Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

29/03/2011

Un grand vide

shadock.jpgPour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.

La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops»  –  et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.

Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.

Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.

clown.jpgDu coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.

Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.

28/02/2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

19/02/2008

Un grand classique

C’est un grand classique, une vieille règle électorale. Jamais l’étalage de «people» n’a suffi à assurer l’élection d’un homme politique. Mais jamais non plus un homme politique n’a réussi à se faire élire sans s’afficher avec des personnalités. Aussi, les élections municipales approchant à grand pas, les «people» sont omniprésents aux côtés des politiques, en ce moment.

Ainsi hier, Bertrand Delanoë a présenté les «Talents» qui le soutiennent dans son ambition d’être réélu. Il y en a tellement qu’on se demande si son adversaire Françoise Panafieu en trouvera encore. Aux côtés du maire de Paris, se tiennent en vrac des comédiens (Jeanne Moreau, Lambert Wilson, Anouk Aimée, Pierre Arditi, Francis Huster, Sylvie Testud, Nadine Trintignant, etc.), des chanteurs (bénabar, Marc Lavoine, Olivia Ruiz), des écrivains (Mazarine Pingeot, Samuel Benchetrit, Bernard Henri-Lévy, Jean Lacouture), des cinéastes (Costa-Gavras), des stylistes (Agnès B, Isabelle Marant) ou des sportifs (Vikash Dhorasoo, Fabien Galthié). Pas de surprise donc, ici. En gros, il s’agit invariablement de ces mêmes personnalités du show-bizz parisien plus ou moins étiquetées à gauche  – la gauche-caviar du café de Flore, raille l’UMP – que le PS ressort à chaque élection, qui avaient soutenu Ségolène Royal aux dernières présidentielles, avant elle Lionel Jospin en 2002, etc., etc.

Une sensation, tout de même, sous la forme d’une transfuge venue de la droite. Line Renaud figure en effet dans le comité de soutien du maire socialiste. Or, jusqu’à présent, à chaque élection, cette amie proche de Jacques Chirac avait soutenu mordicus la droite. Mais elle ne votera donc pas pour la candidate sarkozyste à l’Hôtel de Ville. Qui sait, en mesure de rétorsion Françoise de Panafieu sortira-t-elle bientôt des «people» de gauche de son chapeau?

PS: Abondance aussi de «people» mais sur les listes électorales, carrément. La dernière annoncée en date était, hier, l’animatrice de télé Sophie Favier sur une liste dissidente de droite à Neuilly. Candidats aussi, à droite, le comédien Bernard Menez (à Paris), les anciennes animatrices de télé Danièle Gilbert (Châtellerault) et Denise Fabre (Nice), l’ex-tennisman Henri Leconte (Neuilly), l’entraîneur de foot Guy Roux (en Bourgogne), le journaliste sportif Henri Sannier (en Picardie), le navigateur Gérard D’Abbovile (Paris) ou même le magicien Gérard Majax (Paris). A gauche, briguent les suffrages des électeurs des personnalités comme les comédiens Philipe Torreton (Paris) et  Sophie Duez (Nice) ou l’humoriste Marc Jolivet (à Paris, pour les Verts).

15/02/2008

Une sécurité

bf8076e9d784f701255250cb9953c86b.jpgQuinze points. Si l’on en croit le dernier sondage publié cette semaine, Françoise de Panafieu, la candidate UMP à la mairie de Paris, a quinze points de retard sur Bertrand Delanoë – il y a de quoi en perdre son sang-froid (*) . Dans son programme, figure notamment l’engagement d’installer chaque année dans Paris 500 caméras de vidéosurveillance supplémentaires. Ce qui ferait 3.000 caméras au cours de la mandature. Elles seraient «mises dans des endroits qui doivent être particulièrement surveillés». Ces dernières années déjà, la vidéosurveillance s’est beaucoup développée à Paris. A chaque grand carrefour ou presque, il suffit de lever les yeux pour apercevoir des caméras.

Cet engagement électoral représente «un très gros investissement», admet la candidate UMP. C'est le moins que l'on puisse dire. Une caméra du type de celles qui surveillent les rues de Paris, cela coûte au bas mot 30.000 euros. Soit, pour 3.000 unités, une facture d’achat de 90 millions d’euros. Montant auquel il faut ajouter 20.000 euros de frais de fonctionnement par an et par caméra. Ce qui fait encore 10 millions d’euros à débourser en plus chaque année.

De telles dépenses sont-elles justifiées? Les statistiques officielles, en tout cas, montrent que l’insécurité est plutôt sous contrôle dans la capitale.

A en croire la préfecture de police, pour la sixième année consécutive, la délinquance générale (tous types de faits confondus) a encore baissé à Paris en 2007: précisément de 4,4% par rapport à 2006. La violence contre les personnes a reculé de 5,7% (une première depuis 2004), les atteintes aux biens ont baissé de 8,1%, et la criminalité économique a régressé de 5,2%. Mais la plus forte baisse (10,1%) enregistrée en matière de criminalité dans la capitale provient… de la délinquance sur la voie publique. Or, c’est précisément à la surveillance de la voie publique que contribuera ce bataillon de nouvelles caméras – paradoxe tout de même un peu curieux.

(*) Hier, pour tout argument, elle a traité Bertrand Delanoë de «tocard». Selon elle, c’est un mot «sympa». Selon le dictionnaire, cela désigne un «mauvais cheval, aux performances irrégulières», une «personne incapable, sans valeur». Voilà qui, en tout cas, rehausse le niveau du débat.

07/11/2007

Une télé

814cff5cdc7c5515769f0eb7168a5252.jpgFrançoise de Panafieu peut se faire du souci. Et triplement. D’abord, la députée UMP, qui ambitionne de détrôner le maire de Paris, Bertrand Delanoë, aux élections municipales de mars prochain, est très en retard derrière lui dans les sondages. Ensuite, elle peine visiblement à constituer une équipe autour d’elle: l’annonce de la composition de ses listes électorales, qui était prévue ce matin, vient à nouveau d’être repoussée. Enfin, sa communication est en dessous de tout.

 

On trouve une lumineuse illustration de ce dernier point en jetant un coup d’œil sur «Panaf TV» (prononcer évidemment à l’américaine: «Panaf Tiviii»), la télé (sur le net) de la candidate. Cette dernière née du PAF, en ce moment dans la capitale, soit fait hurler de rire les gens (de gauche), soit (pour les gens de droite) les plonge dans un état d’effarement consterné (de consternation effarée, cela marche aussi).

 

Il y a de quoi. Cela commence mal dès la vidéo de lancement de la chaîne. La candidate a un débit trop lent, son arrière plan de fenêtre est totalement inintéressant, son dodelinement permanent de la tête est on ne peut plus agaçant, son manque de fraîcheur et d’enthousiasme est évident. Le clip consacré à un meeting récent de Panafieu dans le 17ème arrondissement est à l’avenant: la candidate est filmée de beaucoup trop loin, elle a l’air plongée dans l’obscurité et son auditoire semble assommé d’ennui. Bref, le téléspectateur normalement constitué tient maximum 45 secondes, puis zappe irrémédiablement. La vidéo de témoignage d’habitants du 18ème est (un peu) mieux, mais ponctuée tout de même d’enchaînements de séquences graphiquement et musicalement très datés, pour ne pas dire carrément ringards. Reste à se mettre sous la dent, pour le spectateur de «Panaf TV» particulièrement motivé, une déclaration de soutien de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet (voilà qui va certainement motiver des centaines de milliers d’électeurs parisiens) et une invitation à une réunion de quartier qui se tient jeudi - là aussi, un monument d’horreur audiovisuelle (mur beigeasse atroce en arrière-plan, gestuelle beaucoup trop appuyée, ton soporifique, etc.)

 

Pas sûr, dès lors, que cette nouvelle «Panaf TV» va exploser l’audimat. Pas sûr non plus cette chaîne de télé va, comme c’était son objectif initial, booster la popularité et la notoriété de la candidate UMP à la mairie. Elle risque, au contraire, de miner sa crédibilité.

 

Notez que, ce que les électeurs parisiens demandent sans doute à Françoise de Panafieu, c’est de savoir gérer une ville, pas de savoir faire de la télé. Peut-être faudrait-il le rappeler à l’intéressée.