Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

10.02.2012

Une façon de voir les choses

Huit morts en France, depuis le début de la vague de froid. Soit, en gros, un décès par jour. A Paris y compris, parmi les sans-abri: parmi notamment ceux qui vivent à l'année dans le Bois de Vincennes.

Huit morts, tout de même. C'est ce qu'on s'est dit ce matin, en prenant connaissance de ce macabre décompte. Huit morts, seulement. C'est ce que ne cessent d'insinuer les médias français ces derniers temps. Radios et télés surtout passent en boucle le bilan bien bien plus grave déploré dans d'autres pays: plusieurs dizaines de morts en Italie, plusieurs centaines en ex-Europe de l'Est, etc.

Huit morts de froid seulement, donc, en France. C'est une façon de voir les choses. A laquelle, décidément, un hiver après l'autre, on ne s'habitue pas.

03.02.2012

Un vrai scandale

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueLocataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».

Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.

Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueUn tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.

Encore bravo.

02.02.2012

Une indignité, ou l'autre

0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.

En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.

Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?

06.12.2011

Une impression d'embarras

Cachez ce mendiant roumain que je ne saurais voir. C'est ce que dirait sans doute Tartuffe s'il était un homme politique français contemporain.

Hier, la préfecture de police de Paris a étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis trois mois, interdit toute mendicité sur les Champs-Elysées. Selon elle, ce dernier arrêté a déjà permis «plus de 300 contraventions», les contrevenants étant «pour la quasi-totalité, de nationalité roumaine». Hier toujours, une fois de plus, le maire de Paris a protesté. Pour Bertrand Delanoë, «combattre la pauvreté par l'amende et la répression est choquant au moment même où l'Etat ne remplit ses obligations, ni en termes de mise à l'abri des mineurs isolés, ni en matière d'hébergement d'urgence». Et cela traduit «une priorisation contestable de l'action des forces de police» au moment notamment où, dans la capitale, «les cambriolages croissent fortement». A ses yeux, cette lutte contre la mendicité n'est donc qu'une «opération de communication visant à stigmatiser une catégorie de la population, étrangère et démunie».

Plus intéressante, car plus neuve, est l'impression d'embarras qui transparaît désormais de cet éternel débat sur la mendicité roumaine. Comme, si, de part et d'autre, on ne voulait tout de même pas trop en faire sur le sujet.

Ainsi, ce matin sur le site web de la mairie de Paris, la réaction du maire ne figurait pas en page d'accueil: elle était reléguée à une page moins visible. Et, sur le site de la préfecture, on ne trouvait carrément nulle trace de ce nouvel arrêté anti-mendicité – en revanche, on pouvait tout savoir sur la participation de l'unité équestre de la préfecture au Salon du cheval, en cours au Parc des Expositions...

Dans la même veine, les autorités, préfectorales comme gouvernementales, ont accueilli avec une grande discrétion la sanction que la justice administrative, dernièrement, a infligée à une mairie ayant pris une mesure du même acabit: Nogent-sur-Marne, ville aisée contigüe à Paris, qui fit pas mal de bruit en interdisant la fouille des poubelles. Cet arrêté a été suspendu, à la suite d'un recours de la Ligue des droits de l'homme. Raisonnement du tribunal administratif? Par définition, l'espace public est public: il appartient donc à tout le monde. Dès lors, les mendiants y compris sont en droit d'«utiliser librement le domaine public, de surcroît durant la période hivernale». Conclusion de l'association: «Il convient que les maires comprennent que faire disparaître les pauvres de l'espace public est non seulement injuste, mais aussi illégal».

Visiblement, on ne partage pas cet avis à la préfecture de police de Paris.

28.11.2011

Un indicateur, si révélateur

Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.

L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.

Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.

Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.

21.11.2011

Un campement

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisSamedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.

«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.

Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.

On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisAutour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.

Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.

Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».

02.11.2011

«Une obligation humaine»

paris,social,pauvreté,sarkozyCela nous mène évidemment très loin des fastes de Cannes, où se tient ces jours-ci le sommet du G20, qui réunit les représentants des 20 puissances les plus riches du monde. Mais c'est cela aussi, Paris – «Ville lumière» oui, mais pas pour tout le monde.

Ce week-end-end, une femme SDF, âgée de 38 ans, a accouché dans la tente qui lui servait d'abri, dans une rue du quatorzième arrondissement. Mais son bébé, une petite fille, n'a pas survécu, malgré les secours que lui ont prodigués les pompiers et une équipe du SAMU appelée en renfort. Avant leur intervention, ont précisé les agences de presse, «la maman appelait au secours et portait son enfant dans ses bras», en pleine rue.

S'il est besoin de rafraîchir les mémoires, cet engagement pris par Nicolas Sarkozy en décembre 2006, alors qu'il briguait l'Elysée: «Je veux, si je suis élu Président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien: si on n'est plus choqués quand quelqu’un n’a pas un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause».

Ce n'est pas très charitable, voire c'est assez minable, de rapprocher cette promesse non-tenue et ce drame atroce?

Difficile d'avoir des scrupules quand, l'autre jour, l'ex-ministre sarkozyste Patrick Devedjian s'est frotté les mains en faisant, si cyniquement, des spéculations électorales sur le dos de la misère. Pour lui, il sera très facile à la droite de reprendre Paris à la gauche, aux élections municipales de 2014. Il lui suffira d'«expliquer que le Paris de Bertrand Delanoë se résume, avec la flambée de l'immobilier et celle de la pauvreté, à ISF et SDF».

15.09.2011

Un vrai procès, enfin

Le procès d'un drame épouvantable s'ouvre ce jeudi, à Paris. Le procès de la catastrophe du Boulevard Auriol. En août 2005, dans cette rue du 13ème arrondissement, s'était embrasé un immeuble vétuste dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente d'un relogement. Cet incendie avait fait 17 morts – dont 14 enfants. Il avait d'autant plus choqué l'opinion qu'à l'époque, Paris vivait une série noire d'incendies meurtriers touchant des immeubles délabrés occupés en majorité par des étrangers ou des Français issus de l'immigration.

 

En mars dernier, l'indignité était venue se rajouter à l'horreur.

 

En effet (relire ici), un premier procès de cette catastrophe s'était ouvert. Mais il avait tourné court. Car, prévu pour être expédié en deux demi-journées et se tenir en catimini dans une salle exiguë du Palais de justice, il avait provoqué la colère des familles des victimes. Qui, en larmes parfois, avaient dénoncé la désinvolture et l'improvisation de la Justice dans le traitement de leur dramatique dossier. La présidence du tribunal correctionnel avait fini par convenir que les conditions d'accueil de ce procès étaient peu dignes. Et avait reporté le début des audiences à ce jeudi.

 

Enfin, donc, ce procès du mal-logement à Paris  –  un de plus... –  peut-il à présent débuter. Six ans après les faits, ce n'est pas trop tôt.

 

Reste, tout de même, une question: ultra-délicate, mais qu'on est en droit de poser. La Justice française aurait-elle été à ce point lente, pénible et laborieuse si, à l'époque, l'incendie avait ravagé un immeuble cossu du 16ème et tué 17 Parisiens – dont 14 enfants – blancs et aisés?

08.07.2011

Une dangereuse simultanéité

TAGoiseau.jpgFin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.

D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).

Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.

Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.

TAGchien.jpgVoilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées. 

Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.

27.04.2011

«Une question de moyens»

tagmaghreb.jpgUne fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.

La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».

Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».

09.03.2011

Un procès, ou un autre

A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.

C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.

Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.

21.12.2010

Une double rencontre

manon.jpgCe qui est bien à Paris en ce moment, c'est qu'il ne faut pas endurer le froid des rues pour se rappeler combien cette ville est duale. Il suffit, en attendant son métro, bien au chaud, de regarder les affichages publicitaires, omniprésents dans les stations. C'est ce qu'on s'est dit hier soir, sur un quai de la ligne 6. Où on a fait une double rencontre, née du hasard de la juxtaposition de deux campagnes de pub très visibles en ce moment à Paris.

 

On a rencontré deux jeunes filles en fait, hier soir, sur notre quai de métro.

La première est une petite brune plutôt mignonne, prénommée Estelle. Elle a un patronyme de saison: elle s'appelle Estelle Noël. Et Estelle, nous apprenait le premier panneau publicitaire rencontré par notre regard, elle «aimerait fêter Noël plusieurs fois par an». Car, grâce à l'offre de Noël de l'opérateur de téléphonie mobile SFR, «avec Ovi by Nokia, découvrez l’Internet mobile en toute simplicité: Le Noël des Noël avec le webphone Nokia C7 1€ avec la souscription d’une Édition Spéciale Illimythics 5+ Webphone 2h et plus». On était bien d'accord avec Estelle: à ce prix-là, Noël cela devrait être tous les jours.

Et puis, sur le panneau juste à côté de celui d'Estelle, on apercevait Manon. Plus jeune, Manon: 4 ou 5 ans. «Manon a gribouillé sur le mur. Le reste, c'est pas elle», nous disait son panneau publicitaire à elle. Qui montrait Manon dans un appartement aux murs un peu griffonnés par des crayons de couleur qui trainaient encore par terre. Mais un appart' qui était surtout très délabré: peintures en lambeaux, taches d'humidité sur les murs, carreaux cassés, etc. Manon, hier soir, nous rappelait au passage que la France compte «600.000 enfants victimes du mal-logement». C'est le thème de la campagne de Noël de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés.

On avait à peine fait connaissance du regard avec Estelle et Manon que notre métro arrivait. C'était bien: chaque voyageur pouvait ainsi poursuivre tranquillement son chemin. Avec, à l'esprit, au choix, le visage d'Estelle ou celui de Manon: le souvenir de la brunette ou celui de la fillette, en somme. Ou le souvenir des deux, pourquoi pas. Ou même le souvenir ni de l'une, ni de l'autre – tout est permis: c'est Noël.

17.12.2010

Une décoration

Chronique de la vie quotidienne de quartier à Paris en cette période de fêtes de fin d'année, suite. On racontait l'autre jour (ici) qu'un petit campement de SDF s'était établi, il y a peu, aux pieds de l'immeuble du bureau: boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement. On décrivait comment, avec canapés, table de nuit et réchaud pour cuisiner, ces nouveaux voisins donnaient l'impression d'avoir voulu recréer là un semblant d'habitation – vaille que vaille, malgré tout l'inconfort de leur situation. Ce matin, en allant bosser, on a constaté que, Noël oblige, le campement avait été décoré par ses habitants.

Les SDF ont gonflé des ballons multicolores et les ont accrochés sur la haute grille qui sépare la voie publique des espaces privés de la copropriété. Non sans avoir, au feutre noir, dessiné sur ces ballons des étoiles, des sourires en forme de smileys, etc. Devant leur campement, par terre, ils ont déposé un de ces petits paniers garnis comme on en voit en ce moment dans les rayons des supermarchés. Un de ces paniers en carton imitant vaguement le bois et proposant, bien rangé sur de la paille ou un carré de nappe style vichy, un assortiment supposé à prix avantageux de minis-portions d'aliments de réveillon: foie gras, confiture d'oignons, etc. Leur panier à eux est vide. Reconverti en récipient pour la quête, il attend les (hypothétiques) oboles des passants. Enfin, sur la petite table de nuit à côté des canapés, trône désormais un sapin de Noël miniature, en plastique.

Un mini-bidonville aux couleurs de Noël, en somme. C'est joli. C'est atroce.

16.12.2010

Une campagne

arméedusalut.jpgCes affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.

On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.

Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.

Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.

13.12.2010

Une dénonciation

Cela se passera demain à 18h30 sur la terrasse Lautréamont, dans la rue et le quartier Rambuteau, au coeur de Paris. Un lieu où il n'est pas rare, l'hiver, de voir se regrouper des SDF par dizaines pour y (tenter de) passer la nuit. «Les morts de la Rue» y rendra un dernier hommage aux miséreux qui sont décédés dans la rue en 2010. Selon les derniers calculs de cette association, on en compte déjà 340 depuis début janvier. En 2009, 406 SDF avaient trouvé la mort en France. Cette année, on ne devrait pas être loin de ce chiffre. Demain, le collectif dénoncera une fois de plus «le manque de volonté politique, qui contraint actuellement des personnes à vivre et mourir dans ces conditions indignes».

Dénoncer sans cesse le fait que «vivre à la rue mène à une mort prématurée» et que «les causes (de ces décès) sont souvent violentes»: c'est un des messages de l'association. Ces derniers jours encore, en France, on a eu une double et dramatique illustration de la pertinence de cette dénonciation.

Ainsi, mercredi dernier à Lille, les pompiers ont découvert le corps sans vie, carbonisé, d'un SDF d'une trentaine d'années. Il y a trois mois, il avait planté sa tente à l'entrée d'une usine désaffectée: le long d'un mur, dans un recoin sombre. Sans doute était-il en train d'y préparer la cuisine avec un réchaud de fortune, insécure, qui a embrasé son abri. Les riverains n'ont que machinalement donné l'alerte au moment de l'embrasement, car ils croyaient à un simple feu de détritus. La nuit suivante, à Nice cette fois, c'est un SDF roumain de 26 ans qui a été très grièvement brûlé et qui, aux dernières nouvelles, était toujours entre la vie et la mort. Il aurait été aspergé d'un liquide inflammable alors qu'il dormait dans la rue. Selon les premiers éléments de l'enquête, à l'origine du drame pourrait être un différend entre SDF, qui se seraient disputés «pour une place dans la queue d'une soupe populaire».

Mais, sinon, tout va bien: à Paris comme dans le reste du pays, la féerie de Noël bat son plein et c'est en permanence la cohue joyeuse et insouciante dans les grands magasins.

30.11.2010

Une collision

illuminationsParis.jpgChaque hiver à Paris, c'est la même chose. Une coïncidence de dates qui fait se côtoyer l'événement le plus clinquant et l'actualité la plus sombre. Qui fait entrer en collision la vie à Paris dans ce qu'elle a de plus glamour et futile avec son aspect le plus glauque et déprimant. Cette année à nouveau, on n'a pas échappé à cette pénible collision.

 D'un côté donc, ces derniers jours, on a eu droit aux inévitables lancements des festivités de fin d'année. Histoire que Paris mérite plus que jamais son titre de Ville lumière, le maire Bertrand Delanoë a sacrifié à la tradition des inaugurations des illuminations de Noël, en compagnie de star(lette)s et sous l'oeil ravi d'une nuée de caméras. Le Parisien moyen est prié de s'extasier, car «pour le plaisir des yeux, ce sont plus de 125 rues et places de la capitale, dont la Concorde et l'avenue des Champs-Elysées, qui vont briller de mille feux». Sans oublier tout le reste, mis à contribution pour célébrer «la féerie de Noël», selon l'expression consacrée: «patinoire de l'Hôtel de Ville, ski, tyrolienne et sports de glisse au stade Charléty, illuminations des rues de la capitale, manèges de chevaux de bois, marchés de Noël, vitrines animées des grands magasins», etc., etc. Ouvrons les mirettes donc, et admirons.

D'un autre côté, la même semaine, l'annonce par la mairie de Paris du lancement de son Plan Grand Froid: «6 gymnases et 5 mairies mobilisables, des maraudes renforcées et des centres d'hébergement sur le pied de guerre» pour accueillir tous les miséreux qui, Noël ou pas, peuplent la capitale. Avec, ici aussi, les services de com' qui font passer les «éléments de langage», comme on dit, aux médias: «La mise à l’abri ne suffit pas. Il faut aider les personnes à sortir de la rue», etc., etc.

illuminationsgrandsmagasins.jpgTout cela n'empêche pas les plus pauvres de continuer à tomber comme des mouches, illuminations de Noël ou pas. Hier soir encore, devant une sortie de secours d'un centre commercial à Ivry, en banlieue de Paris, a été découvert le corps sans vie d'un SDF de 78 ans. Ce n'est évidemment pas le dernier de l'hiver. Et, depuis quelques jours, dans notre onzième arrondissement, au coin de l'immeuble de bureaux du boulevard Richard Lenoir occupé notamment par l'antenne parisienne de «La Libre», un nouveau mini-campement de SDF s'est installé, sous l'abri d'un toit de terrasse en surplomb. Ils donnent l'impression d'avoir voulu y reconstituer une maison. Il y a là deux canapés, une petite table de nuit, un réchaud pour cuisiner, et toujours beaucoup d'animation. Les habitants du voisinage n'y font déjà plus attention. Il est vrai que, bientôt, notre boulevard va «briller de mille feux». Ce sera assurément merveilleux.

29.11.2010

Une double nuance

La France, cinquième puissance économique mondiale. Les dirigeants de ce pays ne se privent jamais de le rappeler – Nicolas Sarkozy lui-même l'autre soir encore, à la télé. L'Hexagone, une des toutes grandes puissances de la planète, donc. A une double nuance près, s'est-on encore dit ce matin, à la faveur d'une actualité et d'une anecdote.

 

Une actualité. La vingt-sixième campagne d'hiver des Restos du Coeur débute aujourd'hui. L'an dernier, cette association a distribué 103 millions de repas à 830.000 nécessiteux. On peut bien sûr trouver vraiment très bien que, d'année en année, plus de 50.000 bénévoles, au lieu de passer confortablement leur hiver au coin du feu, se bougent pour venir en aide aux plus pauvres de ce pays. On peut aussi se dire que, quelque part, il n'est décidément pas normal, a fortiori dans cette puissance économique mondiale qu'est la France, que près d'un million de personnes n'aient, chaque hiver, d'autre choix que de dépendre de la générosité d'une association caritative pour satisfaire un besoin aussi élémentaire que s'alimenter. Le fait même que, sans cette association, des tas de gens chaque hiver ne mangeraient pas à leur faim montre que, décidément, quelque chose ne va pas, depuis vingt ans, en France.

 

Une anecdote. Ce lundi comme les deux matins précédents, on s'est réveillé en retard. Parce que le réveil n'a pas sonné à l'heure qu'il fallait, ayant été déréglé par les coupures intermittentes d'électricité qui, ces dernières nuits, affectent Paris. Sans doute, comme chaque hiver, le réseau d'électricité est-il surchargé par la surconsommation due aux grands froids. En province d'ailleurs, la situation dépasse le stade de l'anecdote: des milliers d'habitants du Morbihan (Bretagne) ont été privés d'électricité dimanche, et 15.000 foyers du Loiret (Région Centre) sont dans le même cas ce lundi, en raison des importantes chutes de neige. On peut compatir aux tracas des électriciens, essayer de comprendre le problème causé par le poids de la neige sur les câbles électriques, etc. Mais, là encore, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'il n'est tout de même pas normal que, d'un hiver à l'autre dans ce pays, on déplore d'identiques problèmes d'alimentation électrique.

 

Mais sans doute ne sont-ce que des détails. Et sans doute, à ces deux nuances près, la France est-elle une des grandes puissances qui comptent sur cette planète.

10.11.2010

Une illustration

lestentespontdesarts.jpgA l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce matin à l'Elysée, figurait un état des lieux de la question de «l'hébergement d’urgence et l’accès au logement». Ce point avait été rajouté à la suite du (bref) déploiement, vendredi sur le Pont des Arts à Paris, d'une trentaine de tentes d'associations dénonçant le bilan de l'action gouvernementale en la matière. Les activistes avaient été priés par les forces de l'ordre de plier bagage, moyennant la promesse d'une rencontre avec le Premier ministre François Fillon. Cette réunion a lieu cet après-midi, à 17 heures, à Matignon.

 

Les militants contre le mal-logement avaient parié sur l'impact des (nombreuses) images télé de leur action pour faire bouger le gouvernement. Ce matin, ce dernier a choisi de leur répondre en communiquant une avalanche de chiffres aux médias. Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, «120.000 logements sociaux ont été financés en 2009, soit trois fois plus qu’en 2000». En 2010, l'objectif est de «140.000 logements sociaux». «Depuis le début de l’année 2010, 13.000 personnes sont déjà sorties de l’hébergement (pour SDF) pour aller vers le logement. 9350 places de pensions de famille ont été financées en 2010». Quant au «programme d’humanisation des centres d’hébergement» pour SDF, il «a permis de rénover 7619 places et d’en reconstituer 2068».

 

Sans doute cet après-midi à Matignon, les associations relativiseront-elles ce bilan.

 

lelogosecourscatho.jpgSinon, puisque l'on parle de pauvreté, on a appris hier que le Secours catholique - qui a remis mardi un rapport alarmant sur la pauvreté en France - est elle-même... dans un assez pauvre état. Car les locaux municipaux qu'occupait gratuitement cette association depuis cinq ans, dans le 18ème arrondissement de Paris, ont dû être réaffectés en école maternelle. Et car elle est incapable de payer les 66.000 euros annuels de loyer des nouveaux locaux qu'elle vise.

 

En résumé, on a une donc association qui, l'an dernier, a accueilli 1,5 million de personnes dans le besoin, notamment pour des problèmes de logement, et qui, aujourd'hui, est menacée d'être elle-même à la rue. Cela doit être une version parisienne des adages de l'arroseur arrosé ou du cordonnier mal chaussé. A moins que ce ne soit qu'une illustration du slogan-choc d'une des dernières campagnes de cette ONG: «La France est un pays très riche. En pauvres».

09.11.2010

Une misère (suite)

A Paris ce mardi, les éboueurs reprennent le travail. On en avait parlé dans ce blog il y a dix jours: depuis trois semaines, ils étaient en grève, ce qui affectait la collecte des immondices dans la moitié des vingt arrondissements parisiens. Dans les autres arrondissements (comme notre onzième), les riverains n'ont rien vu de leur mouvement, le ramassage des poubelles étant assuré par des sociétés privées. Des sociétés privées que, du reste, la mairie a envoyées en renfort ces derniers jours dans les arrondissements touchés par la grève, pour éviter un amoncellement – comme à Marseille récemment – de détritus sur les trottoirs. Ce qui a valu au maire de se faire traiter de «jaune» (briseur de grève, en jargon syndical) par les grévistes.

Bertrand Delanoë n'en a pas moins satisfait aux revendications des syndicats. Le maire de Paris a publiquement soutenu leur exigence de pouvoir continuer à partir à la retraite dès 55 ans, vu la pénibilité du métier d'éboueur. Surtout, afin que les plus âgés de ces travailleurs touchent une pension d'un montant (un peu) plus élevé, la mairie a créé un nouvel échelon de fin de carrière, qui reviendra à augmenter de 1000€ la rémunération annuelle des éboueurs en fin de carrière. Du coup, depuis ce matin, les camions poubelles sont à nouveau visibles dans tous les arrondissements de Paris.

Un bonus de 1000€ pour les vieux éboueurs partant à la retraite: voilà qui, assurément, ne leur sera pas de trop pour (tenter de) vivre décemment leurs vieux jours. Au fond, combien de ces futurs éboueurs retraités fréquenteront-ils, demain, les réfectoires d'associations comme les Restos du Coeur? Et combien de leurs collègues aujourd'hui en activité n'ont-ils déjà d'autre choix que de dépendre de l'aide des associations caritatives? Il est notoire que, depuis plusieurs années, celles-ci reçoivent d'innombrables travailleurs pauvres, trop mal payés pour pouvoir à la fois se loger, se déplacer, se vêtir et se nourrir. Parmi eux, l'on sait que figurent nombre d'employés de la ville de Paris elle-même. On doit d'ailleurs retrouver une partie de ce public parmi les bénéficiaires du Secours catholique. Qui, à en croire son dernier rapport d'activité (particulièrement déprimant), publié ce mardi, a accueilli près d'1,5 million de personnes en 2009, soit près 80.000 de plus que l'année précédente. Et selon qui «le (phénomène du) travail pauvre ne recule pas» en France, malgré tous les efforts.

05.11.2010

Un retour

Un air de déjà vu dans la capitale française, ce vendredi: c'est le retour des tentes de SDF en plein Paris. A la mi-journée, en effet, sur le Pont des Arts, le «Collectif des associations unies» a donné rendez-vous aux médias. Il regroupe des associations comme la Fondation Abbé Pierre, ATD-Quart Monde, les Enfants de Don Quichotte ou Médecins du Monde. Leurs militants ont l'intention d'installer dans Paris, à un endroit qui n'a pas été dévoilé, un «campement symbolique» de 31 tentes. Pour dénoncer les «promesses non tenues» du gouvernement Fillon. L'hiver 2008, celui-avait promis de faire du logement et de l'hébergement des personnes sans abri et mal logées «un grand chantier national prioritaire». Deux ans plus tard, selon les associations, on est très loin du compte.

Les tentes de SDF, cela dit, elles n'ont jamais totalement quitté Paris. Certes, on n'y a plus vu d'opérations aussi spectaculaires que celle qui avait rassemblé des dizaines de SDF et/ou de militants au canal Saint-Martin, le long des berges duquel ils avaient squatté pendant des mois: interminable village de toile qui avait été énormément médiatisé. Plus de campement collectif, mais les tentes individuelles de SDF, elles, d'un hiver à l'autre, n'ont jamais vraiment disparu. Ainsi, très récemment encore, sur le terre-plein de notre boulevard Richard Lenoir, à deux pas du trafic automobile, de la station Vélib, des aires de jeux pour enfants et des terrains de pétanque, a campé une femme SDF, assez âgée, avec tout son barda – y compris un petit réchaud pour la cuisine, une corde à linge, un siège de jardin et un chien. Tout le voisinage avait l'air d'être très gêné par son installation: par cette intrusion si ostensible de la misère dans la vie quotidienne du quartier. Puis, les gens ont fini par s'y habituer. A plusieurs reprises, on a vu des policiers passer devant cette tente de camping sans y prêter la moindre attention – comme s'ils considéraient qu'elle faisait partie du paysage.

L'intéressée a campé là pendant plusieurs semaines. Puis, du jour au lendemain, a disparu. Sans crier gare, comme elle était venue.