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05.04.2012

Une incrédulité générale

Elections présidentielles, Politique, Personnalités, Sarkozy, Hollande, Bayrou, Le Pen, Joly«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient», assure une vieille maxime, cynique, de la vie politique française. Manifestement, ils sont de moins en moins nombreux à y croire, dans l'opinion. C'est ce qu'indique une étude réalisée par l'institut TNS-Sofres.

On y découvre que 88% des Français considèrent que, d'une manière générale, les politiques ne respectent pas les engagements qu'ils prennent en campagne électorale. Parmi ces neuf Français sur dix incrédules, 38% des sondés affirment carrément que les intéressés ont l'habitude de ne pas du tout tenir leurs promesses.

Des dix candidats à l'Elysée, le centriste François Bayrou et le socialiste François Hollande sont perçus comme les plus crédibles dans leurs engagements. Mais, pour l'un comme pour l'autre, les sondés défiants sont plus nombreux que les confiants. La frontiste Marine Le Pen et l'écologiste Eva Joly apparaissent comme les moins fiables. Concernant Nicolas Sarkozy particulièrement – dont le leitmotiv de ses meetings de 2007, était, pour rappel: «Moi, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous mentirai pas», etc. – , il ne s'en sort pas trop mal. En effet, le nombre de Français jugeant qu'il n'a ni mieux, ni moins bien tenu ses engagements que ses prédécesseurs (40%) dépasse, de peu, la proportion de Français considérant, au contraire, qu'il a plutôt moins bien respecté ses promesses qu'eux (36%).

Il n'empêche, globalement, les résultats de cette enquête d'opinions ne sont pas à l'honneur de la classe politique. Qui sait faudra-t-il se souvenir de ce sondage dans une quinzaine de jours: si d'aventure les résultats du premier tour de la présidentielle confirment ce qu'annoncent et prévoient déjà pas mal d'analystes: un très fort taux d'abstention.

14.02.2012

Une si belle fête

Vu ce matin, au supermarché du coin, dans notre onzième arrondissement. Au rayon dentifrices, shampoings, mousses à raser, etc., un produit particulièrement mis en valeur, cette semaine. Lancé par un fabricant dont on aura la charité de taire le nom. Un «gel-douche aphrodisiaque». A «base de gingembre». C'est complètement idiot? C'est, par excellence, un attrape-nigauds? Mais non: c'est la Saint-Valentin.

Entendu hier soir, sur une radio. Selon un sondage, plus d'un Français sur cinq juge que c'est Dominique de Villepin le candidat à l'Elysée le plus sexy. C'est effarant, de sonder les présidentiables sur un tel critère? C'est consternant, que des médias puissent dépenser des milliers d'euros pour un tel sondage? Mais non: c'est la Saint-Valentin.

Une demi-heure plus tard, hier soir toujours, à la télé cette fois. Christine Boutin renonçait à sa candidature à l'Elysée, et annonçait son ralliement à Nicolas Sarkozy. La très conservatrice et catholique ex-candidate, croisée de la lutte contre l'égalité des droits, a justifié son retrait par le refus sarkozyste de l'homoparentalité et de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Accessoirement, elle a monnayé son renoncement contre la promesse que son micro-parti pourrait présenter une centaine de candidats, aux élections législatives de juin. Pas très glorieux, ce Pacs Boutin-Sarkozy? Assez rance pour tout dire, une telle alliance? Mais non, c'est la Saint-Valentin.

Quelle belle fête, décidément.

14.11.2011

Une cour de récréation

Nicolas Sarkozy se dope. Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, de cadres supérieurs surmenés, et de leaders politiques en fin de campagne électorale. C'est ce que l'on pouvait déduire des propos du ministre Luc Chatel, hier soir sur une radio, où il était l'invité d'une grande émission politique dominicale. Il se dope, puisque, révélait ce ministre, le chef de l'Etat a... «une potion magique»!

Et puis non, finalement, il ne se dope pas. Car, précisait l'intervenant, la potion magique du chef de l'Etat, ce n'est pas un produit remontant illicite. C'est un élixir magique qu'il a en lui, de manière innée: l'élixir de l'énergie, de la ténacité, du volontarisme, et blablabla. D'ailleurs, ajoutait ce ministre un peu fayot, s'il fallait comparer Nicolas Sarkozy à un personnage de BD, ce serait assurément au Gaulois Astérix. En revanche, le socialiste François Hollande, ce serait plutôt «Babar, le roi des éléphants».

Ce matin sur une autre radio, un proche du candidat socialiste à l'Elysée ne décolérait pas. «Franchement... Quand on est ministre de l'Education, on n'est pas dans une cour de maternelle!», s'époumonait-il. «Cette campagne présidentielle doit avoir une autre tenue », et cette histoire de Babar «en dit long sur la situation de la droite».

Un niveau de cour d'école? L'an dernier, un éminent baron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n'avait rien trouvé de mieux que de moquer le côté «un peu balourd, un peu gauche» du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, en le rebaptisant Rantanplan, du nom du cabot niais de Lucky Luke.

De part et d'autre, donc, encore bravo.

13.10.2011

Une si grande finesse

politique,personnalités,histoire,copéIl est grand temps que ces primaires socialistes pour 2012 s'achèvent. Temps, pour... la droite. Qui, ces derniers jours, n'en finit plus de se ridiculiser avec des comparaisons particulièrement absurdes. Ainsi, ce jeudi, dans les rangs de l'UMP y compris, bon nombre n'en étaient toujours pas revenus de l'analogie faite la veille par le n°1 de ce parti, Jean-François Copé, avec le troisième candidat du premier tour de dimanche: Arnaud Montebourg.

 

Qui donc, dans la bouche du patron de l'UMP, a été comparé rien moins... qu'aux «bolcheviks de 1917». Car ces derniers, à en croire le parti sarkozyste, se seraient parfaitement retrouvés dans les deux marottes de ce socialiste: la mise sous tutelle des banques et le protectionnisme européen.

 

Alors, on peut bien sûr de ne pas du tout être convaincu par les thèses du héraut de la «démondialisation». On a parfaitement le droit de juger ce dernier concept fumeux, voire périlleux pour la France s'il venait un jour à y être mis en oeuvre. Il n'est même pas illégitime de s'interroger sur la crédibilité du travail de reprofilage d'image qui a été le sien: métamorphose qui, en gros, a transformé ce gentleman-farmer bourguignon en défenseur de la veuve et de l'orphelin. Tout cela, pourquoi pas, peut susciter d'intéressants débats.

 

Mais tout de même: les bolcheviks...

 

Vu la si grande finesse d'analyse qui semble de mise en ce moment à l'UMP, on ne serait pas autrement étonné si, dimanche soir, ce parti en venait à assimiler le candidat investi par le PS pour 2012 à... Pol Pot, le leader des khmers rouges qui, dans les années 70, génocidèrent le Cambodge.

 

Encore bravo.

29.09.2011

Une sanction prévisible

C'est un jugement populaire largement injustifié, mais sans doute était-il couru d'avance avec cette actualité en France qui, depuis, la rentrée, associe si souvent la classe politique à des histoires d'enveloppes d'argent liquide, de valises de billets de banque venues d'Afrique, de commissions occultes, voire d'association de malfaiteurs. La sanction est là: selon un sondage TNS- Sofres, trois quart des Français (72%) jugent désormais que, d'une manière générale, leurs élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus.

 

On atteint un pic en la matière, puisque «ce jugement critique est le plus fort jamais mesuré depuis 1977, date à laquelle la question a été posée pour la première fois par TNS Sofres. Il est en outre en augmentation de 4 points par rapport à juillet 2010, qui était déjà un record». Cette défiance se retrouve majoritairement dans toutes les couches de la population, mais est proportionnellement plus élevée chez les jeunes que chez les séniors.

 

Quelques jours avant cette enquête, un autre sondage avait déjà donné une idée de l'impact que pourrait avoir ce climat délétère sur, cette fois, le résultat du premier tour de l'élection présidentielle, dans sept mois. «Marine Le Pen en nette progression»: là aussi, c'était sans doute couru d'avance. Comme le note Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA, la présidente du Front national, «portée par une actualité favorable et une forte présence médiatique, progresse, passant de 15% au mois d’août à, selon le candidat socialiste testé, 18, 19 ou 20%. Ce mouvement est remarquablement élevé dans les catégories populaires et chez les jeunes».

27.05.2011

Une chute vertigineuse

C'était à prévoir, mais cela n'en reste pas moins saisissant. Les déboires new-yorkais de Dominique Strauss-Kahn lui font perdre... plus de 30 points dans la dernière livraison du baromètre mensuel Ifop Paris-Match, qui mesure la popularité des personnalités politiques. L'ex-patron du FMI y dégringole de la première à la septième place. Et ne recueille plus que 42% de bonnes opinions – mais 52% de mauvaises. Il conserve un solde d'opinions positives chez les sympathisants de gauche et les ouvriers, mais s'effondre chez les électeurs sans sympathie partisane affirmée: à 19% seulement de bonnes opinions, contre 68% de mauvaises.

Selon une autre enquête publiée cette semaine, réalisée par le même institut, l'«affaire DSK» a dégradé l'image des politiques aux yeux d'un certain nombre de Français. En effet, à la question «Diriez-vous que cette affaire change plutôt en bien, plutôt en mal ou ne change pas l'image que vous avez des personnalités politiques en général?», 39% des personnes interrogées – ce qui n'est tout de même pas rien – répondent «plutôt en mal». Le scandale, cependant, ne modifie en rien le regard porté sur la politique par une majorité de Français (59%).

Curiosité de ce sondage: pour 2% de l'opinion, cette si glauque affaire change plutôt en bien l'image des personnalités politiques. Là, on l'avoue, on ne comprend pas.

02.05.2011

Une (autre) question de moyens

«En cette période de crise, la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social». Le leader de l'UMP Jean-François Copé dixit, pour justifier la fermeté du gouvernement face aux Tunisiens candidats à l'immigration en France – on en parlait mercredi dernier, dans ce blog. Cela n'a strictement rien à voir, c'est juste un hasard de calendrier, mais cette coïncidence n'est tout de même pas banale. Peu avant que cet argument de l'impécuniosité soit brandi, le Journal officiel publiait des montants qui, eux, montrent que, pour certaines choses en tout cas, la France ne manque pas vraiment de moyens.

Cela concerne le plafond des dépenses de campagne électorale qui seront permises à chaque candidat du prochain scrutin présidentiel, en 2012, et qui seront ensuite partiellement remboursées par l'Etat. Ce plafond sera précisément de 16.851 millions d'euros, par candidat. Les deux participants au second tour du scrutin, eux, pourront dépenser jusqu'à 22,509 millions d'euros chacun. Ce montant est en hausse de 4,26% par rapport à la présidentielle de 2007, année où plus de 75 millions d'euros avaient été dépensés par les candidats (dont 44 millions pris en charge par l'Etat). Ce plafond pour 2012 consacre une hausse de 23% par rapport à la présidentielle de 2002 – la plus chère de l'Histoire française: elle avait coûté quelque 53 millllions d'euros à l'Etat.

Pas de moyens d'un côté, beaucoup de moyens de l'autre. Ceux qu'embarrasserait la collision entre ces deux actualités argumenteront probablement que les dépenses de campagne électorale font partie du prix à payer pour la démocratie.

29.03.2011

Un grand vide

shadock.jpgPour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.

La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops»  –  et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.

Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.

Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.

clown.jpgDu coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.

Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.

25.03.2011

Une expérience

électionscantotox.jpgOn vote en France dimanche. C'est le second tour des élections cantonales. Si l'on en croit les sondages, le FN en sortira renforcé. Mais faut-il vraiment prendre ces enquêtes d'opinion pour argent comptant? On n'en a jamais été trop sûr. Et, au vu de la petite expérience qu'on a faite l'autre jour, on n'en est pas davantage certain.

On était au bureau, lorsque le téléphone sonnait. Au bout du fil, un enquêteur de la Sofres, qui effectuait un sondage d'intentions de vote sur, précisement, ce second tour des cantonales. On n'avait pas que cela à faire. On ne brûlait pas spécialement d'envie de s'exprimer sur le sujet. Mais on se pliait au jeu. En se disant que notre jeune interlocuteur devrait sans doute, ce jour-là, se taper des dizaines de coups de fil similaires pour un salaire probablement pas mirobolant, et donc qu'on pouvait au moins lui rendre service. Cependant, on n'a pas été très convaincu par l'expérience. Quelques exemples.

On était d'abord prié d'indiquer notre intérêt pour ce scrutin. En choisissant entre plusieurs réponses: de mémoire, «très intéressé», «plutôt intéressé», «plutôt pas intéressé», «pas du tout intéressé», etc. On faisait remarquer que professionnellement, en tant que journaliste, oui, on était intéressé par la chose. Mais que, personnellement, on ne l'était pas du tout, puisque les Parisiens ne votent pas, dimanche – Paris a un statut départemental particulier. «Oui, mais deux réponses, ce n'est pas possible: vous devez en choisir une seule», s'entendait-on répondre. On coupait donc la poire en deux, tout en se disant que ce compromis reflétait assez imparfaitement notre sentiment. Autre question: on devait préciser pour qui on allait voter dimanche. On répétait qu'en tant que Parisien, on n'était pas appelé aux urnes. «Oui, mais il me faut une réponse», objectait notre sondeur. Qui nous suggérait donc d'indiquer pour qui on aurait voté. On s'exécutait, mais, là encore, on trouvait que cela n'avait pas grand sens. Autre question, encore: notre avis sur l'enjeu qui va motiver l'électeur moyen dimanche, dans l'isoloir: enjeu local ou enjeu national? En tant que journaliste, on savait bien que la réponse devait être nuancée: selon le type d'électorat, l'accointance politique, la région, etc. Mais, en tant que sondé, on n'avait pas le choix: il fallait répondre blanc ou noir, national ou local. Là encore, on obtempérait, mais sans davantage trouver notre réponse très représentative de notre sentiment. Et ainsi de suite.

Au bout de dix minutes, notre sondeur prenait congé. Manifestement ravi du travail accompli: un répondant de plus, au suivant. On se replongeait dans la rédaction de notre article du jour. Tout en se disant que, tout de même, pour la validité de ce sondage, la Sofres avait intérêt à ce que les 999 autres sondés de l'échantillon soient, eux, plus convaincus que nous par leur prestation.

17.02.2011

Un langage

nombril.jpgComme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .

Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” –  comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».

Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.

Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".

mots.jpgEt, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.

03.09.2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».

15.06.2010

Un combat

metroDUROCK.jpgC'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».

Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.

Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».

homersimpsonnevertoooldtorock.jpgDébut avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.

Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.

08.04.2010

Un ravage

On terminait la note d’hier, sur cette pénible «affaire Sarkozy-Bruni-Dati», en se demandant si l’ambiance actuelle, pesante et pas glorieuse, dans le monde politique français ne risquait pas, au final, de décrédibiliser encore un peu plus la chose publique aux yeux des électeurs et des abstentionnistes. Depuis, deux petites actus sont survenues. Qui, s’est-on dit ce matin, risquent de contribuer elles aussi au ravage de cette image de marque du pouvoir dans l’opinion.

 

Un: une allégation du quotidien suisse “La Tribune de Genève”. Rachida Dati toujours elle, le 15 mars dernier, alors qu’elle était en déplacement en Suisse, aurait réservé une nuit d’hôtel dans… un palace cinq étoiles. Finalement, l’UMP ayant refusé de payer, elle ne se serait rabattue qu’à regret sur un hôtel deux fois moins cher.

 

Deux: la confirmation, par une source judiciaire, de l’interpellation et du placement en garde à vue d’une ex-préfète, hier. Motif? Vol et détournement de biens par personne dépositaire de l'autorité publique, comme on dit dans le jargon juridique. En clair, elle est soupçonnée d'avoir soustrait des meubles et des tableaux du logement de fonction dont elle bénéficiait, vols présumés découverts à la suite de l'inventaire effectué par son successeur.

 

On imagine déjà ce que le Front national va dire de ces deux scandales.

 

12.03.2010

Un désintérêt

Dernier jour ouvrable avant un week-end électoral: dimanche en France, c’est le premier tour des élections régionales. Hier soir, c’était la grosse animation politique dans le quartier, a-t-on constaté en rentrant à la maison. Pour son dernier meeting de campagne, en effet, le PS avait réquisitionné le Cirque d’Hiver, la grande salle de spectacles du boulevard des Filles du Calvaire. Les socialistes y ont fait salle comble. La veille au soir déjà, au même endroit, les Verts et leurs leaders (Daniel Cohn-Bendit, José Bové, etc.) avaient réuni la grande foule.

 

L’affluence de militants constatée à ces grands meetings parisiens cache mal, toutefois, le large désintérêt de l’électorat pour ce scrutin. Le taux d’abstention qui sera annoncé dimanche soir le confirmera sans doute, mais d’ores et déjà, dans la vie quotidienne à Paris, on a pu constater cette assez faible mobilisation des foules.

 

Ainsi, c’était frappant hier soir devant le Cirque d’Hiver. Le PS avait déployé un écran géant sur la façade de l’édifice, sur lequel le grand public pouvait suivre en temps réel les interventions prononcés au même moment à la tribune par les orateurs. Sur le coup de 22 heures, c’était Martine Aubry qui était en train de discourir sur cet écran géant. Pour autant, à ce moment, les passants n’ont pas ralenti le pas pour l’écouter. Les riverains n’ont pas afflué pour la voir. Les fêtards des bars et restaurants du coin n’ont pas interrompu leurs agapes pour assister à ce moment. Et l’apparition sur grand écran de la patronne des socialistes n’a évidemment pas provoqué d'embouteillages sur le boulevard.

 

«Ces élections, ça n’intéresse personne!», nous avait dit, quelques heures plus tôt, le kiosquier d'un boulevard un peu plus loin, chez qui on va acheter la presse chaque matin avant d’arriver au bureau. La veille, il avait dû jeter à la poubelle «des dizaines d’exemplaires» d’un supplément électoral édité par un quotidien: «C’était gratuit, mais les gens ne le prenaient même pas». De même, dans notre quartier du onzième arrondissement, de nombreux panneaux électoraux, ce matin encore, étaient complètement vides. Et on n’a jamais vu, ces dernières semaines, des affiches électorales vandalisées, raturées, taguées, commentées, détournées, arrachées – comme c’était si fréquent aux présidentielles de 2007. Enfin, ces derniers dimanches matins, sur les marchés du quartier, on a bien croisé l’un ou l’autre militant en train de distribuer des tracts. Mais, on l'a vu, ils ne devaient pas rarement insister auprès des gens pour qu’ils les acceptent de les prendre. Et jamais on n’est tombé sur des discussions improvisées mais passionnées, en plein marché, entre militants ou électeurs de bords politiques opposés.

 

Du coup, si tant est que ces quelques petits indices de la vie quotidienne parisienne soient révélateurs d’un climat général, on ne serait pas du tout étonné que les bureaux de vote soient plutôt déserts, dimanche.

26.11.2008

Une disparition

Cela doit être la première mesure prise par Martine Aubry, qui a été proclamée hier soir nouvelle patronne du Parti socialiste.

 

Hier encore, en fin d’après-midi, sur le site d’enchères eBay.fr, on pouvait trouver un objet intitulé «Parti socialiste, peu utilisé, vendu sans capitaine» mis en vente par un petit plaisantin. Il était classé dans la catégorie «Sports collectifs». Annoncé «de couleur rouge» ainsi qu’à l’«état d’occasion». «Le vendeur n'accepte pas les retours pour cet objet», était-il précisé dans l’annonce. Mais la livraison était entièrement gratuite. L’objet avait été mis en vente le 16 novembre, soit au lendemain du calamiteux congrès de Reims. Son prix, à l’époque, avait été fixé à un euro. Depuis, il avait suscité 20 enchères, qui avaient fait grimper sa valeur jusqu’à 10 millions d’euros.

 

Rebondissement. Ce matin, sur la même page d’eBay, plus rien. Plus de PS mis aux enchères. Disparu. Volatilisé comme par enchantement. N’y subsistent que de misérables et cafardeux jeux de cartes, pin’s, cravates et autres gadgets logotés socialistes. Autant d’objets qui, visiblement, n’intéressent personne. Ce matin,  les 22 articles référencés socialistes proposés sur eBay n’avaient totalisé qu’une demi-douzaine d’enchères. Et personne ne surenchérissait même sur de merveilleux pin’s de la fédération du Nord, le fief de Martine Aubry, proposés 3 euros la pièce. Si ça tombe bien demain matin, pour laver cet affront, les grands communicants de la rue de Solférino les auront dicrètement fait disparaître d’eBay.

24.11.2008

Un nombre

42. C’est donc, avant les recomptages et éventuelles corrections de ce lundi, le nombre de voix d’avance de Martine Aubry sur Ségolène Royal pour la direction du PS. Quelques heures à peine après l’achèvement du psychodrame de vendredi soir, cette référence historico-politique avait déjà été ajoutée à la rubrique consacrée à ce chiffre par Wikipédia. «L’encyclopédie libre» et participative du net a beau voir sa fiabilité régulièrement contestée, au moins donc sait-elle à l’occasion faire preuve d’une belle réactivité. En plus, si on la lit bien, cette notice encyclopédique sur le 42 renvoie à des tas de choses qui, par analogie, conviendraient bien à la situation au PS.

 

Ainsi, 42 est, à une centaine de mètres près, le nombre de kilomètres d’un marathon. Voilà qui ne pouvait mieux tomber, s’agissant au PS d'une interminable course de succession. C’est aussi «le numéro atomique du molybdène, un métal de transition». Mais après cela, elle ne va pas être facile la transition, dans ce parti. 42 est également «le nombre de types distincts de fromages requis dans le sketch de la fromagerie des Monty Python». D’un sketch comique à l’autre, cela méritait d’être rappelé. A moins qu’au PS, on ne soit pas en présence d’une comédie mais d’une tragédie? Auquel cas, il n’y a qu’à demander, Wiki fournit illico une référence: «Dans 'Roméo et Juliette', la potion que donne Frère Laurent à Juliette la maintient 42 heures dans un état de mort». Menacé à terme de mort, le PS a, depuis vendredi soir, le feu peu ou prou à tous ses étages. Normal: 42 est «le titre original et la durée approximative en minutes de l’épisode 'Brûle avec moi' de la série Doctor Who». C’est encore «le nombre d’années de mariage des noces de nacre». Mais de toute évidence, les aubrystes et les royalistes ne sont pas prêts de les célébrer, ces épousailles.

 

 

 

PS: Pour que nos lecteurs n’aient décidément pas perdu leur journée, signalons que 42 est également «le numéro de l’inode du répertoire root dans un système de fichier resiser4», le nom donné «par les chercheurs d’Umbrella à la plante gigantesque occupant le poste de garde dans le jeu 'Resident Evil'», ou «le nombre de portes protégeant 'Le grimoire des secrets' dans l'épisode 13 des 'reflets d’Acide'». Décidément, toutes ces sous-cultures et toutes les connaissances encyclopédiques auxquelles elles donnent lieu chez leurs initiés sont assez fascinantes.

21.11.2008

Une révélation

Il n’a pas tout perdu, Benoît Hamon: le candidat à la direction du PS qui, cette nuit, s’est fait évincer du second tour final au profit de Ségolène Royal et de Martine Aubry. Le jeune eurodéputé n’a pas tout perdu, puisque, à la faveur de cette course à la présidence, il a au moins acquis une notoriété. Aujourd’hui, si vous le googlisez, vous obtenez quasiment un demi-million de références. Certes, ce n’est rien par rapport à l’audience de ses deux rivales. Mais ce n’est tout de même pas mal pour quelqu’un qui était totalement inconnu du grand public il y a six mois à peine. Tous les ans, un prix décerné par des journalistes couronne la révélation politique de l’année. Pour 2008, le Besancenot du PS pourrait légitimement prétendre à cette distinction.

Par sa jeunesse, son style calme et cool, son look «boy next door», son talent télégénique et sans doute aussi par son discours – brut de décoffrage, les deux pieds bien sur terre, compréhensible, moins langue de bois que les autres –, Benoît Hamon n’est pas passé inaperçu sur le net non plus. Certains forums notamment ont amplement commenté sa plastique de jeune premier.

Signe d’une certaine popularité, le rugbyman amateur fait même déjà l’objet de parodies sur les sites de partage vidéo. Ainsi, ce mini-clip ci-dessous. C’est évidemment purement gratuit, les deux intéressés n’étant absolument pas liés. Par rapport aux enjeux de fond, c’est certainement très futile. Et les grincheux auront même quelques raisons de trouver cela carrément débile. Mais, on l’avoue, on a trouvé que le casting – le si avenant socialiste et la si glamour et talentueuse journaliste – était vraiment très réussi. Un couple tellement joli qu’à la vision de cette bluette imaginaire, on a trouvé ce duo charmant et on a souri.

 

25.09.2008

Un pari

«La musique adoucit les mœurs». Elle n’est donc pas du luxe, dans ce monde si «rude» qu’est la politique. C’est Ségolène Royal qui l’assurait hier soir, à la télé, en présentant le grand «Concert de la Fraternité» qu’elle organise ce samedi au Zénith. Le programme définitif de cette manifestation est désormais connu. Sur scène, on verra des peoples qui, l’an dernier, faisaient partie de son comité de soutien (Benjamin Biolay, Ariane Mnouchkine, Patrick Fiori, Cali, etc.), des jeunes qui montent (Ridan, da Silva ou Princess Aniès) et quelques vieilles gloires sorties pour l’occasion du formol (Trust, Hervé Villard ou Georges Moustaki). Bref, des «artistes engagés», qui, tous, «évoqueront les enjeux de fraternité et de lutte collective».

L’an dernier, à l’issue de sa campagne élyséenne, Ségolène Royal avait promis d’organiser une telle fête, pour remercier tous ceux qui l’avaient épaulée. Clairement, il ne s’agit pas uniquement d’un rendez-vous artistique: l’événement a une dimension nettement politique. En tentant d’amasser les foules de supporteurs autour d’elle, la socialiste espère se relancer, elle que les sondages donnent en perte de vitesse. Singulièrement, elle entend marquer les esprits des militants socialistes, qui sont actuellement en plein processus de désignation de leur prochain dirigeant.

A cet égard, Ségolène Royal s’est lancé un fameux défi, et a pris un gros risque, en jetant son dévolu sur le Zénith. En effet, cet immense paquebot amarré aux portes de Paris peut accueillir jusqu’à une demi-douzaine de milliers de personnes. Du coup, si d’aventure, samedi soir, il devait rester à moitié vide, l’effet médiatique et symbolique de cet échec serait catastrophique pour la socialiste, et aurait un impact politique indéniable.

C’est pourquoi son équipe va probablement veiller à habilement gérer les lieux. A la télé, tous les professionnels de la com’ vous le diront, il n’y a rien de pire que des plans de gradins clairsemés. Dès lors, on peut imaginer que lorsque le public entrera dans l’énorme hall de concert du Zénith, celui-ci ne lui apparaîtra pas d’emblée dans sa configuration la plus vaste. Au contraire, son cloisonnement en différentes aires plus petites et séparées de grands rideaux noirs, comme c’est possible, permettra aux organisateurs d’ouvrir progressivement de nouveaux espaces en fonction de la densité de la foule. Et donc de toujours veiller à ce que le rendu télévisuel de la manifestation donne une image d’affluence.

Depuis des semaines, au demeurant, les comités «Désirs d’avenir» se démènent sans compter pour assurer la promo de l’événement. On peut parier que, pour assurer le succès de ce «Zénith de la fraternité», la redoutable machine logistique royaliste ne manquera pas d’affréter des cars en provenance de tous les départements. Ségolène Royal elle-même, d’ailleurs, ces derniers jours, a multiplié les courriels adressés à ses sympathisants pour les presser de se rendre à Paris samedi. Et, au besoin, pour corriger les rumeurs malveillantes que ses opposants n’ont pas manqué de faire circuler à propos de son méga-concert. Ainsi, un bruit a couru récemment, selon lequel, pour pouvoir assister à cette manifestation annoncée pourtant comme gratuite, les spectateurs, à l’entrée, seraient en fait très fraternellement mais aussi et surtout très fortement invités à s’acquitter d’un montant minimal de dix euros. Un argument potentiellement dissuasif en ces temps de préoccupation populaire pour le pouvoir d’achat. Ségolène Royal l’a bien compris. Histoire de tordre d’emblée le cou à cette rumeur, elle s’est immédiatement fendue d’un démenti catégorique, rappelant que la participation aux frais serait totalement libre.

Verdict samedi soir pour voir si cela aura suffi et si la socialiste a gagné son pari.

22.07.2008

Une trouvaille

dda483bd9e434ea643336e512f1e5bb2.jpgLa réforme institutionnelle enfin votée hier au Congrès de Versailles – par une seule et unique petite voix de majorité: parfois décidément, ce qui est ténu arithmétiquement est énorme politiquement – , la classe politique s’achemine tout doucement vers la plage, et on ne va d’ailleurs plus trop tarder à l’imiter.

Comme chaque été depuis trois ans, «les Jeunes Populaires», à savoir la section jeunesse de l’UMP, autrement appelés «Jeunes Pops» en jargon sarkozyste, partent aujourd’hui de Paris pour leurs «Caravanes de l’Eté». Il s’agit d'aller «à la rencontre des Français sur leurs lieux de vacances», afin de «revenir sur les réformes en cours ou à venir et faire participer les citoyens au débat: ‘Avec Nicolas Sarkozy, faisons bouger la France’». Dans les semaines à venir, deux caravanes de «Jeunes Pops» parcourront 54 villes du pays: sillonneront l’Alsace, écumeront les plages du Nord-Pas de Calais, de Normandie et de Bretagne, traverseront le Poitou-Charentes, l’Aquitaine et le Languedoc et, bien sûr, séviront sur le littoral de Provence et de Côte d’Azur.

Cet été donc, entre deux bains de mer, deux apéros au camping, deux slows collants, deux randos ou deux visites de cloîtres romans, parler niches fiscales, TIPP sur les carburants, économies dans l'assurance-maladie ou recours en inconstitutionnalité: quel bonheur - on est sûr que les Français vont se précipiter à ces grands débats des «Caravanes de l’Eté». Pour encore mieux les y inciter, les Jeunes UMP vont ressortir cet été ce merveilleux accessoire qu’ils avaient naguère inventé, brillantissime trouvaille de marketing politique: la tong de plage. Griffée sur sa semelle au sigle du parti, elle permet de laisser des empreintes logotées sur le sable. L’édition 2008 de la tong sarkozyste est bleue (évidemment): courroie bleu clair et plante des pieds bleu foncé parsemée de petits bonhommes rouges et jaunes. C’est décidément merveilleux, l’UMP l’été.

02.07.2008

Un palmarès

Ils ont été décernés lundi soir, et on n’avait pas encore eu l’occasion d’en parler – donc il est plus que temps: les Prix Press Club, humour et politique», édition 2008. Cette année, c’est le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo qui a été couronné, pour une petite phrase raillant implicitement l’hyperprésidence et l’omniprésence de Nicolas Sarkozy, au détriment de son chef de gouvernement François Fillon: «Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Elysée pour devenir Premier ministre».

 

Parmi les nominés, on n’a pas trop été enthousiasmé par la petite phrase de François Hollande en pleine période de cacophonie gouvernementale («Sarkozy est passé de la présidence bling-bling à la présidence couac-couac»): le leader du PS, un des hommes politiques les plus drôles de sa génération, peut faire beaucoup mieux. Idem pour la tirade de François Bayrou au lendemain de son échec aux élections municipales («Je vous le promets, nous aurons d’autres victoires»): le patron du Modem devrait verser des droits d’auteur à Ségolène Royal, qui avait dit peu ou prou la même chose le soir de sa défaite au second tour des présidentielles de 2007.

 

En revanche, on adore particulièrement cette sortie du secrétaire d’Etat aux Sports Bernard Laporte, en déplacement aux Dom-Tom: «Je voulais voir les Antilles de vive voix». C'est vraiment merveilleux. Cela rappelle le légendaire «à l’insu de mon plein gré» de Richard Virenque. Cela aurait même pu être dit par notre Jean-Claude Van Damme national. Une référence, comme chacun sait.