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21.05.2012

Un air penaud

La parité au sein du nouveau gouvernement: on en parlait vendredi. En revanche, l'UMP inaugure sa période d'opposition en se distinguant, une fois encore, par son non-respect des obligations légales en termes de parité hommes-femmes, pour les élections législatives de juin. Sur ses listes, ne figurent que 28% de femmes.

«Je plaide coupable avec regret», «Ce n'est pas de gaité de coeur»: le n°1 du parti sarkozyste, Jean-François Copé, était moins sûr et fier de lui que d'habitude ce lundi, alors qu'une matinale radio-télé l'interrogeait sur ce point. «C'est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile», a-t-il tenté de justifier, penaud. L'ex-parti majoritaire craint de perdre des dizaines de sièges, à l'Assemblée. Dès lors, dans nombre de circonscriptions, plutôt que de faire de la place à des femmes sur ses listes, il a réinvesti des candidats (mâles) sortants. «Il était extrêmement difficile de les sacrifier. Chacun doit comprendre que, dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l'ancrage local de beaucoup d'entre nous», dixit Jean-François Copé. Dont le parti, pour ne pas avoir respecté la loi, devra payer plusieurs millions d'euros de pénalités.

Globalement, les autres formations respectent mieux l'obligation légale de parité. Il n'empêche, selon le ministère de l'Intérieur, on ne compte que 40% de femmes parmi les 6.591 candidats en lice au premier tour. C'est moins qu'aux législatives de 2007, où elles avaient été 41,6%.

18.05.2012

Un progrès spectaculaire

gouvernement,femmes,activisme,personnalités«Belles, celles qui luttent», proclame un grand dessin bombé sur un mur de notre quartier du onzième arrondissement. Pendant la campagne présidentielle, les féministes avaient lutté pour la création d'un ministère des droits de la femme et pour la parité hommes-femmes au gouvernement. Elles ont doublement obtenu gain de cause.

En ce qui concerne la place des femmes dans l'équipe ministérielle, le progrès est même spectaculaire. Le gouvernement formé mercredi soir compte 17 hommes et 17 femmes. Dans sa dernière mouture, le gouvernement précédent (relire ici) comptait 24 hommes et 9 femmes.

Cependant des féministes toujours en lutte déplorent (ici) deux choses. Un seul maroquin régalien (la Justice) a été confié à une femme. Et on a vu «la reproduction du schéma consistant à confier aux femmes toujours le même type de portefeuilles (famille, personnes âgées, santé, etc.)». C'est une façon de voir les choses. L'autre est de constater qu'ont été confiées à des femmes certaines compétences qui, à en croire les sondages, correspondent aux préoccupations importantes de la population: le logement, l'environnement ou la lutte contre l'échec scolaire, par exemple.

Sinon, on peut remarquer que les premières polémiques concernant ce nouveau gouvernement visent toutes des ministres femmes.

Gouvernement, Femmes, Activisme, PersonnalitésL'écologiste Cécile Duflot, pour le jean qu'elle a osé porter au Conseil des ministres, hier (nous, on a du mal à s'en indigner). La radicale de gauche Christiane Taubira, pour son passé de militante indépendantiste (qui remonte à 30 ans: c'était en 1982). Et la socialiste Delphine Batho, pour son logement parisien à loyer modéré (dont elle est en train de déménager, a confirmé le Premier ministre, ce matin).

Trois ministres femmes aussitôt dans le collimateur: dès les premières 48 heures.

Mais sans doute n'est-ce qu'un hasard. Ou pas? On verra.

16.05.2012

Une première conséquence?

Le départ de Nicolas Sarkozy de l'Elysée, hier – et/ou celui de François Fillon de Matignon, ce matin – pourrait avoir une conséquence très visible et concrète sur la physionomie de Paris. En effet, cela pourrait débloquer un gros dossier urbanistique contre lequel, depuis des mois, la droite faisait barrage. De toutes ses forces.

Ce vaste projet, c'est l'aménagement des berges de la Seine (photos visibles ici). Aujourd'hui et depuis des décennies, ces voies sont dédiées au trafic automobile. Le projet prévoit de réserver ces berges en partie aux piétons. Mais la préfecture de police de Paris, le «bras armé» de l'Etat central dans la capitale, a toujours freiné des quatre fers contre cette interdiction des voitures le long du fleuve. Selon elle, cela va entraîner d'inextricables embarras de circulation dans une bonne part du centre de Paris.

En janvier dernier, François Fillon en personne avait mis son veto au projet. Or, l'Etat étant propriétaire des quais de Seine, son aval est indispensable pour modifier la nature de ces voies. Furieux, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, avait dénoncé un «diktat inacceptable» de Matignon. Et qualifié d'«acte partisan» la décision de François Fillon – qui, à la faveur des élections législatives du mois de juin, se lance dans la politique locale parisienne.

François Hollande désormais à l'Elysée et Jean-Marc Ayrault à Matignon, ce gros dossier sortira-t-il enfin du placard où on l'avait enfermé? «On espère un déblocage rapide», s'est-on félicité, le week-end dernier, à la mairie de Paris. Où l'on envisage d'ores et déjà que les berges réaménagées soient ouvertes au grand public «au printemps 2013».

14.05.2012

Un (autre) candidat

L'ex-candidat Hollande sera donc investi en grande pompe, demain. Sera intronisé, en somme: le cérémonial de ces rituels républicains de passation de pouvoirs est tellement empesé que, demain, la France ressemblera plus que jamais à une monarchie républicaine. Et l'audimat des JT ou des retransmissions en direct des cérémonies montrera une fois de plus que les Français adorent cela.

L'ex-candidat Hollande s'efface donc, pour devenir le Président Hollande. Il faudra s'habituer à cette appellation.

Dans le même temps, dans les rues de Paris, les murs continuent d'être ornés d'affiches électorales appelant à voter pour... un candidat parfaitement inconnu, lui.

Personnalités, Elections présidentielles, Paris, Arts Il s'appelle Evelin Philibert. Nulle trace de lui dans les encyclopédies ou dans les dictionnaires de noms propres – à moins que cela nous ait échappé. Tout aussi inconnu au bataillon est son alter ego, dont le portrait est lui aussi affiché un peu partout sur les murs de la capitale, en ce moment: un certain Louison Rego.

Evelin et Louison. Physionomie surannée, patronymes désuets, obscurité de leur message: sur leurs affiches, pas un slogan, pas un engagement, pas un renvoi vers un site web, qui expliciterait la raison de leur présence ici, et dans une telle posture électorale.

C'est bien. C'est l'art urbain. Chacun y voit, ou pas, ce qu'il veut bien. Puis passe son chemin.

11.05.2012

Un (autre) Président

La chose est passée complètement inaperçue, donc parlons-en. Le week-end dernier, a été élu en France un Président de la République qui… n’est pas François Hollande. Il  a même été élu, lui, à la quasi-unanimité. Et a désormais la lourde tâche de faire appliquer la devise de sa République: «Faire le bien dans la joie». Ce Président-là se dénomme Alain Coquard. Samedi dernier, il a été plébiscité par 190 votants de… la République de Montmartre.

 

Ils sont près de 4000 Parisiens à se revendiquer «républicains montmartrois», d’adresse ou de cœur. Cette République, fondée en 1921, compte ses citoyens d’honneur, ses ambassadeurs «dans le monde entier», ainsi qu’«un gouvernement où siègent des ministres de la Nuit, de l’Agriculture, du Gai Paris ou de l’Œnologie». Dans cet Etat, «les Présidents changent, jamais les programmes. Citoyens et ministres organisent des fêtes, collectent des dons pour des associations et l’enfance défavorisée, rigolent au restaurant et, au passage, maintiennent vivant l’esprit de leur Butte». Cela passe notamment par des traditions. «Au 1er mai, la fausse République, belle joueuse, offre un brin de muguet au vrai maire de Paris. Et, à l’automne, l’institution tout entière défile et fête les vendanges, attirant au passage quelque 500.000 visiteurs».

 

C’était la note folklorique de la semaine. Après tant de semaines où ce blog n’a traité que des sujets si austères, autre élection présidentielle oblige.

 

Si vous voulez faire connaissance avec cette République-là, et en même temps avec un petit bout de l’Histoire typique de Paris, c’est ici.

08.05.2012

Un défoulement

Elections présidentielles, Paris, Personnalités, Chanson française, Musique, SarkozyGros défoulement, à Paris depuis dimanche soir: sur les affiches électorales de l'ex-candidat Président. Et particulièrement dans des arrondissements comme le 11ème, où «La France forte» n'a vraiment pas fait recette, dans les isoloirs.

Le «TCHAO PANTIN» aperçu boulevard Richard Lenoir est encore le commentaire le moins désagréable de tous ceux qu'on a vus en rue. Les déclinaisons du «Casse-toi, pauv'con», du karsher, et de la racaille à nettoyer sont, bien sûr, légion. Beaucoup d'insanités, aussi. Le défoulement post-électoral passe visiblement par un langage en dessous de la ceinture.

Vu pas mal d'obscénités, aussi, sur d'autres affiches n'ayant, elles, aucun caractère électoral. C'est particulièrement frappant dans les couloirs et stations de métro, ces derniers temps. La personnalité qui en fait les frais est une vedette du show-bizz. Il s'agit de ... Johnny Hallyday.

Notre bon vieux Jean-Philippe Smet, l'autre jour, a fait savoir qu'il ne se mêlerait plus jamais de politique. Malgré ce revirement, cet ex-sarkozyste de choc semble toujours, dans l'esprit des gens, assimilé au Président sortant. Nombre de ses affiches annonçant ses prochains concerts sont maculées de slogans. Qui l'invitent à aller se faire voir – pour édulcorer... – par, chez, ou avec Nicolas Sarkozy.

L'histoire ne dit pas (encore) si elles subiront le même sort, les affiches faisant la promo d'autres artistes ayant soutenu, en 2007 ou en 2012, le candidat Sarkozy: les Faudel, Stéphane Freiss, Enrico Macias, Véronique Julie Lescaut Genest, Charlotte Rampling, ou autres Mireille Mathieu.

04.05.2012

Une différence, ou l'autre

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Mieux vaut tard que jamais. Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, les «professions de foi» et deux bulletins de vote aux noms des deux finalistes de l'élection présidentielle, dimanche. Ce ne sont sans doute que des détails relevant de l'anecdote, mais, rien que sur la forme de ces dépliants électoraux, sans donc s'attacher à leur fond, on a été frappé par deux, trois petites choses.

François Hollande a choisi une police et un corps de caractère très grands et lisibles. Son texte est très aéré. En une minute ou deux, on en a fait le tour. A-t-il estimé que les dés étaient jetés, jugé qu'il n'y avait donc plus grand-chose à ajouter, hormis les grandes lignes de ses principales idées? Le texte de Nicolas Sarkozy, en revanche, est beaucoup plus serré, il y a beaucoup plus à lire, et, rien que dans la police et la taille des caractères utilisés, l'accès n'est pas aisé. S'est-il dit que ce document était pour lui la dernière occasion qu'il avait d'enfin convaincre, et qu'il lui fallait donc être très complet?

Une autre différence réside dans la manière avec laquelle ces deux candidats entament leur missive. «Mes chers concitoyens», écrit François Hollande. «Mes chers compatriotes», écrit, lui, Nicolas Sarkozy.

«Le Petit Robert», dans lequel on a jeté un oeil ce matin, n'établit pas vraiment la différence entre les deux termes. Concitoyen? «Citoyen du même Etat, d'une même ville (qu'un autre)». Compatriote? «Personne originaire du même pays qu'un autre». Le dictionnaire renvoie ses lecteurs d'un terme à l'autre. Il ne fait pas état de connotations particulières qu'aurait l'un ou l'autre de ces deux mots. Mais on n'a pas été étonné en découvrant cette différence dans l'utilisation des mots. Celui renvoyant à la citoyenneté est utilisé par le candidat de gauche, celui renvoyant à la patrie et au patriotisme l'est par le candidat de droite: c'est assez conforme avec la «coloration» implicite que ces deux termes ont, dans notre esprit.

Une différence, enfin, dans l'écriture entre les deux candidats.

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Nicolas Sarkozy achève son plaidoyer par quelques lignes manuscrites. On n'a aucune compétence en graphologie, mais on a trouvé que son écriture cadrait assez bien avec l'image que dégage son personnage. Ses lettres et la façon dont il les assemble forment un ensemble haché, nerveux.

On ne découvre l'écriture de François Hollande que via sa signature, qui clôt le document. Pour autant qu'on puisse en juger à cette seule signature, on semble là davantage dans le registre de la rondeur.

Mais, on le répète, sans doute ne s'agit-il là que des détails.

27.04.2012

Un «humour» vraiment pénible

Elections présidentielles, Personnalités, Femmes, HumourCe qui est parfaitement admissible et même franchement comique dans la bouche d'un humoriste-imitateur (relire ici) ne l'est pas du tout dans celle d'un politique. On l’a bien vu hier.

 

Le député sarkozyste Lionnel Luca (figure de proue de l'aile la plus à droite de l'UMP) s'en est pris, lors d'un meeting, au présidentiable socialiste en ces termes: «Hollande, qui a retrouvé une femme: Valérie "Rottweiler". Et c'est pas sympa pour le chien, ça!» Cette tirade en suivait d’autres, du même acabit sexiste et machiste, visant d'anciennes ministres sarkozystes et la candidate écologiste à la présidentielle. «Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le Président ». Eva Joly, «le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes. Eva Joly, ouverte, généreuse... J'ai une pensée émue pour ceux qui sont passés entre ses mains».

 

Nicolas Sarkozy en personne, hier soir à la télé, s’est dit «désolé» de ce dénigrement de la compagne de son adversaire. Auparavant, plusieurs caciques de l’UMP, assez gênés, avaient déploré des propos qui «ne sont pas du niveau d'une campagne électorale». Et la propre porte-parole du candidat UMP, Nathalie Koscisuko-Morizet, avait sèchement rappelé que «misogynie et insultes ne peuvent tenir lieu d'argumentaire politique».

 

Le plaisantin n’a pas du tout apprécié d’être ainsi désavoué dans et par sa propre famille politique. «Cinq minutes de plaisanteries, sur 1h20 de conférence!», a-t-il fulminé. «Si on ne peut plus faire de l'humour, même si on le trouve discutable, la France est vraiment mal barrée!», s'est-il indigné.

 

C'est surtout «La France forte» qui, avec d'aussi pénibles individus, nous semble vraiment mal barrée. En termes de dignité.

25.04.2012

Un choix très prévisible

Elections présidentielles, Personnalités, ParisC'est Place de Stalingrad que, dimanche, Jean-Luc Mélenchon avait invité ses partisans à le rejoindre. Pour ce qui était prévu comme une grande fête, mais qui a tourné en eau de boudin, vu la pluie et les résultats électoraux moins élevés que ce que ce candidat espérait. Et c'est Place de Stalingrad qu'il tiendra meeting, le 4 mai.

Ce choix géographique parisien à la fois était prévisible et est très explicable.

Place de Stalingrad, en effet, c'est la porte d'entrée vers les arrondissements du Nord-Est de Paris, qui sont les moins aisés de la capitale et ont beaucoup plus voté Front de gauche que le reste de la ville et du pays. Dans le 19ème, ce candidat a recueilli 15,7% des suffrages. Idem dans le 18ème: 15,3%. Son record parisien, «Méluche» l'a accompli dans le 20ème: 17,4% des voix carrément.

En revanche, sans surprise, la révélation de cette présidentielle 2012 a été très largement boudée par l'électorat des quartiers les plus aisés de Paris. Par exemple, il n'a fait que 3,5% dans le très chic 7ème (l'arrondissement de Rachida Dati) et encore moins (3,2%) dans le 16ème.

Elections présidentielles, Personnalités, ParisDe manière tout aussi prévisible, les quartiers parisiens aisés lui ont nettement préféré François Bayrou. Dans le 6ème et le 15ème, par exemple, le centriste a recueilli 11,5% des voix. Mais, dans ces quartiers, on a surtout très massivement voté Sarkozy. Dans le 16ème, plus de six votants sur dix (64,8%) ont plébiscité le Président-candidat: record parisien. Dans les 7ème et 8ème, le champion de l'UMP a frisé la barre des 60% (58,2% et 58,3% respectivement).

Les résultats de dimanche, d'ailleurs, ont une fois de plus confirmé, si besoin en était, le très gros clivage sociologique et politique qui traverse Paris. Pour preuve, dans les arrondissements parisiens les moins aisés, le Président sortant n'a recueilli les suffrages que d'à peine deux électeurs sur dix: 22,5% dans le 19ème, 19,5% dans le 18ème, et 18,2% seulement dans le 20ème. Là, il ne s'en est fallu que de 642 voix (sur 86.000 votants) pour que Nicolas Sarkozy soit dépassé par Jean-Luc Mélenchon.

23.04.2012

Un nouveau candidat

Elections présidentielles, Personnalités, HumourFrançois Hollande a davantage séduit les Parisiens que Ségolène Royal en 2007, et la capitale française vote beaucoup moins Front national que le reste du pays. On reviendra plus tard sur ces deux leçons parisiennes du premier tour présidentiel. En attendant, quelque chose de beaucoup plus léger – pour se détendre un peu, dans ce contexte si sérieux.

Ce week-end, un nouveau candidat à l'Elysée est apparu sur les panneaux électoraux, dans notre quartier Bastille. Ses affiches colorées ont recouvert celles, beaucoup plus sobres, des autres candidats. Le projet présidentiel de ce dénommé M. Pansa? Une version exotique du pain et des jeux de jadis: Pan & Fiesta.

On en connaît beaucoup, parmi les politiques et parmi les journalistes qui les suivent, qui en ont plus qu'assez de cette campagne, et donc qui voteraient bien volontiers pour un tel programme. On ne s'abstiendrait pas, nous non plus. Du moins si ce candidat Pansa autorise une cinquantaine d'heures de sommeil réparateur avant sa grande nouba d'intronisation.

20.04.2012

Une double casquette

Elections présidentielles, Droit, Personnalités, SarkozyNicolas Sarkozy persiste et signe. Ce matin, il a confirmé les propos qu'il avait tenus hier, au sujet de la probabilité que, dimanche, les résultats du premier tour présidentiel soient divulgués avant 20 heures: sur les réseaux sociaux, dans des médias belges ou suisses, etc. Jeudi, invoquant le fait qu'«on ne va quand même pas faire une frontière numérique entre la France et tous les autres pays du monde», Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'il ne serait «pas choqué» si, effectivement, ces résultats étaient divulgués avant l'heure légale.

En entendant cela hier, on était assez estomaqué. Et on le reste, aujourd'hui.

Chacun est évidemment libre de penser ce qu'il veut de l'inanité ou de la légitimité de cette interdiction légale de diffusion des résultats avant 20 heures. Nicolas Sarkzoy s'exprime en tant que candidat? C'est, aussi, son droit. Mais tout de même.

Jusqu'à preuve du contraire, il est toujours et jusqu'au 6 mai coiffé d'une autre casquette: celle de chef de l'Etat. Qu'un Président admette ainsi, sans ambages, qu'il ne serait «pas choqué» qu'on viole la loi, alors qu'il est censé être le premier à faire respecter les lois, cela pose tout de même question, à notre humble avis.

Elections présidentielles, Droit, Personnalités, SarkozyCe matin, Nicolas Sarkozy était interrogé sur l'avertissement donné hier par le parquet, qui a prévenu que toute infraction à cette loi serait systématiquement poursuivie par ses services. Le candidat UMP a répondu par une pirouette: il a ironisé sur le fait qu'il ne briguait pas le poste de procureur de la République.

Ca, au moins, c'est indiscutable. Pour le reste de l'argumentation du Président-candidat, chacun jugera.

18.04.2012

Une discrète omission

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalQu'en termes élégants ces choses-là sont dites. C'est ce qu'on a pensé ce matin, en tombant, en rue, sur ce graffiti anti-Le Pen.

La détestation qu'on est en droit d'éprouver envers telle ou telle personnalité autorise-t-elle de s'en prendre à elle en des termes scatologiques? Se soucier de la bienséance des mots utilisés pour critiquer Marine Le Pen, est-ce la moindre des choses, ou de la pudibonderie déplacée? On vous laisse juges.

Sinon, à propos de Marine Le Pen, on a reçu des nouvelles d'elle, ce matin. Dans notre boîte aux lettres. En effet, y sont arrivées les «professions de foi» des candidats: leurs dépliants électoraux, qui sont envoyés à tous les électeurs avant chaque scrutin. Découvrant ces document (visible en pdf ici), on s'est empressé d'y vérifier une chose, pour voir si était confirmé ou démenti un bruit qui circulait ces derniers jours, à son propos. Et, effectivement, on a eu confirmation de cet écho. Dans ce document, on ne trouve nulle trace d'un point du projet lepéniste sur lequel, pourtant, l'intéressée a passé du temps, pendant sa campagne. A savoir, la sortie de l'euro et le retour au franc.

Sans doute cette discrète omission est-elle due aux sondages de ces dernières semaines. Qui, tous, ont montré combien l'opinion – et y compris une bonne part de l'électorat FN – redoutait les conséquences d'un éventuel retour au franc, sur le pouvoir d'achat.

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalMarine Le Pen a retenu la leçon. Une telle faculté d'adaptation n'est pas anecdotique. Venant d'une candidate qui, pendant toute sa campagne, n'a cessé de dénoncer tout à la fois les sondeurs, la fiabilité selon elle très discutable de leurs enquêtes, et la place à ses yeux démesurée prise par les sondages dans cette présidentielle.

 

PS: Parlant d'Europe et de Front national, on a pu encore le remarquer hier soir, lors du méga-meeting parisien de Marine Le Pen, au Zénith. Rien que dans sa scénographie, il a rappelé combien la frontiste se distingue de la plupart des autres présidentiables. A ses côtés, en effet, sur la scène, figuraient trois drapeaux. Mais uniquement des drapeaux tricolores: aucun drapeau étoilé européen.

16.04.2012

Une façon de voir les choses

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Sarkozy, HollandeUn moment de gêne ce matin, en entendant Marine Le Pen sur une radio. C'était au sujet de cette bataille de chiffonniers que se livrent le PS et l'UMP depuis hier, sur la question de savoir qui, de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, a réussi à réunir le plus de militants à son meeting dominical géant.

Les chiffres avancés de part et d'autre, outre qu'ils sont invérifiables, sont complètement fantaisistes. 120.000 sarkozystes place de la Concorde? Chacun a pu y voir qu'une partie au moins de la place était encore vide quand le Président-candidat a commencé son discours. Et pour cause: il l'a débuté plus tôt que prévu. 100.000 «hollandais» face au château de Vincennes? Le chiffre a été lancé à la tribune dès le début de l'après-midi, alors même qu'un bon tiers de l'esplanade – pouvant contenir 140.000 personnes – était encore vide. Et pour cause: n'étaient pas encore arrivés une bonne vingtaine de cars, sur la centaine qu'avait affrétés le PS pour convoyer à Paris les sympathisants.

Hier soir, de retour de ce dimanche militant, constatant que cette guerre des chiffres faisait plus parler d'elle que les questions de fond, on a trouvé cela puéril. Comme deux bandes rivales d'écoliers qui, dans une cour de récréation, exhibent leurs biceps. Moment de gêne ce matin, donc. En entendant Marine Le Pen, à son tour, trouver cela... «puéril». Hier soir, on aurait dû penser en des termes moins courants, dû qualifier, dans notre tête, ce combat de titans sur les chiffres non de «puéril», mais de «vétilleux». Ce matin à la radio, Marine Le Pen n'aurait jamais pensé à utiliser ce mot-là. Trop tard. Tant pis.

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Sarkozy, HollandeCela dit, il y a une autre façon de voir les choses, au-delà de ces broutilles d'ego et de mots. Qu'ils aient été 80.000 ou 100.000 à la Concorde et/ou à Vincennes, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont sacrifié un dimanche tranquille et bien au chaud pour, dans le froid et le vent glacial, vivre au plus près la campagne présidentielle. Alors qu'on ne cesse de dire que cette campagne n'intéresse pas et de présenter les Français comme étant complètement désabusés, politiquement.

Du coup, rien qu'en soi et au-delà des chiffres, cette affluence de masse a quelque chose de plutôt positif.

12.04.2012

Un débarquement

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Le PenLa droite extrême et l'extrême-droite débarquent dans notre onzième arrondissement. A toutes les élections, ces dernières années, les candidats de cette mouvance n'y ont fait que des scores ridiculement microscopiques – comme dans le reste de Paris, d'ailleurs: terre de (centre-)gauche s'il en est. Il n'empêche, les voilà donc qui débarquent au coeur de «Boboland».

Nicolas Dupont-Aignan est annoncé pour un meeting au «Bataclan», boulevard Voltaire. Ce candidat se revendique «gaulliste», affiche un look de bon père de famille jeune et dynamique, et tente de séduire les foules en prônant «un protectionnisme raisonné». Toutefois, il est plus radical qu'il n'en a l'air. Pour preuve, l'autre jour, il n'a pas hésité à déclarer que, dans le cas (très hypothétique) où il était élu à l'Elysée, il pourrait nommer... Marine Le Pen Premier ministre. Sa déclaration a fait tant de bruit que, depuis, le pauvre n'arrête pas d'essayer de faire marche arrière. A chacune de ses prestations médiatiques, il assure que oui oui, ses propos ont été déformés et sortis de leur contexte, promet que, non non, il n'a rien à voir avec le Front national, etc.

Le Front national, précisément: ces derniers jours, les lepénistes ont visiblement envoyé des escouades de militants-colleurs dans notre onzième arrondissement. Un peu partout, sur les murs, fleurissent les affiches de Marine Le Pen. Appelant à une «révolution bleu marine», s'exclamant «Oui! La France», vantant une candidate qui serait celle de «La France des oubliés». Ce débarquement lepéniste tranche avec la physionomie murale qui, jusqu'à présent, était celle de nos quartiers. Dont les façades étaient majoritairement maculées d'affiches rouges: celles du populiste Jean-Luc Mélenchon ou de la trotskiste Nathalie Arthaud.

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Le PenMais les colleurs lepénistes n'ont pas toujours bien regardé où ils placardaient leur propagande.

Ainsi, boulevard Richard Lenoir, leur égérie s'affiche, comme si de rien n'était, sur une petite maison abandonnée depuis des lustres. Pourquoi pas. Mais l'immeuble est orné d'une immense fresque murale, qui représente un visage hurlant, sur fond de chaos urbain. Comme si ce visage criait sa colère contre la présence de telles affiches.

11.04.2012

Un tabou brisé (un peu)

A chaque campagne présidentielle, on se pose la question (voir par exemple ici). Comment donc font ces présidentiables pour tenir le coup, physiquement? Ces jours-ci, d'ailleurs, à moins de deux semaines du premier tour, les marques d'épuisement sont nettement visibles, sur leurs visages. C'est à ce moment qu'un tabou commence à (très légèrement) se briser en France. Concernant un sujet ultra-délicat: le dopage en haute politique.

Ainsi, depuis lundi, on a pu entendre, voir et lire un peu partout, dans les médias français, les propos de Denis Demonpion et Laurent Léger: les auteurs d'un livre de «Révélations sur la santé des Présidents», qui vient de paraître (aux éditions Pygmalion). En marge du sujet principal (notamment l'affirmation selon laquelle François Mitterrand aurait, à sa demande, été euthanasié), ces deux journalistes ont tenu des propos qui, sauf erreur, n'avaient jamais été tenus auparavant.

Leur ouvrage étant consacré aux Présidents, leurs allégations n'ont concerné que le seul Nicolas Sarkozy, mais il n'y a bien sûr aucune raison de penser qu'il est le seul politique concerné.

Donc, cela a donné ceci, dans la bouche de ces deux journalistes. Avec l'accord de ses médecins, le Président-candidat prend «différents produits», qui «ne sont pas autorisés à la vente en France». Par exemple, des médicaments «testés par des labos, mais qui n'ont pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires françaises pour être mis sur le marché». Des produits en vente à l'étranger et/ou sur le net. Des «remontants». Des «substances énergisantes, que prennent en général des sportifs». Des «fortifiants très puissants». Des «produits pour être en forme», et/ou «pour se calmer un petit peu».

Remarquez comme tout cela est dit avec énormément de précautions. Et, qui plus est, sans aucune condamnation. Dixit un des deux auteurs de cet ouvrage, qu'on entendait hier sur une radio: «Après tout, le Président doit être en permanence et jour après jour en excellente forme». Remarquez aussi qu'aucun nom précis de molécule n'est cité. Et pour cause: accoler le nom de telle ou telle personnalité politique à celui de telle ou telle substance particulière, terminant en «ine» par exemple (créatine, amphétamines, et on en passe), c'est à coup sûr se prendre un procès en diffamation.

Ce débat naissant est donc extrêmement précautionneux. Mais au moins n'est-ce plus le silence complet, le tabou total.

Sans doute est-ce déjà cela.

10.04.2012

Une impasse?

Elections présidentielles, Activisme, Personnalités, Activisme, Paris La campagne électorale officielle pour la présidentielle ayant débuté hier lundi, c'est le retour des panneaux électoraux dans les rues de Paris, comme dans tout le pays. Mais, dans notre quartier du onzième arrondissement, les gens s'arrêtent moins devant ces panneaux tout gris et les bobines qu'ils arborent, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Sarkozy, que devant les affichettes qui ont été malicieusement apposées sur les plaques de l'une ou l'autre rue – dans cet arrondissement comme dans d'autres.

C'est notamment le cas Boulevard Richard Lenoir. Qui, depuis quelques jours, a été rebaptisé «Impasse Sarkozy». L'imitation de la plaque est si bien faite qu'on s'y croirait. Sous le nouveau nom allégué du boulevard, a été inscrite la mention «Ancien Président de la République 2007-2012».

A moins que cela nous ait échappé, les auteurs de ce détournement n'ont toujours pas été identifiés, et n'ont pas encore révélé leur identité. On en est donc réduit aux supputations. Militants agissant pour le compte d'un présidentiable concurrent du Président sortant? Activistes radicaux? Artistes urbains? Simples plaisantins? Ils ont réussi leur coup, en tout cas: dans la rue, sur le net et dans les réseaux sociaux, on parle énormément de ces fameuses impasses Sarkozy.

Mais l'électorat jugera-t-il lui aussi qu'avec un tel Président, le pays est dans l'impasse? Réponses les 22 avril et 6 mai prochains.

06.04.2012

Un dimanche qui promet

Si vous envisagiez de circuler en voiture dans Paris le dimanche 15 avril, oubliez cela. Ce jour-là, en effet, la capitale va probablement connaître des embouteillages d'anthologie, pour cause notamment de campagne présidentielle.

Le 15 avril, il y avait déjà le marathon de Paris, qui, en temps normal, chaque année entraîne pas mal d'embarras de circulation et de stationnement. Cette année, viendront s'y greffer deux manifestations électorales de masse, car on sera à une semaine du premier tour du scrutin élyséen, le dimanche 22. D'une part, comme l'intéressé l'a confirmé hier, le grand meeting de Nicolas Sarkozy sur la place de la Concorde. D'autre part, le meeting, annoncé comme aussi massif, de son rival socialiste François Hollande, lui sur l'esplanade du château de Vincennes.

Une centaine de milliers de personnes pourraient bien, au total, assister à ces deux événements. Et il faudra leur ajouter les quelques dizaines de milliers de marathoniens du jour. Dès lors, c'est peu dire qu'on va friser la crise de nerfs ce dimanche-là à la préfecture de police de Paris, à qui il reviendra de coordonner, de régenter et de gérer tout cela.

Les Parisiens coincés dans les embouteillages pourront ronger leur frein en méditant sur la connotation tout de même très sanglante de ces deux lieux de meeting choisis par les duellistes pressentis du second tour. Nicolas Sarkozy réunira ses troupes sur une place où, comme chacun sait, Louis XVI et Marie-Antoinette notamment furent guillotinés, en 1793. Quant aux fossés du château de Vincennes, devant lesquels François Hollande réunira ses partisans, Bonaparte y fit fusiller le duc d'Enghien en 1804, après un jugement expéditif et sa condamnation à mort pour conspiration.

Mais, aux dernières nouvelles, la fin de la campagne présidentielle devrait, elle, être plus pacifique.

05.04.2012

Une incrédulité générale

Elections présidentielles, Politique, Personnalités, Sarkozy, Hollande, Bayrou, Le Pen, Joly«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient», assure une vieille maxime, cynique, de la vie politique française. Manifestement, ils sont de moins en moins nombreux à y croire, dans l'opinion. C'est ce qu'indique une étude réalisée par l'institut TNS-Sofres.

On y découvre que 88% des Français considèrent que, d'une manière générale, les politiques ne respectent pas les engagements qu'ils prennent en campagne électorale. Parmi ces neuf Français sur dix incrédules, 38% des sondés affirment carrément que les intéressés ont l'habitude de ne pas du tout tenir leurs promesses.

Des dix candidats à l'Elysée, le centriste François Bayrou et le socialiste François Hollande sont perçus comme les plus crédibles dans leurs engagements. Mais, pour l'un comme pour l'autre, les sondés défiants sont plus nombreux que les confiants. La frontiste Marine Le Pen et l'écologiste Eva Joly apparaissent comme les moins fiables. Concernant Nicolas Sarkozy particulièrement – dont le leitmotiv de ses meetings de 2007, était, pour rappel: «Moi, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous mentirai pas», etc. – , il ne s'en sort pas trop mal. En effet, le nombre de Français jugeant qu'il n'a ni mieux, ni moins bien tenu ses engagements que ses prédécesseurs (40%) dépasse, de peu, la proportion de Français considérant, au contraire, qu'il a plutôt moins bien respecté ses promesses qu'eux (36%).

Il n'empêche, globalement, les résultats de cette enquête d'opinions ne sont pas à l'honneur de la classe politique. Qui sait faudra-t-il se souvenir de ce sondage dans une quinzaine de jours: si d'aventure les résultats du premier tour de la présidentielle confirment ce qu'annoncent et prévoient déjà pas mal d'analystes: un très fort taux d'abstention.

02.04.2012

Une (petite) frayeur

Tous les Français qui en ont assez de cette campagne présidentielle interminable l'ont échappe belle. A quelque vingt jours du premier tour, en effet, il s'en est fallu de peu pour que le scrutin doive purement et simplement... être reporté. Et, du coup, il aurait fallu tout reprendre à zéro dans quelques semaines.

Hier soir, en effet, sortant d'un cinéma dans le quartier Montparnasse, Eva Joly s'est cassé la figure. La candidate écologiste à l'Elysée a chuté, la tête la première, dans un escalier. Agée de 68 ans, elle a subi une «très brève perte de connaissance» – à la suite d'«une grosse bosse», a dédramatisé le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé, sur une radio ce matin. L'intéressée a été immédiatement hospitalisée: à l'Hôpital Cochin, d'où elle devrait sortir soit dans les heures qui suivent, soit demain. Son QG de campagne vient de donner de ses nouvelles: «L’ensemble des examens effectués, nous savons maintenant qu’Eva est en bonne santé. Elle est pleinement déterminée à faire campagne pour les trois dernières semaines, pour dire aux Françaises et aux Français que l’écologie, c’est le vrai changement».

Rien de bien grave, donc. Mais, avec un premier tour dans trois semaines, on a frisé le gros problème.

En effet, Eva Joly aurait-elle été plongée dans le coma après sa chute, ou simplement contrainte à être longuement hospitalisée à cause de multiples fractures, que l'article 7 de la Constitution aurait dû être appliqué. Que dit-il? «Si, avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, le Conseil Constitutionnel prononce le report de l'élection».

Le cas échéant, on aurait donc dû se farcir ce scrutin en plein milieu des beaux jours d'été. Croisons les doigts, du coup, pour que, dans les vingt jours qui viennent, l'un(e) ou l'autre des dix candidat(e)s ne soit pas victime d'un infarctus, d'un AVC ou d'un accident de voiture.

30.03.2012

Un rappel qui tombe bien

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasC'est un rappel qui tombe à point nommé, à quelque trois semaines du premier tour des présidentielles. Et à l'heure où l'hystérie sur le sujet continue de plus belle, dans le monde médiatico-politique: un point ou l'autre gagné ou perdu par untel ou untel, la belle affaire – et des heures de commentaires.

Ce rappel a émané, cette semaine, de la très officielle commission des sondages. «A moins d’un mois du scrutin et eu égard à la place qu’occupent les sondages d’intentions de vote dans la campagne électorale», cet organisme «estime nécessaire d’insister sur la grande prudence avec laquelle les résultats de ces sondages doivent être interprétés».

La plupart des médias audiovisuels français ont désormais pris l'excellente habitude, lorsqu'ils relatent les résultats de ces enquêtes, de préciser qu'elles ne sont «que des instantanés de l'opinion: valables uniquement à un temps T, et n'ayant donc aucune valeur prédictive», etc, etc. Les formules du genre étant dorénavant consacrées, la commission, dans son rappel, ne s'étend pas sur ce point. Elle se borne à confirmer que ces enquêtes «ne sont qu’un instrument d’analyse de l’opinion publique, et non un outil de prévision des résultats électoraux». En revanche, elle insiste sur une autre réserve à prendre en compte, et qui, elle, est encore assez peu mentionnée dans les commentaires faits par les médias sur les sondages. Cela concerne ce que l'on a coutume d'appeler leur marge d'erreur.

Marge qui n'est pas mince, et qui, dès lors, peut fameusement modifier la donne. Et «cette marge est d’autant plus élevée que la taille de l’échantillon (des personnes sondées) est faible. La taille et les modalités de constitution des échantillons ont notamment pour effet que les scores publiés par les instituts de sondage sont généralement établis sur la base d’un effectif de l’ordre de 600 personnes. Dans ces cas, les écarts entre des scores (électoraux) attribués (aux différents présidentiables) qui n'excèdent pas un pourcentage de l'ordre de 4 % ne sont pas véritablement significatifs».

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasPensez-y la prochaine où vous lisez, entendez ou voyez des commentaires enfiévrés sur tel ou tel sondage qui donnerait un François Hollande et/ou un Nicolas Sarkozy à 28,5% ou 29,5%: en baisse ou en hausse de 0,5% alors que son rival, lui, progresserait ou régresserait de 0,5%. La commission des sondages ne le dit pas aussi cash, mais c'est le sens de son rappel: avec une marge d'erreur de 4%, toute cette agitation à propos d'évolutions microscopiques de ces enquêtes d'opinion, cela n'a absolument aucun sens.