C’est aujourd’hui, en effet, que revient à l’ordre du jour la fameuse Hadopi: la loi qui, en son volet le plus controversé, punit (par la coupure de l’accès à internet) le téléchargement illégal de contenus culturels. Ce dispositif fait, depuis des mois, l’objet d’une guerre acharnée entre partisans et opposants, notamment sur le net,  où elle alimente d’innombrables forums et blogs passionnés. La dernière escarmouche en date, aussi spectaculaire que surréaliste, s’est déroulée l’autre jour à l’Assemblée nationale. A quelques voix près et à la stupéfaction générale, cette loi a été rejetée: les rares députés UMP qui étaient présents au Parlement ce jour ont été surpris par l’afflux inopiné, dans l’hémicycle au moment du vote, de députés de gauche qui s’étaient auparavant… cachés dans les coulisses.

 

Cette guerre pour ou contre la répression des pirates du net oppose aussi les artistes, stars et autres people. Mais, sur ce champ de bataille-là, il n’y a pas photo. En effet, les partisans de Hadopi sont nettement plus nombreux que les opposants. Rapide passage en revue des forces en présence.

 

Aux côtés de la majorité UMP, on trouve bien sûr les grands amis people du Président Sarkozy (Johnny, Jean Reno, Liane Foly, etc.). Qui considèrent comme lui que «le créateur est propriétaire de sa création» et qu’«il n’est pas question de légaliser le vol au supermarché de la création». Mobilisé par les sociétés d’auteurs (ici, notamment), le gratin du show bizz figure dans ce camp pro-Hadopi . Les chanteurs Etienne Daho, Francis Cabrel, Raphaël, Jean-Jacques Goldman, Patrick Fiori, Eddy Mitchell, Françoise Hardy, Patrick Bruel, Yves Simon ou Michel Jonasz. Les acteurs Guillaume Canet ou Gérard Jugnot. Les cinéastes Jean-Jacques Beineix, Jean-Jacques Annaud ou Alain Corneau. Un beau casting, donc. Qui comprend aussi des artistes notoirement plutôt à gauche: les Bertrand Tavernier, Costa Gavras, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Philippe Lioret ou Coline Serreau. Récemment d’ailleurs, ces artistes de sensibilité progressiste ont adressé une lettre ouverte à la patronne du PS, Martine Aubry. Pour lui dire combien ils étaient «atterrés» et «en colère» contre l’opposition de ce parti à Hadopi. Car, selon eux, «le développement de l’ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique».

 

Et puis, face à cette armada impressionnante de personnalités, il y a un petit bataillon d’artistes qui (ici, notamment) fait de la résistance. Leur force de frappe est infiniment plus petite que celle de leurs adversaires. Mais ce camp compte tout de même quelques noms connus. Les acteurs Catherine Deneuve, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Victoria Abril ou Jeanne Balibar. Les réalisateurs Chantal Akerman, Christophe Honoré ou Gaël Morel. Eux plaident «pour une alternative au tout répressif». Considèrent que la loi création et internet ne répond ni aux «défis du numérique», ni à la «crise des modèles traditionnels de diffusion et de production cuturels dans le monde de la culture». Cette loi, selon eux, ne répond en fait qu’à un seul objectif : «assurer le maintien des positions monopolistiques des acteurs les plus puissants de l'industrie culturelle, sans créer aucun nouveau soutien aux plus menacés». Ces opposants au gouvernement assurent ne «pas cautionner le piratage». Mais, «plutôt que de stigmatiser les consommateurs et d’envisager de couper des millions d’accès à internet», ils veulent que l’on réfléchisse à un système permettant «une diffusion des œuvres compatible avec les intérêts et les libertés de chacun, en assurant à la fois un accès à la culture pour le plus grand nombre et un financement équitable pour les artistes/créateurs».

 

Les deux camps sont sans doute, à ce stade en tout cas, irréconciliables. Tant le débat est passionnel. Et passionnant. Suite ce mercredi et ces prochains jours au Parlement.

30.03.2009

Une solution?

fnacmusique.jpgCe week-end, on est passé un peu par hasard devant la ‘FNAC Musique’, quelques semaines seulement après l’annnonce de la fermeture de ce grand magasin (ici) – une des enseignes les plus vieilles et les plus populaires de notre quartier Bastille. Du coup, on est entré. Non spécialement pour acheter, mais pour tâter le terrain, humer un peu l’ambiance, sentir comment les gens avaient l’air de vivre cette fermeture annoncée, qui est un petit séisme dans la vie du quartier.

 

Pas terrible l’ambiance, a-t-on trouvé. Beaucoup moins de monde que d’habitude dans les rayons, comme si les gens avaient déjà intégré dans leurs habitudes la disparition de ce commerce. Des vendeurs moins enjoués qu’usuellement, le regard un peu vague, toujours à la disposition des clients mais semblant désormais décompter le temps. Et des clients inquiets. Ainsi, visiblement, depuis l’annonce de la fermeture, les vigiles qui sont stationnés en haut de l’escalier d’entrée du disquaire sont assaillis à longueur de journées d’interrogations éberluées de voisins, de passants et de clients. Qui leur demandent comment est-ce possible. Quand les rideaux du magasin vont baisser. Ce qu’on peut faire. Comment on peut aider.

 

Plusieurs milliers de signatures ont déjà été apposées sur la pétition qui circule à la ‘FNAC Musique’, demandant au groupe PPR, propriétaire des lieux, de revenir sur sa décision de fermeture, qui entraînera le licenciement de 60 employés – des jeunes, en majorité. Du côté de la mairie du onzième arrondissement, on est manifestement catastrophé par la disparition annoncée du seul grand disquaire de cette partie de Paris et par l’impact de cette fermeture en termes d’accès à la culture.

 

fnacinterieur.jpgDu coup, une idée a germé à la mairie pour tenter d’éviter le pire. Le groupe PPR justifie la fermeture de la ‘FNAC Musique’ par le fait que, selon lui, ce magasin, à l’étroit dans les sous-sols de l’Opéra Bastille, est trop exigu pour être rentable. La mairie a donc saisi le ministère de la Culture et lui a demandé officiellement d’intercéder auprès de l’Opéra de Paris, qui est sous sa tutelle, pour qu’il libère des espaces inoccupés et les concède au magasin. Celui-ci pourrait donc accroître sa surface totale de vente.

 

Le géant public de la musique à Paris appelé au secours du temple du commerce populaire, lui-même propriété d’un richissime groupe de luxe. C’est sans doute un peu baroque comme montage, mais, qui sait, c’est peut-être la solution. 

05.03.2009

Un séisme

fnacbastille.jpgOn a appris la nouvelle ce matin, au saut du lit. On est tombé des nues. Et, pour tout dire, on n’en est pas encore revenu. Alors, bien sûr, dans la litanie quotidienne et déprimante des ravages de la crise économique mondiale, ce n’est qu’une anecdote. Un goutte d’eau dans un océan de malheurs sociaux. Une péripétie de plus. Une fermeture supplémentaire parmi tant d’autres. Une poignée de chômeurs certes, mais on en dénombre déjà tant et tant, et cela ne fait vraisemblablement que commencer. Une mauvaise nouvelle mais qui, assurément, sera vite chassée par d’autres mauvaises nouvelles, sans doute encore plus terribles. Il n’empêche, à la petite échelle de notre petit quartier, c’est vraiment énorme. C’est le ciel qui tombe sur la tête. C'est presque un séisme.

 

La FNAC Bastille ferme. D’ici à l’été, cette grande surface spécialisée dans la musique et les DVD aura définitivement baissé ses rideaux métalliques. Vu la crise mondiale en général et vu la crise frappant le secteur de la musique en particulier, le groupe de luxe PPR a décidé que cette enseigne n’était plus rentable.

 

Le grand magasin avait ouvert ses portes en 1990, dans les sous-sols de l’Opéra Bastille. Dix-neuf ans plus tard, ses quelque 60 salariés vont être remerciés. Ainsi le prévoit le plan social de la FNAC pour la capitale, qui entraîne la suppression de 168 postes dans les magasins parisiens de cette enseigne. «Aucune autre fermeture de magasin n’est prévue en France», a assuré hier la direction de PPR. La FNAC Bastille sera donc la seule à fermer ses portes.

 

La FNAC Musique, c’était vraiment une institution du quartier Bastille. Bien sûr, c’était un magasin très très grand public, et donc on y trouvait beaucoup de daubes ultra-commerciales, loin des choix plus pointus et plus intéressants des petits disquaires du quartier. Mais enfin, si qualitativement on trouvait souvent n’importe quoi dans les rayons de la FNAC Bastille, on y trouvait aussi un peu de tout. Donc, c’était finalement assez pratique et parfois même on y faisait d’agréables découvertes. Bien sûr, ce magasin très populaire était le plus souvent insupportablement bondé – jusqu’à l’horreur le samedi après-midi. Mais, certains jours à certaines plages horaires, on pouvait y déambuler  encore relativement tranquillement. Bien sûr, avec la foule qu’elle draînait en permanence, la FNAC Bastille ne causait pas rarement des nuisances à ses riverains. En fin de journée le samedi, par exemple, la crasse à ses alentours était impressionnante.

 

Mais, malgré tout, ce commerce assurait à lui tout seul une bonne partie de l’animation du quartier. Sur la place de la Bastille, avec les foules de clients qui s’y pressaient, avec les cohortes de jeunes, de touristes et de paumés qui ont toujours squatté les marches de l’Opéra, avec le flux incessant des voitures tournant autour de la grande colonne de 1830, avec les magasins de meubles, les cinémas et les petits passages de la rue du Faubourg St-Antoine, avec les attractions foraines du bout du boulevard Richard Lenoir, avec le grand marché du jeudi et du dimanche, avec ces snacks à kebabs remplis en permanence de banlieusards, la FNAC faisait assurément partie de l’ambiance locale. Plus pour longtemps, donc. Cela va être un fameux changement pour cette partie du onzième arrondissement.

 

Ce matin, on pensait à tous ces employés qu’on a croisés à la FNAC Bastille pendant toutes ces années. A ces caissières, ces vigiles, ces responsables de rayons – en majorité très jeunes   à qui on a parlé. Hop: au chômage.

 

Du coup ce matin, cette crise économique mondiale jusqu’à présent géographiquement assez lointaine faisait violemment irruption dans le quartier. S’immiscait jusqu’aux portes de la vie quotidienne. Devenait donc extrêmement tangible, concrète. Se rapprochait, physiquement. Cela commençait à devenir un peu flippant.