17.02.2012
Un gros coup de vieux
Retour de Haute-Savoie. Où on a fait un saut hier, pour couvrir le premier grand meeting de Nicolas Sarkozy, à Annecy. On a été frappé par le coup de vieux pris par l'intéressé, par rapport au souvenir qu'on avait gardé de lui aux présidentielles de 2007. Hier soir, c'était frappant notamment lorsqu'il est monté sur scène. La façon qu'il a eue de gravir les marches, le pas lent avec lequel il s'est dirigé vers le pupitre: on était très loin du présidentiable bondissant d'il y a cinq ans. Et même le débit de son discours était plus lent.
Nicolas Sarkozy y a notamment évoqué le poids de la charge présidentielle. Parlant de «cinq années qui pèsent si lourd dans la vie d'un homme», il a estimé que «les Français attendent un dévouement absolu» de leur Président, ce dernier devant donc «se donner tout entier à cette tâche». «Depuis le début de mon mandat, j'en ai éprouvé, jour après jour, toutes les exigences, toute la dureté», a-t-il ajouté.
Mercredi soir, déjà, selon certains exégèses de sa déclaration de candidature sur TF1, il avait fait allusion à son vieillissement. «À 57 ans, on n'est pas fichu, on n'est pas foutu, déprimé, chez soi à attendre l'âge de la retraite!», s'était-il exclamé. Officiellement, il parlait des couturières en fin de carrière de la société de lingerie Lejaby – dont une partie ont trouvé une possibilité de reconversion grâce à l'intervention du gouvernement. Selon certains, il parlait aussi voire surtout... de lui, qui est âgé de 57 ans.
Ce gros coup de vieux, il est visible aussi sur l'affiche de campagne du candidat Sarkozy. On l'a regardée de près, et c'est frappant combien apparaissent de cheveux blancs et de rides, sur le cliché de ce visage. Là aussi, on est très loin de la fameuse photo du Sarkozy juvénile et avenant qu'avait jadis faite pour lui le grand photographe de mode américain Peter Lindbergh, en noir et blanc.
Ces marques de la vieillesse, elles aurait parfaitement pu être retouchées. Si elles n'ont pas été «photoshopées», c'est, bien sûr, que l'armada de communicants entourant le Président sortant a choisi d'user de ce poids des ans comme d'un argument de campagne.
Pour que, aux yeux de l'électeur, leur candidat apparaisse comme quelqu'un qui a vieilli, qui a donc mûri, et qui dès lors s'est assagi.
CQFD.
17:59 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, sarkozy, communication, publicité
16.02.2012
Un soutien (ou un boulet?)
L'ineffable publicitaire Jacques Séguéla a annoncé hier que, comme en 2007, il voterait pour Nicolas Sarkozy aux présidentielles. «J’ai voté 50 ans à gauche, ça fait cinq ans que je vote à droite, il me reste donc 45 ans à voter à droite pour faire l’équilibre», a-t-il commenté. Et d'ajouter: «Si les Français pouvaient le connaître mieux… Il est le contraire de ce que l’on croit. Il ne la ramène pas du tout. Il est très cultivé, sur tout. Et surtout, il veut faire son métier le mieux possible, et a la France dans la peau».
Un tel soutien, venant d'un pubard qui s'était couvert de ridicule avec une petite phrase bling-bling restée mémorable («Quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie»), est-ce vraiment un atout pour le Président sortant désormais officiellement candidat?
Ou, plutôt, un boulet?
11:16 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, personnalités, publicité, sarkozy
15.02.2012
Un terme inutilement violent
Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.
En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».
Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?
Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.
On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.
12:23 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, elections présidentielles, langue française, sarkozy, hollande, publicité
31.01.2012
Un toupet
Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.
Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.
Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.
D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?
12:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, internet, communication, technologie, femmes, arts, personnalités, sarkozy
13.12.2011
Un remerciement, ou l'autre
On ne l'a pas loupé, ce placard de pub du gouvernement qui, depuis plusieurs jours, s'étale en pleines pages dans tous les quotidiens de France. «Nous tenons à remercier absolument tous les Français», dit-il. Les remercier, car «la France est passée à la télévision tout numérique». «Bravo et merci à tous»: «Depuis l'arrivée de la couleur, le passage au tout numérique a été le projet le plus ambitieux de l'histoire de la télévision».
Merci? Mais de rien: nous, depuis ce basculement au numérique, on... n'a plus la télé. On avait amplement narré cette saga, à l'époque (relire notamment ici). Depuis, cela ne marche toujours pas, et on a laissé tomber. Désormais, c'est sur internet qu'on suit les seuls programmes télé que, de toute manière, on regardait sur le petit écran: les grandes émissions d'actu et les JT.
Enfin, on les regarde sur le net: quand ça marche.... Rien qu'en quelques mois d'usage, on pourrait écrire un bouquin sur la calamité qu'est, en France, la diffusion des programmes télé sur le web.
«Buffering» qui s'éternise. Vidéos indisponibles. Vidéos qui, quand elles sont dispos, sautent des passages entiers du programme, voire reviennent en arrière. Vidéos qui, si régulièrement, se figent subitement, sans raison apparente, laissant immobiles les personnages apparaissant à l'écran: bouche bée, yeux clos ou écarquillés, toujours ridicules. Sans oublier ce décalage permanent entre le son et l'image: décalage d'une petite seconde à peine, mais qui suffit à donner l'impression bizarre que tous les programmes que l'on regarde sont doublés.
Mais, c'est vrai, on l'admet, il y a une chose qui marche toujours et admirablement bien, dans la télé sur le web. C'est... la pub. Elle, elle ne subit jamais le moindre problème technique. Vous relancez trois fois la vidéo d'un JT qui patine, vous ne pourrez jamais être sûr que vous parviendrez, in fine, à la regarder. En revanche, vous pouvez être certain que la plage de pub, elle, ça oui, vous la verrez trois fois.
Rien que pour cela, donc, «bravo et merci». Cela nous manquait vraiment, dans notre vie: encore un peu de pub en plus.
11:40 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévisions, technologie, médias, gouvernement, publicité
30.09.2011
Un appel à idées
Un peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Car c'est «un ton volontairement décalé et humoristique» qu'a choisi la RATP pour sa dernière campagne de sensibilisation en date, qui s'étale en ce moment sur les panneaux publicitaires du métro de Paris et dans des pages de pub des journaux. Et on la trouve plutôt pas mal, cette campagne.
Elle vise les incivilités. Ce que la RATP définit comme «le non-respect de l’ensemble des règles du savoir voyager ensemble: manque de propreté, nuisances sonores, bousculade, absence de courtoisie, fraude». Dans les visuels de la campagne, les malotrus sont transformés... en animaux. Il y a donc un lama qui crache partout sur les quais du métro. Un gros buffle qui bouscule tout le monde en rentrant dans une rame. Une grenouille qui saute les portiques. Ou un paresseux qui se prélasse sur un strapontin alors que le wagon, en pleine heure de pointe, est bondé. Il y a une poule, aussi, qui jacasse à tue-tête sur son portable. Au passage, le choix d'un coq se pavanant avec son smartphone aurait moins alimenté le cliché sexiste de la femme incorrigiblement bavarde – comme si, dans le métro de Paris ou d'ailleurs, on ne croisait jamais de mâles insupportablement bruyants, pendus à leur téléphone...
«Cette communication veut souligner l’absurdité du comportement de celles et ceux qui commettent des incivilités dans les transports», explique la RATP. «Elle met en avant l’idée que, derrière tout acte d’incivilité, se cache une logique absurde, qui ne nuit pas seulement à la collectivité mais également à l’individu qui le commet».
C'est trop rare pour ne pas être souligné: chacun des 10 millions d'utilisateurs quotidiens des transports parisiens peut donner son avis: peut, sur le site web de la campagne, soumettre «une idée concrète à mettre en œuvre pour lutter contre les incivilités».
Si donc vous êtes usager, occasionnel ou régulier, de la RATP et êtes inspiré par le sujet, c'est ici.
11:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, métro, publicité, art de vivre, paris
21.09.2011
Un slogan assez gonflé (encore)
Décidément, les pubards ne manquent pas d'air, en ce moment. Après Chanel qui se rend involontairement comique en prétendant descendre dans la rue, voilà une grande banque française qui fait très fort. Elle s'offre, ces jours-ci, des pleines pages de pub dans la presse, donc vous avez peut-être aperçu cette campagne. Le visuel? Une petite fille adorable, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Le slogan? «Le bon sens a de l'avenir». La base line? «S'engager pour ses clients», «Garder les pieds sur terre», et blablabla.
Le problème? Cette campagne vante... le Crédit agricole. A savoir, une des trois grandes banques françaises en train de défrayer la chronique pour être parmi les exposées aux dettes souveraines des pays d'Europe dans le collimateur des agences de notation. Le Crédit agricole est mouillé à hauteur d'une dizaine de milliards d'euros dans ces placements grecs, italiens ou espagnols. Des produits financiers qui apparaissent aujourd'hui si hasardeux qu'on peut douter qu'hier, c'était vraiment faire preuve de «bon sens» et «garder les pieds sur terre» que de s'y risquer.
Le Crédit agricole, qui décidément a le sens de l'humour, défend «une campagne publicitaire en rupture». Car, basée sur les témoignages de ses clients, elle veut «donner la parole aux gens... plutôt que de parler de nous».
En ce moment, en effet, il vaut peut-être mieux, pour l'état-major de cette banque, que l'on ne s'étende pas trop sur ses stratégies d'investissement.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : publicité, economie
14.09.2011
Un slogan assez gonflé
On la trouve gonflée, la maison de haute couture Chanel. On se le dit chaque fois qu'on tombe sur un des nombreux panneaux publicitaires qui, à Paris en ce moment, relaient sa dernière campagne de pub. On y voit une jeune femme au saut du lit, look rebelle-cool: la chemise de son homme, pas maquillée ni coiffée, et ce slogan peinturluré au feutre sur son visage: «Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue!»
Chanel-rebelle descend dans la rue, donc. C'est vraiment se moquer du monde.
D'abord, vu les prix pratiqués par cette marque, on peut sérieusement douter que ses créations soient accessibles à «l'homme/la femme de la rue», comme on dit. A fortiori en ces temps de crise, faut-il le préciser.
Ensuite, il faut rappeler que cette grande maison ne descend tout de même pas dans n'importe quelle rue. On l'avait vu il y a quelques mois, à l'occasion d'une affaire qui avait fait un certain bruit dans la banlieue de Paris. Du jour au lendemain, les produits Chanel avaient purement et simplement disparu des rayons des parfumeries de plusieurs villes pas vraiment symboliques de luxe et de glamour: Bobigny, Meaux ou Chilly-Mazarin. Le porte-parole de la marque avait invoqué la «qualité insuffisante» de ces boutiques, et le non-respect de ses «critères d’exigence, en termes de présentation et d’environnement». «Nous sommes un produit de luxe. Nous avons un cahier des charges très précis avec nos distributeurs», avait-elle argumenté. A Bobigny, des responsables d'associations, «particulièrement choqués», avaient dénoncé cette décision: «Ce départ signifie que Bobigny n’est pas assez bien pour Chanel, que nous sommes des clients de seconde zone». Tentant de couper court à cette délicate polémique, l'enseigne avait assuré que, dans son esprit, il n'avait, bien sûr, «jamais été question de discriminer» quiconque.
Quelques mois plus tard, voici donc Chanel qui se la joue rebelle et descend dans la rue. Ceux et celles qui se demandent dans quelles rues et de quelles villes ont sans doute le droit d'écrire à Karl Lagerfeld pour lui poser la question.
11:19 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, luxe, art de vivre, banlieues
02.08.2011
Un joli coup de com'
C'est LA grosse nouvelle de cet été 2011 en France, à en juger à l'incroyable écho qu'elle a eu ces quinze derniers jours dans les médias, ici. On veut parler du passage de 11 à 17 euros du montant de l'amende pour stationnement impayé ou irrégulier. Cette majoration est entrée en vigueur lundi; cela faisait un quart de siècle que la contredanse n'avait pas augmenté. Cette mauvaise nouvelle pour des millions d'automobilistes a donné une idée assez farce de campagne de com' aux... producteurs de prunes!
Car, il fallait y penser: dans le langage courant, en français de France en tout cas – en français de Belgique, on ne se souvient plus trop, mais on ne croit pas –, les amendes de stationnement sont rebaptisées des «prunes». Du coup, les producteurs de ces fruits ont sauté sur l'occasion pour faire la pub de leurs produits. Comment? Jusqu'au 30 septembre, ils proposent tout simplement... le remboursement des PV de stationnement! Il suffit d'aller sur la page dédiée de leur site web, qui proclame d'ailleurs fièrement: «Chaque jour, la Prune de nos terroirs rembourse 3 PV». Là, l'automobiliste verbalisé répond à un petit quizz sur ces fruits. S'il obtient cinq bonnes réponses et est tiré au sort, les producteurs français de Reine-Claude, de Quetsche ou de mirabelles lui envoient un virement correspondant au montant de son amende.
Bravo aux pubards qui ont conçu cette campagne de com': rien qu'au vu du retentissement médiatique qu'elle a eu ces derniers jours, elle est un succès. Qui sait la popularité probable d'une telle initiative auprès des automobilistes se répercutera-t-elle même, cet été, sur les chiffres de vente de cette filière agricole – l'Hexagone produit chaque année, singulièrement dans le Sud-Ouest, 75 000 tonnes de prunes, ce qui n'est tout de même pas rien.
11:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, police, publicité, agriculture, gastronomie
15.07.2011
Un avertissement (cocasse)
Ils sont cocasses, décidément, les communiqués de la préfecture de police de Paris, en ce moment. Un des derniers en date s'adresse rien de moins qu'aux Parisien(nes) qui voudraient singer Anita Ekberg en train de s'ébattre dans la fontaine de Trevi à Rome, dans «La Dolce Vita» de Felini.
Dixit la préfecture, donc: «Si un coup de chaud vous guette et que l’eau d’une fontaine vous tente, cherchez un autre endroit pour vous rafraîchir: la baignade y est interdite. Il en va de même pour les lacs, étangs, pièces d’eau, rivières, canaux. A 38 euros l’amende, l’option piscine sera moins salée...»
Si l'on peut se permettre, c'est de la vaste blague, cet avertissement policier. Et triplement.
Un: depuis des lustres dans la capitale française, dès que le thermomètre frise les 40 degrés, des Parisien(ne)s par centaines, de tous âges, prennent joyeusement d'assaut les fontaines pour s'y rafraîchir. Que l'on sache, ces innocentes ablutions n'ont jamais donné lieu au moindre procès-verbal.
Deux: on s'en souvient comme si c'était hier, de ce mémorable soir de juillet 98 où des dizaines de supporters de foot hystérisés avaient fêté à moitié nus, dans les fontaines de la place de l'Hotel de Ville (où le match venait d'être retransmis sur écran géant), la victoire des Bleus au Mondial. A l'époque, les pandores, présents en masse rue de Rivoli, s'étaient contentés d'observer ce spectacle en souriant.
Trois: plus récemment, deux jeunes filles ont batifolé en toute impunité dans une célèbre fontaine de Paris. Leurs ébats ont même été immortalisés, et les clichés attestant de leur infraction ont fait le tour du monde, par panneaux publicitaires interposés. C'était une pub pour une marque française de sac à mains très chers. Alice Taglioni et Laure Manaudou, sacoches au bras, y faisaient les folles dans une fontaine. A «5h du matin, place de la Concorde», précisaient, en légende de la photo, les affiches publicitaires. Il n'a jamais été dit que la préfecture avait infligé 38 euros d'amende à l'actrice et à l'ex-championne de natation. Ni que les deux naïades avaient été placées en garde à vue. Mais cela nous a peut-être échappé.
11:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : police, paris, art de vivre, personnalités, publicité
20.06.2011
Un avis de recherche (bidon)
On l'aimait bien, Romain. Il avait une bonne bouille de jeune Parisien rigolard, voire facétieux. On avait fait sa connaissance il y a quelques jours, en apercevant les affichettes qu'il avait placardées un peu partout dans les rues du quartier Bastille. Elle le montrait juché sur son scooter; avec, en légende, cet avis de recherche: «J'ai perdu mon irremplaçable Vespa PX et ça me rend bien triste. Aidez-moi à la retrouver. Forte récompense: je suis prêt à vous offrir une Vespa neuve. Merci. Romain».
La première fois qu'on avait vu cet appel, on s'était dit que, le pauvre Romain, il ne la reverrait jamais, sa Vespa. Clair qu'elle n'était pas perdue mais qu'elle lui avait été volée. Et puis, jour après jour, on avait observé cet avis de recherche placardé également dans des tas d'autres quartiers de Paris. Son scoot perdu, décidément, il l'aime bien, notre pauvre Romain, s'était-on dit. Même réflexion ce week-end, quand, devant une aire de stationnement pour scooters de notre boulevard Richard Lenoir, on aperçut l'avis de recherche de Romain sous la forme carrément d'un grand pochoir peinturluré directement sur le macadam du trottoir.
Amusé par les tribulations de ce jeune Parisien rendu inconsolable par la perte de son scoot, on a fini par aller faire un tour sur la page web à laquelle ses avis de recherche renvoyaient: une page intitulée "ouestmavespapx.fr". C'est là qu'on a pigé qu'en fait, Romain... n'avait jamais existé.
Ce n'est qu'une créature, un concept, publicitaire.
Ledit lien, en effet, aboutit à la page Facebook de la filiale française de Piaggio, la marque de scooters bien connue. Y est faite la promo d'une nouvelle Vespa qui vient d'être mise sur le marché, en l'honneur du 65ème anniversaire du lancement de la première Vespa. Romain n'est qu'une accroche imaginée par des pubards pour susciter un peu de buzz urbain autour du retour d'«une légende vivante»: le retour d'«un style inimitable, fonctionnel, une solidité légendaire grâce à sa carrosserie en acier, la fiabilité d'un moteur simple et indestructible et sa célèbre roue de secours dissimulée sous l'aile gauche. Une pièce unique. Des lignes simples et minimalistes». En cliquant sur «J'aime» (ce matin, plus de 600 personnes l'avaient déjà fait), les internautes s'inscrivent à une «chasse au trésor» qui leur permettra peut-être de gagner la récompense que promettait Romain, sur ses affichettes: un scooter de ce nouveau modèle.
On a (très peu) hésité, mais, finalement, on n'a pas cliqué.
Subitement, on trouvait ce coup de pub certes pas mal pensé et plutôt réussi (car visible et accrocheur), mais aussi, comment dire, un peu minable. Un peu comme la fin d'une belle petite histoire urbaine. Un peu comme la récupération, par les camelots de la pub, d'un petit bout de la vie (rêvée?) de notre quartier.
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07.04.2011
Une campagne (suspecte)
La misogynie, revendiquée ou subliminale, dans la pub en France: un des sujets décidément inépuisables de ce blog (relire ici, là ou là, voire, si vous avez particulièrement le temps aujourd'hui, ici ou là). On vient encore d'en avoir une illustration dans le métro de Paris. Il s'agit, cette fois, d'une campagne de pub pour une société de garde-meubles.
Le visuel? Monsieur, aux côtés d'une armoire imposante: une antiquité, style grand siècle, dont son propriétaire semble très fier. Le slogan? «Vous l'adorez. Votre femme la déteste. Nous la stockons». C'est donc Madame qui n'a aucun goût en matière de déco, et qui, un peu tyrannique au foyer, oblige Monsieur à louer une aire de stockage. C'est Monsieur qui aurait très bien pu être illustré par cette pub comme n'aimant pas les antiquités. Mais non, c'est Madame. Sans doute un hasard, s'est-on dit en passant notre chemin après avoir froncé les sourcils devant cette affiche. Jusqu'à ce que, quelques stations de métro plus loin, on tombe sur un autre visuel de cette campagne.
Cette fois, c'est Madame qui était représentée: posant, un peu niaisement, aux côtés d'un vélo d'appartement. Le slogan le précisait: ce vélo, elle l'avait acheté mais s'en était fatigué très vite, du coup Monsieur devait à nouveau se taper le garde-meubles. C'est Monsieur qui aurait très bien être illustré par cette pub comme ayant très rapidement eu la flemme de ses altères, de sa ceinture à impulsions électriques censée dessiner les abdos, ou de sa machine à gonfler les biceps. Mais non, c'est Madame. Qui, dans ce visuel, incarne donc la légereté, l'inconstance, le manque de détermination, la futilité variant au gré du vent. Pour la deuxième fois, du coup, un slogan de cette campagne pouvait être lu/vu de manière péjorative pour les femmes.
Mais sans doute, les ans passant, est-on devenu très Parisien moyen: donc qui n'aime rien, limite teigneux. Mais, qui sait, les «créatifs» ayant conçu cette com' si brillante n'ont-ils nullement pensé à mal. Mais, peut-être, découvrira-t-on ces prochains jours, dans le métro, des visuels de cette campagne pouvant, eux, être interprétés au désavantage de l'homme.
On les cherche toujours, cela dit.
11:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, publicité, métro, paris
05.04.2011
Un besoin?
On l'avait entendue, cette réflexion à la radio. L'autre jour, en marge du grand débat sur le nucléaire qui a agité la France, comme d'autres pays, après la catastrophe de Fukushima. Et puis, on avait perdu cela de vue. Jusqu'à hier. Jusqu'à ce que, au hasard de nos pérégrinations dans le métro de Paris, on retombe sur un de ces nouveaux panneaux publicitaires qu'on a déjà pas mal évoqués dans ce blog (relire ici, là ou là). Un de ces panneaux lumineux et animés qu'on trouve désormais dans d'innombrables stations ici – et qui, au passage, font (un peu) mal aux yeux (*). Ce panneau-là, pour l'anecdote, arborait un slogan rageur («NO PUB») tagué sans doute par un militant d'une association luttant contre l'invasion de la réclame.
La réflexion émanait d'un dirigeant d'une association qui, pour faire vite, milite en faveur d'une société de consommation moins énergivore. «Il serait temps de réfléchir à notre consommation d'énergie», recommandait-il. «Par exemple, on trouve en ce moment, dans le métro de Paris, des écrans publicitaires vidéo lumineux qui consomment énormément d'électricité. En a-t-on vraiment besoin pour notre bien-être?»
Bonne question.
(*) Panneaux publicitaires, qui, toutefois, à ce stade en tout cas, sont silencieux. Mais ne désespérons pas. Un de ces jours, l'un ou l'autre responsable de la régie publicitaire de la RATP proposera certainement qu'on leur ajoute le son. Ce sera vraiment merveilleux. Les dix millions d'usagers quotidiens des transports publics parisiens auront le privilège de profiter à longueur de journées de slogans publicitaires hurlés à tue-tête. Et les espaces sur ces panneaux se vendront encore plus chers aux annonceurs.
12:17 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, métro, publicité, environnement
30.03.2011
Un «esprit d'équipe»
Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».
Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.
Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.
C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.
11:39 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : publicité, communication, economie, justice
08.03.2011
Une vision arriérée
La Journée internationale de la Femme dans le monde entier, ce mardi 8 mars. Et, à Paris depuis quelques jours, un peu partout sur les panneaux publicitaires, des affiches de «We want sex equality». Ce film, qui sort en salles demain en France, raconte la lutte des ouvrières de la firme Ford, en Angleterre en 1968, en faveur de l'égalité salariale.
Ces jours-ci dans la presse parisienne, a été massivement encarté un dépliant publicitaire en faveur de la quinzaine de promos qui, dès demain, battra son plein dans un grand magasin de la capitale – le BHV, pour ne pas le nommer. A elle seule, cette campagne concentre tous les stéréotypes sur l'image de la femme, véhiculant d'elle une vision vraiment arriérée. En ce 8 mars, parcourons donc le catalogue de ces clichés sexistes qui sont encore si souvent véhiculés par les camelots de la pub en général, et cette fois par les pubards du BHV en particulier.
Dans ce prospectus, on trouve une dizaine de pleines pages représentant des articles en promo, avec chaque fois un petit personnage, typé années 50, qui, en phylactère, y va de son petit commentaire sur la réclame illustrée.
Cela donne des assiettes en grès soldées à 5€50. «Pour vous mesdames», vante un petit monsieur. Un fer vapeur à 55€90. «Un prix qui ne fait pas un pli», sourit un homme en costume cravate, dont la chemise blanche a été impeccablement repassée – par madame, sans doute. C'est non un homme mais une femme qui illustre la promo sur un tabouret de bar à 59€50: une «affaire exceptionnelle». Une femme encore qui vante le pèse-personne à 19€95 («Un prix léger, ça m'épate»): seules les femmes, comme chacun sait, se préoccupent de leur ligne. Une femme, toujours, qui se se réjouit d'une «offre renversante»: elle se dandine, à cheval sur sa gamme de poêles, casseroles, sauteuses et faitoux en inox à 76€20. Une femme, à nouveau, pour servir le café, grâce à une machine à expresso en réclame à 149€. Et une femme, une nouvelle fois, pour illustrer une visseuse à 118€30. Mais cet ustensile de bricolage est réservé aux mâles: «Pour vous messieurs», précise l'intéressée – les responsables du BHV n'ont semble-t-il pas encore remarqué qu'on trouvait quantité de femmes au rayon bricolage de leur propre magasin.
Donc voilà réunis, en quelques pages feuilletées en quelques secondes, tous les clichés sur la femme: qui sert le café, ne sait pas bricoler, est aux casseroles, fait la vaisselle ou joue les potiches de bar.
Elle est tellement débile et arriérée, la vision de la femme qui est véhiculée par ce prospectus publicitaire, que, finalement, ce doit être un gag. Une espèce de message au second degré imaginé par un pubard fatigué ou en manque d'inspiration. Qui, au moment de l'édition 2011 de la Journée de la femme, n'a rien trouvé de mieux que de singer les codes publicitaires sexistes des années 50. Reste à voir si cette com' à deux balles fera s'esclaffer les client(e)s du BHV.
11:17 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : femmes, publicité, economie, paris
21.12.2010
Une double rencontre
Ce qui est bien à Paris en ce moment, c'est qu'il ne faut pas endurer le froid des rues pour se rappeler combien cette ville est duale. Il suffit, en attendant son métro, bien au chaud, de regarder les affichages publicitaires, omniprésents dans les stations. C'est ce qu'on s'est dit hier soir, sur un quai de la ligne 6. Où on a fait une double rencontre, née du hasard de la juxtaposition de deux campagnes de pub très visibles en ce moment à Paris.
On a rencontré deux jeunes filles en fait, hier soir, sur notre quai de métro.
La première est une petite brune plutôt mignonne, prénommée Estelle. Elle a un patronyme de saison: elle s'appelle Estelle Noël. Et Estelle, nous apprenait le premier panneau publicitaire rencontré par notre regard, elle «aimerait fêter Noël plusieurs fois par an». Car, grâce à l'offre de Noël de l'opérateur de téléphonie mobile SFR, «avec Ovi by Nokia, découvrez l’Internet mobile en toute simplicité: Le Noël des Noël avec le webphone Nokia C7 1€ avec la souscription d’une Édition Spéciale Illimythics 5+ Webphone 2h et plus». On était bien d'accord avec Estelle: à ce prix-là, Noël cela devrait être tous les jours.
Et puis, sur le panneau juste à côté de celui d'Estelle, on apercevait Manon. Plus jeune, Manon: 4 ou 5 ans. «Manon a gribouillé sur le mur. Le reste, c'est pas elle», nous disait son panneau publicitaire à elle. Qui montrait Manon dans un appartement aux murs un peu griffonnés par des crayons de couleur qui trainaient encore par terre. Mais un appart' qui était surtout très délabré: peintures en lambeaux, taches d'humidité sur les murs, carreaux cassés, etc. Manon, hier soir, nous rappelait au passage que la France compte «600.000 enfants victimes du mal-logement». C'est le thème de la campagne de Noël de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés.
On avait à peine fait connaissance du regard avec Estelle et Manon que notre métro arrivait. C'était bien: chaque voyageur pouvait ainsi poursuivre tranquillement son chemin. Avec, à l'esprit, au choix, le visage d'Estelle ou celui de Manon: le souvenir de la brunette ou celui de la fillette, en somme. Ou le souvenir des deux, pourquoi pas. Ou même le souvenir ni de l'une, ni de l'autre – tout est permis: c'est Noël.
11:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : métro, paris, publicité, technologie, pauvreté
25.11.2010
Une réaction
On l'a constaté avec satisfaction ce matin, en passant boulevard Voltaire. Sur cette grande artère du onzième arrondissement, on ne trouve plus trace de cette campagne d'affichage antisémite qu'on avait évoquée vendredi dernier dans ce blog, qui promeut un livre colportant les ragots séculaires sur la prétendue «mafia juive internationale». Cette campagne avait commencé début novembre dans la capitale française. Elle avait même essaimé jusqu'en banlieue parisienne, puisque – ainsi qu'on l'entendait à la radio hier – ces affiches ont également été signalées dans des villes comme Boulogne-Billancourt, Montrouge ou Levallois.
Finalement, cette campagne haineuse a donné lieu à deux réactions. Une procédure judiciaire, d'abord: le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a (ici) demandé au procureur de la République de Paris «d'engager d’initiative l’action publique» visant à «l'interdiction et la destruction (de ce) livre qui contrevient aux lois antiracistes». Une injonction de la mairie de Paris, ensuite: l'Hôtel de ville a prié les services municipaux de nettoyage d'être particulièrement attentifs à cette campagne et d'arracher systématiquement les affiches que les employés croiseraient en rue, pendant leurs tournées. Du coup, rien que ces derniers jours, une quarantaine d'affiches auraient été enlevées. Sans doute est-ce déjà cela.
11:41 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racisme, paris, publicité
19.11.2010
Une indignation (sélective)
C'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.
Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement (là) d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».
Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».
Comme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat?
15:32 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, justice, humour, publicité, police, racisme
18.10.2010
Une (autre) «censure»
Un peu de légèreté, pour bien commencer la semaine et parce que cela faisait longtemps dans ce blog – vu l'actualité si pesante en France, en ce moment. L'autre jour, on parlait de la «censure» frappant un théâtre parisien, qui a vu une de ses pièces interdite d'affichage sur les panneaux publicitaires de la RATP. Car cette affiche a été jugée politiquement incorrecte: elle amalgamait le Président Sarkozy et le ministre Woerth avec les protagonistes de l'affaire Woerth-Bettencourt. Depuis, on a remarqué que, dans le métro, une autre «censure» a été imposée par la régie publicitaire de la RATP. Elle frappe cette fois l'affiche non d'une pièce de théâtre, mais d'un film de cinéma: la dernière comédie du réalisateur américain Gregg Araki, "Kaboom".
Certes, depuis qu'il est sorti en salle, ce film est affiché un peu partout sur les panneaux publicitaires de la RATP. Mais le visuel de l’affiche a été retouché: caviardé, édulcoré. Sur l'affiche originelle, parmi les différents protagonistes du film qui y étaient représentés, on voyait un jeune homme endormi sur le dos. Et il était visiblement en plein rêve érotique puisque, au niveau de son bas-ventre, une... – hum, comment dire, dans un blog lié à un journal réputé de bonne famille? ;-) – une, une… turgescence libidinale, on va dire, surélevait de manière impressionnante son drap de lit (*). Or, dans la version de l’affiche retenue par la régie publicitaire du métro parisien, cette surélévation du drap a été dissimulée par un aplat de couleur reprenant un extrait de critique de ce film. Sans doute les dirigeants de la RATP ont-ils estimé que la suggestion aussi visible de ce détal physique si viril n’était pas très convenable, voire carrément inconvenante, dans un lieu public fréquenté chaque jour par des millions de familles et donc d’enfants.
«Censure» parfaitement raisonnable? Le cinéaste Gregg Araki, qui adore la provoc’, doit certainement la trouver d’une pudibonderie d’un autre temps.
(*) Si d’aventure des lecteurs ne voyaient pas trop ce dont il s'agit, ils compareront la vignette en illu de cette note, qui représente le détail du fameux visuel tel qu’il est affiché dans le métro, et l'affiche originelle du film, visible ici par exemple.
09:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, publicité, métro, paris
12.10.2010
Un malencontreux hasard
C’est un incident certainement très accessoire par rapport à la grande actualité de ce mardi: la nouvelle journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites. Mais on en parle parce qu’on l’a trouvé intéressant. C’était hier, au grand journal parlé du soir d'une radio privée. Et c’était un heurt médiatique assez saisissant entre, d’une part, un rebondissement dramatique de l'actualité et, d'autre part, les hasards de la programmation... de la publicité.
En plein milieu d'une tranche de pubs, on a entendu en substance cela: «Nous interrompons nos programmes pour un flash d'actualité urgente. Nous apprenons à l'instant un décès inopiné. Nous retrouvons immédiatement sur place notre envoyé spécial Untel». Finalement, le décès inopiné n'était qu'une accroche commerciale. Ce n'était qu'une pub déguisée en alerte d’info, qui informait du décès... d'un héros de fiction: «le Cyclope», protagoniste du «Rire du Cyclope», le dernier livre du romancier à succès Bernard Werber. Le problème? Quelques minutes à peine avant la diffusion de ce spot, sur la même antenne, le journaliste avait interrompu le cours normal de son journal avec à peu près la même formule. Pour annoncer aux auditeurs la découverte du corps sans vie du spéléologue disparu dans les gorges de l'Ardèche, dont le sauvetage tient la France en haleine depuis huit jours.
Techniquement, ce télescopage entre réalité et fiction, entre actualité et publicité, entre drame et réclame donc, aurait pu être évité. Il aurait suffi à la régie de ladite radio, après avoir entendu une telle info, d’annuler ou du moins de différer la diffusion de ce spot qui, par la similitude de la forme des deux messages, devenait d'assez mauvais goût. Mais le feu du direct a probablement empêché les régisseurs de rectifier le tir. Les deux messages ont suivi si rapidement à l’antenne que, sous peine de risquer un «blanc» peu radiophonique, sans doute les techniciens n’ont-ils pu passer le second à la trappe, même si le contexte de l’actu le rendait très malvenu.
Reste à espérer qu'au moment de ce malencontreux hasard radiophonique, les proches du défunt n’étaient pas à l'écoute de cette station-là.
09:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, radio, publicité, journalisme, littérature



