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19/06/2013

Une enfilade de clichés

Le Belge moyen est «sensible aux formules de politesse», «en recherche de convivialité», et aime les «ambiances authentiques». On ne sait pas trop où elles ont été cherchées, mais ces assertions en forme de clichés figurent en toutes lettres dans la fiche consacrée aux touristes belges, contenue dans la brochure «Do you speak touriste?». Depuis hier, cette brochure est distribuée à tous les professionnels du tourisme de Paris et de sa région: taximen, hôteliers, etc. Dans le cadre d'une «opération d'envergure» (là) destinée à améliorer la qualité de l'accueil fait aux visiteurs étrangers, ici.

Dans la même veine, celle des clichés enfilés comme des perles, l'Américain y est décrit comme «très direct» et ayant «le contact facile». L'Allemand et le Japonais sont diagnostiqués comme étant en grand besoin respectivement «de constance», et d'être «rassuré». Le Brésilien est défini comme une personne au «contact chaleureux», voire «facilement tactile». On imagine la tête et le désarroi du réceptionniste d'hôtel ou garçon de café de Paris qui, après avoir lu pareille brochure, tomberait par hasard sur un Américain taciturne, un Brésilien réservé, un Belge qui détesterait le cérémonial, un Allemand ou un Japonais qui adorerait l'imprévu – cela doit bien exister.

Sinon, au registre des clichés, on en a entendu pas mal, hier. En boucle, pendant toute la journée, et dans tous les médias français qui ont – amplement – relayé cette opération. Des clichés à l'encontre de ces Parisiens qui, au contact des touristes étrangers, seraient forcément désagréables et unilingues. C'était péniblement insultant pour les si nombreux habitants de cette ville qui, mais oui, sont aimables, accueillants, et ouverts au monde.

Le Parisien forcément teigneux: là encore, on retombe dans le cliché. A moins, bien sûr, que le fait d'habiter cette ville constitue d'office, vu de l'étranger, un stigmate infamant. Parfois, à dire vrai, on se pose la question.

18/06/2013

Une nouvelle place, plutôt réussie

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Transports Plutôt bien: la nouvelle place de la République, telle qu'elle a été inaugurée ce week-end, après dix-huit mois de gros travaux de réaménagement. Auparavant rond-point à voitures en permanence bruyant, agité et pollué, la place qu'avaient créée Napoléon III et le baron Haussmann dans les années 1855 est désormais devenue la plus grande esplanade piétonne de la «Ville lumière»: 280 mètres sur 120. Et, n'en déplaise aux prédictions des Cassandre, le trafic, dorénavant interdit sur un de ses flancs, semble y trouver son compte, du moins si l'on en juge à l'absence d'embouteillages hier soir, pourtant à l'heure de sortie des bureaux.

Certes, à ce stade, cette gigantesque esplanade paraît encore très vide. Les riverains et passants, visiblement, ne se la sont pas encore appropriée, comme s'ils étaient un peu intimidés par l'immensité des lieux. Et la petite centaine d'arbres plantés, très jeunes, devront encore attendre plusieurs années avant d'habiter l'espace. Mais, dans cette nouvelle configuration, l'énorme statue de la République, sa fontaine, ses lions et ses allégories de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, le tout ayant été joliment restauré, en imposent indéniablement plus qu'avant. Et témoignent du soin apporté au rémaménagement des détails comme la qualité et le goût du dallage, ou la beauté des bancs publics (en chêne, et d'une forme résolument contemporaine). Même les inévitables bouches d'aération du métro (pour la gigantesque station située sous la place) ont été reprofilées de manière à être moins hideuses.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Transports Pour que le projet soit parfaitement réussi, peut-être aurait-on pu travailler davantage sur les différences de niveau, afin d'atténuer cette impression d'immensité. Y aurait aussi contribué l'aménagement, ça et là, d'espaces un peu plus intimes, où le regard se perd moins le vide – mais sans doute de tels recoins étaient-ils jugés risqués, comme lieux potentiels d'insécurité. Dans l'ensemble, cependant, «Répu» ainsi remaniée paraît avoir tous les éléments pour, à terme, s'intégrer dans la ville de manière plus paisible et conviviale qu'auparavant.

Bien.

11/06/2013

Un budget pas énorme

Le Parisien moyen: un sorteur invétéré, qui passe ses journées à claquer son fric dans les boutiques et ses soirées à faire le beau en ville? Oubliez tout de suite ce cliché. Si l'on en croit une récente étude de l'institut TNS-Sofres consacrée au budget loisirs, l'habitant de Paris et de sa région va en moyenne moins d'une fois par mois au resto ou au ciné.

Et pour cause. Dans la région-capitale, le budget loisirs moyen tourne autour de 78,3€ par mois. Ce qui n'a rien d'énorme, quand on connaît les prix pratiqués ici. En gros: quasi 10€ la place de ciné achetée à l'unité, rarement beaucoup moins le ticket d'entrée à une grande expo, ou des restos où il n'est pas simple de manger quelque chose de correct à moins de 20-25€ (le soir, en tout cas, mais à midi, les formules-déjeuner réduisent l'addition). Sans parler des tarifs des consos dans les bars à la mode ou des adhésions aux salles de sport: exorbitants.

Ce budget loisirs stagne, pour la majorité des sondés (51%). Il a même régressé pour près d'un habitant sur cinq (19%). Très logiquement, dès lors, dans le classement des loisirs de prédilection à Paris et dans sa région, figurent nombre d'activités de détente qui coûtent peu cher, voire sont gratuites: le footing, les balades, les brocantes, ou le recours aux médiathèques, bibliothèques ou ludothèques municipales. L'on s'adapte comme on peut.

07/06/2013

Une grande réactivité

Les mouvements d'extrême gauche ont une fois de plus démontré leur grande réactivité, hier à Paris. A l'occasion de la mort du jeune Clément, des suites d'une bagarre avec des skinheads d'extrême droite. Réactivité sur le net, les blogs et les réseaux sociaux, bien sûr, mais aussi dans la rue.

Ainsi, dès le début de la matinée, dans la mouvance antifasciste (ici ou, notamment), on a fait floquer des tee-shirts. «Clément, à jamais l'un des nôtres», inscrit en lettres capitales rouges sur fond noir. Tee-shirts qui ont ensuite été portés par ces activistes, lors des rassemblements tenus à Paris en hommage au jeune homme. Vers le milieu de l'après-midi, à la sortie des stations de métro de Paris, on commençait déjà à distribuer des tracts aux usagers – à l'initiative de SOS-Racisme, notamment. Tracts mettant en garde et appelant à la mobilisation: «L'extrême droite tue». Et, dans la soirée, des stickers commémoratifs apposés un peu partout sur les murs des couloirs et stations de la RATP montraient le visage – si jeune – de la victime.

Dès demain après-midi, l'extrême gauche aura une occasion de plus de montrer sa capacité de mobilisation. Elle organise une «Marche blanche»: «Contre le racisme et l'extrême droite – Parce que nous sommes fiers de la France métissée, parce que jamais la barbarie nazie ou raciste ne passera». L'itinéraire du cortège n'a pas été choisi au hasard. Départ Métro Stalingrad: «ville symbole de la défaite du nazisme». Arrivée Métro Barbès-Rochechouart, «haut lieu de la résistance antifasciste: le 21 août 1941, le premier occupant allemand est abattu par le Colonel Fabien, signant ainsi l'acte fondateur de la libération de la France du nazisme, de la barbarie raciste et de l'oppression».

06/06/2013

Une tension, très perceptible

Activisme, ParisPas moins de trois rassemblements sont organisés à Paris, ce jeudi. En hommage au militant anti-fasciste de 19 ans qui est hospitalisé à La Salpétrière: dans un état désespéré (mort cérébrale). Hier, dans des circonstances qui sont encore peu claires, il a été mêlé à une algarade avec des militants d'extrême droite, qui a dégénéré en pugilat. Au cours de celui-ci, il aurait été frappé par un coup de poing américain et se serait écroulé, sa tête heurtant violemment un poteau.

Les skinheads ou autres membres de groupuscules d'extrême droite – accusés, dans cette affaire – , on les croise assez souvent, dans notre quartier du onzième arrondissement. En effet, une de leurs associations a pris l'habitude de tenir ses assemblées dans une salle de la rue Saint-Sabin, à deux pas de Bastille. Ces attroupements de cranes rasés suscitent toujours un certain émoi, dans le quartier. Que ces individus ne quittent d'ailleurs jamais sans avoir apposé un peu partout des pochoirs ou stickers à la gloire de leurs thèses identitaires – on en a déjà parlé, dans ce blog: ici, ou .

Pendant que certains de ces militants tiennent réunion à l'intérieur, d'autres occupent le trottoir, pendant toute la journée. Tous sont blancs de peau. Tous sont habillés exactement de la même manière: bomber, grosses godasses, etc. Tous ont la canette de bière et la clope à la main. Ils passent la journée à toiser du regard les passants, se sentant sans doute investis de la mission de faire régner l'ordre. Le climat de tension et d'inquiétude est très palpable, dans la rue, les jours où ils sont là.

On n'a jamais eu de problèmes avec eux. Mais, chaque fois qu'on les croise, chaque fois qu'ils nous dévisagent quand on passe devant eux, on se dit qu'on a de la chance. De ne pas être un petit jeune à cagoule et à la peau basanée.

27/05/2013

Une invitation à dégager

Paris, SociétéA nouveau la castagne, hier soir à Paris: à l'issue de la manifestation contre le mariage gay. Comme cela avait été le cas lors des précédentes manifestations, sa dissolution a été suivie par des jets de pierres et de projectiles divers sur les policiers. Par des casseurs, particulièrement excités.

Il a fallu attendre 23 heures passées pour que le calme revienne, dans le quartier des Invalides. A l'issue des échauffourées, 293 personnes ont été interpellées, parmi lesquelles 231 ont été placées en garde à vue.

Visiblement, il n'y a pas que dans la classe politique que le niveau général de testostérone est trop élevé – comme avait dit Christine Lagarde, quand elle était ministre. C'est manifestement le cas aussi dans ces groupuscules agités de la droite ultra, d'où sortent ces énergumènes. A l'attention toute spéciale de ces gros bras, donc, ce pochoir que l'on voit pas mal en ce moment, sur le bitume de notre onzième arrondissement. Et qui invite les machos de tous poils à dégager fissa.

Si ça pouvait être vrai...

24/05/2013

Un état très dégradé

Les automobilistes de Paris et de sa région pestent beaucoup, en ce moment, contre les radars. Hier encore, on ne parlait que de cela (voir, par exemple). Ils auraient des raisons de se plaindre aussi de l'état du réseau routier, en région parisienne. Immense, ce réseau: 800 kilomètres d'autoroutes, plusieurs centaines de kilomètres de bretelles, et des tunnels parmi les plus longs d'Europe. Le tout dans un état assez désastreux, comme l'a rappelé la droite UMP cette semaine, au Parlement (là).

Infrastructures pas rarement dans un état de «délabrement». Accotements «sales». Tags qui «se multiplient». Glissières de séparation «souvent rouillées ou abîmées». Evacuation des eaux «déficiente». Signalisation verticale «en mauvais état». Bandes blanches qui «ne réfléchissent plus rien». Panneaux lumineux d'information «défectueux». Revêtement «souvent endommagé». Eclairage public «coupé la nuit sur certaines portions, défaillant sur d'autres». Bref, selon un sénateur UMP de la Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris), «prendre la route de nuit, sous la pluie, devient dangereux», en région parisienne.

Paris, Transports, GouvernementLe ministre des Transports, par la voix d'une collègue, n'a pas nié le problème. Malgré les 95 millions d'euros affectés chaque année à l'entretien du réseau routier parisien, son état visiblement demeure perfectible. La propreté s'y «dégrade trop rapidement». Le système d'évacuation des eaux a souffert des «précipitations abondantes» de ces derniers mois. Les vols de câbles électriques affectent «parfois» la continuité nocturne de l'éclairage des autoroutes A1, A3 et A86. Et «la sécurité impose un plus haut niveau de maintenance des tunnels». Il n'empêche, les usagers de ce «réseau routier stratégique» peuvent «compter sur l'engagement de l'État et de ses agents», pour travailler à l'amélioration de la situation.

Les automobilistes concernés – plusieurs millions chaque jour, tout de même – seront certainement ravis de l'apprendre. En attendant de pouvoir le constater, de visu.

22/05/2013

Un nouvel habitant

Paris, ArtsParis, ArtsUn visage, surgi de nulle part. Découvert ce matin au saut du lit, dans notre coin de Paris – quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Visage de papier, grand format, comme sorti d'une BD. Collé sur un mur, par un artiste de rue.

Visage mutique d'un jeune homme. La moue boudeuse, ayant l'air de toiser le passant, de ce regard que l'on trouve légèrement condescendant.

A quelques rues de là, de l'autre côté du boulevard, un autre visage, lui présent depuis plusieurs mois, contemple lui aussi la vie de quartier. Casquette, lunettes, davantage de couleurs dans le graphisme, mais un regard identiquement songeur.

Cela arrive de temps en temps, dans Paris, de faire connaissance, du jour au lendemain, avec de nouveaux voisins, le plus souvent éphémères. Ainsi, on l'évoqua en son temps, cet ancien Président (ici) cocassement réapparu sur une porte (et qui y figure toujours, aux dernières nouvelles). Ou ces candidats imaginaires aux élections (là), que l'on vit beaucoup dans les rues de la capitale, au moment de la campagne électorale. Ou, encore, ce visage magnifique de Noir (ici), qui impressionna beaucoup les gens du quartier. Avant qu'impitoyablement il disparaisse, balayé par les pluies et/ou les coups de pinceau des agents municipaux de la propreté.

Paris, ArtsAutant de rencontres fugaces et inattendues, qui, au gré de l'humeur des créateurs, agrémentent les allées et venues dans Paris. «La rue est une galerie d'art en plein air», dixit un pochoir que l'on a longtemps vu, dans le onzième. L'art en plein air: à ciel ouvert.

Bien.

21/05/2013

Un cas de figure envisagé

Remue-ménage, place de la Bastille. Où, depuis hier, une armada de gros bras s'affaire à monter la scène où, ce soir, se produiront le chanteur Mika et les autres artistes participant au «Concert pour tous». Qui est organisé par les pro-«mariage pour tous», pour fêter le vote définitif de cette réforme par le Parlement – ce week-end, le texte a été promulgué et publié au Journal officiel.

La manifestation festive pourrait bien se dérouler sous haute protection policière. Les autorités, en effet, n'écartent pas la possibilité de raids d'anti-mariage gay sur Bastille, en cours de soirée. Certains scénarios policiers ont même envisagé un autre cas de figure que celui d'incidents isolés. A savoir, un grabuge généralisé, qui pourrait prendre les mêmes proportions... que la soirée de saccage ayant dévasté le quartier du Trocadéro, l'autre jour. En marge d'une manifestation qui, elle aussi, était censée purement festive: la célébration du titre de champion de foot, remporté par le PSG.

Que ne soit pas écartée la possibilité de batailles rangées sur le sujet en dit long sur l'état du débat politique, dans ce pays. Tout comme le fait que, depuis dix jours, dans le Marais gay – a-t-on remarqué en y passant, ce week-end –, des cars de police sont désormais stationnés en permanence. Veillant au grain. Dans le cadre sans doute de ce que l'on appelle le principe de précaution.

Sale ambiance, décidément.

13/05/2013

Une cohérence qui ne saute pas aux yeux

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë Puisque, dans la dernière note, on évoquait les mots qui fâchent, revenons sur ce dont on avait parlé l'autre jour (là): cette double tentative de renommer une rue de Paris. En l'honneur soit (version droite UMP) de la «Dame de Fer» Maggie Thatcher, soit (version Front de gauche) de son opposant républicain irlandais Bobby Sands. Un boulevard Maggie? Un square Bobby? Finalement, la majorité socialiste a tranché: ce ne sera... ni l'un, ni l'autre. En effet, selon la mairie, ce faire aurait été «utiliser les décès des uns et des autres à des fins politiques», dixit l'adjoint du maire, Bertrand Delanoë, chargé des questions internationales.

Pas de noms de personnalités politiques étrangères pour les rues de la Ville lumière? C'est la deuxième fois que la mairie ressort l'argument. Elle l'avait déjà fait en 2010, quand elle avait refusé qu'un lieu de la capitale honore la mémoire du Palestinien Yasser Arafat.

On ne peut pas dire que la cohérence du raisonnement saute aux yeux.

De longue date, Paris a une avenue Président Kennedy, dans le seizième arrondissement. Une avenue Franklin Roosevelt, près des Champs. Une avenue Président Wilson, à Iéna. Ou une avenue Winston Churchill, près du Grand Palais. En dehors du monde anglo-saxon, le libérateur vénézuélien Simon Bolivar et le révolutionnaire cubain José Marti ont respectivement nommé une place et une rue de la capitale. Il y a un jardin Yitzhak Rabin dans le parc de Bercy. Bertrand Delanoë lui-même, en 2010, inaugura une promenade Ben Gourion, le fondateur d'Israël, sur les quais de Seine. Et, quatre ans plus tôt, s'agissant d'une autre personnalité politiquement très controversée, il avait donné le nom de l'ex-pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. A l'époque, d'ailleurs, l'initiative avait suscité un gros chahut.

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë En revanche, il n'y aura donc pas de polémiques ou de manifs pour ou contre une esplanade Maggie Thatcher ou une allée Bobby Sands. A un an des prochaines élections municipales (il est prévu qu'elles se tiennent au printemps 2014), surtout ne se mettre personne à dos. Ne pas faire de vagues, en somme.

25/04/2013

Une sale ambiance, décidément

paris,société,femmes,sécurité,policeLa loi a été votée mardi, mais ce sale climat perdure, visiblement. Y compris à Paris, en plein coeur de notre quartier Bastille, pourtant censé «gay friendly». Pour illustrer cette homophobie ambiante, désormais complètement décomplexée – si tant est qu'elle ait jamais été complexée –, ce témoignage qu'on a découvert ce matin, dans notre boîte électronique. Il émane d'une jeune fille. Et relate une agression perpétrée hier soir, en face d'un bar-resto très connu du onzième arrondissement, rue Saint-Sabin.

On vous le livre tel quel. Rien à rajouter.

«Ma copine vient de se faire agresser ("Sale gouine", etc.). Elle a des bleus dans le cou, sur le coude. Elle a appelé quatre fois la police en dénonçant des propos "homophobes" et s'est fait raccrocher quatre fois au nez. Ca s'est passé devant le «Café de l'industrie» (terrasse pleine, il était 23h) et personne n'a réagi. Le mec l'a chopée par le cou et l'a jetée par terre. Une voiture de flics est passée, ils ont pris les coordonnées du mec. Elle va porter plainte demain (pas la force ce soir) et je la pousse à faire un certif médical. Je suis en train de la convaincre, mais elle me dit "A quoi bon". On peut forcément faire quelque chose chose contre ça? C'est pas possible autrement?»

23/04/2013

Un courrier, un climat

Société, Activisme, ParisJuste pour donner une idée du climat actuel, en France. En ce jour où le Parlement approuve solennellement le projet de loi sur le «mariage pour tous». C'est un courrier anonyme qu'a récemment reçu une association homosexuelle bien connue, ayant pignon sur rue à Paris. Il dit textuellement ceci – mais on a tout de même corrigé les fautes d'orthographe.

«Salut les tantouzes. Il est où, le siège de votre association de merde? Histoire de passer un soir parler tolérance avec des fils de putes de bons Français de votre genre. J'ai pas trouvé sur internet; merci de me répondre. Si je trouve sans ton aide, tu le sauras en voyant le local brûler».

Alors, bien entendu, on peut se dire que des gens dérangés, il y en a toujours eu et il y en aura toujours – en France comme ailleurs. On peut minimiser la chose, en la mettant sur le compte d'une initiative purement individuelle, absolument pas représentative du climat ambiant. Le problème, c'est que, des courriers de ce type, il y en a eu énormément, ces derniers temps. Envoyés à des personnes ou associations homosexuelles, comme à des personnalités (lire ici, par exemple).

Certains relativiseront, en rappelant qu'en 2004 déjà, le député Vert Noël Mamère avait eu droit à lui seul à... plusieurs milliers de lettres de menaces et d'insultes, après avoir marié symboliquement deux gays, dans sa mairie de Bègles (Gironde). Rien de très neuf donc, près de dix ans plus tard.

Mais c'est peut-être là le problème. Sur certains sujets, décidément, rien ou pas grand-chose ne change, en France.

22/04/2013

Un message, moins sinistre

La place de la Bastille noire de monde, hier après-midi. Plusieurs milliers de personnes, pour dénoncer les violences homophobes et revendiquer l'égalité des droits. Au même moment, deux kilomètres plus loin, à Denfert, étaient réunis, bien plus nombreux, les anti-«mariage gay». Entre les deux rassemblements antagonistes, des dizaines de cars de CRS.

Pour l'anecdote, quelques pancartes vues à Bastille. Véhiculant un message qui nous a semblé autrement moins sinistre que celui de la stigmatisation de la différence et du rejet d'autrui. «Nos familles sont plus belles que vos haines». «Kids, ados gays: vous êtes beaux, vous êtes normaux», «Hétéro solidaire».

Certes, l'humeur générale du rassemblement était à la colère, face au climat actuel – «Folle furieuse», résumait assez bien une pancarte. Et à la peur: encore deux gays tabassés en raison de leur identité, hier: à Nice, cette fois. Mais, de cette foule, où l'on a rencontré et interviewé nombre d'hétéros, se dégageait aussi comme une atmosphère de fraternité, de solidarité: être bien ensemble, se serrer les coudes, faire face. Ne pas courber l'échine. «Fières et belles», comme disait une autre pancarte.

12/04/2013

Une rue Maggie, ou une rue Bobby?

L'idée (là) émane d'un conseiller UMP de Paris: donner à une rue de la capitale le nom de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée lundi. Que l'on sache, aucun des candidats sarkozystes à la mairie n'a repris la chose à son compte. Et pour cause. Pas sûr que l'électorat bobo parisien soit très fan de l'icône de l'ultra-libéralisme. Pas sûr, dès lors, que ce sont les initiatives de cet acabit qui permettront à la droite de ravir la mairie aux socialistes, lors des élections municipales de l'an prochain.

Les élus parisiens, en tout cas, débattront de la chose lors du prochain conseil municipal, les 22 et 23 avril. Déjà, une proposition alternative a vu le jour, au Parti communiste. Lui suggère de baptiser plutôt une rue de Paris au nom de Bobby Sands. Ce membre de l'IRA qui, en 1981, était mort à la suite de sa grève de la faim, la «Dame de fer» ayant toujours refusé de lui concéder le statut de prisonnier politique.

Une rue Maggie, ou une rue Bobby, à Paris? On se réjouit de voir de quel côté va pencher le maire, Bertrand Delanoë. On ne jurerait de rien. Lui qui, en 2006, avait donné le nom du pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ce qui l'avait durablement coupé d'une bonne partie de la mouvance de gauche radicale. Et avait créé (relire ici) un fameux tumulte, dans la capitale.

08/04/2013

Une apparition

François Hollande l'a confirmé, ce matin: un projet de loi va être présenté pour renforcer l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Jusqu'à présent, foulards musulmans, turbans sikhs ou autres kippas juives n'étaient prohibés que dans les services publics au sens strict. Bientôt, ils pourraient l'être également dans les établissements ou associations privés mais remplissant des missions de service public: les crèches privées, par exemple

En attendant, depuis 2011 en France, le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) est censé interdit sur la voie publique en général. On s'en est souvenu samedi. Quand, en fin d'après midi, dans notre métro, à une station de la ligne 8 en plein Paris, est montée dans la rame une jeune femme habillée de la sorte. Couverte de la tête aux pieds, seuls les yeux visibles. Au vu des paquets qu'elle portait, elle venait de faire les boutiques. En la voyant entrer, on s'est dit que, peut-être, l'intéressée allait se prendre des remarques hostiles des usagers. Rien. Pas un mot. A peine quelques regards. Les gens ont fait comme si de rien n'était, le voyage s'est poursuivi sans encombres.

Et, le métro étant une fois de plus épouvantablement bondé, ses voyageurs collés-serrés à touche-touche, on n'a pu faire autrement qu'apercevoir ce que, sous notre nez – au propre, pas au figuré –, cette femme en noir textotait, sur son Blackberry dernier cri: «J'ai acheté une petite robe courte».

28/03/2013

Une autre évaluation, comique

300.000. C'est donc le chiffre qu'a confirmé hier la préfecture de police de Paris, relatif au nombre d'opposants au «mariage gay» ayant manifesté dimanche, dans la capitale française. Les organisateurs, eux, parlent d'1,4 million de personnes. Comme on n'est plus vraiment à quelques dizaines de milliers de manifestants près, cette traditionnelle querelle de chiffres entre autorités et organisateurs de cortèges est très lassante. Pour l'anecdote, cette autre évaluation qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, en Belgique aussi, et que l'on trouve, elle, beaucoup plus comique.

Car elle évalue carrément «la participation réelle du rassemblement à 1,8 millions de personnes»! Estimation basée sur des photos qui, ce jour-là, auraient été prises par «un hélicoptère de la sécurité civile» qui aurait survolé la «Manif pour tous». Et dont les images auraient ensuite été «confisquées car très révélatrices»: interceptées par la haute hiérarchie policière à la demande expresse du pouvoir politique. «La DCRI (=les services de renseignement) et l’Élysée ont les chiffres sur leur bureau», assurent les inconnus à l'origine de cette tentative de buzz viral. Qui exhortent les gens à relayer ce ragot complotiste ainsi qu'un cliché aérien qui constituerait la «preuve flagrante» de cette assertion. «Partagez massivement, envoyez vite par mail à vos contacts et aux médias ayant censuré!»

Ce midi, à la préfecture de police,on ne s'offusquait même pas de cette accusation de manipulation de l'opinion: on était plus proches d'en rire aux éclats, tant paraît astronomique une telle évaluation.

En effet, sans doute mieux vaut-il en rire.

26/03/2013

Un corvée, à force

Habiter à Paris et dans sa région, c'est vivre dans un univers ultra-urbanisé et donc, comme tout citadin de grande ville, être censé ouvert à la modernité. Dans certains domaines d'activités, pourtant, le Parisien ou banlieusard moyen reproduit des schémas on ne peut plus traditionnels. C'est le cas en ce qui concerne l'activité culinaire, à en croire une recherche en sciences sociales que vient de publier l'Institut français de la recherche agronomique.

Elle concerne les modalités de préparation du repas du soir, et a été réalisée auprès de 818 ménages vivant dans la région-capitale. Il en ressort que, à Paris et dans sa région tout autant qu'ailleurs, Monsieur remplace très peu fréquemment Madame aux fourneaux, après la journée de boulot: «Avec plus des deux tiers (68%) de femmes chargées de la cuisine quotidienne au sein des ménages interrogés, ces dernières occupent toujours une place centrale en cuisine».

Les femmes en cuisine, donc, à Paris aussi. Pour le plaisir des intéressées? Pas franchement. L'étude confirme que la répétition lasse, que la routine d'une tâche en soi pas désagréable au départ peut la rendre assommante, à force d'être trop fréquemment accomplie. A cet égard, le clivage hommes-femmes est frappant. Au sein des couples parisiens, les hommes qui mettent la main à la pâte «sont 8 sur 10 à déclarer aimer faire la cuisine au quotidien». En revanche, «la moitié des femmes qui cuisinent n’apprécient pas cette activité».

Elle n'en ont que plus de mérite de se la coltiner.

25/03/2013

Une vie de palace? Pas vraiment

Paris, Tourisme, Economie, Social, Belgique, FemmesA Paris, le secteur du tourisme résiste bien à la crise. En 2012, avec, selon le dernier bilan en date (ici), 29 millions d'hébergements touristiques, la «Ville lumière» a encore battu tous ses records. Ce qui n'exclut pas quelques reculs particuliers. Les visiteurs provenant de Belgique, par exemple, ont été moins nombreux, l'an dernier: -2,6% pour les arrivées (au nombre 295.000) et -3,9% pour les nuitées (637.000). Plus intéressant que ces chiffres de fréquentation: qu'en est-il des conditions de travail des quelque 52000 salariés qui, en région parisienne, sont occupés dans ce secteur touristique? Elles n'ont rien de mirobolant. C'est ce que vient de rappeler (là) l'Institut français de la statistique (Insee).

Ainsi, dans l'hôtellerie, «les salariés exercent fréquemment leur métier en horaires décalés, et perçoivent plutôt de faibles salaires». Certes, le salaire horaire net y est plus élevé que dans la restauration. Et les hôtels situés à Paris paient mieux leur personnel que les établissements situés en banlieue. Reste que, globalement, le salaire net dans l'hôtellerie en région parisienne, «quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle», «est plus faible que dans l’ensemble des (autres) secteurs (professionnels): 11,08€ de l'heure, contre 16,58€». Et c'est particulièrement vrai «pour les métiers qui nécessitent le plus de personnel, comme les employés d’étage ou les réceptionnistes». Sans oublier que, pour les métiers de plongeurs, de serveurs ou de personnels d’étage, «les contrats de travail intermittents représentent plus d’une offre sur deux à Paris». Au demeurant, dans ce secteur hôtelier, «de nombreuses embauches (41%) s’effectuent via des contrats de très courte durée, de moins de 8 heures par semaine».

Et, bien sûr, dans le tourisme comme dans tant d'autres secteurs de l'économie française, «les hommes sont mieux rémunérés que les femmes, y compris pour des métiers identiques».

Bref: pas forcément une vie de palace, pour les petites mains de ce si renommé tourisme parisien.

07/03/2013

Un vieux cliché à nouveau écorné

Femmes, Transports, Sécurité, ParisCe n'est pas la première fois que de tels chiffres sortent (relire ici), mais pourquoi pas les évoquer, en cette veille du 8 mars. Puisqu'ils tordent à nouveau le cou à un cliché sexiste. Non, définitivement non, les femmes ne conduisent pas forcément plus mal que les hommes. On en a encore eu la preuve l'an dernier, à Paris.

Ville où, d'après les propres chiffres de la préfecture de police, qu'elle a communiqués hier, très exactement 1.542 femmes ont été responsables d’accidents de la route, en 2012. Contre 4.787 hommes. Ce qui nous fait un ratio 75%-25%, défavorable aux mâles.

Sans doute est-il difficile d'en déduire que, d'office, les Parisiennes conduisent mieux que les Parisiens. En effet, le nombre plus élevé d'accidents causés par les hommes dans la capitale peut aussi découler du fait qu'on y dénombrerait davantage de conducteurs que de conductrices. Il n'empêche, certains indicateurs en disent long. Ainsi, toujours dixit la préfecture de police, «l’analyse de l’accidentologie 2012 met en lumière un écart encore plus grand entre hommes et femmes quant aux causes principales d’accidents: pour la vitesse 72% contre 28%, pour l’alcool 89% contre 11%, et pour les stupéfiants 91% contre 9%».

Voilà, en tout cas, un argumentaire tout trouvé: la prochaine fois qu'on se farcira des quolibets masculins éculés, moquant la prétendue inaptitude, voire dangerosité, des femmes au volant.

22/02/2013

Une ville où l'on se marie peu

Puisqu'on a tant et tant parlé du mariage en France, ces derniers mois, cette spécificité parisienne, que vient de rappeler (ici) l'Institut national de la statistique (Insee). A Paris, en dépit de son cliché de ville ultra-romantique, on se marie beaucoup moins qu'ailleurs: moins que dans sa banlieue – et, par extension, qu'en province.

A Paris intra muros, 61% des gens vivant ensemble sont mariés; ils sont 71% dans ce cas en région parisienne. Dans la capitale, un couple sur trois (33%) vit en union libre, contre seulement 24% en banlieue et 22% en province.

Pourquoi donc le mariage a-t-il moins la cote dans la «Ville lumière»? L'Insee explique cela par deux caractéristiques de la population parisienne. D'abord, elle est proportionnellement plus jeune que celle de banlieue et de province: les 18-34 ans sont plus nombreux dans la capitale que partout ailleurs, et plus d'un Parisien sur trois (35%) a moins de 35 ans, contre 30% en banlieue et 25% en province. Ensuite, parmi ces nombreux jeunes qui habitent Paris, on compte beaucoup plus d'étudiants qu'ailleurs: 73% des Parisiens de 18 à 24 ans sont scolarisés, contre seulement 57% des banlieusards et 49% des provinciaux.

Cela confirme donc que le mariage demeure une institution majoritairement vue/vécue comme étant destinée avant tout aux couples qui se sentent prêts à entrer dans la vie active: ont atteint un certain âge, et achevé leur formation.

Frigide Barjot n'a pas encore réagi.