Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

02.05.2012

Une agressivité

Elections présidentielles, Médias, Journalisme, PresseQuelle que soit son issue, dimanche soir, cette campagne présidentielle de 2012 restera dans les annales notamment pour ce qui fut une de ses particularités, jamais vue à ce point précédemment: l'agressivité envers la presse.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, avec leurs tirades médiaphobes énervées, avaient donné le ton. Nicolas Sarkozy a embrayé sans vergogne, en rangeant les médias dans ces «corps intermédiaires» qu'il abhorre. A chacun de ses meetings, il a des phrases très peu aimables sur les journalistes, réduits peu ou prou à des bobos égotiques, indignement donneurs de leçons, et complètement coupés des réalités. Parmi les slogans scandés par la foule, lors de ses meetings, figure d'ailleurs un très ironique et aigri «La presse, avec nous!»

«Journalistes, dégagez!» Ce slogan-là, on l'a entendu scandé hier: lors du défilé du 1er mai du Front national. On y a vu certains journalistes se faire très virilement bousculer par les sbires du service d'ordre frontiste. Qui trouvaient qu'ils ne dégageaient pas assez vite quand le cortège avançait et/ou qu'ils s'approchaient un peu trop près de la famille Le Pen: pour tenter de les photographier, de les interviewer, etc. Hier aussi, cerise sur le gâteau, une journaliste du site web d'info Mediapart (très antisarkozyste, donc très détesté dans «La France forte») a affirmé avoir été violentée en marge du meeting sarkozyste du Trocadéro. Selon ses dires, des militants l'ont bousculée, traitée de «sale gauchiste», lui ont arraché le badge d'accréditation qu'elle portait au cou, ont empoigné son appareil photo et l'ont fracassé par terre.

Il est temps, décidément, que cette campagne s'achève.

30.04.2012

Un différence de traitement (culinaire)

On n'a pas gardé de souvenir de cela pour la campagne présidentielle de 2002. Mais, par contre, on se souvient bien qu'on s'était déjà fait la réflexion pendant celle de 2007. Côté coulisses, dans le genre donc très anecdotique, il y a une nette différence dans la manière dont les journalistes sont traités par les présidentiables. Une différence de traitement... culinaire.

Tous les candidats à l'Elysée ont l'habitude de garnir les salles de presse de leurs meetings de victuailles diverses et variées. Destinées sans doute à éviter que des journalistes y tombent d'inanition (ces meetings terminent souvent tard), ou qu'ils soient affamés/assoiffés au point que leurs compte-rendus de meeting s'en ressentent négativement. Or, entre les buffets de presse de Nicolas Sarkozy et ceux de François Hollande, il y a un monde de différence. Comme les buffets sarkozystes de 2007 n'avaient rien à voir avec ceux de Ségolène Royal.

Côté Sarkozy: les petits plats dans les grands. Petits fours et zakouskis. Miniardises et canapés garnis. Petites salades diététiques très chics. Macarons et viennoiseries venus des plus grandes pâtisseries. Cela sent la qualité comme l'opulence à plein nez. Et c'est servi par du personnel en livrée.

Rien de tel côté Hollande. Là, c'est la bonne franquette. Des sodas, du café, de l'eau, des jus de fruits, des chips, des biscuits standards: petits beurres, barquettes aux fraises, ou madeleines industrielles. L'essentiel y est, mais on ne passe pas des heures au buffet: on se sert son coca et, basta, on s'en va.

D'un strict point de vue culinaire (rien de politique là dedans), on préfère nettement la seconde formule. Lors des meetings sarkozystes, on n'ose à peine approcher le buffet des journalistes. Impression désagréable de jouer les pique-assiettes. Sensation dérangeante de se laisser cajoler. A la limite de la culpabilité.

Mais on ne jurerait pas que tel est aussi l'avis d'une majorité des journalistes couvrant cette présidentielle.

15.02.2012

Un terme inutilement violent

Presse, Médias, Journalisme, Elections présidentielles, Langue française Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.

En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».

Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?

Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.

On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.

06.02.2012

Une année faste

C'est un peu dur à écrire, alors que deux quotidiens («France Soir» et «La Tribune») viennent de disparaître des kiosques, mais, malgré tout, 2011 fut une année faste pour la presse quotidienne nationale (PQN) en France. Au passage, cela n'a pas l'air d'avoir été le cas en Belgique, où, si l'on se souvient bien d'une dépêche vue en coup de vent la semaine dernière, les chiffres relatifs à la diffusion payante des journaux ont, une fois de plus, été mauvais.

Dans l'Hexagone, en revanche, les quotidiens nationaux ont cessé de perdre des lecteurs (+0,04%). Dans le détail (voir ici ou ), cela donne +1,34% pour «Le Figaro», +2% pour «Le Monde», +3,3% pour «Les Echos», ou carrément +5,4% pour «Libération». L'autre jour, le directeur de ce journal, Nicolas Demorand, y est allé d'un cocorico (ici). Selon lui, cela indique «qu’il n’y a pas de fatalité. Qu’un titre de presse peut reconquérir des lecteurs, sur tous les supports. Qu’il peut faire entendre sa voix dans un paysage médiatique saturé».

En tout cas, cela indique qu'en 2011, l'actu a été porteuse pour la «grande presse». Ainsi, c'est la saga DSK qui a permis à «Libé» de réaliser ses dix meilleurs ventes de l'année. Au-delà de cette rocambolesque affaire et rien qu'au plan franco-français – sans rappeler donc les révolutions arabes, la crise mondiale, etc – l'an dernier, l'actu chaude, ici, n'a pas arrêté. Le «Karachigate», les procès Chirac et Villepin, l'«affaire Bettencourt-Woerth», la libération des deux journalistes otages des talibans, les élections cantonales, les déboires tunisiens de Michèle Alliot-Marie, le scandale sanitaire du «Mediator», les primaires socialistes, etc, etc.

Bref, les journalistes PQN de France n'ont pas arrêté, l'an dernier. Le public a suivi, donc. Tant mieux (pour eux); quitte à bosser...

19.01.2012

Un soupçon de connivence

Plein de choses intéressantes, comme chaque fois, dans le «Baromètre de la confiance dans les médias» réalisé chaque année par la TNS-Sofres, et publié ce matin (ici) dans le journal «La Croix».

Internet est toujours bon dernier (et la radio toujours en tête) dans le degré de confiance accordé par le public aux différents types de médias, mais la crédibilité et la fiabilité informatives de la toile, jadis proches de zéro, commencent à progresser. Le goût des Français pour l'info croît. Tant mieux: les journalistes ne feront pas des heures supplémentaires pour rien, dans les six mois de campagne présidentielle qui viennent. Les médias se voient reprocher de parler exagérément des candidats à l'Elysée dominants, et pas assez des petits candidats. Et le grand public trouve que les journalistes en ont beaucoup trop fait sur les des deux grands feuilletons qui ont alimenté l'actu, l'an dernier: les aventures juridico-sexuelles de DSK, et les ennuis politico-fiscaux de la milliardaire Liliane Bettencourt. En revanche, les Français auraient aimé que les médias leur parlent davantage du sommet de Durban sur le climat, ou de la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'Unesco. On n'est pas loin d'être d'accord avec eux.

Enfin, près de six Français sur dix continuent de douter de l'indépendance des journalistes: de leur indépendance à la fois à l'égard des décideurs politiques et envers les «pressions de l'argent». Cette défiance est une vieille constante de ces baromètres, et elle ne s'arrange pas fondamentalement, d'une année à l'autre.

Ce soupçon de connivence avec les puissants, pris à l'échelle individuelle, est sans doute injuste (insultant?) pour le petit journaliste moyen: celui qui, sans la ramener, loin donc des vedettes de l'info, essaie juste de faire chaque jour le plus correctement possible un travail qui, en soi, n'est pas facile et qui, d'année en année, se déroule dans des conditions de plus en plus difficiles. Mais, à l'échelle de la corporation, cette confiance très relative de l'opinion est plutôt saine, trouve-t-on. Car elle force la profession journalistique à sans cesse s'interroger, et à être vigilante sur ses pratiques et sur son éthique.

16.12.2011

Un «fiel mensonger»

Terminons la semaine plus légèrement, sur un coup de sang. Un coup de colère de Ségolène Royal, en l'occurrence – dont on sait, depuis son mémorable face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de la présidentielle de 2007, que, pour elle, il y a «de saines colères».

Ségolène Royal soigne le blues de sa récente humiliation politique, aux primaires socialistes, en voyageant de par le monde. Ainsi, l'autre jour, elle était au Vietnam. A son retour, plusieurs médias qui comptent dans sa région de Poitou-Charentes («La Charente Libre», «Centre Presse» et «La Nouvelle République du Centre-Ouest») l'ont épinglée. Pour avoir, selon eux,«exigé que l’ambassadeur de France à Hanoï vienne la chercher au pied de la passerelle de l’avion, à son arrivée» dans cette ville.

Cette semaine, l'intéressée a sorti un communiqué furibard, dénonçant une énième «boule puante» à son encontre. «L’ambassadeur de France au Vietnam lui-même a adressé un démenti formel à ces journaux. Il a procédé à l’accueil républicain habituel, lors de la venue d’une ancienne Ministre. Sa voiture était stationnée à l’extérieur de l’aéroport. Les formalités habituelles d’entrée sur le territoire vietnamien ont été accomplies». Dès lors, si ces médias médisants avaient pris la peine de vérifier leurs «allégations malveillantes» avant de les diffuser, il auraient appris que «ces soi-disant faits sont totalement faux».

L'ex-candidate à l'Elysée n'a pas du tout apprécié cette légèreté journalistique – et elle a parfaitement raison. Elle a donc «décidé d’attaquer en justice les journaux qui ont diffusé cette fausse information», ainsi que, à l'avenir, «tous ceux qui la reprendront». Car «la campagne électorale n’autorise pas tous les aigris à avoir accès à la presse pour déverser leur fiel mensonger».

Voilà les plumitifs, et les opposants à l'intéressée, avertis.

10.11.2011

Un gros coup de blues

journalisme,médias,presseOn n’a pas du tout le moral, en ce moment. Alors, précisons illico: le «on» ne concerne pas notre petit individu – on ne se permettrait pas d’étaler nos états d’âme personnels dans un blog professionnel… –  mais notre corporation. Les journalistes, en effet, n’ont pas le moral. C’est ce qu’on a découvert dans le Baromètre du moral des journalistes  – mais oui, ça existe… –  réalisé par l’institut CSA, qui a sondé 5930 confrères français.

 

Il en ressort que, si 85% des journalistes adorent toujours, à la base, leur métier, une majorité (53%) sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils l’exercent. «En quatre ans, cet indicateur enregistre une très forte hausse, de 23 points», note CSA. Ce taux majoritaire d’insatisfaction enregistre ses plus hauts niveaux dans, tiens donc, la presse écrite (57%).

 

Au global, 76% des journalistes interrogés considèrent que l'exercice de leur métier a évolué plutôt négativement ces dernières années. Dans l’ordre décroissant, ils attribuent cette évolution aux difficultés économiques que connaissent les groupes de presse, à l'essor du journalisme multimédia, ou à la dégradation concrète et quotidienne de leurs conditions de travail. Les atteintes à la protection du secret des sources des journalistes ne sont citées que par 20% des répondants, mais six confrères sur dix considèrent que les garanties apportées à leur liberté dans leur travail se sont plutôt déteriorées.

 

«Pensez-vous qu'en matière d'éthique et de déontologie, les journalistes français font bien ou mal leur travail?». A cette question, seule une courte majorité de sondés (49%, contre 47%) a répondu positivement. A titre de comparaison, en 2007, une nette majorité de journalistes (68%) estimait que la profession faisait bien son travail.

 

Ce n'est pas qu'on veuille à tout prix faire et penser comme tout le monde, mais là, en l’occurrence, aurait-on été sondé qu'on aurait répondu exactement comme la majorité de nos confrères.

26.10.2011

Un contraste médiatique

Economie, Social, Presse, Médias, Gouvernement, Personnalités, MitterrandC'est le contraste médiatique de la semaine. Et il illustre une fois de plus le grandissant hiatus qui existe dans le secteur de la presse écrite – en France mais aussi dans d'autres pays – : hiatus entre une presse quotidienne qui, de plus en plus, boit le bouillon et une presse magazine qui, elle, se porte plutôt mieux.

 

Cette semaine donc, il y a d'un côté «Les Inrocks». Qui, ce mercredi, fête en grandes pompes son 25ème anniversaire. C'est incontestablement une belle réussite dans le marché, disons, de la presse périodique culturelle bobo urbaine branchée (pour faire court). Un marché où l'on a déjà connu tant d'échecs retentissants ces dernières années – voir, pour ne prendre que ce seul exemple, le sort qui fut celui du défunt «Zurban».

 

Et, d'un autre côté, deux jours plus tôt, on a eu cette opération coup de poing qui a été menée lundi matin à Paris par certaines sections du syndicat CGT de la presse. Quelque 15.000 exemplaires de quotidiens ont été déversés sur la chaussée, devant le siège du patronat de la presse quotidienne nationale, rue La Fayette. L'objectif était de protester contre les plans de licenciement ou de restructuration qui touchent nombre d'organes de presse écrite, en ce moment: «Le Parisien», «La Tribune», les journaux régionaux du groupe Le Midi ou «France Soir» surtout – qui, bientôt, ne paraîtra plus dans sa forme papier et sera diffusé exclusivement sur le net. «Cette action est symbolique, car on veut mettre le papier à la rue comme à «France Soir» et à «La Tribune»! C'est un gâchis!», fulminait un syndicaliste, lundi.

 

Economie, Social, Presse, Médias, Gouvernement, Personnalités, MitterrandDernièrement, au Parlement, Frédéric Mitterrand, encore lui, était invité par des députés de l'opposition à se bouger un peu plus pour préserver le pluralisme et la diversité de la presse écrite. «Le paysage de la presse française ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui» sans l'action du gouvernement, a rétorqué, piqué au vif, le ministre de la Communication. Pour qui «aucun gouvernement ne fait autant pour la presse que celui-ci!»

 

Au vu du nombre de plans de réduction de l'emploi qui sont à l'oeuvre ou sont envisagés dans ce secteur, les résultats de cet activisme gouvernemental allégué n'ont pas l'air d'être au rendez-vous – pas complètement, en tout cas.

20.09.2011

Un soupçon de connivence

presse,médias,journalisme,economieOn parlait hier des soupçons populaires de connivence entre politiques et journalistes. Ces soupçons risquent d'être renforcés par une actu qui, ces derniers jours, a eu autrement moins de retentissement médiatique que le vacarme suscité dimanche soir par l'interview de DSK par l'amie de son épouse, Claire Chazal. Pour preuve de la discrétion du traitement médiatique de cette actu-là: ce week-end, on n'a vu, à son sujet dans la presse, qu'un minuscule articulet: 10 lignes, dans le «JDD».

 

C'est à propos de cette «niche fiscale» qui, depuis des lustres, bénéficie aux journalistes en France. Elle leur permet de chaque année déduire 7650€ de leur revenu imposable, au titre d'«allocation pour frais d'emploi». On a déjà dit dans ce blog (relire ici) ce qu'on pensait – pas trop de bien – de ce cadeau fiscal.

 

Et bien figurez-vous qu'en 2012, cet abattement va une fois de plus échapper à l'effort de rigueur budgétaire. En effet, à l'inverse de toutes les autres exonérations fiscales, il ne sera pas raboté de 10% par le gouvernement. Dixit le «JDD»: «Bercy explique que seuls les crédits ou les réductions d'impôts sont concernés (par les mesures d'austérité), pas les modalités de calcul exceptionnelles».

 

Les journalistes ont donc le privilège de passer au travers des mailles du filet de la rigueur budgétaire, sur cet aspect-là en tout cas. Et ils se gardent bien d'en informer très largement l'opinion, si l'on en juge à la taille microscopique du seul entrefilet qu'on a vu dans les médias sur ce sujet.

 

presse,médias,journalisme,economieDès lors, la presse ne devra pas s'étonner si, dans une certaine opinion toujours prompte à casser du journaliste, resurgissent des procès en connivence avec la classe politique. Pas s'émouvoir si ce cadeau gouvernemental est décrypté comme révélateur du souci de politiques d'amadouer – de ne pas trop se mettre trop à dos, en tout cas – une caste influente de commentateurs, éditorialistes ou autres faiseurs (supposés) d'opinions. A la veille de l'année électorale cruciale que sera 2012. Encore bravo.

01.07.2011

Une grande cruauté

L'actualité est décidément d'une grande cruauté. Cruelle, par son côté rouleau compresseur qui n'arrête jamais: écrase en permanence, en continu voire en temps réel toute certitude, par ses nouveaux et incessants développements. Cruelle, parce que, par définition, avec elle rien n'est jamais définitif ni immuable: tout est toujours susceptible d'être remis en question par de nouveaux événements. Cruelle, parce que cette machine qui s'alimente au combustible de toujours possibles rebondissements peut, du jour au lendemain, remettre complètement les choses à plat. Rendre ridicules les thèses qui, la veille encore, semblaient ne pas faire le moindre doute. Et, ce faisant, laisser tout le monde a quia, comme on dit en français daté: sans répartie, sans voix.

On en a un exemple parfait – ou effroyable, c'est selon – ce matin, avec l'«affaire DSK ». Et c'est spécialement «Le Figaro» qui, spectaculairement, en fait les frais.

Il a vraiment l'air malin, ce matin, le grand quotidien de droite. Qui, sur une page entière, revient sur ce feuilleton DSK qu'il a «reconstitué minute par minute», sur base de la thèse de l'accusatrice «femme sérieuse et fiable». Problème? Le procureur lui-même trouve désormais que l'intéressée a un côté tellement louche que, cette nuit, il a convoqué en urgence une comparution de DSK, cet après-midi. Audience à l'issue de laquelle l'ex-n°1 du FMI «pourrait être remis en liberté» – ainsi que devait bien l'admettre ce matin... le même «Figaro», en Une de son site internet, cette fois.

Le mot de la fin – fin de cette note, pas de la saga – à Eric Fottorino, l'ex-grand patron du quotidien «Le Monde», qu'on entendait ce matin sur une radio. En substance, ce rebondissement spectaculaire «nous amène (nous, journalistes) à nous interroger et à réfléchir sur comment donner et traiter l'information à chaud, ce qui est évidemment compliqué».

On est vraiment curieux de voir si telle réflexion de la presse française il y aura, et, si oui, ce qu'elle donnera – ou pas.

30.06.2011

Un contraste embarrassant

vosges.jpgChaque fois que l'on passait Place des Vosges – un des nombreux endroits de Paris où leurs portraits avaient été affichés –, on voyait leurs visages. Ceux de ces deux confrères qui, ce matin, sont donc enfin revenus à Paris après avoir été retenus otages pendant 18 mois en Afghanistan. Un an et demi de captivité, juste pour avoir fait son métier: chaque fois qu'on apercevait leurs visages, en ville ou à la télé, on était effaré du sort qui leur était réservé. Leur retour, c'est la meilleure nouvelle de ce début d'été.

Le hasard a voulu que ce même mercredi où leur libération a été annoncée, est tombée une nouvelle elle nettement moins bonne pour la corporation journalistique, voire catastrophique pour son image de marque.

Mercredi matin, en effet, «Le Canard Enchaîné» a relancé et précisé ses accusations sur les compromissions qui auraient été celles de plusieurs grands noms de la presse française – davantage des patrons de groupes de presse que des journalistes, cela dit – avec le régime tunisien du temps du despote Ben Ali. Résumé de l'hebdo satirique: «Billets d'avion, hôtels de luxe et voitures avec chauffeur. En retour, floraison d'articles élogieux sur le généreux dictateur».

Cet hiver, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, avait dû démissionner vu le tumulte suscité par la révélation de ses accointances avec l'un ou l'autre sbire fortuné du régime benaliste. Cet été, c'est à peine si font quelques vaguelettes des accusations analogues, touchant cette fois plusieurs barons du journalisme parisien.

En tant que journaliste (de base), on trouve ce contraste, disons, embarrassant.

19.05.2011

Un flux tendu

Le grand public ne s'en rend peut-être pas toujours compte, mais, en France comme ailleurs, quand l'actualité est vraiment très intense – et l'«l'affaire DSK» en fournit un bon exemple –, les médias travaillent souvent à flux extrêmement tendu. Du coup, parfois, la précipitation leur fait commettre des erreurs de béotien.

On se l'est redit à plusieurs reprises depuis dimanche. En voyant incorrectement orthographié le patronyme de Dominique Strauss-Kahn. Dans des légendes de photo ou sur le banc-titre à la télé par exemple, il devenait subitement Strauss-Khan. On jette d'autant moins la pierre à ces confrères que nous aussi, par le passé, il nous est arrivé une fois d'écrire Strauss-Khan dans un article. Désormais, on essaie de bien retenir: c'est Strauss-Kahn et Gengis Khan, Helmut Kohl et le khol cosmétique. Cela peut paraître complètement tartouille vu de l'extérieur, mais c'est typiquement le genre de piège dans lequel tombent les journalistes quand ils doivent boucler dans l'urgence et/ou quand ils commencent à être vraiment épuisés par l'actualité.

Toujours dans ce registre des erreurs journalistiques dues au rythme de travail à flux tendu dans les rédactions en périodes de crise, on a pu noter d'autres erreurs, ces dernières semaines. Ainsi, dans les médias, on a lu aussi bien Khadafi que Kadhafi. Et Libye était même parfois orthographié Lybie.

Des détails? Ces erreurs d'inattention ne doivent tout de même pas contribuer à la crédibilité du journalisme dans le grand public. Mais elles sont juste, bêtement, très humaines. Les journalistes ne sont pas (pas toujours, pas tout le temps, pas encore) des droïdes. 

18.05.2011

Un défoulement

ALAFOLIE.jpgCe matin enfin, on a eu/pris/ le temps d'aller traîner un peu sur le net, pour voir ce qu'il s'y disait sur cette fameuse «affaire DSK». Et on n'a pas été surpris de constater que, trois jours plus tard, c'y était toujours la folie. Folie des plaisanteries grivoises, des pastiches, des chansons, des jeux de mots, parodies, complots ou autres moqueries à deux balles. Du genre, et pour s'en tenir à ce qui est mentionnable dans un tel blog: «La débandade», «DSK dans de sales draps», «Il a cassé sa pipe», «Le festival de Kahn» ou «Dominique nique nique»...

Il y a sans doute plusieurs lectures possibles à ce défoulement planétaire.

La première est lénifiante. Ce défoulement n'illustre jamais qu'un certain côté potache d'internet, auquel il ne faut pas prêter plus d'attention ni accorder plus d'importance que cela.

La deuxième lecture est plus psychologisante. On ne cesse de l'entendre et de le lire dans les médias français, depuis trois jours: cette «affaire DSK», si hors-norme, si spectaculaire, si inattendue et si violente dans sa représentation visuelle, a de quoi créer, en France singulièrement, «un traumatisme». Rien que par la symbolique, ce n'est tout de même pas rien de voir quelqu'un passer, du jour au lendemain, du statut d'ex-futur Président à celui de prisonnier le plus célèbre de la planète. Vu sous cet angle, ce défoulement généralisé sur la toile permettrait, pour certains, d'évacuer le traumatisme. Il aurait valeur et fonction d'exutoire. Tourner en dérision un événement permet de le dédramatiser, de se sentir moins touché par lui, de se rassurer.

Troisième lecture possible à ce défoulement généralisé, elle carrément déprimante. Par nature, l'être humain est mauvais, moqueur, méchant. Il saisit la moindre occasion qui se présente pour déverser son fiel. Chez l'homme, le cynisme l'emporte, par nature, sur la compassion.

clownbis.jpgIl y a des moments où on regrette (un peu) de n'être que journaliste. Et pas psy ou sociologue, ce qui nous aurait permis d'appréhender plus finement ce phénomène. Mais pourquoi donc un tel défoulement? Là, franchement, on ne sait pas.

Ce qu'on sait, en revanche, c'est qu'internet n'est pas l'unique média servant de défouloir. Depuis dimanche, les plaisanteries graveleuses – ou comiques, c'est selon – circulent y compris dans les médias traditionnels et les rédactions des journaux les plus respectables. Les journalistes sont des êtres humains comme les autres.

16.05.2011

Une photo, ou pas

presseDSK.jpgIl n'y avait pas photo ce matin à Paris, dans les kiosques à journaux. DSK était bien sûr en Une de tous côtés. De la politique, du sexe, voire du sang – remarquez comme tous les médias, depuis 24 heures, insistent sur les blessures physiques qu'aurait subies la jeune femme qu'aurait agressée le patron (en sursis) du FMI –: rien de tel pour booster les ventes de la presse quotidienne, qui en a tant besoin. Hier soir, certains journaux ont eu le réflexe d'augmenter leur titrage. D'autres ne l'ont pas fait, et étaient épuisés dès 9 heures dans certains kiosques à Paris.

Il n'y avait pas photo. Et il n'y avait pas non plus, à la Une de ces journaux, LA fameuse photo de l'ex-favori à l'Elysée blafard, mal rasé, sans cravate et menotté, sortant du commissariat de Harlem. Et pour cause, le décalage horaire a empêché les quotidiens français de la publier.

Il sera d'ailleurs intéressant de voir s'ils publieront ce cliché demain. Voire dès cet après-midi: à Paris pour « Le Monde » daté de mardi. En effet, depuis la loi Guigou de mars 2000 sur la présomption d'innocence, il est théoriquement interdit aux médias français, sous peine d'amende, de diffuser des images d'une personne identifiée ou identifiable mise en cause dans une procédure pénale et montrée avec des menottes ou des entraves, alors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une condamnation. Pour l'anecdote, la même loi française punit la réalisation de sondages sur la culpabilité d'une personne mise en cause et/ou sur la peine qui est susceptible d'être prononcée à son encontre.

menottes.jpgDans le passé déjà, les médias français ont ouvertement – et impunément – violé cette loi. Ce fut le cas par exemple lors de l'arrestation de Youssouf Fofana, le leader du «Gang des barbares», qui avait enlevé et massacré le jeune Ilan Halimi: tout le monde avait pu voir les images de lui menotté, après son arrestation en Côte d'Ivoire. Dans d'autres affaires, certaines personnalités arrêtées (le syndicaliste paysan José Bové, par exemple) avaient utilisé a contrario, à leur profit politique, ce symbole visuel si lourd des menottes, en brandissant fièrement leurs poignets entravés devant les caméras.

DSK, lui, était menotté dans le dos. Ce qui rend la chose moins photogénique. Pas sûr que, pour autant, sa photo de lui entravé ne s'affichera pas demain à toutes les devantures de tous les kiosques à journaux de France.

10.02.2011

Une sobriété

microsjournalistes.jpgAujourd'hui, parlons un peu des journalistes et de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce soir, c'est le grand soir (télévisuel) pour le Président. Qui, sur TF1, passe son «grand oral», comme on dit à Paris. Enfin, si tant est que convienne ce terme «grand oral», généralement associé au stress. Pas sûr que Nicolas Sarkozy aura à stresser ce soir. Puisque, en guise d'interlocuteurs, il n'aura face à lui que des Français probablement tétanisés et Jean-Pierre Pernaut: l'ineffable présentateur du 13 Heures de TF1, qui n'est pas connu pour être un extrême-gauchiste.

Au fond, Jean-Pierre Pernaut est-il de ces confrères qui se lèvent au moment où Nicolas Sarkozy pénètre dans le salon où l'attendent les journalistes qu'il a invités à sa conférence de presse? On pose la question, parce que, à l'Elysée l'autre jour, avec un sourire très très mi-figue, mi-raisin, Nicolas Sarkozy a entamé sa grande conférence de presse en se disant touché par les quelques journalistes qui s'étaient levés à son arrivée. Et en rassurant ceux qui étaient restés assis: la station debout n'est pas (encore?) jugée obligatoire à l'Elysée quand le Président paraît. On n'est pas (encore?) à la Maison Blanche – où la presse se lève à l'arrivée du Président, voire applaudit à la fin de sa prestation.

Et nous? Ce matin-là, si on avait eu le temps d'aller se montrer à ce grand raout médiatico-mondain, se serait-on levé à l'arrivée de Nicolas Sarkozy? Plutôt non, en fait.

Non pas qu'on soit un goujat. Mais une marque de politesse aussi ostensible nous semblerait inhabituelle au point de friser l'obséquiosité.

salutmilitaire.jpgTout comme, quand on couvre un meeting politique, on n'applaudit ni on ne hue un orateur. Tout comme on s'est toujours abstenu de militer dans un parti ou de signer une pétition. Tout comme on n'entamerait pas par un garde-à-vous une interview d'un haut gradé, à qui on ne donnerait pas du «Mon colonel», mais du «Monsieur», tout simplement. Tout comme ne nous viendrait jamais à l'idée de faire la bise à un(e) ministre, ou de partir à la plage à bord du jet privé d'un patron du CAC 40 dont on viendrait de publier le portrait.

En la matière, les soupçons de connivence entre la presse et les élites, les élites politiques singulièrement, sont tels – en France comme ailleurs – que la meilleure attitude, de la part des journalistes, nous semble être la plus grande sobriété, la plus parfaite réserve. On est là pour bosser. Pas pour les courbettes, ni pour l'affect.

03.02.2011

Une pratique

Cela s'appelle du «name dropping». La pratique qui consiste à lancer des noms dans l'opinion. Sans les accuser précisément, mais en insinuant des choses. Finalement, c'est un peu ce qu'a fait hier «Le Canard enchaîné» – qui, d'habitude, est mieux inspiré, trouve-t-on. Il a lâché quelques noms de grandes figures de la presse parisienne. Qui, disait-il, ont souvent été vues dans la Tunisie de Ben Ali, aux côtés de businessmen proches du tyran. Certains de ces journalistes auraient même, à l'époque, fait des affaires avec ces amis du régime déchu: des investissements dans l'immobilier, par exemple.

Le problème n'est pas tant que des journalistes soient victimes d'un tel «name dropping». Il n'y a, bien sûr, aucune raison que les journalistes soient les seules personnalités à ne pas devoir rendre des comptes s'il apparaissait qu'ils ont bénéficié des faveurs indues d'un autocrate ayant puisé largement dans les caisses de son pays. Le problème, c'est cette pratique même du «name dropping». On ne voudrait pas donner l'impression de donner des leçons – qui serait-on pour en donner? –, mais, quand on est journaliste, nous semble-t-il, tant qu'on n'a pas les preuves de ce que l'on insinue, on ne lance pas des noms comme cela, dans l'opinion. Soit on a des infos compromettant des personnalités, journalistes ou pas, et on les lâche. Soit on n'en a pas, pas encore ou pas assez, et, tant qu'on n'a pas réussi à en obtenir suffisamment, on se tait. Sous peine de risquer non seulement de salir des individus, mais aussi, par ricochet, de semer le doute sur la moralité de leur profession.

Or, il serait injuste que le «name dropping», visant des journalistes, en arrive à dégrader encore un peu plus l'image déjà négative de cette corporation dans l'opinion, en France et ailleurs. Certes, comme dans toutes les professions, il y a des journalistes qui dérapent: qui sacrifient l'éthique à leurs profits personnels. Mais, à côté de ces quelques moutons noirs, à dénoncer et à sanctionner, il y a tant et tant de journalistes qui tentent chaque jour de faire correctement leur (difficile) boulot: sans passe-droits ni cadeaux de qui que ce soit. Et il y en a même qui paient chèrement le simple fait d'exercer leur profession: on l'a encore vu hier avec ces confrères qui, en Egypte, ont eu de gros ennuis simplement parce qu'ils faisaient leur métier d'informer.

Hier aussi, au passage, cela a fait très exactement 400 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière (ici), les deux confrères de France 3, ont été enlevés en Afghanistan.

27.01.2011

Une effervescence

presse.jpgC'est décidément l'effervescence en ce moment, dans les hautes sphères de la grande presse parisienne. Comme si les stars du journalisme français avaient désormais droit eux aussi à leur «mercato», comme on appelle le marché annuel des transferts des vedettes du foot ou des star(lette)s de la télé.

Tentons de résumer cela en vitesse. Il y a d'abord eu Denis Olivennes qui a quitté «L'Obs» pour Europe 1, en remplacement d'Alexandre Bompard, parti à la FNAC à défaut d'avoir succédé à Patrick de Carolis à la tête de France Télévisions. On a ensuite eu l'annonce du remplacement probable d'Olivennes, à la tête de ce newsmagazine, par Laurent Joffrin, qui était le patron de «Libération» après avoir été celui de «L'Obs». Joffrin auquel succédera, a-t-il été confirmé cette semaine, Nicolas Demorand, ex-Europe1, ex-France Inter, ex-France Culture: il a décidément la bougeotte. Demorand qui, à la tranche d'info vespérale d'Europe, sera remplacé par Nicolas Poincaré, qui venait d'arriver à la tranche matinale de France Info. On a encore eu, cette semaine, la confirmation du remplacement d'Eric Fottorino, remercié de la direction du «Monde», par Erick Izraelewicz. Moins médiatisée mais spectaculaire: la semaine précédente, l'avionneur milliardaire Serge Dassault, grand ami de Nicolas Sarkozy, a viré comme un malpropre le directeur général du groupe «Le Figaro», Francis Morel. D'après les échos, cette éviction inopinée aurait moins des raisons économiques (ce groupe ne se porte pas trop mal) que politiques: un problème, semble-t-il, de ligne éditoriale, qui déplairait au très droitier Serge Dassault. Curieux: on n'avait pas remarqué, ces derniers mois, que «Le Figaro» (*) n'était plus ultra-sarkozyste.

Loin de l'effervescence entourant ce grand jeu de chaises musicales, deux petites nouvelles du monde de la presse ont, ces derniers jours, attiré notre attention.

Les nouveux propriétaires du «Monde», visiblement obsédés par le «cost cutting», ont décidé de réduire drastiquement le nombre d'exemplaires du journal gratuitement mis à la disposition de son personnel. Cocasse. C'est un peu comme si le petit apprenti qui bosse dans une boulangerie n'y avait plus droit à son croissant quotidien gratuit. Ou comme si, toutes proportions gardées, un écrivain qui vient d'être publié ne se voyait plus offrir, par son éditeur, un exemplaire gratuit de son bouquin. Plus sérieusement, «Libération», depuis la révolution tunisienne, offre l'accès gratuit, sur son site web, à tous les articles qu'il consacre à ce pays: accès gratuit au bénéfice notamment des lecteurs du Maghreb. Bien.

 

logo_figaro.jpg(*) «Le Figaro» qui, cela dit, nous fait souvent bien rire. Deux exemples récents. Un: l'autre jour, on y a lu une chronique culinaire délicieusement décalée avec les priorités d'un pays de plus en plus paupérisé. Son titre? «Quel vin rouge boire avec la truffe noire?» Question effectivement essentielle, que doivent se poser des millions de Français en ce moment. Deux: ce portrait, évidemment très élogieux, de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Grand titre sur 5 colonnes: «Le style de MAM s'impose au quai d'Orsay». Problème? L'article est paru... le 14 janvier. Jour où le Tunisien Ben Ali fuyait son pays et où commençait la tempête qui allait déstabiliser la même ministre, à propos de sa gestion de la crise tunisienne. Encore merci au «Figaro» pour ces moments de joie matinale.

17.09.2010

Un silence

unecartedepresse.jpgParfois, en France comme ailleurs, il y a des sujets dont les médias ne parlent pas. Parce qu'ils embarrassent les journalistes? On s'est encore posé la question cette semaine. Lors de laquelle les politiques ont beaucoup évoqué les fameuses niches fiscales: ces exonérations fiscales accordées à toute une série de professions. Additionnés, ces avantages coûtent cher à un Etat lourdement déficitaire et endetté, raison pour laquelle il est question à présent de les raboter. Or, dans ce débat autour des niches fiscales, il est un silence médiatique que l'on trouve assez assourdissant.

 

En effet, ces dernières semaines, les journalistes ont visiblement adoré brocarder les avantages fiscaux dont jouissent les cultivateurs de truffes, lauréats de prix littéraires, fabricants de pipes ou autres possesseurs de chevaux de course. De même, ils ont rappelé combien certaines de ces niches avaient un coût exorbitant. Pour ne prendre que cet exemple: 3 milliards d'euros chaque année pour la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration. En revanche – mais cela nous a peut-être échappé –, nulle part dans les médias a-t-il été évoqué, ces derniers jours, la niche fiscale bénéficiant ... aux journalistes. Cette niche n'est ni énorme, ni négligeable: 7650€. C'est le montant que, chaque année, le journaliste qui paie ses impôts en France peut déduire de ses revenus imposables, au titre d'«allocation pour frais d'emploi».

 

C'est dommage, ce silence médiatique sur ce sujet. On trouverait intéressant que, dans les journaux, à la radio ou à la télé, les grands noms du journalisme français expliquent au public en quoi le maintien de ce privilège se justifie ou non. Rappellent que jamais un gouvernement n'a osé le remettre en cause, de peur de se mettre illico toute la presse à dos. Nous, en tout cas, au risque d'être considéré comme un traître par la corporation, on ne voit pas pourquoi les journalistes devraient être la seule profession d'office présumée exemptée de devoir participer à l'effort collectif d'austérité. On n'est pas maso: on ne tient pas spécialement à payer plus d'impôts. Mais on ne trouverait pas non plus complètement scandaleux que, par exemple, le montant de cet avantage fiscal varie de manière inversement proportionnelle au revenu déclaré. Autant les petits pigistes qui galèrent – et Dieu sait s'il y en a – ne peuvent ni ne doivent être saignés encore davantage financièrement, autant on ne voit pas pourquoi les grandes fortunes du paysage médiatique français – et Dieu sait s'il y en a – devraient conserver tel quel ce privilège.

04.05.2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

22.04.2010

Une consolation

François Fillon dirige un gouvernement dont la politique, sondage après sondage, est massivement désapprouvée par l'opinion. Il s'en consolera peut-être avec son nouveau statut d'«Homme de l’Année». En effet, c’est le titre qui sera décerné ce soir au Premier ministre français, dans le cadre select de l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. L’Automobile Club, car ce «Prix de l’Homme de l’Année» lui est attribué par le magazine… «Le Journal de l’Automobile». Cela ne vaut pas un Nobel? L’hôte de Matignon, ici aussi, s’en consolera en ayant une pensée émue pour son fief électoral de la Sarthe (Région Pays de Loire), le département du Mans et donc aussi celui de son célèbre circuit des 24 Heures.

 

Ce n’est pas seulement parce qu’il est fan de course automobile et même pilote à ses heures – du moins, quand son dos fragile ne le cloue pas au lit – que François Fillon est récompensé. C’est parce que, ces derniers mois, son gouvernement a pris une batterie de mesures pour soutenir une industrie automobile frappée de plein fouet par le ralentissement économique. Prêts bonifiés aux constructeurs, Fonds stratégique d’investissement, Fonds de modernisation des équipementiers automobiles et autres primes à la casse, soit «autant de dispositifs qui ont permis au secteur automobile de faire face à la crise». Autant d’«aides directes et indirectes (qui) ont permis au marché de progresser en volume et de limiter les dégâts en valeur», dixit la délibération du jury de ce prix masculin annuel.

 

Dans son ode à François Fillon, le «Journal de l’Automobile», toutefois, reste assez pudique. En effet, il s’abstient de mentionner les récents reports sine die, et controversés, de la taxe carbone puis de l’écotaxe sur les poids lourds, deux mesures qu’appréciait peu l’industrie automobile. Le jury de l’«Homme de l’Année» a-t-il donc craint que, s'il en faisait trop en faveur de son lauréat, ce dernier soit accusé par ses détracteurs d’être à la solde du lobby de la bagnole?