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26.01.2012

Une terre de (centre-)gauche

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismePlus que jamais terre de gauche, notre 11ème arrondissement. Enfin, de gauche: de centre-gauche on va dire, s'agissant du PS. Parti dont le candidat à l'Elysée, François Hollande, présente ce jeudi ses 60 propositions, et il a choisi le 11ème pour ce faire. Et même un lieu emblématique de cet arrondissement si populaire jadis: la Maison des Métallos.

Laissé à l'abandon pendant les décennies où la droite chiraquienne régna sur Paris, ce temple des luttes d'ouvrières d'antan a été rénové, plutôt bien, par la mairie et la Région (toutes deux désormais socialistes, pour rappel), et est devenu un centre socio-culturel. L'automne dernier, déjà, c'est dans le 11ème que le favori à la présidentielle avait tenu le dernier meeting de sa campagne pour les primaires en vue de l'investiture socialiste. C'était à la salle de spectacles du Bataclan, boulevard Voltaire.

Mais, dans les rues de ce onzième, comme un pied de nez adressé au parti dominant de l'opposition, les petits partis de gauche ont, ces dernières semaines, collé, recollé et surcollé des tas d'affiches électorales. Cette intrusion picturale gauchiste est même assez impressionnante.

Les Parisiens du coin ont donc pu faire connaissance avec Nathalie Arthaud: qui a pris la succession d'Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière, mais qui tarde à se faire un nom. Depuis dimanche, cela dit, les affiches de LO ont été détrônées par celles du Front de gauche. Un parti qui, au vu du nombre de ses affiches placardées sur les murs de notre quartier, y a envoyé une grosse escouade de colleurs.

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismeOn n'a pas compris, d'ailleurs, le slogan d'une de ses affiches: «C'est le moment de prendre parti pour LA RÉPUBLIQUE». Et quoi? Désormais, la formation du tribun populiste Jean-Luc Mélenchon constituerait le seul et unique parti républicain? Au printemps, les électeurs qui voteront pour un autre candidat et/ou voteront à droite ne serviront ni n'honoreront la République?

Cet accaparement, cette préemption somme toute, c'est, bien sûr, totalement abusif. Et péniblement prétentieux.

10.01.2012

Une année d'énormes travaux (encore)

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, Il va falloir supporter encore plus le bruit des bétonneuses et des marteaux-piqueurs, à Paris cette année – comme s'il n'y avait pas déjà assez de vacarme dans cette ville...

C'est ce qu'on s'est dit hier soir, en passant place de la République. Où, soit dit en passant, cela va aussi bouchonner, klaxonner, s'énerver et polluer encore un peu plus qu'avant, cette année.

Hier lundi, en effet, ont débuté les travaux de réaménagement de la grande place de l'Est parisien. L'idée est de la transformer en vaste et belle «esplanade piétonne arborée». «De nouveaux arbres, un bassin, un miroir d'eau», et une circulation automobile complètement chamboulée, qui ne fera plus le tour de la place, comme depuis toujours, mais sera reléguée sur un de ses flancs. Pourquoi pas. On verra. C'est au printemps 2013 qu'on jugera cela.

Le vacarme des travaux toujours, et pour encore un sacré bout de temps, au centre-ville cette fois: aux Halles.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, L'immense chantier de rénovation et de réaménagement du complexe commercial et de ses alentours n'en est qu'à ses débuts: il ne sera pas achevé avant 2016. La mairie nous promet monts et merveilles. «Un nouveau jardin convivial ; un quartier piéton étendu et des voiries souterraines restructurées; un nouvel édifice inspiré de la nature, La Canopée, qui reliera la ville du dessus à la ville du dessous; des cheminements simplifiés et plus confortables; une gare RER plus vaste et plus fonctionnelle; un Forum plus lumineux et moderne; des accès au Forum réorganisés… Avec un cœur de la métropole à l’image d’une capitale accueillante, vivante et dynamique, voilà le Paris de demain qui prend forme».

Mais, dans le quartier, il y a aussi des gens (là) pour qui ce projet pharaonique (802 millions de budget) est «absurde», «hideux», «exorbitant» et «interminable»: un vrai «scand'halles», en somme. Du coup, la bagarre se fait aussi devant les tribunaux. Et, s'il fallait donner le score de cet interminable match urbanistico-juridique, on dirait que c'est égalité 1 partout.

Côté pile, le tribunal administratif a rejeté le recours qu'avait introduit le comité de quartier contre le protocole financier, juteux, passé entre la ville de Paris et le consortium privé pilotant le projet: une filiale des groupes Axa et Unibail-Rodamco.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, Mais, côté face, la mairie vient de voir annulé en justice l'avenant qu'elle avait conclu avec l'architecte de la Canopée: ce toit de verre géant – péniblement verdâtre, trouve-t-on, mais les goûts et les couleurs... – qui, à 14 mètres de haut, surplombera les futures Halles.

Les juges ont estimé que cet avenant augmentait de façon exagérément importante le montant du contrat initial. Le jugement «n'a nullement pour effet de remettre en cause l'opération des Halles, ni de suspendre ou retarder le chantier de la rénovation, qui se poursuit dans le calendrier prévu», a précisé illico (ici) la mairie.

A Paris, c'est sûr, on n'a pas fini d'en parler, de ce chantier.

24.11.2011

Une croisade, une condamnation

Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).

Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.

C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.

Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.

Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.

En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».

Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».

Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.

22.09.2011

Une idée farce

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyOn la trouve drôle, parfois, Eva Joly. Dans «Le Monde» d’hier soir, la candidate écologiste à la présidentielle de 2012 y est allée d'une petite idée révolutionnaire assez farce, concernant un des lieux emblématiques du patrimoine parisien. A savoir, l'Hôtel de la Marine: l’imposant bâtiment à colonnade qui borde tout le côté nord de la place de la Concorde.

 

A l'horizon 2014, l'édifice sera vidé par la Défense nationale. Aux projets de réaffectation chics, chocs, voire snobs circulant dans le tout-Paris en ce moment, Eva Joly préfère, carrément, ... un Musée de la Révolution. A ses yeux, ce serait une manière, «en accord avec les idéaux des Lumières, (de) retrouver l'esprit de fête de la Révolution, pour créer un nouvel espoir d'émancipation et un nouvel horizon pour notre pays». A ses yeux, pourraient notamment y être transférées les «25 000 pièces relatives à cette époque, qui se trouvent conservées, loin des yeux du public, dans les réserves du Musée Carnavalet».

 

Iconoclaste? Pas du tout, selon Eva Joly. Pour qui, ce qui relèverait de «l'outrage» et «du mauvais goût», ce serait, au contraire, de faire de cet Hôtel de la Marine «un palace pour privilégiés». Etant donné que ce bâtiment «regarde la place de la Concorde, ancienne place Royale, qui fut l'un des hauts lieux de la Révolution française: symbole tout à la fois des excès de la Terreur et de la rupture fondatrice que constitua 1789 dans l'histoire nationale».

 

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyTout de même. Célébrer l'esprit révolutionnaire dans ce haut lieu du grand luxe qu'est la place de la Concorde – où se situe aussi, faut-il le rappeler, le si select l'Hôtel de Crillon, un des palaces les plus chers de Paris –; rien que l'idée risque de faire tousser, en haut lieu.

 

Vénérer les sans-culottes dans cet Hôtel de la Marine qui, jadis, fut le garde-meuble de la Couronne; le Premier ministre François Fillon risque encore d'accuser l'écologiste franco-norvégienne de n'être qu'une espèce de sous-Française manquant totalement de culture et d'identité nationales.

03.08.2011

Un été qui va bousculer

PARISMEURT.jpgParis meurt, Paris se meurt, en août. C'est ce qu'il est de bon ton de se dire entre Parisiens chaque année à ce mois-ci. C'est ce qu'affirme aussi, en ce moment, une grande inscription murale taguée l'autre jour par un passant manifestement un brin chagrin, dans une ruelle pas loin de la maison. C'est à la fois vrai et pas vrai.

Vrai, car, effectivement, plus les jours passent et plus les commerces, un peu partout, baissent leur rideau métallique et y apposent le sacrosaint écriteau donnant rendez-vous en septembre. Vrai car, en effet, le trafic et donc les embouteillages et la pollution sont (un peu) moindres en ville depuis lundi. Mais pas vrai, car – on en a encore fait l'expérience hier soir – les métros aux heures de pointe sont toujours aussi insupportablement bondés et torrides. Pas vrai, car, le soir, les terrasses à Bastille et les bars dans le Marais sont toujours aussi courus. Par vrai, car il y a toujours autant de miséreux qui croupissent dans la Ville lumière, sur notre boulevard Richard Lenoir comme ailleurs.

Et pas vrai, car ils se passe tout de même encore des choses intéressantes dans cette capitale, du point de vue culturel. C'est le cas par exemple du festival «Paris Quartier d'été», qui, en plus, cet été, va assez joyeusement bousculer la tradition. Ainsi, parmi les cadres parisiens dans lesquels vont se dérouler ses spectacles, figure pour la première fois l'Hôtel national des Invalides: haut lieu de l'histoire militaire française, à la tradition sévère et rigide comme il se doit, et qui, jusqu'à présent, était plus abonné aux cérémonies martiales et solennelles qu'aux fulgurances de la création culturelle.

Du coup cet été, dans la Cour d'Honneur des Invalides, sous le regard de ses 60 canons de bronze rigoureusement alignés, une compagnie de danse style hip-hop va virevolter autour de barrières Vauban (*): ces barrières métalliques servant généralement à empêcher la foule à accéder à tel ou tel lieu. Comme le notent les organisateurs du festival, ce sera amusant de voir «comment un objet qui sert habituellement à canaliser, à limiter et à interdire peut devenir l'instrument de toutes les libertés et l'appui de tous les envols».

GROSSEBRUTE.jpgAinsi encore, dans ce cadre si cocardier des Invalides, on poussera l'exotisme jusqu'à y entendre résonner les chants des Manganiyars: une communauté d'artistes venus du Rajasthan indien. Ainsi, toujours, à deux pas de l'Église du Dôme et de son tombeau de Napoléon Ier, on pourra revoir en plein air «Les Duellistes», le film de Ridley Scott: « fresque époustouflante, déroulée sur fond de guerres napoléoniennes, à admirer sous la statue de l’empereur».

Très bien, tout cela. Rien de tel, trouve-t-on, pour s'aérer l'esprit et pour avancer, que les contrastes et les confrontations – en culture comme ailleurs.

(*) Barrières dénommées de la sorte en français de France, mais, si on a bonne mémoire, appelées plutôt barrières Nadar en français de Belgique. Le français, langue plurielle: encore une illustration, après nos prunes d'hier.

13.09.2010

Une lassitude

Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou ), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».

On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.

De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».

Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.

En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.

06.09.2010

Un programme

C'est certainement un sujet très accessoire, en ces temps de tension sociale à Paris et en France plus généralement. N'empêche, ce sujet nettement plus anecdotique pose questions. Il concerne le vaste programme de mécénat que vient de relancer le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, relatif aux infrastructures du Jardin des Plantes.

Cet espace vert magnifique est fréquenté chaque année par plus de 5 millions de visiteurs. Ses allées sont parsemées de 255 bancs, qui doivent être rénovés. Le programme "Parrainez un banc du Jardin des Plantes" ambitionne donc «d'impliquer les amoureux du Jardin, de leur permettre de contribuer à la valorisation de ce lieu, et de témoigner ainsi de leur engagement en faveur d'une institution dédiée à la protection de la biodiversité et de l'environnement». En échange d'un chèque de 1800 euros (pour un banc simple) ou de 3600 euros (pour un banc double), les généreux parrains pourront donc, aux pieds du banc que leur mécénat aura permis de rénover, apposer une plaque avec leurs noms ainsi qu'une petite dédicace.

De cette initiative, on ne sait pas trop que penser. Côté pile, en effet, pourquoi pas associer les amoureux de cet espace vert à sa valorisation, a fortiori si cela peut permettre le maintien en bon état de ce fleuron du patrimoine végétal parisien. Mais, côté face, en tout cas dans un monde idéal (à savoir sans austérité budgétaire, sans déficits publics colossaux, sans crise économique, etc.), l'entretien des espaces verts et de leurs infrastructures, qui plus est si ces espaces verts sont classés, devrait tout de même incomber avant tout aux pouvoirs publics. Vu toutes les autres priorités (sociales, etc.) sans doute plus importantes de l'Etat, cette privatisation de facto de l'entretien du patrimoine est-elle, à terme, inévitable? Aujourd'hui, il ne s'agit que de privatiser l'entretien de choses aussi basiques que des bancs publics. Mais demain à Paris – comme déjà à Tokyo, par exemple –, ne pourra-t-on plus admirer une statue dans un parc ou un tableau dans un musée sans qu'à côté, figure la sempiternelle plaquette en l'honneur du mécène ayant financé sa restauration? Et, si oui, faut-il s'y résoudre, s'en réjouir ou s'en désoler?

09.06.2010

Un embellissement (impossible?)

Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.

Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».

A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.

02.06.2010

Une réouverture

Aujourd'hui, un sujet infiniment plus léger qu'hier. Et même carrément bucolique. Du beau monde se pressait hier soir au Jardin des Plantes. Ministres, élus parisiens, mécènes et autres personnalités diverses et variées étaient au cocktail d'inauguration de la réouverture des Grandes serres du Muséum national d'Histoire naturelle. Car ce joyau du patrimoine architectural et botanique, qui était fermé depuis six ans pour restauration, est de nouveau accessible au grand public à partir de ce mercredi. Cela ne peut pas mieux tomber, en cette Année mondiale de la biodiversité qu'est 2010.

 

Ces magnifiques édifices sont les dignes héritiers des orangeries et serres du Jardin du Roy, utilisées à l'époque pour conserver et acclimater les collections botaniques et les plantes rares ramenées par les naturalistes français de leurs voyages d'exploration. Il s'agit même des premières structures de métal et de verre de ce type construites dans le monde, entre 1834 et 1836. Le chantier de restauration a été long et complexe, vu que cet ensemble est intégralement classé. Les vitrages, qui étaient en très mauvais état, ont été entièrement démontés puis replacés dans les règles de l'art. Les boulons et fragments métalliques de l'ossature, parfois si mal en point qu'ils menaçaient de s' écrouler sur les visiteurs, ont eux aussi été réparés. Les lieux ont été reconfigurés pour se conformer aux règles de sécurité et être accessibles aux handicapés. Et le Muséeum a repensé le contenu botanique de l'ensemble, de manière à permettre la découverte d' «une nature imaginaire où cohabitent des plantes des quatre coins du monde; une nature bien réelle, car les plantes y poussent en pleine terre et se laissent admirer de très près». Bref, une «rencontre avec le monde végétal, le plus ancien laboratoire de la vie, tout à la fois poétique et scientifique».

 

«Passer de l'émerveillement (pour le patrimoine végétal présenté) à l'engagement (en faveur de l'environnement et de la biodiversité)»: tel est le voeu formulé pour les visiteurs par l'institution. Celle-ci, soucieuse de mettre ses actes en concordance avec ses discours, a veillé notamment à ce que l'énergie nécessaire au maintien à 22 degrés de la température de la serre tropicale humide provienne du reyclage de la chaleur produite par l'incinération de déchets. Autre initiative appréciable en ces temps de crise: les tarifs d'entrée pratiqués sont plutôt raisonnables: 5 euros le ticket adulte, 3 euros le billet enfant (jusqu'à 14 ans).

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dès aujourd'hui et durant tout cet été – même si la canicule estivale n'est sans doute pas la meilleure période pour visiter cet endroit –, le Jardin des Plantes redevienne, auprès des touristes singulièrement, un des endroits les plus courus et donc les plus bondés de Paris.

23.04.2010

Un décloisonnement

grandpalais.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Ce sera le gros chantier culturel à Paris, ces prochaines années. Et il a été présenté cette semaine. Il concerne le Grand Palais, ce sublime édifice non loin de la Seine. Qui, après avoir longtemps vivoté et même, physiquement, pourri sur pieds, commence à trouver sa place dans le paysage culturel, pourtant déjà si vaste, de la capitale.

 

Mais cet immense paquebot se sent trop à l’étroit pour remplir toutes ses ambitions. Trop cloisonné surtout, lui qui est divisé entre le Palais proprement dit, les Galeries nationales et le Palais de la découverte. Le projet de rénovation présenté mercredi entend renouer avec le faste, les volumes aérés et les expositions populaires des débuts du Grand Palais, lors de l’Expo universelle de 1900. Dès lors, la nef du premier étage va être dotée de galeries d’expositions suppplémentaires. Une section spécialement dédiée aux activités numériques sera créée. Les espaces du bâtiment aujourd’hui sous-utilisés seront revus, et leur réorganisation fera l’objet d’un concours international d'architecture. Le tout permettra de doubler la capacité d’accueil de l’ensemble, la faisant passer de 10.000 à 20.000 visiteurs par jour.

 

Les travaux ne devraient pas être achevés avant plusieurs années. Leur budget sera de 236 millions d'euros, payé pour moitié par le ministère de la Culture. Le Grand Palais devant s'aquitter de l'autre moitié de l'addition, il prévoit l’installation en son sein de cafétéria, boutiques et autres espaces marchands – ben voyons, il faut bien trouver les fonds quelque part...

 

Tout aussi prosaïquement, l’amateur d’art fréquentant ce lieu, au-delà de futurs éblouissements culturels éventuels, sentira très physiquement l’amélioration de son confort de visite. En effet, le projet de rénovation prévoit «l’installation d’un système de régulation thermique dans la nef». Excellente nouvelle. Car ce n’est vraiment pas un luxe. Aujourd’hui, en effet, en dehors de la belle saison, il fait souvent péniblement froid dans cet édifice visiblement très difficile à chauffer vu ses dimensions colossales. Dès lors, son décloisonnement et l’augmentation de ses surfaces utiles étaient difficilement imaginables sans une amélioration en la matière.

06.04.2010

Un choix

La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou ). Cette agence  est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.

 

Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.

 

Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.

 

De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.

29.03.2010

Un renouveau

bastille.jpgCes derniers jours dans le quartier, en matière d’urbanisme et de patrimoine, on a beaucoup parlé de la place de la République. Dont on évoquait dans une note récente le grand projet de lifting, qui vient d’être officiellement dévoilé par la mairie (voir les photos ici). Projet ambitieux puisqu’il s’agit de faire en sorte que, d’ici au printemps 2013, «la "Répu" quitte la catégorie des places courants d'air et gaz carbonique, pour offrir la physionomie conviviale d'une grande place populaire du 21e siècle». Cela dit, en ce qui concerne le patrimoine de l’Est parisien, il est un autre chantier dont on a beaucoup moins parlé ces derniers temps mais qui, comme en catimini, vient, lui, de s’achever. On a pu le constater ce week-end, en passant là un peu par hasard: la restauration de la façade de l’Opéra Bastille est enfin terminée.

 

Depuis 1996, le bâtiment – qui est généralement assez détesté mais que, nous, on a toujours adoré, on le redisait cet été encore (ici) – était péniblement défiguré. Défiguré par  les gigantesques filets qui l’entouraient, destinés à éviter des chutes de pierres sur la chaussée. C’était le résultat de malfaçons dues à l’achèvement précipité de l’édifice à l’époque, afin que le Président Mitterrand puisse l’inaugurer dans le cadre des cérémonies commémorant le bicentenaire de la Révolution de 1789. Le chantier de restauration , entamé en janvier 2008, a consisté à poser 28000 m2 de parements neufs (mélange de pierre, d’ardoise et de granit) en lieu et place des blocs de la façade qui, trop fragilisés, menaçaient de s’effondrer.

 

Le résultat fait plaisir à voir. A fortiori quand, en ces jours printaniers, le soleil éclatant fait ressortir la couleur sable des pierres de l’édifice et souligne d’autant plus les contrastes avec les parois vitrées. Quatorze ans après la pose de ses filets si disgracieux, ce monumental bâtiment peut enfin être apprécié à sa juste valeur – excellente nouvelle décidément, pour le quartier.

26.01.2010

Un réaménagement

placedelarepublique.jpgBertrand Delanoë sur les traces du baron Haussmann. En ce début d’année, est tombée une décision qui était très attendue dans notre quartier et y avait fait l’objet de débats passionnés. Elle concerne l’avenir d’une réalisation majeure, dans les années 1850, de l’urbaniste de Napoléon III, que le maire de Paris souhaite à présent remodeler: la place de la République – «Répu», comme les Parisiens surnomment affectueusement cet endroit. On est désormais fixé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va y avoir du changement aux pieds de la fameuse statue aux trois si belles allégories représentant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

 

Cette place a une superficie de 3,5 hectares, ce qui en fait une des plus vastes de la capitale. Populaire, elle n’en a pas moins un certain cachet architectural vu la qualité de nombre d’édifices qui l’entourent. Mais elle pourrait mieux fonctionner. L’espace vert et la fontaine situés en son centre pourraient être plus soignés. Et les Parisiens, d’habitude, n’aiment guère la traverser vu le flux permanent de véhicules qui tournent autour de cet immense rond-point – où, aux heures de pointe, l’on compte paraît-il plus de 2500 véhicules à l’heure.

 

Précisément, le pari du projet urbanistique qui a été retenu par la mairie en ce début d’année consiste à remplacer cet anneau de circulation par un seul grand axe à double-sens, qui, sur un de ses côtés, serait flanqué par une vaste esplanade. Le périmètre dédié au piéton serait «agrandi de plus de 50%», une voie serait réservée aux vélos, bus et taxis, bref «une reconquête audacieuse de l’espace public» est promise aux Parisiens à l’horizon 2013.

 

Pourquoi pas. Il y a toutefois une chose, dans ce projet de réaménagement, qu’on ne comprend pas trop. Déjà, dans le schéma actuel de la place, la fluidité du trafic automobile est toute relative. Si demain l’espace public dédié à cette circulation est encore réduit, comment fera-t-on pour éviter que cela se traduise avant tout par davantage d’embouteillages et donc, pour les riverains, par davantage de vacarme et de pollution? A moins que les autorités tablent sur une diminution de la circulation automobile globale à Paris d'ici à 2013 – mais sur quelles bases, une telle prévision? Sauf à penser qu'il s'agirait de forcer cette diminution voulue du trafic en dégoûtant les automobilistes par des aménagements leur compliquant sans cesse la vie. Ce qui, politiquement, pourrait encore se justifier. Mais alors, et c'est un Parisien non-motorisé qui pose la question, ne serait-ce pas plus clair et plus courageux de le reconnaître franchement?

07.12.2009

Un sexagénaire

Cette semaine à Paris, l’actualité se déroulera notamment en bord de Seine. Jeudi, en effet, entre le Pont Charles de Gaulle et le viaduc du métro, sera inaugurée «La Râpée», le plus énorme ponton jamais amarré sur le fleuve. Lourd de 600 tonnes, long de plus de 60 mètres, réparti sur trois niveaux, ce ponton accueillera une gare fluviale des Bateaux parisiens, où accosteront deux navettes transportant les passagers sur la Seine et sur la Marne. Une salle de réception, un restaurant ainsi qu’une vaste terrasse sont également prévus. L’ensemble est décrit comme «un projet s’intégrant parfaitement dans le développement de l’Est parisien et dans le respect de l’environnement».

 

Tant qu’on est dans ces parages fluviaux, et vu qu’on met tout doucement le cap sur 2010, il est plus que temps d’évoquer le soixantième anniversaire qu’a fêté cette année une véritable institution parisienne: la Société des Bateaux-Mouches. Les navires de cette compagnie font désormais tellement partie du paysage parisien qu’on a tendance à oublier qu’en 1949, lorsqu’ils virent le jour, ils étaient vraiment très novateurs, voire avant-gardistes, avec leur physionomie si particulière: entièrement vitrée et surmontée d’énormes projecteurs. Pour la petite histoire, l’appellation «bateau-mouche» qui désigne ces bateaux vient du nom du chantier naval proche de Lyon où ces navires ont été construits, entreprise baptisée les Chantiers de la Mouche.

 

L’histoire de la société des bateaux-mouches est vraiment une «success story» à la parisienne. Cette petite entreprise familiale a débuté il y a soixante ans en exploitant trois bateaux seulement. Aujourd’hui, les années ayant passé et le succès  du concept n’ayant jamais été démenti,  elle se retrouve à la tête d’une flotte de 14 navires: 5 bateaux restaurants et 9 bateaux promenades. Les croisières à bord de ces derniers  peuvent être commentées dans six langues différentes – preuve qu’à Paris parfois, on sait tout de même y faire, linguistiquement, avec les touristes étrangers. Et le plan de parcours remis à l’embarquement de chaque passager est disponible en… 25 langues. En termes de fréquentation, d’ailleurs, avec ses quelque 2 millions de passagers transportés chaque année, la fameuse compagnie maritime établie aux pieds du Pont de l’Alma fait partie des sites les plus visités de la Ville lumière.

08.10.2009

Un Palais

palaisdelamutualité.jpgLes syndicats tentent de mobiliser, en ce moment en France. Que ce soit en faveur d’un travail décent (à l’occasion de la journée mondiale sur ce thème, hier), pour les salaires (les routiers, la nuit d’avant), dans les transports (grève à la SNCF le 20 octobre, a-t-il été annoncé hier) ou carrément pour la survie des travailleurs (la vague des suicides à France Telecom, les agriculteurs et éleveurs en train d’agoniser, etc.). Au même moment à Paris, une page de l’histoire sociale se tourne. Cette semaine, en effet, s’est joué le sort d’un bâtiment emblématique des luttes sociales dans la capitale: la Maison de la Mutualité, «la Mutu» comme l’ont appelée des générations de militants, une institution du Quartier latin.

 

Mitterrand, Jospin, Rocard, Royal, les sans-papiers, les chanteurs engagés, les réfugiés politiques, les soixante-huitards, les féministes et on en passe: dans ses grandes (et belles) salles de meeting, dans ses coulisses si souvent enfiévrés, ce palais de style Art déco a accueilli nombre d’événements ayant fait date dans l’histoire sociale, politique ou associative de la République – le rappelle bien la station de métro ‘Maubert-Mutualité’ voisine, sur les murs de laquelle tout cela est résumé en grandes photos. Mais le propriétaire de l’immeuble est un organisme mutualiste désormais quasi en faillite. Depuis des mois donc, il cherchait à rendre plus rentable cette surface exceptionnelle, située au cœur d’un des quartiers les plus prisés de Paris. Cette semaine, il a effectivement concédé la gestion du Palais à une société privée spécialisée dans l’organisation d’événements et la tenue de salons.

 

Du coup, des craintes sont exprimées sur l’avenir de ce haut lieu parisien des luttes syndicales et politiques, que d’aucuns voient transformé bientôt en centre de congrès de luxe. D’autant qu’il va fermer pendant de longs mois pour d’importants travaux de rénovation – un chantier confié cela dit au talentueux architecte Jean-Michel Wilmotte. Depuis des semaines donc, les syndicats mobilisent à la «Mutu», à coups de manifestations notamment. Avec un certain succès, semble-t-il. Le nouveau gestionnaire vient de prendre publiquement l'engagement (ici): «Les manifestations qui étaient accueillies historiquement ainsi que les rencontres, congrès ou conventions, organisés par les entreprises et les institutions au plan national et international trouveront naturellement leur place» demain dans le Palais rénové. En attendant, les services de soins de santé de proximité qui y étaient dispensés, s’ils seront à terme réorganisés, seront maintenus dans une annexe du bâtiment, au bénéfice notamment de la population agée qui habite le quartier.

 

C’est déjà cela.

16.09.2009

Une coïncidence?

hotelambert.jpgL’Hôtel Lambert, c’est le feuilleton urbanistique de l’année à Paris; on en a déjà parlé dans ce blog (ici). C’est la querelle qui, dans la capitale, n’en finit plus d’alimenter la chronique et de nourrir les polémiques. Il est vrai qu’elle concerne un des plus beaux hôtels de maître du centre-ville. Un somptueux édifice du dix-septième siècle, qui plus est admirablement situé en bord de la Seine, à la proue de l’île Saint-Louis. Hier après-midi, la saga a de nouveau rebondi. En effet, statuant en référé, le tribunal administratif de Paris, qui avait été saisi par des défenseurs du patrimoine, a suspendu la décision du ministère de la Culture autorisant le nouveau propriétaire des lieux, le frère de l’émir du Qatar, à y effectuer des travaux d’aménagement somptuaires. Travaux qui, selon les défenseurs du patrimoine, effaceraient des pans entiers d'histoire.

 

Voilà un jugement qui a dû/pu/ faire grimacer les diplomates, au quai d’Orsay. Depuis le début de l’affaire, en effet, le ministère des Affaires étrangères est soupçonné par les opposants au projet d’avoir, en sous-main, fait pression sur le ministère de la Culture. Pour que celui-ci passe outre aux réticences de la ville de Paris et autorise les travaux. Histoire de ne pas froisser l’éminent émir, de ne pas risquer donc le moindre incident diplomatique, dès lors de conserver d’excellentes relations avec ce pays très petit mais si grand producteur d’or noir.

 

Coïncidence? Il y a quelques jours, jeudi dernier précisément, le Président Sarkozy recevait en audience au palais de l’Elysée le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du… Qatar, un proche de l’émir puisqu'il fait partie de la famille régnante. De source officielle, l’entretien a porté «sur les principaux dossiers de la relation bilatérale et sur les questions régionales».

 

On ne sait si, en aparté, les deux hommes ont également évoqué le fameux édifice de l’île Saint-Louis. Ce qui est probable, en tout cas, c’est que le climat de cet entretien au sommet aurait été un tantinet moins cordial si, par pure coïncidence à nouveau, il s’était déroulé ne serait-ce qu’une semaine plus tard.

14.09.2009

Un revirement

centresuedois1.jpgUn peu de culture, pour bien commencer la semaine. Et on la débutera d’autant mieux qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, d’une excellente nouvelle même pour les habitants et les voisins de notre cher Marais. Vient d’être levée, en effet, une sombre perspective que le début de l’été avait amenée sur le quartier. Dont les habitants férus d'art et d'ouverture sur le monde peuvent, à présent, avoir tous leurs apaisements. Car contrairement à ce qu’il avait été annoncé en juin, l’Institut culturel suédois de Paris, un des centres culturels étrangers les plus dynamiques de la capitale, ne fermera pas ses portes.

 

Un petit avis placardé à l’entrée de l’Institut confirme d’ailleurs en toutes lettres cette bonne nouvelle, a-t-on constaté hier en passant rue Payenne, devant le bel hôtel de maître du seizième, l’Hôtel de Marle, qui, depuis 1971, accueille ce centre. Outre qu'on peut y déduire que «merci» en suédois ce dit «tack», on y lit que le gouvernement de Stockolm a finalement renoncé à inclure ce centre parisien dans la liste des consulats et établissements dépendant du ministère des Affaires étrangères dont il entendait fermer les portes, par mesure d'économies budgétaires. Ce revirement est dû notamment à la mobilisation des Parisiens. Par milliers, ils pétitionnèrent contre cette fermeture et participèrent à la campagne d’envoi de courriels de protestation au ministère suédois des Affaires étrangères.

 

Depuis des années, en effet, la popularité de ce centre culturel est réelle. Elle dépasse d’ailleurs largement le petit milieu bobo branché du Marais. L’Institut suédois accueille plus de 100.000 visiteurs par an. Sans parler des concerts, des rencontres littéraires, des projections de films ou des pièces de du théâtre qu’il organise, ses expositions sont le plus souvent très réussies – notamment celles concernant le design, évidemment. Quant au petit café suédois qui a été installé dans l’hôtel de maître, comme le jardin qui entoure celui-ci, ils figurent depuis longtemps parmi les lieux de détente privilégiés des habitants du Vieux Marais.

 

Tous les Parisiens s’étant mobilisés pour la survie du Centre suédois y sont invités ce jeudi soir. Pour, à l’occasion du vernissage de la nouvelle expo, prendre l’apéro et fêter comme il se doit la poursuite de l’activité de ce lieu. Il risque d’y avoir à la fois du monde et de l’ambiance.

15.07.2009

Un monstre?

operabastille.jpgVingt ans, déjà! Vingt ans qu’il est là et qu’il domine, de sa silhouette si imposante,  notre bonne vieille place de la Bastille. Cette semaine, l’Opéra du même nom fête son vingtième anniversaire, lui qui a été inauguré par François Mitterrand le 14 juillet 1989 précisément. Aucune festivité particulière n’est prévue à Paris pour commémorer cet événement architectural et urbanistique. Et pour cause. Plus que jamais, en ce moment, il est de bon ton de dénigrer ce monument. «Vingt ans après, Bastille n’a pas trouvé sa place», sermonnait l’autre jour le journal «Le Parisien»: «Ce devait être le symbole du rayonnement culturel français… Vingt ans après son inauguration, l’Opéra Bastille continue de susciter agacement et répulsion». Il n’y a pas si longtemps, «Le Figaro», sur base des résultats d’un sondage (de quelle valeur?) réalisé auprès de ses lecteurs, avait rangé l’Opéra Bastille parmi les édifices les plus détestés des habitants de la capitale, à l’égal de la si affreuse Tour Montparnasse. «Pour être honnête, ce n’est pas le projet que j’aurais choisi», a cru bon d’ajouter hier le Belge Gérard Mortier, le directeur (en partance) de l’institution. Même dans les salons dorés du ministère de la Culture, paraît-il, on juge que cet opéra «ne s’est jamais intégré au quartier. Au départ, ce devait être un lieu de vie. Vingt ans plus tard, ce n’est qu’un lieu de passage».

 

Exagérément massif. C’est le reproche principalement formulé à l’encontre du paquebot construit par Carlo Ott, l’architecte canadien originaire d’Uruguay qui, à l’époque, remporta le concours international d’architecture. Il en impose cet édifice, c’est vrai. En même temps, cette critique nous a toujours fait doucement rigoler. Car, bon, vu les dimensions immenses de cette place de la Bastille, imagine-t-on combien aurait été déplacé, voire ridicule, un bâtiment à taille humaine construit sur un de ses flancs? Il a mal vieilli, cet immeuble: autre reproche habituel. De fait. La saga si coûteuse de ses gigantesques plaques de pierre branlantes (relire ici) l’a abondamment illustré. Et on ne peut nier que les recoins de l’Opéra sentent en permanence les pissotières. Mais si la propreté autour de  Notre-Dame était aussi lacunaire, l’imputerait-on à la cathédrale? Du reste, l’Opéra Bastille est loin d’être le seul grand chantier de cette époque à avoir mal résisté au temps. Beaubourg aussi a dû être restauré. Et, quand on prend le temps de les regarder de près, l’Institut du Monde arabe ou la Cité de la Musique montrent un état de délabrement qui n’a rien à envier à celui du monstre de Bastille - puisque tout le monde a l’air de convenir que ce bâtiment est monstrueux.

 

Il est mal fréquenté: c’est le troisième grief souvent fait à cet édifice. Est principalement visée, la faune qui, à longueur de journées et de soirées depuis 20 ans, a pris l’habitude de squatter ses grandes marches et son parvis. Hier encore, en passant devant l’édifice, on s’est dit, une fois de plus, que cet attroupement permanent, décidément, ne nous gênait pas. Il y avait là des jeunes torses nus qui faisaient du skate, des touristes qui se prenaient en photo, des clochards qui faisaient la manche, des étudiants en goguette qui picolaient, des militaires revenus du défilé du 14 juillet qui se détendaient en prenant le soleil, deux jongleurs qui répétaient, un groupe de punkettes affalées qui bâillaient et fumaient. Comme à chaque fois, il y avait là un monde fou et une réelle ambiance. C’était varié, mélangé, détendu, bruyant. Il y avait là un peu de tout, et c’était un peu n’importe quoi. Bref, c’était bien à l’image de Paris, s’est-on redit.

 

operabastilledetail.jpgNous, en tout cas, on l’a toujours plutôt bien aimé, notre Opéra Bastille. On le considère un peu comme un vieil habitant du quartier qu’on a toujours côtoyé et qu’à force, on finit par apprécier. On le voit comme un repaire où il se passe toujours quelque chose d’inattendu. Comme un repère aussi, à la silhouette si familière, indiquant qu’après tant de pérégrinations dans la capitale, on est enfin arrivé dans notre quartier.

 

Et puis, les soirs où il y a spectacle, quand on le regarde depuis la place de la Bastille, ce monstre si massif devient touchant, car grâce à ses immenses baies vitrées si bien éclairées, il ose subitement prendre des airs de coquetterie et de légereté. En outre, de l’intérieur, lorsque, à l’entracte, on sort de la salle de spectacle pour déambuler dans les allées du bâtiment, grâce au panorama qu’il offre depuis ses sommets, on embrasse subitement toute la place, le quartier, la ville entière presque. Une vue imprenable sur la cité, d’une beauté telle que cela ne rate jamais: à chaque fois, on est subjugué. 

30.06.2009

Une victoire

saintevictoire_cezanne.jpgUn peu d’air frais de la campagne, un parfum de vacances et même des senteurs de Provence aujourd’hui dans ce blog. Voilà qui ne pourra pas faire de mal aux Parisiens alors que, ce mardi encore, comme c’est si souvent le cas ici en périodes de chaleur, on va suffoquer à cause de la pollution. Le gouvernement a enfin tranché hier dans le dossier si controversé du tracé de la future ligne ferroviaire à grande vitesse qui, à l’horizon 2025, mettra Paris à 3h50 seulement de Nice. Cela faisait des mois que, dans le Midi, l’on attendait cette décision. «Respectons la Provence de Cézanne!», s’étaient ainsi mobilisés les élus de la région d’Aix-en-Provence. En cause? Un des deux tracés envisagés traversait le Haut-Var et longeait la Sainte-Victoire, la montagne immortalisée par le grand peintre. Ce tracé semblait avoir les faveurs du gouvernement, car il était plus rapide et moins coûteux (en gros: 8 à 10 milliards au lieu de 15) que son alternative, passant par Marseille et Toulon. «Ne sacrifions pas les paysages de la montagne Sainte Victoire, promis à un classement au patrimoine mondial de l’Unesco, pour gagner 10 minutes en 2020!», insistaient ces opposants. Lundi soir, ils ont été entendus.

 

Le gouvernement, en effet, a fait part de sa préférence pour le tracé qui traverse les grandes métropoles méridionales plutôt que la campagne aixoise. Et a promis que ce futur TGV Paris-Nice «empruntera les lignes ou emprises existantes. A défaut, les solutions d'enfouissement seront massivement privilégiées pour protéger le riverains, la biodiversité, les espaces remarquables ainsi que les exploitations agricoles et viticoles».

 

Si le tracé choisi lundi constitue une victoire pour les admirateurs de Cézanne, s'il est présenté comme étant le moins destructeur de l’environnement et du patrimoine, les opposants à toute ligne à grande vitesse provençale ne désarment pas. Eux mettent en avant les atteintes qui seront causées à la Plaine des Maures, qui vient d’être classée Réserve Naturelle Nationale. Ou refusent que le Var et les Bouches du Rhône deviennent «la poubelle des Alpes maritimes», par l’afflux de déchets qui sera généré par les «milliers de touristes supplémentaires sur la région niçoise ainsi que des milliers de nouveaux résidents suite au développement inévitable des résidences secondaires dans les Alpes Maritimes».

 

tgv.jpgIls contestent même l’argumentation gouvernementale selon laquelle le développement du réseau ferroviaire est écologiquement correct. Et d’interroger: «Œuvrer pour le développement durable, est-ce détruire des paysages entiers avec des explosifs? Raboter des collines, trouer des montagnes? Dévier des cours d'eau, polluer et assécher des nappes phréatiques? Accélérer la disparition d'espèces végétales et animales protégées, menacer l'existence d'autres espèces? Sinistrer entièrement les territoires situés le long de la ligne, entraînant la désertification des régions concernées? Etre sources d'incendies? Consommer une énorme quantité d'énergie? Recouvrir la France entière de lignes à très haute tension?»

 

«Provença resistirà!!!», préviennent déjà ces anti-LGV Paca. On verra ces activistes à l’œuvre la semaine prochaine notamment, à l’occasion du passage du Tour de France dans la région. Cet été dans le Midi, on ne va sans doute parler que de ce dossier.

23.06.2009

Une digression

mayalabeille.jpgC’était complètement en décalage par rapport à l’actualité brûlante du moment, mais on a trouvé ce télescopage délicieusement léger et rafraîchissant. C’était hier après-midi, au moment précis où le Président Sarkozy était en train de discourir sur l’Etat de la nation, de l’Europe et de la planète devant le Congrès solennellement réuni pour lui sous les ors de Versailles. En plein milieu de ce discours, l’auguste château communiquait une nouvelle bucolique et donc charmante aux médias. Bientôt, les Parisiens pourront se pourlécher les babines avec… du miel en provenance directe du célèbre château.

 

Avec à l’esprit l’image de Maya l’Abeille qui se superposait sur celle du visage du chef de l’Etat, on n’a pas résisté au plaisir de se pencher un peu et illico sur cette digression informative si délicieuse. Tout en continuant bien sûr à suivre d’une oreille et à surveiller d'un oeil l’exposé présidentiel ô combien plus austère sur les ravages de «l’assistanat» et de «l’égalitarisme» en France, les nécessités d’y lancer bientôt un grand emprunt d’Etat pour financer les «priorités stratégiques nationales», ou l’obligation de réformer le système des retraites à l’horizon 2010.

 

Il apparaît donc que, début juillet, pas moins de 100 kilos de miel seront tirés des six ruches qui, l’automne dernier, ont été installées au cœur des jardins de Versailles, au lieu-dit le «Hameau de la Reine», dans le cadre d’«Abeille, sentinelle de l’environnement»: un «programme national de sensibilisation et d’information sur la sauvegarde de la biodiversité végétale à travers la protection des abeilles». Ce programme a été lancé par l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), selon qui «les analyses effectuées sur les pollens ramenés par les abeilles versaillaises constitueront un excellent baromètre de la variété de plantes butinées et de leur état phytosanitaire». Les Parisiens, indécrottablement urbains, l’ignorent sans doute, mais «les abeilles, non contentes de nous offrir du miel, sont indispensables à la pollinisation, donc à la reproduction de 80% des végétaux, soit environ 200 000 espèces différentes. Or, elles connaissent aujourd’hui un taux de mortalité anormalement élevé de 30% par an».

 

Le miel, décidément, est très tendance en ce moment dans les lieux les plus prestigieux de Paris. Ainsi, on trouve des ruches sur le toit de l’Opéra Garnier. Et, avant Versailles, c’est  le Grand Palais qui, il y a quelques semaines, avait annoncé pour juillet la première récolte du "Miel du Grand Palais", issu des ruches qui sont pareillement installées sur le toit de l’édifice. Ici également, l’opération n’a pas été lancée seulement pour «le plaisir du miel», mais surtout «pour contribuer à la défense de la biodiversité et à la connaissance de la vie des abeilles en ville». D’ailleurs, selon l’apiculteur ayant installé ces ruches au sommet du Grand Palais, «les abeilles vivent mieux en ville qu’à la campagne, à cause de la biodiversité. Il y a des milliers de petites fleurs en ville, même de la lavande, alors que la campagne est polluée par les pesticides. La pollution de la ville n’est rien comparée à celle occasionnée par les pesticides».

 

C’est assurément la bonne nouvelle de la semaine pour les quelque 2 millions de Parisiens qui, à longueur d’années, toussent à cause de leur pauvres petits poumons pollués par les particules fines et la circulation automobile.