12.01.2012
Un «effet papillon»
C'est un exemple de la théorie selon laquelle «le monde est un village», désormais global. Une illustration de ce qui est appelé aussi l'«effet papillon»: «un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York».
Cela se passe à Paris. Sur un sujet qui n'est pas d'un intérêt planétaire, mais qui, en un de ses aspects, renvoie à des logiques mondiales dépassant complètement le Parisien.
Cela concerne l'annonce faite en début de semaine par la mairie. Qui a déclaré la guerre... aux mégots de cigarettes. Chaque année, dans les rues ici, les services de nettoyage en ramassent... 315 tonnes. Une consoeur du «Figaro» a eu l'amabilité de faire le calcul: «Sachant qu'une cigarette pèse à peu près 90 grammes, cela représente plus de 350 millions de clopes» consommées chaque année dans Paris, leurs résidus étant ensuite jetés sur la voie publique. A terme, quiconque sera surpris en train de balancer un mégot dans le caniveau sera passible d'une amende de 35 euros.
Pourquoi pas. A ceci près que Paris diffère sur un point au moins d'autres capitales internationales qui, comme Singapour ou Tokyo, font la chasse aux fumeurs-pollueurs.
Dans la «Ville lumière», les cendriers publics sont rares. La mairie en est bien consciente, qui vient d'annoncer que, dans les mois à venir, leur nombre passera de 2.000 à 20.000.
On les trouvera sous la forme d'«éteignoirs». Il s'agit de ces petites plaquettes métalliques perforées qui sont apposées sur les cerclages supérieurs des poubelles, qui permettent de bien écraser sa cigarette, puis de s'en débarrasser dans ladite poubelle sans lui mettre le feu.
Très bien. Mais, la pollution des rues de Paris par les mégots ne datant pas d'hier, pourquoi donc les poubelles de rues ne sont-elles pas, depuis belle lurette, déjà équipées de tels «éteignoirs»? C'est ici que l'on retrouve notre «effet papillon».
Les «éteignoirs» qui figuraient jusqu'à présent sur ces poubelles n'y ont pas subsisté longtemps: en majorité, ils ont été rapidement dérobés. Pourquoi? Parce que le métal les constituant, l'inox, a vu son cours flamber sur les marchés mondiaux. Du coup, ces plaquettes métalliques a priori si anodines, et toujours très crasseuses, sont très prisées par les malandrins, qui les dérobent, les stockent, puis les revendent en masse à des grossistes profitant de la flambée des cours mondiaux de l'inox.
La mairie de Paris prévoit donc que la prochaine génération d'«éteignoirs» ne sera plus en inox. Mais dans «un matériau composite» qui aura un double avantage. D'une part, il résistera aux températures très élevées des bouts de cigarette incandescents. D'autre part, il n'aura pas la moindre valeur marchande. Ce qui permettra d'«éviter le pillage en règle» de ces écraseurs de clopes.
Rien n'est jamais simple, décidément, dans la gestion de la cité.
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09.11.2010
Une misère (suite)
A Paris ce mardi, les éboueurs reprennent le travail. On en avait parlé dans ce blog il y a dix jours: depuis trois semaines, ils étaient en grève, ce qui affectait la collecte des immondices dans la moitié des vingt arrondissements parisiens. Dans les autres arrondissements (comme notre onzième), les riverains n'ont rien vu de leur mouvement, le ramassage des poubelles étant assuré par des sociétés privées. Des sociétés privées que, du reste, la mairie a envoyées en renfort ces derniers jours dans les arrondissements touchés par la grève, pour éviter un amoncellement – comme à Marseille récemment – de détritus sur les trottoirs. Ce qui a valu au maire de se faire traiter de «jaune» (briseur de grève, en jargon syndical) par les grévistes.
Bertrand Delanoë n'en a pas moins satisfait aux revendications des syndicats. Le maire de Paris a publiquement soutenu leur exigence de pouvoir continuer à partir à la retraite dès 55 ans, vu la pénibilité du métier d'éboueur. Surtout, afin que les plus âgés de ces travailleurs touchent une pension d'un montant (un peu) plus élevé, la mairie a créé un nouvel échelon de fin de carrière, qui reviendra à augmenter de 1000€ la rémunération annuelle des éboueurs en fin de carrière. Du coup, depuis ce matin, les camions poubelles sont à nouveau visibles dans tous les arrondissements de Paris.
Un bonus de 1000€ pour les vieux éboueurs partant à la retraite: voilà qui, assurément, ne leur sera pas de trop pour (tenter de) vivre décemment leurs vieux jours. Au fond, combien de ces futurs éboueurs retraités fréquenteront-ils, demain, les réfectoires d'associations comme les Restos du Coeur? Et combien de leurs collègues aujourd'hui en activité n'ont-ils déjà d'autre choix que de dépendre de l'aide des associations caritatives? Il est notoire que, depuis plusieurs années, celles-ci reçoivent d'innombrables travailleurs pauvres, trop mal payés pour pouvoir à la fois se loger, se déplacer, se vêtir et se nourrir. Parmi eux, l'on sait que figurent nombre d'employés de la ville de Paris elle-même. On doit d'ailleurs retrouver une partie de ce public parmi les bénéficiaires du Secours catholique. Qui, à en croire son dernier rapport d'activité (particulièrement déprimant), publié ce mardi, a accueilli près d'1,5 million de personnes en 2009, soit près 80.000 de plus que l'année précédente. Et selon qui «le (phénomène du) travail pauvre ne recule pas» en France, malgré tous les efforts.
11:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, pauvreté, paris, propreté
27.10.2010
Une misère
Pas (pas encore?) de milliers de tonnes de détritus dans les rues de Paris, comme à Marseille ces derniers jours. La grève partielle que mène une partie des éboueurs de la capitale perturbe bien, ce mercredi encore, la collecte des immondices dans certains arrondissements, mais la mairie affirme que la situation est globalement sous contrôle. En revanche, elle s'enlise aux portes de Paris, à la hauteur de la porte de Bercy: au centre de traitements des immondices d'Ivry, qui accueille une bonne part des déchets parisiens. Les grévistes continuent de bloquer l'accès à l'usine. «On a de quoi tenir un siège! On a même planté un sapin de Noël!», racontait hier un leader syndical. A côté d'une pancarte reprenant une phrase de Jacques Prévert: «Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés».
Indigné, il l'était ce gréviste d'Ivry qui témoignait hier à la radio. «Cela fait trente ans que je ramasse les poubelles et, au final, je ne toucherai qu'une retraite mensuelle de 800 euros!» 800 euros. Une misère. Comment donc peut-on vivre en région parisienne avec cela? Etant entendu que le salaire de l'éboueur moyen ne lui permet sans doute pas, pendant sa vie active, de cotiser pour une retraite complémentaire voire simplement d'acquérir son logement.
A propos, et on se l'est dit si souvent ces dernières années en les voyant à l'oeuvre dans les rues de Paris, s'il y a une profession dont il faudrait reconnaître la pénibilité (notion tant évoquée dans ce débat sur les retraites), c'est bien celle d'éboueur. On ne parle même pas des odeurs, du bruit, des horaires de travail ou du climat (voir les corps en sueur des éboueurs les jours de canicule). Mais du rythme de travail dingue de ces travailleurs. Il faut voir la cadence du ramassage des immondices à Paris pour le croire: ces éboueurs – bien sûr à 99% des gens de couleur... – galopent à longueur de tournées.
Le pire est sans doute qu'en plus, ils doivent souvent endurer le concert de coups de klaxon des automobilistes parisiens pressés/stressés (pléonasme), qui considèrent évidemment toujours que le camion-poubelle bloquant leur bagnole n'avance jamais assez vite. Ce tintamarre misérable donne envie de cogner même aux plus pacifiques, mêmes aux gens les plus fondamentalement non-violents.
12:20 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : propreté, paris, social
20.05.2010
Une brigade
Puisque le printemps semble enfin revenu à Paris, parlons vélo aujourd'hui. Zappons rapidement sur la dernière initiative geek en date prise par la mairie de Paris, relative à ce mode de déplacement: à savoir une application iPhone spécialement consacrée au Vélib. Ce sera sans doute utile aux plus branchés des utilisateurs de ces vélos en libre service. Mais nous, cela commence à un peu nous gonfler, cet envahissement obligatoire et permanent de la vie quotidienne par ces nouveaux médias. On se l'est encore dit pas plus tard que l'autre soir. En apprenant que le dîner en ville pour lequel on avait dû se décommander à la dernière minute, à cause d'on ne sait plus trop quel contretemps, avait, en fait, été mortellement ennuyeux. Car, pendant une grande partie de la soirée, la conversation avait tourné autour de deux seuls sujets: les applications iPhone et les groupes sur Facebook. En apprenant cela de la bouche d'un convive qui, lui, avait participé à ce dîner, on était consterné. Parlons donc plutôt de la dernière brigade municipale que l'on voit désormais à l'oeuvre dans les rues de la capitale. Et qui a l'air d'y accomplir un boulot assez efficace.
Il s'agit de la brigade d'agents municipaux chargée... de collecter les épaves de vélos vandalisés. Cela n'a l'air de rien, mais chaque année paraît-il, entre 1000 et 1200 vélos sont abandonnés sur la voie publique à Paris: gênant le passage sur les trottoirs, bloquant pour rien des emplacements aux aires de stationnement pour vélos, gâchant le paysage par leur si triste apparence. Avant la mise sur pied de cette brigade, ces épaves rouillaient souvent très longtemps sur place, car les enlever de force (en sectionnant les cadenas, par exemple) était paraît-il du seul ressort d'agents ayant la qualification d'officier judiciaire. La procédure simplifiée convenue entre la mairie et la préfecture de police permettra dorénavant d'accélérer ce déblaiement.
Du coup, chaque Parisien désormais est invité à signaler aux autorités les vélos abandonnés qu'il croiserait sur son chemin, ceux-ci étant ensuite enlevés dans les jours qui suivent. Pour éviter les impairs, la Ville a pris soin d'expliquer «comment faire le distinguo entre un vélo garé pendant une longue durée et un vélo abandonné». En clair: «Sont a priori sans propriétaires les vélos rouillés, ceux auxquels il manque une ou deux roues, ceux dont les cadenas ont été forcés», CQFD. Au passage, ces patrouilles permettront de contacter les propriétaires des vélos munis d'un système d'identification.
Reste à présent à mettre au point un système de recyclage pour ces bécanes. Un tel dispositif n'existant pas pour le moment, les épaves sont simplement conduites à la déchetterie. Et reste à trouver un système pour les carcasses de scooters vandalisés, qui, à Paris, sont au moins aussi nombreuses que les épaves de vélos martyrisés. On se le dit à peu près chaque matin en sortant de la maison, en tombant sur le si pathétique voire misérable squelette de scoot qui est stationné devant depuis des mois.
11:37 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, propreté
09.04.2010
Une invasion
Pour bien terminer la semaine, on quitte les rumeurs de la Cour pour revenir à la vraie vie parisienne. On abandonne les caves de la République, qui nous ont occupé ces deux derniers jours, pour plonger dans les sous-sols de Paris. Dans les garages, parkings, égouts, arrière-cours, terrains vagues – bref, les bas-fonds, au sens propre, de la capitale. Autant d’endroits qui, en ce moment, mobilisent les services de l’hygiène de la mairie, à propos d’un des aspects les moins ragoûtants de la vie ici: les rats.
Paris, en effet, a été victime ces derniers mois d’une recrudescence de ces rongeurs – phobie urbaine sur laquelle on a déjà pas mal flippé, dans ce blog (relire ici, là ou là). C’est, paraît-il, une des conséquences de l’hiver long et rigoureux que l’on a connu ici. Les rats, fuyant le froid des égouts ou de la rue, ont cherché à étendre leur territoire à des endroits plus tempérés, notamment en remontant, via les canalisations, se réchauffer dans les halls d’immeubles voire dans les appartements. Où, visiblement, ils se sont trouvés si bien qu’une bonne partie d’entre eux ont décidé d’y rester. On l’entendait l’autre jour à la radio: la situation est telle désormais que, y compris dans les plus beaux quartiers de Paris, les sociétés de dératisation ne savent plus où donner de la tête. «Même des people habitant dans le seizième ou à Neuilly ont fait appel à nos services!», racontait, amusé, l’employé d’une de ces sociétés qui était interviewé.
«Quatre rongeurs par habitant dans les quartiers rupins, et de huit à dix dans les arrondissements où règnent davantage saleté et insalubrité», expliquait «Libération», dernièrement. Qui évaluait carrément à... 6 millions le nombre de rats vivant à Paris! En lisant cela, on était assez pantois, nous qui en étions restés à, en gros, un ou deux rats par Parisien.
Ces prochains jours, d’ailleurs, des opérations exceptionnelles de dératisation vont avoir lieu dans un quartier populaire du vingtième arrondissement. Où l'invasion de rongeurs a atteint de telles proportions que des habitants en sont arrivés à aller déposer des cadavres de rats à la mairie, en guise de protestation contre son inaction. «Les jeunes ramassent les cadavres des rats dans le square de la cité pour leur offrir un enterrement officiel», a-t-on même lu, il y a peu, dans les pages locales du journal «Le Parisien».
Paris, ville glamour? Pas toujours.
11:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, santé
03.02.2010
Une ingéniosité
Incroyable, ce dont l’inventivité humaine est capable. En région parisienne, on vient cette semaine d’en avoir une double illustration. Dans le domaine de l’environnement, et plus particulièrement du reyclage et de la réutilisation des déchets.
La première innovation concerne Paris. Et consistera à nettoyer les rues grâce à … de l’huile usagée. Les «laveuses» – ces petits engins verts qui, ici, nettoient l’espace public – rouleront à l’aide d’un carburant constitué d’huiles de friture usagées, récoltées dans les restaurants notamment. En effet, «après décantation et filtration à 1 micron», ces huiles peuvent servir de base à des bio-carburants, moins émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants conventionnels. Au début de l’expérimentation , seules une demi-douzaine de «laveuses» seront concernées. Mais à terme, si l’expérience est concluante, seront alimentés de la sorte le demi-millier de véhicules de ce type utilisés à Paris.
La deuxième innovation annoncée cette semaine concerne une commune jouxtant Paris: Levallois. Là, dès la mi-février, on va chauffer la piscine municipale grâce… aux égouts. La chaleur des eaux usées (provenant des douches ou bains, des lave-vaisselle ou lave-linge, etc.) rejetées par les habitants sera récupérée par un savant système de pompes, puis permettra de maintenir à 28 degrés la température du bassin municipal. Ce procédé, baptisé «Degrés bleus», diminuera d’un quart la consommation et donc la facture énergétique de la ville consacrée au chauffage de sa piscine.
Alors, c’est clair, ces deux innovations ne changeront pas fondamentalement la vie des habitants concernés, ni ne résoudront tous les problèmes environnementaux se posant dans ces municipalités. Et elles sont très locales. Mais elles sont exemplatives d’une démarche ingénieuse qu’à l’avenir, de plus en plus de villes et de communes, en France comme ailleurs, pourraient ou auraient intérêt à adopter.
10:54 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, propreté, paris, banlieues
25.01.2010
Une impression
De retour dans ce blog, après donc une petite pause. Et retour à Paris. On a beau adorer cette ville et pouvoir difficilement imaginer vivre un jour ailleurs, quand on l’a redécouverte ce week-end après quinze jours d’absence, la première impression qu’on en a eue était vraiment mauvaise. Et on n’était manifestement pas le seul dans le cas, à voir la mine effarée tirée par certains des passagers de notre vol qui, à leur descente d’avion à Roissy, faisaient connaissance avec la capitale française après douze heures de voyage et avec neuf heures de décalage horaire dans les pattes.
La désorganisation: première chose qui sautait aux yeux. Une signalétique aéroportuaire très perfectible et peu d’agents pour renseigner des voyageurs complètement perdus dans Roissy. Retrouver son bagage, comprendre le fonctionnement de la navette entre les terminaux de l’aéroport, trouver un taxi, un distributeur de billets acceptant les cartes de banque étrangères ou un plan de la capitale, prendre le RER vers Paris ou un TGV vers le Midi: en matière d’accueil et d’information, la société Aéroports de Paris aurait encore des progrès à faire.
L’agressivité des gens, deuxième impression. Celle des chauffeurs de taxi clandestins – mais comment et pourquoi donc continuent-ils à sévir visiblement en toute impunité à Roissy ? – n’appréciant pas qu’on décline, même poliment, leurs services. Celle des quêteurs au profit de (prétendues?) associations de sourds-muets, qui, panneau multilingue à la main, sollicitent les étrangers dès le hall d’arrivée. Aggressivité du plouc français moyen aussi, qui, sans gêne c’est bien connu, vous bouscule dans la queue pour la douane ou pour la caisse du kiosque à journaux, dans les rames, sur les escalators ou aux portillons du métro, etc.
L’impression de crasse, surtout. De tous côtés, des poubelles débordant de détritus, des cendriers inexistants, des rames, des quais et des couloirs du RER d’une saleté repoussante, des stations de métro transformées en pissotières et en cour des miracles pour SDF – mais n’y a-t-il pas d’autres lieux d’accueil que Paris puisse proposer à ces pauvres gens?
Mauvaise première impression, donc. Quelques heures plus tard, à peine, on rentrait dans le bain parisien. Mais, pour certains étrangers qui découvrent pour la première fois de leur vie la capitale française, c’est plus grave.
Pour preuve, les services psychiatriques de grands hôpitaux de Paris (comme l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité) n’accueillent pas rarement des touristes étrangers (japonais, notamment) qui, nerveusement, n’ont pas supporté le choc de cette découverte. Qui ne sont pas parvenus à gérer la conflagration entre deux visions de Paris. D’une part, la vision idéale et fantasmée qu’ils avaient de cette cité avant d’y poser le pied: la «Ville lumière», follement romantique, la capitale mondiale de l’élégance et du bon goût, etc. Et d’autre part, la vision concrète de la ville, plus rude, qu’ils éprouvaient dès leur descente d’avion. Les médecins appellent cela le «syndrome de Paris». Googlelisez cela sur le net, vous trouverez probablement des tas de témoignages là-dessus.
Nous, en tout cas, ça va: on est de retour au bureau, et pas à l’Hôtel-Dieu ;-)
10:51 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, art de vivre, propreté, etrangers, santé
08.01.2010
Une prolifération
Paris au ras des pâquerettes du bitume, suite. Ou les à-côtés pas toujours reluisants, et mêmes très triviaux parfois, de la vie quotidienne dans cette Ville lumière réputée si paillettes, romantique et glamour. Ces coulisses de la capitale française que, généralement, les touristes étrangers ignorent – et que les autorités locales se gardent évidemment bien de mettre en avant.
Vous vous souvenez peut-être de cet incident qui, l’automne dernier, s’était produit dans un des restaurants parisiens de la chaîne Pizza Hut, qui avait fait un certain bruit. La préfecture de police avait pris un arrêté de fermeture de ce restaurant, «pour des raisons d’hygiène». Une inspection des services vétérinaires avait constaté «la très forte présence de souris» dans l'établissement. Quelques mois plus tôt, d'ailleurs, un client de ce même restaurant avait trouvé… une souris morte sur la pizza pepperoni qui venait de lui être livrée. A l’époque, l’affaire avait remis en lumière le problème posé par la prolifération des rongeurs à Paris – un de nos sujets favoris, les lecteurs les plus assidus de ce blog ont dû le constater (sinon: relire ici, là, ou encore là). Pas plus tard qu’hier soir, on a repensé à cette anecdote. C’était dans un supermarché, plutôt propre, du boulevard Beaumarchais, cette grande artère, plutôt bourgeoise, qui sépare le onzième du troisième arrondissement. Supermarché dans lequel, retour du boulot, on s’achetait traquillement de quoi dîner, comme n'importe quel Parisien moyen.
Arrivé au rayon des fromages, on hésite un peu. Puis on se décide, et on plonge la main dans le rayon. A quelques centimètres à peine de nos doigts, on découvre alors, même pas pressées, même pas stressées, deux énormes souris furetant elles aussi tranquillement dans le rayon. Leurs moustaches frémissantes, leurs bouches – si l’on peut dire, s’agissant d’animaux – manifestement bien remplies. Bond en l’air, de surprise et de dégoût. Les rongeurs ne s’en formalisent guère. Ils poursuivent un moment leurs pérégrinations, puis s’en vont sans demander leur reste, via le circuit de refroidissement du frigo.
C’est une rencontre complètement anodine et qui n'a rien de dramatique, on en convient. Mais on en est pas encore revenu. A Paris, les rongeurs – en cette saison particulièrement, ou en général: pendant toute l'année? – sont-ils donc innombrables à ce point? Au point d’avoir envahi jusqu’aux magasins les mieux tenus? Si on en arrive à voir des rongeurs en train de paisiblement se goinfrer, en pleine heure d’affluence, dans les rayons de supermarché d’un quartier tout ce qu’il y a de plus correct, combien doit-on donc en trouver dans les bas fonds de la capitale? Dans les caves? Les passages souterrains? Les parkings? Les couloirs du métro? Les restos ou magasins pas très à cheval sur l’hygiène? Derrière les palissades des chantiers? Ou au fond des cours d’immeubles délabrés?
Hier soir, retour de notre supermarché aux souris, on s’est dit qu’on prendrait bien soin de ne pas passer des jours à enquêter sur ce volet de la réalité parisienne, de peur de faire des découvertes qui nous donneraient (un peu) moins envie de continuer à vivre dans cette ville. On n’a pas encore vraiment décidé, en revanche, si on retournerait ou non dans ce magasin. En attendant, hier, on n’y a pas acheté de fromage. On ne le sentait plus trop.
11:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté
22.10.2009
Un tri (pour rien)
Cela vaut bien la peine que les gens se décarcassent pour l’environnement, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de s’organiser entre eux pour assurer le suivi. Une belle illustration de gâchis cette semaine, dans le réseau du métro de Paris.
Depuis deux ans, dans les couloirs et sur les quais, à côté des poubelles pour les détritus organiques, quelque 1700 poubelles jaunes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux matières recyclables comme le papier. Elles servent surtout à recueillir, après leur lecture, les nombreux journaux gratuits qui, le matin et le soir, sont distribués aux usagers à l’entrée des stations. Dès l’introduction dans les sous-sol de ce tri sélectif, similaire à celui pratiqué en surface, les voyageurs ont bien réagi. Résultat, ces poubelles jaunes sont souvent très remplies: elles recueillent chaque jour pas loin d’un million de journaux. Mais un million de quotidiens qui sont triés par les gens… pour des prunes.
Ces derniers jours, en effet, les médias parisiens ont découvert qu’en fait, in fine, la RATP remélangeait ce papier trié aux autres déchets, avant de se débarrasser du tout dans les bennes à ordures de la mairie. «C’est idiot!», s’est-on indigné l’Hôtel de Ville: «Quand nos bennes arrivent, elles emportent le conteneur entier, et tout le tri effectué par les voyageurs est annulé!» A la RATP, on invoque un problème de place. Les déchets du métro parisien représentent une telle quantité d’immondices (10.000 tonnes par an) qu’ils doivent être sortis tous les jours. Or, la mairie ne collecte que deux fois par semaine les déchets triés. La RATP assure qu’il lui serait impossible de garder tout ce papier plus longtemps, à moins de «construire des locaux spécifiques, très difficiles à réaliser dans nos stations». Dès lors, à cause de ce problème de place, n'est conservé et ensuite jeté à part que le contenu des seuls réceptacles jaunes surmontés d'un pictogramme «tri sélectif», que l’on trouve dans quelques stations de métro uniquement. Tout le reste du papier s’en va dans les bennes avec les ordures.
L’extension d’un tri réellement sélectif à l'ensemble du réseau de la RATP n’est pas prévu. Seules les stations de RER en banlieue, moins exiguës et où il est donc plus facile de stocker des containers, en bénéficieront, courant 2010. Pour les quelque 300 stations du métro de Paris, aucun engagement n’est pris. «Ce sera au cas par cas, selon les possibilités de stockage et de ramassage», a commenté, laconique, la RATP.
En attendant, donc, chaque jour quelques centaines de milliers de journaux sont triés pour rien par les Parisiens. Sûr que, lorsqu’ils l’apprendront, ils seront très motivés à continuer à avoir des comportements environnementaux citoyens. Encore bravo.
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11.06.2009
Un soupir
Il y a décidément des Parisiens qui n’hésitent pas à entretenir l’image qui est souvent véhiculée (à l’étranger singulièrement) des habitants de la capitale française. L’image, si caricaturale, de gens râleurs, jamais contents, voire volontiers teigneux. Le «Parisien, tête de chien» donc, selon la fameuse expression consacrée. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore en déambulant avenue de la République, la grande artère non loin de la place du même nom. En effet, on y est tombé par hasard sur les signes d’une protestation du voisinage, à la vue desquels on n’a pu s'empêcher de pousser un soupir. Entre agacement et effarement.
Il s’agit donc… des sanisettes publiques. Malgré leur nouveau look moins pire qu’avant (ici), les édicules sont refusés par ces habitants du onzième arrondissement. Ils sont inquiets des nuisances qu’engendreraient ces toilettes publiques et redoutent une dévalorisation de l’image de leur quartier ainsi qu’une perte d’attrait pour leurs commerces. Après avoir lancé une pétition pour l’installation de ces toilettes uniquement loin des commerces et des habitations, ils ont suspendu des calicots devant leurs maisons («Non aux WC – Un trottoir oui, un crottoir non!», etc.) et ont réussi à faire fuir les ouvriers qui étaient en train d’installer là ces WC. Du coup, depuis, le chantier est interrompu.
Ce n’est pas clairement dit par les protestataires, mais il est probable qu’une catégorie particulière de la population parisienne soit visée par leur croisade anti-sanisettes: les SDF. Qui utilisent forcément beaucoup ces lieux, a fortiori depuis qu’ils sont gratuits.
Soupir, donc. On ne voit pas trop comment, dans une ville si densément peuplée et compacte comme Paris, il serait possible de reléguer 400 sanisettes loin de tout. A moins, évidemment, de les rendre moins visibles et accessibles. Et donc d’amener les SDF – et le passant ayant un besoin pressant – à utiliser les squares, les murs ou les caniveaux comme lieux d’aisance.
Auquel cas, au-delà même de toute considération de dignité humaine, on ne voit pas trop ce que l’image de la ville et l’hygiène publique auraient à y gagner.
10:47 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, pauvreté, environnement
08.04.2009
Un remplacement (encore)
On parlait hier des rues et boulevards de Paris qui, bientôt, seront embellis par le remplacement, actuellement en cours, des sanisettes version vieux modèle, qui défigurent le paysage urbain depuis un quart de siècle. Le projet d’une autre amélioration esthétique est lancé cette semaine dans la capitale française. Cette fois, ne sont plus concernés ces blocs massifs de béton (9 tonnes l’unité!) qui abritent les toilettes publiques mais une pièce particulièrement légère et fragile, et néanmoins si utile, du mobilier urbain. Dans le jargon administratif de l’Hôtel de ville, on appelle cela les «réceptacles de propreté». Les poubelles donc, selon le terme laissé par le créateur de cette si pratique invention (*).
Depuis que les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001 ont haussé le degré d'alerte du plan français de vigilance antiterroriste (‘Vigipirate’), les poubelles à Paris sont une véritable misère. En effet, les anciennes poubelles en métal ont dû être abandonnées, les consignes de sécurité imposant un modèle de récipient ouvert et transparent – afin qu’on puisse y détecter la présence éventuelle d’engins explosifs. Cela fait donc des années maintenant qu’en guise de poubelles, sur les trottoirs et dans les parcs et jardins de Paris, on ne voit que de misérables cercles de métal auxquels pendouillent lamentablement des sacs en plastique – lorsque ces sacs fragiles n’ont pas été déchirés en répandant leur contenu sur la chaussée. Ce modèle enlaidit d’autant plus la capitale française qu’on y trouve des poubelles un peu partout: on en dénombre 30.000 sur son territoire.
Bientôt, cependant, c’en sera fini de ce coup de poing visuel permanent. En effet, à partir de l’an prochain et d’ici à 2014, un nouveau modèle de «réceptacle de propreté» va faire son apparition. Plusieurs prototypes (dont un ici, par exemple) ont déjà été dessinés en 2007, dans le cadre d’un concours d’idées lancé un an plus tôt par la mairie. Deux ans plus tard, celle-ci vient donc de décider de passer à l’étape supérieure: une grande consultation des habitants afin de sonder leurs préférences.
Car cela a l’air tout bête de changer de poubelle, mais, en fait, ce n’est pas si simple que cela, a fortiori dans une ville comme Paris. D’abord, dans les quartiers architecturalement protégés (et ils sont nombreux ici), les préconisations esthétiques des Bâtiments de France doivent intégralement être respectées. Ensuite, le modèle de poubelle choisi doit non seulement être esthétique mais également pratique, afin de ne pas compliquer ni ralentir le travail des éboueurs. Enfin, même si les récipients à déchets sont transparents et ouverts, avant de pouvoir être installés sur la chaussée, ils doivent avoir passé avec succès les tests de sécurité de la préfecture de police. Ainsi, lors du concours de 2007, des charges explosives ont été placées dans chaque prototype afin de vérifier qu’en cas d’explosion, le matériel brisé ne blessait pas le public.
Cerise sur le gâteau, si l’on ose dire s'agissant d'ordures, chaque future nouvelle poubelle parisienne sera assortie d’un cendrier de rue. Afin d’essayer de réduire un peu le nombre de mégots jetés par terre: une véritable plaie qui, depuis que le tabac a été interdit dans les lieux publics, a transformé les rues de Paris en gigantesque cendrier.
(*) Pour rappel et pour la petite histoire, le terme ‘poubelle’ vient du patronyme d’Eugène Poubelle: le préfet de Paris qui, en 1884, imposa pour la première fois aux habitants de la capitale de déposer leurs ordures ménagères dans des récipients communs, qui étaient alors en bois et en fer blanc.
10:46 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, patrimoine, sécurité
07.04.2009
Un remplacement
Toujours non au ras des pâquerettes, plutôt rares ici, mais au ras du macadam, Paris en ce moment s’occupe de… ses lieux d’aisance. Comme d’ailleurs la Ville de Bruxelles, qui, lisait-on l’autre jour dans «La Libre», va installer de nouvelles toilettes publiques sur son territoire. Dans la Ville lumière, l’on est en train de procéder au programme de remplacement des 400 sanisettes qui, depuis le début des années 80, parsèment la cité.
A titre perso, on l'avoue, ces toilettes publiques sont bien un des rares endroits de la capitale où, pendant toutes ces années de Parisien, on n’a jamais trop osé s’aventurer. Appréhension de se retrouver dans des lieux aussi clos. Idée sans doute totalement reçue d’y être confronté à une propreté douteuse et à des odeurs nauséabondes. Vague crainte que la porte de ces toilettes, à cause d’un dysfonctionnement technique quelconque, s’ouvre avec impudeur alors qu’on est en pleine occupation. Hantise carrément que cette porte ne s’ouvre pas quand on a terminé et qu’on reste donc enfermé là pendant des heures dans l’attente d’hypothétiques sauveteurs. Une hantise qui, cela dit, a l’air d'être assez répandue dans l’imaginaire populaire parisien puisque c’est expressément pour éviter que les gens craignent d’y rester enfermés que les nouveaux modèles de sanisettes en cours d’installation prévoient, outre une porte automatique, «une ouverture de secours manuelle».
Le diable se niche dans le moindre détail, dit l‘adage. Mais l’ingéniosité et la créativité aussi, comme l’illustrent bien ces nouvelles sanisettes parisiennes.
Ainsi, l’eau de pluie sera récupérée au niveau du toit de l’édicule et servira au lavage de son plancher, permettant ainsi des économies d’eau. Un puits de lumière aménagé dans le toit des toilettes offrira un éclairage naturel qui complètera l’éclairage arttificiel, lui-même de faible consommation. Un détecteur de présence permettra de n’éclairer les lieux que lorsqu’ils sont occupés. On nous annonce aussi «un espace intérieur agrandi», une accessibilité conçue à 100% pour les handicapés (instructions sonores, en braille, etc.) ainsi qu’«une sonorisation d’ambiance» – mais là, on craint un peu le pire: genre atroce «musak» d’ascenseur, qu’ils seraient bien capables d'assortir, en plus, de publicités commerciales.
Quant à son design, cette sanisette high-tech présentera «une ligne inspirée de l’arbre, avec une base qui soutient la structure comme un tronc soutient les branches». Le tout, assure la mairie, «s’intègre parfaitement à l’environnement urbain parisien». On verra cela. En la matière, de toute manière, on peut difficilement faire pire que les édicules actuels, qu’on a toujours trouvés particulièrement hideux.
10:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, patrimoine, environnement
06.04.2009
Une innovation
Alors, évidemment, par rapport au G20, par rapport aux scènes de guérilla urbaine qu’on a déplorées ce week-end à Strasbourg ou à Bastia, par rapport même à une certaine actualité parisienne si violente (les heurts à la Foire du Trône ou la mort d’un sans-papier afghan dans un square près du canal Saint-Martin où tous les membres de cette communauté ont élu domicile), c’est vraiment voir l’actu par le petit bout de la lorgnette. C’est jouer la contre-programmation, comme on dit en télé. Mais enfin, c’est une grande première en matière d’environnement et de propreté en France. Cette innovation fera donc l’événement à Paris cette semaine. Et c’est même aujourd’hui que les élus parisiens, à l’Hôtel de ville, se penchent sur ce projet révolutionnaire. Donc, parlons-en.
De quoi s’agit-il? Rien moins que de tirer un trait sur le système traditionnel de collecte des immondices. Cela concernera le quartier Clichy-Batignolles, situé dans le nord de Paris: une des dernières friches à urbaniser dans la capitale. C’est un projet expérimental, mais il n'est pas si lointain puisque le premier coup de pioche sera donné en 2010 et il sera opérationnel en 2012-2013, autant dire demain. Dans ce quartier de Paris, on collectera les déchets non plus via les grandes poubelles qui encombrent les trottoirs et les bennes à ordures sillonnant la ville, mais via un système de tri souterrain et pneumatique comme cela se fait déjà dans certains quartiers de Barcelone, Séville ou Stockholm. Les habitants jetteront leurs déchets dans des bornes installées dans leurs immeubles et disponibles 24 heures sur 24. Puis ces ordures seront aspirées électriquement par des canalisations allant dans le sol, où elles seront compactées, envoyées vers une plate-forme ferroviaire, mises dans des containers et évacuées par trains.
Si ce projet-pilote se concrétise, si ensuite il est étendu à toute la ville, s’il en vient à concerner le million de tonnes de déchets collectés chaque année dans une cité comme Paris, voilà qui va fondamentalement changer la physionomie de la capitale. En effet, finis les ballets quotidiens des entrées et sorties de poubelles des immeubles par des armadas de concierges. Finis les embouteillages causés par les bennes à ordures récoltant ces détritus. Fini aussi le vacarme causé par ces collectes. Finie également la crasse qui subsiste souvent sur les trottoirs après le passage des éboueurs, visiblement soumis à des cadences infernales. Le système de tuyauteries et d’aspirateurs à déchets étant en grande partie automatisé, finis encore les mouvements de grève des éboueurs – pas rares à Paris: il y en eut encore un dernièrement, revendiquant notamment des revalorisations salariales.
Cela dit, on promet bien du plaisir aux responsables de l’Hôtel de ville, vu l’éternelle indiscipline des Parisiens. Depuis des années, en effet, la mairie s’arrache les cheveux pour que les habitants respectent un peu mieux les consignes en matière de tri des déchets. Consignes qui ne sont vraiment pas compliquées, mais que les Parisiens ont longtemps prises par-dessus la jambe, continuant à jeter à peu près n’importe quelle ordure dans à peu près n’importe quelle poubelle. Ce je-m’en foutisme populaire a été tel que la mairie a dû aller jusqu’à faire physiquement pression sur ces inciviques, en imposant aux éboueurs de ne plus collecter les bacs dont les déchets n’avaient pas été suffisamment triés. Du coup, ces bacs refusés s’accumulaient sur les trottoirs et dans les cours, ce qui posait de réels problèmes. Il semble que, grâce à ces mesures un peu autoritaires, les Parisiens, depuis quelques mois, fassent un peu plus attention au tri sélectif de leurs ordures et donc que les choses globalement s’améliorent. Mais il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire en la matière. Et il reste à espérer que le problème sera réglé quand le projet-pilote sera opérationnel. Car autant à présent il n’est pas trop difficile de trier à nouveau le contenu d’une poubelle lorsque celle-ci est parquée dans une cour ou sur un trottoir après avoir été refusée par les éboueurs, autant cela risque d’être beaucoup moins simple à faire avec des containers stockés dix pieds sous terre...
11:21 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, environnement
10.03.2009
Une nuisance
Nourrir les pigeons, à Paris et dans sa région, c’est formellement interdit. Une habitante de Saint-Cloud (banlieue parisienne) vient d’en faire l’expérience. A la fin de la semaine dernière, cette vieille dame, âgée de 74 ans, a vu la cour d’appel de Versailles valider la mesure d’expulsion de son logement social prise à son encontre. L’intéressée a été reconnue coupable de «manquement de l’obligation d’un locataire à l’usage paisible des lieux». Lui était reprochée son… «obstination à nourrir les pigeons dans la résidence» qu’elle occupe. La direction de la société immobilière gérant ce HLM, soutenue par les occupants de l’immeuble, avait saisi la justice car elle jugeait que l’intéressée posait des problèmes d’hygiène dans le voisinage. En effet, les pigeons qu’elle attirait avec sa nourriture avaient tendance à s’agglutiner dans la propriété et donc à largement la souiller.
L’avocate de la mamie a dénoncé une «décision disproportionnée». Il n’en demeure pas moins qu’à Paris, comme dans nombre de capitales, les pigeons sont une véritable nuisance. Le règlement sanitaire de la mairie inflige d’ailleurs une amende de 183€ à 450€ (en cas de récidive) à l’encontre des personnes nourrissant ces volatiles. Ceux-ci seraient au nombre de 80.à 100.000 dans la Ville lumière.
Depuis 2003, la mairie a dégagé de gros crédits pour installer, dans chacun des 20 arrondissements, au moins un «pigeonnier contraceptif stérilisateur». Ces pigeonniers, dans lesquels on dispose de la nourriture, servent à attirer les oiseaux. Ceux-ci s’y trouvent tellement bien qu’ils finissent par s’y ébattre et à pondre des œufs. Les pontes sont ensuite neutralisées. Chacun de ces «pigeonniers contraceptifs» coûte la bagatelle de 20.000 euros, mais ce système est jugé le moins cher et le plus efficace de tous.
En effet, les pics métalliques souvent apposés sur les monuments historiques, pour éviter leur dégradation par les fientes, ne sont pas forcément efficaces, a fortiori lorsqu’ils sont installés de manière artisanale par les particuliers. Pis, lorsqu’ils sont mal posés, les pigeons parviennent à se servir de ces pics comme de supports pour leurs nids. Les filets, alors? On en voit pas mal dans Paris, tendus entre deux immeubles pour protéger des cours intérieures par exemple. Mais s’ils sont plus efficaces que les pics, ils sont très peu esthétiques. Les dispositifs d’électrorépulsion? Ils envoient des ondes dérangeant les volatiles. Mais ils sont coûteux et nécessitent des changements fréquents de batterie, ce qui est peu pratique quand ces dispositifs sont perchés au sommet de monuments, comme c’est le cas par exemple à la porte Saint-Denis.
Le moyen sans doute le plus écolo pour limiter le nombre de pigeons serait d’avoir recours à leurs prédateurs naturels: les rapaces. En utilisant par exemple les faucons crécerelles qui nichent dans les hauteurs de nombreux édifices parisiens comme la cathédrale Notre-Dame, la Grande bibliothèque, la tour Eiffel, Saint-Sulpice, l’Arc de triomphe ou le Panthéon. Le problème? A ce jour, on ne recense au total qu’une cinquantaine de couples de rapaces de ce type à Paris. En termes de biodiversité, ce nombre n’est pas négligeable, mais il est largement insuffisant pour lutter contre les quelque 100.000 pigeons parisiens.
Pas trop populaires, cela dit, ces oiseaux. On a même trouvé un blog de Parisiens prônant carrément… l’élimination des pigeons «pour une ville plus saine». Mais ce blog est si peu alimenté qu’il pourrait bien s’agir d’un gag.
10:32 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, environnement, justice
25.02.2009
Une crasse
On parlait des rats de Paris, hier. Le quartier Saint-Lazare, décidément, est maudit. Après la gare ferroviaire du même nom, où ces bestioles ont longtemps proliféré, c’est la station du RER ‘Haussmann-Saint-Lazare’ que les rongeurs, si cela continue, vont bientôt envahir. En effet, la situation en matière de propreté est en train d’y devenir limite napolitaine.
Depuis deux semaines, les agents de la société privée chargée du nettoyage de cette gare sont en grève. Ils réclament notamment des augmentations de salaires. Et sont d’autant plus furieux contre leur direction que, jusqu’à présent, celle-ci leur a, sans rire, concédé tout au plus une revalorisation salariale horaire de… 6 centimes d’euro. Soit 1€ par mois. Résultat de ce conflit social: les poubelles débordent, les détritus jonchent le sol, la puanteur menace et la crasse risque de devenir rapidement épouvantable.
C’est le moment qu’a choisi la RATP pour lancer une nouvelle campagne de propreté. Ce n’est pas du luxe. Malgré tous leurs efforts, en effet, les 1.800 agents de nettoyage qui travaillent dans le métro parisien (*) peinent à y combattre la crasse. Il faut dire qu’ils ont du pain sur la planche: on compte rien moins que 14.000 poubelles à vider chaque jour dans l’ensemble du réseau, d’où l’on retire chaque année… 10.000 tonnes de déchets!
Certaines stations du métro parisien sont notoirement et durablement crasseuses. C’est évidemment le cas des stations les plus fréquentées (‘Châtelet’, ‘Montparnasse’, etc.) et de celles desservant les grandes gares (comme ‘Gare du Nord’ ou ‘Gare de l’Est’). A certains endroits de ces stations et à certaines heures – tard le soir, par exemple – , les odeurs y sont littéralement pestilentielles. Pourtant, selon un sondage réalisé en septembre dernier, 72% des utilisateurs du métro parisien considèrent le réseau comme étant assez propre.
A la lecture de ce chiffre, on a un peu sursauté. Les Parisiens usagers du métro seraient-ils donc en majorité aveugles ou dépourvus d’odorat? Ou est-ce nous qui, limite nunuche, sommes exagérement sensibles à la crasse? Il y a peut-être une autre explication. Dans cette même enquête d’opinion, sept usagers sur dix considèrent que «les voyageurs ne respectent pas la propreté des espaces RATP». Et, sur un plan individuel, 62% des sondés «reconnaissent qu’il leur arrive de commettre personnellement un geste susceptible de dégrader la propreté». Sans doute donc ce jugement très indulgent sur l’état de propreté du métro parisien se nourrit-il d’un certain sentiment de culpabilisation.
(*) Tiens, avez-vous remarqué? A Paris comme dans la plupart des grandes villes d'Europe, ce personnel de nettoyage semble constitué quasi-exclusivement de gens de couleur.
11:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, métro, transports, social
24.02.2009
Un virus
Les rongeurs, grande phobie de l’auteur de ces lignes; les lecteurs réguliers de ce blog l’auront déjà remarqué – pour les autres, c’est ici ou là. Hier, on n’a pas été calmé par la lecture d’un bulletin d’alerte (ici) émanant de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui commence à s’alarmer des conséquences pour la santé de la dernière mode en matière d’animaux de compagnie, particulièrement chez les ados: les rats domestiques.
Selon l’InVS, douze personnes ont été hospitalisées en France ces dernières semaines, atteintes par les virus dits cowpox ou orthopox. Ces virus provoquent des «lésions cutanées érythémato-vésiculeuses» (rien que les termes font peur) pouvant évoluer «vers des lésions ulcéro-nécrotiques» (idem) parfois associées à de la fièvre, des ganglions et des douleurs musculaires. Tous ces malades, souvent des jeunes filles, ont pour point commun d’avoir un âge moyen de 18 ans et d’avoir acheté des rats domestiques dans des animaleries, en région parisienne notamment. Ils ont donc vraisemblablement été contaminés par ces rongeurs. L’InVS en profite pour rappeler que «tout animal peut être porteur de microbes et que des précautions d'hygiène doivent impérativement être prises par les propriétaires. Il est notamment recommandé de porter des gants pour les opérations de nettoyage des cages des animaux et de se laver les mains après avoir manipulé des animaux. Il faut éviter tout contact avec les yeux. Les griffures ou plaies doivent être nettoyées et désinfectées».
Tiens, à propos, en décembre dernier, un jeune agent de quai de la SNCF travaillant à la gare de Paris Saint-Lazare – en travaux depuis des lustres et, du coup, notoirement envahie par les rats – avait contracté la leptospirose. Cette maladie, transmise par le rat, est mortelle dans 5 à 20% des cas. En effet, elle peut endommager les reins, les méninges, le foie ou les poumons. L’infortuné cheminot est désormais guéri. Son cas avait été très médiatisé. Mais ce que l’on a moins dit, c’est que, selon son syndicat, Sud-Rail, il a subi à l’occasion de cette affaire un «harcèlement en règle de la part de sa direction».
Ainsi, le jeune cheminot aurait «été convoqué à quatre entretiens préalables à sanctions, pour des prétextes fallacieux». Les deux premiers entretiens auraient «donné lieu à un blâme et à cinq jours de mise à pied». Selon Sud-Rail, sa hiérarchie lui reprochait surtout «d'avoir parlé aux médias» de sa maladie. Et donc, aux yeux de la SNCF, d’avoir «flanqué la trouille pour rien aux 450.000 personnes qui passent chaque jour» par la grande gare parisienne. Et qui pourraient avoir été alarmées par les éventuelles conséquences sur leur santé de la prolifération des rats à cet endroit.
Etre victime d’un accident de travail, en tomber malade, puis être mis à pied pour s’en être plaint: trop sympa.
10:29 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, propreté, jeunes, transports, social, paris
26.06.2008
Une menace
A l’origine de ce mouvement de grogne, la décision que va bientôt prendre le maire de Paris de privatiser encore un peu plus la collecte des ordures. En étendant à quatre arrondissements supplémentaires le système mixte déjà à l’œuvre dans huit arrondissements: les camions et les chauffeurs dépendent d’une entreprise privée, mais les éboueurs ont le statut d’employés municipaux.
Les grévistes, qui ont le soutien des alliés verts et communistes de Bertrand Delanoë, assurent que si cette privatisation est votée, la qualité générale du service rendu aux Parisiens va se dégrader (*), notamment à cause des impératifs de rentabilité inhérents au privé. La mairie, elle, promet au contraire une plus grande efficacité dans la collecte des ordures et le nettoyage des rues (*).
En attendant, c’est la menace de ressembler bientôt à Naples qui plane à partir d’aujourd’hui sur Paris. On s’en souvient bien: en 2003, deux semaines de grève des éboueurs avaient été un cauchemar olfactif et sanitaire pour les Parisiens. Mais encore à l'époque était-on au printemps. Cinq ans plus tard, on n’ose imaginer l’effet d’une même grève mais au début de l’été cette fois, alors que la température ici dépasse allègrement les 25 degrés. Et alors que, avec la belle saison, les touristes étrangers par milliers débarquent chaque jour dans la capitale – bienvenue dans la plus belle ville du monde.
(*) Mais, en termes de propreté, la situation à Paris peut-elle vraiment être encore pire que maintenant? Franchement, on ne voit pas.10:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Propreté, Paris, Social, Economie
24.06.2008
Une plaie (encore)
Ainsi ce week-end, dans le très chic sixième arrondissement, les indésirables rongeurs ont motivé un arrêt de travail. Les employés du McDonald’s de la rue de Rennes – le troisième plus grand McDo de la région parisienne après celui de Disneyland et celui des Champs – ont cessé le travail samedi. Ils ont manifesté devant les portes du restaurant pour dissuader les clients d’y entrer vu les «conditions d’hygiène déplorables» y régnant. Et ont distribué des tracts disant «Stop aux cafards et aux souris». La direction de l’établissement a reconnu être confrontée en ce moment à «une recrudescence des nuisibles rue de Rennes». Et a assuré avoir fait renforcer les traitements et contrôles sanitaires. Les grévistes – qui comme leurs collègues du McDo de Tolbiac (dans le treizième) réclament aussi «des conditions de travail respectables» en termes de carrière et de salaire – ont été tellement peu convaincus par ces explications qu’ils se croiseront probablement à nouveau les bras samedi prochain.
Ils racontent notamment qu’il leur arrive de trouver des cafards dans les machines à boissons et des souris en train de grignoter des hamburgers. Cela donne envie.
10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Propreté, Santé, Paris, Environnement, Social, Gastronomie
13.05.2008
Une solution?
Long, chaud et beau week-end. Mais il ne fut pas beau pour tout le monde. En effet, le pont de Pentecôte, comme invariablement chaque grand week-end en France, a été catastrophique en termes de sécurité routière: une vingtaine de personnes au moins ont trouvé la mort sur les routes du pays, ces derniers jours. Ce fut notamment le cas de cinq jeunes Français tués aux petites heures dimanche dans leur Clio sur l’autoroute A1, de retour d’une discothèque en Belgique où ils avaient fait la fête toute la nuit. D’où la mesure annoncée par le ministre Jean-Louis Borloo: l’installation d’éthylotests dans les débits de boisson ouvrant jusqu’à deux heures du matin, de manière à donner à la clientèle la possibilité de tester son aptitude à la conduite en fin de soirée. A terme, 35.000 bars-cafés, 3000 discothèques et 6000 bars à ambiance musicale sont concernés.
Comme le rappelait une grande campagne d’information ce week-end, en France, «l’alcool est la première cause de mortalité sur la route: il est présent dans plus d’un accident mortel sur quatre. En 2006, si tous les conducteurs avaient respecté la limite de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang, 1271 vies auraient pu être sauvées». Trois personnes sont tuées chaque jour dans l'Hexagone dans un accident de la route lié à la consommation d’alcool. Du coup, se dit le gouvernement, la mise à disposition d’éthylotests à la clientèle des débits de boisson ne peut qu’être bénéfique. Les cafetiers, sans être enthousiasmés, n’y paraissent pas résolument opposés. Quant aux associations de lutte contre la délinquance routière, elles estiment que ce ne sera pas la solution miracle. La mesure pourrait même avoir des effets pervers. En effet, témoignait une responsable associative ce week-end, des jeunes détournent parfois complètement les éthylotests mis à disposition dans les bars. En effet, ils s’en servent délibérément comme d’un instrument de mesure non pour savoir s’ils sont aptes à conduire mais… pour déterminer le vainqueur du concours du plus grand buveur de la soirée. Puis, le vainqueur couronné grâce à l’éthylotest, tous reprennent évidemment le volant.
Tiens, parlant de bistrots, depuis la dernière note sur le sujet (ici), la mairie de Paris a pris une nouvelle mesure pour tenter d’amoindrir un des effets pervers environnementaux de la loi anti-tabac interdisant depuis le début de l’année de fumer dans les lieux de convivialité. Cette loi chasse les fumeurs dehors, à savoir là où, le plus souvent, il n’y a pas de cendrier. Les trottoirs de certains quartiers animés de la capitale ont donc tendance à se transformer en immenses dépotoirs à mégots (voir les quartiers Bastille et Oberkampf). Du coup, pour inciter les bistrotiers à en équiper leurs trottoirs, les cendriers mobiles installés sur le domaine public sont désormais exonérés de toute taxe de voirie. L’impact budgétaire de cette exonération est minime pour la ville de Paris, qui n’en espère pas moins un retour en termes de qualité de vie. Comme le disait l’autre jour l’adjointe au maire chargée du commerce, Lyne Cohen-Solal, «nous préférons que les cafés multiplient les cendriers plutôt que la ville ne devienne un cendrier géant!» L’été venu, en effet, il y plus ragoûtante perspective que de patauger dans les mégots en tongs ou autres sandalettes.
10:55 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sécurité, Transports, Paris, Santé, Tabac, Propreté, Environnement
30.04.2008
Une plaie
C’est de loin un des aspects les moins ragoûtants de la vie à Paris . Même si la capitale française n’est pas seule en cause, et partage ce fléau avec toutes les grandes métropoles de la planète. On veut parler des rats (à ce moment, frisson immédiat de dégoût du lectorat;-). On comptabilise deux millions de rats dans la Ville lumière, soit autant que le nombre d’habitants. C’est classique. A Rome, Londres ou New York également, on dénombre généralement un rat par habitant. A Paris, d’ailleurs, on peut tomber très facilement sur ces rongeurs. Ainsi, dans les stations de métro, il suffit d’observer un peu attentivement l’environnement pour apercevoir des rats – en contrebas des quais, par exemple, se faufilant le long des rails –, à toute heure de la journée. Le soir, sur les grands boulevards, on en a déjà entendus en train de se goinfrer dans les poubelles. Et la nuit tombée, en footing au parc ou au bois de Vincennes, on les a déjà vus s’éparpiller en masse quand ils sont dérangés par les vibrations provoquées par les pas du coureur approchant. Comme chaque année à cette époque, les services vétérinaires de la préfecture de police de Paris mènent en ce moment une grande opération de dératisation. Cette année plus encore que les précédentes, les contrôles seront renforcés. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs supermarchés des quartiers populaires du nord de la capitale ont défrayé la chronique pour avoir dû fermer leurs portes quelques jours, tant ils étaient infestés de souris et de rats. Mais le fléau touche évidemment aussi les beaux quartiers: une boulangerie très cotée et des restaurants ayant pignon sur rue y seraient actuellement confrontés.
D’ici au 27 juin, les propriétaires, gérants ou syndics d’immeubles parisiens sont invités par la préfecture de police à «prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris». Passée cette date, si ces mesures d’éradication n’ont pas été prises par les particuliers, l'unité de la préfecture chargée de la prévention des nuisances animales dressera procès verbal. En attendant, la mairie réitère les mesures quotidiennes de prévention contre les rongeurs: poubelles étanches, denrées alimentaires inaccessibles, caves et cours en bon état de propreté, trous bouchés et bas de portes renforcés, soupiraux grillagés, étanchéité des tampons du tout-à-l’égout vérifiée.
Car les rats, qui pullulent dans les égouts de Paris, profitent du moindre orifice pour s’en échapper et gagner les caves et cours d’immeubles (*). Là, ils rongent tout ce qui leur tombent sous la dent: du bois à l’aluminium en passant par l’ardoise, le cuivre et même le plomb – d’où des risques de courts-circuits, d’incendies et de fuites d’eau. Ces bestioles ont aussi la désagréable particularité de se reproduire rapidement: leur longévité est de sept ans et ils peuvent avoir trois ou quatre portées par an, de six à douze petits chacune. Pour les éradiquer, le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (le bien nommé SMASH) utilise essentiellement des «anticoagulants à action différée», qui terrassent en quelques jours les rongeurs entrés en contact avec eux. Mais les employés municipaux ou préfectoraux n’ont pas la tâche facile. Outre que le rat est, paraît-il, un animal prodigieusement intelligent, il est doué, assure la mairie de Paris, «de capacités physiques étonnantes». Ainsi, «il peut grimper le long d’un mur en crépi, sauter à 60 cm en hauteur et 4,5m en longueur». (Nouveau frisson d’horreur du lectorat)
Bienvenue dans la vraie vie urbaine et parisienne. On est loin de la figure sympathique et malicieuse de “Ratatouille”, le rat parigo-hollywoodien qui s’est si bien exporté sur les écrans de cinéma du monde entier.
(*) Mais on ne sait pas si, comme son cousin new-yorkais d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis, le rat de Paris est assez bon nageur pour pouvoir remonter tout droit des égouts jusque… dans les cuvettes des WC pour ensuite, hop, ni vu ni connu et encore tout poisseux, sauter illico sur le carrelage de la salle de bains et conquérir l’appartement (troisième sursaut, là carrément épouvanté, du lectorat, qui n’en peut plus). Nous, en tout cas, depuis la lecture de ce passage littéraire horrifique, et en vertu du fameux et si français principe de précaution, on ne laisse plus jamais un WC ouvert – mais on ne se prend pas (encore) pour Patrick Bateman.
11:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Propreté, Santé, Environnement, Métro, Littérature



