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23/04/2008

Un arbre

88804d30dcf11619b9dc53bef8ec7283.jpgJour J pour les quelque 600 à 700 travailleurs sans-papiers de la région parisienne qui, depuis une semaine, sont en grève pour obtenir des titres de séjour. C’est à partir de ce mercredi, en effet, que leurs demandes de régularisation commencent à être examinées dans les préfectures. La plupart de ces clandestins en grève ont un travail en règle, ils paient des impôts et des charges sociales, et sont employés dans des secteurs professionnels dits «sous tension», à savoir manquant chroniquement de main-d’œuvre (hôtellerie, restauration, bâtiment, etc.). Du coup, leurs dossiers devraient être examinés avec un a priori favorable par les autorités, qui s’en tiendront toutefois à une régularisation étudiée «au cas par cas» et non généralisée.

Parlant des sans-papiers, il y a quelques jours en plein centre de Paris, à deux pas de la place du Châtelet – précisément dans le square situé au pied de la tour Saint-Jacques (qui commence à être très joliment restaurée, soit dit en passant) –, un «arbre à papiers» a été planté par les associations de défense des étrangers. Ce petit mûrier se veut un «symbole de l’enracinement en France pour les familles de sans-papiers». Le symbole aussi «des luttes pour que notre pays redevienne le pays des droits de l’Homme et retrouve sa tradition d’accueil».

Puisque, ces deux derniers jours, on évoquait ici la communauté chinoise, cet arbre à la mémoire des clandestins à notamment été dédié à Chunlan Liu. Cette Chinoise Dongbei originaire de Fushun, une grosse ville industrielle du nord de la Chine, a trouvé la mort en septembre 2007 à Paris. Elle avait débarqué dans la capitale française trois ans plus tôt, avec en poche quelques centaines de yuans et la nécessité de refaire sa vie après son licenciement suite à la faillite de son usine textile dans son pays natal. Chunlan («orchidée du printemps» en chinois, paraît-il) vivait dans un  logement collectif pour clandestins, boulevard de la Villette. Le 20 septembre 2007, la police débarqua dans l’immeuble, même pas pour un contrôle d'identité mais pour une banale enquête de voisinage sur un vol. Apeurée, la femme tenta de se cacher sur les toits, mais glissa et se fracassa sur le trottoir. Elle décéda le lendemain des suites de ses blessures.

a5660748f0c5376f21e8663d048a0aee.jpgCette mort atroce par défenestration ainsi que d’autres drames similaires ayant touché des sans-papiers vivant en France ont directement inspiré une affiche très forte, assez saisissante même, qu’on a beaucoup vue cet hiver, collée sur les murs de Paris – notamment dans les quartiers chinois – ainsi que dans quelques villes de province. Réalisée par des associations, cette affiche montrait un drapeau français frappé en son centre d'un seul mot en lettres capitales: «EXPULSION». Drapeau duquel une silhouette tombait, comme irrémédiablement précipitée dans le vide de l’obscurité.

26/10/2006

Un destin

Yassin Chafahi, 17 ans, vient à peine d’arriver à Paris. Orphelin, il a fui l’Afghanistan, ce pays qui ne l’a «pas protégé». Il est complètement perdu dans les méandres de l’administration française. Et surpris de voir d’autres gamins, venus notamment de l’Est, mendier dans le métro ou dormir dehors.
Difficile parfois, de raconter son histoire. «Si je parle, les arbres s’arrachent. Si j'écris, les stylos se cassent », dit-il en voix off.
Sous la tutelle de l’association France Terre d’Asile, Yassin a entamé des démarches pour obtenir le statut de réfugié mineur isolé. En attendant, avec en poche une carte de séjour temporaire, il dort dans un petit hôtel de Pigalle et va à l’école. Il est le seul à vivre sans famille. Et il en souffre, ne sachant plus bien où se situent les contours de son identité.
Pour ce documentaire sensible et discret intitulé «Ado d’ailleurs» et diffusé sur Arte ce soir, à 22h35, Didier Cros est parvenu à nouer une relation de confiance avec Yassin. Nous entrons, par ses images, dans un monde à part, si difficile à imaginer pour celui qui n’a pas vécu les mêmes choses. «Personne ne regarde le réfugié, il n’intéresse personne. Qui est avec nous, hein?», lance Aslan, l’ami de Yassin.
De temps en temps, ce dernier sourit, espère. Parfois, son regard s'égare.
Ce n'est plus un simple numéro noyé dans les chiffres abstraits et sans âme de l'immigration. Ce n’est plus un de ces nombreux réfugiés qu’on croise tous les jours à Paris, dans la rue ou dans le métro. Et que souvent, on ne voit même pas.
C.G.